Moyens d'effectuer le projet conçu par Henri IV, pour établir la paix perpétuelle en Europe

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Chaigneau jeune (Paris). 1818. France (1814-1824, Louis XVIII). In-8 °. Pièce.
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Publié le : jeudi 1 janvier 1818
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D'EFFECTUER LE PROJET
POUR ÉTABLIR
LA PAIX PERPÉTUELLE EN EUROPE.
D'EFFECTUER LE PROJET
POUR ÉTABLIR
LA PAIX PERPETULLE EN EUROPE.
Nostri dant otia tenis.
HENRI IV.
PARIS,
CHEZ .
CHAIGNIEAU jeune , rue Saint-André-
des-Arcs, n° 42;
MARTINET, rue du Coq;
MONGIE, aîné, boulevard Poissonnière,
n° 18;
DELAUNAY, Palais-Royal;
Et chez tous les marchands de nouveautés.
1818.
J
E saisis l'à-propos de l'inauguration de la
statue de Henri IV, et crois rendre hom-
mage à ce modèle des rois, en présentant
à ses successeurs les moyens d'achever l'ou-
vrage qu'il avait commencé pour le bien de
l'humanité.
Dans cette circonstance mémorable, je
voudrais qu'il me fût possible de transmettre
à ma patrie un nouveau genre de gloire, en
donnant occasion aux amis de la paix de
manifester leur voeu d'une manière authenti-
que, et de s'unir sans mollesse pour produire
à leur tour autant de bien que la guerre a
produit de mal, et prouver au monde entier
combien la nation française a le désir de
contribuer au repos de l'Europe, afin qu'on ne
puisse le révoquer en doute ni avoir aucun
prétexte de prendre des mesures contre une
ambition insupposable envers la France.
Pour parvenir à ces fins, et couronner
l'époque de l'inauguration de la statue de
Henri IV, et de la fête de Saint-Louis 1818,
je propose au Roi, par l'organe du président
de ses ministres :
I
(6)
1° L'institution d'une propagande pour la
paix perpétuelle, composée de savans, plu-
tôt pères de famille que célibataires;
2° Cette institution pourra être attachée
à un ministère ou être association libre. Dans
le premier cas, les membres en seront nommés
par le Roi, avec jouissance de son impri-
merie pour propager la paix perpétuelle ,
d'après la vérification des ouvrages qui leur
seront adressés, et qu'ils auront jugés dignes
de contribuer à ce but. Dans le second cas ,
où tout individu pourrait devenir coopéra-
teur direct ou indirect, je demande la faculté
d'être fondateur , et propose d'agréger la
propagande à la société philantropique de
Paris, dont les principes et les actions sont
au-dessus de tout éloge ; je crois qu'elle ne
refuserait pas de prendre part à des travaux
qui coïncident avec son esprit, et qui ne
pourraient qu'augmenter son mérite , en se
rendant encore plus utile au bien de l'espèce
humaine.
Si l'extrait que j'ai l'honneur d'offrir au
public paraît mériter son attention, et que
mon projet soit adopté, je me propose de
compléter l'ouvrage par une voie qui pourra
produire le bien qu'on peut attendre d'une
(7)
pareille production, en la soumettant à la
propagande, sous le titre de Catéchisme à
l'usage des Européens.
Quant à l'extrait que j'écris, je le destine
à concourir au prix proposé par l'académie
française pour l'ouvrage le plus utile aux
moeurs, (1) et je l'annonce dans le dessein de
donner l'idée d'un ouvrage plus parfait, en
traitant le même fond. Sans vouloir aller
plus loin, j'ai peut-être saisi dans cet extrait
les intentions d'un prince qui encourage en
France une production sur la perfection de
l'économie politique, laquelle pourrait bien
recevoir de mon sujet la base la plus solide;
car si l'on ne déracine le système qui perpé-
tue la guerre en Europe, il corrompra tou-
jours les moeurs, comme il détruira égale-
ment la source qui peut produire la stabilité
et toutes les richesses nationales.
(1) Le programme exige que l'ouvrage soit imprimé
et publié.
PRÉLIMINAIRE.
E
N considérant le but social, et se repré-
sentant l'histoire des désastres de chaque
nation, aussi bien que les calamités résultantes
pour chaque famille en particulier, il est
moralement impossible de ne pas désirer des
liens inaccessibles aux impulsions destruc-
tives de leurs intérêts réciproques.
