Monsieur Charles de Riancey / par M. Poujoulat

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impr. de L. Tinterlin (Paris). 1861. Riancey. In-8°, 16 p..
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Publié le : mardi 1 janvier 1861
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MONSIEUR
CHARLES DE RIANCEY
PAR M. POUJOULAT
PARIS
IMPRIMERIE DE L. TINTERLIN ET Ce
RUE NEUVE-DES-BONS-ENFANTS, 3.
1861
M. CHARLES DE RIANCEY
Je tiens à fixer quelques traits de la noble existence qui s'est
achevée si tôt sur la terre, comme on crayonne une image qu'on
veut pieusement emporter avec soi. M. Charles de Riancey n'a
pas assez vécu pour donner toute sa mesure, mais il a assez
vécu pour mériter un long souvenir. En m'attachant aux traces
qu'il a laissées, je rencontre la foi, l'intelligence, le courage,
trois choses avec lesquelles on est armé pour les bons combats.
En ce temps où la lutte est un devoir, où le repos n'est le par-
tage que des coeurs étroits et des appétits repus, j'arrête avec
prédilection mes regards sur tous ceux qui sont à la bataille.
Quand je vois un jeune compagnon tomber avec son armure et
tenant encore l'épée dans ses mains, je lui adresse dans un der-
nier salut un dernier hommage : sa fidélité au devoir m'excite
à remplir le mien jusqu'au bout. D'autres aussi pourront se
recueillir utilement devant cette mémoire ; une vie généreuse
qu'on repasse vous pénètre le coeur d'une flamme sacrée : on
aime mieux tout ce qu'on doit aimer, on sent croître sa bonne
volonté et sa force. L'ami qu'on a perdu, on le retrouve en soi-
même sous la forme de ce qu'il y a de meilleur et de plus pur.
M. Charles de Riancey, né à Paris, le 19 octobre 1819,
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trouva au foyer paternel les sentiments et les pensées dont il de-
meura le fidèle soldat. A cinq ans, il était ému de la mort de
l'empereur Alexandre, qui fut un deuil pour les coeurs monar-
chiques. A onze ans, il se montrait malheureux de la révo-
lution qui emportait nos rois dans l'exil, ne laissant à la France
que des jours troublés et des destinées incertaines. Il entrait
dans la vie au milieu des ruines, et les ruines ne devaient pas lui
manquer jusqu'au bout de son chemin. Écolier très-pieux, très-
appliqué, très-pénétrant, il était cité comme modèle; le récit
d'une journée de son premier âge eût été comme une page
détachée de la vie de saint Louis de Gonzague. Il fit de bril-
lantes et fortes études, et obtint des couronnes qui d'avance lui
marquaient une place dans l'avenir. Versé dans la langue d'Ho-
mère et de saint Chrysostome, il fournissait à la collection des
Pères, au sortir du collège, des traductions qui faisaient revivre
l'ancien génie chrétien. Le studieux jeune homme, possédé
du désir de savoir, ne restait jamais inoccupé; il amassait par
des lectures suivies, et le travail agrandissait son horizon. Son
âme, éprise de toute vérité, rejetait le faux et le mal ; elle s'é-
tait de bonne heure solidement établie dans les conditions de la
force. Cette première saison de la vie, quand le goût du bien la
conduit et la domine, est comme une ardente et sainte espé-
rance. On s'avance l'oeil fixé sur le but sans prendre garde
aux difficultés et aux obstacles ; on est intrépide et confiant ; on
a dans l'âme comme un radieux matin, et l'on se dit que la jour-
née sera belle.
Il nous est resté un important témoignage des laborieux et
vastes efforts de là jeunesse de M. Charles de Riancey; sans
s'effrayer de l'immensité du cadre, se plongeant avec ardeur
dans les siècles, nuit et jour penché sur les livres, il écrivit
une Histoire du Monde: il s'emparait des temps pour marcher
à leur lumière, et résumait les faits de tous les lieux pour met-
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tre en quelque sorte le globe sous sa main. Sérieux début de la
vie ! On commence par fouiller dans les archives du genre
humain afin d'apprendre à le connaître, et l'on se fait le contem-
porain de tous les âges, afin d'être plus complètement un
homme. Le jeune travailleur avait un compagnon dans son
oeuvre : charmante et touchante association! deux âmes se fon-
daient l'une dans l'autre, deux esprits se touchaient, s'excitaient,
se soutenaient : deux frères cheminaient avec la même foi et
le même espoir ; ils aimaient, souffraient, combattaient et
priaient ensemble. Et puis un jour arrive où l'un d'eux ne voit
plus l'autre à ses côtés, et cependant il lui faut continuer la
route : déchirements dont Dieu seul connaît la profondeur et
dont l'adoucissement ne peut être que son ouvrage ! L'Histoire
du Monde ne fut pas le seul produit de l'association littéraire
des deux frères ; une Histoire résumée du moyen âge sortit de
ces communes études, où la douceur des tendres épanchements
rendait léger le poids des graves labeurs.
Les convictions ne se taisent pas elles ; s'attachent au triom-
phe de ce qui fait leur culte. M. Charles de Riancey avait du
penchant pour la discussion : la contradiction ne le laissait jamais
en silence ; elle aiguisait son esprit et lui donnait du feu. Il se
trouva naturellement engagé dans la presse, cette grande forme
de la lutte au temps où nous sommes. Sa polémique était cour-
toise, serrée, parfois railleuse, toujours empreinte d'élévation
morale. De 1842 à 1843, l'Union catholique ; de 1843 à 1848,
l'Univers; de 1848 à 1857, l'Ami de la Religion, et enfin,
l' Union, s'enrichirent successivement de son habile collabora-
tion. Au milieu de la tourmente de février, lorsqu'il fallut
donner à la France une assemblée nationale préservatrice,
M. Charles de Riancey signalait, dans l'Élection populaire, les
candidats les plus dignes de la confiance du pays ; il dénon-
çait la pression révolutionnaire et attaquait le socialisme dans

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