Maux d'estomac, constipation, régime, hygiène, traitement, par le Dr Carnet,... 3e édition...

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impr. de A. Chaix (Paris). 1866. In-18, 430 p..
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Publié le : lundi 1 janvier 1866
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LE DOCTEUR CARNET
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Mi;i)E(i\ SPECIALISTE A PA.KIS.
PARÉS
IMPRIMERIE (CENTRALE DES CHEMINS DE FEU
A. CHAIX ET C"-'
MAUX D'ESTOMAC
CONSTIPATION
MAUX D'ESTOMAC
CONSTIPATION
-Régittie, Hygiène, Traitements
•..','i ;-~- / PAR j ^
/;niE DOCTEUR CARNET
"ATCTEN INTERSE DES HÔPITAUX DE PARIS
MÉDECIN SPÉCIALISTE A PABIS.
TROISIÈME ÉDITION
REVUE ET NOTABLEMENT MODIFIÉ'?.
PARIS
IMPRIMERIE CENTRALE DES CHEMINS DE FER
A. CHAIX ET O.
KDE BERGÈRB, 20, PRÈS DU BOULEVARD MONTMARTRE,
1866
MAUX D'ESTOMAC — CONSTIPATION
De toutes les maladies, de toutes les infirmi-
tés auxquelles l'Humanité est sujette, les Maux
d'Estomac et la Constipation sont bien certaine-
ment les plus fréquentes ; elles sont surtout de
celles qu'il est le plus important de faire dispa-
raître le plus tôt possible, car, plus que toute
autre, elles s'aggravent avec le temps et ne
tardent pas, en outre, à exercer sur le reste de
notre organisme une influence secondaire des
plus fâcheuses.
La fréquence des Maux d'Estomac et de la
Constipation, que ces affections existent en-
semble ou séparément, est due à ce que :
1° Les causes qui peuvent, soit immédiate-
ment, soit à plus ou moins longue échéance,
déterminer des troubles fonctionnels dans notre
appareil digestif, sont extrêmement nombreuses
et de nature très-diverse ;
6 MAUX D'ESTOMAC.
2° Nous ne savons pas bien vivre, c'est-à-dire
bien régler le nombre, la distribution et l'im-
portance de nos repas, et surtout choisir les ali-
ments les plus digestibles, les mieux appropriés
à notre âge, à notre tempérament, à notre cons-
titution, à notre genre de vie, à l'état de nos
organes digestifs ;
3« Nous négligeons trop souvent de suivre les
règles les plus importantes de l'Hygiène, omissions
qui finissent toujours, tôt ou tard, par porter
une atteinte plus ou moins sérieuse à notre
santé ;
4° Quand notre estomac ou nos intestins com-
mencent à mal fonctionner, nous ne nous en
préoccupons pas assez et nous négligeons d'y
porter remède tout aussitôt : nous laissons ainsi
empirer le mal, qu'un Régime convenable et un
Traitement simple et facile eussent rapidement
fait disparaître dès le début.
Je crois donc accomplir une oeuvre utile, en
enseignant, en vulgarisant, en mettant à la
portée de tous la Science de se bien porter, de
conserver sa santé, en évitant les causes capables
de l'altérer, de prévenir, de guérir, ou tout au
moins de soulager les Maux d'Estomac ainsi que
la Constipation.
Cette Science est peu connue du Public, car
CONSTIPATION. 7
les nombreux et remarquables ouvrages qui s'en
occupent sont écrits par des Médecins et des
Savants pour les Médecins et les Savants et non
pas pour Tout le Monde,
Cependant c'est une Science qui intéresse Tout
le Monde, les Malades surtout.
Je vais donc essayer de l'expliquer et de la
faire comprendre dans ce livre, que je me suis
efforcé de rendre clair, simple, concis, intelligible
à tous.
Je divise ce vaste sujet en six parties :
1. Histoire de la Vie. — Quelle est la
disposition intérieure de notre corps ? Com-
ment en sont groupés et agencés les divers
organes ? Comment s'en opèrent les principales
fonctions? Quel est le mécanisme et le but de
la Digestion, de la Circulation du sang, de la
Respiration, de la Nutrition, etc. ?
2. Maux d'Estomac.—Disposition, struc-
ture et fonctions de l'Estomac.
Quels sont les malaises, les dérangements,
les troubles divers, les maladies, qui peuvent
survenir dans les fonctions de l'Estomac ? Quelles
en sont les Causes, directes ou indirectes, im-
médiates ou éloignées? A quels Signes peut-on
aisément en reconnaître la nature, la forme, le
8 MAUX D'ESTOMAC.
nom et les distinguer, les Diagnostiquer les uns
des autres?
Quel est le Régime spécial, quels sont les ali-
ments et quelles sont les boissons qui conviennent
le mieux à chacun d'eux ?
Quel en est le Traitement, traitement simple,
rationnel, efficace, et facile à suivre?
3. Constipation. — Dispositions, structure
et fonctions des Intestins.
Quelles sont les Causes qui déterminent et
entretiennent une Constipation habituelle? Quelle
est l'Hygiène et quel est le Régime à observer,
quel est le Traitement le plus simple, le plus
pratique et le plus efficace à suivre, pour la faire
cesser et pour en prévenir le retour ?
4. Régime. — Pourquoi mangeons-nous?
Quel est le rôle physiologique et la destination
définitive des diverses espèces d'aliments et de
boissons dont nous nous nourrissons? Comment
se digèrent ces aliments et ces boissons ? Comment
se transforment-ils en notre sang, puis en notre
propre chair ?
Quelles sont les qualités nutritives des diver-
ses espèces d'Aliments? Quels sont ceux qui se
digèrent le mieux ? Quels sont ceux qui se
digèrent le moins bien? Quelle influence les
CONSTIPATION. 9
diverses préparations culinaires exercent-elles
sur leur digestibilité? Quelles sont les meilleures
manières de les apprêter, de les accommoder ?
Quelles sont les propriétés hygiéniques des
diverses espèces de Roissons?
5. Hygiène. — Quelles sont les lois les plus
importantes de l'Hygiène, celles dont l'observa-
tion contribue le plus au maintien de la Santé,
ou à son rétablissement ? Quelles sont surtout
celles qui sont relatives aux fonctions de l'Esto-
mac et des Intestins, à l'alimentation, aux repas,
au Régime ?
6. Traitement. — Comment agissent, dans
quels cas et comment doit-on employer les di-
vers agents du Traitement : Médicaments spé-
ciaux, — Hydrothérapie, — Une Saison à Vichy,
— Une Saison aux Rains de Mer?
Docteur CARNET,
Médecin Spécialiste.
Paris. — Rue de la Granpre-Batelière, 16.
De 1 heure à 3 heures.
Traitement par correspondance.
I
HISTOIRE DE LÀ VIE
1. Idée générale de la Vie. —Depuis sa naissance
jusqu'à l'âge de vingt-cinq ans environ, l'homme
grandit : or, pour que l'enfant croisse, se développe
et grandisse, pour qu'il devienne un homme, il faut
nécessairement qu'il trouve quelque part, il faut que
la Nature lui fournisse les matériaux indispensables
à l'accroissement de son corps et mi développement
de ses organes.
Pendant toute la durée de sa vie, le corps humain
effectue des dépenses et éprouve des pertes incessantes
qui résultent :
1° De la respiration : les poumons exhalent, en
vingt-quatre heures, environ 400 grammes de vapeur
d'eau et 1,100 grammes de gaz carbonique;
2° De la transpiration : la peau laisse transsuder,
12 HISTOIRE DE LA VIE.
en vingt-quatre heures, soit à l'état de vapeur im-
perceptible, soit à l'état de buée, de moiteur, ou de
gouttelettes d'eau, environ 300 grammes de sueur et
souvent même beaucoup plus;
3° Des sécrétions diverses : salive, suc gastrique,
bile, suc pancréatique, suc intestinal, mucosités di-
verses, urine, etc. ;
4° De la dépense de forces et de calorique que né-
cessitent et qu'occasionnent le travail, l'exercice , la
parole, les travaux intellectuels, les divers phéno-
mènes sensitifs, etc.;
S0 Enfin, de l'usure des divers rouages de la ma-
chine humaine, résultant de leur usage de tous les
jours, du mouvement perpétuel, apparent ou caché,
auquel ils sont soumis.
En outre, le corps humain conserve en tout temps
une chaleur intérieure uniforme et constante de 37°
(les extrémités et les parties superficielles, la peau
surtout, se refroidissent seules en hiver), et cela, quelle
que soit la température de la saison ou du clim?t,
en été comme en hiver, au Sénégal comme en Sibérie.