Il est donc du devoir et de la dignité de
tous les hommes civilisés, de contribuer de
tout leur pouvoir à l'amélioration du bon-
heur social, lequel repose tout entier sur des
garanties réciproques, dont les meilleures
bases sont la clarté et la simplicité. Mais ce
principe, pour demeurer conservateur et
garant de la sécurité, exige un lien qui pré-
sente une garantie individuelle et générale
de la bonne foi de chacun pour l'accomplis-
sement des devoirs sociaux; il peut et doit
s'étendre également entre les nations et les
individus pour leur bien-être, comme il
(9)
s'étend, sous d'autres rapports, dans nos actes
et transactions privés par garantie récipro-
que, pour avoir une force équitable et ne
pas être considéré comme dérision.
Les hommes sensibles et généreux qui se
sont occupés du bonheur de leurs semblables
depuis la propagation des lumières , nous
ont laissé assez de matériaux pour constuire
l'édifice du bonheur social, sans qu'il soit
possible d'en reproduire de nouveau. Ce
n'est que par un nouvel assemblage de ces
matériaux, quel que soit d'ailleurs leur éloi-
gnement et leur destination primitive, qu'il
sera possible, d'après leur choix, d'arriver à
la perfection d'une économie politique aussi
équitable qu'utile aux bonnes moeurs et au
bien-être des nations civilisées.
Ne nous étonnons donc point, si cet as-
semblage n'existe pas , puisqu'il ne peut
être qu'une compilation , et que ce genre
répugne à l'esprit du premier ordre , qui
préfère toujours la gloire d'être créateur
à celle de perfectionner l'oeuvre d'autrui.
Il faut être naïf et persévérant dans les idées
d'amélioration qui peuvent conduire au bien,
et croire celles que j'embrasse aussi faciles à
exécuter qu'elles le paraissent à mon ima-
(10)
gination, pour essayer à reproduire des pro-
jets si connus, dont la gloire sera toujours
tout entière à leurs premiers auteurs. Mal-
gré la stérilité du travail pour le bien pu-
blic, une force irrésistible me persuade et
m'entraîne à la croyance d'avoir découvert
ce que l'on paraît toujours chercher pour
déjouer les vices contraires à l'ordre social-
L'assemblage que je vais en faire dans le
cours de cet ouvrage pourra convaincre
les gens de bien, qu'ils ne doivent pas dé-
sespérer de fixer le salut commun, s'ils
veulent s'entr'aider des moyens que je
vais proposer pour y parvenir.
Je ne prétends pas établir ici de nouveaux
droits, autres que ceux que chaque individu
et chaque nation peuvent posséder et récla-
mer hautement sous toutes les formes de
gouvernement; je veux dire, cette portion
de bonheur que chacun doit rencontrer dans
l'état de civilisation, et qui consiste dans les
moyens de fixer évidemment l'union et la
paix entre les individus et les nations.
Je ne m'étendrai donc pas sur d'autres
droits , bien convaincu qu'ils ont toujours
été des sujets de discorde et de désolation
parmi les hommes , et que la paix étant
(11)
leur véritable bien-être sur la terre , la
guerre n'a rien de légitime , si l'on dé-
couvre des moyens d'annuller son système
tyrannique parmi les nations civilisées. Es-
sayons comment il serait possible d'y parvenir.
Puisque tout pouvoir n'existe qu'en vue
du bon ordre et du bien général, et que
c'est par le système moral que les gouver-
nemens doivent chercher la stabilité, la saine
politique veut qu'ils marchent tous au grand
jour et par amélioration du principe con-
servateur.
C'est donc de l'accomplissement des de-
voirs de chacun que peuvent ressortir tous
les avantages sociaux, et d'où l'on doit con-
sidérer que la surveillance et la force,
qui sont en confiance aux pouvoirs des gou-
vernemens , ne doivent être qu'auxiliaires
et harmoniques d'une autre surveillance que
tous les hommes doivent avoir entre eux ;
au moyen d'institutions capables de lier na-
turellement tous leurs intérêts réciproques,
et de produire une garantie non illusoire
de la stabilité et du bien-être social. Le
point essentiel à l'appui de ces principes ,
est celui où la force organisée recevra de
la loi seule un but invariable et un nombre
(12)
déterminé , afin qu'elle n'agisse que visible-
ment pouK le bien-être et la conservation
de la société : ce point est d'autant plus
essentiel , qu'il ferait disparaître les plus
grands abus du pouvoir , en donnant à
chaque membre de la force organisée le
flambeau qui doit éclairer pour marcher en
citoyen, et en permettant à chaque gou-
vernement de se régler sur une pareille base,
pour produire réciproquement une bonne
économie politique.
Ces institutions devant former toute la
base de la sociabilité , les fins du but social
ne pourraient être récusées que par la ty-
rannie et le despotisme , la perfidie ou la
dépravation, puisque la surveillance réci-
proque est la meilleure garantie de la bonne
foi, et le frein le plus certain pour dominer
les passions et exciter l'émulation des vertus...
