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M O T I O N
É N. F A V E U R
DES OFFICIERS DU ROI
MOTION
E N FAV EUR
DE S O FF I CI E R S DU R O I,
-DESTITUÉS PAR LES MINISTRES,
P R or OSÉE A L' S S E M B LÉE
SES ÉT NÉRAUX.
P A R Madame comtelle DEM AURVIL LE
I 7 9
M O T I O N
EN FAVEUR
DES OFFICIERS DU ROI.
AU rnilieu des grands intérêts qui agitent
en ce moment la nation française, je n'es-
père pas fixer l'actention des représentans de
la nation fur ceux d'un simple particulier ;
mais la motion que je propose à cette au-
guste assemblée, intéresse tous les officiers
qui composent l'armée, & particulièrement
ceux qui ont été .victimes-des factions mi-
nistérielles; elle tend à faire proscrire une
source secondé d'injustices criantes, dont
Télite de la noblesse n'est point àl'abri ; elle
mérite l'accueil favorable des états-géné-
raux ; elle l'obtiendra : s'il en arrive autre-
ment, j j'aurai du moins satisfait à mon de--
voir envers le public, qui ne paroît pas s'oc-
A z
Cuper de Tobjet que je traite ; à l' honneur,
qui me fait une loi de justifier un bon offi-
cier dont la disgrâce m'est commune, &
à la conviction que j'ai de son innocence.
Cet officier a été accusé à son infçu, con-
damné sans avoir été entendu, puni, fans
être coupable, dépouillé de son état, em-
prisonné , vexé de mille manières, & ba-
foué lorsqu'il a voulu demander justice ;
l'honneur même lui auroit été enlevé, fi
l'honneur pouvoit être le jouet des injustices
des ministres.
II ne reste rien à ce malheureux, si ce
n'est une amie , qui a plié comme lui
fous le joug de l'oppreffion ; dont le père
á porté les armes pour la France avec
distinction, dont les frères servent de
même ; que les duretés des ministres ont
dégoûtée du rôle de suppliante auprès
d'eux, & qui met aujourd'hui toute fa
confiance dans la justice des représentans
de la nation. Cette amie, c'est moi, c'est
l'épouse, de l'opprimé.
L'intérêt de mon mari & le mien , ne font
pas les seuls qui donnent du poids à la mo-
tion que je propose, celui d'un grand nombre
d'officiers, sacrifiés à.d'affreuses vengeances,
7
l'amour du Roi pour fes sujets, la fureté
du service militaire, exigent qu'elle soit ac-
cueillie. II importe, sous tòus les rapports,
que U état des officiers qui Vont perdu par des
injuflices , leur soit rendu & que l' armée soie
à jamais préservée d'un tel fléau.
Nul français ne peut s'empêcher de
joindre ses voeux aux cris élevés de toutes
parts , contre Fabus d'autorité des ministres j
mais si le pouvoir arbitraire est odieux,
n est-ce pas fur-tout lorsqu'il frappe des
gentilshommes qui exposent leur vie pour
la gloire du Roi & le salut de l'état ; qui
sont, comme mon mari, distingués parles ser-
vices de leurs ancêtres , par les leurs propres,
par des blessures profondes ; & de longues
■souffrances , par des récompenses hono-
rables , & purement militaires, par leur
assiduité constante, leur obéissance aveugle ?
Ils sont affreux, les coups de ce pouvoir,
lorsqu'ils sont portés dans les ténèbres ;
qu'on ne peut pas plus les éviter, que ceux
d'un assassin de grand chemin ; que celui
qui les porte ne laisse ni le temps de s'en
garantir, ni les moyens de s'y opposer, ,&
qu'il faut absolument'être sacrifié sous dé
faux prétextes, fans avoir la faculté de les
. A 3
combattre, hi aucun moyen de faire en ==
tendre de justes réclamations.
Tandis que les formes pénibles de la.pro-
cédure criminelle en France , font íèntir
combien la vérité est quelquefois obscure,
' & quels devoirs impòrtans les Juges ont à
: remplir pour ne pas se tromper; un mi-
nistre armé du pouvoir arbitraire, pourra-
t-il trancher, au gré de son caprice ou de
son intérêt, le fil des affaires les plus inex-
tricables , fans connoiflance de caufè, fans
examen ., fans information, & , qui pis est,
fans remords ?
Car, enfin, le scélérat condamné au der- ■
.nier supplice a du moins la satisfaction d'en-
tendre lire son arrêt ; il a eu celle de con-
noître les accusations portées contre lui,
d'y opposer ses moyens de défenses ; &-3
quand le Juge l'a condamné, il a été con-
vaincu par la force des faits discutés avec
le plus grand soin; mais la malheureuse
victime de la paffion d'un ministre est égor-
gée dans les ténèbres du cabinet; toute for-
malité en- est bannie ; l'accusé n'est pas
même appelle à son jugement; la juftice
de fa cause est souvent une raison de plus
pour consommer le sacrifice.
7
Le tableau de la conduite de -on marr
dans son service, & du traitement qu'il y a
éprouvé, fera fentirl'importance de la moi
tion que je propofe & la néceffité de l'àd-
mettre.
IL y avoit vingt-cinq ans que M. BiD É DE
MAURVILLE étoit au service de la marines
quand M. -DE C-ASTRIES arriva au mínisfère-
de ce département par une route peu battue
'jusqu'alors ,'ëu égard au rapport très éloigné .
qu'il y avoit entre le nouveau service que
cet officier général alloit diriger, & celui
qu'il avoit toujours fait ; cette obfervation
n'a pas pour but de déprimer M. le Maré-
chal ; mais elle n'eft pas indifférente à mon-
sujet.
Mon mari étoit chevalier de Saint-Louís;
il s'étoit distingué dans plusieurs affaires ,
notamment à l'affaire. de la Rache en 17 6 5 ,
où il fut horriblement maltraité& après
laquelle il a langui pendant deux ans dans-
les fers du roi de Maroc. II avoit enfuite
été chargé, par la cour de France, d'une
négociation à cette cour barbaresque donc
il s'étoit acquitté avec un fuccès-qui lui
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8
avoit mérité les applaudissemens des mi-
nistres de ce temps-là.
Mais en France , lorsqu'un ministre ar-
rive en place , il est comme s'il tomboit des
nues ; il ne connoît ni les personnes-ni les
choses ; hors ses créatures , les officiers qui
ne font que leur devoir & point leur cour,
sont prefqu'oubliés ; leurs services sont
comptés à-peu-près pour rien ;.&-, sous cer-
tains ministres, on a plus à craindre de leur
humeur, que du canon des ennemis.
M. de Maurville n'avoit, pour ainsi dire.,
pas quitté la mer depuis qu'il étoit au fer-
vice j & M. de Castries, nouvellement passé
du commandement d'un corps de cavalerie
au ministère de la marine, ne connoissant
point cet officier, n'ayant eu que quelques
ìnstans pour disposer de sori sort, en a usé
comme on va le voir.
Le vaisseau du Roi, l' Artésien , avoit été
confié à mon mari dans les mers de l'Inde,
sous les ordres de M. de SuFFREN : puissent
les mânes de cet homme pervers , autant
que général habile, avoir appaiíé la colère
àes dieux, offensés par ses injustices!
Depuis long-temps une haine implacable