Mémoire sur un vase de plomb trouvé dans la régence de Tunis / par M. le commandeur de Rossi, de Rome ; traduit de l'italien par M. A. Campion,...

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F. Le Blanc-Hardel (Caen). 1868. Art paléochrétien -- Tunisie. 37 p. : fig. ; in-8.
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Publié le : mercredi 1 janvier 1868
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Ri
MÉMOIRE
SUR
UN VASE DE PLOMB
TROUVÉ
DANS LA RÉGENCE DE TUNIS
PAR M. LE COMMANDEUR DE ROSSI, DE ROME
Il Ï : ïh DE L'ITALIEN PAR M. A. CAMPION
1,.,,.. -- CE LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE D'ARCBÉOLOGIE CA MPI ON
CAEN
F. LE BLANC-HARD;EL, IMPRIMEUR-LIBRAIRE
RCE FROIDE, 2
1868
(9
Extrait du Bulletin monumental publié à Caen par M. de L'aumont.
MÉMOIRE
SUR
UN VASE DE PLOMB
TROUVÉ
DANS LA RÉGENCE DE TUNIS
PAR M. LE COMMANDANT DE ROSSI, DE ROME
A l'Exposition universelle de Paris, mes regards furent
attirés par un objet curieux placé parmi les monuments an-
tiques de toute espèce de la région Tunisienne. C'est un vase de
plomb, dont l'usage est indiqué par l'inscription ANTAHCATE
TAOP MET ET<ï>POCTNHC (prenez l'eau avec joie), et
dont le caractère chrétien est attesté par les images symboliques
qui le décorent. La destination du vase et son ornementation
symbolique forment un sujet digne d'une étude spéciale, qui
doit jeter de nouvelles lumières sur les antiquités chrétiennes.
M. le comte de Richemont, qui a un goût très-vif pour
l'archéologie, a voulu , à la suite d'un entretien que j'ai eu
avec lui, faire reproduire par la photographie, dans les di-
mensions de l'original, toutes les faces du seau tunisien , et
cette reproduction, il l'a mise gracieusement à ma disposition.
Les dessins ci-après présentent le vase réduit à la moitié de sa
grandeur. Je commencerai par en donner une description ;
j'essaierai ensuite d'en expliquer l'usage et les figures et d'en
déterminer l'âge.
4 SUR UN VASE DE PLOMB
S Pr,
DESCRIPTION DU MONUMENT.
Le vase est profond ; il n'a ni couvercle ni anse ; il est
plutôt elliptique que rond, c'est-à-dire un peu aplati. Cette
orme procède du mode de fabrication de l'objet : les figures
VUE D'UN DES CÔTÉS DU VASE.
et les lettres ont été imprimées en relief sur une longue lame
de plomb, qui a été ensuite enroulée et soudée sur un épais
parement de même métal. Pour ne pas gâter les empreintes,
on n'a pas voulu battre la lame autant qu'il aurait fallu le
faire pour lui donner la forme parfaitement circulaire. Les
TROUVÉ DANS LA RÉGENCE DE TUNIS. 5
2
bords du vase sont repliés en dehors; on ne voit pas la moindre
trace de la soudure des oreilles auxquelles aurait été attachée
une anse mobile, si cet ustensile avait servi à puiser de l'eau
de puits, Il paraît donc avoir été exclusivement destiné à
recevoir de l'eau à la fontaine ou à conserver l'eau obtenue
au moyen d'un autre vase. Ces détails si minutieux ne sont
pas sans utilité pour l'explication de l'usage de l'objet inté-
ressant qui nous occupe,
VCR DE L'AUTRE CÔTÉ.
L'inscription grecque, composée de bons caractères an-
ciens, est tracée sur une bande qui se termine en queue
d'hirondelle, forme très-usitée dans les cartouches des in-
scriptions existant sur les monuments de l'ère impériale
6 SUR UN VASE DE PLOMB
romaine. Je parlerai plus tard du texte de cette inscription.
