Mémoire raisonné sur la circulation intérieure du commerce dans les États de la maison d'Autriche,... ou Plan général de navigation par les routes d'eau de toutes les terres d'Europe à la ville de Vienne. Partie 2 / par F.-J. Maire,...

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les frères Gay (Strasbourg). 1786. 1 vol. (128, 148 p.) ; in-8.
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Publié le : dimanche 1 janvier 1786
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MEMOIRE RAISONNÉ
SUR LA
CIRCULATION INTERIEURE
DU COMMERCE
DANS LES ÉTATS
DE LA
MAISON D'AUTRICHE,
MÉMOIRE RAISONNÉ
SUR LA
CIRCULATION INTÉRIEURE
DU COMMERCE
DANS LES ETATS
DE LA
MAISON D'AUTRICHE
Pour Servir d'explication aux Cartes Hydro-
graphiques générales & particulières de
ces Etats.
OU
Plan général de navigation par des routes d'eau
de toutes les mers de l'Europe à la ville de
Vienne
PAR F. J. MAIRE,
Ingénieur, Géographe & Hydraulique.
SECONDE PARTIE.
A STRASBOURG,
Chez les Frères GAY , Libraires.
M. DCC. LXXXVI.
Cet Ouvrage fe trouve
A PARIS, chez BÉLIN, Libraire , rue
Saint-Jacques.
A VIENNE, (Autriche) chez G A Y, Im-
primeur - Libraire.
En Foire de LEIPSIG, chez GRAEFFER,
Libraire.
Si quid novifti rectius iftis,
Candidus imperti : si non, his utere mecum.
HORATIUS.
MEMOIRE RAISONNE
SUR LA
CIRCULATION INTÉRIEURE
DU COMMERCE
DANS LES ÉTATS
DE LA
MAISON D'AUTRICHE.
CHAPITRE IV.
Communications & Canaux proposés ancien-
nement par différens Auteurs en différens
temps.
J'AI indiqué dans l'introduction à cet ou-
vrage quelles ont té les caufes qui fe font
oppofées à l'établiffement du Commerce
néceffairement immenfe auquel la Monar-
A
( 2 )
chie Autrichienne a tant de droits de préten-
dre. Après avoir détruit, autant qu'il a été
en mon pouvoir, l'opinion enracinée qui
a mis jusqu'à préfent de si grandes entraves
à son établiffement dans cette Monarchie ,
j'ai auffi montré le degré de profpérité & de
puiffance auquel la feroit atteindre un Com-
merce établi sur l'exportation de fes pro-
ductions, , auffi variées que précieufes, &
dont le fuperflu feul peut fuffire à la con-
fommation d'une grande partie de l'Europe.
Les moyens de faciliter au plus haut
degré l'importation & l'exportation étant
le but ou l' effet général de l'établiffement
des Canaux navigables dans un Etat, en y
procurant par les communications & les
débouchés une parfaite circulation, fans
laquelle il ne peut avoir de Commerce per-
manent, c'est fur cette obfervation que je
me fuis dirigé dans mon travail. J'ofe croire
(3)
qu'on s'en perfuadera aifément par l'examen
des routes d'eau que j'ai propofées dans la
première partie de ce Mémoire (voyez la
carte générale), & qu'on regardera comme
fuffisamment démontré que pour tirer de la
jonction des principaux fleuves des Etats Hé-
réditaires la plus grande utilité poffible,
elles doivent être faites aux points que j'ai
indiqués, comme étant les plus propres à
mettre entr'eux la connexion qui doit dis-
tinguer mes projets de ceux propofés an-
ciennement (dont je vais rendre compte) &
concourir à l'enfemble & à la liaison récipro-
que de toutes les Provinces entre elles, &
de ces mêmes Provinces, soit avec la Capi-
tale , foit avec les Etats voifins, soit enfin
avec la Mer (1). Mais je croirois n'avoir
(1) Pour donner à mon projet toute l'étendue de
perfection dont il est fufceptible, & pour jouir bien-
tôt de tous les avantages que l'on doit f'en pro-
A ij
(4)
rien fait, fi, ayant conçu des projets utiles,
& démontré la poffibilité de leur exécution,
je ne pouvois offrir encore les moyens de
mettre , il faudroit établir dans un emplacement
propre & à portée de la ville de Vienne & des Ca-
naux , un entrepôt particulier pour les denrées
étrangères , c'eft à dire un port franc , clos, où
les bateaux entreroient facilement, pour dépofer
leurs cargaisons dans les différens magafins qui en
formeroient l'enceinte impénétrable à la fraude &
à l'infidélité, pour enfuite être échangées & expé-
diées à leur deftination hors du royaume.
On fent affez combien ce privilége attireroit de
Commerçans dans les états de la domination Au-
trichienne, laquelle par cet établiffement, forceroit
pour ainfi dire le Commerce de l'intérieur de l'Eu-
rope à se porter vers cet Entrepôt, qui devien-
droit néceffairement une foire universelle & perpé-
tuelle au centre de ce continent. Le développement
de cette idée fera le sujet d'un petit ouvrage, auquel
on joindra une carte du cours de la rivière de Vien-
ne, confidérée comme l'embouchure commune des
différens canaux qui y aboutiffent, c'est-à-dire, con-
(5)
les exécuter fans qu'il en coûte rien au Sou-
verain ni aux Particuliers, directement ni
indirectement (2). On doit s'imaginer, toute
tenant le projet détaillé des travaux à faire à cette
rivière , tant pour cet effet que pour l'établiffe-
ment de l'entrepôt ou quartier port Franc en quef-
tion. Cette carte contiendra encore le détail in-
téreffant des augmentations & embelliffemens que
ces travaux répandroient fur les environs, & par-
ticulièrement fur la partie qui borde la rivière de
Vienne , aujourd'hui infectée ou inondée par ses
eaux.