Or, c'est de la nécessité impérieuse de subvenir
à son accroissement et à son développement, de
réparer ses dépenses et ses pertes journalières, de
restaurer ses forces, de maintenir en lui le degré de
chaleur nécessaire à la vie, que résulte pour l'homme
le besoin impérieux de se nourrir.
2. Fonctions de la Nutrition. — Les Fonctions de la
Nutrition ont en effet pour but :
HISTOIRE DE LA VIE. 13
1° De fabriquer du sang, c'est-à-dire d'extraire des
aliments et des boissons dont nous faisons journelle-
ment usage, un liquide nourricier renfermant tous les
matériaux nécessaires à l'accroissement et à la nutrition
de notre corps, à la restauration de nos forces, à la
réparation de nos pertes et de nos dépenses de toutes
sortes, enfin à l'entretien du degré de chaleur dont
nous avons besoin (Digestion) ;
2° De recueillir ce sang, de l'épurer et de le vivifier
au contact de l'air (Respiration) ;
3° De le transporter dans toutes les parties de notre
corps, pour y maintenir une chaleur uniforme et
constante, et pour que chacun de nos organes et toutes
les molécules de notre corps y puissent prendre les
matériaux que la Digestion y a déposés pour leur
entretien et y déverser les matériaux vieillis et usés
(Circulation , Calorification, Assimilation , Désassimi-
lalion) ;
4° Enfin d'éliminer au dehors le résidu de la Di-
gestion (Défécation) et d'épurer, de purifier ce sang,
de le débarrasser des matériaux usés et vieillis qu'il
charrie (Sécrétions diverses).
3. Organes de la Nutrition. — Les Organes qui
concourent à l'accomplissement des fonctions de la
Nutrition sont situés dans le tronc, dans une large ca-
vité limitée : en arrière, par la colonne vertébrale;
en bas, par les os des hanches et du bassin ; en haut,
par l'ensemble des côtes; en avant, par une vaste
14 HISTOIRE DE LA VIE.
membrane musculo-fibfineuse qui continue la cage
costale et qui ferme le ventre.
Cette vaste cavité est subdivisée en deux étages
distincts et superposés, séparés par un plancher mus-
culaire mobile, le diaphragme, qui se fixe à tout le
pourtour du bord inférieur de la cage des côtes.
Dans l'étage inférieur, dans le ventre, sont logés
les divers organes qui accomplissent l'acte complexe
de la Digestion et des Sécrétions, qui fabriquent le
sang et qui le purifient.
Ce sont : Vestomac, en haut, au milieu et un peu
à gauche ; il communique avec la bouche par un
long tuyau, Yoesophage; — le foie, dans l'hypocondre
droit, qu'il remplit à lui seul; — la rate, dans l'hy-
pocondre gauche; — le pancréas, en arrière et un
peu au-dessous de l'estomac, appliqué contre la colonne
vertébrale;—les intestins, dans tout le reste du ventre;
— les deux reins, appliqués contre la colonne verté-
brale, au-dessous du pancréas ;
Dans le bassin : la vessie, en avant; — le rectum,
en arrière, contre la colonne vertébrale; — entre les
deux, chez la Femme, Yutérus.
Dans l'étage supérieur, dans la poitrine, sont logés
les organes destinés à vivifier le sang au contact de
l'air, puis à le lancer et le distribuer dans toutes les
parties de notre corps;
Ce sont : les deux poumons, qui communiquent
avec la bouche par la trachée et le larynx, et qui
remplissent toute la poitrine ; — au milieu d'eux, le
NUTRITION. 15
coeur et les gros vaisseaux qui en partent ou qui y
arrivent.
Tels sont les Organes, telles sont les Fonctions qui
concourent à l'acte complexe et multiple de la Vie.
Nous allons en étudier d'abord l'ensemble, afin de
bien saisir et de bien comprendre la raison d'être et
l'enchaînement réciproque de chacune d'elles; puis,
entrant dans de plus grands détails sur la Digestion,
qu'il nous importe le plus de bien connaître, nous
suivrons pas à pas les métamorphoses et les trans-
formations diverses que subissent les Aliments et les
Boissons clans notre appareil digestif.
Cette étude, que je m'efforcerai de rendre simple,
claire, attrayante, féconde en déductions pratiques,
jettera un grand jour sur la nature et les causes
.réelles des Maux d'Estomac et de la Constipation,
ainsi que sur leur Régime, leur Hygiène et leur Trai-
tement.
I — NUTRITION
4. Digestion. — Les plantes et les arbres puisent
dans la terre, à l'aide de leurs racines, les sucs nour-
riciers dont ils ont besoin pour se développer, pour
vivre et pour fructifier. L'homme, ainsi que tous
les animaux, ne trouve pas dans la nature ses ali-
16 HISTOIRE DE LA VIE.
ments tout prêts à être assimilés : avant d'être
absorbés, avant de pouvoir se convertir en sa chair
et en ses os, les aliments doivent être modifiés, trans-
formés, dissous et métamorphosés, par son appareil
digestif, en un liquide nourricier, le chyle.
Le chyle, résultat définitif de la digestion, ne
tarde pas à se transformer lui-même en sang, lequel
contient tous les matériaux nécessaires à l'accroisse-
ment et à la nutrition de notre corps, à la restaura-
tion de nos forces, à la réparation de nos pertes et
de nos dépenses de toutes sortes, et à l'entretien du
degré de chaleur dont nous avons besoin.
Alors seulement cette sève animale est absorbée et
transportée dans toutes les parties de notre corps, où
elle apporte la nourriture, la chaleur et la vie.
L'homme choisit donc dans la nature les divers
aliments qui lui conviennent, et fait subir à la plu-
part des préparations culinaires préalables, qui ont
pour but de les rendre plus appétissants et surtout
plus digestibles.
Ces aliments sont broyés par les dents, imprégnés
de salive, puis avalés, ainsi que les boissons, et ingérés
dans l'estomac; là, et dans la première portion des
intestins, ils sont digérés, c'est-à-dire soumis à une
série de transformations dues à l'action de la salive,
du suc gastrique, de la bile, du suc pancréatique et
du suc intestinal : il en résulte un suc nourricier, le
chyle, lequel ne tarde pas à être absorbé et à se mêler
au sang, dont il vient ainsi réparer les pertes in-
cessantes; le résidu de la digestion s'accumule peu
NUTRITION. 17
à peu dans le gros intestin et en est périodiquement
expulsé.
(Voir, pour plus de détails, les paragraphes 16 à
35 sur la Digestion.)
5. Absorption. — Les arbres se nourrissent en ab-
sorbant par le chevelu de leurs racines l'eau et les
sucs nourriciers que la terre végétale renferme : cette
sève monte dans les racines, puis dans le tronc, et
porte la nourriture et la vie à l'arbre tout entier.
La Nature procède d'une façon analogue chez les
animaux et chez l'homme.
A chaque repas, nous apportons en nous de l'eau
(boissons) et de la terre (aliments) plus ou moins
féconde ou stérile en éléments réparateurs; et, de
même que chez les plantes, d'innombrables racines,
enveloppant de leur chevelu d'une finesse micros-
copique l'estomac et les intestins, y sucent et y as-
pirent l'eau et les sucs nourriciers que nos organes
digestifs ont su extraire de cette espèce de terre
animale.
Cette eau et ces sucs nourriciers, cette sève ani-
male, c'est le chyle; ces innombrables racines qui
aspirent ce chyle, ce sont les vaisseaux ou canaux
chylifères.
Le chyle, liquide nourricier provenant de la diges-
tion de chacun de nos repas, est donc aspiré par les
vaisseaux chylifères : il monte dans ces canaux
comme la sève dans un arbre, et vient se déverser,
par un canal unique (le canal thoracique), dans la
18 HISTOIRE DE LA VIE.
Veine cave, au moment où celle-ci ramène au coeur le
sang qui a circulé dans toutes les parties du corps.
6. Appareil de la Circulation. — Le sang, liquide
nourricier intermédiaire entre les aliments et nos
tissus organiques, circule à travers toutes les parties
de notre corps dans un vaste réseau de tuyaux,
auxquels on donne le nom de vaisseaux : des artères,
des capillaires et des veines ; il y est mis en mouve-
ment par une double pompe, aspirante et foulante, le
coeur.
Coeur. ~~ Le Coeur, en effet, n'en déplaise aux
Poètes et aux Amoureux, est tout simplement une
merveilleuse machine hydraulique, composée de deux
pompes, aspirantes et foulantes toutes les deux, soudées
l'une contre l'autre, de manière à former un seul et
même tout, un seul organe. Ces deux pompes fonc-
tionnent incessamment, avec une simultanéité et un
ensemble parfaits, depuis huit mois avant notre nais-
sance officielle jusqu'à notre mort, à raison de 60 à
70 coups de piston par minute ; chaque battement du
coeur, chaque pulsation du pouls, correspondent à
chacun des coups de piston de cette merveilleuse
pompe !
