Mémoire de M. Malouet, intendant de la marine, sur l'administration de ce département ([Reprod.])

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[s.n.]. 1789. France. Marine -- Ouvrages avant 1800. 4 microfiches ; 105*148 mm.
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Publié le : jeudi 1 janvier 1789
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THE FRENCH REVOLUTION
RESEARCH COLLECTION
LES ARCHIVES DE LA
\HEVOLUTION FRANÇAISE
PERGAMON PRESS
I Iciiclinglon I lill I liill, Oxford OX3 OHW, UK
MÉMOIRES
DE
Mé MALOUET.
MÉMOIRES
DE M. MALOUET,
INTENDANT DE LA MARINE,
SUR L'ADMINISTRATION
DE CE DÉPARTEMENT,
i789.
a
PRÉFACE.
LES états généraux devant s'occuper de
l'appréciation & de la fixation des dépenfes
dans les divers département, il' eft utile
que le régime en (on connu & la marine
étant un des objets les plus important de
radminiftfation générale il eu je crois,
néceffarre qu'elle fixe à Con tour l'attention
publique.
J'avois entrepris un ouvrage, peut-être
au-deflus de mes forces fur la légiflation
de la marine, Iorfque j'anretrouvék partie
la plus précieufe d'un legs/que m'avoit fait
M. Bbuin premier ommis de la marine,
mort en J'avois déj» écrit & remis
au gouvernement les mémoires qui conv
pofent ce volume & je les diftribuois en
chapitres dans le nouveau travail dont je
ttî^occupois. 1/examen des plans, de Mk
v}.
Bloum ma fait renoncer aux miens: jai
traite tau* les détails crois.
& militaire* avec tout J'avantage d'une
inftruc-
tion & d'un excellent «fprit. Je me fuis dé-
publier fes mémoires en étt
ce qui aefk plus appli-
circonftanees aHuelles & tout
ce qui la curioGté des
utilité réelle car fa poutioïî
le fprçoit Couvent de s'occuper de per-
sonnes & de chofes qu'il ne me convient
pas de mettre tous les yeux du public,
cela n'eft poin,t néceffaire à fon inf-
Jtruâron. Ce travail d'abréviation en plus
iong, plus pénible que je ne m'y atteu-
dois. Forcé de l'interrompre par d'autre^
occupations je fuis arrivé à l'époque de
l'affemblée des états généraux fans pou-
voir, produire tes différens mémoires de
M. ïllouin &' notamment fon hiftoire
des révolutions de la marine > dans l'é-
tat où je croyois devoir les' préfeater ai}
vit
a 4
public (J). Je me fuis décidé alors à pu-
btfer ceux que j'ai donnés en \j%j^ 3H
gouvernement, parée qu'ils fuffife&t pouç;
faire connoître le fyftême
tion adopté depuis douze ans ,-& la né-
ceffité de le réformer pour obtenir les-,
économies poffibles dans ce département,
lorfqu'on fera bien convaincu de Cfttç
iléceffué je produirai particulièrement les
plans de M. Blouin fur la conftitution ci-
vile & militaire; car je n'enconnois pas de
ihtiHeurs.
ll paroâtra peut-êtrecextraordinaîre que
je n'aie rien de mieux à dire aujourd'hui,
fur l'adminiftration 4 que ce que j'ai écrit
pour ies minières ) dans un temps où la
dépendance de ma place n'étoit alligée.paf
aucune des confidérations qui peuvent
(i) Comme il y a cependant plu lieurs parties îfolé«>
qui peuvent être fépàrées et la colkôion de M. Blouin
oh trouvera à la 6n de ce Tol«me i'intértffant niémoiro
dp'il remit à M. de Sartine, quelques jours avant la jubl*
oon de l'ordonnance de
vit}
ift'àutor ifer maintenant A parler plus li*
brement mais on verra que je parlois
Idès-lôrs avec la liberté dont je ne paiera!
jamais les juftes limites. C'eft aux hommes
qui méconnoiffent le vrai caractère & le
prix de la liberté qu'il faut laiffer l'hon-
neur de tout braver & de ne conl^rver
aucune mefure4 lorsqu'ils efperent l'impu-
nité. Cependant je Maurois pu dans d'au-
tres circonftances publier ces mémoires*
ÎFoferois citer cette preuve à l'appui dej
beaucoup d'autres de l'importance que
nous devons mettre à la liberté de la prefle,
Sans doute les hommes les plus honnêtes
en feront quelquefois les victimes; fans
doute les hommes inconsidérés les plus
yils calomniateurs en "^aJui feront. Mais.
outre qu'ils peuvent & doivent être févç-»
rement punis, la nation & le gouvernement
n'ont rien à craindre de. ces excès, & peu-
vent tout efpérerde la difcufüon libre des
opinions & des fyftêflies d'adminiftration/
II me qu'un décote qui
ix
voudroit Têtre feul ayant intérêt à être
jufte feroit bien de demander à la liberté
de la prefTë fçs çonfëiîs & fes fecours,
pour prévenir les écarts de Tadminiftra-
tion & les tyrannies fubalternes quï font
les plus accablantes pour |e peuple.. Je n'ai
point heureufement à traiter de ces abus
d'autorité révohans. Les erreurs que je me
permets de cenfurer font de l'espèce do
celles qui appartiennent à tous les hommes,
qui naiffent de nos habitudes, de nos pré-'
jugés, de nos intérêts, de notre éduca-
tion, qui nous commandent impérieuse.
ment d'autres erreurs lorfqu'une premier©
impuîfion nous éloigne du point fixe de la
vérité,
En t774\ la. conilitution de la marine
étoit boule erfée par des ordonnances
nouvelles^-tlont l'exécution étoit impra-
ticable fur piufieurs points. M. de Sartine
ne pouvoir laiffer'les chofes dans l'état o\\
il les rrouvpir. Une réclamation univer,
fdk lui indicjuoit la néçefîkç d'un change^
irent. Il falloit donc opter entre une nou-
velle loi ou le retour à celle de 1689. Il
n'eft peut-être point de minière qui ne
pût fe tromper dans cette alternative en
prenant même, comme M. de Sartine le
parti de consulter les hommes les plus
éclairés & les plus eftiraaWes car les pré-
jugés d'état, l'efpri.t ctalcorps l'amour du
pouvoir s.allient a qualités, aux vertus,
aux talens, & ci, véritablement de cette
avance qu'en: née l'ordonnance de M
que j'ai annoncée dès cette époque in-
foutenable dans fes principes & (es confé-
quences.
