Memoire politico-critique, où l'on examine s'il est de l'intérêt de l'Eglise & de l'Etat d'établir pour les calvinistes du royaume une nouvelle forme de se marier . Et où l'on réfute l'écrit qui a pour titre : Memoire théologique & politique sur les mariages clandestins des protestans de France

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[S. l.]. 1756. Huguenots -- France -- Ouvrages avant 1800. Protestants -- Et le mariage -- 18e siècle -- Ouvrages avant 1800. [8]-228-[1] p. ; in-8.
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Publié le : jeudi 1 janvier 1756
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MEMOIRE
POLITICO CRITIQUE,
Où l'on examine s'il efl de l'intérêt de
TEglife & de l'Etat d'établir pour les
Calviniftes du Royaume une nouvel
forme de fe marier.
Et ou Tort réfute l'Écrit qui a pour titre
JMemoire Tkéologique SC Politique fur les
Mariages clandejiiiu des de
fSxpediebat quafî egrx fauciœque Reipùbiicœ quornottocùni^
que requiefcere 1 le vïîïncra curatione ipfâ rcfcinderenturà
Florus Liv. 3 chap, ij*
1756.
a- 1-i'
AVERTISSEMENT.
CE petit Ouvrage auroit pu paroi.
tre dès le mois de Février 8c
fuivre ainfi de bien près celui qu'on y
refute mais on a cru qu'il falloit don-
ner aux efprits le temps de revenir de
l'efpece d'En thou Garnie dont ils ont
été faiiîs à la première lecture du Me-
moire Théologique & Politique. Le mo-
ment de l'engouement n'eft pas l'inf-
tant propre pour faire revenir de la pré-
vention on a donc trouvé plus fage
d"attendre que les efprits fufîent raffis
ils en appercevront mieux le faux d'un
fyftême fondé fur le mensonge élevé
par l'exaeeration étavé de craintes
orne d'ef pérances chimériques.
L'Auteur pofè pour bafe de fort
fyftême, le tort immense que la revo-
cation de l'Edit de Nantes a caufé à ce
Royaume. Mais fi ce tort réduit- æ &
AV ERTISSEMENT,
ufte valeur, eft de petite
ce que deviendra ce it aura
le fort de l'édifice batteur le fable.
Parmi les perfonnes qui y ont applau-
di, il y en a en qui l'efprit de Reli-
gion eut tellement affoibli qu'elles
n'onc pas la force de réclamer pour
aucune & ceux-là pour lefquels' je
n'aurois pas pris la peine d'écrire au-
roient befoin, pour être perfuadés que
par une fuite inévitable de l'incompa-
tibilité de ces deux Religions leurs
pofleflions fuffent ravagées. D'autres à
qui l'interêc de l'Etat elt cher jugeant
de l'aven ir par le pafTé fur lequel ils
font trompés ont cru fur la foi d'un
Auteur qui n'ofe pas fe nommer
que le Royaume avoit été ruiné par
le changement de Religion & qu'il
alloit rêcre une feconde fois fi on
n'adoptoit ce c'eil pour
ceux-ci que je me fuis livré à des
calculs çnnuyeux mais néçeflairçs. Il§1
AFER T ISSEME NT.
verront avec furprife à quel point
croit grande l'erreur dans laquelle on
a vécu fur ce fait jufcju'à ce jour;
& cette connoifEwce les détachera cer-
tainement d'un fyftême mille fois plus
ruineux que tous les parris qu'on,
pourroit prendre. D'autres entin,féduits
par un fenrimenc encore plus louable
ont paru adopter cet expédient parce
qu'ils s'étoient imaginés qu'il n'y avoit
que ce moyen d'alîurer aux enfans
leur état aux meres leur honneur
aux mariages leur durée, aux fuccef*
fions leur ordre aux ramilles la con-
corde, au Royaume la tranquillité
mais fi l'humanité feule a pu les déter-
miner, un intérêt plus puilfant &
puifé dans la mêmes Source les rame-
l1era a un autre avis. On peut remé-
dier tout fans faire du mal à per-
fonne. S'il n'y avoir que la voie de la
perfécution pour y parvenir plutôt que
de lui prêter le fecours de mesconfeils
litmnsius.
& de ma plume je dirois avec un
Romain Quidquid fine fanguine
civium ulcifci nequitw Jure Ja&um fit*
Saluft. Bell. Jugurth.
ORDRE ET TITRES
DES MAT I ERES
TRAITÉES DANS CE LIVRE.
IL ny a pas plus de quatre cent mille Pro^
teflans en France,
Epoque des mariages faits au défert, \<>
Caujês des mariages faits au defèrt, 27
Nombre des mariages faits au dèfert y SC des
j'bâtards qui en J ont nés 411)
Quel fut le principal motifde la révocation
de VEdit de Nantes 4>
Quel mal a fait au Royaume la révocar
cation de l'Edit de Nantes, 61
Quel efl le dommage que la France afoufert
par la fuite des Religionnaires confide-
rés comme habi tans 61
Quel préjudice la f ortie des François a caufè
la France relativement à l'argent
exporté pi
Quel efl le tort réel que Té migration a f aie
au commerce SC aux fabriques du Royau-
me 105
Serait-il avantageux tEglife êC à l'Etat^
d'établir pourles mariages des Prote/lans
la
ORDRE DES Matières;
rfautorife pas les mariages clarté
de/lins des Protejlans r- 1,2 1
II rijy a point de bonne foi dans la conduite
des Protejlans 123
'La crainte que £ Anohyihe veut hifpirer
nuit à f on projet ) 124
'Les Protefla/ïs
ment fidèles 126
Utilité des Protejlans balancée 128
%? innocence des enfans rieftpas dans cette
occafiori un titre qu'ils puijjent
mer 13^
dans les familles K défbrdre dctas
l'Etat peu à craindre^
%es cent cinquante mille collatéraux font
un être de raifon 1 42
Moyen propofë par V Anonyme 143
:Le Règlement propofé, feroit-il avantageux
comme on le dit au bien de tEglife 1 1 44
'Le moyen propofé feroit-il avantageux cl
l'Etat? iy<£
JFrivolité des. avantages dont V Anonyme
nous flatte. 17;
2. 1 1
Fin de la Table.
A
MEMOIRE
POLITICO-CRITIQUE»
Oà ton examine s^il ejl de t intérêt de
lEgli/e Je de l'Etat d'établir pour les
Protejla/is une de Je ma™
riei\
'ART répandu dans le Mémoire
auquel je vais répondre m'auroit
découragé fi la main habile qui a
ramaffé tant de matériaux pour
établir fon fyftéme, ne m'eût laiffé la vérité
pour le détruire c'eft avec cette feule
arme que je vais l'attaquer. J'opposerai.
donc des faits à des fuppontions j des preu-
ves à des des témoignages à
des conje&ures des calculs vrais à des fup-
putations fauffes ou exagérées; & j'adopte
d'autant plus volontiers ces moyens ? qu'ils
font plus analogues au goût de ce iiécle
Réponse AU Mémoire
géomètre & plus propres conféquemment
à perfuader.
De-là on comprend aifément que mon
deffein n'eft pas d'examiner s'il feroit per-
mis ou poffible dans une Monarchie Ca-
tholique, de féparer le contrat civil, du
Sacrement de mariage. L'Eglise & l'Etat
font allez agités fans qu'on excite de
nouvelles tempêtes par la difcuffion d'une
nouvelle opinion qui inalheureufement
trouveroit plus de défenfeurs & de parti-
fans, à proportion qu'elle feroit plus con-
traire aux véritables intérêts des deux Puif-
fances 3 & à lâ paix qui naît de leur parfait
accord: je ne comprends pas même coin-
ment cet Ouvrage a ofé fe produire dans
ces momens où le calme n'eft pas encore
rendu aux efprits, à moins qu'on n'ait vou-
lu faire jouer toutes les mines ni par quelle
fatalité il a pu fe répandre fans exciter les
allarmes des fidèles Ies plaintes des Ecclé-
Üaftiques, le zéle des Magiftrats l'animad-
veriion du gouvernement l'indignation
publique. Ne fe feroit-on pas apperçu de
tout le venin qu'il contient ? Diflipons
l'illufion, s'il en eft encore temps en mon-
trant que le Mémoire Tkeologique SC
Politique renferme des principes faux &
des conféquences funeftes _> & qu'avec
Ï>OUR LES PROTESTAIS.
