MotS

De
Nous sommes d´éternels indécis devant un immense comptoir de traite. Où sont les refuges, les feux, les campements, les postes, les raccourcis? D’objet en objet, notre regard se déporte, il erre, il s’épuise, et puis nous sortons dans la neige, dans la nuit, dans la mer, dans l’espace à la rencontre de notre étrangeté. Notre vie est une énigme dont nous ne comprenons plus le dilemme. Notre mémoire se serait-elle imbibée à ce point dans la terre de nos malentendus?
MOTS est le quatrième de la série de douze ouvrages, Autoportrait, publiés au rythme d´un par mois en 2014. Chaque ouvrage répond à une consigne singulière et son titre débute par une lettre du prénom de l’auteur.
De ce projet inusité, l’auteur dit «[…] l’armature du texte était de prendre mon nom, qui a douze lettres, de le décomposer sur douze mois. Douze, c’est un chiffre mystique aussi […].»
À l’image de l’œuvre que bâtit ce grand créateur depuis 40 ans, Autoportrait nous convie à une aventure profondément originale, protéiforme, qui s’inscrit dans sa manière sans cesse renouvelée de faire l’inventaire des choses autour de lui, même les plus banales, en vue d’en faire rejaillir la grâce, l’émouvante beauté.
Publié le : lundi 5 mai 2014
Lecture(s) : 3
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782894238974
Nombre de pages : 52
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M o t S
HERMÉNÉGILDECHIASSON
MotS A U TO P O RT R A I TIV
PIŝe deparole Récits
Ancrées dans le NouvelOntario, les Éditions Prise de parole appuient les auteurs et les créateurs d’expression et de culture françaises au Canada, en privilégiant des œuvres de facture contemporaine.
Éditions Prise de parole C.P. 550, Sudbury (Ontario) Canada P3E 4R2 www.prisedeparole.ca
Nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du livre du Canada (FLC), du programme Dévelop pement des communautés de langue officielle de Patrimoine canadien, et du Conseil des Arts du Canada pour nos activités d’édition. La maison d’édition remercie également le Conseil des Arts de l’Ontario et la Ville du Grand Sudbury de leur appui financier.
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P Solstices, Sudbury, Éditions Prise de parole, 2009. Béatitudes, Sudbury, Éditions Prise de parole, 2007, prix Champlain. Conversations, Sudbury, Éditions Prise de parole, « BCF », 2006 [1999], prix du Gouverneur général. Parcours, Moncton, Éditions PerceNeige, 2005. Répertoire, TroisRivières, Écrits des Forges / ChaillésouslesOrmeaux (France), Le dé bleu, 2003. L’oiseau tatoué, Montréal, La courte échelle, 2003. Émergences(réédition deMourir à ScoudoucetRapport sur l’état de mes illusions), Ottawa, Éditions L’Interligne, « BCF », 2003 [1974] [1976]. Légendes,Québec, Éditions J’ai vu, 2000. Actions, Montréal, Éditions Trait d’union, 2000. Brunante, Montréal, Éditions XYZ, 2000, prix Éloizes. Climats, Moncton, Éditions d’Acadie, 1996. Miniatures, Moncton, Éditions PerceNeige, 1995, prix de poésie des Terrasses SaintSulpice / Estuaire. Vermeer/TroisRivières, Écrits des Forges, 1992., Moncton, Éditions PerceNeige Existences, Moncton, Éditions PerceNeige /TroisRivières, Écrits des Forges, 1991. Vous, Moncton, Éditions d’Acadie, 1991, prix FranceAcadie. Prophéties, Moncton, Éditions Michel Henry, 1986. Rapport sur l’état de mes illusions, Moncton, Éditions d’Acadie, 1976. Mourir à Scoudouc, Moncton, Éditions d’Acadie, 1974.
T Laurie ou la vie de galerie, Sudbury, Éditions Prise de parole, 2013 [2001]. Pierre, Hélène & Michaelsuivi deCap Enragé, Sudbury, Éditions Prise de parole, 2012. Avec LouisDominique Lavigne,Le cœur de la tempête, Sudbury, Éditions Prise de parole, 2011. Le Christ est apparu au Gun Club, Sudbury, Éditions Prise de parole, 2005. Aliénor, Moncton, Éditions d’Acadie, 1998. L’exil d’Alexa, Moncton, Éditions PerceNeige, 1993.
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L’événement Rimbaud, avec Gérald Leblanc et Claude Beausoleil, poésie, Moncton, Éditions PerceNeige /TroisRivières, Écrits des Forges, 1991. Le tapis de GrandPré, avec Réjean Aucoin et JeanClaude Tremblay, illustrateur, Éditions pédagogiques de la NouvelleÉcosse, 1986, prix FranceAcadie. L’antilivre, avec Jacques Savoie et Gilles Savoie, illustrateur, Moncton, Éditions de l’étoile magannée, 1972.
HerménégildeCHiasson
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a u to p o rt r a i t1V Éditions Prise de parole Sudbury 2014
Réalisation de la première de couverture : Olivier Lasser Conception de la couverture et mise en pages d’après une idée originale de Herménégilde Chiasson.
o Certains de ces textes ont été publiés dans le n 47 de la revueExit.
Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation réservés pour tous pays. Imprimé au Canada. Copyright © Ottawa, 2014
Diffusion au Canada : Dimedia
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives Canada Chiasson, Herménégilde, 1946, auteur Mots / Herménégilde Chiasson. (Autoportrait) Poèmes et écrits en prose. Publié en formats imprimé(s) et électronique(s). ISBN 9782894239193. – ISBN 9782894233771 (pdf ). – ISBN 9782894238974 (epub)
I. Titre. II. Collection : Chiasson, Herménégilde, 1946. Autoportrait.
PS8555.H465M68 2014
C841’.54
ISBN 9782894239193 (Papier) ISBN 9782894233771 (PDF) ISBN 9782894238974 (ePub)
C20139086277 C20139086285
écouteles s’ajouter les mots aux mots sans mot les pas aux pas un à un Samuel Beckett
Il faut être ivre ou fou, ajouteraije, pour oser encorese servir de mots, de n’importe quel mot. Cioran
Vous croyez que les mots désignent autre chose ? Eh bien non. Les mots désignent d’autres mots. Tzvetan Todorov
hiverété dur, long, froid et a le gibier s’est fait plus rare. Les branches se sontbrisées sous lepoidsla de glaceplu et sieursarbrestombés dans sont laforêt. L’hiver n’a pas encore lâchéprise, mais nous sen tons qu’il desserre les dents. Le cri des coyotesaffamés se fait entendre au loin et lejap pement desrenardsrap se proche destentes, au point, à la pleinelune, nous arrivons à peine à dormir. Bientôt la lune duprintemps reviendra dans lesétoilesavec elle, la et, chaleurson reprendra souffle. L’ours sortira de sonsommeil, lesoiseauxde leur reviendront lointainvoyage. Nous pourrons quitter lesfourrures qui nous protègent depuis l’automne et remettre les peaux de che vreuil si agréables à porter. Plus besoin de se couvrir levisage, les bras et les jambes de graisse d’animaux. Ce sera de nouveau l’été. La vie sera douce, la terre se couvrira de vert et le vent se fera chaud. Quelque chose me dit que cet été ne sera pas comme les autres. Il y a deux lunes de cela, j’ai fait unrêveque personne n’a pu m’expli quer, pas même Membertou, le sagamo. J’ai rêvé à deshommesqui descendaient d’un grand canoë. Ils n’avaient pas de rames, mais des peaux attachées à des bâtons faisaient avancer leur grand canoë sur l’eau au gré du vent. J’ai entendu parler de ces canoës qui viennent pêcher à plusieurs jours de marche
l’hiver qui descend avec la rivière et ces branches agitées dans le vent d’avril, ces vagues bri sées circulant allègrement sous le poids des arbres narguant la forêt, en d’autres temps, sous d’autres cieux, la glace usée par le temps et prise dans ces sen tiers affamés, tandis qu’au loin un jappement insiste, affirmant qu’il faut prendre exemple sur les renards et décoder dans le trem blement des tentes ce souffle à notre portée, à peine audible, ce voyage qui va de la lune au printemps alors que la chaleur se confond au sommeil, qu’on refait son espace à la mesure d’un rêve aussi attendu que le retour des oiseaux, le visage refait surface, le visage à peine audible, des siné dans la trace des animaux, suivi d’hommes rouges chargés de fourrures, transportant leurs vies dans une embarcation fra gile, un canoë descendant l’his toire au fil du torrent, composant avec la rivière, avec les tempêtes, soumis et docile aux caprices de la nature, résistant dans la mesure du possible pour se rendre à nous et s’embourber dans les compromis qui font défaut, ces ententes difficiles et changeantes comme le mouvement des glaces.
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cinéma est encore marqué par lesstigmates d’un retard historiqued’une et idéolo giele passé prend encore où une grande place. L’identitédont il témoigne se voudrait une sorte d’éloge d’unadjec tif, et évite souvent le besoin inhérent de toutecollectivitéà se retrouver dans letémoi gnage, la présence et laconti nuité. Nous restons devant notremiroir. Quand nous nous en éloignons, il semble que nous souffrons d’unver tigenous est qu’il difficiled’affronter. Le cinéma aca dien, en ce sens, s’estconcen tréle sur discourssur la et nécessité, pour les réalisateurs et les réalisatrices, de don ner laparole aux autres. Je m’en suis renducompte lors de monpremier filmToutes les photos finissent par se res sembler, alors que j’avais cru bon d’inséreruntémoignagepersonnel sur uneentreprise, lalittérature acadienne, à laquelle il me semble avoir énormément contribué. Même chose pour le filmÉpopée, alors que j’apparais dans le film, pour souligner que les idéeset lesproposqui y sont tenus me sontpersonnels. Encore là, on m’a reproché d’avoir voulu faire un film dans lequel jedistorsion nais la réalité selon mon bon vouloir. Or qu’estce qu’une œuvre d’art sinon la reprise sur soi d’un discours, d’une vision ou d’un imaginaire?
et parfois cela peut prendre la forme d’un cinéma pauvre où les stigmates revêtent l’aspect his torique d’une idéologie à toute épreuve, une identité qui se serait faite sur le tas, l’adjectif volant la vedette à une collectivité à la recherche d’un nom, d’un témoi gnage durable comme les pierres dans le courant, la continuité de l’herbe, des ruisseaux, des routes, un miroir reflétant notre vertige et, le plus difficile, concentré dans les traces figées et pénibles de notre discours, cette parole d’une époque inquiète où notre compte n’en finissait plus de se calculer, cet an premier qui ne cesse de s’insérer dans notre mémoire, entreprise surfaite et épopée dérisoire d’une misère comprise jusque dans le décor, les arbres, ceuxlà mêmes qui s’agitent ano nymes et solitaires comme dans un film de guerre, des idées qui reviendront nous hanter, les propos personnels n’ayant plus cours, même ceux que je distor sionnais dans un effort d’y ins crire ma voix, finiront marqués de l’adjectif, s’ajouteront à une vaste texture ne cessant de s’effi locher à la recherche de l’adjectif et mieux, du verbe qui pourrait nous définir, nous comprendre
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