Mémoire sur la marine, et observations sur ce qui a été dit & proposé relativement à sa nouvelle organisation ([Reprod.])

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de l'impr. de L. Potier de Lille (Paris). 1791. France. Marine -- Ouvrages avant 1800. 1 microfiche ; 105*148 mm.
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Publié le : samedi 1 janvier 1791
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THEFRENCH REVOLUTION
RESEARCH COLLECTION
LES ARCHIVES DE LA
REVOLUTION FRANÇATSE
PERGAMON PRESS
Headington Hill Hall, Oxford OX3 OBW,UK
A
MÉMOIRE
qui
x été dit &
fa nouvelle organifation.
le
•TA! travers la tempête arrivent à bo:. port.
.L'ASSEMBLÉE NATIONALE s décrété
que tous les citoyens font admiflibles aux placer
quelconques, fans autre diftin&ion que celle des
talens & dn mérite; elle l'a confirmé relativement
kk marine par l'art.* VI du décret du 16 juin
principes conftitutionnels.
falu taire décret, le principe par fon
s'eft empreflee
de qui'
a
par l'organe de Ton préfident, «quelle attendent
» avec impatience tè moment oà elle pourrait
C. v)
Ce montent eft venu avec celui où va être
prononce le décret fur l'organifation de la marine,
ainfi que fur le mode d'avancement & d'admiflion
an fervice de l'état. Déjà, depuis quelques jours,
le comité de marine à fait connoître fes opinions
fur cet objet important & loin d'avoir pris
pour hafe ce fentiment d'égalité
juftice comme le feul mobile de tontes grandes
chofes on y a mis des conditions dont l'exécu-
tion ramèneroit infailliblement a cette différence,
qui, en réfervant a. une claflè d'hommes, dits
privilégiée, tous les grades d'officiers de la marine,
.en a toujours fait la honte, par des fautes donc
impunité leur étoit certaine, & qui s'oppofpient
d'autant moins a leur avancement qu'ils en étoier.t
fiïrs fans d'autre recommandation due celle de
l'ancienneté & d'autre mérite que la patience. 11
efl temps d'extirper ce germe d'opinions abfurdes,
prétendant que cmaine naiflTance
tanr de rapports donnoi«nt le droit & le talent
exclufif d'être bon officier de marine guerrière
comme (i la nature, dans fes bienfaits, a oit
départi une plus grande portion d'intelligence &
de bravoure a une clafle particulière d'individus.
Il eft temps d'effacer cette ligne de démarca-
tion, dont les plus légères nuances pourroieç;
»
»
A 1
fervîr a !a tracer de nouveau. Nous uns indi-
quer par où elle peut fe reproduire LE ou elle fe
montre encore dans le projet de décret du comité
La diftinâion nominale eft le premier danger'
Il ne faut ni marine royale, ni marine militaire >
ni marine guerrière, m marine marchande; il faut
une feule marine fous If déÇgnation de, marine
NATIONALE, En effet, ce titre n'eft-il pas le
plus impofant puifqu'il comprend la nation prife
colleôîvement tandis, que tout autre ne la com-
prend que partiellement n'eft-i! pas le plus ana-
logiw à notre heureufe constitution puifqu'ii n'y
a plus d'intérêts féparés? n'eft-il pas le plus vrai,
phifque les mêmes hommes la compofent, foit en
temps de guerre, en temps de paix Il feroit
donc fouverainement injufle que des marins
défendant-le patrie en temps de guerre, & ne
faifant rien en temps de paix titre.