Je joindrai auffi à ce plan le projet de tenir en.
tout temps au même niveau le bras du Danube,
appellé le Canal ; je veux dire avec fuffisamment
d'eau lors des féchereffes & jamais trop lors des
débordemens; ce qui produiroit l'effet fi ardemment
défiré, de prévenir l'inondation des trois faux-
bourgs Leopoldstadt, Rossau & Weisgerber.
(2) J'ai déjà parlé de cette propofition dans la
première partie de ce Mémoire, fans néanmoins
avoir cru devoir m'expliquer fur mes moyens. Il
A iij
( 6 )
fois que je ne propofe pas en un même-
temps l'exécution de toutes les routes d'eau
projettées, & qu'on n'y procéderoit que
fuffit feulement de prévenir que ma propofition
est de nature à ne pouvoir être preffentie par per-
fonne, & qu'elle est différente de toutes celles aux-
quelles des circonftances pareilles à la mienne ont
donné lieu. . . Une feule réflexion fatiffera, je
crois, ceux qui regarderaient comme un obftacle
à l'exécution des grandes routes d'eau que je pro-
pose , l'importance des fommes qu'elles requerre-
roient, c'eft celle, que les Canaux ne coutent réelle-
ment rien, pouvant être autant d'entreprises faites par
fpéculation, rendant l'intérêt du Capital y employé
fouvent au-delà de 20 pr. Cent. Quant au temps
qu'il faudroit pour en voir la fin il pourroit être de
moins de 50 années , même quoiqu'entreprifes suc-
ceffivement en adoptant mon nouveau fyftème
d'exécution. Au refte fallût-.il un temps plus con-
fidérable, il fuffit de confidérer que les Projets
d'une Nation puiffante ne font pas ceux d'un par-
ticulier , & que vouloir leur donner les mêmes
bornes, c'eft confondre les objets. La néceffité
d'un plan général, qui donne, pour ainfi dire, un
(7)
fucceffivement. Il y auroit d'autant plus lieu
de les entreprendre féparément qu'elles for-
ment toutes, chacune à chacune, un pro-
jet complet : l'établiffement d'une feule d'el-
les influeroit avantageufement sur le Com-
merce & faciliteroit l'exécution d'une au-
tre : ces facilités s'augmenteroient progref-
fivement. Il eft indubitable que la réuffite
du premier Canal ou de la première jonc-
tion , en enrichiffant la Compagnie qui l'au-
roit entrepris, feroit fuffifante pour exciter
l'émulation de beaucoup d'autres & les faire
concourir comme d'elles mêmes à l'exécu-
air colloffal à mes projets, étoit indifpenfable. Il
étoit néceffaire que j'y compriffe toutes les jonc-
tions utiles d'une exécution plus ou moins éloignée,
dans le but d'empêcher qu'on ne pût rien entre-
prendre actuellement dont on eût à se repentir
dans la fuite, ou dont d'autres travaux ou entre-
prifes poftérieures ne contrariaffent l'effet ou même
ruinaffent l'utilité.
A iv
(8)
tion de tous les canaux à faire . . . Venons
à l'Analyfe de ceux anciennement pro-
pofés.
CANAL PROPOSE ET ENTREPRIS SOUS CHAR-
LEMAGNE.
CE Canal est le plus ancien & le premier
ouvrage de ce genre entrepris par les Na-
tions modernes. La jonction du Rhin au
Danube qu'il avoit pour but, en accolant,
pour ainfi dire, la Mer Noire à celle d'Alle-
magne auroit mis le comble à la profpérité
de toutes les contrées que baignent ces deux
fleuves, en ce qu'elle auroit infailliblement
produit d'autres jonctions dans l'intérieur
des pays pour la communication entre les
différens Etats qui compofoient l'Empire
alors. Mais ce Projet, eût-il été exécuté
entiérement, n'auroit pas furvécu à la Puif-
fance du Monarque qui l'avoit adopté : la
(9)
divifion de l'Empire l'eût fait retomber dans
le néant. Par différens intérêts politiques
mal entendus, chaque Etat croyant devoir
mettre des entraves au Commerce de ses
voifins, fans s'appercevoir du tort qu'il fe
feroit fait à lui-même, auroit négligé, aban-
donné , ou même détruit ce monument.
D'ailleurs, autant qu'on en peut juger par
la connoiffance du local, il ne paroît pas
que le poínt de jonction ait été bien choifí
pour devoir s'en promettre le fuccès qu'on
en attendoit ; parce qu'en communiquant
la Regnitz près de Weiffemburg à la riviè-
re d'Altmühl dans un terrain bas, les eaux
des débordemens auroient néceffairement
ruiné les travaux, comme en effet elles ont
détruit ceux commencés & fait avorter l'en-
treprife.
(10)
CANAL PROPOSÉ PAR LE BARON STERN-
DAHL POUR LA JONCTION DF LA MOL-
DAU AU DANUBE.
CE Canal étant ifolé n'auroit été utile que
pour la communication entre l'Archiduché
d'Autriche & le Royaume de Bohême, &
n'auroit procuré à ce dernier qu'un avan-
tage affez borné ; encore n'eût il été qu'au
préjudice des Provinces méridionales, déjà
en poffeffion de l'approvifionnement de la
Capitale (3); ce qui n'auroit produit qu'une
(3) Lorsqu'il n'y a point d'exportation pour faire
la balance des befoins d'importation, & que tout
le débit est intérieur, fi une Province perd ce dé-
bit en faveur d'une autre par le moyen de ces pe-
tites communications, qu'en réfulte-t-il pour l'état,
sinon un défordre embarraffant pour les finances?
Il est clair que la Province qui s'enrichit au pré-
judice d'une autre ne dédommage de long-temps
l'Etat du tort qu'elle a fait à la Province dont elle
(11)
concurrence intérieure de peu d'utilité pour
l'Etat en général.
