Mémoire historique et justificatif de M. le comte d'Albert de Rions, sur l'affaire de Toulon ([Reprod.])

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chez Desenne (Paris). 1790. 2 microfiches ; 105*148 mm.
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Publié le : vendredi 1 janvier 1790
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~~fg
HISTORIQUE ET JUSTIFICATIF!
DE M. LE COMTà
D'ALBERT DE RIONSI
̃Sur l* Affaire de Toulon*
;€hex Libraire
1 7 9 o.
A
MÉMÔIR B
HISTORIQUE ET JUSTIFICATIF
DE M, LE COMTE
D'ALBERT DE RIONS,
S v l'Affaire de Toulon.
J E fuis parvenu par quarante- fix années
• d,e bons lervices à la tête de mon Corps»
honore du commandement! de
fes Efcâdtes. Il m'a confié depuis cinq
ans PadminiUratiôn d'un de fes principaux
ports, & les témoignages de honte 1 de
fatisfaéHon que Sa Majefté m*a donné en
diverfes occafions me donnent îe d oit
de croire que je ne me fuis point montré
indigne de la confiance qu'elle a daigné
mettre en moi.
Cependant fans délit comme fans accu*
fation fans formes juridiques quelconques
j'ai été traité ainfi que les principaux C>É-
ders à mes ordres, comme fi nous avions
été convaittcus^es plus grands crimes.
(4)
Outragés d'une manière qui n'a. pas
d'exemple on a dû s'attendre que rious
élèverions la voix pour nous plaindre. ui
fans doute., nous devons le faire } niais
avant que d'entrer dans le détail des injus-
tices contre lefquelles nous avons récla-
mer, il m'importc de remonter à l'origine
des troubles qui depuis plus de î-rejfrjiois
agirent la ville de Toulon. Je veux mettre
les yeux de' mes Juges & rur-toût
ceux du public la conduite que j'a tenue
depuis le 23 Mars dernier épo ue du
premier tumulte. On verra quels fo'nt mes
principes & fi je m'en fuis départi oiî
jugera fi l'homme
dans plufeurs occasions, s'eft toujours mis
en avant pour maintenir l'ordre ou rétablir
la tranquillité ? & qui n'a jamais er int de
s'oppofçr aux méenans qui cherchoient à
les troubler ,.eft un mauvais un dangereux
Citoyen. rai rendu compte de ces tioublès
à mon Minière, dans un tems où ma,
conscience ne me laiiToit pas craindre que
comptes font authentiques les on. maux
doivent exifter dans les Bureaux de i.a Ma*
rine je porterai d'ailleurs au foutien les té-
moignages de fatisfaclion & de recoinoif*-
iaocCj qu'en divers temps la MunicipajUté de
A î ̃
Toulon m'a donnés on jugera par eux âd
cas qu'on doit faire des inculpations dort
eUe me charge aujourd'hui. Je vais don:
commencer ma jufHficruion par
des comptes officiels rendus par moi
Toccafion de la première émeute en fuite
je donnerai- l'hiflorique de tout ce qui s'eè
paffé jufqu'à l'étonnante catailrophe d i*
Décembre.
Lettre à M. le Comte de la Luzerne il
Mars iySg,
Mc%'
a Hier dans l'après-midi, les Rédacl eurs
des Cahiers du Tiers s'étant aflemblé; il
Survint dans la falle.de i'FIôtel-de-Ville
Heu de l'AfTcmblée quelques femmes qut
ancien Conful l'un des Rédacteurs &C
M. Secrétaire/ de l'Hôtel- de-
Ville, & qui en cette qualité a la pus
grande influence dans t'adminiffration des
revenus de la VilleV VaWment les Vîilets"-
de-Ville voulurent faire fortir ces femmes
dont le nombre devit bientôt plus consi-
dérable ? & auquel quelques hommes 1 s'é-
toient joints. On fur Gemander du fec|ours-
(O
dans un polie voifuii il en vint huit fol-»
dats qui furent défarmés à l'inftànt &
bientôt le défordre fut extrême. La générale
fut battue un des régimens qui compof mt
h garnifon fe porta fur la place de l'Hôtel-
de-Ville, pleine d'une populace efliérée
qui difoit vouloir abfolument maîacrer
M. Lantter & M. Baudin réfugiés pour-
lors. dans un cabinet dont. on m'a afïtiré
qu'un homme armé d'un fufil avoit eu le
courage de défendre ta porte. Penc ant ce
pement eut lieu devant le Palais Epifcopalj
les mutins entrèrent dans les cours sein-
parèrent de la voiture de M. l'Evêque, la
mirent en pièces .& furent en jetter es dé-
bris dans le pôrt je ne fais point encore
quels ont été les autres excès commis dans
ce Palais. Les mutins de rHôtel-ck'Ville
n'y trôuvantplus rien à détruire ,(M. Lantier
& M. Baudin ayant je ne fais comment
trouvé le moyen de leur échapper ) furent
à la maison du dernier, qu'ils dégradereriu
Ils en arrachèrent jufqu'aux balcons & aux
fers des fenêtres. Vous ferez fans doute
M6r>, que de pareils excès te
{oient commis dans une ville de guerre,
où il n'y a pas moins de 3000 hommes de
croupes $c un Corps confîdçrable
(7 )
A 4
ders. Je fens que je me dois une juftifica*
lion, j'efpere que vous la trouverez dans
le détail particulier de la conduite que moi
& tous ceux qui font à mes ordres ont
tenue.