& un nom honorablement dillingucs, au préjudice
de ceux qui comme eux, défendant la patrie pen-
dant la guerre, en fervant fur les vaifleaux de
l'état l'enrichiffent en temps de paix par une n,avi.
gation dans toutes les parties du monde qui allure
un commerce immenfe, M néceflairè à la profpérité
d'un grand emplre, & qui joignent au bonheur
d'être utiles à leurs concitoyens, l'habitude inap-
aux dangers fans ceflè
renai(Tans irréparables de leur état & de l'élément
fut lequel ils le profeffènt, & l'avantagé que donne
l'expéricnce/pàrdeflus tout, de prévoir, de prévenir,
de remédier fur-lc-champ par des manœuvres, des
mouvemens & des renburces promptes, à des fitua-
tions inattendues, ï des évenemens fubits pour
naifons les plus fûres font encore tardives, & n'em-
pêchent pas des accidens, fouvent préfervés par
la feule habitude de la ncceifité d'une imagination-
prompte & décifive} ainfi
jnfte qu'il n'y ait plus en France q l'une marine
nationale, compofee de la généralité des marins..
Les grades font un objet important a confidérer
ils doivent être fous une feule &'rhéme dénomi-
ceux du commerce; car, s'il y voit/encore des
vaiflèaux de l'état,
è Pour l'honneur
fûivre l'efpri't des décrets de l'dfTemblée nationale.
Une s'agit, pour" remplir le mêrile objet, qoe'
çra(T:Ter la marine,
à commander des vaif-
eam particuliers on peut le fixer à celui d'enfeigne,
Cx)
qui fera le dernier grade d'officier au fer vice de
l'état il fera
qui n'ait fait preuve de capacité pour être chef.
Pour que chaque citoyen ait la faculté de donner
à fon intelligence à fon génie & à fes difpofîtions
naturelles tout l'eflbr pofïible & qu'il puhTe jouir
du droit d'avancement que lui donnera fon mérite
fes talens, & l'honorable ambition d'être tuile à la
patrie, il faut deux chofes
mière, des écoles gratuites dans les treize ports
principaux du royaume où l'on enfeignera la géo-
tion le'deflîn & les principes d'artillerie de çano-
nage & de conflruôion; il faut que tout individu
puiflè y être admis à l'âge de 1 4. ans.
pour ne pas voir
étouffer au berceau-, des génies, qui ne peuvent
s'élancer faute de guide & qui ne peuvent avoir de
guide faute de pouvoir les payer on pourra peut-
être objecter la^dépenfe y mais
des établiflemens'exiitans, confatrés l'éducation
de jeunes gens privilégiés deftinés à faire des élèves
on donnera des moyens pouf en réduire la totalité
en confervant
vient. Ne fait-on pas
jnftruit dans ces écoles gratuites peut en dédom-
mager l'eut en le fauvant dans des circonstances
difficiles & périlleufes pour lesquelles on ne trouve
pas fouvent la. fois deux
tirer parti ? Ces écoles font encore néceflaires,
pour qu'aucune claffe de citoyens ne puifle s'arroger
'exclufivement le droit aux grades d'officiers de la
marine; ce qui arriveroit infailliblement, fi l'on ne
pouvoit s'initruire fans payer •, car alors les riches
feuls, pouvant avoir des maîtres la richeffe, (bus
le nouveau régime, pren.lroit la place de la noblefle
fous l'ancien & les
in onvéniens qu'on veut éviter & dont on a éproa-
vé & reconnu de f» funedes effets.
La féconde *chofe ',en qu'il n'y ait d'officiers
coiiflimmcnt attaches au fervice de l'état que ceux
des quatre premiers grades, & une partie du cin-
quième, que te rêvant du cinquième, & tout le
fixième qui fera celui
pirans, ne foient payés que pendant qu'ils feront
en aâtvité que hors de la, ils navigueront pour le
commerce, & que dans tous les temps ils foient
obligés de fe rendre au fervice de l'état dès, qu'il
feront mandés. De cette manière, (es amiraux,
vice-amiraux contre-amiraux, capitaines de v if-
feaux, & une partie des lieutenans, feront co.ft
ment entretenus ils fufEront, & infiniment au-delà
de ce qu'il faut, à tous les commandemens & 'oit
(7)
en guerre (bit en paix on complétera aifément
les états-majors en demandant à chaque départe-
mène les officiers qui manqueront. Il en réTultera
& l'avantage '( grand fans doute ) d'avoir des offi-
ciers qui auront continuellement été en aâivité.