A ij
un langage que la Religion & le patriotif-
me feroient tentés d'avouer, l'Auteur pro-
pofe des expédions qui cauferoient la ruine
de l'un & de l'autre en changeant la
constitution de l'Etat. En un mot les reme..
des que fon cceur a trouvés & que fon efprit
enveloppe, font mille fois plus dangereux
que les maux dont il veut nous préserver.
îngratus Sylla qui patriam durioribus reme*
diis qiiâm pericula erant ,/ànavit, (1)
Plus d'une raifon politique peut faire
exagérer les maux de l'Etat l'un fe fert
de ce moyen pour hâter le remède l'autre
l pour l'écarter entièrement telle eft la con-
duite de ceux qui, par des vuës tout-fait
contraires s'élevent avec force contre
les Mariages clandeftins des Proteftans
t les PaÍteurs ne pouvant voir fans amertu-*
6 me les Eglifes abandonnées prefque en un
feul jour par des ouailles qu'un travail aiïi-
du de foixante ans avoit ramenées à la
foi ou rapprochées du bercail ont grofli
le nombre des mariages pour émouvoir
plus puiffamment la Religion du Roi, &
exciter davantage la vigilance de fes MiniÊ
tres l'Anonyme qui voudrait faire adopter
fonfyftême, exagère le défordre afin qu'il
(t) Senec. de Benef* Iiv. ctiap. 16.
RÉPONSE AU MEMOIRE
paroîite impolie d'y remédier & fait
un portrait effrayant de la licence pour
décourager ceux qui voudroient y mettre
un frein c'eic ainfi qu'en s'éloignant de
la vérité par des motifs différents on fe
rapproche de fentiment par des intérêts
oppofés. Réduirons les chofes à leur jufte
Valeur en montrant.
i°. Que les Proteftans font en moins
grand nombre qu'avant la révocation de
l'Edit de Nantes & que ce nombre eft
bien au deffous de trois millions.
2°. Nous rechercherons l'époque la
eaufe^ôde nombre desmariages clandeftins.
3°. Le motif qui détermina Louis XIV.
à révoquer l'Edit de Nantes.
4°. Nous évaluerons le mal qu'il en réful-
ta pour le Royaume.
5°. Nous examinerons fi la nouvelle
forme de mariage feroit avantageufe à
l'Eglife & à l'Etat y abftraftion faite de la
poiFibilité morale.
Enfin n'étant pas affez téméraires pour
ofer comme l'Anonyme prefcrire des Loix
aux deux Puiffances nous nous contente-
rons de leur laiffer entrevoir un expédient
conforme à la politique chrétienne & hu-
maine & nous attendrons en fdençe qu'el*
les nous le demandent.
POUR LES PrOTESTANS* f
Au,.
Il a pas plus de quatre cents mille I Vo*
tejlaiis en France.
DE tous ceux qui auront lu fans partie
lité le Mémoire que je réfute il y en a.
bien peu qui ne fe foient dit à eux-mêmes
que l'Auteur eftmal intentionné; j'ajoute-
rai qu'il eft mal inftruit, quand il bazarde
que le nombre des Proteftans de France
eft pour le moins auffi confiderable qu'il
l'étoit avant la. révocation de l'Edit de Nan-
tes à qui perfuadera-t'il que trois géné-
rations ont pu donner autant de monde
que fix j fi la [ouche qui les a produites
eft cinq fois moindre que celle dont les.
autres ont été procréées? Je m'explique.
La révolution arrivée à la Religion dans
ce Royaume commença fous Français I..
mais je ne datterai que de rentreprife man«
quée de la Renaudier temps ou il failoit
que les Huguenots fe fuffent déja étran-
gement multipliés pour mériter des chefs
tels que le Connétable de Montmorenci (1)
si) Le Connétable ne refta dans ce parti que le temps
qu'il lui fallut pour le connoître & le décelé! Le fang
des rebelles répandu fous fes ordres s & par tes mains
jamais fujet n'a ti bien réparé fi feute*
6 Réponse AU Mémoire
& les trois Coligny fes neveux & pouf
méditer l'aiTaflinat des Guifes & I'enléve-.
ment du Roi ce fut en i55o. que l'on
concerta (i) cette entreprife. Cinq cents
Gentilshommes & mille hommes de pied
furent conduits à Blois par trente Capital
nés d'élite, On voit déja d'un coup-d'oeil
le grand progrès que les nouveautés avoient
fait. Cinq cents Gentils.:hommes fuppo-
fent plus de cinq cent mille manans ou
roturiers & ce n'étoit pas-là fans doute
toute la nobleffe du parti il n'eût pas été
fage de l'expofer en un feul jour, ôc à une
feule affaire. Si quelqu'un trouvoit que je
grofîis à mon tour le nombre de ceux qui
avaient embrafié l'erreur & la révolte
qu'il fe rappelle qu'après l'exécution d'Am-
boire, & en moins de deux mois les Hu-
guenots s'emparerent de la Provence & du
Dauphiné s'étendirent dans prefque toute
la Guienne j firent des prêches à Dieppe
au Havre à Caën ôc dans une grande par-
tie de la Normandie où l'Amiral avoit
tout pouvoir.L'Edit de Romorantin, donné
à l'occafion de ces attentats fert de preu-
ve à ce que j'avance il eft daté du mois de
Mai îytfo, & la mort de la Renaudie eft
(i) A Nantes au mois de Janviera
POUR LES Protestant 7
du 16. Mars. Qu'on fe fouvienne encore
de cette audacieufe requête préfenscée au
Roi dans le même temps & par le mème
Amiral au nom des Prctefians de France,
qui demandoient des temples l'offre de
la faire fgner par cent cinquante mille
personnes prouve qu'il en comptoit plus
d'un million dans fon paxti & on fe le
perfuadera aifément fi on confidére qu'a-
lors un Gentil-homme fcavoit à peine figner
fon nom il falloit donc avoir bien des
bras à ton fervice pour trouver cent cin-
quante mille mains en état de donner une
fignature.
J'lIais laitons les conjectures & préfen-
tons des faits. Les Huguenots étoient en iî
grand nombre en 1562. première époque
des guerres civiles dent ils allumèrent le
feu } qu'Orléans & les principales villes
de beaucoup d'autres Provinces tombèrent
fous leur puifTance, (1) Bourges Poitiers 9
(2) Cahors
furent pris peu s'en fallut que Touloufe
n'eût le même fort Nifmes & Montpel-
lier l'avoicnt déjà fubi Kouen l'éprouva
(1) Cette Ville fut pdfepsrle Comte de Mongomery
le 27- Mai 1561.
(i) Le Minière Dominique Coftat venu de Montaubsn
y feilbit des prêches cette mèms amnîe- A iv
8 Réponse AU MEMOIRE
par la trahifon des Calviniftes qui étoîenf
dans la ville ils remirent le Havre aux
Anglois la fameufe bataille de Dreux fe
donna la mêmes année enfin le Roi ne
désarma fes fujets qu'en capitulant avec
eux, on publia l'Edit (i) ct'Amboife qui
fut un Traité de paix pour le moment > ôc
une fource de guerres pour l'avenir ce
qu'on y accorda aux rebelles prouve tout à
la fois qu'ils étoient en grand nombre
& qu'on les craignoit les Seigneurs Pro-
teftans eurent pour eux & pour leurs vafc
faux le libre exercice de leur religion
dans leurs maifons les Baillages & Séné-.
chauffées purent fe choifir chacun une
ville où les prêches feroient faits dans les
fauxbourgs & celles qui avoient déja ufur-
pé ce droit, le conferverent. Il y avoit
donc beaucoup de Proteftans puisqu'ils
avoient besoin de tant de prêches & il
falloit que leurs forces Ment bien confi-
dérables, pour arracher de pareilles con-
ceilicns des mains d'un Monarque Catho-
lique & irrité mais c'eft encore unecon-
jecture dont je ne veux pas me fervir il
(i) Cet Edit fut aux Hagaenors
mats I' crainte qu'on avo:t des Anghs, à qui ils vcnoient
de ven.etrre !e Hj vre rendoit cette paix néceiïiiire»
AhrsgcChronoL Tarn, i. pag. 587* Edit. in-lz,
POUR LES PROTESTANTS.
me fuffit, & perfonne je crois ne me le
conteftera qu'il y eut dès-lors un million
de Religionnaires pour démontrer que
FAuteur s'eft trompé dans fes calculs.