J'étois forfi de la Ville à 4 heures après-
midi à 5 on vint me dire qu'on battoi: la
générale que les portes ctoient fermées ,|
qu'il y avoit ordre de me biffer entrer.;
On me dit en entrant que M. de Coincy;
me prioit de pafïer chez lui; j'y courus il;
me dit l'état des choies tel qu'on le lui
avoit rendu. MM. Lantier & Baudin éto^ent
morts, difoit-on. J'offris à ce Commandant
tous les recours qui dépendoient de moi il
avoit déjà demande qu'une partie des Ca~
nonniers Matelots fût fe mettre en bataille
fur le quai de la Patache. Je fouis fur le
uence, & après m'être afl'uré à la porte
de l'Atonal que M. du Caftellet y étc|it
& qu'il avoit (îx Compagnies de nos Ca-
nonniers fous les armes, je m'acheminai
vers l*Hôtel– de–Ville-, où je favois qu'étoit
le foyer de la révolte. J'étois accompagné
de fe'pt à huit Officiers. Nous nettoyantes,
chemin citant, le quai de-la foule quf le
chargeoit. Je fis arrêter une femme [qui
nous injuria comme nous paillons, Arrivé à
<8 )
Pilot -de-Ville, j'en trouvai les avenues
occupées par le régiment de Dauphiiié j
Mais la maifoii étoit pleine de mutins. Il y
en avoit encore à la porte qui ne po soient
entrer; ils me reçurent avec des cris' de
Vive le Rôi, Vive d'Albert. Je débutai! par
demander aux Officiers pourquoi i s fç>uf-
̃ froient cette populace au milieu d'eu'i &c
ne faifoient pas viu'der la place fur rc-
ponfe fut qu'il n'avoient ordre que c ereder
fous les armes en occupant le .ter cin fuir
lequel ils étoient j » mais favez-vous que
si MM. Lantier & Baudin font aflaflïnes
m mais fa'vez-vous que dans ce uiomenc-
ci on égorge peut-être M, l'Evêqve ? Nos
» oiciics font précis & je ne puis m'en écar-
a ter reprit le Commandant. Alors je lui
u dis je vais entrer dans l'Arfenal p^.don-
v ner les miens, pour que tous ceux qui
a dépendent de moi en raient autant, fauf
n les. douze Compagnies
font le quai, & qui referont aux
ordres de M. de Coincy » J'y rentrai
effectivement, & je trouvai qu 0 1 avcit
grande peine à contenir les ouvriers qui
tous demandoient à grands cris de fortir
je fus même obligé de faire arrêter deux
des plus mutins^ cependant l'Hôtel-de-Villt
'étoit abandonné, les werapes
(9 >
au Palais Epifcopal étoient venues à bjwt
furent a h maison de M. Baudin ou t ut
fut brifé & pimlé; enfin le défordre para-
fant cefïer je fis demander à M. deCoincy
s'il croyoit qu'il y eût quelque inconvé-
nient à laifïcr fortir les ouvriers. Il était:
8 heures les femmes attroupées à la porte'
demandoient leurs maris. M. de Coincyjme
fit répondre que je le pouvois. Alors ML de;
Montigni Lieutenant de Vaiffeiu vint
me dire que fa femme, qui habite le fécond
étage de M. Baudin était mourante d,ef™
froi. J'y fus tout de fuite fùivi de tirs-
Officiers. Les mutins occupés à déménager
les. meubles de M. Baudin, ,le rangèrent
pour nous laitier paflen Usavoient refpecté
l'appartement de Madame de Montigni &
nous l'en retirâmes fans aucune peine: je
retournai à l'Affenal ou tout étoit tran-
quille & dans l'ordre accoutumé, fauf les
polies qui étoient doublés. Je fus de-là chez
M. de Coincy pour le prévenir que de la
maifon de M. Baudin on iroit à celle de
M. Lantier. Un peu de lenteur dans l'ardre
que ce Général donna pour prévenir ce
projet, donna le temps aux mutins de dé-
vailer le mais ils
• donnèrent la parrie à l'arrivée des troupes»
( !0)
Tei eft, M^, le détail des détordre; d'hier
que je viens de vous faire à plufîeur; r'eprï-
les, étant fans cefle interrompu je vais à
prient vous rendre compte de
pane aujourd'hui jufqu'àio heures du ma irij
ouvriers fonnre & l'Arfenal ouvert J bejau-
coup d'ouvriers ont refuse d'y entrer,! &
mêlés aux étrangers & payfans qui; fc
trouvent dans la ville, le désordre a recom-
mencé. Peu contens d'avoir tout enlevé
chez M. Baudin, on a voulu détruire ta
ïTiaifoii la générale a battu mais 'les
troupes afiembiées ne Font été que pour
être Spectateurs du tumulte 5 il n'y a eu
cu'un leul endroit où il y ait eu des coups'
onnés & deux hommes tués ou fortement
Menés. Des deux divisons, j'en ai fait
-àflembler une fur le champ de bataille &
l'autre dans l'intérieur de l'Arfenal: 'ai en-,
voyé une garde au Tréïor do^.la Marine
ainfi qu'à la Caifle des Invalides & comme
la Boulangerie dl hors de la Ville, j'y ai
envoyé 50 hommes, ayant tout à craindre
d'une multitude de peuple qui^eft hors des
portes. M. de Coincy ment défaire battre
la retraite, j'en fais*autaHt j m|is je ne ré-
ponds pas que le détordre ne (egrévetlle. Le
peuple connoît trop qu'on le fnéna^e s &
( il )
je ne puis m'empêcher de penfer que l'im-
punité efi pou née trop* loin; fi l'ordre ie
rétablit d'une manière durable, on le de-
vra aux foins de quelques honnêtes Citoyens
qui cherchent à calmer.
il eft certain Msf-, que le tumulte vient
'des torts que le peuple la Mmi-j
cipalité mais le mécontentement des ou-
vriers qui ne font pas payés cil à prêtent
ce qui. doit le plus nous faire craindre;
M. Mallard, Imprimeur, vient d'offrir à
M. PofTel 10 mille écus qu'il fera difhibuer.
Je fc'uhaite que ce lénitif luftife. Le • jzain
'était à environ fols la livre (poids de
marc). L'Hôtel-de-Ville l'a fait publier
3 fols; mais en aura-t-on ? Qui voudra
en fournir à ce prix ? "Voilà l'état des
choses excufex la précipitation avec la-
quelle je vous écris je n'oublierai pas
que je dois particulièrement mes foins à
Les ouvriers qui y font entré 'ce
matin en fortiront à midi pour aller din?r à
l'ordinaire, Ce font les gens fages qui y
font '& en les y .retenant, comme on me
le confeilloit je craindrois de rêve lier
î'effervefcence celle des femmes fur-tout
la plus difficile à éteindre. Je n'ai pas le
temps de garder une copie de ma lettre.
Aurez-vous la bonté de m'en faire un^ &
( î i )
ce me l'envoyer ? Je ne dois pas finir ans
vous dire que j'ai été très-content d Offi-
ciers à mes ordres. Je fuis &c. &c. >.
Signé d'Albert DE Rions,
Au même du 3 Mars ij8<),
« J'apprends dans le moment qu'on fait
partir un Courier pour Aix, & j'en profite
pour vous rendre compte que tout e.lt tran-
près-midi la bourgeoise ? dont pkifieurs
membres ont peut-être à fe re rocher
d'avoir fomenté, ou plus encore Ravoir
fufeilé le trouble, voyant plufieurs rnaifons
faccagées & une troupe de miférables rata*
tonnant les gens aifés fous le prétexte le
plus léger, & avec une audace q ne fe
conçoit pas craignirent fans doute d'être
à leur tour victimes du défordre 5 & vinrent
offrir au Commandant leur fecours pour le
faire ceffer des patrouilles fe formèrent!
fur les 4 à 5 heures & dès-lors il ne fe
commit plus d'excès. Je defire que tout
foit fini là j mais les effets de l'impunité me
paroiffént bien à craindre j que ,i>e peut
ofer la- populace des vilbs qui n'on1t point
(
de garnifon lorfqu'clle faura ce qui s\ ft
paffé à Toulon aux yeux de 4000 hommes
fous les armes?