A chaque extrémité se voit une empreinte en forme de carré
long. Dans la première est représenté le groupe des paons,
qui approchent leurs becs du col d'un vase, groupe que
l'on rencontre si souvent dans les œuvres d'art de toute
espèce, surtout dans les monuments de l'art chrétien du
IVe siècle et des suivants. Dans l'autre, se voit le remar-
quable type classique, ou plutôt profane, d'une Néréide assise
sur le dos d'un hippocampe, auquel elle présente à boire.
Près de la queue de l'hippocampe nage un dauphin , devant
la tête duquel se dresse une conque de l'espèce des trom-
pettes, limite de la course de ces monstres marins fan-
tastiques.
Aux deux côtés et sur le rebord inférieur du vase s'étend
une bande ornée de la branche de vigne, qui, dans ses
ondulations symétriques, présente alternativement des pam-
pres et des grappes. Dans la même corniche sont disposés
deux ordres de figures. Sur le premier plan, deux groupes
sont placés vis-à-vis l'un de l'autre dans les faces principales
du vase. A droite, le bon pasteur est debout entre le palmier
et un gladiateur, dont la main montre, en l'élevant, la couronne
du vainqueur qu'il a prise sur une colonne. A gauche,
se voit la femme en prière entre le palmier et la victoire sous
la forme ordinaire d'une femme ailée qui, d'une main , tient
la couronne triomphale, et, de l'autre, la branche de palmier.
Sur le plan inférieur, des deux côtés du vase , se trouve
répétée la scène bien connue du rocher d'où s'échappent les
quatre fleuves et sur lequel est plantée la croix ; à terre, un
cerf et une brebis viennent se désaltérer dans les eaux mys-
tiques.
Pour séparer ces groupes, on a garni la partie plus con-
vexe du vase de quatre empreintes affectant également la
forme du carré long, qui représentent des combats d'animaux.
TROUVÉ DANS LA RÉGENCE DE TUNIS. 7
Le dessin ne reproduit rien de ces empreintes ; la partie
du vase qu'elles occupent n'a pas été présentée de face,
parce qu'elle est fruste et qu'il est difficile d'en donner , sur-
tout par la photographie, une image un peu nette.
Par les figures sacrées et profanes qui s'y trouvent entre-
mêlées, le vase qui fait l'objet de cet article est un monument
très-rare et même unique en partie. Mais avant d'aborder
les explications auxquelles il donne lieu , je dois rechercher à
quel usage il était consacré.
§ IL
SYMBOLISME CHKÉTIEN DE L'EAU DES PUITS ET DES FONTAINES.
Le bon pasteur, la croix et les autres emblèmes du culte
chrétien figurés sur le seau, semblent caractériser un meuble
sacré et invitent les archéologues à en rechercher l'usage
liturgique. Mais ces seules images ne forment pas une preuve
suffisante de la destination plutôt sacrée que domestique du
vase. Les anciens fidèles, pour que leur esprit fût constam-
ment occupé d'idées religieuses, en multipliaient les symboles
et les signes, même dans l'intérieur de leurs habitations.
Tous leurs meubles particuliers en étaient revêtus ; leurs
habits présentaient même, dans le tissu dont ils étaient
formés ou dans leurs empreintes, des images semblables à
celles que l'on voit dans les mosaïques et dans les sculptures
des tombeaux et des églises. Je ne cite pas d'exemples à
l'appui de cette assertion , parce que l'occasion se présentera
de traiter ce sujet dans le Bulletin avec tous les développe-
ments qu'il comporte. Indépendamment des figures symbo-
liques dont les meubles étaient décorés , l'ornementation
8 SUR UN VASE DE PLOMB
analogue des ustensiles de ménage d'un usage quotidien ,
comme les lampes, les fontaines, les citernes, etc., donnait
occasion aux premiers chrétiens de se rappeler les préceptes
de l'Évangile, et vivifiait leur foi en Jésus-ChrisL J'ai déjà
entretenu les lecteurs du Bulletin (n° de janvier, page 14)
des pensées symboliques suggérées aux chrétiens par l'usage
des lampes nocturnes. Je dois dire encore que la parabole
évangélique des lainpes que tenaient devant elles les vierges
sages en allant à la rencontre de leurs époux, a fait naître
l'inscription Parabo lucemam Christo meo, gravée sur le
chandelier d'or que Galla Placidia, qui l'avait commandé,
avait offert à l'église de Ravenne au lieu de le conserver dans
son palais (1). Maintenant je vais parler des inscriptions re-
latives au sens mystique de l'eau , qu'on trouve sur les puits
et les fontaines.