Artères. — A la portion foulante de chacune des
deux pompes du coeur est soudé un gros tuyau, une
Artère; celle de la pompe droite (artère pulmonaire)
porte le sang dans les poumons ; celle de la pompe
NUTRITION. 19
gauche (artère aorte) porte le sang dans toutes les
parties de notre corps. Ces deux grosses artères s'y
ramifient, comme le tronc d'un arbre, se divisent et
se subdivisent en grosses branches, puis en petites
branches, puis en rameaux, puis en ramuscules, puis
enfin en une sorte de chevelu.
Capillaires. — Ces nombreuses subdivisions en arri-
vent au point de former des vaisseaux, des tuyaux,
plus ténus et plus grêles que les cheveux les plus
fins: ce sont les Capillaires. Tous ces tuyaux capil-
laires, d'une finesse microscopique, communiquent
entre eux et forment une sorte de treillage, de filet,
de dentelle à mailles fines, délicates et tellement
petites, qu'on ne peut enfoncer une aiguille dans
n'importe quelle partie de notre corps sans déchirer
plusieurs capillaires.
Veines. — Après avoir formé cet immense réseau,
à mailles microscopiques, qui constitue le canevas,
ou la trame, soit de nos poumons, soit de tout notre
corps, les Capillaires s'abouchent les uns aux autres,
se réunissent et se soudent ensemble de façon à former
de nouveaux tuyaux, de nouveaux vaisseaux, des
Veines. Ces vaisseaux, dont le calibre grossit peu à
peu, forment d'abord des ramuscules, des rameaux,
des petites branches, puis des grosses branches, puis
enfin deux gros troncs, deux grosses Veines, qui
viennent se souder à la portion aspirante des deux
pompes du coeur : la Veine pulmonaire, qui ramène
20 HISTOIRE DE LA VIE.
le sang des poumons, se soude à la portion aspirante
de la pompe gauche ; la Veine cave, qui ramène le
sang de tout le reste du corps, ainsi que le chyle que
lui déversent les Vaisseaux chylifères, se soude à la
portion aspirante de la pompe droite.
7. Sang. — Le sang est un liquide qui sert iïinter-
médiaire entre les aliments et notre corps. Pour que
le pain, la viande, les légumes, les fruits, les bois-
sons, etc., dont nous faisons notre nourriture, se
transforment en notre corps et deviennent la chair
de notre chair et les os de nos os, il faut que ces
aliments et ces boissons se transforment préalable-
ment en un liquide, le chyle, qui se transforme lui-
même en notre sang. Aucun aliment ne peut nous
nourrir, si nos organes digestifs ne peuvent pas le
liquéfier, le métamorphoser en chyle.
Vu au microscope, le sang est formé d'un liquide
incolore et limpide comme de l'eau, liquide dans
lequel nagent des milliards de globules rouges d'une
petitesse microscopique ; il y en a plusieurs milliers
dans une seule goutte de sang. Ce sont ces globules
rouges qui donnent au sang sa couleur, en même
temps que sa puissance nutritive et réparatrice, et
c'est leur nombre plus ou moins grand qui fait la
richesse ou la pauvreté du sang.
Au point de vue chimique, le sang contient tous
les éléments chimiques, toutes les substances que les
analyses et les recherches les plus savantes ont pu
découvrir dans notre corps. Il contient 78 pour 100
NUTRITION. 21
d'eau et 22 pour 100 de matières diverses, parmi les-
quelles nous remarquons : de l'albumine, de la fi-
brine, de la graisse et une trentaine de sels minéraux ;
il renferme en outre soit du gaz oxygène quand il
revient dès poumons, soit du gaz carbonique quand
il y arrive.
C'est, à cette composition chimique et vitale du sang
qu'est due sa propriété de pouvoir nourrir et res-
taurer notre corps, réparer ses pertes, produire de la
chaleur et fournir les matériaux des diverses sécré-
tions organiques.
Le sang est donc bien réellement de la chair cou-
lante, qui représente notre chair, nos os, nos organes,
la totalité de notre corps enfin à Vétat liquide.
8. Circulation du Sang. — Le sang décrit dans sa
course incessante deux cercles en forme de 8, ainsi
que le ferait un cheval qui courrait sur une piste
dont les courbes décriraient un 8: le coeur est placé
au point d'intersection des deux cercles; Te grand
cercle, ou cercle inférieur du 8; va du coeur à toutes
les parties du corps, puis de toutes les parties du corps
au coeur (Circulation générale); le petit cercle, ou
cercle supérieur, va du coeur aux poumons et des
poumons au coeur (Circulation pulmonaire).
Suivons le sang dans cette course circulaire ; sup-
posons-le partant de la pompe gauche du coeur, et
voyons le trajet en forme de 8 qu'il doit parcourir
avant d'y revenir.
La pompe gauche du coeur lance le sang par
22 HISTOIRE DE LA VIE.
rArtère aorte dans toutes les parties du corps (ex-
cepté dans les poumons); le sang circule clans les
divisions et subdivisions artérielles, et arrive dans le
réseau à mailles microscopiques formé par les Ca-
pillaires .
Dans les Capillaires, le sang se trouve au sein même
de tous nos organes et de tous nos tissus qu'il baigne
de toutes parts, en contact médiat avec les molécules
microscopiques de diverse nature dont le merveilleux
ensemble constitue notre corps. J'ai dit médiat, car
le sang est toujours contenu dans l'intérieur d'un
vaisseau, d'un tuyau; il ne s'épanche jamais dans
l'épaisseur de nos organes, à moins de contusion ou
de plaie.
C'est dans le réseau des Capillaires que s'accom-
plissent les phénomènes mystérieux de la vie végéta-
tive : le sang fournit à nos organes les matériaux de
réparation et d'entretien dont il est chargé (Assimila-
tion, 9);—son oxygène brûle les graisses et l'alcool, et
fournit ainsi de la chaleur, de la vapeur d'eau et du
gaz carbonique (Calorification, 13);—enfin il se charge
de tous les matériaux usés et inutiles (Désassimila-
tion, 10).
Il résulte de tous ces échanges que le sang —
qui était artériel, c'est-à-dire rouge vermillon, impré-
gné de l'oxygène de l'air puisé clans les poumons et
chargé des matériaux réparateurs fournis par le
chyle de la Digestion, quand la pompe gauche du
coeur l'a lancé dans les Artères et les Capillaires —
s'est peu à peu transformé en sang veineux, c'està-
NUTRITION. 23
dire en un sang rouge noirâtre, impur, appauvri
et impropre à la vie :
Appauvri, car il a distribué à chacun de nos organes
les matériaux dont il s'était chargé pour leur entre-
tien et leur réparation ;
Noir et impropre à la vie, car il est maintenant im-
prégné de gaz carbonique, produit par la combustion,
gaz impropre à la vie ;
Impur, car il charrie actuellement tous les détri-
tus, les plâtras provenant de la restauration inces-
sante de notre corps.
Il s'agit donc maintenant de purifier ce sang
veineux; de le réapprovisionner de nouveaux maté-
riaux de réparation et d'entretien ; de le vivifier en
l'imprégnant d'oxygène.
Or, la pompe droite du coeur aspire par les Veines
ce sang veineux.
Chemin faisant, le sang veineux traverse les vais-
seaux capillaires de la membrane muqueuse des
intestins, ceux du foie et des reins ; il y subit une
opération analogue à celle qu'il subirait en passant
dans une série de filtres, et il en sort purifié (Sécré-
tions, 11); il se réapprovisionne en recevant de nou-
veaux sucs nourriciers que les Chylifères ont absorbés
dans l'estomac et les intestins (Absorption, 99).
Enfin le sang revient au coeur, après avoir ainsi cir-
culé dans toutes les parties du corps et décrit le grand
cercle (Circulation générale) du 8 dont je parlais en
commençant.
Voyons maintenant comment il circule dans le
24 HISTOIRE DE LA VIE.
petit cercle ou cercle supérieur du 8 (Circulation pul-
monaire).
La pompe droite du coeur, qui a aspiré le sang
veineux, le lance clans les poumons. Là, il se trouve
en contact médiat avec l'air (Respiration, 12) qui pé-
nètre à tous moments dans les poumons : il se vivifie,
en se débarrassant du gaz carbonique et de la vapeur
d'eau dont il était encore chargé et en s'imprégnant
de l'oxygène de l'air.—Il se transforme ainsi en sang
artériel.
Alors la pompe gauche du coeur aspire ce sang
artériel, purifié, réapprovisionné et vivifié. Il revient
ainsi au coeur après avoir décrit le double circuit de
la Circulation générale et de la Circulation pul-
monaire.
