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Musset

De
172 pages
L'exemple concret de trois proverbes, un en vers, Les Marrons du feu, et deux en prose Il ne faut jurer de rien et Il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée, permet de découvrir le théâtre en liberté que Musset a pratiqué à sa façon en inventant littéralement un nouveau genre littéraire : le proverbe. La gageure poétique et dramatique que tient ici Musset est de défaire le dire pour le refaire à neuf dans sa polyphonie.
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Musset
La Leçon des proverbes
L’exemple concret de trois proverbes, un en vers, Les Marrons
du feu, et deux en prose, Il ne faut jurer de rien et Il faut qu’une
porte soit ouverte ou fermée, permet de découvrir le théâtre en
liberté que Musset a pratiqué à sa façon en inventant littérale- Véronique
ment un nouveau genrelittéraire: le proverbe. Partir des lieux
Dufi ef-Sanchezcommuns pour trouver le lieu commun où les êtres sont
susceptibles de se rencontrer dans la fragilité de leur altérité
radicale, telle est l’entreprise d’un poète-dramaturge dont la leçon
est précisément de n’en pas donner.
La gageure poétique et dramatique que tient ici Musset est
de défaire le dire pour le refaire à neuf dans sa polyphonie. Le
langage est en effet le principal protagoniste d’un genre inédit
qui met en scène la poésie même dans son effort toujours fra- Musset
gile vers la vérité de l’être.
La Leçon des proverbes
Ancienne élève de l’Ecole Normale Supérieure
de Fontenay/Saint-Cloud, Agrégée de Lettres
modernes, Véronique Du ef-Sanchez est maître
de conférences habilitée à diriger des recherches
à la faculté des Lettres de Dijon. Elle est l’auteur,
entre autres, de Victor Hugo et le désir de savoir,
L’Harmattan, 2002, et Philosophie du roman personnel, de
Chateaubriand à Fromentin, 1802-1863, Droz, 2011.
Illustration de couverture: Le fou du roi et sa marotte, 1540 ©D. R.
ISBN : 978-2-343-05154-3
16,50 €
CRITIQUES-LITTERAIRES_PF_DUFIEF-SANCHEZ_MUSSET-LA-LECON-DES-PROVERBES.indd 1 30/12/14 12:08
Véronique Dufi ef-Sanchez
Musset La Leçon des proverbes













Musset
La Leçon des proverbes




Critiques littéraires
Collection fondée par Maguy Albet


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social. Discours mystiques et argumentation scientifique au
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écrivain éclectique, Actes du colloque en hommage à Bernard
Zadi Zaourou, 2014.




Véronique Dufief-Sanchez





Musset
La Leçon des proverbes



















































































Du même auteur

Victor Hugo et le désir de savoir, L’Harmattan, 2002.

Les Écrivains face au savoir (dir.),
Éditions Universitaires de Dijon, 2002.

Visages de femmes dans la Bible,
L’Échelle de Jacob, Dijon, 2009.

Philosophie du roman personnel, de Chateaubriand à
Fromentin, 1802-1863, Genève, Droz, 2010.

La Souffrance désarmée, Salvator, 2013.

Bonjour vieillesse, Salvator, à paraître, 2015.

Entrer dans l’invisible,
L’Échelle de Jacob, Dijon, à paraître, 2015.






























© L’Harmattan, 201 5
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-05154-3
EAN : 9782343051543



