Mrs Dalloway

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Londres, 1923. Par une claire matinée de juin, Clarissa Dalloway, qui donne une fête dans la soirée, sort acheter des fleurs. À la faveur de sa promenade, elle se laisse imprégner par tout ce qui l’entoure, sillonne les rues et remonte le temps. Tandis que les impressions affluent, elle se souvient d’un été à Bourton, où sa vie a basculé...
Dans ce roman du temps vécu où les voix et les époques s’entremêlent, Virginia Woolf décrit des existences hantées par le spectre de l’histoire et de la guerre, ou menacées par la folie. Mais entre les ruines de la tradition et les bouleversements de la modernité, Mrs Dalloway (1925) fait le pari qu’il est possible de vivre l’instant présent, ce moment « où toutes les choses arrivent ensemble ».
Publié le : mardi 13 janvier 2015
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EAN13 : 9782081358881
Nombre de pages : 322
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Mrs
Dalloway
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Du même auteur dans la même collection
LATRAVERSÉE DES APPARENCES
VIRGINIA WOOLF
Mrs
Dalloway
PRÉSENTATION NOTES DOSSIER CHRONOLOGIE BIBLIOGRAPHIE par Nicolas BOILEAUet Juliana LOPOUKHINE
TRADUCTION par Simone DAVID
GF Flammarion
© Flammarion, Paris, 2013, pour l’appareil critique. ISBN : 9782081309562
P r é s e n t a t i o n
Si Virginia Woolf est aujourd’hui considérée comme un auteur incontournable, elle apparaît aussi comme une figure littéraire fascinante. Citons, s’il faut s’en convaincre, la pièce d’Edward AlbeeQui a peur de Virgi nia Woolf ?(1966), le roman de Michael Cunningham, Les Heures(1998), adapté à l’écran par Stephen Daldry avec Nicole Kidman dans le rôle de Virginia Woolf, ou encore l’imposante biographie que lui a récemment 1 consacrée Hermione Lee . Pourtant, à la parution de Mrs Dallowayen 1925, si Virginia Woolf est déjà un acteur important de la scène littéraire, elle n’est pas un auteur majeur.La Traversée des apparences(1915) etNuit et Jour(1919), romans de facture classique, n’ont pas eu le succès qu’elle avait escompté, même si les critiques ont été honorables. La reconnaissance est venue un peu plus tard, grâce à ses articles publiés dans leTimes Literary Supplement, puis à la publication deLa Chambre de Jacob(1922). Un chiffre révélateur : entre 1924 et 1934, le revenu annuel du couple Woolf triple grâce au succès des romans de Virginia, notammentMrs Dalloway. Curieusement, son journal ne contient que très peu de références à ce texte par rapport à d’autres, comme Voyage au PhareouLes Vagues, parus dans les années suivantes ; pourtant, il constitue l’un des jalons de son travail d’expérimentation formelle. Au moment où elle
1.H. Lee,Virginia Woolf ou l’Aventure intérieure, Autrement, 2000.
II
M r s D a l l o w a y
écritMrs Dalloway, Virginia Woolf sait parfaitement où elle veut aller : Examinons un moment un esprit ordinaire au cours d’un jour ordinaire. L’esprit reçoit des myriades d’impressions banales, fantastiques, évanescentes ou gravées avec l’acuité de l’acier. N’estce pas la tâche du romancier de nous rendre sensible ce flux d’éléments changeants, inconnus et sans 1 limites précises ? Telle est la manière dont elle définit l’écriture fiction nelle dans un essai publié en 1925, l’année même où elle procède aux ultimes révisions du manuscrit de son roman. C’est ainsi à partir du début des années 1920 – le roman, de même que le personnage principal, Clarissa Dalloway, sont mentionnés dans le journal dès la fin du mois d’août 1922 – que Virginia Woolf se lance dans une remise en question des formes romanesques tradition nelles, portée par l’effervescence intellectuelle du « modernisme ».
ÉCRIRE DANS LAPRÈSGUERRE: LE«MOMENT MODERNISTE»
AvecLa Chambre de Jacobet quelques nouvelles datant de la même période, l’écriture de Virginia Woolf prend un tournant radicalement expérimental : elle rompt avec la tradition réaliste, joue de l’éclatement des points de vue et des voix, pulvérisant ainsi la linéarité du récit et de la trame narrative. Dès 1918, sa rencontre avec T. S. Eliot place la jeune écrivain britannique au cœur d’un débat moderniste sur la forme, mais c’est à partir de l’année 1922 qu’elle travaille concrètement à de nouvelles manières d’écrire le récit, notamment avec la nouvelle que T. S. Eliot lui commande pour sa revue,Mrs Dalloway
1.V. Woolf, « », inLe Roman moderne L’Art du roman, trad. Rose Celli, Points, « Signatures », 2009, p. 12.