C'étoit ofer quelque chofe que de s'éle-
ver avec persévérance fous un gouverne-
ment abfolu contre le fyftême dominant
contre cette tendance manifefte à farifio-
cratie, qui devoit produire tôt ou tard une
révolution mais je dois rendre hommage
à,la modération des minières fous les.or-
dres defquels j'ai fervi depuis 1776, en
déclarant maintenant qifê la 'liberté con^
p»e de mes opinions m'a toujours laiffé
dans la pofîtioB qui convient aux bons
citoyens entre la difgrace& lartfaveùr..
Lorsque j'ai écrit k»; prétentions ex-
clu Cives de la nObleffe & i'ariftocratie mi-
Ktàire étoient dans toute leur force, & il
p'eft pas hors de propos de remarquer que
ç'eft à l'époque de que ces principes
& font développés avec le plus d'éclat.
Il n'y avoit rien de plus anti-monarchique
que cette invafion générale de toute l'au.
torité militaire & civile par une feule
çlaffe de citoyens &il n'étoit paspoflible,
dans un fiecle de lumières, qu'il n'en ré-
fultât pas bientôt un mouvement général
dans nos idées, une réclamation univer-^
felle ainlî » fous ce rapport, c'étoit 'in-
novation la plus impolitique que d'unir
autorité d'adminijftration à l'autorité mili-
taire, & d'interdire,bientôt après, le fervice
de terre à tout ce qui n'étoit pas noble.
Les cours Souveraines imitpient cet exem-
ple j& la nation Ce, journellement
X
•Servie à un nouveau genre de féodalité
qui ne convenait pas plus -que. l'ancien à ta
race ides Flancs..•
Lorsque ,ta grande majorité d'un peuple
éclairé fe trouve exclue de tous les hon-
neurs, de tous les pouvoirs qui pefent fur
lui il s'accoutume docilement à cette
évente. Il la fupportcroit peut-être, fi, la
modération du fifc, la juftice & les fuccès
'de radminiftration refpeâoient & proté-
geoient ton âifance tuais falcérarion des
principes d'un fag© gouvernement fe ma-*
» ifefte bientôt par le défordre des finances
& l'excès des 4épenfes fera, toujours: celui
qui révèle tous les autres & par lequel
en en obtient la réparation. On voit en
effet tous lés princeps abfolus qui ont eu
quelques fuçcès ne les, conferver que par
l'économ;e, & en n'abufânt point dc la
faculté d'impofer, qui a nécefeeoïent un
terme même fous le defpotifme oriental.
C'eft donc une grande faute, dans tous les
fyftêroes de gouvernement, démettre tous
les pouvoirs à la fuite de toutes les proro-
gatives, & de lailier ainfi lâ nation fans;
*f
détente contre tes prétéiitîons qui lui (ont
le plus à charge. Cette faute a été corn-
mite en France, depuis trente ans, avec
une indifcrttion fans exemple. Mais on
n'a peut-être pas remarqué cju'tlle avoit
parmi nous un cara&erc original ne
fe trouve dans l'hiftoire d'aucun peuple.
Par-tout ailleurs les grande erreur! du
gouvernement ont précédé, & chez nous
elUs ont fuivi le progrès des lumieres.
O'eftlorfque les vrais, principes des
politiques fe déveîofcooierit^ à .tous les
Yeux qu'on a eu le moins d'égard à ]çui&
conféquences. Tous les préjugé^ toutes
les cjii mères de la vanité étcient réduites
à leur jufte valeur, & l'on, vouloit affermir
leur domination. L'autorité a'ioit toujours
en avant à melure- qu'elle pérdoit de fort
crédit; on multiplioit les formes arb:tfaf-
res, & elles n'avoienc pats rien d'impoiant.
Le pouvoir affaibli par fon exagération,
perdoit fon Efficacité, 6V Tadminjftration.
toujours en aâion, fans règle fixe & uns
principe, fe troavoit déconcertée par l'o-
pinion publique. ,Il ne faut pas che-c^ér
d'autres caufes des variations, <fes incon-
séquences de cette multitude d'ordonnances
& de règlement qui fe font Succèdes dans
tous les départemens. On a obfeivé que
la France feule en avoit produit plus en
trente ans que tous les états de l'Europe
en un fiecle.
It faut nécessairement parler raifon aux
-hommes a.Jiffi'tôt qu'ils font -cn état de
l'entendre. De quelque appareil que l'au-
loricé s'enveloppe elle exprimera bien
une volonté mais non pas une loi fi elle
-contrarie les principes de la juflice, de
j'ordre & de l'intérêt général. L'adminis-
tration fera do,nc toujours en défaut ,\&
i'expofera à des défordres certains, fi, pour
jrigler un fervice public elle ¡prend en
,confidération des .prétentions des con-
venances, des prérogatives de corps &
des intérêts privés., ^uels qu'ils -foiem. Mais
le ,pire de tous les roa,ux cft de fonder
jUn.plan de police fur un fyftême de préro-
jgatives & de régler wn ferviçe écono-
odiique ou milltaire. de manière qu'il con-
vienne à une telle claffe hommes &
Xlîj
qu'il difconviénné à toutes les autres.
Tel eft en général le fervîce de la ma-
fine il ne me feroit pas difficile de prou-
ver fi cela n'étoît pas étranger à mon
ftijèt que la navigation marchande qui
eft en même-temps le moyen & la fin de
la marine royale eft dans un état de fer-
vitude relative qui ne devroit point exiger
«ntre le prote&eur & le protégé & quu
nuit plus que toute autre chofe à Textenfion
& à la prospérité du commerce maritime.
