Méditations politiques, pour faire suite à l'"Esquisse"

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J.-J. Blaise (Paris). 1829. 90 p. ; in-8.
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Publié le : jeudi 1 janvier 1829
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MEDITATIONS
Publications nouvelles.
CODE ECCLESIASTIQUE FRANÇAIS, d'après les lois ecclé-
siastiques de d'Héricourt, 2 vol. in-8 , avec des sommaires ou
exposés analytiques en tête de chaque titre et division de la
matière, une table méthodique et une introduction dans le pre-
mier volume, une table alphabétique et raisonnée, ou Diction-
naire abrégé de droit ecclésiastique français, à la fin du deu-
xième, et des notes contenant, outre l'opinion des meilleurs
auteurs, les observations qui ne pouvaient entrer dans le texte
sans en interrompre la marche ; par M.-R.-A. Henrion, avocat
à la Cour royale de Paris, des Académie et Société royales de
Metz et de Nancy; deuxième édition , entièrement revue ,
corrigée et augmentée. Prix : 9 f.
ESQUISSE POLITIQUE, avec cette épigraphe , Plura paucis,
1 vol. in-8. Prix : 2 f. 50.
HISTOIRE DES ASSEMBLÉES DÉLIBÉRANTES, où l'on
démontre, par le raisonnement et par les faits, la marche na-
turelle des Colléges électoraux et des Chambres au schisme des
peuples, à l'élévation des gouvernemens tyranniques et au
renversement des rois Constitutionnels; précédée d'un Essai
sut la Manière d'écrire l'histoire, et d'un Tableau de la Li-
cence du jour, par M. Madrolle; avec une dédicace aux
10,0,000 électeurs de France , et cette épigraphe :
« Là où plusieurs seront assemblés en mon nom,
je serai au milieu d'eux ; » sinon, non.
(Saint Matth., ch. XVIII.)
1 vol. in-8 de près de 600 pag., imprimé sur beau papier, ca-
ractère philosophie neuve. Prix : 7 f. 50 c.
C'est un traité complet du gouvernement représentatif.
MONUMENS DES GRANDS-MAITRES DE L'ORDRE DE
SAINT-JEAN DE JERUSALEM, ou Vues des tombeaux éle-
vés à Jérusalem, à Rhodes et à Malte, par M. le vicomte Fr.
de Villeneuve, auteur de l'Histoire de René d'Anjou ; 2 vol.
grand in-8, sur papier cavalier, ornés de près de cent planches
(l'ouvrage a été publié en 5 livraisons). Prix : 60 f.
— Les mêmes, fig. sur papier de Chine : 80 f.
IMPRIMERIE DE J. TASTU,
Bue de Vaugirard, n. 36.
MEDITATIONS
POUR PAIRE SUITE
A L'ESQUISSE.
Salus populi.
PARIS
J.-J. BLAISE, LIBRAIRE-ÉDITEUR, RUE FÉROU, N° 24,
PRÈS SAINT-SULPICE.
ET CHEZ TOUS LES MARCHANDS DE NOUVEAUTÉS.
1829
AUX AMIS DE LA PAIX.
Vestra res agitur.
AMIS DE LA PAIX,
C'est à vous que ceux qui parlent comme
ceux qui gouvernent doivent, aujourd'hui et dé-
sormais, s'adresser.
En 1829 , comme en 1789 , des associations
surgissent des quatre coins de la France, pour
protéger le désordre, en ôtant la vie au gou-
vernement.
Le grand comité directeur parle de nouveau,
et voilà qu'à la honte du pouvoir monarchique,
le roi de la république, le cheval de bataille de
la démocratie, sort de sa retraite, et traverse,
en triomphe et couronné, les plus belles pro-
vinces de la France , les lieux où la révolution
a fait entendre ses premiers rugissemens.
Alors aussi, Servan, désabusé , écrivait en
vain aux amis de la paix.
Si la France a jamais eu besoin d'un minis-
tère fort, d'un gouvernement hardi, c'est à
présent.
Jamais non plus ce gouvernement ne fut plus
aisé , n'aurait plus d'avantage et plus de durée.
Amis de la paix libéraux, l'auteur des Médi-
tations ne cherchera point à vous séduire : il a
fait ou il a fait faire aux principales feuilles roya-
listes la prière de ne point louer son écrit, de ne
l'examiner et de ne lui rendre justice qu'après
que toutes les feuilles libérales l'auront elles-
mêmes condamné.
Preface.