P r é s e n t a t i o n
III
dans Bond Street, où l’on voit déjà le personnage de 1 Mrs Dalloway déambulant dans Londres . À la fin de l’été 1922, Virginia Woolf entame l’écriture d’une version plus longue, qui deviendra le roman que l’on connaît aujourd’hui. La rédaction deMrs Dallowayest conduite dans un élan créatif dont on trouve un écho dans l’atmosphère d’ébullition de la ville moderne telle qu’elle est décrite dès les premières pages du roman. Un détail du journal confirme bien, d’ailleurs, cet enthousiasme initial : sur prise de la tournure que prend déjà l’ouvrage, Virginia Woolf note que l’écriture deMrs Dallowaya immédiate ment convoqué l’entrée en scène dans le texte de toute 2 une galerie de personnages secondaires . Craignant d’avancer trop vite, de ne pas maîtriser cet élan, Virginia Woolf témoigne également à cette période d’une grande fébrilité quant au résultat de son nouveau projet. Le récit s’ouvre sur la célèbre déambulation dans Londres de Clarissa Dalloway, partie acheter les fleurs destinées à la fête qu’elle doit donner le soir même : « Mrs Dalloway 3 dit qu’elle irait acheter les fleurs ellemême . » Livrée à la légèreté, au bonheur de la promenade dont les fleurs sont le prétexte, elle accueille les « myriades d’impres sions », la richesse des sensations qui s’offrent à sa per ception en ce mois de juin 1923 : « “Quel matin frais ! pensait Clarissa Dalloway. On dirait qu’on l’a commandé pour des enfants sur une plage.”/ Comme on se grise ! 4 comme on plonge ! » Les exclamations de plaisir du personnage placent d’emblée le roman sous le signe d’un élan euphorique. À l’image des portes que l’on retire de leurs gonds au début du roman, le personnage de Clarissa, tout entière ouverte aux possibles, fait montre d’une absolue réceptivité.
1.Voir dossier, p. 224. 2.V. Woolf,Journal d’un écrivain, 16 août 1922, trad. Germaine Beau mont, Union générale d’éditions, 1977. Voir dossier, p. 225. 3.Mrs Dalloway,infra, p. 7. 4.Ibid.
IV
M r s D a l l o w a y
LA TABLE RASE MODERNISTE: LE NOUVEL ÉLAN DES AVANTGARDES Cette euphorie lisible dès les premières lignes de Mrs Dallowayest emblématique de l’aprèsguerre, qui fut un moment privilégié pour les avantgardes artistiques, picturales et littéraires à travers toute l’Europe. Après le traumatisme de la Première Guerre mondiale, que Virgi nia Woolf décrit comme un gouffre qui brisa soudain la linéarité du temps historique (« puis, soudain, comme 1 une crevasse dans une route lisse, la guerre survint »), on assiste dans l’entredeuxguerres à une crise de la représentation picturale et littéraire. Celleci marque un véritable seuil critique, avec, d’une part, un versant néga tif lié à la nécessité d’affronter ce qu’a été l’horreur de cette guerre et, d’autre part, un versant positif, porteur de possibilités nouvelles, puisque l’on remet en jeu les formes traditionnelles de la représentation. C’est la fameuse « table rase » (tabula rasa) du modernisme évo quée par le poète Ezra Pound. Ce mouvement européen – qui ne reçut le nom de « modernisme » que bien plus tard, dans les années 1960 – fut en réalité constitué d’un agglomérat de mou vements artistiques et littéraires tels que l’imagisme, le dadaïsme, le surréalisme, le futurisme, le cubisme ou 2 encore le vorticisme . Ce que toutes ces expérimenta tions avaient en commun, c’était une seule et même urgence, un seul et même élan : faire table rase des modes de représentation comme le réalisme de Balzac en France, de Dickens ou de George Eliot en Grande Bretagne, qui ne correspondait plus à la fragmentation de l’expérience dans l’aprèscoup traumatique de la guerre ; surtout, il fallait trouver de nouveaux modes
1.» [1940], inV. Woolf, « La Tour penchée L’Art du roman,op. cit., p. 213. 2.La liste n’est pas exhaustive. Voir P. Childs,Modernism, Londres, e Routledge, 2005, et S. Fauchereau,Avantgardes duXXsiècle. Arts et littérature (19051930), Flammarion, 2010.
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