Depuis l'Edit d'Amboife jufqu'à la ré-
vocation de celui de Nantes il s'écoula
cent vingt-trois ans qui font l'efpace de
temps néceflaire à fix générations. Depuis
l'année 1685*. époque du changement de
religion jufqu'aujcurd'hui, il y a foixante ôc
dix années ou ce qui revient au même, un
peu plus de trois génératicns or en fuppo-
Tantôt c'eft l'opinion la plus vraie,que cha-
que génération répare feulement celle qui
l'a fait naître attendu que les deffeins du
Créateur fur la population de ce Globe fem-
blent être remplis, ce million a dû fe con-
ferver jufqu'au moment de l'abolition de
l'exercice du Calvinifme, en fe reprodul-
fant par la voie de la génération & s'ac-
croître du double par des moyens qui
étant tous dans l'humanité tirent leur force
de fa foibleffe tels font la fédu&ion de
l'exemple l'efprit de parti l'amour de
i'indépenda.nce^ le goût des nouveautés
l'interét, le mécontentement la légèreté
le libertinage & fur-tout l'attrait piaffant
d'une religion qui diminue les cbjets de
la foi y le joug de la difeipline le ne!
'îo RÉPONSE AU Mémoire
bre des Sacremens qui détruit les myf-.
teres qui abroge la Confeflîon les fefti-
vités, les cérémonies les abftinences
les jeûnes. Il faudroit ne pas connoître le
cœur de l'homme pour douter du progrès
que cette fette a dû faire en France par
ces différents motifs; & fi on veut les
fidérer féparément, on fe perfuadera fans
peine que dans l'efpace de cent vingt-trois
ans ils lui ont valu plus de que
les premiers momens de la nouveauté
& l'ambition des Coligny ne lui en ont
procurés. Nous compterons donc deux mil-
lions de Religionnaires dans le Royaume
à la révocation de l'Edit de Nantes &
c'efî l'eftimation commune de ce temps-
là.
Si je voulois pafTer à l'Anonyme qu'il eft
̃^em>forti quin%e cent mille
pag. je l'aurois bientôt confondu fur la quantité
>'• qu'il en fuppofe aujourd'hui. En effet il
n'en feroit refté que cinq cents mille dont
encore une très-grande partie fe convertit, 9
& dès-lors il ne pourroit s'en trouver tout
au plus que le même nombre ? i ) parce
qii une gèriérationp afferme autre luifuccede,
c'eil-à-dire ne :fait que la remplacer mais
bien éloigné de penfer là-deffus comme
(i) Ecclefîaftc j chap. 1. 4.
TOUR LES PROTESTAIS, t î
èet Auteur, je ne ferai jamais ufage d'au-
cun moyen que mon coeur & mon efprit ne
puiflent avouer c'eft affez qu'il ne lui foit
plus permis de me contefter deux millions
de Religionnaires exiftants en France avant
la révocation de l'Edit ce nombre con-
venu fera la bafe de ma démonftration.
Il y avoit donc deux millions de Pro-
teftans qu'il faut divifer en quatre claffes
les vieillards & les enfans combinés en
formoient deux les peres & les grands-
peres compofoient les deux autres de cette
feue faclieufè fuivant errante
felon notre Auteur il en fortit un quart
& vrai-femblablement ce fut ceux qui par
leur âge étoient plus en état de apporter
les fatigues de l'émigration ôcconféquem-
ment peu de vieillards & d'enfans il a
bien pû fe trouver des fuyardes qui,
ple du Prince Troyen ne s'occupèrent
pas atïez du fort de leurs cheres Créufis
mais on n'en vit pas beaucoup qui portaf-
fent leur pere fur les épaules & qui con-
duififîent leurs enfans par la main dans ces
occasions où & péril..
leufe, fe fauve qui peut. Il y eut un autre
quart que l.'interét la crainte ou la per-
fuafion ramenèrent réellement ou en appa-
rence j au giron de l'Eglife dans Finiknt
ï 2. RÉPONSE AU MEMOIRE
où la tolérance alloit expirer, c'eft-à-dii?e j
deux ou trois ans avant la révocation de
i'Edit; mais ce ne fut ni les vieillards qui
n'avoient rien à gagner ni à perdre, ni les
enfans qui ne fçavoient encore ni craindre
ni efperer les uns ayant vieilli avec leurs
erreurs y étoient trop attachés pour les
quitter les autres ne connciflant ni la
voix de la vérité ni celle de l'intérêt 5
ne pouvoient pas les cuivre. Il faut donc
prendre ce quart dans les deux autres clafles
& parmi ceux dont la foi chancelante ne
fçut pas tenir contre l'attrait des biens &
l'amour de la patrie & ces hommes qui
n'eurent pas la force de faire de pareils facri*
fices à leur religion, n'ont pas dû lui don-
ner dans la fuite de véritables croyans.
L'étranger eut donc pour fon partage cinq
cent mille nouveaux Ifraëlites, & la France
pour fon lct cinq cent mille infidèles, cinq
cent mille vieillards, cinq cent mille en-
fans des infidèles font fortis les meilleurs
Catholiques; les vieillards furvécurent peu
à leur malheur les enfans ne font deve-
nus propres à la propagation qu'à vingt
ans c'eft-à-dire au commencement du
fiécle; mais quels accidens n'a pas éprou-
vé cette génération orpheline, avant que
d'arriver à l'âge de virilité? Je laiflfe à notre
POUR LES PROTESTANSV ïf
Auteur le foin & le plaifir d'en retracer le
fouvenir attendriffant il cherche à toucher
les coeurs je ne veux qu'éclairer les efprits.
C'eft -auffi pour ne laiffer aucun nuage, que
j'avertis ceux qui prendront la peine de lire
ce Mémoire que lorfque j'ai divifé les
Religionnaires du fiécle paié en quatre
claffes je n'ai pas prétendu dire qu'ils
foient fortis & qu'ils fe foient convertis
dans les mêmes combinaifons que j'ai fup-
pofées j'ai voulu feulement faire enten-
dre qu'il eft forti plus de perfonnes en âge
de virilité, que de vieillards & d'enfans
& parce que dans la fociété il y a beau-
coup moins des premiers & beaucoup
plus des autres qu'il n'y a de peres & de
grands-peres j'ai avancé avec raifon que
ces deux claffes formoient enfemble un
nombre égal à celui des deux autres mais
s'il eft refté plus de vieillards & d'enfans
que de perfonnes des âges intermediaires
il a fallu néceffairement qu'il en ait péri
davantage & c'eft ce qui m'autorise d
réduire la totalité de ces deux claffes au
deffous de fa moitié avant que la plus
jeune foit parvenue à l'âge de virilité voilà
le point d'où il faut partir, fi on veut me
comprendre.
De ces cinq cent mille enfans plus des
14 RÉPONSE AU Mémoire
deux tiers furent perdus pour le Calvinif-
me par l'abandon des pa-rens, par l'avari-
ce des tuteurs par la mifere commune
mais plus que tout cela par les ordres de
Louis XIV. dont l'exécution ne fut jamais
retardée, & dont l'effet étoit toujours affu-
ré au moyen de fes libéralités dignes tout
à la fois d'un Pere & d'un Souverain. Auiîi
les Couvens les Colléges les Séminai-
res, les Communautés les Ecoles les
Hôpitaux 9 tout étoit plein d'enfans de
tout fexe de tout âge, de toute condition
les Villes & les Campagnes les Eglifes
& les places publiques, rerentiffoient con-
tinuellement d'intrusions & quoiqu'on
dife des Dragonades dont la fable s'eft trop
accréditée pour qu'il fut facile de dé-
tromper les efprits fi le zéle des Prêtres ne
Ce fut pas ralenti 9 à mefure que l'exaftitude
des Magiftrats devint moindre nous ne
ferions pas dans la néceffité de chercher
des remèdes aux maux que nous déplo-
rons.
Il y eut donc environ cent mille fujets
perféverants dans l'erreur, & deftinés à la
perpétuer dans le Royaume & c'eft ce
Pag- que l'Auteur appelle la portion éckapée
aux recherchés des MïjJLonnaires SC des
Dragons; ils fe marierent quand leur heure
POUR LES Protest ans. iç
fut venue, c'eft-à-dire au commencement
du fiécle; & ils produifirentune génération,
d'où eft fortie celle qui en fe inariant au
dêfert a fait une peuplade de bâtards.Ce qui,
vieillards &: enfàns compris peut faire en
tout quatre cent mille perfonnes.