Il paroít même que le Miniftère ne s'eft
pas prêté à faire cette jonction , quelque
facile qu'elle fut, dans le but de laiffer la
Bohême dans la néceffité d'exporter fes pro-
ductions par l'Elbe en liant un commerce
d'exportation avec fes voifins. Mais les
Etats qui bornent ce Royaume au Nord , &
par lefquels ce commerce doit néceffaire-
ment paffer y mettent des entraves arbitrai-
res pour en anéantir les branches avec les-
quelles ils peuvent fe trouver en concur-
a enlevé le commerce. Celle-ci dès lors, fans dé-
bit , fans moyens , accoutumée à fon luxe, se
trouve long-temps oppreffée par les impôts qui ne
lui étoient pas à charge dans le temps de fa prof-
périté : elle tombe bientôt dans un dépériffement
qui entraîne fouvent une émigration, & avec elle
tous les défordres qui en font la fuite.
( 12 )
rence; de forte que la Bohême ne peut ex-
porter de fes productions que celles qui ne
peuvent être fournies par les dits Etats voi-
sins (4) toujours les maîtres de fe réferver
la préférence dans le débit des leurs, tant
fur la Mer Baltique que fur celle d'Alle-
magne.
CANAUX PROPOSÉS PAR VOGEMONT.
LES Projets de cet auteur méritent d'être
diftingués honorablement de tous ceux qui
ont été propofés jusqu'à préfent. On re-
marque dans leurs différentes parties une
connexion qui annonce à la fois des vues
fûres & bien dirigées : on y remarque auffi
(4) C'eft pourquoi j'ai propofé la jonction de
l'Eger au Mein par les Etats de Bavière & de Nu-
remberg.
(13)
l'homme expérimenté, joignant aux con-
noiffances de fon état celles des contrées où
il devoit établir ses travaux.
Les ordonnances rendues en fa faveur
par le Gouvernement pour le faciliter dans
fes opérations prouvent en quelque forte,
le cas qu'on faifoit de fon mérite, ou du
moins l'ïntérêt qu'on prenoit à fes projets.
Il est bien étonnant que la protection qu'on
lui a accordée fe foit bornée là, & ne lui ait
pas valu plus de célébrité & un fort plus
digne de fes talens & des peines qu'il s'é-
toit données pendant une partie de fa vie
pour consulter l'intérêt refpectif des Pro-
vinces dont il vouloit faire le bonheur.
Ses projets, qui embraffoient les parties
Septentrionnales des Etats de la Maison
d'Autriche, euffent procuré la jonction de la
Moldau au Danube, du Danube au Mein,
( 14 )
de l'Elbe & de l'Oder à la Morave. Cette
dernière devenue navigable, on eût eu une
voie facile par où auroit circulé une bonne
partie des productions & des richeffes du
Nord de la Monarchie.
Cependant le Commerce, établi par les fa-
cilités qu'euffent offert les jonctions des fleu-
ves que je viens de citer , eût été gêné dans
la fuite par les Etats du Nord, intéreffés à
le faire; & toute fon utilité se feroit réduite
à faire circuler plus abondamment quel-
ques produits du côté de la Capitale, tou-
jours au préjudice des autres Provinces. Ce
qui fe feroit confommé de plus dans les
Provinces du Nord pour la Capitale, fe fe-
roit trouvé en plus dans les autres, de forte
que l'Etat n'en eût retiré qu'un avantage
peu proportionné à la grandeur de l'entre-
prife.
(15)
CANAL PROPOSÉ PAR UN COMMERÇANT.
LE but de ce canal étoit de joindre la Theifs,
prife au-deffous de Tokai, au Danube, à
Peft. Son utilité fe feroit bornée à tranfpor-
ter par un chemin plus court les Vins & les
productions de quelques Comitats de Hon-
grie jusqu'à Peft. Cette communication iso-
lée n'auroit été avantageufe à l'Etat qu'en
confidération de la population qu'elle eût
procuré entre la Theifs & le Danube, con-
trée abfolument déferte ou presque telle.
Au refte, le peu d'importance de fon rap-
port n'auroit pu dédommager des frais que
les travaux euffent exigé, & dont le profit
n'auroit fervi qu'à enrichir quelques com-
merçans en Vins, pour qui feuls ce Canal
eût été avantageux.
(16)
CANAL ENTREPRIS DU CONSENTEMENT DE
MARIE - THÉRÈSE POUR DESSÉCHER LE
LAC BALATON.
CE canal déjà indiqué par le cours tor-
tueux des eaux fuperflues du Lac demande
des travaux considérables. Il a fallu jufqu'à
préfent opérer dans des marais toujours im-
bibés par ces eaux; ce qui non-seulement
coûte beaucoup, mais en rend le fuccès très
difficile, ou même incertain. La pente déjà
trop foible de fa décharge demandoit un
cours direct , pour donner plus de célérité
à l'écoulement.
Il me femble, d'après les obfervations
que j'ai faites fur les lieux même, qu'on a mal
calculé le calibre du canal de la fortie de ses
eaux, eu égard à la quantité de celles qui
y entrent; & qu'il auroit été plus à propos
&
& plus facile de les intercepter avant leur
entrée dans le Lac par une rigole latérale
fur fes rives, proportionée aux eaux de la
petite rivière & des ruiffeaux qui y entrent,
& les conduire au canal, afin qu'elles puif-
fent s'y creufer un lit d'elles-mêmes ; ce
qui auroit pu fe faire facilement moyennant
quelques petits travaux de précaution, ten-
dant à lui faire prendre telle direction
qu'on auroit voulu. Il est certain qu'au
moyen de ce Canal latéral les eaux auroient
eu plus de pente , principale condition
pour obtenir l'effet défiré. En supposant
pour but aux projettans, dans l'entreprife
de ces travaux, d'augmenter les terres cul-
tivables, on a peine à imaginer que la quan-
tité de terrain qu'ils s'approprieroient par
ce defféchement, toute grande qu'elle fût,
pût les dédommager des frais immenfes
qu'ils feroient obligés de faire.