La signification symbolique des sources, des puits et des
fontaines est si répandue et si palpable dans l'ancien et le
nouveau Testament, que je ne crois pas nécessaire d'en en-
tretenir mes lecteurs. Origtae a fait un éloquent et complet
résumé de tous les passages des écritures où les puits et les
citernes donnent lieu à des interprétations symboliques et
spirituelles, et le brillant enseignement du docteur d'Alexan-
drie explique aussi clairement que possible le sens mystique
d'une scène représentée sur l'un des plus anciens tombeaux
du cimetière de Calliste. On y voit un homme tirant d'un
puits un seau qui est vide, tandis que, sur un plan plus
élevé, un docteur assis tient un livre ouvert (2). Ce livre
est oejui de la divine parole, dont le Christ disait près du
puits de la Samaritaine : Qui biberit ex aqua, quam ego
dabo , non sitiet in œternum (Joann., IV, 13). Isaïe com-
(1) Agnelli, Viite pontif. Ravenn., et Bacchmi, p. 233.
(2) V. Roma sott., t. II, p. 345, 366.
TROUVÉ DANS LA RÉGENCE DE TUNIS. 9
mençait son chapitre LV, 'où sa voix prophétique convoquait les
peuples à l'église , par ces mots : Omnes sitientes venite ad
aquas ; et le dernier verset de l'ancien Testament, dans
l'Apocalypse, contient l'invitation suivante : Qui sitit veniat et
qui vult accipiat aquam vitæ gratis (Apoc., XXII, 17). Les
paroles sacrées des oracles divins que je viens de citer rendent
bien faciles à comprendre les allusions spirituelles et sym-
boliques des appels adressés aux mortels altérés dans les in-
scriptions qui se rencontrent sur les putéaux. L'avant-dernier
vers du poème attribué à saint Jérôme sur le psautier
de David : Quisque sitit veniat cupiens haurire fluenta , fut
gravé sur les épistyles de la citerne établie dans le vestibule
du monastère de Pammachio in Por/o (1) et sur les bords
d'un putéal vu à Rome par Sarazani, qui le fait remonter au
temps du pape Damase (2). Crescimbeni a lu sur le cou-
vercle d'un puits situé près de l'église St-Jean-Porte-Latine,
à l'est de cet édifice, les paroles d'Isaïe en caractères qui lui
ont paru très-anciens (3) : Omnes sitientes venite ad aquas.
Ces paroles me paraissent appartenir à un putéal du xe siècle
que l'on conserve toujours devant l'église St-Jean. On
voit encore à Marino, sur l'ancien piédestal d'un vase,
ces mots : Sitientes venite ad aquas (U) ; et dans la villa
Altoviti, sur la rive droite du Tibre, le propriétaire actuel
( S. Exc. Mgr de Mérode ) , m'a montré, avec sa
courtoisie habituelle, un putéal portant cette inscrip-
tion en caractères du VIIIe ou du IXe siècle: De donis
Dei et sancti Marci Johannes presbyter fie(ri) rogabit.
Omnes sitiente(s) lenite, henite, ad aqua(s) et si quis
(1) V. Bull. 1866, p. 50, 51.
(2) V. l. c., p. cit.
(3) Histoire de l'église de St-Jean-Porte-Latine, p. 94.
(4) Lucidi, Storia de If Ariccia , p. 228.
1"0 SUR UN VASE DE PLOMB
de ista aqua petio tuleri(t) anathema sit (1). Cette
inscription fut trouvée par Doni, au XVIIe siècle, dans le
vignoble de M. Antonia Toscanella, en face de S. Rocco,
c'est-à-dire sur l'emplacement même de la villa Altoviti.
Marini l'a relevée sur les manuscrits de Doni, et Mai l'a
publiée (Script. veter., t. V, p. 191, 2) ; mais la première
copie n'étant pas fidèle, la reproduction est très-défectueuse.
