//img.uscri.be/pth/34aa3ae0b3b92b3951caa1f03e2da8133a9a7035
Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

Marlen Haushofer (1920-1970)

De
105 pages
Connaissant la séculaire détresse de la condition domestique et sentant la folie la guetter devant l'inanité de son existence, une femme d'aujourd'hui se crée un second univers dans le dessin et la peinture. Pour s'y adonner, elle se réfugie dans une pièce qui n'appartient qu'à elle, la mansarde. C'est ce genre de double vie de la femme que la romancière autrichienne Marlen Haushofer (1920-1970) expose avec cynisme et sans illusions dans ses romans, construits eux aussi sur deux niveaux. Ecrire, dit-elle, permet de ne pas perdre la raison.
Voir plus Voir moins

MARLEN HAUSHOFER ÉCRIRE POUR NE PAS PERDRE LA RAISON

Miguel COUFFON

MARLEN HAUSHOFER ÉCRIRE POUR NE PAS PERDRE LA RAISON

Du même auteur : Marlen Haushofer In : Dictionnaire des Auteurs (Laffont-Bompiani) Robert Laffont (1994) Le mur invisible et Dans la mansarde (Marlen Haushofer) In : Dictionnaire des Œuvres (Laffont-Bompiani) Robert Laffont (1994) Peter Altenberg Erotisme et vie de bohème à Vienne Perspectives critiques Presses Universitaires de France (1999) Le zoo humain (essai) in : Peter ALTENBERG: Achanti Caractères (2002) Ingeborg Bachmann Le signe et la convention Espaces littéraires L’Harmattan (2009)

"#$%&'%((%)* +,-, ./0* 123 43 5#67853/985:;37<=>?23@ 0.,,. 9A1>B <;;CDEEFFFG5>H1A>1>3<A1IA;;A=G78I 4>JJ2B>8=G<A1IA;;A=KFA=A488GJ1 <A1IA;;A=-KFA=A488GJ1 !"# % &'()*)*&+),,-,,), ./#% &'(**&+,,-,,,

À Jacky et Liliane Gilbert

Avant-propos
Peu connue de son vivant au-delà des frontières autrichiennes malgré un accueil parfois très favorable dans la presse étrangère de langue allemande, ignorée dans sa province natale jusqu’à la lecture à la radio autrichienne, en 1968, de son roman Le mur invisible, Marlen Haushofer connaîtra une gloire surtout posthume. Ce n’est en effet que quinze ou vingt ans après sa mort qu’elle sera vraiment reconnue, chez elle et hors les frontières de l’Autriche, grâce à la réédition et à la traduction de ses œuvres. Est-ce vraiment une féministe, comme le pense sa biographe, Daniela Strigl ? Peut-on réellement lui appliquer ce terme dont celle-ci reconnaît elle-même qu’il déconcerte aujourd’hui encore nombre de personnes ayant connu cette femme douce, aimable et bourgeoise1 ? Quoi qu’il en soit, nous nous référerons plusieurs fois, dans les pages qui suivent, à un livre ayant pu influencer son écriture, le roman Une chambre à soi de la romancière anglaise Virginia Woolf, publié en 1929. Mais ce n’est, bien sûr, qu’un exemple parmi d’autres. Marlen Haushofer est surtout un écrivain de la femme (parfois aussi de l’homme) et de sa détresse, laquelle n’est pas tant le fait de la guerre qui ne constitue souvent que la toile de fond de ses récits, que d’une condition domestique assommante et dévoreuse de temps. Elle n’analyse pas au sens psychanalytique du terme ; elle observe et expose les faits et les états d’âme avec une lucidité et une résignation empreintes du cynisme silencieux de la femme2. L’écriture, qui est le moyen d’émettre une plainte devant l’incompréhension des autres - car tel serait le drame de l’être humain - permet aussi à l’auteur de gagner quelques heures sur l’inévitable répétition des tâches ménagères et parentales et lui offre une compensation face aux problèmes de couple. Mais c’est aussi une arme pour lutter d’une part contre la déraison, d’autre part contre la mort.
Daniela Strigl, « Wahrscheinlich bin ich verrückt… », éd. List (Berlin, Munich, 2000 et Berlin, 2007), chap. 4 : Sisyphos ist eine Frau. 2 Eine Handvoll Leben, VII, p. 133. Non traduit. Nous nous référons à la pagination de l’édition allemande (Paul Zsolnay).
1

9

Sachant et admettant la vanité d’un combat contre elle, Marlen Haushofer, de santé fragile, souffrant depuis l’enfance de tuberculose et d’anémie, affirmera jusqu’au bout son existence en rédigeant son roman Dans la mansarde ainsi qu’un livre destiné aux enfants, avant de s’éteindre en 1970, rongée par un cancer des os. Son nom est aujourd’hui lié de manière indissociable au roman Le mur invisible, ce récit d’une survie isolée dans un monde presque totalement éteint par une mystérieuse arme de destruction. Le principal intérêt de l’œuvre de Marlen Haushofer est pourtant sans doute ailleurs, dans la description du sort de la femme isolée dans un monde presque aussi irréel pour elle que celui du Mur invisible, condamnée à l’inéluctable répétition des tâches domestiques quotidiennes, et qui, par la pensée, l’écriture ou le dessin, se crée un second univers. C’est cette vie à deux niveaux que Marlen Haushofer expose dans les beaux romans Eine Handvoll Leben (non traduit), La porte dérobée et Dans la mansarde.

10