Morceaux de prose et de poésie / par L.-D.-L. Audiffret,...

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impr. de Barlatier-Feissat et Demonchy (Marseille). 1853. 26 p.-[1] f. de pl. ; in-8.
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Publié le : samedi 1 janvier 1853
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MORCEAUX
DE PROSE ET DE POÉSIE,
PAR
Ii.-B.-Ii. AUBIFFRET,
DES MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE DE MARSEILLE,
ANNÉES 1851-1852.
TYP. ET LITII. BARLATIER-FEISSAT ET DEMONCHY,
Place Royale , 7 A.
1858.
MORCEAUX
DE PROSE ET DE POÉSIE,
PAR
Ii.-D.-Ii. AUDIFFR12T,
DES MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE DE MARSEILLE,
ANNÉES 1851-1852,
TYP. ET LITH. BARLATIER-FEISSAT ET DEMONCHY,
PLACE ROYALE, 7 A.
1853.
SÉANCE PUBLIQUE DU 7 SEPTEMBRE 1851.
iliiilii roif ut ni
PRONONCÉ
PAR M. AUOIFFRET, PRÉSIDENT.
11 JL^ÂMHlTflCTllI
DAKS SES HArPORTS
AVEC LES MOEURS, LA CIVILISATION, LES CROYANCES,
LES BESOINS ET LE GÉNIE DES PEUPLES.
MESSIEURS ,
En prenant la parole au début de cette solennité
je tiens à ne pas abuser trop long-temps d'une atten-
tion que d'autres vont réclamer à plus juste titre. Je
rechercherai dans l'architecture des peuples le reflet
de leurs moeurs, leur civilisation, leurs croyances,
leurs besoins et leur génie. L'accomplissement d'un
tel dessein demanderait plus d'un volume et je ne
veux lui accorder que quelques pages ; je ne pein-
drai donc pas un tableau ; je ne chercherai pas même
à esquisser une ébauche ; je me bornerai à repro-
duire quelques-uns des traits lesplus saillants que
— 2 —
m'offrira mon sujet. Ce sera assez pour témoigner de
ma soumission aux exigences de notre règlement.
Si nous remontons, Messieurs, vers les temps
les plus reculés , l'Inde nous apparaît conservant
intacts, pendant une longue période de siècles, ses
institutions politiques , ses croyances et ses préjugés.
La fixité de ses moeurs publiques et privées se reflé-
chit dans la fixité de son système de construction :
les âges s'écoulent sans l'altérer ; à peine les rapports
des Grecs avec les Indous laissent-ils dans les tem-
ples de Brahma quelques ornements imités du goût
hellénique.
Industrieux et commerçants, les Phéniciens étalent
les riches étoffes de soie, les admirables mosaïques,
les statues , les vases précieux et toutes les merveil-
leuses productions de leurs manufactures. Ce goût
du luxe se reproduit dans les monuments ; l'or
s'incruste dans la pierre; le verre, le bois artiste-
ment ciselé, serpentent sur les parois des édifices.
Les prêtres chaldéens s'adonnaient à l'étude de
l'astrologie ; en songeant à l'élévation des tours
qu'ils fesaient construire , on dirait qu'ils voulaient se
rapprocher des astres.
Le peuple juif s'échappe d'Egypte. Dans sa longue
course à travers le désert, il s'abrite sous des tentes ;
c'est la forme d'une tente qu'emprunte l'arche d'al-
liance.
Le chinois est doux, pacifique et méfiant; il
demande la sécurité et le repos à une immense
muraille.
— 3 —
Dans l'idée des anciens habitants de l'Egypte, la
vie et la mort n'étaient que deux états de transition ;
les âmes qui s'étaient dégagées du corps devaient le
reprendre après un certain temps; aussi, la plus
grande ambition de l'Égyptien consistait-elle à s'as-
surer la possession d'un tombeau ; de là, les champs
de Thèbes se changeant en vaste nécropole, et
Memphis s'inclinant devant les. gigantesques pyra-
mides qui défient encore les outrages du temps.
J'ai dit que le peuple juif avait donné à l'arche
d'alliance la forme d'une tente ; suivons-le, mainte-
nant , jusques à la terre de Canaan qui lui était
promise. Les hommes qui l'habitent sont d'une haute
stature ; souillés de crimes, leur nom suffit pour
inspirer la terreur ; mais ils ont la conscience de leur
iniquité et elle leur révèle que le jour de la punition
approche ; leur crainte se manifeste dans le système
de leur architecture ; Hébron , Saron, Manda sont
entourés de remparts d'une prodigieuse épaisseur,
formés d'énormes blocs de pierre et tellement formi-
dables, que les Hébreux frémissent à la seule idée de
les attaquer.