C'eft ce fyftême de prérogatives qui a
ajouté à la dignité d'un corps militaire
la fupériorité d'un corps noble fur les
navigateurs qui ne le font pas; & leur
dépendance de fait, accrue par celle
d'opinion a réduit la navigation mar-
chandé à un état d'infériorité, aggravé
par d'autres vices, mais qui fe perpétueroit
C'eft ce fyftêrhè de préro-
gatives qui à învefti le corps militaire de
la; marine 8e' i'àptôrïté d'àdmïniftratioh
fans r'éfpoiifàbilité & ce font les incon-
vériièns à*une telle combinàitbn écono-
fmque que j'ai crû devoir démontrer.
xi*
C'eft en je le répète que corfl.»
mencerent mes remontrances contre la
nouvelle loi & je n'ai pas ceffé depuis
d'en fignaler les défauts. Mais je n'ai jamais
penfé que la meilleure adminiilration de
la marine fût attachée à celle des inten-
dans, des commiffaires & de tous les em-
ployés civils, tels qu'ils exigèrent autre-
fois ou qu'ils exigent aujourd'hui & je
crois plus que jamais, qu'en renonçant au
fyjlême de prérogatives en 'rendant les'
ordonnateurs, quels qu'ils foient, refpon-
fables de leurs opérations, en fimplifiant
les principes & les formes, on peut établir
clans les arfenaux une adminiflration par-
faitement économique, & en charger des
officiers militaires, qui deviendront dès-
lors, par la nature de leurs confions, des
officiers civils.
Cesobfervations fe trouvent développées
dans mes mémoires, dont l'objet unique eft
de prouver qu'on ne peut ni jugement ap-
précier, ni réduire les dépenfes de la ma-
rine fans abandonner les formes & les. pria.
cipes de l'adminiftration agnelle.
A
MÉMOIRES
DE M. MALOUET,
INTENDANT DE LA MARINE
SUR L'ADMINISTRATION
DE CE DÉPARTEMENT.
EXAMEN
Des Principes & des Formes de F Adminijl ration
actuelle de la Marine.
.Louis Xl\ aVoit en,1692 cent dix
vaiffeauxde ligne,&fix cent quatre vingt-
dix, autres bâtimens de guerre employés;
fur lefquels on comptoit quatorze mil'e fix
Voyez à la fin du volume la lifte imprimée chez Mal-
a rd à Toulon en 1697,
̃( O
cent foixante-dix canons deux mule cinq
cents officier» & quatre-vingt-dix fept
mille cinq cents hommes d'équipage. Il ne
fe trouve point, dans les annales du monde,
d'armée navale comparable à celle-là &
je fuis loin de penfer que la France, à cette
époque comme aux temps où nous fom-
mes, fût en état de l'entretenir. r>-
Trois ans auparavant, en 1689 avoit
paru la célèbre ordonnance fur l'adminif-
tration & la police des arfenaux qui a
fervi de bafe ou de modele, pendant quatre-
vingts toutes cefles qui ont été faites
chez les différentes puifîances maritimes de
l'Europe. Cette ordonnance, rédigée par
Seignelai n'eft qu'une colle&ion des dif-
férens réglemens faits par Colbert & le
réfultat des observations & des effais qu'il
avoit faits pendant vingt-cinq arts. Alors
les bureaux du minière n'étoient compo-
fés que de quinze fujets & il avoit fallu
tout créer. Les arfenaux & les magnifiques
ëtabliffemens que nous avons de la peine
c* )
Az
à entretenir les magahns les vaifleaux
les matelots Ies administrateurs tout
étoir forci du néant. Et comme on vojj les
plus grands artifles produire des chef-
d'œuvres par l'imitation fidele de la belle
nature un homme de génie en réglant
avec ordre & fimplicité les principes les
formes de l'administration, en faifoitfortir
une maffe de puiffance qui nous étonne
encore.
Depuis le miniflere de M. de Pontchar-
train jufqu'à celui de M. de Machault la
France affoiblie par des efforts exagérés
s'occupa peu de la Marine. La trop courte
adminiftration de M. de Machault nous
rendit un moment l'espoir de la voir réta-
blie mais les malheurs de 'la guerre .de
& les conditions de la paix fubfé-.
quente, nous biffèrent pour toute reffource
les établiffemens & les loix de Louis XIV
M. le duc de Çhoifeul fut le premier qui y
porta atteinte: fon ordonnance de 1765
établit une adminiftration mixte qui dvs-
(4)
lorsrrniltiplia'ies agens lesrefforts,les dé-
penfes.'M. de Boines adopta un autre fyf-
tême1, qui n'étoit ni celui de Colbert, ni
celui du Duc de Choifeul. Son ordonnance
é t'oit à peine en vigueur qu'elle fut dé-
truite par celle de M. de Sartine, qui prof-
crivoit à jamais l'efprit & les intitulions
de Colbcrt; & comme la finance fournit à
cette époque cinquante millions pour faire
des vaiffeaux on ne manqua pas de dire
que l'ordonnance de 1776 avoit rétabli la
marine. Les officiers militaires, auteurs de
cette loi avoient pris la part la plus a&ive
aux travaux & aux dépenfes des arfe-
riàux; ils avoient laiffé les formes de la
comptabilité aux administrateurs civils, Se
ils avoient gardé celle des vaiffeaux. o
Louis XIV avoit fait de grandes chofes
par, des principes diamétralement oppofés.
Ce prince, qui fe croyoit de droit divin
une autorité illimitée fut le premier qtii
tempéra le gouvernement abfolu en y
mettant toute la dignité & la raifbh dont
( s )
il eft fufceptible. Entouré des hommes les
plus distingués de l'Europe dans tous les
genres de taleys il fut affigner à chaque
individu à chaque corps la fonaion
les prérogatives & la confidération qui.lui
étoient,propres: il obferva, fur-tout dansla
diftributiondes pouvoirs, une combinaison
de poids & de mefures qui en affure l'exer-
cice en l'éclairant & donne à l'àdminif-
tration une forme légale & régulière, auiîî
utile au Souverain que confolante pour les
fujets. Ce fut fous Louis XIV que le gou-
vernement civil acquit une confiftance im-
pofante & diminue de l'autorité militaire
dont la deftination naturelle eft de défen-
dre, mais non de régir les provinces & le
tréfor de l'Empire. D'après ce principe
les pouvoirs d'adminiffrati.on qui étoient
ci-devant attribués aux grandes charges mi-
litaires, leur furent retirés & la police &
les dépenfes de tous les départemens furenc
foumis à une hiérarchie civile correfpon-
dante immédiatement au confeil du roi.
</eft ainfi que la marine avoit €*te regte de-
puis-Cotbert jufqu'à M. de Sartine, qui
prononça le prem-ier que des offtciers mil.i-
taires ordonneroient les travaux, les atte-
liers, les conftru&ions & radoubs des arfe-
• naux & qjje les adminiftrateurs, civils en
fuivroient la dépcnfe & la comptabili:é.