Ensuite la pompe gauche du coeur lance ce sang
artériel dans toutes les parties de notre corps, pour
qu'il y recommence cette course incessante qui ne
s'arrête jamais et qui ne cesse qu'avec le dernier bat-
tement de notre coeur.
La Circulation du sang peut donc être comparée à
un convoi de chemin de fer, qui apporterait des ma-
tériaux de construction (sang artériel), et qui s'en re-
tournerait remportant des plâtras de démolition et des
déblais (sang veineux), pour revenir encore et tou-
jours avec de nouveaux matériaux.
9. Assimilation. — Nous avons vu plus haut que 1
sang artériel, quand il arrive dans le réseau des Ca-
pillaires qui forment la trame et le canevas de tous
NUTRITION. 25
nos tissus et de tous nos organes, se trouve par cela
même en contact médiat avec les innombrables mo-
lécules microscopiques de diverse nature dont l'en-
semble constitue notre corps.
Ce sang artériel renferme plus de trente sub-
stances diverses qui représentent, par quantités infi-
niment petites, tous les matériaux nécessaires à l'en-
tretien de notre corps, tous les éléments qui entrent
dans sa structure et sa composition.
Eh bien! chacun des milliards d'atomes, chacune
des innombrables molécules de notre corps, ainsi que
le ferait un ouvrier intelligent, prend dans ce sang
les matériaux que la Nature y a déposés à son intention,
puis les travaille, les modifie et les transforme en sa
propre substance. L'os y prend de quoi fabriquer, de
quoi faire de l'os, la chair de quoi faire de la chair,
la peau de quoi faire delà peau, les cheveux de quoi
faire des cheveux, les glandes salivaires de quoi
faire de là salive, etc. Et remarquez qu'aucun de
ces travailleurs, qu'aucune de ces innombrables mo-
lécules ne se trompe, et que l'os ne prend pas ce qui
est destiné aux cheveux, ni les cheveux ce qui est
destiné à la chair.
Comment cela se fait-il? C'est là le secret de la vie!
C'est ainsi que notre corps se nourrit, s'entretient,
se restaure et répare ses forces.
10. Désassimilation. — Notre organisme est soumis
à un double mouvement, incessant et continu, d'entrée
et de sortie, de composition et de décomposition, de
2
26 HISTOIRE DE LA VIE.
recettes et de dépenses, d'assimilation et de désassi-
milation.
En même temps que l'oxygène du sang artériel
brûle l'alcool et les graisses pour produire de la
chaleur (Calorification, 13) ; en même temps que les
innombrables molécules de notre corps, que les in-
nombrables ouvriers dont je parlais plus haut, pui-
sent dans ce sang les matériaux de réparation et
d'entretien dont il est chargé ;
Ces ouvriers, ces molécules y jettent, comme les
ordures dans la rue ou mieux dans l'égout, les
scories, les plâtras, les déchets, les matériaux usés
par le mouvement incessant de la vie, les cadavres
des molécules et des atomes qui ont vécu dans nos
organes et qui y ont fait leur temps.
Telles les générations naissent, croissent, se déve-
loppent, prospèrent, vieillissent, meurent, se transfor-
ment en poussière, et sont incessamment et journelle-
ment remplacées par d'autres qui subissent les mêmes
changements successifs et la même destinée !
La machine humaine se détruit sans cesse et sans
cesse se renouvelle; la matière qui la constitue est
dans un mouvement perpétuel de construction et de
destruction, de renaissance et de métamorphose. A
dix ou quinze ans d'intervalle, presque toutes ses
parties ont été renouvelées par le courant journalier
des aliments et des boissons qui traverse notre ap-
pareil digestif.
Notre corps ne se comporte donc pas autrement
que nos maisons, que nos édifices publics, qu'il faut
NUTRITION. 27
entretenir et restaurer de temps en temps, jusqu'au
moment où, comme notre corps, ils s'écroulent et
tombent dans la poussière d'où ils étaient sortis. . . .
et in pulverem reverteris !
II. Sécrétions. — Voilà donc le sang qui entraîne
vers le coeur tous les matériaux usés, inutiles ou
nuisibles, les détritus qui proviennent de l'usure et
de la dégradation incessante de notre corps.
Le sang, devenu veineux, va se purifier en traver-
sant plusieurs filtres, représentés par des glandes ou
des membranes, qu'il rencontrera sur son passage
entre les capillaires et le coeur. Les reins, le foie et
surtout les intestins, sont les plus importants.
En traversant les canaux capillaires de ces filtres
vivants, de ces épurateurs intelligents, les molécules
de ces divers organes sécréteurs s'emparent de toutes
ces saletés, et c'est avec cela qu'elles fabriquent des
sécrétions diverses : les molécules du foie fabriquent
avec ces saletés de la bile; celles des reins, de l'urine;
celles des intestins, du suc intestinal.
On comprend aisément de quelle importance il est
pour notre organisme, pour la régularité de ses
fonctions, pour notre santé enfin, que ce filtrage du
sang s'effectue convenablement, que son épuration
soit complète, qu'il se débarrasse de toutes ces saletés,
de toutes ces humeurs qu'il charrie avec lui.
Le sang qui circule dans tous nos tissus et tous
nos organes, est donc un véritable pourvoyeur, un
messager, qui part à chaque seconde du coeur pour
28 HISTOIRE DE LA VIE.
aller distribuer dans tous les coins et recoins de
notre corps les matériaux de réparation et d'entre-
tien dont il s'est chargé en partant : il les distribue
aux innombrables travailleurs qu'il rencontre sur son
chemin et il revient vers le coeur, rapportant en
échange tous les matériaux usés et vieillis, toutes
les humeurs de notre corps; mais en route il se dé-
charge, il se débarrasse, il se purifie, il se purge de
toutes ces saletés en traversant une série de filtres
(foie, reins, intestins), et il revient au coeur pour se
réapprovisionner et recommencer incessamment ce
voyage circulaire.
C'est sur cette propriété essentielle que possèdent
les reins, le foie, et surtout les intestins, de purifier le
sang, de le filtrer, d'en extraire les principes qui en
altèrent la pureté et de les rejeter hors de l'économie,
c'est sur cette propriété, dis-je, qu'est fondé mon
Traitement dépuratif'par l'emploi de mon Elixir pur-
gatif.
Si l'on prend, en effet, ce médicament qui active
les fonctions et augmente les sécrétions ou le filtrage,
des reins, du foie, et surtout des intestins, le sang
deviendra bientôt plus pur, et on ne tardera pas à
voir le teint s'éclaircir, le sentiment d'oppression,
de gêne générale, d'encombrement et d'obstruction
disparaître peu à peu, et la santé se rétablir.
Après avoir traversé tous ces filtres, toutes ces
glandes et ces membranes épuratrices, le sang veineux
est complètement purifié et débarrassé de tous ces dé-
NUTRITION. 29
tritus ; mais il contient encore du gaz carbonique et
de la vapeur d'eau, dus à la combustion (13), les-
quels le rendent impropre à la vie. La Respiration a
pour but de l'en débarrasser et de lui donner en
échange de l'Oxygène, gaz essentiellement vital.
12. Respiration. — L'acte de la Respiration se
passe dans les poumons.
Les deux poumons (c'est le mou dont on nourrit
habituellement les chats) remplissent toute la poi-
trine; au milieu d'eux est le coeur, ainsi que les
grosses artères et veines qui en partent ou y arrivent;
ils communiquent avec la gorge, et par là avec la
bouche et le nez, par un long canal, la trachée et le
larynx.
Les deux poumons peuvent être comparés à deux
énormes grappes de raisin ayant une tige commune,
et dont la tige, les rameaux, les ramuscules et les
grains seraient creux. La partie supérieure, le bout de
la tige, correspond au larynx situé dans la gorge ;
la tige elle-même, c'est la trachée ; les ramifications,
les divisions et subdivisions de la tige, ou de la
trachée, ce sont les bronches; le raisin, ou plutôt
l'ensemble des grains du raisin (grains excessivement
petits), ce sont les vésicules pulmonaires, le poumon-:
lui-même, le mou.
Or, par les mouvements combinés et alternatifs de
la poitrine et du diaphragme, mouvements analogues
à ceux d'un soufflet, l'air pénètre par la bouche et
le nez dans la gorge, dans le larynx, la trachée,
2. " ;
30 HISTOIRE DE LA VIE.
les bronches et les vésicules pulmonaires, — puis res-
sort, en sens inverse, par le même chemin. Cette
entrée et cette sortie alternatives de l'air constituent
la Respiration, acte essentiel à la vie
Nous respirons, en moyenne, dix-huit fois par mi-
nute et, chaque fois, nous introduisons à peu près
un demi-litre d'air dans nos poumons: ce qui donne
environ 9 litres d'air par minute, 500 litres par heure,
12,000 litres par jour, 4,380,000 litres par an.
