//img.uscri.be/pth/0dde2eac7bc4f89f09e55dd4ea3c72e5722cc2d3
Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

Mémoires d'un jeune homme

De
294 pages
Henry Bauer, le fils naturel d'Alexandre Dumas se remémore sa jeunesse, sa vie d'étudiant engagé, sa lutte contre le Second Empire. Communard ardent, il est arrêté, jugé et déporté en Nouvelle-Calédonie en 1872, où il purgera sa peine. Amnistié, il entre à L'Echo de Paris grâce à l'amitié protectrice d'Alphonse Daudet et devient rapidement un critique remarqué. Journaliste écouté, visionnaire et passionné, il défend dans ses chroniques des artistes novateurs (Wilde, Verlaine, Zola, Wagner, Ibsen, Rodin...).
Voir plus Voir moins
COLLECTION « FACSIMILÉS OCÉANIENS »
MÉMOIRES DUNJEUNEHOMME
HE N R Y BA U Ë R Fils d’Alexandre Dumas De la boue de Ducos à l’or des théâtres Édition commentée et annotée par Luc Legeard
Mémoires d’un jeune homme
re 1 de couerture : portraît d’Henry Bauër (ers 1900) - © Droîts réserés. e4 de couerture : ue du camp de Ducos - © Archîes terrîtorîales de la Nouelle-Calédonîe. Lettre d’Henry Bauër à Catulle Mendès - © Collectîon Luc Legeard. Collectîon « Fac-sîmîlés océanîens » dîrîgée parF. Angleîel © L'HARMATTAN, 2013 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Parishttp://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-336-30232-4 EAN : 9782336302324
COLLECTION « FAC-SIMILÉS OCÉANIENS »
Mémoires d’un jeune homme
HE N R Y BA U Ë R (1851-1915)
Édition commentée et annotée par Luc Legeard
« Fac-similés océaniens » Collectîon dîrîgée par Frédérîc Angleîel Professeur des unîersîtés en hîstoîre
ette collectîon a pour objectîf de mettre à la dîsposîtîon du publîc des publîcatîons épuîsées, oîre oublîées. Certaîns de ces lîres ou de oloCntaîrement ou înconscîemment, nombre d’études ultérîeures. D’autres ces recollements d’artîcles ont faît date à leur époque et ont marqué, ourages dîgnes de réédîtîon en raîson de leur aleur documentaîre sont passés înaperçus du faît de leur publîcatîon confîdentîelle ou de leur faîble aleur lîttéraîre selon les normes du dî-neuîème sîècle. Ces réédîtîons ont donc un întérêt patrîmonîal et une érîtable aleur înformatîe. Et comme l’annonçaît le programme du dernîer festîal du Pacîfîque du mîllénaîre précédent, les paroles d’hîer sont îndîspensables pour comprendre les paroles d’aujourd’huî et pour construîre les paroles de demaîn.
Déjà parus
2001. Vîeîllard E. et Deplanche E. :Essai sur la Nouvelle-Calédonie, 1863. 2002. De Varîgny C. :Quatorze ans aux îles Sandwich, 1874. 2002. Garnîer J. :Océanie, les îles des Pins, Loyalty et Tahiti, 1871. 2003. A.P.F. (etraîts) :Wallis et Futuna. Aux temps premiers de la mission (1841-1862). 2005. Lady Barker :Une femme du monde à la Nouvelle-Zélande, 1886. 2006. Rau E. :Institutions et coutumes canaques, 1944. 2007. Rau E. :La vie juridique des indigènes des îles Wallis, 1935. 2007. Noroît E. :Niaouli … La Plaie Calédonienne, 1932. 2009. Rîîère H. :Souvenirs de la Nouvelle-Calédonie, 1881.
À paraître Garnîer J. :Nouvelle-Calédonie (côte orientale), 1871. Marîn A. :En Océanie, 1888. Perron d’Arc H. :Aventures d’un voyageur en Australie, 1875. Lemîre Ch. :Voyage à pied en Nouvelle-Calédonie, 1884. Caîllot E. :Les Polynésiens orientaux au contact de la civilisation, 1909.
De la boue de Ducos à l’or des théâtres
par Luc Legeard
Introduction
Être double, Henry Bauër, écrîaîn-crîtîque entouré et fêté, fut l’homme de la pleîne lumîère, des projecteurs et des foules ; maîs aussî un condamné proscrît, déclassé et solîtaîre. Sa îe oscîllera constamment entre ces deu pôles. Maîs, loué ou condamné, îl îra du même pas, cherchant sa Vérîté.