Son ordonnance annonce un partage égal
de l'autorité d'adminiftration entre le com-
mandant & l'intendant & un concours
continuel de leur influence & de celle de
leurs fubordonnés refpeftifs dans fous les
détails de la régie cks ports mais il étoit
aifé de prévoir que l'avion entraînante de
l'ordonnateur des travaux annalleroit celle
de l'ordonnateur des dépendes; çu plutôt,
on ne pouvoit fe diflimuler que toute ,la
dépenfe des ports confiûant dans les tra-
vaux & les confom mations il ne peut y
avoir de refponfable que cetui qui les or-
donne, & non celui qui régie la forme
des délivrances & des paiemens j que ce-
pendant, ,'eG: un grand poids de moins
(7)
A4
ppur l'ordonnateur effeâif des dépendes
que de n'avoir point à les calculer & à les
payer: car, au moment oû il détermine une
augmentation d'ouvriers & de confomtna-
tions, de quelque genre qu'il foit, il n'eftj-
point arrêté par l'embarras d'y pourvoir
ni par le défaut de fonds affignés. L'inter-
vention de fon collègue ne peut donc être
que contradiftoire ou paffive. Dans le pre-
mier cas la contradi&ion feroit auffi dan-
gereufe qu'inutile car on ne faùfôit lutter
fenfement contre l'efprit & les moyens de ̃;
la loi qui a voulu que toutes les préroga-
tives, toute la prépondérance d'avion &
de dire&ion appartînt au corps militaire
& afin que ce principe ne pût jamais être
attaqué par (es conséquences, les auteurs
de l'ordonnance de 1776 ont eu foin d'en-
vironner le minière dSiQedire&ion & d'un
par un capitaine de vaiffeau, qui a com-
menté la loi de telle maniere que toutes,
les décifions interprétatives en ont retran
(S )
ché tout ce qui reçoit d'influence & de
cônfidération à rudnvniftration civile ;&
pour en citer un exemple entre mille il a
été décidé, il y a deux ans, que la préroga.
tive du commandant feroit toujours con.
ftrrvée de grade en -grade dans les opéra-
tions d'atiminiftration où les commiflaires
concourroient avec des officiers militaires
en forte qu'un fouslietitenant, dans une
recette ou une commiflïon quelconque
repréfeme le commandant & préfide tous
les adminiflraceurs civils. Si cette maxime
légirtdtive.dans la marine, setendoit aux
autres dipartemens ce feroit l'armée qui
coîr.pofcroit le gouvernement. Voilà ce-
pendant ce que deviennent les principes,
îorfquc les prétentions en prennent la
place, ,6V que l'autorité fe prête aux vues &
aux intérêts de ceux qui en font revêtus.
Après le mininerc de M. de Sartinc,
on ne préfumoit pas que l'adminiitration
de la marine pût devenir plus militaire
qu'il ne l'avoit rendue mais il eft arrivé
.comme cela arrivera toujours, que la toit
des conquêtes s'accroît par la vi&oire
,ainfi le partage fait entre le comman-
dant cV l'intendant par l'ordonnance de
a été arnaqué la police, la levée
& le congédiement des gens de mer & des
ouvriers, ont été du report de l'autorité
militaire, & l'ordonnance desclaflesa paru.
Cinquante officiers de la marine ont été
établis infpe&eurs, chefs des clartés & offi-
ciers d'arrondiffement en fus des commif-jl
Maires ci devant exiftans; en forte que la
fonction d'un prépofé en occupe trois
d'où il réfulte. une augmentation de dé-
penfe de regiftres de correfpondance,
d'incidens & uii accroilïemenc de fervi.
tude pour les gens de mer.
Quinze réglemens ou ordonnances fur
les diverses parties de la conftitution de.la
marine ont fuivi celles-!à mais comme
.il. ne s'agit ici que de la police des ports
& de Tadminiflration économique, je
m'arrête aux oblervations qui y font re-
( «o)
latives & je ne dois. pa* en omettra une
.que m'impofent la juflice & la vérité c'eft
que les minores qui ont établi les formes
a&uelles ont cru y voir un meilleur ordre,
& n'ont eu bien sûrement d'autre objet.
ï/ad m inift ration efl sûrement vicieufe lorf-
que fes tèCuhm font nuls & téls-ont été
pendant long-temps ceux des dépends de la
marine: il étoit donc naturel que l'admi-
niftrateur de ce département, .n'apperce-
f v^nt que des ruines, (e crût obligée de
reconftraire l'^di/îce; mais fillok-il d'au-
tres plans, d'autre's priocip^Si ou f^ulernenk
',ou autre cfprit, de meilleurs choix une
,d»re£Hon plus ferme & plus févere ?
Trompés par les mémoires fecrets qui
leur ont été donnés les miniftres auroient
eu par une difculfion publique ou au
suoins contradiûoife toutes les reflburce$
poffiblcs pour connôître la vérité mal-
heureufement notre gouvernement a tou-
jouis repoufCé cette forme1 d'inrtfuftioii
la feule qui puilfe préserver l'autorité
(
de (Ufprife, de vues fautes, imefefle'es
,& de tous les autres artifices de l'amour-
propre. Combien il eût été fage avant de
réformer Colberc & de condamner fon
ouvrpge de propofer à des hommes éclai-
rés 6Y de traiter cette quef-
non Qitefl-ci qut Fadminiflraiion éeono-
quc doit.on
gins qui y font employés ? fous quels rap-
Certaine-
ment le corps militaire de la marine,
confuhé fur cette queftion, ne l'auroit pas
réfoluo comme les auteurs de l'ordonnance
de 1776} & c'eft en quoi l'on s'en écran-
gement mépris, d'imputer à la pluralité
des officiers des goûts & des prétentions
cabfolument contradictoires aux mœurs &
aux habitudes militaires. L'obligation do
tenir des regiftres des cafernets; de fuivro
les ouvriers d'aflîfter aux appets leur a
p^ru fi onéreufe, fi étrangère leur état,
qu'il a fallu les en affranchir. On les a vu
folticucr prefque unanimement d'être de*
( Il
charges de, la comptabm te des vaifleaux
& ceux même qui ont obtenu des places
Supérieures dans les arfenaux, n'en veulent
d'autres, pendant la guerre ,4jue celles qui
-les mettent en préfence de l'ennemi ainfi
Tafltivité inquiète & les prétentions perfon-
nelles de quelques individus ont produit
au nom du corps un fyftême d'adminif-
tration auquel le corps a formellement
renoncc dans la pratique j tous les détai!s
.des dire&ions ayant été livrés, par une
ordonnance dérogatoire à celle de 1776,
à une claflfe d'officiers qui ne concourt
-plus avec les autres pour le fervice de mer.