S'il y avoit des enfeignes que
des afpirans, le but qu'on
car 'les enfeignes fourniroient exclufivement aux
lieutenans, & Ce ompletteroient de même par les
afpirans alors ceux qui navigueraient pour le
commerce, teroient exclus de tait, puoque les entre,
tenus marcheroient avant' eux, & qu'il n'en man-
queroit jamais. Ce fait établi prouve anez clai-
rement que l'alternative feroit la, même que s'il
n'y avoit point d'écoles gracilités & que foit la ci-
deyant nobleflè ou la richeflè aâuelle, auroient
la préférence; & enfin, que le droit d'admiflion à
tous les grades décrété par l'aflèmblée nationale,
pour tous tes citoyens, feroit illufoire pour la
maiitime.
C'eft ici où
fyflême vont fc faire entendre c'eft ici ou les fub-
tiiitcs de raifonnement vont être pouïTées le plu<; loin
pour étayer un refle expirant de prétentions iniques
& conferver des privilèges odiei.x, qui n'ont plus
qu'une cote, & qui V
communiqueroit a tous
n'étoit
Le mémoire de M. de la Luzerne a di & l'on
répétera V homme de mer É"
qu'un pour for"
mer un. bon officier; il faut la réunion de beaucoup
de taltns & de connaijfances
commander aux hommes qui tient aux qualités
morales €? aux habitudes; il y faut confacrer fa*
vie entière il y faut exclufivtment desjujets def-
foit une théorie parfaite qu'ils ne peuvent acquêt
Irir que fur Us bancs, jeune homme
lorfqu'il ejlen mer n'a plus les comodîtès requijh
& le lôifir nèctffaire pour s'adonner à t étude des
feiences & l'on finit par convenir que
la connoiffance tout ces
avantages on dit enfin que l'habitude de com-
Vembar-
dans de lutte de eft compofée des grands
Us hommes, & de T étude des s
Oppofons-y des termes moins
impofans, mais des chofes plus Cures, une pratique
confommée des. thabi-
Xi)
tude de former conduire les hommes, & en-
gageons le combat, avec cette confiance que donne
la pureté d'intentions ce courage infcparable des
hommes libres, & cet
d'être utile a fa patrie } amour qui doit être dans
le cœur de tout citoyen digne de Pheureufe cons-
titution qui nous eft donnée.
Celui-là eft le meilleur homme de mer, qui
familiarité avec ce terrible élément par une navi-
a appris en voir les dangers
de fang-froid les braver, à tes rombattre, même
k en tirer parti au befoin enfin à les furmonter
par la feulô habitude de s'y trouver fouvent &
prefque toujours avec peu de moyens en hommes.
Voilà ce qui arrive à la .marine marchande. Or,
les officiers de la marine ci-devant royale navi-
guant peu avec de grands moyens > arec beau*
coup d'aifance, fur des vaiifeaux excellens, pourvus
•de tout & ayant des équipages complets peu-
vent-ils devenir meilleurs hommes de mer? La
raifin
Celui; là eft le meilleur homme de guerre, qui,
joignant à un courage ferme les connoiffance»
fuffifantes de fon état, fait tirer parti de toutes
les o:cafibns où il fe trouve. Nous ne ferons pais
aux partifans âe l'ancien fyftême, l'injure de croire
qu'ils mettront en avant, a l'appui de leur opinion,
( io)
je défaut &;
nous rendons
connoifTances
fuffifantes elles font de
& la théorie. L'avantage de là pratique ne peut
être ccntefté il a été développé en parlant de