Je fçai ce que l'on pourroit objecteur à
ce calcul c'eft un compte d'à-peu-près
dont les principes ne font pas démontrés
mais il n'en; pas fans fondement & fi les
détails de ce genre n'étoient pas fatiguants
à force d'être infipides il feroit facile de
lui donner plus de jour & de folidité mais
qu'en ai-je affaire ? La fuppofition de l'Au-
teur efl-elle plus vraie ou auffi vrai-fem-
blable ? Sur quoi l'établit-il ? Sur une opi-
nion. Où a-t'il pris que ces Proteftans rem- Pag.
plijfent les Villes les Provinces les Cam- 7'
pagnes) la Capitale Il & pourquoi le dire
avec un air capable d'effrayer ? Il en comp-
te fbixante mille dans Paris, & il fe trom-Ibid.
pe exactement des deux tiers mais quand
je lui pafferois ce nombre hazardé & exa-
géré de plus du double, il n'en réfulteroit
au plus que douze cent mille Proteftans
pour toute la France, & parconféquent les
deux cinquiemes de moins qu'avant la révo-
cation de l'Edit; en effet fi dans une ville
ou ils font invités à choifir leur demeu-
i$ RÉPONSE AU MEMOIRE
re non-feulement par les motifs généraux^
comme l'appas du gain le goût des plai-
firs, l'amour de la liberté mais encore par
des inrerêts plus prenants & qui leur font
propres tels que la facilité de fe dérober
a la vigilance des Magiftrats, au zélé des
Evêques à la vigueur des Loix de fe ma-
rier fans épreuves de vivre fans con-
trainte df; mourir fans exhortations fi
dans une ville dis-je où tant de chofes con-
courent à les attirer fur neuf cent mille
âmes qu'elle contient, il n'y en avoit que
foixante mille d'errantes,ce qui fait le quin-
zième de la totalité il faudroit par une
régle de proportion qu'ils ne fuffent en tout
que la quinzième partie des habitans du
Royaume or on n'y compte que dix-huit
millions d'hommes donc ils ne feroient
que douze cent mille. Que l'Anonyme
ne croye pas afFoiblir ce raifonnement puifé
dans fes aveux en difant qu'il y a des
villes bourgs & villages où le nombre
des Proteftans excède de beaucoup cette
proportion j'en conviens mais il y a auffi
je ne dis pas des bourgs mais des (i) Pro~
(r) La FrancheComté la Bourgogne la Champagne
proprement dite, la Flandre, le RouflîHon la Lorrai-
ne, l'AIface.
Par Ie dénombrement de 1699. rapporté dans la Dix-
me Royale de M. de Vauban toutes ces Provinces
yinces
POUR LES Protestans; ipjp
B
rinces entières où il ne trouveroit pas un
feul Religionnaire on ne les y fouffriroit
pas plus qu'on fouffré les Juifs en Portu-
gal & le3 Maures en Efpagnc. Qu'il
n'imagine pas non plus que je fois d'humeur
à lui paffer ce nombre de Proteftans dans
Paris très-affuré qu'il n'y en a pas au-delà
de vingt mille connus de Mrs les Curés
dont le zéle nous répond bien de leur!
recherche exa&e. Je pars de ce nombre,
3T>a régle de proportion à la main pour:
',)ne perfuader ôc démontrer aux autres que
(la totalité des Religionnaites du Pvoyau*
me n'excède pas quatre cent mille mai9
v j'ai un autre moyen de confondre ce faux 6c
(pernicieux Calculateur.
On n'eft jamais mieux battu qu'avec fer
propres armes l'autorité fur laquelle il s'eft
fondé pour groiïir nos malheurs peut
¡nous fervir à diminuer cette multitude de
Proteftans dont il ne nous inonde qu'à def-
fein de nous effrayer. (i) Il en 7-el7oit près
}de quatre cent mille, dit celui que l'Ano*
lîiyme defigne par le titre honorable & col-
lectif de nos meilleurs
fçait encore fi cela eft bien vrai ? (2) Qids
formoient habkans'j 8c la Lorraine n'6toit pas
fomprife ce qui fait près du fixieme du Royaume.
(1) Siècle de Louis XI V'pag. Z46. Tom» t*Editt j.
Jï8 Réponse AU MEMOIRE
enlm ab hifiorico juratores exegit? Or que
l'on combine cette quantité de toutes les
façons poffibles on ne trouvera jamais
dans l'efpace de mille générations, celle 9
qui fert de fouche, comprife que le même
nombre d'individus, à moins que Dieu n'ait
départi aux Religionnaires la vertu proli-
fique des Patriarches, chofe dont on me
permettra de douter; ainfi nous voilà éloi-
gnés des treize quinzièmes du nombre
que l'imagination de l'Anonyme réalife
& beaucoup plus, fi je ne me trompe 3 de
celui que fon cœur fouhaite.
Mais qu'a-t'on befoin de raisonnement
pour établir un fait qui tombe fous les fens î
Que l'on parcoure les villes du Royaume
où le Calvinisme tenoit pour ainfi dire fori
empire, telles que la Rochelle, Pau, Le£-
car, Oleron, Pamiers, Montauban, Cat
tres Montpellier Nifmes & Alais on
trouvera que le nombre des Catholiques s'y!
eft accru prodigieufement & que celui
des Religionnaires y eft réduit à presque;
rien a l'égard des bourgs & villages les/'
procès-verbaux de vifite de Meilleurs les,
Evêques font foi d'un changement encore
plus considérable qu'oppofera-t'on à cette
preuve écrite ? une prétendue opinion corn-*
muae j je laüfe aux perfonnes judiçieufes
POUR LES PROTESTASSE °j$
Bi)
& décider quelle eft celle de ces deux au*
torités qui doit l'emporter*
Quelle êfi t époque, la caufl SC là quantité
de Mariages faits au défera
Epoque DE CES Mariages*
LA totalité des Protefians n'a entreprît
de fe marier en présence des Prédicans
qu'au commencement de la dernière guer-'
te & après la mort de M. le Cardinal
de Fleury. (i) Cette double époque prou-
ve que ces Citoyens %Jlés 5 c&ypagg§
hommes dont la doctrine ficr tobèiffance s8-&
due au Souverain efl fort exacte profitent de 47.;
toutes les circonflances critiques pour agir
felori leurs principes y & contre les ordres
de leur Roi Ôc que le moindre relâche-
ment ou la plus petite co-ndefcendance eft
capable de les enhardir au point de trop
entreprendre fi on les flatte de tout ofes
un jour fi on ne les contient des aujouft
(i) Je parte de cette gtande licence dôntl'époqae ne
remonte qu'à l'année 174?- Avant ce temps il y avoit bien
eu quelques mariages de la même efpece mais c'étoit'
dans les Montagnes du Vivarais & des .Sévennes & en- fi
petite quantité qu'ils ne fàifotent prefque pas de fenfation
dans le Royaume, & l'exemple n'en étoîtpas luivi dansilee
autres Provinces*
Ità Réponse au Mémoire
Le Languedoc eft le pays où ces ma-*
riages ont pris naiffance le voifinage de
la Suiffe d'où partent ces prétendus Minis-
tres & l'afyle que leur offrent les mon-
tagnes des Sévennes & du Vivarais ont
inondé cette Province de Prédicans l'in-
terêt de ces hommes le fanatif ne du
peuple le défaut de troupes ont fait le
jrefte.
Le premier mariage dont on ait entendu
parler en Lanbuedoc, ne remonte pas plus
haut que l'an 1737. M. le Maréchal de
la Fare commandoit encore dans cette
Province; on lui dénonça deux Proteftans
mariés en préfence d'un Miniftre ils furent
Punis mais un jufte châtiment n'eft pas
toujours auffi puiffant qu'un mauvais exem.
ple celui-ci fut fuivi dans le Vivarais on
les Prédicans qui y font en plus grand
nombre parce qu'ils y font plus en fureté 9
avaient féduit plufieurs perfonnes parmi
le bas peuple, & les avoient mariées aux
affemblées au grand fcandale des Catho-
liques & des Seigneurs des lieux lorfque
le Pré.fidial de Nifmes fut tenir fes féances
en 173?. (1) Ce Préfidial dont le reffort
les fervices font très-confiderables^ eft
h} Au mois de Septembre*
fôuR LES Protestant yt*
B iij
bbligé* (i) d'aller tous les dix ans admi-
niftrer la juftice criminelle au Vivarais, au
Gevaudan & dans les hautes Sévennes.
