Monsieur Giacometti, je voudrais vous commander mon buste

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Un jour de 1958, Paola Caròla frappe à la porte d’Alberto Giacometti avec une mission : obtenir de lui qu’il réalise son buste. Il acceptera et, en lui ouvrant, durant des mois, son atelier, fera de la jeune femme le témoin privilégié de sa création.
Près de quarante ans plus tard, le destin d’Annette, la veuve de l’artiste, est tragiquement interrompu. Paola Caròla comprend que l’heure est venue pour elle de livrer ses souvenirs, de raconter cet homme et cette femme dont l’amitié a changé sa vie.
Récit passionné et subtil, où l’analyse se mêle à la confidence, et l’hommage à la colère, Monsieur Giacometti, je voudrais vous commander mon buste offre, sur une des œuvres majeures du XXe siècle, un regard neuf, qui étonne et bouleverse.
Paola Caròla est née à Naples en 1929. À 24 ans, elle s’installe à Paris, où elle fréquente le milieu intellectuel et artistique, se liant d’amitié avec Balthus, Matta ou Bellmer.
À 38 ans, elle entreprend des études de psychologie et devient l’élève de Jacques Lacan. Psychanalyste, elle travaille longtemps dans les hôpitaux parisiens. Elle fonde en 1990, à Naples, un centre lacanien d’études psychanalytiques.
Elle a publié différents travaux sur la psychanalyse et la psychiatrie, et dirigé des séminaires sur Lacan, notamment à New York. Elle a aussi écrit sur des artistes comme Consagra, Giacometti et Cremonini.
Elle partage aujourd’hui son temps entre Naples et Paris.
Publié le : mercredi 17 juin 2015
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782756107844
Nombre de pages : 191
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Paola Caròla

Monsieur Giacometti, je voudrais vous commander mon buste

 

Un jour de 1958, Paola Caròla frappe à la porte d’Alberto Giacometti avec une mission : obtenir de lui qu’il réalise son buste. Il acceptera et, en lui ouvrant, durant des mois, son atelier, fera de la jeune femme le témoin privilégié de sa création.

 

Près de quarante ans plus tard, le destin d’Annette, la veuve de l’artiste, est tragiquement interrompu. Paola Caròla comprend que l’heure est venue pour elle de livrer ses souvenirs, de raconter cet homme et cette femme dont l’amitié a changé sa vie.

Récit passionné et subtil, où l’analyse se mêle à la confidence, et l’hommage à la colère, Monsieur Giacometti, je voudrais vous commander mon buste offre, sur une des œuvres majeures du XXe siècle, un regard neuf, qui étonne et bouleverse.

 

Paola Caròla est née à Naples en 1929. À 24 ans, elle s’installe à Paris, où elle fréquente le milieu intellectuel et artistique, se liant d’amitié avec Balthus, Matta ou Bellmer.

À 38 ans, elle entreprend des études de psychologie et devient l’élève de Jacques Lacan. Psychanalyste, elle travaille longtemps dans les hôpitaux parisiens. Elle fonde en 1990, à Naples, un centre lacanien d’études psychanalytiques.

Elle a publié différents travaux sur la psychanalyse et la psychiatrie, et dirigé des séminaires sur Lacan, notamment à New York. Elle a aussi écrit sur des artistes comme Consagra, Giacometti et Cremonini.

Elle partage aujourd’hui son temps entre Naples et Paris.

 

EAN numérique : 978-2-7561-0784-4

 

EAN livre papier : 9782756101262

 

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© Éditions Léo Scheer, 2008

 

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PAOLA CARÒLA

 

 

MONSIEUR GIACOMETTI, JE VOUDRAIS

VOUS COMMANDER MON BUSTE

 

 

Éditions Léo Scheer

 

Alberto Giacometti, Buste de Paola, 1958-1959, bronze, collection Fondation Alberto et Annette Giacometti, Paris. © ADAGP/FAAG, Paris, 2008.