L'anathème prononcé contre celui qui voulait exiger un prix
de l'eau, quand on devait en laisser l'usage gratuit à tous,
fait allusion aux paroles de l'Apocalypse : Qui sitit veniat.
accipiat aquam vitœ gratis. Ces inscriptions du moyen-âge
sont un écho de celle des temps Damasiens : Quisque sitit
- veniat cupiens haurire fluenta, qui est à son tour un écho
de l'enseignement antique sur le sens symbolique et spirituel
des puits attesté par les peintures Callistiennes , ainsi que des
leçons du docteur d'Alexandrie et de plusieurs autres inter-
prètes des saintes Écritures.
Il est, par suite, tout naturel que les seaux des puits et
d'autres vases servant à puiser ou à conserver l'eau soient
revêtus d'images sacrées (surtout si ces images font allusion
à la parole divine et à ses effets). Aussi les fontaines publiques
de Constantinople furent ornées de scènes bibliques par ordre
de Constantin (2). Ce genre de décorations a dû d'autant
plus être appliqué aux fontaines, qu'il en a existé au milieu
des atria des basiliques jusqu'au IVe siècle. Comme ces
atria étaient pourvus parfois non-seulement de fontaines
d'eau vive, mais aussi de puits et de citernes (3), les seaux
(t) Le mot pretio devant être rapporté au vendeur plutôt qu'à
l'acheteur a été mis ici, suivant le langage vulgaire, au lieu de
pretium.
(2) Euseb., De vita Constanlini, lib. III, cap. XLIX.
(3) V. Svicer, v. AOÛT Y] p.
TROUVÉ DANS LA RÉGENCE DE TUNIS. 11
et autres vases analogues, ornés d'images sacrées, devaient
faire partie du mobilier des églises , aussi bien que des
mobiliers domestiques. Le musée du Vatican en renferme
un échantillon resté inédit : c'est un seau de bronze avec
anse, sur le pourtour duquel est gravée l'image du Sauveur
au milieu des douze apôtres, désignés chacun par son
nom en caractères grecs. Ce seau, dit-on, a été retrouvé,
dans les premières années du siècle actuel, au milieu de
la place St-Marc. Si le fait est vrai, on peut croire que
le vase dépendait du puits établi dans l'atrium de la basi-
lique (1). Du reste, les seaux de bronze furent décorés
aussi d'images profanes. Ainsi, à Rome, la galerie Doria
présente un seau trouvé à Césarée, en Palestine, sur lequel
la gravure a reproduit des scènes homériques. Cette œuvre
date, suivant l'avis du ch. Brunn que je partage, du IVe
siècle.
§ III.
DES VASES A EAU BÉNITE.
L'usage de l'eau bénite dans l'église est incontestablement
très-ancien. Sans répéter ce qui a été écrit par d'autres sur
ce sujet (2), il suffit de rappeler que la formule à prononcer
(1) C'est à ce puits qu'appartenait également le putéal avec l'in-
scription : De donis Dei et sancti Marci, etc. Il faut déduire de cette
inscription que le lieu où elle se trouvait dépendait d'une église dédiée
à saint Marc ; or, je ne sache pas qu'il ait jamais existé aucune église
sous l'invocation de ce saint sur l'emplacement de la villa Altoviti ou
dans le voisinage. Il se peut donc que cette terre ait appartenu en pro-
priété à la basilique de St-Marc.
(2) V. Paciaudi, De sacri$antiquor. balneis, p. 160 et suiv. ;
Pelliccia, De eccles. polit., t. I, liv. III, sect. 2, ch. m; et Martigny,
Dieu, art. EAU BÉNITE.