Voyons maintenant pourquoi nous respirons et ce
que le sang vient faire dans les poumons.
La pompe droite du coeur, qui a aspiré le sang
veineux (déjà réapprovisionné et purifié, mais encore
chargé de gaz carbonique et de vapeur d'eau) de
toutes les parties du corps, le lance par l'Artère pul-
monaire dans les poumons ; les divisions et subdivi-
sions de cette Artère se ramifient dans les deux
poumons, absolument comme nous avons vu (6)
celles de l'Artère aorte se ramifier dans toutes les
parties de notre corps. Les capillaires, qui résultent
des ramifications terminales de l'Artère pulmonaire,
finissent par envelopper chaque vésicule pulmonaire,
chaque grain du raisin, d'un réseau à mailles fines
et délicates comme une dentelle.
C'est dans ce réseau, c'est dans ces capillaires qui
enveloppent les vésicules pulmonaires, que le sang se
met en contact médiat avec l'air que la Respiration
fait pénétrera chaque instant dans nos poumons.
Le sang et l'air, — mis ainsi en contact médiat,
séparés seulement par les parois de la vésicule pul-
NUTRITION. 31
monaire et du tuyau capillaire, parois moins épaisses
que la pellicule la plus fine qu'on puisse imaginer,
— font ensemble un double échange :
1° Le sang abandonne à l'air le gaz carbonique et
la vapeur d'eau, qui le rendaient noir et impropre à
la vie.
C'est pour cela que plusieurs personnes réunies dans
une chambre vicient rapidement l'air de cette chambre
par le gaz carbonique de leur respiration, — exacte
ment comme les cheminées de nos usines vicient
l'atmosphère par leur fumée et leurs vapeurs; —
c'est aussi pour cela que, en respirant contre une
glace ou un métal poli, la vapeur d'eau de notre res-
piration s'y condense sous forme de buée.
2° L'air pur qui s'introduit dans nos poumons
abandonne au sang son oxygène, gaz essentiellement
vital et apte à entretenir la combustion et la vie;
plus cet air sera pur, plus il abandonnera d'oxygène
au sang, plus il le vivifiera.
C'est pour cela que l'air pur de la campagne, du
bord de la mer, des montagnes surtout, est si préfé-
rable à celui des villes: il n'est pas indifférent de res-
pirer, par jour, 12,000 litres d'air plus ou moins
pur ; — c'est pour cela que les enfants, que les per-
sonnes faibles et délicates, jouissent d'une meilleure
santé à la campagne, et que les convalescents s'y ré-
tablissent plus promptement qu'à la ville; —c'estpour
cela que les promenades à pied ou à cheval, que l'exer-
cice en plein air, dans la campagne, en augmentant
l'ampleur et la fréquence des mouvements respira-
32 HISTOIRE DE LA VIE.
toires, en faisant pénétrer une grande quantité d'air
pur dans nos poumons, sont choses si utiles et si ex-
cellentes.
Il résulte de ce double échange que le sang se
trouve modifié dans sa composition et dans sa couleur;
il était arrivé veineux, noirâtre et impropre à la vie :
il revient au coeur, aspiré par la pompe gauche de
cet organe, artériel, rouge vermillon, et vivifié.
13. Calorification. — Nous avons vu précédemment
(6, 8) que toutes les parties de notre corps sont tra-
versées eh tous sens par d'innombrables tuyaux (ar-
tères, capillaires, veines), dans lesquels le sang cir-
cule sans trêve ni relâche, et sans jamais s'arrêter un
seul instant.
Or, ce vaste réseau de tuyaux, cette merveilleuse
canalisation, constitue pour notre corps un admirable
Calorifère, à eau chaude et à circulation continue, ana-
logue à ceux que l'Industrie a installés dans quelques
grands Etablissements publics : seulement, le nôtre est
infiniment plus parfait.
L'eau chaude (le sang) du Calorifère humain se
maintient toujours et d'elle-même à une température
uniforme et constante de 37°, et cela dans tous les cli-
mats et toutes les saisons, le jour et la nuit, sans que
nous ayons jamais besoin de nous occuper de notre
Calorifère.
Celte température uniforme, cette chaleur constante,
est due à la combustion plus ou moins active, selon
les besoins, du charbon et de l'hydrogène contenus dans
NUTRITION. 33
la graisse et l'alcool qui se trouvent dans nos aliments,
ou qui résultent de leur digestion.
Cette combustion a lieu dans le réseau des Capillai-
res et elle y est opérée par l'oxygène de l'air, dont le
sang s'est imprégné dans les poumons pendant l'acte
de la Respiration.
De cette combustion lente, insensible, continue, ré-
sultent :
1° De la chaleur, qui entretient notre sang (l'eau
du Calorifère), et par conséquent tout notre corps, à
un degré de température (3*7°) uniforme et constant;
2° Une puissance mécanique, une activité plus grande,
une excitation vitale, qui se répandent avec le sang
dans tout notre organisme: c'est pour cela que,quand
nous buvons du vin ou des liqueurs, quand nous
chauffons un peu plus, nous sentons en nous une
chaleur et une activité plus grandes;
3° Du gaz carbonique, qui se dissout dans le sang
des canaux capillaires et, de rouge vermillon qu'il
était (sang artériel), le rend noirâtre et impropre à la
vie (sang veineux);
4° De la vapeur d'eau, qui reste également dissoute
dans le sang.
C'est ce gaz carbonique et cette vapeur d'eau que
notre bouche exhale à chaque respiration.
Si l'on ne mange pas, ou pas assez, on ne fournit
pas assez de combustible pour alimenter le feu ; — si
la combustion est trop active, ainsi que cela a lieu
quand on est malade, quand on a la fièvre, il y a in-
suffisance de combustible : — dans ces deux cas, le
34 ' HISTOIRE DE LA VIE.
sang brûle la réserve de graisse (24)' accumulée sous
la peau par la prévoyante Nature, et fon maigrit.
S'il y a excès de chaleur dans notre corps,— excès
dû soit à Hexereice, soit à la température de.l'air,
soit à toute autre cause, — cet excès de chaleur se
dissipe-aussitôt par l'exhalation pulmonaire et surtout
par la transpiration de la peau, qui joue alors le rôle
d'un vase poreux réfrigérant, d'un alcarazas.
Il — VIE EXTÉRIEURE — VIE CEREBRALE
Les fonctions de la Vie extérieure et celles de la
Vie cérébrale n'ayant que des rapports fort éloignés
avec le sujet de ce livre, je ne ferai que les énu-
mérer très-brièvemen;.
14. Vie extérieure. — Les fonctions de la Vie ex-
térieure ont pour but de nous mettre en rapport, en
relation, avec tout ce qui nous environne, tout ce
qui n'est pas nous.
Elles s'accomplissent au moyen de trois genres
d'organes :
1° Par l'appareil locomoteur, consistant en un
squelette que font mouvoir un grand nombre de
muscles, l'homme se transporte là où il veut ;
VIE EXTÉRIEURE: 35
2° Par la parole; il échange ses pensées avec ses
semblables; ■ .
' .3° Par les organes des sens, il distingue tout ce
qui l'entoure, il entend et interprète les sons, il juge
et.-, apprécie les qualités de l'air qu'il respire, il goûte
et contrôle les qualités de ses aliments.
15. Vie cérébrale. — Les fonctions de la Vie céré-
brale s'accomplissent clans le Cerveau et dans les
Nerfs qui en émanent.
Les Nerfs sont de trois espèces :
1° Les nerfs nutritifs (Grand Sympathique), qui pré-
sident à la Vie intérieure : digestion, circulation,
nutrition, respiration, etc. ;
2° Les nerfs sensitifs, qui transmettent au cerveau
les sensations perçues par nos organes et par toutes
les parties de notre corps ;
■ 3° Les nerfs moteurs, qui transmettent aux muscles
et aux viscères l'influx nerveux, lequel détermine en
eux la contraction d'où résultent les mouvements.
Le Cerveau préside aux fonctions de la Vie exté-
rieure, en même temps qu'il tient sous sa dépen-
dance les actes de la Vie intérieure. Siège des sensa-
tions, des passions, de l'intelligence, de la volonté,
le cerveau est l'organe intermédiaire entre le monde
extérieure et notre petit monde intérieur, en même
temps qu'il est le lien mystérieux qui unit la matière
à l'esprit, notre corps périssable à notre âme im-
mortelle.