M. Poffel a trouvé à emprunter de quoi
donner un mois de paye aux ouvriers c
l'Arfenal ? & la difiribution s'en cil fajte
ce matin j'ai jugé comme lui que c^é-
toit le cas de faire Timpo/îibîe pour n'avoir
pas tort avec eux, étant bien décidé à
punir avec (evérité ceux qui parmi eux le
rendront coupables. C'ed; d'après ce prin-
cipe que j'ai chaffé de l'Arfenal les deux
ouvriers qui me mirent dans là cas avants
hier au foir de les faire emprifonner. Je
fuis ckc.
P. S. J'apprends que le château de S 1-
M. de Forbin a été pillé hier.
11 y a eu une émeute à la Seine qui a eu
des fuites. M. de Coincy y envoyé des
troupes mais fi l'on y fait comme ici
qu'elles ont des ordres très-précis de ne
point agir, je ne vois dans cet envoi qn'nno
nouvelle humiliation car, à coup fur, les
mutins ne manqueront pas de s'en mocquer.
( 14.)
Au même, 26 Mars iy8<)*
MCR.
« Hier, au départ du Courier dépêcié à
Aix tout étoit à peu-près tranquille oti Tel
été le rejte du jour & pendant la Les
patrouilles de la Bourgeoise, jointes aux
Soldats, ainfi que celles que j'ai fourni en
ouvriers deTArfenal, fur la demande des
Confuls, n'ont eu qu'à fe promener dans
les rues & à y ramage quantité d'effets
volés, dont la crainte des recherches, à
engagé les Voleurs à tè débarraffer à' la
faveur de la nuit. Dans ce moment-ci
(neuf heures du matin) on fait p blier la/
pain, qui le jour de l'émeute a/0^ été
réduit à 2 fols la livre, à x fols & demi,
On peut efpérer que cette proclamation ne
produira pas fur le champ un nouveau
foulevemcnt, attendu que ce prix eit encore
fort au defious de la proportion qu'il doit
y avoir entre celui du pain & ejelui du
froment ;mais il y a à craindre,
prix du pain, un double inconvénient
celui de rendre les approvifionnemen| en
bled difficiles, &: celui d'attirer des Cam-
pagnes & des villages voifins'des Confcçraf
C 15 )
malteurs. De plus, la fermentation géné-
raie du Peuple fe rrianifefle de toutes parts.
Les Municipalités de cinq oufixCommurym-
tés font venues demander du fecours à M.
de Coincy par-tout on fe révolte cortre
l'adminiftration arbitraire, & peut-être ou-
pable de ces Municipalités. M. de Coincy!
cil malade il a quatre-vingts ans il a des!
infrruclions timides & que peut-être il
fuit encore avec trop de réferve. Je lui ai!
ofler: &' donné tous les fecours qui peu.
vent fe donner fans intéreflfer la fureté de
l'Arfenal. Il eft réellemenz à plaindre de fe
trouver chargé d'une befogne au-deftus des
forces d'un homme vieux & malade.
Quant au département de la' Mari le,
M. Pofîel doit vous, rendre compte & du
mois qu'il a paye aux Ouvriers, & des efforts
qu'il va faire pour ramafler de quoi donner
des a-comptes fur les défarmemcns de
l'année dernière. La mifere eu extrême
le pain, à fols & demi la livre du pays,
revient à 3 fols la livre, poids de marc. Nous
allons être forcés, par les arrangemens éco-
nomiques qu'il nous faut prendre, en confé-
quence de vos ordres, fur la quotité des
lépenfes pour l'année courante, à n'ou rir
l'Arfenal que quatre jours par
(entez) Monfeigneur j, çpmbien cette me-
( ?O"
\'ou.
fure doit me coûter dans la conjoncture
préfente j mais elle eiY abfolumen nikef-*
{aire pour répondre en partie à vos vues car
je dois vous prévenir que jç ne voiSjpas qu'il
y ait de pofïïbilité à les remplir entièrement,
mais je ne puis aujourd'hui entrer dans le
détail des obftacles qui s'y oppofent, ayant
à peine le temps d'écrire en courant. M. de
Coincy, alarmé fur leprojetqu'on lui a dit
que des payfans à voient formé, de couper
les eaux de la Ville & des .moult qui en
dépendent me demande cinquan e nom-
mes pour s'y opposer. Je viens cl'en donner
l'ordre, & je unis pour en preïîer l'exé-
cution. Je luis &c. »>.
Au même, ce 2¡Mars.
« Il ne s'efi rien paffé de nouveau depuis
hier relativement à l'intérieur de lr Ville;.
mais rien n'eft plus alarmant que reffervef-
cence qui gagne dans le refte de la Pro-
vince. Une lettre d'Aix nous apprend que
tout y eft en combuilion: je n'entrtprends
pas de vous en donner des détails qui, je
l'efpere font exagérés &̃ que votjis aurez
fans doute reçu dire&ementt' Je cr<>is pou-
r>7>
J8
Voir vous promettre que nos efforts ce nds
foins faurpnt maintenir la tranquillité <&
dans la Ville &: dans l'Arfenah.
Je fuis, oit;
Rien de nouveau, ii Toulon, & rien qui
pour le moment, puifle y faire craindre
de nouveaux troubles mais ils deviennent
toujours plus ferieux dans les environ
Mi de Caraman demande à M. de Coincv
Une partie de fa garnîfon j dont je crois
qu'en effet nous pouvons très bien n|us'
paner. Il me ferhble qu'il eft plus que teins
d'agir. L'inaclion des troupes ̃> jusqu'ici,
a eu ic plus mauvais efTet elles en font
véritablement humiliées &: avilies & la
populace ne devient tous les jours que plus
info lente je dis la populace car la ia ne
pairie du peuple voit le danger de l'anarl-
chic, ex en cil jugement efrrayée. Je ne
doute pas ïi le Gouvernement tarde à a air
rigoureufernent que la révolre contre |les
Nobles devenue générale ne foit portée
aux dernières extrémités, ce ne fera bas
feulement les Nobles qui' en
( 18 )
tous les gens riches peuvent
être traités en ennemis par une multitude
effrénée ivre de l'impunité dont elle j'ouit.
Je vous dis Monfeigneur les choses
comme je les vois la douceur devient
foiblelîe j & tout eft perdu <î on i'objftine
ne pas févir & qu'on y prenne garde
cè qui eût été très-aifé dans le comrhçn-
cement ;,va devenir de jour en j jcnirplus
diflicile par le nombre des coupables qui
augmentent. continuellement. Les Tribu-
naux font fans force & fans courage il
s'agit de leur redonner l'un & l'autre. Des
troupes bien commandées pourront feules
en venir à bout. Je fuis, &c.