12 SUR UN VASE DE PLOMB
par l'évêque pour bénir l'eau que lui présentaient les fidèles
est consignée dans les constitutions apostoliques. L'émineht
cardinal Pitra a démontré que cette formule est due, non à
Mathieu , comme on l'avait cru vulgairement, mais à Ma-
thias , l'élu au sort à la place de Judas (1). Il faut donc tenir
pour certain que, vers la fin du IIIe siècle, sinon auparavant,
la bénédiction et l'usage liturgique de l'eau faisaient partie
des solennités de l'église, et qu'on les regardait comme étant
d'institution apostolique. Ceci posé, le seau tunisien qui est
sans anse et ne pouvait servir à tirer de l'eau d'un puits,
me paraît rentrer dans la classe des vases à eau bénite. L'in-
scription ANTAHCATE YAQP MET EÏ^POCTNHC, qu'il
présente sur sa surface convexe, près du bord supérieur,
fait allusion, comme celles des putéaux latins, à quelque pa-
role d'Isaïe ; par exemple, au verset 8 du chap. XII, que
nous empruntons à la Vulgate catholique : Haurietis aquas in
gaudio de fontibus Salvaloris. Cette inscription , à l'époque
byzantine, fut conservée sur les vases d'eau bénite. En effet,
sur l'urne de marbre de Paros, que les Vénitiens rapportèrent
de Constantinople à Murano, on lit (2) : + ANTAHEATAI
YAQP META ER(PPOEYNHE. OTI OQNH KY EllI TQN
YAATQN ( haurite aquam cum gaudio, quoniam vox Do-
mini super aquas). La seconde partie de l'inscription est
reproduite sur un seau de bronze destiné à recevoir de l'eau
bénite, venu on ne sait d'où au musée Gaddi de Florence (3) :
+ OQNH Kr Eni TQN YAATQN 0EOC THC AOEHC
EBPONTHCE P ( vox Domini super aquas ; Deus gloriœ
intonuit). Ces inscriptions, tirées du verset 3 du psaume
XXVIII, font allusion à la voix de Dieu, qui s'est fait en-
(i) Pitra, Juris eccl. Grœc. histor. et monum., t. Ier, p. 62.
(2) Paciandi, loc. cit., tabl. IV.
(3) Gori, limer. Etrur., t. III app., p. 12, n° 12.
TROUVÉ DANS LA RÉGENCE DE TUNIS. 13
3
tendre sur les eaux du Jourdain lors du baptême du Christ.
Aussi chez les Grecs c'est un usage solennel de bénir l'eau à
l'Épiphanie en mémoire de ce mystère. Les caractères tracés
sur le seau tunisien doivent le faire ranger dans la classe des
vases byzantins à eau bénite. Les figures dont il est orné en
attestent la haute antiquité ; il est de beaucoup plus ancien
que les vases du même genre connus jusqu'à présent ; c'est
sans aucun doute, de tous les échantillons que nous possédons
de cette espèce de curiosités de l'art chrétien, celui qui date
du temps le plus reculé.
Puisque j'ai parlé des inscriptions byzantines des vases à
eau bénite, je ne terminerai pas ce paragraphe sans faire
mention de celle qui, dans les siècles suivants, est devenue
très-usitée et a supplanté, en quelque sorte, les anciennes
inscriptions composées avec les paroles d'Isaïe et du Psalmiste.
Le vers NIWON ANOMHMATA MH MONAN OWIN (lave tes
péchés et non pas seulement ton visage), est un jeu d'esprit by-
zantin consistant à arranger les mots d'une sentence demanière
à ce qu'elle puisse être lue aussi bien de droite à gauche que
de gauche à droite. Le ch. Kirchhoff, dans son Corpus inscr.
grœc., n° 8940, a parlé de l'auteur de ce vers et de beau-
coup d'autres niaiseries semblables de la littérature byzantine
corrompue, qui ont été recueillies dans l'Anthologie Planu-
déenne. Kirchhoff connaît trois exemples du vers gravé sur
les vases à eau bénite, outre celui qui a été publié par
Grutero (1) et par Rosweido (2) : deux en lettres d'or sur
les vases de la basilique de Stc-Sophie à Constantinople, et
un sur la fontaine du monastère grec de Mauromolos, dans
le Bosphore de Thrace (3). Il faut ajouter à ces exemples le
(4) hisci-ipi., p. 1047, 9.
(2) V. Paulini opp., édit. Véron, p. 882.
(3) Chishull, Voyages, p. 42; Grelot, Relation d'un voyage de
Constantinople, p. 161 ; Clark, Voyages, II, 3, p. 509.

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