MAUX D'ESTOMAC
FONCTIONS DE L'ESTOMAC
16. Digestion. — La digestion a pour but de faire
subir aux aliments et aux boissons dont nous faisons
usage, une série de transformations, et d'en extraire
un liquide nourricier spécial, le chyle, qui se mêle
au sang et devient sang lui-même. Ce suc nourricier,
ce chyle, renferme tous les matériaux nécessaires à
l'accroissement, au développement et à la nutrition
de notre corps, à la restauration de'nos forces, à la
réparation de nos dépenses et de nos pertes quoti-
diennes, et à l'entretien de la chaleur intérieure dont
nous avons besoin.
17. Sucs nourriciers. — Nous verrons au chapitre
consacré au Régime, que nos aliments et nos boissons
renferment tous ces matériaux, tous ces éléments.
38 MAUX D'ESTOMAC.
On peut donc comparer les aliments à ces minerais
d'or que l'Industrie réduit en poussière, qu'elle sou-
met à des lavages successifs et à une série de mani-
pulations diverses, pour en extraire l'or qu'ils ren-
ferment. L'or des aliments, c'est le suc nutritif, c'est
le chyle, que la Digestion en extrait et qui vient
enrichir le sang; le reste, ce sont des scories, des ré-
sidus, des matières fécales.
Comme les minerais, les aliments n'ont de valeur
que par la quantité de matière nutritive qu'ils ren-
ferment et par la facilité avec laquelle nos organes
digestifs peuvent l'en extraire.
18. But de la digestion. — Nous verrons aussi que
tous ces aliments, pour pouvoir être absorbés, doivent
être préalablement liquéfiés, ou tout au moins émul-
sionnés, de façon à pouvoir se transformer en un li-
quide, le chyle, intermédiaire entre ces aliments et le
sang.
Pour atteindre ce but, les aliments sont d'abord
réduits en une pulpe molle; puis ils traversent un
long canal, le tube digestif, dans lequel ils subissent
une série de transformations sous l'influence de réaG-
tifs physiologiques, tels que la salive, le suc gastrique,
la bile, etc.; ces liquides sont sécrétés par des or-
ganes annexes du canal digestif.
Pour bien suivre la marche de ces élaborations,
de ces transformations, il faut Jes étudier successive-
ment dans la bouche, dans l'estomac et dans les
intestins.
FONCTIONS D| yESÏOMA 39
1° BOUCHE
19. Odorat, Goftt, — Les boissons et Jes ajiments
subissent, avant de pénétrer dans notre appareil di-
gestif, une inspection préalable de la part de l'Odorat
et du Goût.
L'Odorat nous donne des nntiong sur certaines
qualités spéciales; c'est une sentinelle avancée qui
veille aux ayant-postes de la Digestion, pour einpê-
cher les. substances malsaines pu gâtées de pénétrer
dans la place. Tout aliment senlaRf mauvais est un
mauvais aliment.
Mais la Nature ne s'est pas contentée de cette unique
■ sentinelle, qui d'ailleurs s'endort à moitié quand ehe
s'enrhume ; elle en a placé une seconde, plus sûre,
plus vigilante, à l'entrée même du tubp digestif :
c'est le Gpftf.
Le Goût, logé dans les papilles nerveuses de la
langue, goûte, déguste, examine et apprécie les alir
ments et les boissons que nous introduisons dans
nptre bouche, et si le jugeinenf que pprtg pe Cerbère
sur leur cpmptg }epr est défavorable, - un. sentiment
instinctif nous pprtp % les rejeter comme mauvais,
indigestes; et rarement il se trompe, car presque
toujours les aliments qui ont un mauvais goût sont
m^uvajs et malsaips.
En outre, la langue nous avertit si l'Estomac est
disposé à bien recevoir les aliments : si ehe se couvre
d'un enduit, soit blanchâtre, spit surtout blane jau-
40 MAUX D'ESTOMAC.
nâtre, c'est comme un fanal rouge que la Nature
place à une certaine distance sur la voie, pour
nous avertir qu'on ne passe pas, que l'Estomac est
encombré de Saburres, et qu'il vaut mieux ne pas
manger.
Les boissons et les aliments très-liquides, introduits
dans la bouche, sont immédiatement avalés sans subir
la moindre modification; tout au plus s'imprégnent-
ils en passant d'un peu de salive. Quant aux aliments
ordinaires, ils sont soumis dans la bouche, avant de
passer outre, à deux opérations essentielles : la mas-
tication et l'insalivation.
20. Mastication. — Elle consiste à couper, à dé-
chirer, à triturer, à broyer, à mâcher les aliments,
de façon à les réduire en une pâte molle, qui puisse
aisément s'imprégner de salive et glisser jusque
dans l'estomac. Les aliments sont coupés par les
dents incisives, déchirés par les canines ; puis, les
mouvements combinés de la langue, des joues et des
lèvres ne cessent de les remuer et de les retourner
en tous sens, de les placer et les replacer maintes et
maintes fois sous les molaires, qui les triturent et les
broient.
Cette division et cette trituration préparatoires ont
pour but de rompre et de désagréger la trame, le
canevas, le parenchyme des viandes, et surtout des
végétaux, qui renferment et emprisonnent les sucs
nutritifs ; elles complètent ainsi l'action de la cuisson,
FONCTIONS DE L'ESTOMAC. 41
qui a déjà ramolli cette trame, ce parenchyme ; elles
rendent ainsi toutes les parties de l'aliment plus ac-
cessibles aux sucs digestifs.
Son importance. — La régularité des fonctions di-
gestives dépend, plus qu'on ne le pense, d'une mas-
tication complète bien faite. En effet, toute masti-
cation insuffisante, soit parce que l'on ne se donne
pas le temps de mâcher convenablement les aliments
et qu'on les avale précipitamment, soit parce que les
dents sont mauvaises, carriées ou qu'il en manque
un certain nombre, sera une cause efficace et cer-
taine de troubles digestifs, de Dyspepsie.
Il faut donc mâcher suffisamment les aliments, afin
d'épargner à l'estomac un surcroît de travail, car il
faudra que l'estomac fasse la besogne que les dents
n'auront pas faite.
21. Insalivation.— Pendant que les dents mâchent
et triturent les aliments, les glande* salivaires, vérita-
bles petites éponges toujours remplies d'eau, imbibent
et imprègnent ces aliments de salive, et contribuent
ainsi à les réduire en une sorte de bouillie, de pâle
liquide. Cette opération s'accomplit d'autant mieux
que la mastication est plus prolongée et plus com-
plète.
La salive est un liquide aqueux, légèrement vis-
queux, renfermant: 1° de la soude, qui rend la salive
alcaline; 2° de l'albumine, analogue au blanc d'oeuf,
qui la rend un peu visqueuse et mousseuse ; 3° un
ferment très-actif, la diastase qui a la propriété,
42 MAUX D'ESTOMAC.
comme là levure de bière ou le levain, de faire fer-
menter là fécule contenue dans nos alimëhts (130), et
de la transformer ainsi eh glycosé. Cette trànforma-
tion de la fécule en glycosé commence dans la bou-
ché, se continue dans l'estomac et s'achève dans les
intestins.
Là salivé, si nécessaire à la digestion des aliments
féculents, est sans action sur la Viande et les autres
aliinôhts réparateurs (126), et sur les matières grasses,
lesquels parviennent tels quels dàtls i'éstOmâc.
Son iihportàhcè. — Si la salive existe en quantité
insuffisante (dans le cas de rejet excessif de ce
liquidé, comme chez Certains fumeurs); oit si elle
est acide, du lieu d'être alcaline (dans le cas de
carie dentaire, d'ulCérâtionë des gencives, de renvois
acides) ; dans tous ces cas, les alimenîs féculents
n'étant pas imprégnés de diastase, ou bien les acides
empêchant la diâStâSS d'agir, ne pourront Commencer
à se trdnSfôrniër eri glycosé dans l'estomac; ils y
seront donc cdhime dès étrangers dé passage qui em-
barrasseront et qui gêneront là digestion des autres
aliments.
22. Déglutition. — Lorsque les aliments sont coH-
venablement mâchés, imbibés de salive et réduits en
pâtée, ils sont avalés. Dans ce but, là bouche se ferme
tout d'àbofd : alors la langue, Comme une truelle
intelligente, parcourt tôuS les Cbins et recoins de la
bouché, fàfhâsSé les aliments suf Sa face Supérieure,
puis les pressé contre le palais et leS fait glisser dans
FONCTIONS DE L'ESTOMAC. 43
le gosier, l'oesophage et l'estomac. Tout ce canal, que
parcourent nos aliments, est préalablement lubrifié
par un mucus visqueux sécrété par les amygdales.
Quand les aliments traversent le gosier, le voile du
palais se soulève en arrière pour boucher l'orifice
postérieur guttural des fosses nasales ou du nez; en
même temps, l'épiglotte s'abaisse sur l'ouverture du
larynx pour fermer l'orifice du tuyau de la trachée,
que l'air parcourt pour aller dans les poumons (12).