Quand on confidere qu'une bonne loi
tue peut être que le fruit des lumières &.de
l'expérience de plufieurs fiecles foumifes
.,encore aux combinaisons du génie, ne doit-
^on pas s'étonner que des hommes, quiau-
croient grandbefoin
leurs rêveries,de
ila fonction la plus'augofte du gouvcrne-
.nient à un minière .leurs'
(
petits intérêts, parviennent à lui persuader
de les convertir en aftes légiflatifs ? Lorf-'
qu'il n'y a rien à gagner pour le proposant,
s'il s'eft trompe* fon erreur peut être de
bonne foi nfais lorfqu'il fe trouve à la
fuite de la loi un traitement', une place,
ou une extenfïon de prérogatives pour
l'auteur il me femble qu'il ne faudroit
pas d'autre mefure pour apprécier l'inno-
vation. Voilà,pourquoi dans toutes les:
inftftutions, il faut être ü attentif à diflin-
guer ce qui tient à la chofe publique ce
qui lui en: propre de ce qui appartient
aux personnes, à leurs préjugés, à leurs;
intérêts. L'efprit des corps, comme celui'
des individus a une direction vers le
centre dont le gouvernement doit s'aider
faos lui obéir car il n'y a qu'une vertu,
fyien pure & l'amour de la véritable gloire
qui puifîe nolis faire rechercher le bien
publie, en nous élevant au- de/Tus des con-:
fidér^tions perfonnelles. On ne doit.donc-
pas plus de conf ancç à un homme qu'à 'un
( 14)
autre, & à tel corps qu'à tel autre lorfqu'it
s'agit de prononcer fur leur talent leur in.
fluence, leur aptitude pour quelque partis
du fervice public c'cil la cbofetn elle-
même qu'il faut confidérer fon objet & la
En doivent en déterminer les moyens les
agens & les fondions, ainfi que les préro-
gatives qu'il s'agit de leur accorder car
tout ce qui ne peut être en ce genre mo*.
tivé par une raifon d'utilité laiffe aux
perfonnes l'éfpé rance & l'habitude de pré va*
loir fur les obligations qui leur font invpo-
fées; & on voit alors l'amour-propre ou
la cupidité prendre le ton & l'autorité des
loix.
Lorfque M. de Sartxne eft arrivé an
minière de la marine, étranger à toi»* les
détails de ce département, il ne pouvoir
en connoître l'organifation que par les-
rapports qui lui ont été fàits. 1I eft probla-
ble qu'à cette époque on lui a dit « vous
» avez tout à créer ou a réparer point
de vailTeaux point d'approvifionne.
m mens; l'adminiftration eft livrée à des
» gensqui en abufent & qui n'y entendent
rien; il faut une nouvelle constitution
nous vous en prouverons la néceffité,
w & vôus en donnerons les moyens ». Je
ne doute pas que la démonftration n'ait
fuivi, qu'on n'ait produit des traits d'igno-
rance de défordre de prétentions exagé-
rées de la part des émployés civils; mais
j'aurois dit aux novateurs « Avant de
me demander une nouvelle loi, voyons
w les torts de l'ancienne, & fi c'eft fort
efprit ou (on inexécution qui ont pro-
h duit la dégradation agnelle. Dans cette
» ordonnance de Louis, XIV, que vous
» me propofez d'annuller il y a des
M peines contre les prévarications & les
négligences; des forrtyes fimples & fé-
Il veres pour conftater les depen(es & en
o» aflurer la complàbilité. Le régime an-
»^c\en a pourvu long-temps à l'eritretien
des plus grandes forces navales; pour-
» quoi n'y pouryoiroit-il pas encore? Si
(i6)
les principes font bons, qu'il n y ait que
les agens de vicieux, il faut punir ou
H réformer les agens & conferver les
H principes. Mais fi vous voulez que je
tranfporte les pouvoirs d'adminifirarion
» de la claffe civile à la clarté militaire
» dites-moi pourquoi cet arrangement,,
» jugé impraticable dans l'inflitution Ce-
» ruit plus falutaireaujourd'hui? N*eft-il
h pas vrai maincenant comme autrefois,
» que les confommations ne doivent pas
être livrées aux confommateurs que
n les mêmes hommes ne peuvent être em«
ployés dans un attelicr & fur un champ
de bataillc; que celui qui prétend à la
» gloire & à l'éclat des avions & des talens
» militaires ne durcit s'affujettir aux dé-
» tailst©bfcur> d'une vie fédcniaire & la-
» borieufe, ni fe tenir fatisfait du genre
de confidâation qui fuffit à un admi-
» nifiratcur fidèle tte éclairé ? comment
» pour rois je donc concilier des principes,
li
rates, & pourquoi le tenter? Si c'eft
» l'amour de l'ordre qui vous tourmente,
vos études & vos goûts vous appellent
plutôt à l'adminiAration économique
» qu'à votre première destination mïli-
» taire, foyez adminiftrateur mais ne
» prétendez pas commander le vaifleauqae
M vous aurez conftruit & approvifionnô;'
» car lorfque vous forez dans les Indes ou
» en Amérique, il faudra. continuer les
» conftru&ions & les approvifionnemens
H en France. Ainfi il faut qu'il y ait un
régime &dcs agens permanens pour les
» détails fi vous fubordonnez ce régime
» 6k ces agens fusion fijcccfiive de l'au.
» torité militaire, elle cft alors adminif-
crante, & comme le commandant des
» dépenfes afpire toujours au corhMian»
» dément d'une efcidre on d'un vailFeau,
» l'économie n'a plus de point d'appui &
» de force étrangère à celle des confom-
» mations; or c'eft en cela que confiftoit
( i8 )
le- fy flêmc de Colbcrt, & c'eft celui de
u l'amirauté anglaife ».