C'étoit cette année le tour du Vivarais. On
dénonça ces mariages au Procureur du
Roi (2) mais cette Compagnie, dont la
fagefîe égale le zéle, ne voulut pas prendre
connoiffance de ces délits fans avoir reçu
là-deffus les ordres de la Cour. La Dé-
claration de 1 724* y autorife tous les Juges
mais la grande étenduë du Languedoc ôc
l'éloignement de fon Parlement qui fiége
à l'une de fes extrémités, faifant craindre
avec raifon que, dans des cas où la célé-
rité eft nécefTaire la punition ne fuivît pas
d'allez près la faute, le Roi jugea à pro-
pos d'attribuer au Commandant & en fon
abfence, à l'Intendant la connoifîance des
faits concernant la Religion prétendue-
réformée, & l'interdit, dans cette Provin-7.
ce feulement, à fes Juges il. n'étoit donc
pas permis à ceux de la féance criminelle
du Vivarais de procéder contre les Relir
gionnaires mariés au défert. Cependant la
nature & la nouveauté du délit méritoieat
(i ) En conféquence d'une Déclaration du- Roi de. 1 679^
& d'un Arrêt du Confeil de r68"o».
(t) Ce n'étoic point M. Chazel mais M. de Malfip
fon collégue, dont les lumières & les fervices ne doivent
être cai oubliés ni confondus».
s'* Réponse au MEMOIRE
un exemple les loix méprifées & le boit
ordre interverti le demandoient. Dans ces
circonftances ces Magiftrats que Mrs
Paguefleau de Bafville de Bernage le
père & le fils avoient formés aux jugemens
de ces matiéres en les affociant de pré-
férence à toutes les attributions du Con-
feil informèrent M. le Comte de St. Flo*;
rentin de ce qui fe paffoit 3 & lui deman-
derent les ordres de Sa Majefté, Ce
Minière leur répondit que le Procureur
du Roi pouvoit fans inconvénient pour-
fuivre quelques-uns des contrevenans en
conféquence on choifit cinq ou fix parti-
culiers de différents lieux du Vivarais
çontre lefquels le miniftere public porta
plainte pour concubinage notoire & fcan-
daleux le mot de mariage SC de religion
prétendue-réformée n'étoit pas dans la plain-
te & ce fut l'effet de la fageife & des
lumières de ces Magiftrats qui n'auroient
pu fur une fimple lettre & au préjudice
de 1 "Anê: qui attribue la connoiffance de
ces délits au Commandant & a l'Intendant
de la Province rechercher & punir les
coupables conformément à l'Article I. de
la Déclaration de 1724. On entendit des
témoins on décréta les accufés on ordon<
m la procédure extraordinaire; ils çonvin-
POUR LES Protest ans. éj
B i v
ïént dans leurs réponses qu'ils avoient été
mariés par des Miniftres mais, comme otk
vient del'obferver,les Officiers du Préfidial
de Nifines ne pouvoient pas connoître de
ces délits fous ce rapport la plupart des
prévenus alléguerent les difficultés qu'ils
avoient éprouvées pour remarier à l'Egli-
fe, & pas un la répugnance de s'y marier
il intervint fur cela un jugement qui les
déclaroit convaincus d'avoir vécu en con-
cubinage public & notoire avec leurs pré-
tendues femmes les condamnoit à une
aumône envers les pauvres '& en une
amende envers le Roi fans qu'elle pût por-
ter note d'infamie on ordonna qu'ils fe-
roient tenus de celfer d'habiter avec leurs
prétendues femmes de vivre féparé-
ment, & que dans quinzaine ils fe retire-
raient pardevers l'Evéque diocéfain à l'effet
d'en obtenir la bénédiûion de leur mariage
s'il y avoit lieu. Si ces Magiftrats avoient
pu aller plus loin leur zélé pour la Re-
ligion & pour le fervice du Roi auroit
peut-être arrêté la licence; mais leur mo-
dération qui n'étoit que l'effet de l'impuif-
fance, fut regardée par les Proteftans
comme le préfage d'une tolérance pro-
chaine qu'on a eu grand foin d'annoncer
de tous côtés & de ce préjugé font fortis
&§ RÉPONSE "AU MEMOIRE
tous les défordres dans lefquels ces peu,
pies abufés fe font plongés fans diftinâioi*
& fans retenuë.
Cependant jufqu'à la derniere. guerre
cette licence fe tenoit cachée dans les
lieux inacceffibles on ne Fauroit pas fouf*
ferte dans la plaine ni mêmes dans les
montagnes fi elle fe fût montrée trop à
découvert. On étoit encore ( i ) attentif à
faire obferver la Déclaration de 1724. ôC
p maintenir la difcipline Eçcléfiaftique
tin négociant de Marfeille fut renferma
dans une ^citadelle de Languedoc (2)
pour s'être marié près de Bordeaux par le
miniftere d'un Curé qui n'étoit pas le nen
il ne fortit de prifon que fur la promena
de faire réhabiliter fon mariage.
Telle étoit la fîtuation des chofes lorl*
que la guerre obligea le Roi de dégarnir
de troupes fa Province de Languedoc
la mauvaife opinion que Ton a à la Cour
de la prétendue fidélité des Proteftans, &
rimpofÏÏbiiité de les contenir à main. armée.,
(r) Tant que M. de Bernage aujourd'hui Prévôt des
Marchands de la ville de Paris a été Intendant de Lanr
guedoc il a fçu contenir les Calviniftes fi ton fuccef
leur avoir imité la conduite de ce fage Magifbat le zéle
tie M. de S. PriefÈ aurojt à prêtent moins de befognç
& plus de fuccès il n'eft rien de f dangereux en fai^
ç'adminiftration, que de perdre du terrain^
(il La Citadelle
-pour" LES PROTESTANT
mit le Gouvernement dans la fâcheufené*
ceflité de fermer les yeux fur leur conduite
bien informés des ordres fecrets de la Cour
parcequ'ils ont interét de s'eninflruire_, ils
n'ignorèrent pas long-temps que les Com-
jnandans des places en avoient reçu de
favorables à leurs deffeins ils s'aflem-
blerent dès qu'ils furent allures qu-on ne
les diffiperoit pas, & ils publierent que le
Roi vouloit qu'ils s'affemblaffent: ainfi on
prit l'inaétion des troupes pour l'avant-
coureur de la liberté de confcience le
bon Catholique en gémit, le bon citoyen
en frémit le bon Proteftant le fouhaita y
le fimple le crut & en abufa. Il y avoit
fclors un Lieutenant ( i ) de Roi dans une
ville de Languedoc, zélé ferviteurde Dieuc
& du Roi, qui avec quelques compa-.
gnies de milice offrit de diffiper fans dan-,
ger les affemblées mais il ne lui fut pas
permis de le faire on craignoit les mouve-
mens des Religionnaires nous touchions
encore avec la main au temps des Fana-
tiques. Il eft fâcheux pour un Souverain de
fe trouver dans le cas d appréhender fes
propres fujets; mais il eft fage, quand il s'y
trouve, de fçavoir diflimuler, pourvu que
(x) M. dc Beaupoil St. Aulaire.
Réponse AU MEMOIRE
le pafféferve de leçon, & non pas déréglé
pour l'avenir.
Au premier bruit de cette tolérance 3
chimérique dans l'intention du Roi & de
fon Confeil, réelle dans la conduite de fes
Officiers de troupes & de juftice les
Ministres Proteftans accoururent de toute
part & inonderent le Languedoc de-là
ils fe difpcrferent dans les autres Provin-
ces. Les affemblées furent d'abord plus
nombreufes, enfuite moins fecrettes } puis
on les fit en plein jour; enfin fortant des
lieux écartés ôc deferts elles fe rappro-
cherent des villes au point qu'on en a fait
fous le canon d'une Citadelle (i).