Autre. au du lflurs
M. le Comte
fommes pour vous rendre compte > à tête
îepofée tk plus en détail'que je ne l'ai fait
jufqu'ici des causes duj défordre & des
.effets qu'on peut encore en craindre»
Les liens de la fubordiriation d.ïns tous
les Etats, tendent de plus en plus a fe relâ-
cher la foibleffe d'un côté le coriimuni-
que de procte en proche tandis 'que
( t9)
hi
de l'autre l'au'dace augmente & reikl
capable de' tout ofer. L'opiniâtreté c es
Seigneurs de fief à Contenir la conftitutnn
provençale j & leur refus d'acquieecer aux
lettres de convocation pour les Etats gène-
faux, en révoltant toute la province, l'cmt
mife dans un état de fermentation dont on
auroit dû prévoir. les effets. Ccfl dins
cette difpofuion du Peuple que les Aflerfi-
blées préparatoires à l'élettion des Députés
aux Etats Généraux fe font formées, & cm
alor$ que les Brouillons ont eu beau jc à
animer les payons, en leur présentant leurs
Seigneurs comme des gens durs, qui, par
toutes fortes de moyens, s'opposer
au bien que le Roi veut leur faire, des cir-
conftances malheureufes, telles qu'un hier
rigoureux & long, la cherté de toute efpiîce
de confommation 6c la diminution du tra-
vail qui en eft la fuite, ont concourt à
rendre le Peuple plus fufceptible de s'sn-
inftant le feu a été mis aux quatre coins de
la Province. Les payfans une fois foule és,
ceux même qui les ont lancés ne peuvent
plus être les maîtres de les arrêter. Je n'ai
jamais douté qu'ils ne fc furtent conteiités
dans les commencemens de la renonciation
des ordres privilégiées aux exemptions 'èé-
ennhires. Aujourd'hui c'eil la
totale des droits Seigneuriaux qu'ils ieman-
dehtj & cette idée' s'cft-fi bien mi Ce clans
l'en ôter. Ce, n'e.ft pas -tout} non on ent
de former de pareilles prétention: & de
§'y conformer d'avance en ceftantl de
payer, ils ont en plufiçurs endroit! voulu
punir leurs, &,à cet effet, ils
ont pillé & déti-iJt leurs châteaux. Oetce
opération s'eft faite à Solliez &
avec Un fang froid qui mérite d'être cité,
On y a force les Confuls à fc revêtir de
de marteau pour brider les armoiries du
député les leurs à la. Communauté ce
Toulon, pour leur qu'ils détrui-
des eaux qui prennent leur fource cI. Ils leur
territoire fi l'on ne leur accordoi pas la
fiahchife de la .mouture ce qu'on n'a eu
garde de refufcr.
Tout cela M. le Comte s'eft fait fans
que perfonne fût à même de l'empêcher
vous tentez que le cas bien
différent. Je ne répéterai point ici jçe que
j'ai eu l'honneur -de. vous dire dansée pre-
tïjier compte que je vous ai jç
'( il )
B j
dois tacher de vous développer Il véritable
& première caufe de l'émeute am1t que les
cïfconftaiices qui en augmentent le danger.
L'Àdminiftration de l'Hôtel de Ville,
très-vicieufe en elle- môme etoit depuis
long -temps odieufe -aux hahitans. C'étoitj
deux ounrois particuliers fomenus, aflu-j
t'e-t-on, par les Bureaux de l'Intendance
Conduis, pris annuellement dans un ce cle
étroiP de gens médiocres, lairtoient aux
premiers toute l'autorité. La Bourgeoise a
voulu profiter des ch'conftances pour fc-
coder le joug elle apreferit les incliv dus
'dont elle croyait: avoir à Ce plaindre 6k
vengeance à une po"
& l'impunité," ont enfuite enhardie à tout
ofer cite -le- icroit portée aux plus grands
excès, fi les Bourgeois alarmes n'avoient
eux-mêmes réclamé le fecours des troupes
auxquelles ils fe font inclcs Si joints pour
La populace Toulon eft en grande
partie compofée de rmarins & d'ouvriers
jouant un grand rôle. Vous imaginerez-
fans peine M. le Comte que dasi£ un
( II)
travail pour vivre qui louèrent également
& de la ligueur de la faifon & deli cretté
des denrées, qui ne font pas payés de leur
travail à terre & à qui enfin on r'a paye
qu'un mois de folde aux défarmenenjs de
Tannée dernière, ne fe font pas faiis, faute
de Ce plaindre & de crier. J'ai. craint jpkis
d'une fois j'ofe vous l'avouer de ne pas
en être le maître. La fermeté dont je devois
l'exemple leur .en a impof£ & j'ai le droit
de vous affiner que l'autorité n'a point été
avilie dans mes mains; mais nous voyons
par-tout autour de nous les troupes qui ne
paroiiïent prendre les armes que pour être
infultées, N'tft-il pas à craindre quj'elles ne
fe lafl'ent d'un rôle auffi humiliant.: ne fe
îaifferont-elles pas gagner à cet efprit qui
fçtnble vouloir ramener les homrne^ à l'éga-
lité ? La§ enfin je le répète d'obéir peur
fie gagner que des injures des .coups
loldat ne prendra»t-il pas le patfi de fe
joindre aux mutins qu'on ne veut as qu'il
réprime ? Ce font là des événernens au'il
doit être permis de prévoir. La gatde d'un
Arfenal de marine cft d'une bien grande
importance; celle dont je me trouva chargé
îiç rne donneroit aucune inquiétude dans
des temps ordinaires i mais fi à h doucçur
( *3<)
B4,
qu'onprend pour foiblefle le Gouverne-'
ment ne fait inceiïajmment Succéder une
jufte févérité, je ne connais rien dont on
puiiTe répondre avec quelque certitude»
Hier les cahiers du Tiers-Etat furent
drefîes. On m'a rendu compte qu'il y ef:
porte que vous ferez prié, de remettre tou$
les travaux de TArfcnal à la journée dû
Roi, prière dont je ne ferai jamais de
moitié,.
Celle que je crois (devoir vous faite &
que je vous fais bien inflamment c de
faire efforce que les Ouvriers de i'jArienai
exactement payés
de leur travail, ainfi que les Marin; de
leurs défarmemensj j'y joins ceUe de nous
fournir les moyens de donner du travail
'aux Ouvriers domiciliés à ceux fur-tout
qui ont femmes & eufaus j les mettre hors
de TArfenal dans ce moment*ci ce f roit
les condamner à mourir de faim, & vous
au défeipoir.
Le Confeiî de Marine à la fuite de fa
Séance de la fin du mois, mettra en détail
fous vos yeux ce que nous croyons que
les ckconftances peuvent exiger daignez
croire que nous ne perdrons _pas de yue
.( H )
C^ns r.Q5 .demandes, l'embarras
portion relativement aux fonds.