II. P, B
( 18)
Je ne veux pas confidérer ici, s'il né
feroit pas mieux de laiffer subsister ce Lac
pour la navigation : on peut affurer que
fon utilité pourroit devenir très-grande dans
la fuite pour cet objet. Voyez fur la Carte
générale la route d'eau qui pourroit le tra-
verfer.
CANAL PROPOSÉ PAR LE COLONEL
BREQUIN.
CE canal projette le long de la Dravepour
faciliter la navigation, intérieure entre les
pays d'où elle prend fa source & la Hongrie,
la Transilvanie , la Croatie & le Bannat,
quoique trop borné du côté des avantages
généraux pour intéreffer le Miniftère, n'é-
toit pas moins très-utile, ou même nécef-
faire confidéré fous differens autres points
de vue.
(19)
Cependant il a été oppofé à ce projet
digne de louange un autre projet qui, loin
d'approcher de la bonté de celui-ci paroi,
tra toujours ridicule dans la comparaifon.
Les travaux projettés par le Colonel,
une fois exécutés en auroient entrainés
après eux beaucoup d'autres, plus utiles en-
core, ainfi qu'on l'a vu dans les autres Etats
à qui il a fuffi de commencer. Les Artistes
multipliés par ces travaux fe feroient per-
fectionnés & aguerris dans les entreprifes
les plus opiniâtres, La population se feroit
augmentée avec l'industrie & l'activité fur
les rives de ce canal; & le Gouvernement
perfuadé du fuccès des entreprifes fubfé-
quentes par la réuffité de la première, n'au-
roit en d'autres foins que celui d'accorder
les priviléges néceffaires aux Compagnies
qui fe feroient préfentées avec empreffement
jour en exécuter des nouvelles,
Bij
(20)
CANAL PROPOSÉ PAR LE CONSEIL. FRÉMAUT
POUR RÉFUTER CE DERNIER.
ASSEZ généralement mal imaginé dans
toutes fes parties, mais particulièrement eu
égard à fa position, ce canal devoit côtoyer
les limites les plus dangereufes de la Mo-
narchie. Il devoit déboucher dans des con-
trées où le Négociant eût couru les plus
grands rifques pour les marchandifes qu'il y
auroit envoyées. Le commerce, ennemi des
rapines & du brigandage, demande comme
l'on fait, la plus grande fécurité pour le
fuccès de fes opérations. Ce n'est qu'à l'om-
bre de la paix & de la bonne-foi qu'il fleu-
rit. Le voifinage des Turcs qui habitent
les pays près defquels eût été ce canal, &
la multitude de brigands qui fourmillent
dans ces contrées euffent néceffairement te-
(21)
nu dans des allarmes continuelles ceux qui
auroient pris cette route. L'établiffement
des Compagnies d'affurance , qui, dans le
commerce maritime réduit les rifques à une
petite augmentation fur les marchandifes,
étant impraticable dans celui-ci il n'eût pu
prendre aucune confiftance.
On fent d'ailleurs que plus une route
d'eau s'approche du centre, plus les bran-
ches qui y aboutiffent peuvent fe multi-
plier, plus fon utilité peut devenir com-
mune à toutes les Provinces, qui, toutes
alors, peuvent entrer en concurrence réci-
proque dans le débit de leurs productions.
Le canal en question au contraire tendoit
à s'éloigner du centre de la Monarchie (5)
& auroit obligé les commerçans à fuivre
(5) Il devoit côtoyer la Save dans prefque tout
fon cours.
B iij
( 22 )
une route d'eau de quelques centaines de
lieues fur des rivières difficiles pour gagner,
tout au plus 15 à 20 lieues de roulage; les
quelles encore peuvent être faites fur une
très-belle chaussée qui exifte dans la Croa-
tie , entre les deux points fupérieurs de
ces deux différens canaux. Ainsi le fret,
felon ce dernier plan auroit abforbé plus de
dépenfes que le roulage même.
Quoiqu'il en foit de la difproportion
des avantages dans ces deux projets, ils ne
fe sont pas moins annéantis l'un par l'autre;
de forte que tout est refté dans l'oubli.
CANAL PROPOSÉ PAR M. DE M***.
PAR ce canal la Culpa devoit fe jetter dans
la Dobra , vis-à-vis du Château de Novi-
( 23 )
grad, pour éviter par ce moyen la cata-
racte d'Ozal & profiter du cours tranquille &
uniforme de cette petite rivière. Le déran-
gement de la grande quantité de Moulins
qui appartiennent à differens Seigneurs eût
déjà formé un obstacle; mais le plus grand
eût été la rapidité de la Culpa. Cette rapi-
dité rend pour ainfi dire, toute navigation
impoffible en remontant, & très - dangereu-
fe en descendant. La dépenfe qu'il eût fal-
lu faire depuis la Dobra jufqu'à Brod pour
rendre ce trajet navigable n'eût jamais tour-
né à profit, ni pour l'Etat ni pour le mar-
chand. Enfin qu'eût-on gagné par cette dé-
penfe, qui eût été exorbitante ? Environ
fìx lieues fur le roulage : ce léger avantage
n'eût pu en aucune manière dédommager
l'Etat des sommes qu'il y eût facrifiées.
B iv
( 24 )
ANCIEN CANAL DE LA WUKA A LA
BOZUT.
CE Canal de Wukovar à Winkoszi, dans
l'Efclavonie, pour la jonction de la Save
au Danube, par le moyen de la Wuka à
la Bozut, paroît avoir été abandonné à caufe
de l'entretien onéreux qu'a toujours un ca-
nal fans pente & fans éclufes. Expofé, par
conféquent, au flux & reflux des fleuves
qu'il joint ; tour à tour , & quelque fois
enfemble ces mêmes fleuves y dépofent le
sable & la vafe que roulent leurs eaux lors
des crues. Les écuremens continuels qu'e-
xigent de pareils canaux font toujours d'au-
tant plus ruineux qu'ils ne peuvent être
mis à sec pour cette opération.