Les Méditations sont à l'Esquisse ce que l'expé-
rience est à l'étude.
Il y a entre elles la différence qu'il y a entre la
fin de 1829 et le commencement ; entre un nouveau,
entre un dernier ministère d'espoir, et un d'épou-
vante.
Tout le monde en France n'a pas été d'accord sur
l'auteur de l'Esquisse politique.
On ne le sera pas plus sur celui des Méditations.
Les plus grandes précautions ont été prises pour
que celui-ci ne soit jamais connu absolument.
Tel qui se croira le plus sûr du mot de l'énigme,
reconnaîtra un jour sa méprise.
Que les fidèles eux-mêmes ont de faiblesse ou
d'orgueil!
Les noms royalistes font presque aussi peur au-
jourd'hui que les noms révolutionnaires.
Quoi qu'il en soit, la vérité étant essentiellement
pure, il serait à désirer qu'elle se montrât toujours ,
comme le Dieu qui l'a faite, indépendante des hom-
mes ; car les hommes les plus habiles ou les plus élevés
sont toujours malheureux : ils semblent au moins
intéressés, lorsqu'ils ont le bonheur de ne l'être pas.
INTRODUCTION.
LA maladie de notre temps, la maladie
des gouvernemens comme celle des peu-
ples, le grand obstacle, la grande oppo-
sition que les Rois ont à combattre, c'est
le respect humain, c'est la crainte des
hommes, c'est la foi aux hommes impuis-
sans (1), c'est le défaut de crainte de Dieu,
c'est l'absence de foi à celui par lequel seul
les Rois règnent (2) et les peuples obe'is-
(1) « Vana salas hominis. » Ps. 108. « Ils ont
» régné par eux-mêmes et non par moi. » (OSÉE, ch. 8,
v. 4.)
(2) « De coelo fortitudo est. » (Machab.) Dieu a
dit aux rois aussi bien qu'aux apôtres : « Je vous don-
» nerai moi-même une bouche et une sagesse à laquelle
» tous vos ennemis ne pourront résister ni contredire. »
(SAINT-LUC, ch. 21, v. 15.)
(6)
sent, et par lequel seul aussi peut régner
dans le monde la félicité publique.
Or, voici ce qui en est résulté.
La royauté a été déplacée. Du trône elle
est descendue dans le ministère ; du minis-
tère, elle est descendue dans le journa-
lisme, en attendant qu'elle remonte, par
un sabre impérial, au trône légitime.
« La bonne cité, dit Plutarque, c'est
» celle où les bons commandent et où les
» méchans n'ont aucune autorité. » C'est
de nos jours le contraire. Les bons redou-
tent à présent les méchans qui devraient
les redouter.
Si la révolution n'est pas cela, qu'on
me dise en quoi peut consister la révo-
lution ?
Il s'agissait de rechercher la véritable
cause de notre mal, de la rendre sen-
sible.
Il s'agissait surtout d'en montrer le re-
mède. Il s'agissait, enfin, de montrer la
facilité d' un gouvernement hardi.
C'était peut-être la seule vérité impor-
(7)
tante qu'il était nécessaire de développer
depuis la Restauration.
C'est pourtant la seule vérité qu'on
paraît avoir oubliée. Elle fait l'objet de cet
écrit : il est court, parce que les grands
sujets, étant plus nécessaires, sont courts
eux-mêmes.
Et qu'on ne nous accuse pas de prémé-
diter des destitutions ou des. rigueurs !
Nous voudrions seulement les prévenir;
c'est le seul genre de rigueurs salutaires
que nous requérons,
Si le gouvernement se montrait, une
seule fois enfin, avec la seule majesté de
son omnipotence, il aurait tous ses enne-
mis, il aurait tout le monde; il aurait même,
sans bourse délier, M. Châtelain, M. Vien-
net, M. Etienne, M. Dubois, M. Bertin,
M. Bert, M. Bohain, M. de Chateaubriand,
pour recrues (1).
(1) Tous, Rédacteurs en chef des feuilles libérales.
MÉDITATIONS
CHAPITRE PREMIER.
LA METAPHYSIQUE DE LA RETRAITE.
Si Dieu existe, il fait un devoir du bien, et
s'il fait un devoir du bien, il ne saurait, sans
contradiction , faire une difficulté, encore
moins une impossibilité, de ses moyens. Il y
aurait des maux, sinon toujours, du moins un
moment nécessaires :
La plus grande des absurdités à mou avis.
