Muette...

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P. Daffis (Paris). 1870. In-8° , 32 p., frontisp., fig. et planche.
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Publié le : samedi 1 janvier 1870
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LA MUETTE
A. POTHEY
LA MUETTE
ILLUSTREE PAR
MM. H. DAUMIER, HENRY MONNIER, BIN, BACHELIN
DANSAERT, BLANC-FONTAINE,
LE PIPPRE, BERTHON, SCHNEIDER,
DELOYE, CREMER, TAIÉE
GRAVURES DE
MM. GILLOT ET COMTE
FAC-SIMILE DE M. CUISINIER
PARIS
PAUL DAFFIS, ÉDITEUR
9, RUE DES BEAUX-ARTS
1870
PROLOGUE
Le café avait été servi dans ce magnifique atelier de
la place Vintimille que tout Paris connaît.
Les portières de velours grenat, relevées sur des pa-
tères de bronze antique, laissaient voir dans le fond les
splendeurs de la salle du festin.
Les lumières des lustres brisaient leurs feux aux angles
des cristaux et des pièces d'orfèvrerie finement ciselées.
Les masses de fleurs et de fruits, habilement disposées,
égayaient doucement les regards.
La réunion se composait d'une trentaine d'hommes,
vieux et jeunes, mais presque tous connus dans le monde
de la politique, des lettres et des arts.
— 6 —
Un ancien ambassadeur à Naples, des membres de
Un ancien ambassadeur à Naples.
Un membre de l'Institut.
— 7 —
l'Institut, des peintres, des journalistes et des musiciens,
plongés dans de vastes fauteuils, semblaient éprouver
ce doux état de béatitude qui convient si bien aux con-
sciences tranquilles à l'heure d'une agréable digestion.
Crosti avait détaillé, avec une grâce exquise, le grand
air du Barbier.
Un ténor léger.
Puis Ismaël, Villaret et David chantèrent le trio de
Guillaume.
Enfin Charles de Bériot égrena les perles de sa
Tarentelle.
Le charme avait fait naître le silence.
Les officiers de la Légion d'honneur frappaient dou-
— 8 —
cement, en mesure, l'air de leur index, comme s'ils
eussent voulu retenir les vibrations harmoniques trop
tôt fugitives.
Les simples chevaliers, respectant les distances,
accompagnaient ce geste avec des petits mouvements
de tête.
La tenue des autres était irréprochable.
« Depuis quelque temps, le gouvernement est très-
inquiet, » fit une voix rauque et sourde.
Les regards se tournèrent vivement vers celui qui
venait de proférer ces paroles. C'était un homme dont le
visage sinistre n'avait rien de remarquable.
Mais, lui, sans plus s'émouvoir, reprit :
Basse profonde.
LA MUETTE
Depuis quelque temps, le gouvernement est très-inquiet.
Tous les jours on reçoit au ministère des rapports des
Prendre une attitude.
— 10 —
préfets, des sous-préfets, des commissaires des dépar-
tements, qui signalent les progrès terribles que la Muette
fait dans la province.
On savait bien déjà que Paris et la banlieue étaient
infestés par ce fléau; mais aujourd'hui qu'il s'étend, qu'il
gagne jusqu'aux bourgades les plus reculées, il est du
devoir du gouvernement de prendre une attitude !
Il faut sévir !
Par quels moyens?
Voilà la question.
La Muette, comme vous le savez, est une réunion de
gens sans foi ni loi, sans feu ni lieu, qui rêvent le renver-
sement de l'ordre social établi, par les moyens les plus
violents.
Ceux de 93 pâliraient près des leurs.
Le fer, le feu, le poison, le vol, le viol, sont leurs
procédés les plus bénins.
La police le sait, mais elle ne peut rien faire !
En effet, dans la Muette,
On ne se rassemble jamais,
On ne parle pas,
On n'écrit point!
Quelle action voulez-vous que la police ait contre de
semblables misérables?
II
Ainsi, par exemple, le soir, vous entrez dans un café :
Vous voyez des gens qui jouent au billard,
D'autres aux cartes,
D'autres aux dominos,
D'autres enfin qui fument tranquillement leur pipe dans
un coin.
Observez attentivement.
— 12 —
Vous ne remarquez rien.
Eh ! mon Dieu ! ils font tous partie de la Muette...
La police le sait! Elle ne peut rien y faire !
Au coin de chaque rue vous voyez, dans de grands
cadres, des photographies d'individus qui vous sont com-
plétement inconnus, tout à fait indifférents, et qui, d'ailleurs,
ne sont pas déjà si jolis que cela.
Les uns ont un air féroce;
Un air féroce.
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Les autres ont un air niais.
Les autres ont un air niais.
Pourquoi sont-ils là?
Assurément c'est pour se reconnaître entre eux, car
ils sont tous de la Muette!
La police le sait; oui, mais...
Paris est sillonné par une quantité d'omnibus qui,
depuis sept heures du matin jusqu'à minuit passé, par-
courent la cité en tous sens.
Avez-vous parfois remarqué les physionomies étran-

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