.Je fois, &c. ̃
z^«
MÇR>
J'ai l*hojmeilr de vous. adrefFer uns tettre
çue :je reçus hier d.e MM. les Maire
Lieutenant de Roi de la Vine 1;
concernant la înife des travaux de l'Arfcnal
à l'entrepfife dont ils demandent la fiip-
preffion j'y joins copie de la répoife. que
j'ai cru de voie faire» On cioit déjà venu
de leur part, me prier de vous présenter
Jeur pétition fous une autre forme. Je leur
hs dire verbalement que le Confeil de
Marine devant s'affembler au premier
jour 1e les en ferois avertir, & que leur
vœu pôurroit y être porté, pour dê-là
vous être tranfmis. Si, en outre de leur
lettre ils. s'aclrefTent efîecliyenient au
Conseil & que le ("onfeil juge propos
de délibérer fur l'objet d.e leur d mande
Je fuis &c.̃
̃P., S, Le Peuple
( i5 )
quille 'f mais tout annonce en lui des diff io-»
îfs premiers momens de fon effroi eut la
maladrefle de mettre le prix des denrées h
un taux fort avu deflbus de leur valeur
réelle leur embarras et.1 grand aujourd'hui, j
qu'il s'agiroit de remettre tout à, un prix j
convenable; le Peuple fait trop qu'on ne;
lui a rien accordé que par crainte,;
« L'ordre paraît rétabli dans toute Il
v Province. M. le Comte de Cararm n
» en fanant part- à M. de Coincy de ce
• » qui s'etoii fait à Aix pour la réunion des
trois Ordres, lui ordonna d'en faire autant
» à Toulon. Cet ordre reçu le deux
.midi. Il confifloit à faire chanter un Te
» Déumt & à faire une proceffion dans
? la Ville fous une Bannière faite à cet
qui, d'un côté porioit l'éculîbn
royal & de. l'autre une croffe une
>» cnée.& une bêche. On crut ici devoir
joindre une ancre à ces trois embjêmes.
-w Tout fc paiîa le mieux. -du monde. Les
la joie paroiffoit encore & universelle»
» Tiers-Etat le même foir j hier au in; tin
».• je reçus celle du Clergé & de la No-
blcffe, que je leur ai rendue akd qu'au
croire par la manière dont ces devoirs
); ,réciproques ont été rendus & reçus.
que dans rien de ce qui s'eft paffé dans
s> jourd'hui on n'a pas été mécontent de
moi. L'infulte faite à M. l'Evêque nous
» impofoit l'obligation de lui rendre plus
•»;awe nous n'aimons peut- être "lit c ckins
s> d'autres circôpilances. J'ai. donc cherché
à majiifefter de la manière la pus mar"
*». quee combien les excès auxquels on
i> s'étoit livré envers lui nous étoient
»,'On dit que M. le Comte de Caramaii
r» envoie des troupes dans les cai ipagnes
pour arrêter les plus coupa bles. 'ai bien
►» peur» M*r iquon ne fafle.pas, à cet
« égard, tout ce qu'il: .conyientproit de
faire qu'on y prenne garde, on a fu
» perfuadet au peuple que le G^uverr.e-
»̃ nëment approuvait en fecretcejqui s'eft
sr pafl'é, ne.ferok que .de
Il me parok bien important de le dé-£
» tromper, & qu'une ju lie févérité prenne
enfin la place de cette douceur -troni*
cure qui finit presque toujours par pro*
duire les plus grands défordres.
» le fuis &c.
L'effervêfcence des efprits, après ÎYP j
•pece de fête dont il a été. rendu compte
dans cette dernière Lettre, ne fe manifefta
plus d'une manière inquiétante que vers
le d'Avril. La Lettre fuivahte explique
comment & à quelle occafion.
Lettre à M. le Comte de la. Lu^emi
du ib Avril,
M. l e Comte,
Hier je fini{fois la Lettre particulifere
» que j'eus l'honneur de vous écrire, dans
» laquelle, je vous difois que- tout épil
tranquille, lorique M. de Coincy m'en..
» voya demander par un Offiçier Majof
mon agrément pour mettre au dépôt de
» cent hommes armés fur la Patache cofps-
n de-garde de la Marine attenant un qu'ai f
» je courus chez lui _§£.̃ fy appris qu^ le
n Consul de la Seyne ayant entrepris d'y
1» rétablir le droit cîe piquet fans avoir
"ià )
fcuTattention. d'en prévenir un Capitaine
f« de Dauphiné qui y en: depuis 1 émeute
«tics Marias s'étoient attroupée qu'ils
sffTailïi le détachement;
wroais que bientôt difïipés, on en a>oit
quatorze qui venoient d'être tra-
dahs les prions que la vue de ces
Kpriibnniers avôit excite .beaucoup de
dans la Ville, qu'on
de forcer |le$ pri-
•»> fons, ( elles font au milieu de la Ville )
» & de délivrer tous ceux qui peuvent. y
^v^tre détenus. Mon* premier mot a A4. de
M la greffe tour. On venoit de lui donner
f> le même confeil, mais on vo.uloit attendre
la nuit pour cette tranflatipn. J'opinai au
en plein jour, & avec le plus
çjuc' -iVaùroit la hardleffe de
de Coincy ̃ fé..lendit fans
',}) peine mon opinion, jef lui" offris mes
& il fût tout de fuite -convenu
«j'u'îl 'feroit traduire ïes prifonniers fur
pour- y -être embarqué? fur les
V'bâtimens que j'allois faire préparer, &
̃^ conduits par eux à la grolle to(ir? fous
» une efcorte 'convenable nous étions
» encore à nous concerter lorfque M»
» TEvêquç vint nous/aire part d'une Lettre
anonyme qu'il venoit de recevoir.. 1 (1'
̃'» lui marquoit que le Peuple, outré de
ce qu'au mépris de l'alliance fi ïécenHJ
H ment jurée entre les trois Ordres, oaj
cherchpit à arrêter des prétendus coupa-»
» Mes-, étoit prêt de Ce porter aux extré-
>» mités du'il de voit s'attendre il tout, fi,
•► fans perdre de rems', il n'obtenpit pas la-
liberté des prifonniers; 'qu'il fe prelTiU
» d'avertir. M.. de Coincy, & ne fit fajte
» de lui dire que, s'il' avoit l'imptudence
• » de faire battre la générale, il n'éclwp-
peroit pas'un Soldat, & que quant à noi
» ma tête répondrôit de tout, &c, tte
̃» iniblencefiLcncoremieuxrenriraM.de
>• Coincy la nécefllté de montrer qu'il
» n'avoit qu'à vouloir pour être le makre*
» Je me rendis à l'arlenal avec M. de C'af-
» teliet & tous les Officiers du Corps; les
» Canonniers Matelots conflgnés dans
M leurs quartiers, eurent ordre de fe tenir
prêts à prendre les armes. Je difp(j>fai
» ur.e chaloupe fans rames ni gouvernait
» pour recevoir les prifonniers deux au-
• » très chaloupes furent armées de Mate ors
» pourla remorquer, &j'embuquai vingt.