être la différence de manœuvrer en efcadre ou
car c'eft avec les mêmes chofes & par les mêmes
procédés qu'on met en ̃ mouvement & qu'on
d-irige un vaifTeau i & -tel qui fait lui faire faire
une évolution en particulier, la lai fera également
faire en efcadre avec la même précifion i pour
n'en pas laiflcr de doute
decnière f les navires du commerce en convoi
dans de petits
.espaces, étoient obligés à toutes les manœuvres
poilîbles, les plus embarraflantes & les plus com-
pliquées pour éviter des avaries, & que rarement
en efcadre on fe trouve dans des pofitions plus
difficiles'; d'ailleurs,
on ne fait de manœuvres que fur les fignaux du
général & l'on eft plutôt exécuteur qu'ordonna-
teur aînfi l fous tous ces rapports la mar'
inarchande ne craint point la cornpàraifoné La
,'théot;" oeut elle-même fe divifer en deux: ce lé
du' général & celle de 1'cffider. Celle du générât
Confite, rûn-feulement dans la connoiflance des
mathématiques, non-feulement dans leur parfaite
application à 'la taâique navaje, mais dan! une
connoi (Tance aflez profonde de la taâique & de
la manœuvre pour y favoir appliquer a propos
les mathématiques elle confifte dans l'art de faire
former des lignes dés figures d'ordonner des
marches des mouvemens des évolutions qui
puinent toujours le mettre, s'il eft poflible, dans
.une pofition avantageufe par rapport à Ton ennemi
cependant le premier mathématicien de l'univers,
qui fi'auroit que cet avantage feroit mille fois
plus mauvais général que l'homme de mer le moins
inftruit celui même qui ne joindroit qu'une foible
pratique à la théorie profonde des mathématiques,
feroit car quoique par les
fituations il puiiTe juger parfaitement bien de t'ordre
qu'il convient de faire tenir à une efeadre il n'a
pas le temps d'en aller tracer la figure fur le papier
parce
d'ailleurs, il ignore les diftanres refpeâivies qui
pourroient lui fervir de bafe elles ne peuvent
s'eftimer qu'à l'œil & l'eftimation la plus p.rccife
tient à la grande habitude-; il faut à la fois com-
parer, juger ordonner exécuter & fouvent ré-
péter les mêmes ch<">f~s nluGeurs fois dans une
heure elles tiennent aux évolution» de l'ennemi,
à la plus légère variété du vent
événement & dans tous ces cas l'expérience
la juftefle du coup-d'œil
tnent, fervent plus que toutes les connoiflànces
abftraites réunies. Qu'on n'aitlc pas induire de cette
vérité que nous fommes d'avis qu'il n'en faille
pasi bien loin delà, nous difons qu'il en faut,
& que même on n'en fauroit trop avoir quand
on
lament néceflaire & que c'eft a la faveur de ces
mots impofans & magiques qu'on eft parvenu à
exclure de la marine royale les hommes les plus
débutant,
n'eft pas' général rarement après avoir obtenu
le dernier grade étudie-t-il la théorie il ne s'at-
tache qa'a apprendre a la mettre en pratique; &
la preuve qu'on Ta toujours
comme tin acceflbire c'eft lors de la nomination
un commandement on
mais le
plus d'expérience-, qui étoit le
ticien mais le meilleur capitaine ainfi une
fois capable d'être officier, l'exercice feul de l'état,
^vec de l'intelligence forment un grand général.