On a du s'appercevoir facilement par
l'analyfe que je viens de faire de tous les ca-
naux anciennement proposés ou entrepris,
que les projets de Vogemont étoient pref-
que les feuls qui méritaffent quelqu'atten-
tion. De tous les projettans il a été le feul,
ainfi que je l'ai fait remarquer à son article,
qui ait reconnu la néceffité d'un plan géné-
ral, avant de rien entreprendre , pour y
faire concourir connexivement toutes les
parties, & auffi afin que les projets fubfé-
quens ne réduififfent pas à l'inutilité les
premiers exécutés; comme il en eût été fi
l'on eût exécuté succeffivement tous ceux
propofés. C'est auffi fur ce principe que je
me fuis conduit dans toutes les communi-
cations que j'ai propofées, comme devant
tendre, chacune à chacune, à l'harmonie
générale de la circulation intérieure, de la
quelle feule on peut attendre l'établiffement
du Commerce étendu & permanent, ca-
pable de mettre la Maifon d'Autriche au
( 26 )
rang des premières puiffances commerçan-
tes de l'Europe fans lui laiffer le regret de
n'en pouvoir faire aucun direct avec les
deux Indes : les productions des Etats de fa
domination ne s'y montreroient pas moins
dans tous les Ports des deux hémisphères ;
& d'autant plus avantageufement pour Elle
que fes befoins d'importation des pays d'ou-
tremer feroient toujours inférieurs à son
exportation pour ces mêmes pays.
Jufqu'à présent il ne femble pas qu'on
ait été perfuadé que tant avantages étoient,
ou pouvoient n'être, que l'effet des com-
munications par eau. Lorfqu'on a senti le
befoin de la circulation intérieure & des
débouchés on a songé à la protection des
Ports de Mer & à l'établiffement de quel-
ques grandes routes pour y arriver. Préve-
nu contre les canaux ou plutôt contre leur
dépenfe on a préféré les communications
(27)
par terre, comme un fupplément fuffifant;
& cette erreur, qui a retardé les progrès du
Commerce dans ces Etats, fubsifte peut
être encore, du moins ne remarque-t-on au-
cune différence dans l'opinion publique.
Pour les détruire, s'il eft possible, je mon-
trerai que les canaux, loin d'avoir les in-
convéniens des grandes routes en ont au
contraire tous les avantages , tant directs
qu'indirects, & ont en fus tous ceux qu'on
peut défirer. Une chofe qui prouve incon-
teftablement en leur faveur est la préférence
que leur donne toutes les Nations qui en
ont fait l'épreuve , & particulièrement cel-
les du Nord, quoique les glaces en dimi-
nuent l'utilité chez elles (a).
(a) La Russie , le Dannemarck, la Suéde poffé-
dent des canaux. Celui qui vient d'être exécuté
en Dannemarck est un des plus beaux de l'Europe,
& fait autant d'honneur à celui qui en a concu le
projet qu'au Souverain qui en a décidé l'exécution.
( 28 )
Les canaux ont notamment cet avantage
fur les routes, indépendamment de l'écono-
mie qu'ils procurent dans les transports (6).
(6) Le prix du tranfport de Vienne à Triefte est
communément de 4 à 5 florins le quintal. Il faut
environ 15 , 18 ou 20 jours, felon le temps ou la
saison. Le prix du fret par une route d'eau pour-
roit être , au plus, de 20 à 25 kreutzers, tout com-
pris, avec le même temps. Quelle différence ! Dans
ce dernier cas toutes les productions font expor-
tables, dans le premier très-peu le font; car on
conçoit qu'il eft une infinité de productions dont
la valeur intrinféquement médiocre ne peut fup-
porter une augmentation de 4 à 5 florins pour le
tranfport. Les grains, par exemple, dont le com-
merce est fi important pour les Nations agricoles,
que fans leur débit elles ne peuvent pourvoir à
une grande partie de leurs befoins, ni augmenter
leur population ou entretenir aucune manufacture;
les grains, dis-je, font particulièrement de ce
nombre. Coûtant un florin , ou environ la Metzen
en Hongrie & dans les autres provinces qui en dé-
pendent ou lui font limitrophes , ils pourroient
être livrés à Porto-Ré à un florin & demi. A trois
florins & demi ils feroient à meilleur prix que dans
aucun autre marché de l'Europe. Qu'on fe figure
(29)
c'eft de pouvoir être entrepris fans qu'il en
coûte rien directement ni indirectement au
Souverain & aux Particuliers, : l'ouvrage
même fe fuffit à lui même par les amélio-
rations qu'il apporte dans l'ordre des chofes :
ces mêmes améliorations fuffifent auffi à leur
entretien, ou même toujours au-delà. En
outre les canaux ont la faculté de vivifier
tous les endroits par où ils paffent; ce que ne
peuvent faire les plus belles routes l'orfqu'el-
les paffent dans des pays arides (7). L'humi-
dité qu'ils procurent par l'évaporation &
l'avantage des conféquences pour ces pays, au-
jourd'hui condamnés à gémir, pour ainfi dire, sur
leur inutile fertilité , quoique poffédant les ger-
mes de l'opulence & de la véritable profpérité
en tout genre ! . . Des communications & des dé-
bouchés, je le répéte, ou jamais de commerce,
d'industrie, ou même de population floriffante.
(7) La route Caroline, toute fuperbe qu'elle eft,
& quoique faite depuis long-temps , n'en eft pas
moins déferte par défaut d'eau.
