Mémoire tendant à appeler le concours du gouvernement et des administrations départementales pour l'exécution du projet d'établissement, en Algérie, de 86 colonies agricoles et industrielles, sous la dénomination de Colonies départementales / [par Coeur de Roy]

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impr. de A. Bourget (Alger). 1853. Algérie -- 1830-1962. France -- Colonies -- Afrique. 27 p. ; in-8.
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Publié le : samedi 1 janvier 1853
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TENDANT
ET
DES ADMINISTRATIONS DÉPARTEMENTALES
POUR
L'EXÉCUTION DU PROJET D'ÉTABLISSEMENT,
En Algérie,
DE
86 Colonies Agricoles et industrielles,
SOUS LA DENOMINATION DE
COLONIES DÉPARTEMENTALES.
ALGER.
IMPRIMERIE DE A. BOURGET, RUE SAINTE , 1.
1853.
Alger, le
1853
MONSIEUR,
J'ai l'honneur de vous adresser ci-joint , un exemplaire du
Mémoire que j'ai publié , en 1848, sur le Projet des Colonies
Départementales , à fonder en Algérie,
Les considérations que j'ai développées dans ce Mémoire
peuvent se résumer ainsi :
L'idée de la fondation de quatre-vingt-six Colonies Agrico-
les, prenant chacune le nom du Département fondateur, paraît
féconde en heureux résultats et de nature à écarter une infi-
nité d'obstacles qui ont arrêté, ou singulièrement paralysé le
succès des établissements que l'administration a tenté de fon-
der jusqu'à ce jour.
Les inconvénients des Colonies Agricoles créées par le Gou-
vernement, les avantages du mode proposé, n'ont sans doute
— 2 —
pu échapper à l'Administration ; mais, obligée de céder à des
exigences politiques, le succès de ces établissements n'a pu
être la règle absolue de sa conduite.
Coloniser l'Algérie, c'est la mettre en valeur par la culture.
Or, le plus grand nombre des colons transportés dans ce but
sont complètement étrangers a l'agriculture. Pris à Paris, ils
ne devaient naturellement fournir que des ouvriers d'art. Ce-
pendant, ce sont des colons cultivateurs qu'il nous faut pour
fonder des Colonies Agricoles.
Le mélange d'hommes pris au hasard pour former des cen-
tres de population ne produit que des inconvénients. Ainsi
réunies, les populations restent et vivent isolées.
Les habitants d'un village, venus de tous les coins de la
France , n'ont aucuns souvenirs communs, aucunes habitudes
sympathiques; ils ne peuvent s'entretenir du pays, pour se
consoler de l'exil; on sait la diversité de moeurs, d'habitudes,
de jeux; rien ne lie le villageois du nord à celui du midi; ceux-
ci travaillent d'une façon, ceux-là d'une autre ; l'un avec un
instrument, l'autre avec un autre; et l'on sait la répugnance
invincible qu'éprouve l'ouvrier des champs à travailler autre-
ment qu'on le fait dans son village, avec d'autres instruments
que ceux dont il a fait usage toute sa vie.
Il résulte de là que les colons, ainsi choisis, ne peuvent ni
vivre ensemble, ni se secourir dans l'oeuvre de la colonisation.
Des hommes qui ne se sont pas connus, qui ignorent le passé
les uns des autres, s'abandonnent plus facilement au.désordre;
la morale en souffre comme le travail.
Dans la colonisation fondée par déparlement, on rencontre
les avantages de tous les inconvénients que nous venons de
signaler.
Les hommes venus ensemble se surveillent réciproquement.
S'ils s'oublient, leur famille, leur village peuvent connaître
leur inconduite ; c'est une solidarité qui leur pèse et qui les
retient.
— 5 —
La communauté d'habitudes, de langage, de plaisirs de tra-
vail les réunit et leur fait oublier l'exil ; s'ils peuvent ainsi
s'entretenir au moral, ils évitent la nostalgie ; ils peuvent pa-
reillement se secourir dans leurs occupations agricoles. Il est
des époques dans l'agriculture où il faut nécessairement une
certaine réunion de bras pour exécuter certains travaux; leurs
bras sont accoutumés au même ouvrage et au même procédé ;
ils se rendront d'indispensables services ; sinon, ils s'abandon-
neront et succomberont à la peine.
Si la colonisation gagne à l'emploi de ce mode de fonder des
colonies, les départements n'y trouveront pas un moindre
avantage. Ils s'imposent pour venir au secours des ouvriers
sans travail: ils font ainsi aux familles malheureuses l'aumône
du pain qui leur manque. Combien ne serait-on pas plus heu-
reux de leur fournir du travail! L'aumône humilie, le travail
donne droit à l'assistance.
L'aumône peut imposer des sacrifices sans terme ; le tra-
vail donnera bientôt le moyen de s'en passer.
Les colonies en général attirent peu l'intérêt de la métro-
pole ; la colonie d'un département intéressera et attachera iné-
vitablement le département qui l'aura fondé.