(i3)
des mathématiques mais l'application n'a pas befoia
d'en être auflï générale elle ne s'étend pas à Pen-
femble d'une efcadre; elle n'embraflè pas de conr«
mandement général elle fe borne à remplir l'objet
d'un îignal arboré d'un ordre donne, qui n'exige
de fa part que le talent d'exécuter avec précifion
la manœuvre prePaite j certes on ne peut fe per-
fiiader qu'on difpute à la marine marchande la
capacité de la manœuvre d'un vaiflèau ceux du
commerce font comme ceux de l'état & du grand
au petit ils font formés des mêmes matériaux
ils ont les mêmes proportions des gréemens fem-
blables & ne font mis en action que de la même
manière. Airifi il ne faut à celui ^ui fait bien
mouvoir le petit qu'un plus grand levier pour
faire bien mouvoir le grand. Les officiers mar-
chands ont même cet avantage, que leurs arméniens
faits avec économie, exigent qu'ils aient très-peu
d'équipage t, que par conféquent ils voient a. tout,
ils ordonnent tout ils rivent tout dans l'exécu-
tion
que
diffrétion & un fort équipage fe contentoient
d'ordonner, étoient difpenfés d'çtre témoins de
j'execarion, & n'etoient que rarement en aâivité,
parce que le fervice fe trouvoit partage entre un
très grand nombre de. fujets. En comparant la
(H)
âîftcrence d'emploi du templ% on ne peut ce
fcmble difeonvenir qu'en fait de pratique il ne
foit bien plus fructueux pour la marine marchande
que pour la royale, & que tout rapproché un
capitaine marchand ne puifle être un bon officier
fur les vaifleaux de guerre, II eft vrai que jufqu'à
ce jour ils ne Ce font généralement adonnés que fei-
blement aux mathématiques & aux connoiflànces
théoriques de la marine militaire cependant pln-
fieurs en font parfaitement inftruits. Ofons le dire
même & l'aflurer que malgré cela le plus grand
nombre feroient encore d'excellens lieutehans de
vaifleau. Au refte a quoi auroient pu leur fervir
ces talens puifqu'ils étoient reporff-s fi ignomi-
îneuferr.ent-'de la marine royale? Sans doute qu'il
n'en fera pas de même a l'avenir fi comme il
n'eft qu'une; nous n'entendons pas qu'il fuffife d'être
capitaine marchand pour être officier fur les yaif-
feaux 'de l'état mais comme nous l'avons dit
plus haut qu'on foit reçu en(pigne fur les vaif-
feaux de l'état pour pouvoir commander des âti-
mens du commerce.
En confequence nous preferivons dans notre
projet de décret les cornoiflances néceflaires .ans
la marine militaire pour être enfeigne de vaifleâu
qui fera le premier titre indifpenfable pour être
habile à commander au Jong cours il s'en fuivra
que l'état aura autant d'officiers qu'il y aura de com-
rnandans pot» les bâtimens du commerce & ces
derniers autant de comniandans qu'il aura d'of-
ficiers pour la marine de l'état.
On ne conçoit pas aifément comment M. de
la Luzerne a pu avancer, dans Ton mémoire
qu'un jeune homme, hrfqu'H eft. en mer, n'a
plus
pour s'adonner à l'étude des fcïences
Le logement à bord de tous les vaiflèaux même
du commerce, eft fuffifant au travail de cabinet)
on en peut établir pour preuve le journal que
chacun eft tenu à faire tous les jours fur ce qui
s'eft pafle dans les vingt-quatre heures, les routes
qu'il eft obligé de réduire les opérations de pilo-
tage qui s'en rivent, & toutes les obfervations
-auxquelles il peut fe livrer y certainement quand
les commodités fuffifent pour cela il n'dt pas
douteux qu'elles fuffifent auffi pour travailler aux
mathématiques au deflin &c. Peut-être dira-
t-on qu'il n'y a pas de maîtres à bord mais it
n'en faut pas pour fe fortifier dans ce qu'on fait
deja & dont on peut pouffer l'étude plus loin
dans ks intervalles des voyages; d'ailleurs, les
officiers étant inftruits quel eft celui qui fe refit-
feroit à donner des qu'un jeune
( i6)
homme demanderont dans un moment d'embarras
Quant au loifir on n'en a jamais autant on peut
aifément en rempliflànt avec rigueur les devoirs
de fa place, difpofer
pour l'étude i & certainement à terre avec la
plus grande envie
on n'en donne pas plus à l'inftru&ion par les
occafions de devoirs d'étiquette de plaifirs &c.