(30)
la filtration d'une partie de leurs eaux,
joint aux autres avantages du côté de l'in-
duftrie qu'ils facilitent, attire & fixe pour
toujours une nombreufe population sur
leurs rives. Pour furcroît d'avantages les
Bernes auffi servent de route pour le roula-
ge lors des glaces l'hiver; & les eaux ramaf-
fées pour abreuver ou alimenter les dits ca-
naux produifent des chutes propres à toutes
fortes d'Ufines & de fabriques ; retenues
par des réfervoirs & des étangs, elles di-
minuent auffi les débordements , & avec
eux les dommages qu'ils ne caufent que
trop souvent. C'eft ainsi qu'ils sont la
source de la population, de l'industrie & de
la richeffe du Souverain, comme auffi de la
profpérité du commerce , principe unique
de la circulation des efpéces dont l'effet eft
de produire une plus jufte répartition dans
les fortunes particulières; d'où réfulte une
aifance plus générale & le bonheur de tous.
( 31 )
CHAPITRE V.
Observations fur une partie du fol de la
Croatie, & démonftration de fa validi-
té pour le paffage du canal projetté.
L'importance de la jonction de la Culpa
à l'Adriatique doit être regardée comme la
plus effentielle à l'établiffement & à la prof-
périté du commerce des Etats héréditaires,
en ce qu'elle procurreroit feule un débou-
ché aux productions de l'intérieur de la ma-
jeure partie des mêmes Etats. Le befoin ou
même la néceffité de cette jonction en a fait
naître la propofition plufieurs fois ; mais
plutôt verbalement, que d'après un travail
exprès; ce qui a fuffi cependant pour faire
crier de toutes parts contre la poffibilité de
ce projet avec autant d'affurance que fi cette
impoffibilité étoit démontrée. Inftruit par
Une longue expérience qu'une opinion pour
( 30 )
être générale pouvoit n'être pas moins une
prévention , & fachant d'ailleurs qu'aucun
Ingénieur ou homme de l'art n'ayant férieu-
fement pris les chofes en confidération il ne
pouvoit par conféquent exifter de projet rai-
fonné d'après l'examen du local fur lequel
on eût pu affeoir un jugement solide , j'ai
donc cru devoir travailler à faire revenir le
public de fon erreur, en fixant fon opinion
sur un objet auffi important. C'eft dans ce
deffein que je vais expofer mes moyens de
conviction fur la facilité d'exécuter ce pro-
jet. Je ne répéterai pas ce que j'ai déjà dit ail-
leurs fur la première & la plus effentielle
condition pour déterminer la poffibilité
d'une jonction quelconque; qui est celle de
pourvoir au point le plus haut ( Vo-
yez page 60 & fuivantes de la première par-
tie). Cette condition, dont on ne peut plus
douter de l'exiftence, dans le projet en
queftion, actuellement que j'en ai donné la
démonftration.
( 33 )
démonftration dans ma Carte N°. 1 d'après
des nivellemens fuffifans, a réduit ceux qui
formoient cette objection à fe retrancher fur
la qualité du terrain, qu'ils regardent gra-
tuitement , j'ofe le dire, comme incapable
de contenir l'eau , ou comme devant l'ab-
forber entierement & laiffer le canal à sec.
Toute futile qu'eft cette objection elle n'a
pas laiffé de prendre confiftance à la faveur
d'un phénomène qui parle aux yeux de la
multitude, il est vrai, mais non pas aux
lumières des gens inftruits. Ce phénomène
est celui qu'offre la Dobra près d'Ogulin,
lieu où elle s'enfouit totalement (8) près
(8) Quelques autres endroits de la Croatie of-
frent encore le même phénomène , ainsi que beau-
coup d'autres en Europe. Le petit fleuve Timavo,
ainsi nommé à fon embouchure dans le golfe de
Triefte est le même qui s'enfouit près de St. Can-
cian fous le nom de Reka, environ 3 milles au-
deffus; de forte qu'il fait ce trajet fous terre dans
des cavités. Au reste il eft plus dangereux de ren-
C
( 34 )
d'une éminence pour ne reparoître que quel-
ques centaines de pas plus loin; ce qui a
fait croire, que le terrain de cette contrée
étoit un terrain d'une nature abfolument
différente de tous les autres où passent des
canaux en Europe. Une feule obfervation
eût du fuffire à ceux qui foutiennent l'in-
fuffifance du terrain à contenir les eaux;
c'eft que cette rivière , depuis fa fource
jufqu'à l'endroit de fa difparition ne paroît
pas plus perdre de fes eaux qu'aucune au-
tre, ni même de fa fortie jufqu'à fon con-
fluent avec la Dobra. Ainsi ce n'eft pas à la
qualité particulière du terrain que doit
être rapporté l'effet dont nous venons de
parler ; mais à une cause accidentelle &
contrer des terrains mouvans ou des sources, que
des cavités; les premières ruinent les travaux ou
exigent des précautions confidérables ; tandis que
les dernières, si elles ne peuvent être évitées par
un petit détour, ne requièrent qu'une voute ou
quelques petits travaux équivalens.
(35)
étrangère, ne prouvant abfolument rien
contre la nature du terrain, auffi bon en
Croatie que par-tout ailleurs pour le pas-
sage des canaux navigables.
Dans l'examen que j'ai fait du pays que
doit traverfer le canal projette , je puis
dire n'avoir rien trouvé qui peut être re-
gardé comme un obftacle à son exécution,
ou même la contrarier d'une manière à
laiffer quelques doutes fur fa poffibilité.
J'ai trouvé, il eft vrai, la plus grande par-
tie de ces contrées féches ou arides & man-
quant affez généralement d'eau : mais ce
qu'on regarde comme une particularité
n'est qu'une chofe commune à tous les
pays, où, comme dans celui-ci la croupe
des montagnes est trop rapide pour don-
ner le temps à la pluie de pénétrer la terre.