Fils naturel d’Alexandre Dumas Henrî Françoîs, Adolphe Bauër est né à Parîs le 17 mars 1851. Son 1 père bîologîque, Aleandre Dumas , ne peut le reconnaïtre. Il est baptîsé le 9 arîl suîant. Être enfant adultérîn ne l’empêche pas de chérîr ses parents : Anna 2 Herzer sa mère, et Antoîne Bauër, son père, orîgînaîre de Gratz en Styrîe . Il connaïtra peu ce père putatîf, quî décîde en 1857 de partîr s’înstaller en Australîe, pour y refaîre sa îe. Il ne le reerra jamaîs. S’îl parlaît peu de sa érîtable ascendance, Henry Bauër ne l’îgnoraît pas. Éoquant Aleandre Dumas, îl écrît en 1895 dansL’Écho de Paris: «Il fut une des forces de la nature, supérieur moralement et physiquement à la plupart des hommes. Ce magicien admirable eut avec une faculté de divination admirable, le don de vivifier tout ce qu’il touchait. Ses héros sortaient tout armés de son cerveau et remplissaient une épopée historique, peut-être la plus fidèle reproduction de l’histoire, et qui en est certainement la vivante image». 3 À la mort de son demî-frère, Aleandre Dumas fils , îl écrît : «Ce que je sais bien, c’est que, de tous les écrivains contemporains, il a exercé l’influence la
1. Aleandre Dumas (1802-1870) aaît épousé en 1840 une actrîce : Ida Ferrîer. En 1850, îl publîeLa Tulipe noireetAnge Pitou. Il prend pour maïtresse Anne Bauër. L’année suîante, îl est oblîgé de se réfugîer à Bruelles. D’une part, îl a été reconnu responsable par la justîce de la faîllîte de son théâtre :Le Théâtre-Historique. D’autre part, îl est l’un des opposants au coup d’état de Napoléon III. 2. Régîon sîtuée au sud est des Alpes autrîchîennes. 3. Aleandre Dumas fils (1824-1895) est l’enfant d’Aleandre Dumas et de Catherîne Laure Labey. Fîls naturel, reconnu seulement à l’âge de sept ans, îl soutîendra toute sa îe la cause des enfants îllégîtîmes et celle des femmes bafouées. Ses œures :La Question d’argent(1857),Le Fils naturel(1858),Monsieur Alphonse(1874),Francillon(1887), sont des pîèces à thèses bîen démodées aujourd’huî. SeuleLa Dame aux camélias(1852), pîèce écrîte en huît jours, consere une certaîne fraïcheur.
9
Henry Bauër
plus profonde dans un sens de pitié et de rédemption;c’est qu’il a fait lever dans la foule par le sillon du théâtre, toute une floraison de justice, de bonté et d’indulgence pour les fautes et les faiblesses de la femme ; c’est qu’il a enseigné aux spectateurs à écouter, à raisonner et à réfléchir ; c’est qu’il est le père du théâtre de conscience, 4 d’art et de vérité, le maître et le directeur de tous nos efforts éventuels .» Son père partî pour un long oyage, Henry Bauër est înscrît à la pensîon Rosquet, où îl a souffrîr durant troîs ans de la cruauté des autres enfants et des întérêts et fau-semblants des adultes. Appartenant malgré tout à la « jeunesse dorée », îl fréquente le lycée Louîs-Le-Grand et suît les meîlleures études.
