Mémoires d'un prisonnier... A M. l'abbé B..., aumônier de la prison centrale de Lambessa... (Signé : A. P.)

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Impr. de Rives et Faget (Toulouse). 1864. P.. In-12. Pièce.
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Publié le : vendredi 1 janvier 1864
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MÉMOIRES D'UN PRISONNIER.
HONTE ET REGRETS
ou
DEBEPOIR ET. CONSOLATION
A
M. l'abbé B.,.,
Aumônier de la prison Centrale de Lambessa (Algérie).
TOULOUSE
TYPOGRAPHIE DE RIVES ET FAGET
9, rue Tripière, 9.
1864.
Reproduction interdite.
MEMOIRES D'UN PRISONNIER.
Si admirable que fût une société composée de
justes, il y manquerait cependant une chose à
laquelle lient la bonté divine, il y manquerait les
pécheurs. Or, Jésus-Christ les a trop aimés pour
les avoir exclus de son oeuvre et de toute société
avec lui. Je ne suis pas venu, disait-il, appeler
Us justes, mais les pécheurs.
( Lettres à un jeune homme sur la, vie chré-
tienne, par le P. LACORDAIRE, 31 let. p. 95.)
HONTE ET REGRETS
ou
DÉSESPOIR ET CONSOLATION
MONSIEUR L'AUMÔNIER,
Lorsqu'animé de la plus pure reconnais-
sance pour les bienfaits que vous n'avez cessé
de prodiguer à un pauvre prisonnier, lorsque
mon âme, réconfortée par vos bonnes paro-
les, a dicté à ma plume ces quelques lignes
où j'ai essayé de peindre le phénomène de
régénération miraculeuse que vos consolations
y ont fait naître et qu'elle n'osait espérer, je
ne croyais pas que ces pensées dussent voir
le jour.
- 6 -
Profitant de l'offre bienveillante qui m'est
faite de leur donner une publicité imprévue,
j'ai cru devoir l'accepter, persuadé que , pre-
nant en considération le motif qui explique
ma résolution, vous daignerez me pardonner
si je déchire le voile de modestie qui couvre 4
tant d'ineffables bienfaits, tant de charité
évangélique, et qui, jusqu'ici, n'ont eu pour
confidents que Dieu et ces malheureux déshé-
rités qui en sont l'objet.
J'ai pensé que ces lignes, où viennent se
heurter avec un si saisissant contraste un
passé qui n'est plus et un présent que le coeur
le plus intrépide ne pourrait considérer . sans
effroi, seraient un salutaire enseignement à
ces âmes timorées qui cherchent sans cesse
un mieux qui n'existe nulle part, et qui se
voient tout-à-coup précipitées dans d'effrpya-
bles malheurs pour n'avoir pas su mettre à
temps un frein à leur imagination exaltée.
J'ai pensé aussi que ces lignes" d'un pri-
sonnier seraient un encouragement pour la
charité de tant d'âmes pieuses dont la vie est
une longue prière, et qui, comme vous,
M. l'Aumônier, ont consacré leur existence
au soulagement de cette classe infime et
— 7 —
pourtant si nombreuse qui peuple les prisons.
Permettez , M. l' Aumônier, à un malheu-
reux comblé de vos bontés, de laisser épan-
cher de son coeur toute l'ivresse de la recon-
naissance qui en déborde, permettez , dis-je,
que ces lignes, bien peu éloquentes sans
doute, essaient de peindre la transformation
presqu'incroyable que vos bienfaits sans nom-
bre ont opérée dans une âme naguère encore
en proie à toute l'amertume.de la honte et du
désespoir, et dans laquelle vous avez su faire
renaître l'espérance et la foi.
Grâce à vous, M. l'Aumônier, ces souve-
nirs du passé que je veux évoquer, pour ren-
dre plus appréciable à vos yeux ce phénomène
de réhabilitation morale auquel je n'eusse pas
voulu croire, ont perdu le pouvoir de porter
dans mon coeur le découragement profond
qu'hier encore ils y faisaient naître. — Grâce
aux consolations ineffables que vous m'avez
tant prodiguées, ce qui n'était pour moi que
regrets et chagrins cuisants, est devenu à
mes yeux étonnés une source inépuisable de
consolation et d'espérance
— 8 —
I.
.... Avec quelle volupté ma pensée se
reporte vers ces jours de ma jeunesse, vers
ce séminaire de R, asile sacré de. l'étude
et du recueillement, dont le sanctuaire véné-
rable reçut mes premières aspirations arden-
tes !... Quel bonheur paisible, complet, inal-
térable, ne goûtais-je pas alors! Combien
aujourd'hui me paraît courte cette époque de
ma vie que nul nuage ne vint obscurcir!.
Et pourtant, le croirez-vous, M. l'Aumô-
nier, ce bonheur qui semblait être le partage
de mon existence, je l'abandonnai! L'orgueil,
ce vice qui, sous tant de formes, poursuit
l'homme jusqu'au tombeau, glissa dans mon
âme des désirs jusqu'alors inconnus, et me fit
mépriser un passé pour le retour duquel je
donnerais ce qui me reste à vivre.
Mon père, dont la piété éclairée s'alarmait
justement du changement étrange qu'il remar-
quait en moi, mais qui comprenait aussi, poul-
ies avoir lui-même éprouvées, les soudaines
contradictions qui souvent assaillent le coeur
le mieux trempé, pour le laisser sans force et
— 9 —
découragé, mon père,. dis-je, voyant du reste
le cours de mes études terminé, voulut ravi-
ver dans mon âme une vocation vers laquelle
je semblais appelé, mais dont le démon de
l'orgueil cherchait à me détourner. Par la
protection d'un prélat qui fut longtemps la
gloire de l'Eglise et le légitime orgueil de sa
famille à laquelle mon père appartenait, j'ob-
tins une dispense d'âge (j'avais dix-huit
ans), et j'entrai au couvent des Pères Domi-
nicains(ancien couvent des Carmes), à Paris.
Trois mois après mon entrée , le R. P. Lacor-
daire, grand provincial, à qui je fus pré-
senté , permit que je fisse mon noviciat dans
ce couvent, la prise d'habit ne pouvant avoir
lieu, suivant l'usage, qu'à Oullins (Bouches-
du-Rhône).
Peu s'en fallut que les efforts de mon père
ne fussent couronnés d'un plein succès. Je
trouvai dans la vie monastique des douceurs
qui semblaient à mon âme étonnée autant
d'harmonies inconnues ; ces cellules, perdues
dans les longues et interminables galeries
ogivales du cloître, parlaient à mon coeur un
langage mystique plein de charmes qu'il avait
depuis longtemps désappris. Quelle joie im-

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