C'est en rendant chaque individu respon-
sable de ses actions envers la patrie d'après
les principes de la sociabilité , et en don-
nant un mandat de surveillance spéciale à
tous les gens de bien , que nous rencon-
trerons seulement le secret qui conduit au
véritable honneur, et à la crainte la plus sa-
lutaire qui puisse préserver de la mauvaise foi.
(13)
Si donc tous les peuples civilisés peuvent
réclamer hautement leur bien-être et leur con-
servation réciproque , d'après le plan que le
vais tracer , nous verrons bientôt chaque
souverain de l'Europe devenir dans toute la
fosce du terme le père de sa patrie, et con-
tribuer à ne former qu'une même famille
de tous les enfans de l'Europe.
Pour nous conduire à ces fins, quatre ins-
titutions forment tout mon plan :
La première est un tribunal d'arbitres de
l'Europe, revêtu d'une force coactive et coër-
citive pour soumttre ou concilier chaque
puissance dans les intérêts réciproques de
l'Europe entière, par le moyen d'une confé-
dération générale pour la paix perpétuelle,
laquelle serait toujours ouverte pour tous
les peuples civilisés, et de laquelle aucune
puissance engagée ne pourrait se détacher.
La deuxième est un pacte de surveillance
et de sûreté réciproque entre tous les pro-
priétaires de l'Europe, lesquels seraient orga-
nisés constitutionnellement en gardes na-
tionales, pour réduire le nombre des ar-
mées permanentes, subvenir avec quelques
auxiliaires au maintien de l'ordre intérieur,
et remplacer les anciennes associations qui
(14)
ont été détruites, et qui avaient un but
d'utilité publique et moral, et de récréation
nationale dans chaque gouvernement.
La troisième, est la réunion de toutes les
professions en corporations distinctes, dans
le même but que ci-dessus , pour garantir
réciproquement le bon ordre et la bonne foi
qu'exige le bien de la société et l'honneur
de chaque profession, sans astreindre la liberté
du commerce, ni l'industrie par aucun
privilège.
La quatrième , qui doit servir de règle
aux trois premières, est une morale publique-
universelle , consacrée par les lois, pour
unir et lier les hommes de toutes les sectes
aux mêmes devoirs qu'ils ont à remplir, en-
vers la société et leurs semblables.
J'ose avancer que ces quatre institutions
sont la boussole de la stabilité pour con-
duire au bonheur social dans le degré le plus
équitable et le plus certain, que sans elle ,
les hommes s'efforceront en vain pour s'ar-
racher à l'orgueil et à l'ambition qui les do-
minent, et les menacent tour-à-tour , en
confondant le principe de l'organisation so-
ciale selon leurs divers intérêts : que si l'on
veut se donner la peine d'analyser ces ins-
(15)
titutions, en vue de produire le bien géné-
ral , l'on y découvrira le but de toutes les
recherches qui ont été faites pour le fixer
irrévocablement.
Il est à considérer que le bien que chaque
individu doit rencontrer dans l'état social
n'a jamais été présenté dans un rapport assez
fixe pour l'intérêt et l'union de toutes les
sectes, de manière à pouvoir le réclamer et
le surveiller librement comme sa légitime, et
produire la perfection d'une administration
qui puisse s'attribuer sans dérision le titre de
paternelle. C'est ici où je sens l'insuffisance de
ma capacité, pour rendre ce point aussi pal-
pable qu'il a besoin de l'être ; mais en avouant
cette faiblesse , ma persuasion de contribuer
au bien fait renaître mon courage pour
crayonner cet assemblage, dans l'espoir que
des mains plus habiles pourront généreuse-
ment s'en saisir pour le peindre , et déve-
lopper la perspective qui pourrait porter
dans tous les coeurs la conviction du bien-
être des nations de l'Europe , par les quatre
institutions que je viens de tracer sommaire-
ment , et dont je vais étendre seulement la
première pour les raisons que j'ai déduites
(16)
dans l'avertissement que j'ai mis à la tète de
cet ouvrage.
Avant que d'entrer en matière, la pureté
de mes intentions me permet d'invoquer ici
la justice de toutes les puissances humaines,
le concours réuni des gens de bien et des
hommes éelairés de toutes les nations , pour
mûrir et propager les projets d'institutions
que je réveille ; en comparant l'existence
d'une force entièrement sociale et conser-
vatrice, qui serait placée dans les mains
d'un tribunal d'arbitres européens, avec
une autre force qui est toute à la merci des
passions de chaque gouvernement , et qui
n'a été que trop souvent séparée des in-
térêts et des sentimens de chaque nation:
et en comparant également l'introduction du
principe de réciprocité par des institutions
basées sur une morale universelle, qui peut
réunir les vrais principes conservateurs de la
société, et y ramener sans cesse les gouver-
nans et les gouvernés de toutes les sectes.

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