PROLOGUE

La rencontre avec Alberto Giacometti a eu des effets bénéfiques et enrichissants sur ma vie. Pourtant, cet écrit qui veut en être le témoignage m’a d’abord été inspiré par sa femme, Annette Arm, à qui je le dédie.

En effet, les raisons qui m’ont poussée à écrire, bien que je ne sois pas un écrivain, concernent un épisode malheureux qui a rendu difficiles les deux dernières années de la vie d’Annette : en 1992, à la demande d’un de ses frères, elle a été mise sous tutelle.

La pensée de cette interdiction pour incapacité mentale ne m’a jamais abandonnée depuis. Elle a continué à vivre dans un coin de mon esprit, même si, tout en étant vivante, elle n’était pas nécessairement liée à mes sentiments. Mais quand, soudain, elle émergeait du fond de ce lieu où je l’avais reléguée, une douleur aiguë me serrait le cœur, qui disparaissait l’instant d’après, effaçant aussi le souvenir. Et ma vie continuait.

Récemment, après une maladie pendant laquelle j’ai moi-même frôlé la mort, la pensée d’Annette s’est présentée autrement. Elle n’était plus insupportable, au contraire. Car, une fois récupérés ma faculté de concentration habituelle ainsi que le minimum d’énergie vitale nécessaire à l’étude et à la lecture qui accompagnent ma pratique de la psychanalyse, j’ai constaté que l’unique intérêt réel que j’avais gardé – il était même devenu impérieux – pendant les longues journées de ma convalescence, l’unique chose que je pouvais et désirais faire, c’était de mettre par écrit les souvenirs qui me liaient à elle et à son mari, en commençant par l’histoire malheureuse de l’interdiction, puis de la mort d’Annette.

J’avais besoin de mieux comprendre les causes et les motifs du traitement singulier qui lui avait été réservé en épilogue de son existence. Je voulais aussi essayer d’accepter les pensées douloureuses que je continuais de chasser.

Que j’eusse besoin d’écrire pour penser, c’était pour moi une curieuse et importante découverte, que je dois à Annette, mais également à la précarité de ma propre santé. Une étrange faiblesse m’empêchait de suivre un raisonnement jusqu’au bout ou même de lire un paragraphe entier. Dès que j’ai eu rempli les premières pages de ce récit, j’ai compris que j’avais retrouvé sous une autre forme, écrite, ma capacité de réflexion.

Mais pourquoi m’a-t-il fallu frôler la mort pour parler de celle d’Annette ? Et pourquoi, pour revivre les années de mon amitié avec Alberto Giacometti, ai-je eu besoin de parler d’Annette et du drame qui dénoua son existence ? Beaucoup de questions les concernant ne trouvent pas de réponses immédiates.

Au demeurant, j’espère, en racontant l’histoire de mon amitié avec Alberto Giacometti et sa femme, mieux faire connaître au lecteur le personnage d’Annette, que les biographes ont soit ignoré, soit sous-estimé. Cette intention donnera peut-être le sentiment que je parle trop d’elle et pas assez d’Alberto Giacometti lui-même ; que je parle trop d’une personne qui n’intéresse pas nécessairement les amateurs de l’œuvre de Giacometti. Mais justement, j’essaierai de démontrer que l’œuvre de cet artiste est strictement liée à sa femme, non seulement parce qu’elle fut son modèle pendant environ vingt ans, mais aussi et surtout parce qu’un lien fort et complexe les unissait. C’est une conviction que je fonde sur le fait de les avoir longtemps fréquentés et bien connus.

En ce qui me concerne, Annette m’a sans aucun doute aidée à mieux connaître Alberto et à regarder ses œuvres autrement, même si ce sont les paroles d’Alberto qui m’ont le plus appris sur lui, et sur moi-même.

Enfin, je tiens à dire que je m’oppose fermement à tous ceux qui essaient d’analyser l’œuvre et la personnalité d’Alberto Giacometti en se servant de vagues notions psychologiques ou même psychanalytiques. Les interprétations sauvages ont souvent pour résultat de banaliser l’artiste, de réduire son humanité à des clichés, sans tenir compte de sa singularité et de sa nature créatrice. Je me suis efforcée de ne pas m’en servir.