L'efprit fe perfuade aifément ce que le
Coeur defire le peuple greffier, plus atta-
ché à fes erreurs par habitude que par
convi&ion & moins religieux qu'entêté >
n'eut pas de peine à croire ce que les Pré-
dicans artificieux lui annonçoient touchant
la tolérance il s'affembloit fans précau-
tion, & n'étoit jamais diffipé; les Miniftres
fe promenoienr dans les villes ôconne les
arrétoitpas que manquait-il à cette liber-
té, que des Temples ? auffi les lui promeut-
toit-on tous les jours; en attendant on fçut
engager les plus foibles & les plus pauvres.
POUR LES PROTESTANTS.
à fe marier de la façon de leurs Miniftres
un droit de fuite,
enfans provenus de ces cohabitations.
L'exemple entraîne, & l'impunité enhar-
dit ainfi le nombre des mariages s'accrut
en Languedoc, & l'ufage s'en introduifit
dans les autres Provinces; ainfi les Prédi-
cans baptiferent d'abord les bâtards ,& peu
de temps après les enfans légitimes mais
le défordre n'a commencé d'une manière
fenfibie qu'à la fin de 1 743 & la licence
exceilive n'a duré que dix ans parce qu'on
a Fris enfin le parti d'envoyer des troupes
dans les Provinces méridionales.
Caufes de ces Mariages.
EN cherchant l'époque des premiers
mariages faits au défert nous en avons
trouvé plufieurs caufes les uns ont été
féduits par les difcours des Miniftres, les
autres parles récompenfes des Zélateurs;
ceux-ci ont été entraînés par l'exemple 9
par le refped humain tous ont
été trompés ou enhardis par la tolérance,
je veux dire cette ina&ion forcée ou poli-.
tique du Gouvernement mais il eft encore
des caufes primitives qui ont préparé de
loin les coeurs à écouter à goûter & |
&ë RÏpônse AU Mémoire
fuivre les mauvais confeils. Je ne Je -d'i ffi. i
mulerai pas les difficultés que l'humeur
aigre ou le zéle amer de quelques Curés
ont apportées à l'adminiftration des Sacre-
ments de Baptêlne & de Mariage indifpo-
foient depuis long-temps les efprits lorf-
que les Prédicans qui ne font confiderés
de nos Calviniftes & de ceux qui les leur
envoyent qu'autant qu'ils fçavent fe ren^
dre néceffaires ôc qui ont établi parmi
eux le cafuel contre lequel ils déclamoient
autrefois font venus prêcher pour leur
propre interêt & au détriment de ceux qui
les écoutent que l'heure de fecouer le
joug étoit arrivée; & le peuple aufïi igno*
rant que facile l'a cru c'eftdonc à ce joug
quelquefois trop pefant parce qu'il eft
fouvent arbitraire qu'il faut attribuer en
partie les premiers mariages faits au déî
fert.
En vain l'Anonyme voudroit perfuadetf
que la rigueur des épreuves n'entre pout
rien dans les raifons qui ont déterminé les
Proteftans à fe marier & à faire baptifer
leurs enfans par les Miniftres ce qu'il dit
pour foûtenir ce paradoxe n'eft ni vrai, ni
vrai-femblable.
i o. Il eft mal inftmit s'il ignore que la
plupart des Curés font dans l'ufage. de re*
JPOUR LES PROTESTANS: fcjj
fufer les parains & les inaraines Calvini£
tes, ufage que j'ofe blâmer dans la per-
fuafion où je fuis que la Religion gagneroit
beaucoup à admettre indistinctement tout
Chrétien aux fondions de parain parce
qu'elle rapprocheroit de l'Eglife & ac-
coutumeroit infenfiblement à fes faintes
Cérémonies ceux qui s'en éloignent par,
indifférence ou par préjugé. D'ailleurs le
pieux motif de l'inftitution des parains ne
lubliftant plus par le défaut des bons effets
que l'Eglife avoit en vuë ainfi qu'on le
représenta au Concile de Trente ( i ) & les
Curés fouffrant tous les jours que les peres
& les meres faffent préfenter leurs enfans
par des pauvres qui certainement ne feront
jamais en état ni en occafion d'induire
leurs filleuls des vérités de la Religion il
Semble qu'il ne devroit pas y avoir d'incon-
vénient de permettre aux alliés & amis des
peres & meres de faire l'office de parain
fans examiner s'ils font anciens Catholi-^
ques ou nouveaux réunis cependant les
Curés y trouvent de la difficulté puif-
qu'ils refufent cette fatisfaaion aux parens,
&: ce refus les a engagés à faire baptifer
(i) Lorfqu'il fut queftion de fupp rimer l'alliance fpiri-
tuelle ccntraâée par le Baptême, fcfin de diminuer lc;
crapêchemens au Mariage.
3<s Réponse AU MEMomë
leurs enfans légitimes au défert, à quoi lés
Miniftres n'ont pas mal aidé car ces pré·
tendus envoyés du Seigneur ne font pas
fâchés de grolïir leurs regiflres c'efi un titre
pour mériter une place à Lauzane.
20. Les Curés ne voulant infcrire dam
leurs regiflres les enfans nés de mariages
clandeftins qu'avec les qualifications pro-
près à leur état ont obligé les peres à
recourir aux Minières pour épargner cette
ignominie à ces innocentes créatures il
eft vrai qu'en dernier lieu Meilleurs les
Evêques ont bien voulu ordonner la fup-
preffion de ces dénominations humiîian.
tes; maisjufques-là les Curés avoienttenu
ferme & on ne pouvoit pas les blâmer.
30. La longueur des épreuves a fi fort
influé dans les raifons qui ont déterminé les
Proteftans à fe marier au défert qu'ils ne
cefîent de le dire quand on le leur deman-
de ceux qui furent jugés par la féance
criminelle du Vivarais, le déclarèrent dans
leur interrogatoire il n'y en a pas un par-
mi le peuple qui tienne un autre langage:
eh combien y en a-t'il parmi les riches,
& les lettrés qui fe font mariés à TEglife
quand on leur en a procuré la facilité
pendant que leurs voifins leurs parens
leurs frères } fe marioient au défert ? Corn?
POUR. LES PROTESTANT 3 y
'bien font venus à Paris dans le même def-
fein, & font retournés en_province auprès
leur mariage? D'ailleurs l'Anonyme a bonne
grâce de nous nier ce fait, lui qui en eft
convenu peut-être l'a-t-il oublié mettons
donc fous fes yeux fes propres paroles
Les Protejîans ne pouvant fé réfoudre à Page,:
fùhir les épreuves que les Evêques exigent 8'
d'eux, ontpris le parti ^fur-tout depziis douze
eu quinze ans de fe marier devant leurs.
JMiniJlres au défér-t. Le voilà donc en con-*
tradition bien manifefte mais qu'allègue-*
t'il pour foûtenir une opinion qu'il a fi bien
démentie ? Des fophifmes & quoi encore ?
des fophifines. Il fuppofe que les afTem-
blées des Religionnaires ont fui vi de près
la révocation de l'Edit de Nantes que
cependant les mariages faits au défert ne
remontent pas à plus de douze ans quoi-
que les épreuves ayent toujours été les
mêmes d'où il conclut qu'elles ne font
pas la caufe de ces mariages. Je pourrois
lui nier la première propofition, & même
le faire appercevoir qu'il fe contredit, pui£
qu'il a dit ailleurs, qu'il y avoit cinquante
mille mariages antérieurs à ceux-ci faits
en préfence des Minières depuis la rêva..
cation de l'Edit. Mais je n'ai que faire de
difputer fut un fait peu intéreflant. Il me
RÉPONSE AU Mémoire
fuffit de répondre à ce raifonnemént dénirâ
de raifon, que fi les Religionnaires ne fe
font pas portés à cet excès de licence avant
les douze années dont il parle ce n'eft
pas qu'ils n'en eufîen.t le defir mais ils
n'en avoient pas l'occafion le Gouverne*
ment les Commandans les Magiftrats,
les troupes tout a contenu ces hommes
entreprenants jufqu* au moment où la guerre
obligeant le Roi à dégarnir de foldats les
pays Proteilans, ils n'ont connu ni frein
ni barrière ni autorité, ni loi & voilà ce
qu'on doit attendre de ces bons citoyens
de cesfujets celés SC fidèles. Si quelqu'un
xn'accufoit dans ce moment de charger
le tableau je le renverrois à l'Anonyme
qui me fait trembler quand je ils fon Ou*
Pag. vrage. Tantôt il nous prefente le Gouver*
nement comme effrayé avec raifort & il
nous annonce de grands maux que V avenir
nous prépare Je dont la f bure e féconde exijls
ï"ag- déja aujourd hui. Tantôt il dit, que le trou-*
?i* ble le tumulte, la confufion SC une foula
d'autres maux qu'on imagine ajfe^ 9 neman*
querontpas d'ajfaillir SC de perdre l'Etatè
Une autrefois il nous fait fentir, qu'il /le
feroit pas prudent de maltraiter trois mil*
.a_, ttons d'hommes qui font répandus dans ton*
POUR LES PROTESTAIS. }f
ç
avertit en parlant de ces mêmes hommes
quron rùejl pas les maîtres des mouvemens
d'une nature aigrie, révoltée, déchzrée JC
défefpoir. J'ai donc raifon
de dire qu'il ne manque à ces mêmes hom*
mes qu'une occafion.
