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Mon père, la nuit

De
128 pages
L’enfance. L’âge rêvé ? Le recueil de nouvelles de Lori Saint-Martin lève le voile sur l’infortune d’enfants qui, depuis belle lurette, ne se racontent plus l’histoire du Petit Chaperon rouge parce que c’est eux que, nuit après nuit, le loup dévore petit à petit. Elle nous montre que l’enfance peut être blessée, victime, oppressée, impuissante et à la merci d’une société étriquée. Enfants d’immigrants, de familles monoparentales à la pauvreté tentaculaire, violence, manipulation, inceste...
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De la même auteure :
Mon père, la nuit
Nouvelles Lettre imaginaire à la femme de mon amant, Montréal, l’Hexagone, 1991.
Essais Le Nom de la Mère. Mères, filles et écriture dans la littérature québécoise au féminin, Québec, Nota bene, 1999. Lectures contemporaines de Gabrielle Roy. Bibliographie analytique des études critiques 19781997, Montréal, Boréal, 1998. Contrevoix. Essais de critique au féminin, Québec, Nuit blanche, 1997. L’Autre Lecture. La critique au féminin et les textes québécois, 2 t. (antho logie préparée et présentée par Lori SaintMartin), Montréal, XYZ, 1992 et 1994.
Traductions Le cas d’Emily V., roman de Keith Oatley, traduit de l’anglais par Lori Saint Martin et Paul Gagné, Montréal, XYZFlammarion, 1996 ; Paris, du Félin, 1997 (sous le titreL’Affaire viennoise). Ana historique, roman de Daphne Marlatt, traduit de l’anglais par Lori Saint Martin et Paul Gagné, Montréal, Remueménage, 1992.
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Elle se soignait aux Modigliani
LORI SAINTMARTIN
Mon père, la nuit
nouvelles
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Mon père, la nuit
Maquette de la couverture : AnneMarie Guérineau Illustration de la couverture : Agnès Lefort,Lise, 1944ucher,Comme un oiseau, Huile sur panneau de fibre de bois, 66 × 50,8 cm Collection Musée du Québec Photographie : JeanGuy Kérouac Photocomposition : CompoMagny enr. Distribution pour le Québec : Diffusion Dimedia 539, boulevard Lebeau SaintLaurent (Québec) H4N 1S2 Pour la France : D.E.Q. 30, rue GayLussac 75005 Paris Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation réservés © Les éditions de L’instant même 865, avenue Moncton Québec (Québec) G1S 2Y4 e Dépôt légal — 2 trimestre 1999 Données de catalogage avant publication (Canada) : SaintMartin, Lori Mon père, la nuit : nouvelles ISBN PDF 978-2-89502-814-7 ISBNpapier 978-28950212524 I. Titre. PS8587.A346M66 1999 C843'.54 C999405969 PS9587.A346M66 1999 PQ3919.2.S24M66 1999
L’instant même reçoit pour son programme de publication l’aide du Conseil des Arts du Canada et celle de la Société de développement des entreprises culturelles du Québec. Nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise duFonds du livre du Canadapournos activités d’édition. 6
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Mon père, la nuit
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Mon père, la nuit
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Mon père, la nuit
Mon père, la nuit
on père, la nuit, vient dans ma chambre. du cMauchemar et déchire la gorge. Il vient quand même. Len Je n’ai pas pleuré, ne l’ai pas appelé. Il vient quand même. J’ai appris à étouffer le cri qui jaillit tement, sans bruit, la porte s’ouvre. Une bande de lumière sectionne la chambre, puis l’obscurité revient. Il ne bouge pas, il respire à peine. Pourtant je sais qu’il est là. Le silence n’est plus le même. Parfois il demeure longtemps debout, à côté de mon lit, et je fais semblant de dormir, dans l’espoir qu’il repartira. Il me regarde. Parfois il murmure des mots que je ne com prends pas. Et puis il s’assoit sur le lit, et il rabat les couver tures. Il dit mon nom tout bas, tu dormais, mon amour ? Là il n’y a plus d’espoir, je sais que ça commence. J’ouvre les yeux sur le noir de la chambre qui peu à peu s’éclaire et dévoile le visage de papa. Il n’y a pas de mots pour ce qu’il me fait dans la chambre. Voix coupée, je ne pourrai jamais le dire. À moi seule je le dis, pour ne pas me perdre de vue.
* * * Et ça commence, et ça commence, et on en est toujours aux débuts. La porte s’ouvre et se referme, le temps tourne en rond.
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Extrait de la publication
Mon père, la nuit
Elle met une heure à s’ouvrir, une vie. Toute ma vie j’ai regardé cette porte s’ouvrir. Mille fois dès la première fois. Je savais qu’il n’y aurait pas de fin. Il vient sans bruit, et pourtant je l’entends. Je l’entends avant même qu’il ne quitte sa chambre, j’entends ses pensées, papa dans son lit qui se dit : non, je n’irai pas, je n’irai pas. Et sans transition il est debout, je n’irai pas, et ses pas le conduisent vers ma chambre, je n’irai pas, ma pauvre petite fille pardonne moi, je n’irai pas, ma porte s’ouvre et pour lui aussi ça com mence, et ça ne pourra plus jamais s’arrêter. Chaque fois.
* * * Plus jeune, j’avais peur de l’obscurité. Je ne savais pas que, seule, j’étais sauve. Maintenant c’est de la lumière que j’ai peur. Papa à pas de loup, la lumière du passage, la porte qui s’ouvre lentement, un temps infini et puis la main de papa entre mes cuisses. Maman ne dit rien, ne voit rien. Elle est trop faible pour ouvrir seule la porte de sa chambre. Maman est un souffle à peine, une voix éteinte. Elle a besoin de chaleur et d’une longue paix égale. Pas de porte qui claque, pas de petite fille qui crie. Surtout pas besoin d’un gros chagrin qui la fendrait en deux. Elle est malade, peutêtre mourante, depuis si longtemps qu’elle en a oublié la santé. Je lui ressemble, à maman. Tu as son odeur, ses cheveux. Dans le noir je peux croire que c’est elle. Au début papa ne me touchait pas. Il soulevait ma robe de nuit, il regardait longtemps, longtemps, après avoir ouvert les stores. La lumière de la rue m’éclairait toute, il me disait : ne bouge pas, laissemoi te regarder. Il respirait l’odeur de mon cou. Il chuchotait : mon amour. Puis il s’est mis à m’effleurer
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