» autres bâtimens pour fervir d'efcorte.
•»' Ces cinq bâtimens ainf difpofés e trou-
s» verent à une heure & demie fur |e cjuai
>» de la Patache prêts à recevoir les pri-
y fonniers. Je fus moi-même les y
tandis que M. le Marquis de Collet
>s veilloit à ce que rien ne put troubler
l'ordre dans l'arfenal.
M. de Coincy de fon côté avoit fait
prendre les armes à la garnifon. Il vir.t
w s'établir à pour être plus
>ï à portée dé donner fes ordres. Il -fit pu-
n bliet des bans militaires les Troupes
̃» chargèrent leurs armes à la vue d Peu-
pie elles bordèrent les avenues de la
prison au quai où les prifonniers étoient
» attendus. Ceux-ci, au nombre de trente-
huit & attachés deux à deux, yj furent
h conduits par les Grenadfers & s'y em-
» barquerent fans que perfonne, ai fi que
» je l'-avois prédit, ofât remuer. La foule
» du Peuple étoit très- confidérabîe mais
» on leur ,parla du ton qui convient aux
» dû toujours prendre avec eux.
Le Peuple avoit befoin Monfeijyfieur,
du fpe&acle imposant dont on l'a frappé.
» Il n'a pu voir, dans tout cet appareil
(r< )
j» que les précautions de la prudence (M
» prévient le besoin de punir,
» pût cara&érifer l'inquiétude & la craini.e.
» Je ne doute point qu'il ne foit aujovir-
» d'hui fuffîfamment détrompé de l'erreur
» dont on l'avoit Imbu, en lui infmu; rit
que le Gouvernement vouloit fe fervir
» de lui. Je- fuis également persuade que
» le retour de l'autorité militaire à cs
vrais principes va en impofer aux "nabi-
tans des Villages & détruire les mau-
» vais effets qu'y a ci-devant produit la
̃»̃ manière foible Cv timide dont nous nous
» étions conduits jusqu'ici. Les Tribunaux
& la Municipalité vont reprendre un
♦> peu de courage ils étoient devenus n ls.
Je crus hier devoir, publiquement f ire
des reproches au Procureur du Roi de
ce qu'au lieu de faire arrêter un Clef
i» d'émeute qu'on lui avoit dénoncé il
•» s'étoit contenté de lui faire dire par (a
99 femme de venir lui parler; fur quoi le
» coupable s'étoit enfui. Quant a la Muni-
» cipalité je defire que de l'excès de timi-
» dite, elle ne paiTe pas à l'excès contraire;
H elle me f dire hier qu'elle alloit profjuer
du moment pour rétablir le piquet Ij'ai
répondu qu'il étoit jufte & expédient
n qu'on mît le pain à un prix proportionnel
( I* )
autant
̃>> à celui du bled, mais que je
»̃ qu'elle. feroit-mal de rétablir, dans un
» moment de difette, un impôt d'autant
«plus odieux, qu'il eH véritablement ni.
n que en lui-même. J'ignore encore le parti
» qu'eue prendra $ ma Lettre écrite "av jour--
ahui 1 ne fera fermée que demain,! jour
du départ du courier. J'y y jo/iterài un
» lupr)lément s'il y a lieu »t
Je iuis &ct
Le 14, veille de la Lettre précédente ?
j'en reçus une des Maire & Confu s que je
joins ici. Ils m'adreiToient .la copie du
procès verbal qu'ils avoient' dreiïé de
i émeute du 23 Mars & de Tes fuites. Ce
procès-verbal trop "volumineux pou* être
ici produit/ était plein d'inexacte des dont
plûfieurs étoient faites pour me bleiTer je
crus devoir m'en plaindre à ces Meilleurs.
On trouvera, après leur Lettre d'envoi,
celle que je leur écrivis à ce leurs
/répoiîfes & ma replicue.
Lettre des Maire AviiU
."M. ̃̃-̃
« La Municipalité de cette Ville fenfibie,
( 33 V
i) autant qu'elle le doit, à la condefcen-
» dance que vous avez eue pour les de
» mandes qu'elle vous a faites avec (accès,
dans les diconftances fâcheuffes où elle
» s'eft trouvée vous prie d'agréer fc s
jufles remerciemens les Administrateurs s
aftuels s'èmprefieront de transmettre à j
leurs fuccefîeurs tout ce que vous avez
» fait pour contribuer a rétablir le Il
» ordre, nous dénierions avoir des occc-
» fions de vous en témoigner notre reçoit-
» noiiïancej permettez-nous, Monfieur,
de vous ,adrefïer un; copie du verbal
que ces mêmes circonflances nous ont
mis dans le cas de drefler ».
Nous fomm'es avec refpecl,
Vos très-humbles & très-
obéiflans Serviteurs ,les
Maire & Confuls de
Toulon Lieutenans de
Roi.
Signés Eynaud Maire,
(34 )
aux Maire & Conflits, du 16 Avril.
.MM.
« Je ne peux ni ne dois vous cacher
̃» l'étonnement que m'a caufé la levure du
m procès-verbal dont vous avez bien vpulu
v me donner une copie fur la demande que
w j'ai eu l'honneur de vous faire e viens
feulement dè le lire. Je conçois .très-
bien que pendant l'émeute & même
i> durant les deux ou trois jours ui l'ont
i> fuivie, étroitement renfermés dan Texer-
» cice de vos fonctions qu'il ne vcùs étoit
permis de remplir qu'en partie vous
» ayez écé mal informés de ce qui f pafîbit
loin de vaus mais comment fe peut-il
que le 6 Avril, c'eft à dire quatorze
»» jours après la na'iffance des troubles Se
lorfque le calme étoit entièrement réta-
ti-bli, le rédacteur de votre procès -verbal
n fe foit permis d'y faire entrer un grand
j> nombre de faits haftrdcs & dépourvus
J, de toute vérité ? Il a Oins doute, éré
t> trompé, & ensuite il vous a trompé
j> lui-même je ne relèverai d'inexa^titndcs
t> que celles qui peuvent m'jntérc(|ef » re-
y venez de grâce à de ineilleures| mfor-
C
v finirez par vous aiTurer,
1 Qu^T n'eft point, vrai que le Mers
l'Arsenal s'étant attrou-
cloche les appella en vain au
travail 5 qu'ils refuferènt d'entrer & ire--
» nacerent de fe porter aux plus grands
excès s'ils n'étaient point payés. Les cris
de quelques mauvais lu jets & les cli~
» meurs des femmes ont pu effrayer l'Ai--
» niiniitration de la Ville qui feule avoit
» droit dé les réprinier mais ces cns &
» ces clameurs de quelques individus ne
font pas le crime des Ouvriers de l'Ar-
» fenai.' •
» Qu'il n'e il point vrai que je ibis
» accouru pour conjurer l'orage ik que
mon a utorité ait été méconnue.