Mais revenons aux épreuves FAnony-
me dit, que fi leur rigueur étoit la caufe
des mariages au défert, il y en auroit moins
'de cette nature dans les Diocèfes où les
épreuves font moins rigides que dans les
autres où elles le font plus voilà un raifon-
îiement de la même torce à l'entendre on
diroit qu'il y a une différence énorme de
la difcipline d'un Diocèfc celle d'un
autre toutes les épreuves font les mêmes
(i) à£eu de chofe près mais comme il le
dit lui-méme, car ilfe contredit tant qu'il
veut ce nejlpas la rigueur des épreuves
cejl toute epreuve en général qui fait peur
ùux Protejlans.
Si la rigueur des épreuves n'efi pas la
Caufe de ces mariages ou trouverons- nous
(1) Il n'y où l'on
exigeoit plus d'épreuves des Proteftans que dans les autres
Diocèfes, & c'étoit l'effet d'un ufage anciennement éta-
bli dans cette Eglifes par-tout ailleurs elles n'étoient pas
aflèz difletnblables pour qu'on pût mettre de la difTérencs
entr'elles aujourd'hui elles font les mêmes dans tout te
Languedoc & conformes à ce qui fe pratiquoit dans le
Piocèfe de Montpellier
£4 RÉPONSE AU MEMOIRE
des raifons d'excufer la conduite des Pro-
teftans ? L'Anonyme va nous en fournir une
qui à la vérité, n'eft pas glorieufe pour
ceux qui l'ont précedé. Il fuppofe que juf-
qu'à la derniere guerre aucun Proteftant ne
fçavoit fa religion n'auroit-il pas interét à
faire valoir ce fyftême ? Peut-être eft-il
le nouvel Apôtre de la feae &' dans ce
cas je ne finirai pas fans lui prouver qu'il
eft bien moins inftruitÔt religieux que ceux
qui l'ont précedé mab écoutons-le: Les
Pag. Protejlans qui ne s'étaient jamais trouves
*9' dans un cas denécejjïté ôC de détreffepareil
celui où les jetta la révocation de 1'Edit
de Nantes, n'étoient pas ajfe^ éclairés, ni
en état de conclure univerfellement que leur
religion différant ejfentiellement de la
nôtre i l ne leur étoit pas plus permis de
Je marier dans nos Egli/ès qu'à nous dans
les leurs. Ils s1 imaginèrent donc pour la plu-
part qu ils pouvoient céder ait temps SCfû
prêter à une Itypocrifie de quelques mois;
mais quand ils ont unefbis bien compris
/obligation où ils étaient à cet égard la relir
gion a pris le dejfus.
C'eft donc à dire qu'à datter de la révo-
cation de l'Edit, les Proteftans de France
ont vécu dans une ignorance grofriere de
leur religion, jufqu'au premier moment de
LES
ç
la derniere guerre. Cet aveu n'eft ni hono*
table pour les Minières qui gouvernoient
l'église Calvinifte en France avant la révo-
cation de l'Edit, ni confolant pour les pré-
tendus Réformés d'aujourd'hui. Bochard 9
du Moulin, Daillet > Meftrëzat Claude
qui ne font plus ne trouveront peut-être
perfonne qui s'intéreffe à leur mémoire;
mais nos concitoyens errans qui élevent
l'Anonyme & fcn Ouvrage jufqu'aux nues
trouveront-ils bon qu'il les traite d'hommes
peu éclairés & hypocrires ? Et en fuppofant
comme je le crois qu'ils foient d'accord
avec lui fur ce point, je ferois curieux de
fçavoir par quel prodige ils ont pû être fi
promptement & afîez bien Mruits pour
qu'on puiffe nous ,dire avec vérité qu'ils
font mieux éclairés aujourd'hui fur leurs
obligations qu'au temps de la révocation
de l'Edit de Nantes temps auquel leurs
pafteurs ceffoient à peine deleseninftrui»
re; temps où ils avoient encore dans les
mains & fous les yeux ces dangereux livres
de controverfe faits pour les entretenir dans
l'averfion pour la vraie Religion; temps
où ils dévoient avoir l'efprit & le cœur
pleins de mépris pour nos pratiques d'éloii
gnement pour nos cérémonies d'horreut
pour notre culte leurs chaires n'avoieitë
RÉPONSE AU MEMOIRE
retenti jufqu'alors que de reproches de Hi-
perftition & d'idolâtrie & ces accufa-
tions avoient pour principal objet la con-
fervation & l'accroifTeinent des profelytes
inftru£tions redoublées inventives répé-
tees écrits multipliés prêches caté-
chifmes, fynodes rien n'étoit oublié pour
cela. Eh ces pafteurspouvoient-ilsfe com-
porter différemment fans agir contre leurs
rincipes ? Ce feroit donc leur faire tort &
les accu fer trop légérement de négligence
ou d'inconféquence, que de douter du foin
qu'ils ont pris d'inftruire les Religionnai-
res de cette forte d'obligation plus d'un
intérêt les engageoit à enfeigner cette per«
nicieufe doctrine elle étoit donc connue
à la révocation de l'Edit de Nantes &
iuffifamment gravée dans les coeurs pour
qu'elle ait pu fe tranfmettre du pere à l'en-
fant, par le feul effet du préjugé, fans qu'il
ait été befoin de fecours étranger.
Mais en fuppofant que les Calvinifles de
«{France n'ont pas été inftruits de longue
main fur cette matiere quels font ces nou-
,veaux docteurs de la loi qui les ont endoc*
'trinés presque fubitement au premier mo"
ornent de la derniere guerre ? car jufques-là,
il eft à préfumer qu'ils étoient encore dans
^ligiaorance l'Anonyme en convieçit, leurs
pour LES Protestant 'Il-
C iijL
mariages bénis par nos Prêtres le prouvent.
Comme le fignal de la licence eft parti du.
Languedoc, il faut croire que les Religion-
naires de cette Province ont été les pre-
miers illuminés & certes, s'il eft permis,
d'en juger par la mince réputation de fça-
voir des Miniftres de cette contrée, ou leur
vocation a été miraculeufe ou
tion des Proteftans eft bien imparfaite.
Si nous étions au temps où Dieu par-
loit à fon peuple par fes Prophetes ou qu'il
fût befoin pour l'établiffement de fon Egli.
fe qu'il transformât de vils artifans en hom.
mes divins .5 je croirois peut-être que les
Prédicans des Sévennes font les organes de
l'Efprit Saint, tant il y a d'analogie. entre
leur état abje£t & celui de quelques pré-
dicateurs de l'ancienne Loi. L'un a com-
mencé fa miffion comme ( i ) Ofée l'autre
-de berger eft devenu infpiré comme (2)
Àmos celui-ci (3) a quitta la charrue
autrefois dragon i, & aujourd'hui Miniftre.
auprès d'Alais a long-temps traîné après lui une fille on
voulut l'en. blâmer dansune efpece de Synode tenu à.
Cardet il fe défendit en s'appliquant ces paroles L'Eter-
nel dit à Va ,prens-toi une femme proflituée car le,
prays efl proftUuè*. Ofée ch. i,. ft z.
U) Un minore bergerdans le:
bas Languedoc.
(3) .Renommé Roux fon département étoit autrefois,
<Jjmsl.e Diocèfè de Nifir^es il promitde forcir du Royau».