Je crois que l'expérience a juftifié ces
réflexions, & qu'une comparaifon des dé-
penfes de l'ancien & du nouveau régime
compléteroit la démonftration mais avant
d'entrer dans les détails il faut convenir
qu'avec un autre efprit & d'autres vues
que celles qu'on a fuivies on pourroit ren-
dre l'adminiftration militaire, & l'affujettir
cependant à des reglcs (impies d'ordre &
de comptabilité c'cfl parce qu'on a voulu
mettre l'autorité d'un côté & la refpon-
fabitité de l'autre qu'on a fait une chofe
inconféquente & dangéreufe..
On a diftribué les détailsJxcommedes
régimens, fous les ordres de deux chefs in»
dépenclans, le commandant & l'intendant,
en obfervant de donner à l'un tout ce qui
pouvoit conftituer fa prééminence 1& à
l'autre tout ce qui pouvoit en apurer l'cxer-
cice. Tous les atteliers & travaux relatifs
aux vaiffeaux ainfi que la police des ou-
(
B 2
vriers & maîtres du port, ont été mis fous
les ordres du commandant » & on attri-
bue à l'intendant la direction des bâtimens
civils des chiourmes des clafles des
recettes &dépenfes, des marchandifes, mu-
nitions & deniers: mais les ,difpofitions
particulieres de t'ordonnance établiflant
dans tous les décails, un concours perpé-
tuel des agens militaires & civils il ÿ a
confufion dans l'influence de tous fur
chaque chofe car les différences d'avis
produifant des difcuffions & quelquefois
de l'aigreur, on fe réduit de part ou d'autre
à un rôle paflïf. Tel eft^cn général le fort
de toute fon&ion commune, fur-tout lorf-
qu'il y a quelque rifque ou cUfagrément
attaché à la contradiction.
Il eft impo/ïible d'arriver à laperfeftion,
d'éviter tous les inconvéniens tous les
dcfordres dans quelque inft'itution que ce
foit ainfi l'objet du législateur dans un
fervice économique étant d'y mettre le
plus d'ordre & de fûreté poflible, il ne
( *Q
faut pas s'attendre cfiril ne manque ja*
mais rien aux précautions, établies. Quoi
que l'on falTe il y aura; toujours une ïflfue
pour Tineptie, le gafpilfege & la fripon-
nerie même. Il s'agh delà rendre difficile
& de lettre la furvoillance^ à côté de»
abus: mais ce n'eft point pir la multipli-
cation & la diveffité des formes & des
ageos que l'on y parviendra le caraftere
éflentiel de l'ordr© eft la fimplicité des
moyens.
L'adminiûràtiOh fopcriêure, qui eft le
gouveni^m'ent eft une, & cela
cute peut fe com'po'fer de deux unités,
niais pas davantage celui qui agit & ce-
lui qui rinfpette. Chacune de ces fonc-
tions ne peut être confondue dans l'autre
fans qu'elles deviennent nulles ou défôr--
données. Il faut que dans leurs limites
refpeaives elles aient touro l'étendue & la
liberté qui convient à Taftîôn & àTi'n'f-
peàion ,•& qui les diftinguent rune de
l'autre.'
<*1 >
13j
ce qu'elle vouloit divjief Ton vocy eu une
aftioncommune l'in-
ftuence multipliée des agens militaires Se
civils fur l\mive.r(*aiitç. des .recettes & clé-
penfes qui forment l'enfemble de l'admi.
niAration vais rendre ceci
fenfible par un exemplé.
Il s'agit de recevoir au magasin général
une inarchandife on appelle les officiers
militaires & cmls; ils font cnfernblola re-
cçtte voilà une fans infpeftion. Les
erreurs, s'il s'en comtnet font rélnrties
fur tous les afliftans qui s'en repofent les
uns fur les autres.
Mais que, dans ces deux claflfes d*3gcns
l'une foit chargée immédiatement de la
recette & l'autre de ia vérifier, voilà une
infpecTion à la fuite d'une action ,,& la
refponfdbilitc des premiers augmente ainft
que leur attention en ràifon de la revi.
(ion à laquelle ils favent qu'ils font fotv»
.fnis au lieu que leur influence étant com-
muhe & fimultanée, la légèreté ou l'im-
périttè de l'un d'eux ne lui fait courir
d'autre rifque que de ne pas voir (on avis
adopté.
De la recette paffons à la dépenre.
Les officiers militaires, c'eft-à-dire les
direâeurs lignent tous les certificats
toutes les picces de dépenfe, comme les
officiers civils; & comme, leplus fouvenr,
ces pièces s'expédient long-temps après la
recette ou ladépenfe, ils n'ont, au moment
où ils fignent, que des fouvenirs très-incer-
taihs pour tout moyen de vérification:
cependant leur certification les rend co-
partageans de l'aftion & de la refponfabilité
des garde-magafins & commiffaires qui
font les feuls dépofitaires des pieces ori-
ginales. Ainfi voilà fur le fécond point,
comme fur le premier une a&ion com-
mune fans infpedion mais comme je
viens de le dire dans ce cas là il exifto
des monumens indélébiles de la recette
(t3)
& de la'détivrance des matières auxquels
on peut recourir.
Il n'en eft pas de même de la dépenfe
réelle, qui réfulte des travaux & de rem*
plo'i des macieres. Toutes les formes des
vérifications établies par l'ordonnance,
tous les états prefcrits récemment pour y
fuppléer ne produisent qu'un encombre-
ment illufoire, fans contrôle effe&if; &>
l'adminiftration des ports eft à cet égard
dans la même portion que la chambre
des comptes qui juge la forme textuçlle
des pièces mais qui ne peut diflinguer le
bien ou le mal dépenfé car cette appré-
ciation ne fe fait que par un compte com-
paré de la dépenfe & de ton objet par
un examen journalier de co qui eR fourni
& employé pour chaque cfpece d'ou-
vrage, foit en hommes argent ou ma-
tieres. Or perfonne n'eft férieufement char-
gé de rendre ni de recevoir-, ni d'infpçûor
un tel compte, fans lequel on ne peut rc-
connôître cV conftater le mérite ou le vice
d'un fervice économique. B4
<*4)
L'ordonnance dit que les directions fe-
ront exécuter les travaux,. & que le com-
miffaire prépofé aux atteliers, fera char-
.gé de fuivre l'emploi des matières & du
temps des ouvriers mais cette infpcdion
fi elle étoit réelle, fuppoferoit une préémi-
nence d'état qui n'appartient point à ce-
lui du commifiàire & comme la même
ordonnance prononce que les maîtres &
les ouvriers ne font point* à fes ordres
il n'a rien à leur demander. a même été
décidé que lc corn mififairc, qui fait délivrer
ies matieres n'étoit point en droit d'in-
terroger fur leur emploi qu'il doit s'en
tenir à l'état qui lui eft préfenté par les
maîtres mais la plupart des maitrcs ne
fâchant point écrire font difpcnfcs, par
Je faits de, lui montreur leurs cazernets
• ainfi la loi qui prcfcrit un contrôle & une
Inspection réciproque des ofîiciers mili-
taires & civils fe réduit comme je l'ai
dit, dans la recette & ia dépende, c'e(l-à-
dire dans toutes les opérations princi-
̃(»$)
pales de l'adminiftration t à une comrnu*
nauté d'avion qui n'eft nï dans l'efprit
de la loi ni relative aux frondions af-
lignées. Voici maintenant comment cette
communauté nuit. Elle forme, fans aucun
objet utile, un double emploi d'individus
dans une opposition apparente & dorrc
tout l'art& tout le talent feroient employés
à fe concilier s'ils étoient en parité de
forces., ou produiroit une guerre éter-
nelle mais la. foiblefle des uns 3c la pré.