À ce propos, je viens de trouver, dans l’entretien filmé avec Jean-Marie Drot (1962), une réponse de Giacometti dont les mots résonnent encore dans mon esprit pour les avoir entendus de la vive voix de l’artiste.

Il lui est demandé si dans son travail il lui arrive de mettre une intention psychologique ou philosophique. Voici ce qu’il répond :

« Absolument aucune. Pour moi il ne s’agit que de tâcher de voir comment la tête se tient dans l’espace. Donc, je ne pense ni à l’intérieur de la personne, ni à sa personnalité. C’est entendu que ça compte, mais ça ne peut pas compter pour moi pendant le travail. Il ne s’agit que de mettre les choses à peu près en place. Pour moi l’apparence et le noyau c’est la même chose, non ? On pourrait même dire que l’apparence c’est le noyau lui-même. »

Sa réponse révèle une conception de son travail qui est déterminante si l’on veut comprendre l’œuvre et son auteur. L’écho de ces paroles m’a suivie tout au long de la rédaction de ce texte.

LA MORT D’ANNETTE

Annette Giacometti1 est morte à Paris, à l’hôpital Sainte-Anne, le 19 septembre 1993, à 7 h du matin. Le rite funèbre a été célébré au temple protestant de la rue Madame le matin du 27 septembre. Son corps a ensuite été accompagné au Père-Lachaise, le cimetière où elle avait toujours souhaité avoir sa tombe. Cela faisait partie de ses rêves et elle n’y renonça pas, jusqu’à ce que son avocat lui eût annoncé qu’il avait réussi à obtenir la place qu’elle désirait.

 

En 1966, tout de suite après la mort d’Alberto Giacometti, Annette, ayant acquis en tant que veuve le droit moral, avait décidé de se mettre au travail pour établir le catalogue raisonné de l’œuvre de son mari. C’était une entreprise longue et difficile, dans laquelle elle se lança avec un certain courage et surtout avec beaucoup d’ardeur. Elle s’y consacra tout entière.

Puis, au cours des années, les mille difficultés de ce projet l’avaient non pas découragée, mais certainement fatiguée. Elle s’était alors, peu à peu et toujours plus, concentrée sur elle-même, sur son corps, sur ses multiples petits symptômes et troubles de santé, qui avaient fini par rendre indispensable le contact quasi journalier avec un certain nombre de médecins.

Si l’on peut penser que parmi eux quelques-uns ont tiré profit de la situation, il est aussi vrai qu’ils eurent sur elle un effet bénéfique, car ils la rassuraient et rendaient sa solitude plus supportable. À l’époque, je parle des années 80, elle n’avait en fait aucun soutien moral, ni de la famille d’Alberto ni de la sienne. Parmi ses proches personne ne l’aidait.

Mais qui aurait pu le faire ? Plusieurs amis, pour des raisons diverses et contingentes, et en partie à cause d’une certaine tendance d’Annette à s’isoler, s’étaient éloignés d’elle.

 

Quant à moi, pendant des années, toutes les années de ma formation un peu tardive2, les études universitaires d’abord, puis le travail dans les hôpitaux, la cure psychanalytique et enfin ma pratique d’analyste m’avaient éloignée d’Annette et de son monde. C’était comme si à sa résistance à la psychanalyse, dont il avait été question dans le passé, lorsqu’elle avait commencé une cure qui avait tourné court, s’était opposée mon adhésion au monde psychanalytique.

 

En me dissociant d’Annette, que je ne voyais désormais que très rarement, je m’étais rapprochée, bien que de façon fugace, de Diego, son beau-frère. Cela s’était passé par l’intermédiaire de James Lord en 1979, au moment où celui-ci écrivait la biographie d’Alberto3. J’avais revu Diego avec plaisir, et je me rappelle avoir eu l’impression qu’il était plus ouvert à autrui qu’autrefois ; il se montrait même affectueux avec moi4.

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