qui en détournent fi Couvent & qui font nulles
fur mer. Qu'on réunifie à cet avantage celui de
pouvoir a chaque inftant appliquer aux fituations
où on fe trouve le réfultat de fon 'travail¥ de
fes recherches,M'en verra fi loin de ne pouvoir
étudier & apprendre fur mer il ne vaudrait peut-*
être pas mieik^_s1il y avoit une exclufion qu'on
n'étudiât & n'apprît que fur cet élément. Mais
cette phrafe dans le mémoire de M. de la Luzerne,
n'y a été mife que comme auxiliaire aux moyens
qu'il emploie pour prouver la nécefllté d'un corps
d'officiers privilégiés & parce qu'il fentdit bien
qu'il falloit au foutien de ce monftmeux édifice
ébranlé beaucoup de mots artiftement arranges
& impofans, pour fervir de voile aux iniquités
qu'il renferme mais il eft
i teint ce foyer de referve de elle fera
détruite, dans
l'homme
̃(17)
B
Si la connoiflance du matelot mène an talent
de le bien conduire, qui plus que l'omcier du' com-
merce a droit d'y prétendre? C'eft lui qui.le prend
brute, qui le forme qui l'indruit qui le fait-; c'ciï
Mon école qu'il devient matelot & c'eft: toujours
les meilleurs qu'on appelle au fervxe militaire; s'il,
en a moins à la fois fes ordres, il enVhange plus
couvent, i! en eft plus proche, il efï obligé vde les
étudier davantage, de les fuivre de plus prï.s, de
ne les pas perdre un moment de vue, & fonvent,
faute d'en aveir afîèz de partager leur travail voilà
ce qui arrive dans la navigation du commerce c'eit
bien différent encore, quand ces officiers avoient le
.malheur d'être commandes pour le fervice du roi;
on les envoyoit lui- les vaiiîeaux comme matclois
confondus avec eux, & le plus fouvenc en fo'.is-ordres
d'hommes, qui la veille n'c'toient que matelots Air
ries bâtimen!» du commerce, où ces officiers étoient
lieutenans. C'eft alors, qu'ils éprouvoient do toutes
part les vexations les plus odieufes; que "les officiers
de la marine les humilioient de toutes les manières
& dans toutes les occafions; qu'ils
payer1 èiier la témérité d'o(er avoir quelques talens,
& de fe croire nés comme eux pour être utiles à la
Patrie d'une manière diitinguee. Auflî grand
nombre fe font-ils expatriés, pour Ce fouftraire à
abandonné pour con-
(*i8)
deux jours de navigation fur les vaiflèaux du roi
pour être reçu capitaine qu'on juge de leur hor-
reur pour ce fervice, parles facrifices qu'ils faifoient!
Ilsdonnoient cent & deux cent louis, fruit de huit k
dix années d'une navigation laborîeufe?cpour en être
diipenfcs; & l'on peut avancer, comme un fatt vrai,
que la moitié d^s capitaines d'aujourd'hui n'ont pas
fait ce fervice exige parce qu'ils ont été reçus dans
un temps fous un régime où ce grand & vnn
proverbe éioit dans toute fâ force, que monnaie fait
Nous avons dit comment les officiers de. la ma-
rine du commerce étoient forces à la connohTance
du matelot & qu'on juge s'il en peut être de même
de l'officier du roi, qui n'en appiôchoiç jamais qui
ne l'erudioit pas, devant qui le matelot étoit forcé
de devenir hypocrite, Farce qu'on le.traitoit en
efclave & fânscefll-avec des metiaces de, punitions:
ai.nl» l'officier marchand a toujours vu le matelot
tel qu'il cft, & l'officier,de marine tel qu'il le voi:-
loit. Qui don: des plus avancé ce
Celui qui ne fi feroit trouvé que dans des équi-.
lorfquil
ftroit freé de commander pour la premier* fois
de gmrre. Voilà ks propres termes de
( '9 )
B 2
î\ï. de la Luzerne. D'abord quand on poufroîc
admettre ce principe dans certains cas, la confé-
tjuence eft très-faufïê par rapport à la marine car
lesévo'utionsdes vaiiFeiux ne changent pas en raifort'
du nombre d'hommes qu'il y a ̃> les manœuvres ne
font pas différentes leur exécution ri'a qu'une ma-
hière; leur précifion qu'un point & toute la dit.
férence tient a faire agir les leviers. Or, quand on
fait bien faire une difhibution de petites forces à
un petit objet, on le faura également à un objet
plus confcqnent, fur tout abfolument le même,
comme en ce cas dans la marine. I.a différence
d'un grand à un petit vaifTeau ne tient point la
forme
à la
t à. la force des canon?; & fi l'an a, des moyens pro-
il ne paroît p"as dou-
tc-ux que celui qui faurâ^bien ordonner pour" l'an,
ne enfin
c'eft comme (i l'on d^iloit qu'un particulier fable
& habitué à faire remuer -des mânes du 'poids de
ijo à- 60 livras, par un feul homme, fe trouveroi
de troisà quatre cents
Uvres par cinq ou ïix hommes il faut avouer qu'on
ne que ce talent fût réferv
exclufnemcnt aux ojjùitrs privilégiés ..deÛmarine.