Le bien est donc, de sa nature, facile , et
d'autant plus qu'il est, comme de nos jours ,
plus nécessaire, par l'effet de la plus grande
intensité du mal. Nous avons parcouru le cer-
( 10)
cle tout entier de l'erreur et de l'indépendance :
la force des choses nous ramène à la vérité et
à la soumission.
Voilà la raison métaphysique de la règle ;
voici les petites, à l'usage de ceux qui ne se-
raient pas de force à entendre l'autre.
CHAPITRE II.
L'ÉTAT ACTUEL DE LA FRANCE.
Depuis trois siècles plus particulièrement,
l'Europe, esclave aux noms perfides de liberté,
d'égalité, en est fatiguée.
Ces mots magiques qui, naguère encore, la
faisaient tressaillir de joie, ne lui inspirent plus
aujourd'hui que le dégoût. En vain,l'hypocrisie
s'est efforcée de les faire revivre sous les noms
nouveaux de libéralisme ou d'ordre légal. On
les a pressés, et il n'en est toujours sorti que
l'esclavage ou le malheur. Ils ne sont plus,
ainsi qu'on l'a très-bien dit, pour l'usurpa-
trice ambition de ceux qui les exploitent en-
core, que ce que les derniers assignats furent
pour la fortune de leurs derniers possesseurs,
un signe d'indigence.
Partout, dans toutes les classes de la société,
on ressent et on manifeste un amour extraor-
dinaire de la paix, et, avec cet amour, celui des
devoirs privés et publics qui la procurent et de
l'autorité toute-puissante qui, seule les pres-
crivant, seule aussi les garantit. C'est là l'auto-
rité que tout le monde réclame ; les gouverne-
mens sous le nom d'ordre, les honnêtes gens
sous celui de justice, les méchans même sous
le nom de liberté (1).
(I) Expressions de M. Cuvier.
CHAPITRÉ III.
LA SIMPLICITÉ DE L'EFFROI.
Toutes les craintes que pourrait avoir l'au-
torité seraient des terreurs personnelles, c'est-
à-dire terreurs paniques.
La seule puissance qu'on pourrait regarder
comme capable, je ne dirai pas d'empêcher,
mais seulement de suspendre la révision de
nos lois et de nos royalistes révolutionnaires,
c'est la mort ; et, dans la monarchie légitime, la
mort de la personne en devoir est un martyre
de seconde-majesté.La. mort du fonctionnaire,
aussi bien que celle du Roi ,est impossible;
lorsque l'homme s'en va, la chose demeure:
Eripitur persona, manet res.
Mais pourquoi parler de déplacement ou de
martyre comme chances ou comme espérances
à l'autorité agissant pour le bien de l'Etat ? Il
ne s'agit pour elle que de certitude de con-
server et de vivre. Elle ne fait pas une loi ou
( 4)
un acte pour le salut public qui ne le soit aussi
et surtout pour le sien. Dans le gouvernement,
comme dans la vie, l'ambition n'a point de
plus sûrs serviteurs que la probité, et l'intérêt,
c'est la vertu :
Qui veut mourir ou vaincre est vaincu rarement (1).
Charles et Louis n'ont péri, le premier en
roi et le second en saint, que pour avoir eu
peur (pour autrui ou pour eux-mêmes, peu
importe ); et si la plus grande partie des fonc-
tionnaires, grands ou petits, depuis trente
ans, ont eu une existence éphémère et même
odieuse, si, pouvant s'élever à la gloire, ils
ne sont pas même toujours descendus à la for-
tune , c'est qu'ils ont plus travaillé dans la vue
de leur orgueil que dans l'intérêt de la patrie.
(1) Corneille , dans les Horaces.
CHAPITRE IV.
DU PETIT NOMBRE DES IMPATIENS ET DU GRAND
NOMBRE DES IMMOBILES.
Eh ! quelle crainte en effet pourraient inspi-
rer au gouvernement ses adversaires? A peine
on en aperçoit , de loin en loin, un petit nom-
bre sur un vaste gouffre! L'adage ici peut se
prendre dans tous ses sens; car il n'y a pas
d'opposition qui, moralement parlant, n'ex-
pose au danger de mort.
Les méchans paraissent nombreux, je le
crois bien : quand on se montre, quand on
s'irrite, quand on crie tout seul, il faut bien pa-
raître le grand nombre. Quels sont, dans une
société, même désorganisée, les citoyens qui se
plaignent du gouvernement ? Les seuls indi-
vidus qui aspirent à le remplacer ou qui vou-
draient , pour le mal qu'ils ont fait ou qu'ils
désirent, se soustraire à son action réprimante
ou préventive, c'est-à-dire les seuls hommes
que le gouvernement doit naturellement haïr
ou mépriser.