Veuillez agréer, Monsieur, l'assurance de ma considération
la plus distinguée,
COEUR DE ROY,
Négociant , Trésorier de la société d'agriculture d'Alger,
juge au tribunal de commerce,
COLONIES DÉPARTEMENTALES
EN ALGÉRIE (1)
La conquête de l'Algérie est, non-seulement un fait d'armes
glorieux pour la France, mais un événement pour ainsi dire
providentiel qui lui offre, dans les circonstances actuelles, le
bénéfice d'avantages matériels, moraux et politiques dont
elle ne saurait manquer de profiter, au moyen du vaste déve-
loppement qu'elle peut, qu'elle doit donner à la colonisation
agricole de ce pays; oeuvre pacifique, mais non moins glorieuse
que la conquête du sol par les armes, et qu'il est de l'intérêt,
comme de l'honneur de la France, de poursuivre avec ardeur
et constance.
L'Assemblée Constituante, pénétrée de la grandeur de l'en-
treprise, avait largement ouvert la voie, par le vote d'un cré-
dit de cinquante millions destinés à fonder des Colonies Agri-
coles en Algérie; il appartient maintenant aux hommes émi-
nents et éclairés qui sont aux sommités des pouvoirs publics
de la métropole, de poursuivre cette oeuvre entreprise sous des
inspirations trop exclusivement politiques, de lui rendre son,
(1) Ce Mémoire a été rédigé en 1848.
caractère d'utilité générale, et par un heureux concert de vo-
lontés et un intelligent emploi des ressources dont ils peu-
vent disposer, de lui donner l'impulsion et l'extension qui lui
sont nécessaires.
Ajoutons que l'accomplissement d'une pareille tâche semble
surtout réservé par la Providence au Gouvernement de Louis-
Napoléon, à ce Gouvernement qui a fondé le rétablissement
de l'Empire sur le principe des conquêtes de la Paix.
En présence de la nécessité de favoriser l'émigration et
l'établissement en Algérie d'une nombreuse populationde Fran-
çais, l'idée d'appeler chaque département à y fonder un ou
plusieurs centres de population et à en fournir seul les habi-
tants, nous paraît une idée d'ordre, heureuse, morale, qui doit
être féconde en bons résultats. Cette conception discutée et ap-
profondie, et à la réalisation de laquelle viendraient concourir
le Gouvernement et les Départements fondateurs, dans les pro-
portions combinées de l'intérêt de chacun,nous semble receler
d'heureuses conditions de succès.
En résumé, cette combinaison consiste à appeler chaque Dé-
partement de la métropole à établir en Algérie, un ou plusieurs
centres de population dont il fournirait seul les habitants.
Chaque colonie prendrait le nom du département fondateur.
Les Colonies seraient essentiellement Agricoles, mais elles
pourraient aussi, suivant les conditions de localités, être in-
dustrielles.
Elles seraient, autant que possible, placées dans les zones ou
régions analogues ou correspondantes à celles des départe-
ments qu'BHes représenteraient.
L'émigration des Colons serait volontaire; elle serait pro-
voquée par des offres aux familles d'agriculteurs ou d'indus-
triels, honnêtes et probes, que des infortunes auraient atteints.
Elle devrait avoir lieu sous des conditions .tellement consi-
dérables pour les émigrants, que l'avantage d'y prendre part
deviendrait une faveur et une récompense, et le but une occu-
— 5 —
pation utile à tous les intérêts, à la quelle s'attacheraient bien-
tôt les Administrations Départementales , les Sociétés de Bien-
faisance et les hommes de progrès.
Les concessions de terres obtenues de l'État par les Dépar-
tements, seraient faites par ceux-ci aux Colons, avec titres dé-
finitifs, sous condition de paiements facultatifs, en capital ou
en rentes, mais avec des conditions tellement favorables de
libération, que la propriété ainsi concédée, serait presque
donnée.
Les dépenses d'Établissement de ces Colonies seraient faites
en grande partie par l'État, ou par toute autre ressource, et
l'autre partie, par les Départements, soit au moyen de cotisa-
tions volontaires, soit au moyen du produit de contributions
extraordinaires, qu'ils sont ou pourraient être autorisés à s'im-
poser et à employer à cet objet.
Tel est, en substance, le projet dont la réalisation est solli-
citée.
Les diverses parties de ce Mémoire ne sont que le dévelop-
pement et le classement de ces idées et de ces bases.
CHAPITRE 1er.
DE L'UTILITÉ & DES AVANTAGES DES COLONIES DÉPARTEMENTALES
SOUS LE RAPPORT MORAL, POLITIQUE & MATÉRIEL.
Au point de vue économique, coloniser l'Algérie par la fon-
dation de quatre-vingt-six centres principaux de population,
représentant les départements de France, est une gigantesque
et généreuse entreprise, car elle tend : à accroître prompte-
ment et dans une notable proportion la population de ce pays,
déjà trop peu nombreuse pour consommer les productions
agricoles qu'il peut rendre bientôt ; et à couvrir l'étendue de
son vaste territoire d'un nombre considérable de Colonies
Agricoles et Industrielles qui lui donneront la vie, l'activité et
la richesse d'une contrée européenne.