Il faut pourfuivic la fuite de cette pbraie, &
C*o)
montrer l'abfurdité de ces" mots lo/fqu il ferait force
de guerre; comme fi jamais un capitaine avoit été
forcé de quittera barque pour prerdre le comman-
dement d'un' vaifleau de guérie
venir là, onn'avoit pas toujours pafi'c par des grades,
intermédiaires-, fi dans ces grades intermédiaires on
r'a pas à commander beaucoup de monde fi enfin
en
officier. Ou!,
frit arrive fous l'ancien régime non fans avoir eu
préalablement le titre d'omcter, mais fans avoir
été réellement officier actif. Au refte il en eu. de
ces hommes comme des chofes quand on fait
commander â cent matelots, on fait commander à
deux cents, on fait commander à mille
pas comme une armée de terre, dont les évolutions
varient & fe multiplient félon le nombre de foldats..
Le vaifleau le plus-petit, ou le vaifleau le plus
grand, lorfque les arméniens font complets, dont
l'un a befoin de cent hommes & l'autre mille d'équi-
page, exigent, dans un combat particulier, les mêmes
connovflances, les mêmes manœuvres, les mêmes
évolutions, les mêmes reflburces ce fait né peut
être contçfté & il prouve, arec ce qui a été dit
M. de la Luzerne eft dans l'er-
reur en "difant que ne s'étant jamais trouvé qu'avec
B3
des équipages peu nombreux, oh feroit très embar-
rafîë pour commander la première fois un vaiffeau
de guerre; mais quand les raifons manquent, &
qu'on tient à un mauvais fy (tertre qu'on veut pro-
téger, il faut bien, à leur place employer des fub-
tilités de raifonnement & des fophifmes. Cette
phrafe, enfin, n'efï-elle pas dérifoire- & infultante
pour tous ceux qui t'entendent, & qui favent que
la marine marchande a toujours été mcprifJe avilie
par la marine royale, & traitée d'une manière en-
core bien plus ofFenfanre qu'on ne l'a'dit plus haut ?
Mais le moment s'approche il faut du moins l'ef-
pérer où il faudra qu'elle fe mette de niveau à l'éga-
lité du mérite, & que les membres en foientf ci-
toyens. Peut-êrre même feroit-ce le moment d'une
Vengeance mais celle des ofliciers marchands cit
gencreufe ils la tiennent prête dans leurs cœurs
& c'efl devant les ennemis do la nation qu'ils veulent
la prendre, en prouvant aux ôfliciers de l'ancienne
marine, par leur dévoilement à la patrie, qu'ils
font aujjî dignes qu'eux d'en partager les honneurs
comme les périls.