À mes é Avant-propos
Un programme ’ é é a mis à ’ les
proverbes de Musset et é deux publications
importantes sur une partie du corpus proverbial é : On ne
badine pas avec ’ Il ne faut jurer de rien, Il faut ’
1porte soit ouverte ou é . Le é livre, en ne reprenant
que partiellement ce corpus, et en ç Badine par Les
Marrons du feu, se propose ’ conjointement éâ
en vers et éâ en prose : il ’ en effet de é la
notion de proverbe et, à partir de ’é minutieuse de trois
textes relevant tout autant de la è dramatique que de la
è é é de revisiter de fond en comble
’œ de Musset dans son ensemble pour donner à lire une
é originale qui fait toute la jeunesse, encore ’
du éâ de Musset. Une é qui ne dit pas son nom, et
qui place la pudeur é de ’ aux antipodes des
claironnantes é de ses contemporains (je pense é -
ment à Hugo, mais aussi, plus tard dans le è à ’
comme Zola).
Cette é qui se refuse à toute é
é a le é ’ avec un brio miroitant le
questionnement ontologique sous le couvert de la é la mise en
è des é les plus volatiles dont le primesaut ’
pas la profondeur, et ’ à la fois lyrique et é
’ moi é pour lequel la é fut toujours la source de
1 Sylvain Ledda, Alfred de Musset ou le ravissement du proverbe : On ne
badine pas avec ’ Il ne faut jurer de rien, Il faut ’ porte soit
ouverte ou é PUF, 2012.
Sylvain Ledda et al., Lectures de Musset, On ne badine pas avec ’ Il
ne faut jurer de rien, Il faut ’ porte soit ouverte ou é , PU de
Rennes, 2013.
7tout. Ainsi ’ en transcendant les é ries é é
du lyrisme et du dialogue pour une è imaginaire, une
é qui é à elle seule le drame de ’ des Nuits et
le malentendu potentiel dans lequel il a é son œ
En mettant au point le genre, encore é sous cette forme,
du proverbe dramatique, Musset fait sourdre toute son
inspiration éâ ’ é sur ce que Desnos appellera plus
tard le « langage cuit » : le proverbe cristallisant, comme
apophtegme, la propension de toute formule à se figer dans une
forme qui en trahit ’é Musset nous é un genre
nouveau, à la è du éâ et de la é qui è le
é de é la é contre elle- ê en é la
é é è é de ’ê ’ nable é du dire
2amoureux .
Par é é à la merveilleuse é de ’é criture é -
tienne, dont je souhaitais autant que possible é ’
’ é é é à la è monumentale le petit livre suggestif, dont
Voltaire é le format à cause de sa force de frappe.
2 Dans une perspective un peu é de la ô é Loiseleur a
é é avec é ce ’ appelle le « bilinguisme » de Musset, son
aptitude à parler conjointement la langue du éâ et celle de la é :
é Loiseleur, « é le éâ ou le ô de la é dans les trois
proverbes de Musset, Sylvain Ledda dir., Lectures de Musset, On ne badine
pas avec ’ Il ne faut jurer de rien, Il faut ’ porte soit ouverte ou
é Presses universitaires de Rennes, 2012, p. 35. ’ é un peu
plus loin : « Le éâ de Musset croit encore en la é et lui accorde une
authentique valeur dramatique » (p. 43) ce que nous essayons de é
par ’ voies.Introduction
La parole en acte
La é ou amour de la connaissance des
causes, é de la é de ’ vers la
recherche de la cause, puis de la cause de la cause,
’à ce ’ on arrive é à la pen-
é ’ existe quelque cause qui ’ pas de cause
é et qui est é : ’ cette cause ’
appelle Dieu ; de sorte ’ est impossible de se livrer
à aucune investigation approfondie des causes
naturelles sans ê par à é à croire ’ existe un
Dieu é ’ ne puisse avoir dans ’
aucune é de lui qui corresponde à sa nature.
Hobbes, é , Chap. XI
Job, dont le livre figure parmi les textes sapientiaux de