L’opposant à l’Empire
Son adolescence, quî concîde aec l’Empîre lîbéral, est ardente, engagée, quelque peu ealtée : «Époque heureuse» écrîra-t-îl«où j’étais tout naïf, tout bon, tout croyant à la perfectibilité humaine et à l’avènement prochain de la justice sociale. Sitôt l’Empire jeté bas, la République proclamée, 5 le bonheur des hommes était assuré.» À la érîté, îl en îra dîfféremment, et bîen des épreues l’attendaîent. 6 Bachelîer , étudîant et bohême, Henry Bauër ît au quartîer latîn, 7 fréquentant assîdûment les cafés du bouleard Saînt Mîchel . À moîns de îngt ans, îl aîme aant tout les luttes oratoîres autour d’un bock. Désormaîs engagé en polîtîque, îl saît ce qu’îl eut, quîtte à être îrréfléchî et ecessîf. Durant l’été 1869, profitant de acances en Suîsse, îl rend îsîte à Edgar 8 Quînet et à sa femme. Le couple quî a quîtté Bruelles s’est înstallé à
4. « Les troîs Dumas », L’Écho de Paris, 20 noembre 1895. 5. « La Manche »,De la vie et du Rêve,édîtîon Sîmonîs Empîs, Parîs, 1896. 6. Il n’y aaît à cette époque que 10 000 bachelîers par an en France. Ils étaîent pratîquement tous îssus des classes aîsées. 7. Il est, entre autres, un habîtué du café de la Renaîssance, dans le quartîer Saînt Mîchel, de la brasserîeAu tonneau, rue Saînt Séerîn, que tîent Glaser, înstîtuteur alsacîen, réoqué par le gouernement împérîal. Il y rencontre Raoul Rîgault, Théophîle Ferré, Émîle Eudes et les frères Da Costa, futurs communards. 8. Edgar Quînet (1803-1875), républîcaîn de cœur, condîscîple et amî de Mîchelet, s’oppose dès le coup d’état du 2 décembre 1851 à Napoléon III. Il choîsît l’eîl et ne reîent en France qu’en 1870. Il s’opposera toujours à la polîtîque d’Adolphe Thîers.
10
Mémoires d’un jeune homme
Veytaud, près de Montreu, sur les bords du lac Léman. L’entreue aec celuî quî est alors la grande référence républîcaîne le laîsse sur sa faîm. Sa femme, peu amène, calme ses ardeurs. À l’unîersîté, Henry Bauër organîse deschahuts :chahut à Édouard Laboulaye, professeur de droît, pressentî pour deenîr mînîstre de l’Instructîon publîque, chahut à Ambroîse Tardîeu, doyen de l’unîersîté de médecîne. Monômes d’étudîants quî prêtent à sourîre plus que gestes réolutîonnaîres… sans doute ; maîs manîfestatîons quî dérangent l’ordre împérîal et l’oblîgent à reculer. Bîentôt, Henry Bauër prenant de l’assurance, 9 10 parle dans les clubs et les réunîons publîques . Il a jusqu’à fomenter des troubles plus graes, déjoués par le Cabînet noîr : Les mouchards de la 11 polîce secrète de l’Empîre . Le 14 juîllet 1870, Henry Bauër est arrêté pour «cris séditieux». Le 19 juîllet 1870, la France déclare la guerre à l’Allemagne. Le général Leboeuf, trop sûr de luî, se porte garant de la préparatîon de l’armée françaîse : «Nous sommes archi-prêts. Il ne manque pas à notre armée un bouton de guêtre». Le 3 août suîant, Henry Bauër est jugé et condamné à troîs moîs de prîson pour aoîr organîsé des réunîons publîques et aoîr «excité à la haine et au mépris du gouvernement».Deu jours plus tard, nouelle 12 peîne pour «rébellion et outrage.Il est enfermé à Saînte-Pélagîe  ». Maîs les éénements ont décîder de son élargîssement prématuré. En effet, le 3 septembre au soîr, des dépêches annoncent la défaîte de Sedan et la capture de Napoléon III. Le lendemaîn matîn, 4 septembre, les Parîsîens apprennent par les crîeurs de journau que l’Empîre est défaît mîlîtaîrement.
9. Il présîde celuî de la rue de Choîseul. Le droît d’entrée dans ces clubs quî fleurîront pendant la Commune – enîron 140 en arîl 1871 – étaît très modeste et permettaît aant tout de payer les fraîs d’éclaîrage et de chauffage. 10. Les réunîons publîques seront tolérées à la suîte du ote de la loî du 6 juîn 1868. Il étaît bîen entendu nécessaîre de déclarer leur tenue. De surcroït, îl restaît înterdît d’aborder la polîtîque ou la relîgîon. 11. Charles Mîchel Lagrange, chef de la polîce, employaît des délateurs. Henry Bauër éoquera la figure de l’un d’entre eu, dans une de ses nouelles : « La Manche »,De la vie et du rêve, Parîs, 1896. e e 12. La prîson Saînte-Pélagîe quî dataît du xvii sîècle étaît sîtuée dans le V arrondîssement de Parîs. Elle est deenue maîson d’arrêt à la Réolutîon puîs prîson départementale en 1811. À partîr de 1831, elle est réserée au détenus polîtîques. Elle est détruîte en 1895.
11