Si la pluie ne forme pas des efpèces
C ij
( 36 )
d'étangs dans certains lieux bas ; c'eft parce
qu'ils contiennent fous une terre meuble
une grande hauteur de carraux de pierre
de différentes dimenfions, précipités des
lieux plus élevés, Je me fuis affuré de
l'exiftence de ces pierres par différentes
fouilles que j'ai fait faire dans plufieurs en-
droits. Dans les lieux un peu applanis,
élevés ou bas, où j'ai trouvé de l'eau, j'ai
trouvé qu'elle y féjournoit jufqu'à ce qu'elle
disparût par l'évaporation. On trouve en
fouillant dans ces endroits une efpèce de
tuf ou de glaife. Affez généralement la terre
ne fe détrempe pas facilement. Pour peu
qu'elle ait été battue elle est assez ferme &
affez tenace pour que l'eau gliffe deffus fans
la pénétrer; & c'eft pourquoi les eaux de
pluie s'éoulent avec tant de vîteffe. On
conçoit facilement que ne reftant rien fur
les hauteurs, la terre toujours féche ne peut
produire des fources; auffi en trouve-t-on
( 37 )
fort peu dans ces pays de montagne. Les
rives de la Dobra, toujours constantes, à
défaut d'autres preuves fuffiroient pour dé-
montrer la bonté du terrain à contenir les
eaux d'un canal. En effet, comment ima-
giner que ce terrain feroit le seul dans l'u-
nivers qui ne se laiffât point foumettre aux
efforts de l'art. L'admit-on vicieux dans
quelques endroits; quelques petits travaux
de précaution suffisent à l'anéantissement
de femblables difficultés.
Il reste à parler des rochers qui sont
en fort grand nombre, & de toutes efpè-
ces. On peut néanmoins par de nouvelles
recherches en éviter beaucoup. Il y a de la
pierre dure, des efpèces de marbres ; des
roches minérales, & une certaine roche
cariée qui fe brife & s'égrene facilement,
& dont les parties menues sont préférables
au fable pour le mortier.
C iij
(38)
Les opérations qu'on est obligé de
faire dans les rochers pour les percer sont
coûteuses; mais auffi ce défavantage eft-il
compenfé par l'avantage d'en pouvoir faire
fervir les décombres. Leur déblai offre
le moellon, la pierre de taille , & quel-
quefois la pierre à chaux, qu'il faudroit
fans cela tirer d'autres carrières moins
à portée. De plus, les éclufes, les vannes,
les aqueducs, & tous les autres travaux
qu'on établit fur le roc ainfi coupée sont
moins coûteux & bien plus folides que
ceux qu'on fait fur terre. Environ deux
mille toifes pourroient être la longueur de
tous les percés dans le roc. (b). Ces tra-
(b) Il y a un canal en Suéde qui prouve com-
bien on auroit tort de fe laiffer prévenir contre
certaines difficultés locales, & combien l'industrie
& la perfévérance peuvent furmonter d'obftacles.
Ce canal a 5 à 6 éclufes de différentes dimenfions,
toutes taillées dans le roc, dont la principale, ap-
( 39 )
vaux offrent une facilité qui en abrége la
durée, en ce qu'ils peuvent être fuivis
l'hiver.
Quant aux matériaux on auroit l'avan-
tage de les trouver prefque tous fur place
ou du moins fort à portée. On y trouve-
roit la pierre de taille, le moellon, la glaife,
l'argile ou terre à brique, le fable, la chaux,
le bois, & en un mot tous les matériaux
néceffaires. A la facilité de fe procurer tous
les matériaux dont on auroit befoin , à
meilleur compte qu'en aucun autre pays
de l'Europe, fe joindroit celle de pouvoir
pellée Guftave, a 64 pieds de chute ou profondeur;
fa longueur est de 60 pieds, & fa largeur de 20.
Du côté le plus bas de l'éclufe il sort un canal sou-
terrain de 160 pieds de long, 20 de large & autant
de haut, qui revient au jour dans la rivière au-des-
fous de la chute ou cataracte qui a néceffité ce'
travail,
C iv
( 40 )
établir, pour économifer la main-d'oeuvre,
des moulins à ciment, des fcieries à bois
& à pierre, ou même, fi l'on veut, de pe-
tites forges ambulantes, en fe prévalant
des petites chutes d'eau qui fe rencontrent.
La main-d'oeuvre, qui eft le principal
objet de dépense, y feroit à un très-bas
prix, rapport à l'abondance des vivres de
toutes efpèces qui y font à vil prix. L'eau
y eft bonne ; & les étangs qu'on feroit
obligé de faire, pour alimenter le canal,
pourroient fervir encore pour procurer de
l'eau à la route Caroline, sur laquelle son
extrême rareté met les voyageurs l'été dans
le plus grand embarras pour abreuver leurs
chevaux ou leurs autres bêtes de somme.
Je ne crois pas, d'après ce que je viens
de rapporter de la nature du pays & de la
qualité du fol , qu'on puisse raifonnable-
( 41 )
ment croire le terrain moins propre qu'au-
cun autre au passage d'un canal. . . La ra-
reté des eaux dans ces contrées pouvant
donner lieu à une objection contre la faci-
leté de l'alimenter, je vais terminer ce cha-
pitre par une approximation de la quan-
tité d'eau néceffaire à l'effet requis ou au-
trement de fa dépenfe.
Pour y parvenir je fuppoferai le paffage
d'une certaine quantité de bateaux. En la
déterminant à 24 par jour (9) elle néceffi-
terait 24 fois le jeu des éclufes. Chacune
d'elles de 102 pieds de long, 15 de large,
& 10 à 12 de profondeur, dépenfant à cha-
que jeu environ 40 toises cubes, c'eft 24
(9) Ces bateaux auroient 85 pieds de long &
13 de large, pour être propre au tranfport de 14
à 1500 quintaux avec une immerfion d'environ 3
pieds.