( 16)
Le petit nombre de ces ambitieux s'évanouit
devant l'immensité de celui-des hommes qui ne
pensent au gouvernement que pour lui obéir,
et qui ne connaissent de fonctionnaires que
le juge de paix ou le percepteur.
CHAPITRE V.
DE L'OMNIPOTENCE DU PLUS FAIBLE DES
MINISTÈRES.
J'admets le mécontentement d'un petit
nombre de méchans ; le gouvernement qui le
redouterait prouverait, par cela seul, qu'il se
met au-dessous d'eux. Et pourtant quelle n'est
pas l'omnipotence d'un bon gouvernement en
général, et en particulier du gouvernement
français au dix-neuvième siècle? Je ne dirai
pas qu'il fait corps avec tous les gouvernemens
européens, et qu'il est seul, au besoin, in-
vesti de la puissance morale ou armée de tous
les autres. Je ne dirai pas même qu'il a pour
lui:
Et le caractère essentiel du coeur humain ,
qui est créé pour l'obéissance et qui s'y façonne
naturellement (1);
(1) L'homme désire sans doute naturellement la do
mination ou l'indépendance ; mais il en est ausitôt fati-
( 18 )
Et la puissance morale prodigieuse de tout
un grand clergé, épuré d'abord par le mar-
tyre et puis par un long mépris ;
Et la puissance d'un grand nombre d'écri-
vains célèbres qui le défendent par religion ou
par vanité;
Et la puissance animée, visible, perma-
nente de nombreux fonctionnaires civils qui
lui sont attachés par intérêt ou par conscience ;
Et la puissance de toute une armée, jour
et nuit prête à donner la mort ou à la recevoir.
Parler de tout cela à propos de quelques
mécontens , c'est s'exposer au ridicule. Avec
de tels ennemis (le ministère doit le savoir,
car c'est un d'eux qui l'a dit), il n'a besoin que
d'une petite chose, qu'il a puisqu'il peut se la
donner, « de sept hommes par département,
» pourvu qu'ils soient à Dieu et au Roi (1). »
Et qu'on ne pense pas qu'il faille leur ac-
tion , il suffit de leur présence !
gué qu'il en est investi. L'autorité d'autrui lui plaît faci-
lement : elle est au fond pour lui ce que le tuteur est à
l'enfant ou à l'arbrisseau. Ce n'est pas seulement le prin-
cipe de l'existence , c'est encore le principe et le moyen
de la liberté.
(1) M. de Chateaubriand, Monarchie selon la Charte.
CHAPITRE VI.
DE LA FAIBLESSE DE L'OPPOSITION LIBÉRALE.
Les adversaires d'une autorité légitime sont
infiniment petits en nombre, vis-à-vis de ceux
qui la défendent ; ils le sont bien autrement
en puissance morale , la seule en définitive
qui fasse l'autre et qui en triomphe. Qu'est-ce
qui donne de la force aux hommes lorsqu'il
s'agit d'agir ? La conviction qu'ils ont de la
justice de leur action , la foi qu'ils ont au
Dieu qui la leur permet ou la leur commande.
La foi est ce point d'appui, que demandait
un célèbre géomètre de l'antiquité pour sou-
lever l'univers. Or , entre l'homme qui nie
Dieu , qui nie le Roi, qui nie les devoirs, et
celui qui les affirme, lequel doit-on réputer
pour celui qui a le plus de foi et qui par con-
séquent a le plus de bras pour agir ? Hâtons-
nous de le dire, l'opposition, dans les gou-
( 20)
vernemens légitimes, n'est forte que de leur
faiblesse, et n'a de puissance que celle qu'on
hésiterait à lui refuser.
CHAPITRE VII.
DE LA NATURE DU MECONTENTEMENT DES LIBERAUX.
Le mécontentement de quelques hommes ,
s'il existait, on ne devrait pas s'en étonner ,
ni surtout chercher à l'éviter par des conces-
sions. Il est nécessaire à ceux qui l'éprouvent
encore plus qu'à ceux qui le redoutent : s'il
y a un moyen de salut pour les coupables,
ou pour ceux qui voudraient le devenir, c'est
le châtiment ou la police. Ils s'indignent, ils
outragent, ils menacent :
Cris impuissans, fureurs bizarres , etc.
Et les rois aussi....