’ Ancien Testament, confesse avec é :
Oh ! je voudrais ’ é mes paroles,
’ soient é en une inscription,
avec un ciseau de fer et du plomb ;
3 é dans le roc pour toujours . (19, 23-24)
Musset partagea-t-il avec le é biblique cette nostalgie
’ parole é ? Eut-il en commun avec le ï de
Vigny ’ é ’é à la solitude du é
3 Je cite la traduction de la Bible de é , Cerf, 2009.
9 é ? Il est certain que, comme Job, il ’ : « ù
vient donc la sagesse ? et ù l'intelligence se trouve-t-elle ? »
(28, 20). À une é ù la é é religieuse ’é plus
possible pour lui, Musset non seulement ’ é dans le
egenre des Proverbes é é du brillant et é XVIII è
mais il ’ totalement éé
ê si en apparence, il ’ a è de filiation entre les
Proverbes bibliques et ceux de Musset, il ne faut pas é
ce palimpseste à peine lisible sous le è é de
Carmontelle. La nostalgie ’ foi devenue hors ’ qui
touche non seulement Dieu, mais ’ et la é ê
de toute é artistique, est le texte é ’ manuscrit
qui é le lecteur dans les entrelacs ’ virtuose
calligraphie dont la é semble ne vouloir î du é
que la surface miroitante.
Dieu est souvent é par les personnages de Musset. Ce
’ pas toujours à vide dans le langage é é des
attestations du Ciel. ’ de Musset annonce à cet é de
è saisissante celui de Beckett. Si nous prenons ’
de Mal vu mal dit, des é é é sont é
comme ’ usuellement le cas chez ’é crivain qui attendait
4avec nous Godot : il est ainsi question ’ « vision de douze
hommes » renvoyant aux douze ô avec une é
de signification ; des « agneaux » apparaissent de loin en loin ;
enfin ’ biblique « au lieudit du â » (p. 72)
signale une é religieuse à ’é de traces. Ces é é
é ne fonctionnent plus que comme les é é ’
é é de signification. Comment dire la mort et la
souffrance de vivre, é é de toute consolation
religieuse ? Musset pose é à tragiquement, cette question.
Le é du Spectacle dans un fauteuil ’ toujours é é
de la tentation totalitaire ’ romantisme é é dont
’ aurait é é de tout dire, é ainsi Dieu dans un
projet explicitement thaumaturge. Musset est é à ’
de è ’ presque é ’ de la
4 Samuel Beckett, Mal vu mal dit, Editions de Minuit, 1981.
10maxime. Ce ’ pas le moindre paradoxe de cette œ
insaisissable : ’ dont les Proverbes manifestent – ’ la
è de ce livre – une lutte é constante contre la
é du langage fut pourtant un faiseur hors-pair de
formules dont plusieurs sont é en proverbes, comme :
5« Ah ! frappe-toi le œ ’ à ’ le é . » Tout le
monde î par œ les questions é par le è dans
la é de « La coupe et les è » :
Aimer est le grand point, ’ la î ?
6 ’ le flacon, pourvu ’ ait ’ ?
Le dolorisme de Musset a souvent é é en la è son
inspiration la plus pure : « Rien ne nous rend si grands ’
grande douleur » ; « Les plus é é é sont les chants les plus
7beaux » Qui ne saurait enfin dire de é :
’ est un apprenti, la douleur est son î
8Et nul ne se î tant ’ ’ pas souffert .
ê le titre À quoi ê les jeunes filles ? est devenu
proverbial. La é est une tapisserie de é é : on ’
jamais fini de la faire et de la é Ce faire et ce é
constants, Musset en a subi ’ é comme ’ é
Il ’ pas eu ’ de croire ’ bout à sa foi en
’ et en la é Il a é é é en faire un paradis perdu
pour jouir au moins de sa nostalgie à é de pouvoir se tenir
dans ’ê – dans ’â du monde. Ainsi Musset se situe-t-il
aux antipodes de Hugo : ce dernier se faisait une haute é de
la é de connaissance qui ca é ’ é é ;
5 « A mon ami Edouard B. » è é , p. 128. Notre é de