(42 )
fois cette quantité par chaque jour (10)
ou 960 toifes. Cette quantité feroit tirée
(10) On doit confidérer que la même eau qui
fert au jeu de la première éclufe, sert au jeu de la
feconde, de la troifième & ainsi de suite; de forte
que la quantité d'eau néceffaire à cet effet n'eft
point augmentée par le nombre des éclufes. Cette
remarque inutile pour ceux qui connoiffent le mé-
canifme des éclufes, est faite feulement pour ceux
qui n'en font pas inftruits. C'eft auffi en faveur de
ces derniers que je vais expliquer comment un
bateau peut s'élever par degrès à des certaines
hauteurs & en defcendre. Il fuffit pour compren-
dre cette opération de fe repréfenter les éclufes
comme autant de petits réfervoirs , difposés par
gradation à la fuite les uns des autres. Pouvant
fe remplir & fe vuider à volonté par le moyen des
décharges (fig. 2eme Carte N°. 6.) dont on voit les
entrées 1, 2, 3 & les iffues 4, 5, 6, fig. Iere pour
faciliter le paffage des eaux de l'éclufe fupérieure
dans l'inférieure, que l'on fe figure le bateau C,
introduit dans cette dernière au niveau D, on en
ferme la portière 9 , & en ouvrant la pêle 10,
l'eau de l'éclufe fupérieure s'écoule dans l'infé-
rieure par le moyen de l'iffue 5, & élève le ba-
teau au niveau E, après quoi fermant la portière 8,
(43)
de la Culpa par le moyen d'une rigole.
Or il coule dans cette rivière, même dans
le temps de fa plus grande rareté 25 pieds
cubes d'eau avec une viteffe d'à-peu-près
2 toifes par feconde, donnant par jour
17280 toifes cubes : j'ai donc une quantité
fi fenfiblement au-delà du befoin qu'il eft
inutile d'en faire le calcul, elle feroit plus
de 150 fois plus grande qu'il ne faudroit.
Voilà, je crois, des détails fuffifans
pour prévenir toute objection fur la rareté
des eaux, & fur la qualité fuppofée fpon-
gieufe ou abforbante du terrain. Le réfer-
voir, que j'ai fuppofé sur la Carte, conte-
& ouvrant la pêle II, l'eau du baffin de partage
entre dans l'éclufe fupérieure, & élève encore le
bateau au niveau F, d'où il entre dans le baffin
pour fe rendre à fa deftination. Il feroit fuperflu
d'expliquer comment un bateau peut defcendre,
si l'on a compris comment il peut monter.
(44)
nant environ 3 miffions de toifes cubes
d'eau, n'a été fuppofé d'une dimenfion
auffi énorme que pour montrer que le lo-
cal fe prêtroit à cette dimenfion, fi elle
étoit néceffaire, & pour montrer en même
temps la facilité de le remplir; (c) car dans
l'exécution il fuffiroit qu'il pût feulement
contenir quelques mille ou douze cent
toifes cubes. . . J'ai voulu en cela démon-
trer à l'abfurde l'extrême facilité d'exécu-
ter ce canal regardé si inconfidérément
comme impraticable.
(c) Puifqu'une fimple crue de quelques heures
peut fuffire à remplir mon réfervoir , contenant
affez d'eau pour alimenter le canal toute l'année.
On obferve que dans les grandes crues la Culpa
monde en peu d'heures la plaine de Carlftadt, qui
peut avoir 3 lieues de longueur fur 1 de large : en
quelques endroits l'eau s'élève fi haut que la cime
des arbres en est couverte au point de pouvoir
paffer par deffus en bateau.
( 45 )
CHAPITRE VI.
Description du Canal projetté & Devis ap-
proximatif de fes travaux.
IL auroit dans fa longueur totale environ
38,000 toifes, 7 de largeur à la fuperficie
& 41/2 au fond. Sa profondeur feroit de 4
pieds & demi. Le grand Réfervoir B de
5000 toifes de circonférence, 4 de profon-
deur commune , & contenant trois mil-
lions de toifes cubes feroit conftamment
entretenu plein par l'eau tirée de la Culpa
en F , par une rigole de 11,000 toifes de
long, de 5 de large & 3 pieds de profon-
deur. Ce Réservoir communiqueroit au
Bassin de partage B, fitué au point le plus
élevé des deux fections du Canal. C'eft au
moyen d'une Digue fur la Culpa en F qu'en
retenant les eaux on les forceroit à s'élever
d'environ 6 pieds pour en faire entrer uns
partie dans la rigole, laquelle côtoyant les
montagnes à mi-côtes, pafferoit à travers
quelques petits perçés & par deffus trois
petits torrens au moyen d'autant d'aque-
ducs pour arriver au réfervoir, & du ré-
fervoir au bassin de partage. Là commen-
ceroient les deux Sections du Canal; l'une
de ce point à la Mer, & l'autre du même
point à la Dobra.
La première, d'environ 27 mille toifes
de longueur, auroit 45 écluses, & débou-
cherait entre Buchari & Porto-Ré, dans le
fuperbe Bassin de ce dernier Port. La se-
conde d'environ 12 mille toifes de lon-
gueur , auroit 7 éclufes. Elle traverferoit
la Dobra à quelque diftance du baffin de
partage sur un aqueduc-pont de 200 toi-
fes, & déboucheroit dans la même rivière
en D. H. Pl. N°. I. au-deffous d'Ogulin &
(47)
de l'endroit où elle reparoît après s'être en-
foui dans les cavités à travers lefquelles elle
s'eft fait un paffage. Ayant un cours tran-
quille & uniforme jufqu'à son confluent
avec la Culpa au-deffus de Carlftadt, elle
deviendroit, au moyen de quelques petits
travaux, capable de porter en tout temps
des bateaux de 60 à 70 tonneaux ou de 14
à 15 cent quintaux.
Devis approximatif.
J'ai pour but en donnant ce Devis de
prévenir l'exagération fur la fomme qu'exi-
geroit la conftruction de ce Canal; chofe
d'autant plus facile à ceux qui l'emploient
qu'ils fe difpenfent ordinairement de toute
démonftration. Que si la fomme qui réful-
tera n'eft pas précifément la véritable, il
demeurera conftant du moins qu'elle en
approche fuffifamment pour devoir raffurer
contre la crainte de s'embarquer dans des

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