pondérancé des autres, ne laiffe aux pre-
miers que la charge d'accomplir des for-
mes furabondantes ou Je rôle dangereux
de réfiflor, fans titre & fans moyens, à des
.consommations qu'ils n'ont pas le droit de
juger. Ainfi, pour expliquer ce fyftême, éta-
bli en 1776 qui eft d'ordonner tout & de
n'être refponfable de ricn il fuffiroit de.
s'arrêter à cette feule dôcifion interpréta-
tivede l'ordonnance: les chefs des atteliers
ne font pas comptables des maliens el!es
font à la charge du commiffaire des atte-
(i6)
liers, qui n'a pas le droit d'interroger celui
qui les emploie, attendu que celui-ci eft
fous la police militaire. Cependant ces ma-
tieres ne font pas dans le bureau du com-
miffaire, elles font difperfées en trente at-
teliers différens celui qui les reçoit, pour
les mettre en oeuvre, efl le feut à qui on
puiffe en demander compte; & le feut
homme enfuite qui puiffe demander ce.
compte en connoiffance de caufe eft ce'
lui qui a inferir ou fait infcrire ce que le
chef d'attelier a reçu. Tous les autres in.
termédiaires, oH'iciers, commis, commit
faires qui n'ont pas cette fonftion n'en
ont aucune utile ce font des penfîon-
naires du roi qui ordonnent ou qui écri-»
vent ou qui regardent en pure perte &
cette quantité de papiers qu'on remet au
commhTaire & celui-ei à l'intendant
n'eft qu'un poids inutile puifqu'il n'en
réfulte que des comptes rendus fans con-
tradicteurs de la part des maîtres & chefs
d'ouvrages ce font des dépenfes de papier
Toutes les jaloufies d'autorité font bien
miférables & la plupart des prérogatives
bien dangereufes elles énervent, etles
annullent l'avion du gouvernement. Hé
qu'importe l'autorité de l'intendant ou celle
du commandant fi lé facrificc de l'une ou
de l'autre èft néceflaire à la chofe pu-
blique ? Pourquoi des commiflaires fi on
exige d'eux ce qu'on leur défend de faire ?
L'ordre & l'économie n'exigent pas & ne
peuvent exifler, tant que les ordonnateurs
tle feront pas refponfables de leurs faits
& les confommateurs de leurs confom-
mations tant que les comptes ne feront
pas réduits à une expreflion nette évi-
dente pour celui qui reçoit celui qui inf-
pede & celui qui dépenfe. A cette con-
dition, qu'on charge de l'administration
telle ou teue claffe d agerft qu'on écon-
duife les uns pour en prendre de nou-
veaux, cela eft égal mais fans ces condi-
tions le gafpillage, les tracafleries ri.
.vre-fTedes prétentions refpeOives arrive.
<)
ront à un tel excès de défordre que tout
fera confondu.
Il ne faut pas difftmuler que les chefs de
bureau à la cour 6c les employés civils
dans les ports ont fort contribué à aug-
menter le chaos dans lequel nous vivons;
car toute efpecc de régie pouvant êtte
réduite à de fimples élémens il étoit
̃pofliblc d'arriver fous une conftitùtion
militaire, à un terme raifonnable mais
en confervant une hiérarchie civile fans
activité, plufieurs de ceux. qui la compo-
fent, à la cour & dans les arfenaux fe foot
tourmentés de leur nullité & ont rocher.
ché tous les moyens de comprimer, à leur
tour, cette adminidrd'ion militaire, fous le
poias des papiers. Comme il étoit plus
facile d'en faire fentir les vices que d'cn
attaquer la caufe, on trouvoit accès auprès
du minière, en montrant un abus & en
propofant d'y remédier par de nouvelles
exigences d'états, de bordereaux, de
comptes rendus en repeignant les pou*»
voifs, cri les fubdivifanc, en multipliant
ks détails & la correspondance. Chacun
dés bureaux du miniflre, voulant attirer à
lui toute radmiiiiftratiofi s'ert: créé une
ihfpe£lion indépendante du bureau mili.
