Mon bonnet de coton ; suivi de quelques poésies légères, par A... G...

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Marais fils (Dieppe). 1825. 22 p. ; in-8.
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Publié le : samedi 1 janvier 1825
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MON
KDEMif m COTON.
PARIS. — LB,liOllJU.liT FILS, IMPRIMEUR DU ROI,
- RTM de S«IN«, n. 8, F. S. G.
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MON
BONNET DE COTON;
SUIVI
DE QUELQUES POÉSIES LÉGÈRES;
;t- ouo cHo f
Auteur du Budget d'un Sous-Lieutenant.
DIEPPE.
MARAIS FILS, LIBRAIRE-ÉDITEUR,
GRANDE RUE, N° 41.
1825.
MON
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JE ne veux point chanter Bellone et les combats,
Un plus humble sujet réclame mes ébats.
Du bonnet de coton je dirai tous les charmes :
Je chante les héros qui, déposant les armes,
Et le casque superbe, et les lauriers sanglans,
Sous un rustique toit et dans des draps bien blancs,
D'un bonnet de coton ceignent leur front auguste;
Heureux d'anéantir dans le sommeil du juste
Le grand homme accablé-des fatigues du jour!
Du temps où les époux s'entrenommoient m'amour,
On vénéroit chez nous l'antique casque à mèche.
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Pour s'en couvrir le front on n'étoit point revêche;
Les femmes en faisoient porter à leurs maris,
Et plus d'un couple heureux vivoit sous ses abris;
Mais, hélas! aujourd'hui presque tout dégénère.
On paroît mépriser ce bonnet salutaire,
Et le fringant époux, au bon genre adonné,
Est coiffé d'un madras de deux cornes orné.
C'est joli, j'en conviens, mais tout cet étalage
Ne vaut pas, selon moi, le bonnet qu'on outrage.
Aristote rapporte (article des chapeaux)
Qu'il décoroit le chef des dieux et des héros,
Et que Cincinnatus en faisoit son délice,
Quand il plantoit ses choux, quoiqu'un destin propice
Lui réservât déjà le souverain pouvoir;
Qu'il dût à sa chaleur le grand art de savoir
Gouverner à son gré les cervelles de Rome;
Et Sénèque, depuis, cite plus d'un grand homme
Qui, même le dimanche, en décoroit son chef.
Je pourrois en citer jusqu'à demain, mais bref,
Voyons au sac de Troie, Ascagne et son grand-père,
Nuitamment obligés de quitter une terre,
Séjour affreux rempli de carnage et d'horreur.
L'airain eût surchargé leur tête sans vigueur;
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Et bien! l'humble bonnet tricoté par Hécube
Leur économisa la pâte et le jujube ,
Qu'Anchise eût employés s'il se fût enrhumé.
Notez que par le feu leur palais consumé
Engloutit les trésors de l'Etat et des princes;
Or, dans un pareil cas, les ressources sont minces.
Forcés de s'esquiver sans un. écu vaillant,
Ils furent fort heureux qu'aussi complaisamment
Dame Didon voulut s'amouracher d'Enée.
A quoi dut celui-ci cette amour effrénée?
Au bonnet de son fils dont l'amour se para
Pour plaider chez Didon la cause du papa.
Avec cette coiffure on représente Homère;
Et l'enfant qui guidoit l'aveugle Bélisaire,
Plein d'un vif intérêt pour son grave patron,
Couvroit son noble chef d'un bonnet de coton,
Tandis que du héros la main victorieuse
Humble dans le malheur, avant audacieuse,
Présentoit, suppliante, à ces Romains ingrats,
Son casque, ancien témoin de ses nobles combats.
Et ce bon vieux papa que tout Paris révère,
Qui conserva toujours le costume sévère
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D'un bourgeois du vieux temps, Monsieur Pigeon enfin,
Eût-il été connu, si le foulard mesquin,
En place d'un bonnet, eût garni sa giberne?
C'est un des plus beaux traits de l'histoire moderne.
Tant de précautions ne déshonorent pas;
En dépit des railleurs j'en fais le plus grand cas.
Plus d'un guerrier français, l'honneur de la patrie,
Eût sauvé dans Moscow, ses oreilles, sa vie,
S'il eût eu, comme lui, son bonnet de coton.
Chacun sait le malheur qui perdit Absalon,
Lorsqu'en un bois touffu, pris par sa chevelure,
Il devint des corbeaux l'honorable pâture :
« S'il eût porté perruque », a dit un perruquier;
Ah! qu'à plus juste titre eût dit un bonnetier :
« S'il eût eu son bonnet, il pourroit vivre encore! »
Ce bon Monsieur Denis, que tout le monde honore,
N'eût pas été content de s'en couvrir le front,
Si sa digne moitié n'eût mis qu'un bonnet rond;
Mais tous deux, convaincus de sa chaleur extrême,
Pensoient avec raison qu'un ménage qui s'aime,
S'il veut s'en souvenir au bout de cinquante ans,
Ne doit pas mépriser ses abris biénfaisans.

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