Poursuivant leur carrière,
Répandent des flots de lumière
Sur leurs obscurs blasphémateurs.
Il ne faut pas, après tout, que l'autorité
se fasse illusion sur le mécontentement de ses
ennemis.
Ceux-là même qui, dans un gouvernement
légitime, forment naturellement le parti de
l'opposition, montrent plus d'exaspération
qu'ils n'en ressentent. « Le coeur humain, alors
» même qu'il est le plus dépravé, a une sorte
» de résignation pour la justice (1). » Il
prend, plus qu'on ne pense, contre lui le
parti de ses juges et peut-être de son bourreau.
(1) M. Villemain, oubliant ses passions et son parti
dans l'Histoire de Cromwell.
CHAPITRE VIII.
CONCLUSION DES CHAPITRESPRECEDENS. FACILITE
D'UN GOUVERNEMENT HARDI.
Le gouvernement, et le monarchique plus
excellemment que tout autre, pour réviser nos
lois ou nos fonctionnaires, s'ils se montrent in-
dociles , n'a donc besoin que de sa volonté,
et ne saurait rencontrer d'obstacle que lui-
même : la monarchie ne périt jamais que de
suicide. S'il arrivait au ministère de se croire
arrêté en quoi que ce soit , c'est qu'il pren-
drait ses désirs pour ses volontés, c'est-à-dire
la volonté de ses adversaires pour la sienne.
Qu'arrive-t-il alors que le gouvernement se
trouve ainsi partagé entre une autorité qui
a le droit d'agir et des citoyens qui ont le
fait de vouloir? Il arrive qu'il n'y a point de
gouvernement, au grand malheur et de l'au-
(24)
torité qui a fait l'abandon de sa volonté , et
des sujets qui l'ont usurpée.
Tout périt jusqu'à ce que tout renaisse.
CHAPITRE IX.
HISTORIQUE SUR L'OMNIPOTENCE DES GOUVER-
NEMENS.
Les choses aussi ne sont jamais allées au-
trement dans le monde.
Les gouvernemens ont toujours fait ce qu'ils
ont voulu (1); seulement ils ont fait avec in-
finiment plus de facilité ce qu'ils ont voulu
de bien ; et ils n'ont toujours subsisté que pour
avoir fait ce qu'ils ont voulu de tel. A l'exem-
ple d'un roi tout l'univers s'est constamment
(1) Cela seul, pour le dire en passant, démontrerait
au besoin l'infaillibilité des gouvernemens les plus illégi-
times ; car, sous un Dieu juste, il ne doit pas être possible,
môme à un tyran, de faire du mal à d'autres qu'à lui-
même. On ne saurait trop le dire, les souverains ne font
les sujets que parce que les sujets ont fait les souverains :
c'est ainsi, je crois, qu'il faut entendre la souveraineté du
peuple. Les Rois sont les représentans exacts des citoyens.
(26)
modelé y et pour ne parler que des temps les
plus modernes, et de nous-mêmes, les Fran-
çais, plus naturellement imitateurs, c'est-à-dire
hons, que les autres, ont successivement été
religieux avec Louis XIV, philosophes et
dégradés avec le Régent, insolens avec Louis
XVI qui faisait aussi des concessions (1).
Depuis on nous a vus successivement ja-
cobins avec la Convention , soldats et même
serfs avec Bonaparte. Il n'y a pas jusqu'aux
diverses phases de la Restauration ( car tout
a des phases et doit en avoir ) où l'on ne voie
l'influence des diverses volontés des souve-
rains , selon qu'elles ont, tour à tour , do-
miné. Et, pour n'en signaler que les principales,
nous nous retrouvâmes royalistes en 1814.
Nous, faillîmes, en 1815, être autre chose.
L'année suivante nous nous retrouvâmes re-
ligieux et royalistes avec la Chambre introu-
vable.
Enfin, lorsque nous la perdîmes, nous
redevenions-indifférens en matière de religion,
(1) Poignez vilains., ils vous oindront; oignez vilains,
ils vous peindront, dit le proverbe; et je ne sache rien
d'aussi expressif de vérité que les proverbes.
(27 )
et par conséquent en matière de politique.
Un peu plus, nous étions athées et par consé-
quent jacobins, puisque le ministre de la jus-
tice lui-même ne trouva pas criminelle la
proposition que la loi devait être athée, faite
en sa présence. L'athéisme de la loi ne se
conçoit pas sans l'athéisme de ceux qui la
font.
CHAPITRE X.