taire. Celui-ci tendant fans retâche à la
fuprérnatie ,• a étendu fon influence fur
toutes les parties, & nous avons vu fur
les mêmes objets des décidons diverfes &
è'ôntrià ivoires. L'art fi funefte de multi-
plier & de côrtipliqùer les affaires, a produit
là &
inférieures, cV cha'curié de cès'planetes veut
avoir fon tourbillon ;:dc la i'cxâge*ration
des commis', des lettres, des états', des
écritures de to\ite efpcce, qui obftruent
fel!«^ent le miniftere qu'il n'y a plus de
temps & déplace pour lesobjets impor-
tans. Je n'ai jamais. conçu qu'on ait pu ac-
Côàtumer les minières au fpcâaclc' & à
t'cnnui de ces monceaux de papiers, de ces
irrirhènfes portefeuilles, qui' font pour eux
k toMhfeau des Dartaïdés. Vi\ oui dire k un
($o)
fecrétaire de M. de Machault, qu'on ne
voyoit fur (on bureau d'autres papiers
qu'un petit cahier qui fe renouvelloit tous
les mois, & contenoit l'état des fonds, celui
desapprovifionnemensenmafle,&lafitua*
tion des vaifleaux. Il me femble en effet
qu'avec ce fecours, & vingt fois moins de
lettres qu'on n'en écrit aujourd'hui, on
peut conduire sûrement l'adminifiration
économique de la marine: mais fi vous
écrivez une lettre pour les cloux une
autre pour les merrains; Ci vous demandez
des états énonciatifs de chaque chofe
comme il y a cinq ou fix mille articles
qui entrent dans l'approvifionnement d'un
arfenal, il faut des états, tels que ceux
que Ton fait aujourd'hui à cinq cents
colonnes or nous avons vu ce que cela
produit. Le miniftre fait-il mieux ce qui
jfe fait dans les ports ce qu'il y a en ma-
gafin ce qui lui manque fi l'on eft prêt
à armer quand on en a donné l'ordre ? a-t-
on plus de vaiffeaux coûtent-ils moins,
( 3t )
les armemens (ont-ils plus faciles & moins
chers ? Voilà voilà les réfultats qu'il faut
faifir & par lefquels il faut juger le paffé
& le prient. Vous ordonnateur civil ou
militaire que pQ demandez-vous pour
faire un vaifleau pour en armer dix ? que
vos fous-ordres répondent, comme vous
répondez au roi, de l'exa&itude de vos de-
mandes & de vos alertions. Achetez, or-
donnez, faites vous juftifierez de vos
marchés de vos dépenfes dans une forme
fimple, mais inviolable & chaque année
une infpe&ion locale & févere vérifiera
vos opérations. S'il y a des fautes qui ne
foient ni d'impéritie ni de mauvaife foi
elles feront compenfées par vos bons fer-
vices s'il y a des négligences des abus,
vous ferez frappé dans votre état dans
votre honneur; fi l'adminiftration eft pure,
vigilante, éclairée, l'eftime la confîdéra*
tion, les récompenfes vous attendent.
Seroit-ce donc une illufion que le retour
poffible à l'ordre & à la raifon Ah je ne
crains pas de l'annoncer fi l'on véut une,
arméenavale,& que le tréfor royal y fuffife,
il faut abandonner ce fyftéme verbeux 6c
fôrmulaire qui enveloppe les avions d'un
double voilc qui place les vaiffeaux les
ftiagafins au milieu des prétentions des
prérogatives, des difficultés & des differta- "•
tions qui engendre perpétuellement des
réglemens & des commis & nelaifTe voir
ni ce qu'on fait, ni ce qu'on veut faire,
ni ce qu'on pourroit faire.
Pourfuivons cette demonftration.
J'ai quatre-vingts commis fous mes or-
dres, qui travaillent du nfaViif au, foir; ils
expédient annuellement*, pour leminiftre,
» plus de vingt rames de papier; ils font
chargés de tenir plus de quatre cents re- •
giftres & fept ou huit cents rôles je figne
tout ce qu'on demande Vcrfaillcs & je
ne conçois pas qui peut avoir lé temps dé
le lire après moi; mes ports de lettres
coûtent au roi indépendamment des pa-
quets contre--Ci de douze à quinze
mille
c
mille francs & en fus de cette immenfité
d'écritures, les frais d'imprimerie pour les
états les bordereaux les feuilles impri*'
mées des .administrateurs militaires & ci-
vils, s'élèvent annuellement à (i)'
Cependant, dans cette furabondance de
moyens, il me manque ceux de faire rendre
des comptes .& d'en rendre moi-même
d'apurer les appruvi onnemens, de pour-
voir aux befoins prenons, de régler les dé-
penfes de réfifter aux cjonfnrn mations, de
m'occuper efficacement de ce qui eft né-
ce(faire 6c de profcrire ce qui eft inutile
'Ou nui(ible c'eft-à-dire que ce que je ne
fais pas connue l'adminiftrdtion & ce
que je fais pourroit en être retranché ainft
que ma place & ,une grande partie du
papier & des commis.
Voilà une aflertion bien étrange, mais
quelques détails fuccintts vont la juftifîer.
(i) On penfe bien que tous les frais font beau$
coup plus confidérables à Breft,
On paroît aflez convaincu, & je le fuis
auflî, que la comptabilité de mon départe-
ment en: plus avancée & aufli régulière
que celle d'aucun autre; cependant il y a
huit exercices arriérés pourquoi cela ? A
toutes les innovations récentes on a ajouté
celle de rendre le contrôleur indépendant
de toute autorité, & la vérification des
comptes le regarde les directions militaires,
les officiers Commandant les vaiffeaux ont
à fournir des pieces comptables, dont la
privation ou l'irrégularité arrête l'adminif-
tration civile, qui ne peut que demander
& attendre; je ne peux pas faire un mac·
cbé fans una approbation du confeil &
du miniflre, & j'ai fait payer depuis fit
ans plus de quarante millions, fans qu'on
fâche encore fi mes ordonnances fonfen
bonne forme.
Les approvifionnemens me regardent;
mais lorfque j'ai envoyé tous les mois
l'état général, & des états particuliers de
tout ce qui ex.ifte& de tout ce qui manque,
P.
je ne peux pas paffer outre, & j'attends des
ordres. Si je reçois celui d'acheter, 4près
avoir examiné la propofition que fait un
fourniffeur il faut que le contrôleur l'gxa-
mine aulfi & l'approuye; il faut enfuie que
le. founîifteur attende la féânce du confeil
qui doit examiner & approuver & qui
nomme des commiffaires. Cette cornmif?
fion/préiidée par un officier de la marine,
difcute plus ou moins longuement les con.
ditions du marché, & fait fon rapport à
féance fuivante. Enfin je ligne le marché^
mais il r.'eft pas conclu il faut encore que
lesburcauxdu mjniftre en faffentlarevicioni
& fi pour avoir un prixnïeilleur, j'ai promis
de l'argent comptant, & que cela pe
plaifepas à la cour, le marché n'a plus
lieu. Ainfi deux mois fe paflent, à comp-
ter du moment du befoin avant quil y
(bit pourvu mais fi un bâtiment arrive à
Marfeil le, chargé de chanvre & ne peut s'en
/défaire; fi on me l'offre il dix pour cent.
;?u deQbus du cours; fi le capitaine attend,

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