Si} au moment où l'on avale> on rit$ on parle$ on
tousse, alors la manoeuvre se fait mal, on avale de
travers: des parcelles d'aliments, ou quelques gouttes
de boisson, pénètrent dans le larynx, et déterminent
aussitôt un accès de toux qui ne cesse qu'après l'ex-
pulsion de ces intrus,
2° ESTOMAC
Pour bien comprendre les fonctions digestives de
l'estomac» il faut examiner successivement l'organe
lui-même, les liquides digestifs qu'il sécrète, ce qui
s'y passe pendant la digestion stomacale.
23. Estomac. — L'estomac est une espèce de Sac
membraneux, Semblable à une cornemuse, formé par
ime dilatation, un renflement du tube digestif. Il
constitue un réservoir, où les aliments s'arrêtent quel-
que temps pour y être digérés, pour y être transfor-
més en un liquide absorbable. 11 se continue, en haut
44 MAUX D'ESTOMAC.
avec l'oesophage par un orifice d'entrée nommé
cardia, et en bas avec les intestins par un orifice de
sortie nommé pijlore.
Situation. — 11 est situé transversalement dans la
portion gauche et supérieure du ventre. Placez la
paume de votre main droite sur ce qu'on appelle le
creux de l'estomac, en dirigeant l'extrémité de vos
doigts du côté du coeur, et votre main recouvrira à
peu près la place qu'occupe habituellement l'estomac.
Le cardia est situé au niveau, mais en arrière, ^e la
pointe du coeur; le pylore répond au creux de l'es-
tomac.
Capacité.—LA capacité de l'estomac est en moyenne
de trois litres; mais il est difficile de préciser la
grandeur de cette poche membraneuse; car, outre
qu'elle varie beaucoup selon les individus et leur
régime habituel, elle se règle sur ce qu'il y a dedans.
En effet, les parois de l'estomac sont essentielle-
ment élastiques et extensibles : de la grosseur d'une
vessie molle et dégonflée, quand il est vide, ce viscère
se gonfle, s'élargit, se dilate et s'étale à mesure qu'on
l'emplit, refoulant en tous sens les organes qui l'en-
vironnent, c'est-à-dire le coeur, les poumons, le foie,
les intestins.
C'est même là ce qui détermine cette gêne de la
respiration, cette légère oppression, cette difficulté de
chanter, ce besoin de se desserrer après un repas un
peu trop copieux.
Puis, à mesure qu'il se vide, l'estomac revient sur
lui-même, comme une vessie remplie d'air qui se
FONCTIONS DE L'ESTOMAC. 45
dégonfle, en se rapetissant de plus en plus et en se
plissant ; alors aussi les organes, refoulés en tous
sens, reprennent leur place naturelle.
24. Structure de l'Estomac. — L'estomac est formé
de trois membranes superposées :
1° Une extérieure, séreuse, destinée à faciliter les
glissements qui ont lieu entre l'estomac et les organes
voisins, quand il se gonfle et se dégonfle ;
2° Une moyenne, musculaire, destinée à imprimer
des mouvements lents, mais incessants, analogues
aux mouvements d'une sangsue ou d'un ver de terre,
à la bouillie alimentaire : ces mouvements, nommés
vermiculaires, ont pour but de remuer et de mêler
la bouillie, de la malaxer et de la promener en tous
sens dans l'intérieur de l'estomac, — absolument
comme nos cuisinières, qui remuent une sauce dans
une casserole, pendant qu'elle cuit.sur le feu;
3° Une intérieure, muqueuse, molle, épaisse, velou-
tée, d'un gris rosé, renfermant dans son épaisseur,
surtout dans le voisinage du pylore, une innombrable
quantité de très-petites glandes chargées de sécréter
le SMC gastrique, ainsi que quelques follicules chargés
de sécréter du mucus.
25. Vaisseaux de l'Estomac. — L'estomac est. enve-
loppé d'un grand nombre d'Artères, de Veines, de
Chylifères et de Nerfs, qui se ramifient dans l'épais-
seur de la membrane muqueuse et y forment une
espèce de lacis ou de filet à mailles fines et serrées :
3.
46 MAUX D'ESTdMAC.
ï° LèS Artères apportent dahs le réseau des capil-
laires, au itiériient de la digestidtt, Uiie trës:grande
quantité de sang : C'est dans ce sang que les innom-
brables petites glandules de la muqueuse, comme le
féfâierit des êtres intelligents (9), puisent les maté-
riaux nécessaires pour fabriquer, polir sécréter du
'suc y'dsiHqûë.
Toutes lés Causes qui auront pour effet de jjorter
brusquement le Sang ailleurs^ de lé détourner du
r'ôié important qu'il remplit èrt ce intiment, déter-
mineront itfi bruSqùe arrêt de là digestion : telles Sont
lèS émotions vives et soudaines, un bâih froid, une
saignée, etc.
2'° Les Chylifères emportent ; pouf le mêler au
sang, feau des boissdns et des' aliments, l'alcool, le
iiquidé noûrriCiët Oit le chyle à ihësufb qu'il est
fabriqué pal l'ëStomàc.
26. Nëffs de l'Estomac. — Ces Nerfs forment, au-
tôdr clë l'estomac, uh lacis inextricable comme le se-
rait tifi écliëveàu dé fil embrouillé, le plexus gastrique.
De Ce plexus, de ce lacis nerveux partent, cdmme
d'Un Cëtitrê, d'inhorhbrabieë filèifi nCfVëdk cjLii Se dis-
tribuent et se ramifient dans î'éstbmàc, les ilitéstifis,
le foie, les reins, la vessie, la matrice, le coeur, les
poumons et lé Cerveau. Ce vaste réseau, cet im-
mëilsë lacis riérvéuX, peut être Corhparë au féSêau
dés bhérhirté dé fer français, dont toutes les lignes
partent dé Paris cbrtihië d'un centré et sont toutes
reliées entre elles.
FONCTIONS DE L'ESTOMAC. 47
Ge plextïs gastrique, qui relie aiiisi entré eux tous
les organes qui concourent aux fonctions de là Nutri-
tion (2, 3) et qtii Communique lui-même âVec le
cerveau, établit ainsi une communauté; une solida-
rité et un ensemble d'action entre toutes les parties
de notre machiné:
MâiS C'est aussi bette Solidarité qtii est là cause de
là Sympathie (mbt d'origine grecque Signifiant litté-
ralement affection ou souffrance réciproque) qui
existe entré ces divers organes, des' retentissements
douloureux et des troubles fonctionnels divers déter-
minés — dans l'estomac, qtii est àù Centre des irra-
diations nerveuses du plexus — par lés agitations
morales, les ëmiuiS et lés Chagrins, par lès' iriâladiës
nerveuses et les maladies générales, par les affections
Spéciales de Chaque Organe.
C'est là, selon rhbi, où se trouvé l'explication ; èri'-
tablë de plusieurs Dyspepsies, de plusieurs Màtii
d'estohiaci
27. Mucus gastrique. — Dans l'intervalle des rôpSs,
il n'y à rien dans 1 l'estbfiiàC; la'muqueuse est seule-
ment hunieCtéé et lubrifiée par Une certaine quan-
tité de mucus.
Ce mucus est Une humeur visqueuse et mubiiàgi-
riéùse, analogue à dû blanc d'cëûf, qiii est inCëssâfli-
ment sécrétée par des follicules, ou très-petites gîàh-
dùles, éparpillés dans l'épaisseur dé la mtiqlièiise.
Il à pour but de protéger Cette membrane, à là
manière d'un vernis, contre faction quelquefois trop
48 MAUX D'ESTOMAC.
irritante des aliments, des boissons et du suc gas-
trique lui-même.
L'usage habituel des boissons alcooliques (absinthe,
vermouth, vin blanc, etc.), prises à jeun, ne tarde
pas à déterminer une exagération dans la sécrétion
normale de ce mucus : il en résulte alors un amas
de mucus, de glaires, de pituite dans l'estomac, et
souvent même des vomissements pituiteux le matin.
28. Suc gastrique. — Au moment des repas, à
mesure que les aliments arrivent dans l'estomac,
mais à ce moment-là seulement, leur présence dans
ce viscère y détermine une abondante sécrétion de
suc gastrique, 500 grammes environ à chaque
repas.
Le sel, les divers épices, le fromage, le vin pur,
les liqueurs, le thé, le café et autres boissons aroma-
tiques ou stimulantes, favorisent et augmentent la
sécrétion du suc gastrique : c'est pour cela que leur
usage instinctif est universellement répandu chez
tous les peuples.
C'est pour subvenir à cette abondante et importante
sécrétion que le sang afflue de tous côtés, à la fin
du repas, vers l'estomac ; et c'est pour cela que toute
perturbation, que tout rappel du sang vers d'autres
parties du corps, troublent naturellement la diges-
tion.