SUITE DU PRÉCÉDENT. — LE MINISTERE l821-
1827.
Le gouvernement enfin, grâce à Dieu , re-
devint un peu plus religieux, royaliste , hu-
main. Il ne toléra pas seulement le clergé, il
le favorisa. Il le plaça à ses côtés , il le plaça
même au milieu de lui. Il ne souffrit pas seu-
lement de braves officiers (1) et de savans
jurisconsultes royalistes , il les appela dans
l'armée ou dans la magistrature.
Et voilà que le nombre des communions à
Pâques et des dons au clergé se multiplient
comme aux beaux siècles de la monarchie.
Et voilà que tout le monde, et jusqu'à ceux
qui en ont le moins le droit, se lavent les
mains d'avoir été républicains, bonapartistes
et même indifférens.
(1) Le général Donnadieu, par exemple.
(30 )
Et voilà que de célèbres magistrats affron-
tent les poignards (1).
Et voilà que l'armée, appelée à une guerre
étrangère, à la fois religieuse, monarchique
et européenne, sans laisser un seul exemple
de perfidie ou seulement de désertion, n'a
besoin que d'un signal pour aller à l'ennemi
et que de quelques mois pour revenir en
triomphe !
Et voilà que le gouvernement, sans y être
absolument obligé, se trouve assez hardi pour
proposer à ses ennemis, réunis pour leur der-
nière ressource, une. chance universelle d'élec-
tion , et se montre assez fort pour obtenir
une victoire dont il n'a pas su, hélas ! pro-
fiter.
L'harmonie entre l'autorité et les sujets était
enfin si grande que son capital suffisait a peine
à la demande qu'ils lui faisaient d'actions : le
prix des rentes publiques n'a jamais été plus
haut (2).
La France enfin était devenue catholique
et même ultramontaine sous une autorité qui
(1) Feu M. de Marchangy.
(2) M. de Villèle, qui avait trouvé la rente à 80, l'a
élevée à 109, et il a contracté des emprunts à près de 90.
(31 )
l'était, bu du moins qui paraissait l'être.
Qu'on juge à ces traits décisifs de la puis-
sance de la seule volonté de l'autorité ! S'il
arrivait qu'un prince mahométan envahît la
France et régnât sur elle, elle embrasserait
l'islamisme !
CHAPITRE XI.
CONSEILS D'ÉTAT NON ÉCOUTÉS.
C'était dans ces circonstances que nous adres-
sions à l'ancien ministère l'allocution suivante
dont nous avons dû ajourner la publication :
« Ministres du Roi de France, qui avez déjà
fait quelque chose pour la religion et pour la
monarchie , c'est-à-dire pour les plus chers
intérêts de vos amis et de vos adversaires,
vous soutiendrez, vous continuerez, vous
finirez votre ouvrage. Vous en avez le droit :
il y va de votre honneur et de votre for-
tune. Vous en avez surtout le devoir : vous
l'avez promis au Dieu dont vous avez quel-
quefois exprimé les volontés et les bienfaits
dans vos ouvrages. Vous l'avez juré au Roi
que vous servez et qui veut tout ce qui sau-
vera la France (1). Le dirai-je! ce n'est pas
(1) Paroles de Charles X.
3
(34)
seulement un devoir de religion et un devoir
d'État, c'en est encore pour vous un de re-
connaissance. Cette élévation où vous êtes
placés, et qui vous permet de satisfaire tant
d'amitiés et tant de jouissances , sans bles-
ser et même en accomplissant votre devoir;
cette élévation de la condition ordinaire de
la société, ce n'est pas au Roi que vous la
devez, c'est à la grande majorité de la
France qui s'est plu à déverser sur vous la
renommée de lumières et de vertus reli-
gieuses dont le Roi, à son tour, s'est emparé
en vous appelant à ses conseils. La France,
comme son Roi, ne vous a pas seulement
élevés pour ce que vous avez fait , mais en-
core et surtout pour ce qu'elle attend de vous.
» Voyez ce qui vous est réservé ! l'histoire
universelle en est témoin. Court règne et
honte éternelle aux hommes d'Etat qui ont
travaillé à part la royauté religieuse et le
pontificat politique. Ils ont toujours répondu
aux peuples, aussi bien qu'à Dieu, de leurs
fautes et de leurs crimes. Au contraire, les
ministres qui ne voient ni la religion hors delà
politique , ni la politique hors de la religion,
ne sont jamais descendus du ministère que pour
s'élever à la gloire. A quoi nous sert, pour

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