Il feroit, fans doute, inutile, Meilleurs d'ajouter,
à l'appui de nos raifons des citations de faits dont
le fou venir eft déchirant pour le coeur de tous bons
François, .qui prouveraient pourtant que c'eft à
l'excès de pcécifion de cette. tactique, dont. on fait
tant former le mot qu'on doit la perte de la plus
belle occafion qui fe foit jamais d'anéantir
nos ennemis que c'eft à un défaut de manœuvre
particulière qu'il faut attribuer la • perte d'une ba-
'tail!e qui nous a ctc'ïî funeflé & enfin qtre fi notre
marine h'dl pas la première de l'univers, ç'eft le
Nous pourrions auJfi donner des exemples en fa-
veur de iios demandes, en rappelant les grands
hommes de mer que la marine marchande a formé
dans fon fein en difant que le fcul mal que l'An-
gleterre ait éprouve dans la guerre de 7S6\ lui a
été caufe par les corfaires, & en c!tant les actions
d'éclat qvie ceux de la guerre dernière ont tait; mais
du
droit des citoyens, les augufles icg'Jiateurs qui
bnt décrète
Nous croyons, Meflîeurs, avoir aflez démontre
les dangers qu'il y auroit pour les principes qu'a
décrété l'aflèmblée nationale &' même pour la
conftitution qu'il reftât la moindre trace de l'an-
cien régime, dans l'ojganifation de la marine; nous
avons développe les moyens qui pourraient y a-
mener encore & nous allons indiquer les articles
du projet de décret du comité de marihe qui ten-
dent à ce but; nous nou> permettrons énfuite, en
donner un, que nous penfohs pouvoir remplir es
Oî)
li4
fagesvuesde nos Iégiflateurs, en affurant à la na-
tion une marine formidable en hommes, & à tous
les citoyens l'avantage de pouvoir y concourir feloii
leur mérite & leurs talens.
ARTICLES DU PROJET DE DÉCRET
SUR l'organisation DE LA marine
militaire, présenté par lecomite
DE marine, qui sont A réformer.
M A TE LOT S.
Ceux qui auront commencé a naviguer en
qualité dé novices pourront après mois
de navigation être adnris F état de matelot'
Douze mois de navigation en qualité de novice,
ne fuffiflènt pas po«r faire'même un très-médiocre
matelat; il en faut $1 moins vingt-quatre.
Maîtres entretenus.
Les maîircs entretenus de tnanoeiiyres &. de ci?-
règles diaprés énoncées encore qu'Us eujfeit
pajfé l'âge auquel l'admijjîon aux
Les mettes entreterius de manoeuvre de ca-
<*4)
nonnage ne doivent devenir officiers que comme
les autres citoyens fans cela it y auroit une dif-
férence en leur faveur que les principës reçus n'ad-
mettent pour perfonne. Ainfi cet article doit être
• nul.
Ceux qui fi prefinteront pour finir en qualité
d'afpirans dans tu marine ne pourront y être
admis qu après quinze ans (fdge accomplis, &
feulement après avoir fui un examen public fur
l'arithmétiq'ie la géométrie, la navigation df
les élémens de la mééanique,
il faut ôter de l'examen de la
mécanique c'eft trop exiger de jeunes gens qLi
font loin de devenir officiers & quj auront le
temps d'apprendre.
XIII.
Les 'afpirans feront divifés en trois ctajès.
Dans lu troifième feront compris tous ceux
qui commenceront à naviguer. Ils feront fur Us
où on les emploiera l'apprentijfage
Dans la féconde clajfe on admettra tous ceux
qui auront dix -huit mois de navigation ils
(>O
feront k fervice
tous les grades d'officiers mari-
niers celai de maître excepté.
Ils ne feront reçus dans la première clajfe
qu'après deux ans & demi de' navigation 6'
après avoir fubi un examen aû la
théorie & la pratique de fart maritime pourvu
qu'ils n'aient pas pajfé l'dge de vingt ans. 1$
nombre des afpirans de la première clajfe fera
limité. Le temps de la navigation fera évalué
conformément aux difpofitions énoncées dans
l'article XIX.
Il cft inutile & très-dangereux que Ie nombre
d'afpirans d'aucube cIa1fe foit limité fans cela
nous retomberions dans l'ancien régime parce
qu'ils feroient bande à part pour la marine mi-
litaire, & feroient la pépinière exclufive qui four-
niroicnc aux officiers-; au lieu de cela il faut les
encourager. il faut qu'ils fourniflent en effet les
officiers de la marine fervent
avec les mêmes grades foit fur les vaifleaux de
l'état foit fur les vaifleaux du commercé. Le
plus grand noznbre efl le meilleur'; car il fera
un ftimulant pour fe rendre capables afin d'avoir
la préférence.
Il faJt que les afpirans de la première clafle
puiiïent s'embarquer & être en état de remplir la

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