Au point de vue moral et humanitaire, convier chaque dé-
partement à s'exonérer de l'exubérance de ses classes agrico-
les et industrielles nécessiteuses, en les établissant sous son
nom, sous sa protection, sous son égide, sur un fertile con-
tinent, que la Providence semble offrir tout exprès non loin
de la mère-patrie, à la condition d'y devenir chacun, de pro-
létaire qu'il est, propriétaire d'un toit pour son abri, d'un
champ suffisant pour y trouver sa subsistance et d'y être mis
en possession d'un état d'aisance et de moyens de prospérité,
est une idée éminemment morale et bienfaisante, car elle a
pour but d'essayer et de contribuer, sans mesures coërcitives,
et au contraire dans des conditions philantropiques, a réduire
sinon à éteindre le paupérisme en France.
— 8 —
Au point de vue politique, peupler le pays conquis par la
France d'un nombre considérable de Français, est un moyen
pour elle de s'assurer à jamais la possession de sa conquête.
En face d'une population toute Française, nombreuse, com-
pacte, occupant les points importants du pays, les parties les
plus fertiles du sol, mise par le temps et la force des choses
en contact de commerce et en communauté d'intérêts avec la
race indigène vaincue, la soumission de celle-ci sera complète
et à jamais assurée.
L'agglomération d'une population nombreuse et toute Fran-
çaise sur le territoire Algérien, ne sera-t-elle pas aussi un
autre sujet de garantie de conservation de la conquête et une
certitude qu'elle ne pourra tomber un jour facilement en la
possession de l'étranger, si tant est que quelque puissance ri-
vale, jalouse et intéressée, puisse encore avoir, à cet égard, une
espérance ou une prétention? Ce n'est certainement pas pour
qu'elle devienne un jour Turque ou Barbare, Espagnole ou
Anglaise, que la France y sacrifie, depuis vingt et un ans, ses
trésors et le sang généreux de ses enfants.
Cependant si, négligeant de considérer le nombre de la race
indigène, l'accroissement des étrangers et notamment des Es-
pagnols, le gouvernement de la France continuait à favoriser
en Algérie l'établissement de ceux-ci, à l'égal de ses nationaux,
en accordant aux premiers les droits de cité aussi bien qu'à
ces derniers, n'y aurait-il pas à craindre que l'élément étran-
ger finit un jour par y dominer, ou du moins y balancer les
droits et la puissance des nationaux?
Ces réflexions, sur lesquelles personne encore ne semble
s'être appesanti, sont livrées sans aucun esprit de critique ou
de malveillance, à la sagesse des hommes qui dirigent les af-
faires et les destinées de la France, et aux amis de la conser-
vation de l'Algérie.
Au point de vue de l'économie financière, le peuplement et
la colonisation de l'Algérie sur une vaste échelle, permettront
— 9 —
à la France de diminuer les lourdes charges que lui impose an-
nuellement sa conquête, en réduisant l'effectif de l'armée d'oc-
cupation, sans compromettre la sûreté de la colonie, et même,
dans un temps prochain, de s'affranchir entièrement de ses char-
ges, en profitant des ressources de toute sorte que lui offre
la mise en valeur du pays conquis, et en le soumettant, par ce
qu'il produira alors, à tous les impôts qui doivent subvenir aux
charges publiques.
Mais l'un des rapports les plus intéressants, sous lesquels
doit être actuellement considérée la question du peuplement
et de la colonisation de l'Algérie, par le versement du trop
plein des classes malheureuses des départements, est, sans au-
cun doute, celui de la solution qu'il facilite du grave problême
social qui occupe aujourd'hui plus vivement que jamais les éco-
nomistes, les philantropes et les hommes d'état ; ce problême ,
c'est celui de l'extinction du paupérisme, et particulièrement de
la plaie des Enfants-Trouvés.
En effet, l'exposé concis des faits et de la situation des deux
pays, suffira pour démontrer la vérité de l'assertion.
L'Algérie, dont le vaste territoire peut être livré, pour une
grande partie, à l'agriculture européenne, dont la fertilité du
sol ne peut être mise en doute, dont les ressources agricoles,
forestières, minéralogiques sont connues, l'Algérie, pourtant,
reste inculte et inexploitée, faute de bras.
En France, au contraire, l'exubérance de la population ou-
vrière nécessiteuse, même de CELLE ADONNÉE A L'AGRICULTU-
RE, la concurrence effrénée des industries qui s'adressent à
nos principaux besoins, jettent au sein des masses le malaise
et l'agitation, à tel point que des esprits ardents et philantro-
pes y cherchent, dans un ordre de choses auquel ils donnent
différentes qualifications socialistes,—telles que : Organisation
du travail, Droit à l'assistance publique,—des remèdes à l'état
de misère et presque de perturbation qui tourmente et écrase
sous son fléau les classes laborieuses.

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