Les jours de la Grèce se lèvent ; vers la 50me Olym-
piade sa nationalité se raffermit ; son architecture
commence à fleurir ; mais le Grec si fin,. si spirituel,
si inventif ne pouvait, au milieu de ses prospérités ,
s'arrêter devant les limites que l'art avait posées
jusques alors. Les ordres dorique et ionique se mon-
trent à Ephèse et à Samos ; et lorsque plus tard
— 4 —
Périclès entraîne sa nation dans le luxe, les lettres et
les arts, lorsque la civilisation fait de nouveaux pro-
grès, ces ordres s'effacent devant le Corinthien. Le
Théâtre d'Épidaure s'élève ; de l'embouchure du
Céphise à Athènes , une longue muraille ornementée
court parallèlement à celle que Thémistocle avait fait
construire, et l'art déploie toute sa splendeur dans
le Partheuon et le temple d'Eleusys, pour se mettre
en harmonie avec la magnificence du siècle.
Tandis que la Grèce brillait par les conquêtes de
l'esprit, Rome subjuguait le monde par la force des
armes ; elle avait pris le nom de Ville éternelle, et la
solidité de ses monuments, leur grandeur imposante,
la sévérité de leurs formes semblaient attester cette
éternité ; mais iu moment où elle dégénère, l'art se
dégrade. Les mâles beautés cèdent la place aux orne-
ments vulgaires , aux caprices de l'afféterie ; l'ordre
composite , accouplement bizarre du Corinthien et du
Dorique, couronne les arcs de Titus et de Septime-
Sévère. Le mauvais goût était venu à la suite des
mauvaises moeurs.
Dès la 51me année avant l'ère chrétienne , toute la
Gaule était soumise aux Romains. Le Gaulois vivait
encore au sein des forêts profondes; il s'endormait
sur la bruyère, bercé par les mugissements de la
tempête, et célébrait, aux rayons de la lune, de
sanglants mystères. Ses monuments devaient donc se
rapprocher, autant que possible, de la nature; tels
étaient, en effet, ses menhirs , ses trilites et ses
dolmens.
— o —
Vers le commencement du 4mo siècle , Constantin
établit dans Bysance le siège de la puissance romaine.
Il y transporta l'architecture qui avait élevé le temple
de Jupiter-Stator ; mais il était impossible que
l'imagination capricieuse des peuples de l'Orient ne
la marquât pas de son empreinte. Les feuilles d'acan-
the et les volutes cessent d'étaler leur gracieuse
ellipse sur le fût des colonnes, et le chapiteau n'est
plus qu'une masse cubique ornée de peinture ou
couverte de feuillages à peine saillants.
De ces modifications apportées à l'architecture
romaine naquit le style Romano-Bysantin ; il pénétra
dans les Gaules ; mais alors Rome n'était plus qu'un
vain nom. Sa chute avait marqué la fin de l'antiquité
et le commencement du moyen-âge.
En partant de cette époque jusques en l'an mil,
que trouvons-nous dans l'histoire? Des guerres et des
révolutions , des invasions , des luttes : les unes reli-
gieuses, les autres sociales , partout le trouble et la
confusion ; on croirait que l'Europe livrée en quelque
sorte au pillage, va tomber pour jamais dans la
barbarie ; et, comme si ce n'était point assez de
toutes ces causes de dégénération sous lesquelles la
civilisation était près d'expirer, une croyance inex-
pliquée qui se répandit tout-à-coup et annonça que le
monde finirait avec l'an mil, sembla creuser un
abîme infranchissable au seuil de l'avenir, et jeta les
esprits les plus forts dans l'apathie et le découra-
gement.
— 6 —
Au milieu de ces perturbations diverses l'architec-
ture s'était abâtardie. La brique entra dans les
constructions ; alignée quelquefois en corniche, son
rouge vif trancha avec le gris obscur de la muraille.
Le pilier massif et carré remplaça souvent la colonne ;
les plus grossières mutilations dégradèrent l'enta-
blement. Il était conséquent que l'art subît l'influence
d'une époque d'ignorance et de funestes agitations.