» Qu'il n'et$ point vrai que M. Mil-
lard fc foit porte au lieu où les it é-
» contens s'étoient attroupés & qu'il ait
offert une fomme confidérable peur
» payer Iqs gens de l'Arrcnal.
»' Qu'il n'eit conféqiiemment point
vrai que j'aie accepté cette fornine
& que cè foit de ce moment que es
» munns ont cène d'être dangereux.
» Qu'enfin,. il n'eit point vrai quo-ie.
19, il ait été publié) dans l'Arfenal, une
déclaration liguée' de vous, à l'effet
/( j* J
̃» d'y diffîper la fermentation qui ;'y éroit
» élevée, pourtant promené qu'il e feïok
» rien changé aux prix actuels de s corn-
» Tous ces faits faux en eux-mêmes
» ou dans leurs
» l(,s ,me font injurieux &' j'ai le droit
de vous en demander, comme je vous
» le demande, un défaveu précis & forlmel.
t> Je n'ai d'autorité légale que dans l'Ar-
n fenal perfonne ne peut dire, avec
ga vérité qu elle y ait été avilie. e cru,
le 23, jour de l'émeute, que loin de m'en
» tenir à veiller fur le dépôt qui m'étoit
confié je devais à votre confcrvatiou
tous les fecours qui pouvoient dépendre
)) de moi je fus moi-même où l'on me
dit qu'était le foyer de la révolte je
m me portai, fuivi de quelques Cfficiers,
v» fur la place de l'ÏIôtel-de-Vilk où je
» vis bientôt que ma préfenice éioit.p'us
;1 qu'inutile par la nature des ordre
qu'on y avoit donnés. Je rentiai donc
dans l'Arfenal où M. le Marquis de
l'heure du fouper (ur venant, ils dcv.n-
rent impatients, j'en fs «prêter deux qui
le lendeman furent clMfés de fAiîtnal
pour n'y plus rentrer j enfin les ouvriers
(37 )
Cy.
malgré leur impatience & les clame jrs
H des femmes qui* s'étoient attroupées à
» la porte, ne for tire ut qu'à huit heur s,
lorlque M. de Coincy m'eut fait c^ire
• » par un Officier, qu'il ne voyoit point
»• d'mconvénicns à ce que je les
Sortir j'accourus fi peu le 25 pour ccm-
juter le prétendu orage, énoncé dans
votre procès-verbal que je répondis:
M. tout/fimp-Ieincnt, !or!qu'on vint en etel
me- dire qvç les Ouvriers ri'entroient
pas dans l'Ârfcnal, que i'ufage n'avoit
» jamais été de forcer les Ouvriers d'en-"
» trer, & qu'ils en feroient quittes pour
perdre !eur joui née. Inftruit enluite
» qu'un Particulier avoit pris fur lui
» dire à b porte que j'avois promis
n'en auroicu pas moins leur jourme
a je le -mandai de venir, & j'aurois e-
mandé fà puniti'oiv s'il- ne m'avoit pas
» convaincu que -ce n'étoit qu'une mé-
wprife de fa part (1). Quant à la fer-
(t) Ce particulier efl M. Carthélomi Procuraîr,!
aujourd'hui Membre du ConVcil p^ftnirént je le taiî-
çai un peu févérement un lo.i imprucience j'ai lie d
croire par {vn ecrpreiTctnait il ioifir le) occafions qui
fe (ont prétendes à me nuire, qu'il en a confervé î©
plus
( 33:).
» mentation du
donnée par la .menace du r^tabliÊe-
n ment du piquet ni appâte par la
>s publication de votre déclaration fa vé-
» ritable caufe fut l'importance q.ue vous
aviez cru devoir donner aux Ouvriers
-w dans vos délibérations &̃ -Je droit
qu'ils crurent avoirde révoquer le Député
?» qu'ils avoient choifi. Elle fut diftlpée
» parce que du moment que j'en fus inf-
truit je me portai dans l'Arfenalj. dé-
terminé à donner une
p rite. Tous les murmures ceflerent k
» ̃̃l'inftant oil je parus; aucun d'eux n'cfa
dire un mot, & je ne trouvai perfon.ïe
à Punir, parce que personne ne put me
déifigner un coupable. Voilà,
«comme votre auroit drl parler
t> de cette fermentation. Le défordrefean-
•» daleux, qui à fi long-rtemps régné dans
» la Ville avec impunité, n'a ppint in-
flué fur le fervice de TArfenal, qui s'y
eft fait avec la même régularité que
dans les temps les plus pai.iibles j je
croyois; Meilleurs que vous
» & fi quelqu'un l'a voit révoqué en doute,
quelqu'un avoit voulu inculper ma
conduite c'dl votre témoignage au-
quel j'aurois eu recours avec confiance;
vous, ave* été trompé fur les faits il
cV
» vous fera aifé de vous en convaincre.
» Je ne crains point que cette conviai J1
» acquife, vous puisez me refuser le té»
faveu que je* vous demande en même
teins que copie de ma, lettre Yoit jointe à
» votre procès-verbal, ainfi que le droit
». que vous y aurez fait.
a Je' fuis, &c.
Réponfa particulière du Maire du miïne
jour Avril,
» Je fuis plus que fâché que le réd^c*
y- teur de notre verbal, nlal informé des
» faits les ait dénaturés au point de les
»rendre tout autrement qu'ils fe font
M paffés -mon regret augmente d\\ a
comme effectivement elle en: faite po.ir
vous Méfier. Pas mieux informés nous-
» mêmes que ce rédaélcur & dans Pak>
ce qui le paflbit dans li Ville & à notre
» Hôrel- de -Ville, nous avons--fignc.ee
verbal@, 'ne le Soupçonnant pas d'infi-
>> déliré & nous -l'avons envoyé de même
» à plufieurs- performes de la Cour & dé
la Province; mais comme nous le dj^
̃»• dirons rien tant que de rendre Ijûftice
la vérité, fur-tout eti ce qu vous
regarde Mr. la Ville a reconnu avec
» la plus grande Satisfaction combien
̃»> vous avez travaillé à procurer le
» nous travaillerons avec mon collègue
vous donner dans une lettre' que nous
aurons l'honneur de vous écrire 1 toute
la fatisfac~Hon que nous vous devons
» & nous enverrons une copie de^Jn
» même lettre, par nous (ignée à toutes
̃» les. perfomies de la Cour & de la Pro--
vince, à qui nQus avons déjà adrefïé
» ce verbal.
» Je fuis, &o. Signé, Eynaud, Maire.