Ce suc gastrique est un liquide de couleur citrine,
transparent, d'une saveur tout à la fois salée et acide,
et doué de la propriété remarquable de dissoudre,
FONCTIONS DE L'ESTOMAC. 49
de liquéfier la viande, ainsi que les autres aliments
réparateurs ou azotés (126) et de les transformer en
albuminose, puis en albumine liquide.
Ce suc gastrique, cette espèce d'eau-forte animale,
contient : — 1° du sel marin, ou sel de cuisine:
c'est pourquoi nous trouvons fades les aliments qui ne
sont pas salés ; il semble que notre estomac nous
demande le sel dont il a besoin pour digérer les ali-
ments; — 2° de l'acide lactique, tel qu'on le trouve
en si grande proportion dans le fromage : ce n'est
donc pas sans raison que l'on mange du fromage au
dessert; — 3° de la pepsine, ferment spécial du suc
gastrique, et qui en constitue un des principes les
plus actifs.
Maintenant que nous connaissons la structure de
l'estomac, le mode d'action des sucs digestifs qu'il
sécrète et la nature des aliments (126,127) qui doivent
y subir l'élaboration de la digestion, nous sommes par-
faitement à même de bien comprendre les diverses
fonctions de cet organe.
29. Actes physiques de la Digestion. — Au moment
où, étant à jeun depuis plusieurs heures, nous nous
mettons à table, notre estomac est dans l'état d'une
vessie dégonflée : ses parois, molles et flasques, plis-
sées sur elles-mêmes, sont appliquées l'une contre
l'autre. La muqueuse, d'un gris-rosé pâle, n'est hu-
mectée et lubrifiée que par une très-minime quantité
de mucus.
50 MAUX D'ËSÏÔMAC.
Les âliiilënts et les bbissbns arrivent peu à peu
dàris restohiftb, imbrégnés de Salive (21); ils y for-
ment, en se mélangeant-, une espèce de bouillie, de
niâgniâ sâHs nom, dbht le Vomissement petit seul
doiiher uiie idée.
Quand lé répaS est terminé, le cardia (orifice d'en-
trée) s'è resserre; et le pylore étant habituellement
fermé Somme l'est l'anus, la bouillie alimentaire se
trouve ainsi enfermée dans l'estomac, comriië dàtis
un sâb membraneux, et Soilhiisë à une température
Chalidë et humide de. 37°.
La càvilë de l'ëstofiiac S'est nécessairement agran-
die, dilatée à ihësUre que les aliments et les boissSbhs
y affluaient, et cet organe a ainsi refoulé doùcerriënt
le coeur et les poumons en haut, le foie et les intes-
tins en bas et en avant.
30; Actes sympathiques. — AlbrS toUt appétit cessé ;
la chàlélir et lés forces vitales se concentrent Vers
l'éStomaC; la cirbulâtibn est Utt peu plus active; les
mouvements respiratoires sont Un jieîi plus prêCijiltés
et un peu plus amples : l'activité et l'intelligence di-
minuent; le corps et l'esprit éproii Vêtit le besoin de
repos. Il seiiiblë qiié toutes les facultés et toutes les
forces vitales de notre être se recueillent et se cdii-
cetitreiit Vers ce grand acte d'Alcliimië trâfiScëndânte,
la transformation des aliments en sàhg.
C'est pour bélà que toute ériibtioii trop vive, tout
travail intellectuel trdp 1 assidu, tbut exercice violent,
toute cause qui agira fortement sur l'orgahishie et
FONCTIONS BË L'ËSTÛMAC. 3Î
qui distraira lès IrJrtëé Vitales dbcUpëeS a la dig-es-
tiorij pburfbnt retarder et ritênië arrêter cet acte iffi-
pbftâiit.
3L ActèS phplolttgiqiles; -^ A hiëSure qUë les ali-
ments arrivent dans l'estomac; leur présence déter-
miné dans la muqueuse) qui ëfi tâpiëSe la cavité,
une espèce d'irritation physioI6gicjuë5 cbirlmë lé ferait
Urt gtain de Sable pi Se glisserait Sbtis hbS paupières :
le saug afflue de tbds côtéB pàP les Artères dans le
réseau capillaire de la mûqueuSë, qtii; dé griS;rrJsé
qu'elle était, devient rougë et Se met âUS.41tôt à sé-
créter en abondance (500 grammes par repas), à fleurer
tiu suc gastrique.
Eh même tempe lés cdntr'âCtibris vëfthiCuiaifëS de
là riiëmbraHe musculaire, âftâlôgUës aux mouvements
d'une sahgsUe ou d'un ver de terre; pétfisseht êl ma-
laxent doucement la bouillie alimentaire, là remuent et
là mêlent, la promènent et là retbUrnëlit bn tous s&ris
dans l'estomac, afin fie bieh l'imbiber et la pénétrer
du SUC gastrique incessamment sébréfé.
Cette bouillie ne tâfdë pas à fermenter, à tbUrhér
à l'aigre et à siibir diverses transformations, qui va-
rient Selon la nature des aliments' ingérés;
32. Actes chimiques. — Le suc gastrique Se hièle
àiix aliments, les imbibe, lès' pénètre, lès ramollit,
les désagrégé, lés réduit eh ttnë ëstiêcë dé pttréé;
mais tous les' aliments introduits dans l'estomac fié se
digèrent pas dé la même façon.
52 MAUX D'ESTOMAC.
■1° Les aliments réparateurs ou azotés (126), — c'est-à-
dire la viande, la chair des poissons, le jus, la partie
nutritive du bouillon, la caséine du lait, le fromage,
les oeufs, le gluten du pain, la légumine des lé-
gumes, etc., — sont attaqués par le suc gastrique : ce
sont là les seuls aliments qui se digèrent dans l'esto-
mac; les autres ne font que s'y ramollir, s'y dé-
composer et se changer en chyme.
Ces aliments.réparateurs ou azotés, attaqués par le
suc gastrique, se gonflent, se ramollissent, se décom-
posent, se dissolvent, se fondent, se liquéfient et se
transforment enfin en albuminose, puis en albumine
liquide.
2° Les aliments féculents (130),—c'est-à-dire le pain,
le riz, les pois, les lentilles, les haricots, les pommes
de terre, etc., — arrivent dans l'estomac imprégnés
de salive : le suc gastrique est sans action sur eux,
mais la diastase, principe actif de la salive, continue
son action sur ces aliments, malgré qu'ils soient mé-
langés avec plusieurs autres de nature différente.
Aussi ne tarde-t-il pas à se produire dans la bouillie
alimentaire une notable quantité de glycosé (132).
3° Les aliments sucrés (131) — c'est-à-dire le sucre
en nature, ou le sucre contenu naturellement dans
les fruits, ou ajouté par nous à divers aliments ou à
diverses boissons — arrivent aussi dans l'estomac
imprégnés de salive. Comme pour la fécule, le suc
gastrique est sans action sur le sucre ; mais la diastase
de la salive ne tarde pas à le transformer en glycosé.
Et même, si le sucre a été ingéré en certaine quan-
FONCTIONS DE L'ESTOMAC. 53
tité, ou bien si la digestion est longue, difficile, labo-
rieuse, ce glycosé se transforme en acide lactique (21) :
il en résulte de la chaleur à l'estomac, des aigreurs,
des renvois, de la Dyspepsie acide.
4° Les aliments gras (129) — c'est-à-dire la graisse,
le beurre et les huiles animales ou végétales —ne su-
bissent dans l'estomac aucune digestion : ils ne
font que s'y fondre. Cependant, en présence d'une
trop grande quantité de suc gastrique et si, en même
temps, la digestion est longue et difficile, cette graisse,
se décompose (129) : la glycérine se sépare des acides
gras auxquels elle était unie, et ces acides gras, mis
en liberté, donnent lieu à des aigreurs, à la Dyspepsie
acide.
Les aliments gras étant comme des étrangers de pas-
sage dans l'estomac, si on en a mangé en trop grande
quantité, leur trop grande affluence encombre ce vis-
cère et gêne la digestion des aliments réparateurs ou
azotés.
5° Les aliments herbacés et la partie des aliments
qui eslréfractaireh la digestion — c'est-à-dire la trame,
le canevas, la charpente, de la viande, des légumes
et des fruits, les grains de fécule non broyés; les
enveloppes des pois, des haricots, des lentilles; les
pellicules et les grains de raisin; la pulpe des oranges;
les pépins des fruits; les fragments de peau, de ten-
dons, de cartilages; les truffes, les champignons, les
olives, etc., toutes substances essentiellement indi-
gestes — ne font aussi que traverser l'estomac sans y

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