3 8 Réponse AU MEMOIRE
pour prendre la Bible, un autre de pauvret
apoticaire de village (i) s'eftfait médecin
des ames d'un vafte ays telles font les
lumières qui éclairent les Calviniftes du bas
Languedoc mais fi ces hommes fans étude
avoient eu le talent naturel d'inftruire &
le précieux don de perfuader 9 ils n'au-
roient: pas borné leur zéle à infpirer de
l'averfion pour notre Religion, & ils au-
:raient appris & perfuadé à ceux qui les
écoutent,que celui qui ne quitte p as Jonp ère 9
fa fon bien vie
méme pour fuivre pas
digne de lui. Ils leur auroient appris que
celui qui aime le danger,y. périt. Ils leur au-
roient appris, qu'il faut obéir aux Puif-
notre
communion de ces trois principes ils
auroient çonclu la néceflité non pas de
demander une nouvelle forme de fe marier
qui feroit un monftre dans la Religion
Chrétienne; mais de fur un pays où l'on
croit avoir befoin de cette forme pour faire
xne fi on accordoit à fa fœur la permitfion de vendre ton
très-petit Domaine il tint parole & abandonna fes ouail-
les mais au commencement de la guerre derniere » il vou-
lut retourner, & ne trouva plus perfonne qui voulût l'écou-
ter, fut obligé-de refaire uneEglifëdansIeDiocèfèd'Uzèss
il avoit conduit jufqu'à l'âge de trente ans une charrue.
(0 Il fe nomme Desferri iI eft natif d'un village dé"
Çea4a^!t du Aiarq^uifait de
POUR LES PROTESTAIS.
&i%
fon falut un pays où l'on vit fans exerci-
ce, où l'on meurt fans fecours ils en au-
roient conclu la néceflité non pas de bâtir
des tabernacles en France où la beauté
du climat, l'abondance des vivres, l'appas
du gain les retient mais de s'éloigner
d'une contrée où ils font livrés à des tenta-
tions continuelles par l'ambition par l'id·
térêt par la crainte par la fédu&ion fur.
tout dans les derniers momens de la viey
où l'homme a plus befoin de grâces qu'en
aucun autre inilant & ces grâces le Protef
tant doit y prétendre moins qu'un autre
pour avoir préféré couramment la créature
au Créateur, une manufacture à un Tem-
ple, l'exercice d'un art mécanique à celui
de fa Religion ils en auroient conclu la
néceflité non pas de s'affembler dans les
champs fous prétexte de ne point délai j]*er
tes affelnhlées lnutllelles mais d'aller fur 51..
les traces de leurs peres dans ces contrées
froides & fabloneufes ( 1 )̃, où les affemblées
n'ont ni le caradere de fanatifme?ni l'air d'un
attroupement; car ils doivent fçavoir qu'en
France une Congrégation Catholique, une
Communauté Séculière les Etats des Pro-
vinces, les Tribunaux de Juftice le Clergé
même qui ne fe réunit en certains temps
M En Brandebourg»
|"6 Réponse AU MEMOIRE
par fes Députés, que pour donner au Roi
de nouvelles marques de fa fidélité & de fon
attachement, aucun corps ne peut former
d'affemblée fans la permiflîon expreffe ou
tacite du Souverain. Ils fe feroient donc
expatriés tout de fuite, & la France. auroit
perdu trois millions de citoyens fidèles 9
utiles }néceffaires même. Dieu veuille qu'elle
gagne quelque chofe à les conferver &
que l'efprit prophetique des Sévennes ne
s'empare pas de ces têtes méridionales.
Pag- Déja ils ne peuvent ni fe marier ni faire
l èaptifer leurs enfans à VEglife > ôc c'eft une
fuite de cette obligation qu'ont les hommes
de toutes les religions de ne pas participer à
un culte u'ils croient contraire- à leur con-.
fcience. 'Bientôt ils ne pourront pas fe paf
fer d'un exercice, 6c on nous dira froide-
Ibjd. ment ? que ceftpar des principes analogues
à leur religion que les Protejlansfè compor-
tent comme ils lefont. Qu'arrivera-t' il enfin?
le trouble le tumulte, une
Jouie- autres maux qu'on imagine ajfe^ $
maux quel avenir nous prépare <i SC dont la
Ce n'eft pas
la faute de l'Anonyme fi ces malheurs,
tant prédits, nefont pas prévenus; Jonas eu
çjréfagea moins à. Ninive & le Roi les
Grands^le Peuplera Ville entière en lit fara
ÏPOUR LES PROTESTANSJ
profit il eft vrai qu'il étoit Prophète, & il
faut efpererque l'Anonyme ne le fera pas;
mais finiffons, & qu'une réflexion naturelle
foit comme le germe de toutes celles qu'on
pourra faire là-deffus.
Avant la derniere guerre, les Proteftans
fe marioient à l'Eglife & ils y faifoient-
porter leurs enfans aujourd'hui ces dé-
marches leur paroiffent incompatibles avec
leur religion. Cette nouvelle do&rine ne
leur eft pas venue du ciel les hommes
l'ont portée en France & ces hommes font
les Minières qui inondent encore le Royau-
me. On ne parviendra donc à rien, fi on ne
met en fuite ces perturbateurs du repos
public:mais je ne confeillerois jamais de les
faire mourir; non qu'ils ne le meritent, puifc
qu'ils viennent troubler l'Etat mais parce
que la conilance qu'ils font paroître à la
mort afferlnit ceux qu'ils avoient féduitf?
peudant leur vie.
Womère des Mariages faits au défert^ SCi
des Bâtards qui en font nés.
POUR plaire à l'Anonyme & ne donne*
aucune fufpicion à mes Le&eurs, j'ai eu
foin jufqu'ici de ne faire ufage que des
autorités qui lui font chères; c'eft la réglo
41 REPONSE AU MEMOIRE
que je fuivrai fi je le puis, jufqu'â la fitti
Mais fi je m'aide de quelque autre je le
forcerai à y déferer en la choififfant par-
mi celles que la nation aime & refpe&e.
Il eft queflion dans ce moment de difcuter
le nombre des mariages clandeilins l'Au-
teur qui a fés raifons pour exagérer nos
maux, avance fans preuve, qu'il y a dans
le Royaume cent cinquante mille mariages
de cette nature cinquante mille depuis la
révocation de l'Edit jufques au commen-
cement de la dernière guerre cent mille
depuis cette époque jusqu'en temps
auquel ils font devenus plus rares àmefure
qu'on a répandu des troupes dans les pays
où ils étoient fi communs. Montrons lui
qu'il s'eft trompé dans ces deux calculs
Derham fera mon garand & mon guide
il ne fçaucoit lui être fufpe£t3 je le tiens de
fes mains.
On fçait combien les Anglois aiment à
calculer ils veulent fçavoir le nombre des
citoyens, celui des mariages le produit
des naiffances la perte que caufent les
morts M. King homme droit & fpéculatif
a fait fur cela des observations très-curieu-
fes elles doivent être exades puifque
M. Derham s'en eft fervi dans fa Théo-
logie Phyfique Traité qu'il compofe
POUR les PROTESTANT 4)
pour remplir la chaire fondée par le fa-
meux & refpe&able Boyle contre les
athées & les infidèles; ces vuës Chrétien-
nes n'ont jamais été mieux fecondées, que
par l'illuftre Rêveur d'Upminfter.
Il y a un parfait équilibre dans le mon*
de animal & une jufte proportion entre
la multiplication & la durée des.individus;
on ne peut y méconnoître ni s'empécher
d'admirer la fageffe de l'Etre par excellen.
ce, qui n'a donné aux animaux la vertu de
fe produire & de fe conferver, qu'en raifon
de ce que la furface de la terre pouvoit
en contenir fans être furchargée les hom-
mes font fujets comme tout ce qui a vie à
cette mefure inaltérable & fi, à préfent que
les deffeins de la Providence fur la popula-
tion de ce Globe paroiffent entierement
remplis puifqu'il n'y a point de pays connu
qui ne foit habité il naifïbit beaucoup plus
d'hommes qu'il n'en meurt, la terre feroit
bientôt couverte y & dès-lors ces créatures
mourroient de faim & feroient forcées à
fe détruire ainfi j'avertis d'avance mon
Le&eur qu'il peut revenir de l'effroi que
la multiplication des Proteftans a pû lui
caufer le coeur de l'Anonyme les avoit
produits, mais les hommes ne naiffentpas
aujourd'hui comme au temps de Pirrha»

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