Rêponfe officielle des Maire & Ccnfuls
du 1] Âvrih
» Ayant fait remettre fous nos yeux le
n verbal que nous eûmes l'hormeur e vous
adreiîer avant-hier, des troubles furvenus
» dans notre Communauté dehuis l'émeute
» du z3 Mais dernier, nous y avons vu
n avec bien du chagrin que notre ejmprel'V
n fement à vous en communiquer le ¡détail,'
joint à l'énorme embarras- des affaires
» qui nous accabloient, nous avoit jm-
pêches de vérifier plufieurs faits dont
nous n'avions pu être les témoins J Se
» été mal induits, tels particulièrement;
st que ceux qui vous concernent tk qui
de la manière dont ils font expofés dans
» ce verbal, pourraient faire pcntèr -]uë
M vous n'avez du qu'à des iecours
» ̃ étrangers la tranquillité ik le bon ordre
» que vous avez maintenu dans l'Ai ferai j
vérité' que les fentiraens de reconnoif-
» ftnee que nous devons à un Chef, t'ont
» nous ne faurions afl'ez louer Je ici &
» la fermeté .nous avoit d'abord déjter-
» minés, M. à faire rédiger un nouveau
» ce qui vous concerne, tout le refte ne
» porteroit que fur des chofes -minimes
»̃ comme omiïlions de noms ou mépiifcs
de quelques dates; il nous fuffifoit de
vous prier d'accoler la lettre que nous
avons l'honneur de vous écrire àl ce
verbal -que vous avez, comme rous
» faifons à la minute que nous en con–
w Servons, afin que fi par l'un on yoit
w que l'embarras de notre fuuation rjous
(4i )
? a induits à quelques erreurs, on voye
par notre lettre que nous n'avons pas
» héilcé à les réparer dès qu'elles nous
» ont été connues
Nous femmes, &c.
Maire 5 Roubaud ConfU.
Réplique aux Maire & Confuh mêiae j'çury
Meneurs
> J'ai été doutant plus fenfiblement
M affeclè de la tournure de votre proces-
'» verbale en ce qu'il contient de relatif
n h moi, & à "mes furbordonné^ que
n je favois qu'on avoit eu l'indignité d'écrire
n à Marfeille & ailleurs que j'a vois été
« la manière la plus cruelle. Je vous
M avouerai qu'en lifant ce procès- verbal
«r 'je n'ai pu m'empêcher de craindre que
la même méchanceté qu'a pu enfanter
Cette infigne calomnie n'eût tu vous cir-
» convenir en écartant loin de vous
n la vérité des faits c'eft dans cette idée
M que j'ai dû me plaindre à vousj-même
« de Terreur où ron vous avoit j^tté, &
je vois avec une Satisfaction bien! douce
« que je ne me fuis point trompé braque
(43 )
j'ai cru que les allurances d'eflîme que
» vous me donnez aujourd'hui, -'croient le
M fruit de ma démarche il doit m'être
permis, après tout ce qui s'dt p.?.fle
̃» de dire hautement que ma conduite a
» dû vous infpirer ce fentiment pour moi.
» J'ai dit dès les premiers milans, j'ai j
̃» toujours pcnfe je le
qu'un peu de fermeté eu!: arrêté dans
leur principe les désordres du
» & plus^ceïtainément encore eût prc~
dans une Ville de guerre «que le Pcup e
peut être dangereux, il ne le devic t
» que quand on le craint & qu'on 3 la
malaclreffe de lui lailTer voir cette crainte..
» il faut qu'il fâche, qu'il le fâche bicn,
» que cette même autorité dont l'emploi
•»> le plus honorable eil fans Joute le
» le protéger au befoin, doit aufii le cou-
» tenir & le réprimer quand il oublie
fes devoirs. Punir dans le tumulte le
̃» méchant 'qui veut nuire, ou le forcené
• » qui s'égare c'eft protéger vcritable-
ment le citoyen honnête & paifible.
>>̃ Voilà les vrais principes que .tout
homme de bien doit avouer ? c'ell d'?i])t|ès
eux que je me fuis conduit, & je me pr|o-
'& mets bien de ne jamais les abandonner.
( 44 )
Quant aux Scènes défaflreufes qui Vien-
» nent de fc pallier, ces fcenes fi fcàn-
daleufes, n'humiliantes pour nets, ta-
chans de les oublier ou faifons mieux
fouvenons-nous-en mais que ce (bit.
H pour éviter de retomber dans les fautes
» que nous avons à nous reprocher ,¡que
l'iMfufnfance des moyens pris le 2 pour
calmer le Peuple, nous faflb (entir le
danger" qu'il y a à céder à fes demandes
déraifonnables fur-tout quancl on ne
fait pas lui montrer qu'on peut 1 punir
Es. qu'on 1q puniroit s'il abufo t de la.
conocfccndance qu'on a pour ki nous
avons lieu d'espérer, dans ce moment-
» ci, que le calme dont nous jouions
» fera durable les Tribunaux Ot t repris
leur autorité, ils vont aiîurer !a tram
quillité publique puiflent ils dans
s> l'exercice de leur impotant mi liftcre
» trouver bien, moins des crimes à punir
̃'•»> que d'erreurs à pardonner. Quant à moi,
je ne puis pas vous promettre de f<siro«plus
que ce que j'ai fait jusqu'ici, mais je
» vous promets de ne jamais ri<n fa:re
de moins je crois, > ainft que j'ai dcja.
» eu l'honneur de vous le dire Veibale-
ment que chargé, comme je Ile fuis>3>
• de la Garde de l'Arfenal, rierj de ce
̃'» qui peut troubler le bon ordre & îa
tranquillité dans votre Ville, ne doit
» m'être indifférent auffi me trouver .?z-
vous toujours difpofé à concourir a\ec
vous de tout mon pouvoir pour les y
maintenir} & f mon devoir nç nven
impofoit pas la loi veui!liez bien croire
que je faurois le faire par inclination &;
pour l'amour du bien. C'eft dans ces
$ fentimens que j'ai rhonneur d'être » o:c.
Signé d'Albert DE Rions.
On voit fuffîfamment, par les Lettres
écrites à l'occafion de ce procès-verb'al,
que la- Municipalité de Toulon n'avoit
point àTe plaindre, & qu'elle ne fe plù-
gnok point alors de Triage que je faiibis
de mon autorité.
La journée du 15 en avoit impofe rux
gens mal intentionnés ils avouent vu qu'on
ctoit enfin décidé à réprimer la licence par
être trop long-tems inafiifs avoient. repris
l'exercice, de leur autorité par-tout où i\$
avoient été protégés par les Troupes il
s'en était fuivi des emprifonnernens & des
condamnations. L'arrivée des coupables,
qui dévoient iubir leur fupp1icc à Toulon,
étoit annoncée; déjà ils étoient en chemin.

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