A peine avait-il retrouvé quelques moments d'éclat
pour refléter la grandeur de Charlemagne.
Ce fut pendant la période de temps sur laquelle je
viens de jeter un si rapide coup-d'oeil, qu'apparut
l'architecture arabe. Cent vingt ans avant la naissance
de Charlemagne, Mahomet persécuté à la Mecque
avait pris la fuite vers Yatreb , depuis lors Médine.
C'était par une belle nuit de juillet; la lune était
nouvelle et brillait comme un croissant dans les cieux.
Omar, successeur de Mahomet, voulant consacrer la
mémoire de cet événement, adopta le croissant pour
symbole de la foi du prophète , et, s'il faut en croire
quelques auteurs, l'architecture arabe doit à cette
circonstance , ses signes les plus caractéristiques , le
croissant et l'arc outre-passé.
Cependant l'an mil arrive et le monde ne finit pas.
Les vaines terreurs se dissipent; l'esprit humain
secoue sa léthargie ; les croisades mêlent les peuples
de l'Orient à ceux de l'Occident ; la société française
fermente, la civilisation reparaît et se développe.
L'architecture s'associe à ce noble élan ; de petites
- 7 —
colonnes engagées sur les piliers vont porter les
nervures des voûtes ; les chapiteaux se couvrent de
figures saillantes, personnages de la Bible, griffons,
chimères , serpents entrelacés. L'artiste sent que le
monde moral se renouvelle et il aspire à renouveler
son art.
Au douzième siècle, les croisés étaient rentrés en
France, pleins des souvenirs de l'Orient ; leurs idées
religieuses se manifestaient dans l'imitation du temple
de Jérusalem où ils avaient prié. Des églises sont
bâties sur un plan circulaire en mémoire de celle du
St.-Sépulcre. Alors paraît l'ogive; timide d'abord et
modeste , elle va, dans les trois premiers siècles qui
s'avancent, se substituer à la forme païenne et créer
l'architecture nationale.
Pour se rendre raison de cette éclatante révolution
de l'art, il faut jeter un regard en arrière.
Le christianisme naissant avait célébré ses mystères
dans les catacombes. Quand il lui fut permis de se
montrer au grand jour, il dressa ses autels dans les
basiliques ; mais pour donner à ces édifices une forme
qui se ressentît de l'inspiration religieuse , les chré-
tiens commencèrent par allonger le transsept, et son
entrecroisement avec la nef principale produisit
l'image de l'instrument de supplice sur lequel l'homme
Dieu était mort. Ce n'était point assez ; le plafond
des basiliques semblait arrêter l'essor de la pensée;
dans leurs constructions nouvelles, l'arcade sur les
colonnes remplaça l'architrave ; la voûte inventée par
— 8 —
les Étrusques fut adoptée pour relever les édifices ;
le sentiment religieux s'appropriait donc toutes les
formes qui tendaient, en quelque sorte , à spiritua-
liser les monuments. Au début du 13me siècle, ce
sentiment avait acquis son plus haut degré d'inten-
sité et de puissance; tout ce qui pouvait encore
rappeler le matérialisme païen avait cessé de lui
convenir ; il fallait à sa foi vive une expression nou-
velle, et l'âme trouva dans l'ogive le symbole de ses
élans sublimes vers le ciel ; jamais style d'architecture
ne s'harmonisa plus fidèlement avec les croyances de
son époque.
Le \ 5me siècle avait fini et avec lui le moyen-âge.
La renaissance commençait avec le 16me: Alors on
vit, comme par enchantement, les auteurs grecs et
latins, si long-temps oubliés ou dédaignés sortir de la
poussière des bibliothèques. On les interroge , on les
étudie, on les commente. Ils ramènent la pensée vers
cette antiquité qui avait disparu pendant tant de siècles
sous les débris de la puissance Romaine. Les regards
croient plonger dans un monde nouveau, et la foi
religieuse s'affaiblit devant un immense besoin de-
changements qui dévore les esprits. En ce moment,
on retrouve le manuscrit de Vitruve ; c'en est assez ;
l'architecture va suivre le mouvement que le siècle lui
imprime; elle répudie le style national pour redevenir
païenne. Le plein-cintre se substitue à l'ogive.
Cependant Luther livre aux flammes, à Vissem-
berg, la bule de Léon X; en France, l'esprit de

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