é é est la suivante : Œ è de Musset, Gallimard, coll.
« è de la é » 1938 pour les Œ è en prose, é
Maurice Allem, 1957 pour les é è , é Maurice Allem et 1990
pour le éâ complet, é Simon Jeune.
6 è é , é p. 157.
7 « La nuit de Mai » é nouvelles, é p. 308.
8 « La nuit ’ » é nouvelles, é p. 325.
11il en avait la conception positive, optimiste, du romantisme
é ’ partageait avec Lamartine. Ses Actes et
paroles é ’à ses yeux la parole vaut acte. La parole
humaine tient du verbe de Dieu sa dimension é et le è
est celui qui, investi du sacerdoce ï é é par Paul é
impose sa marque au é par la é ’ en donne.
Il en va tout autrement de la parole dans ’œ de Musset,
dont l’ a depuis longtemps retenu ’ de la
9critique . ’ que la notion de parole met en cause la é
é et philosophique de la pratique é Toute ’œ
de Musset pose, sans y toucher, la question de la é é Cette
notion imposante – cette é – ’ des
Nuits, en amant é et sensuel, ’ la caresse, en
cherche la jouissance, sans jamais entrer nu au tabernacle de
10 ’ .
e eMusset est un homme du XVIII autant que du XIX è
La è de Valentina Ponzetto sur Musset ou la nostalgie
11libertine en donne mainte preuve é . ’ donc avec
une circonspection souvent ironique que Musset garde ses
distances avec les modes de son temps, ê si, à sa ç il
suit le mouvement de la é é à laquelle il
participe authentiquement.
9 Voir Virginie Masclet, La Parole dans le éâ de Musset, è Paris IV,
sous la direction de Bertrand Marchal, soutenue le 11 é 2004 ; Bernard
Masson, éâ et langage : essai sur le dialogue dans les é de
Musset, Lettres modernes, « Langues et styles » - 7, 1977 ; Frederick é
’ du dialogue dans les é en prose ’ de Musset, é de
stylistique dramatique, Nizet, 1967.
10 Nous reprenons deux vers é è ’« Ibo » Voir Victor Hugo, Les
Contemplations, Livre VI, II, Laffont, coll. « Bouquins » tome é II,
p. 471.
11 Valentina Ponzetto, Musset ou la nostalgie libertine, Droz, coll. « Histoire
des é et critique é » 2007.
12 ’ nfant du è est « un romantique qui ’ toujours
12 é du romantisme » Il est en cela, é un è
de Flaubert et Bouvard et é trouvent leurs ê dans
le couple drolatique de Dupuis et Cotonet. Avec son
dandinisme, Musset, comme plus tard Baudelaire, ’ que faire de la
é humanitaire des romantiques é qui croient au
pouvoir ’ parole é oraculaire. ’ ê voix,
avec le è des Fleurs du mal qui pourtant ironisa en le
13traitant de « paresseux à effusions gracieuses » Musset aurait
pu dire : « Ne rien savoir, ne rien enseigner, ne rien vouloir, ne
rien sentir, dormir, et encore dormir, tel est ’ mon
14unique œ œ â et é û mais è . »
Aussi ne ’é -t-on pas que les novations de Musset en
è de composition dramaturgique ’ fait ’ de sa
part ’ programme, ’ proclamation tapageuse.
« Moins de é et plus de livres » é é del
15Sarto . Un des proverbes de Musset ’ Faire sans dire.
’ un excellent é é de sa é : ce ’ é avec
une pudeur qui fait tout le prix de son œ Musset le fait sans
le dire. Il est tout sauf un é Il se soucie comme
’ é de son positionnement é sur la è
artistique mondaine de son temps. Il est aux antipodes des é -
16faces claironnantes, à la Hugo ou plus tard à la Zola . Mais ce
12 Franck Lestringant, entretien avec Sylvain Ledda, « Musset, un romantique
é classique » é , Presses Universitaires du Mirail, ° 2009,
p. 139.
13 « é Gautier » [I], ’ , 13 mars 1859, Baudelaire, Œ
è , Gallimard, coll. « è de la é » é Claude Pichois,
1976, t. 2, p. 110.
14 Baudelaire, Projet de é pour les Fleurs du mal, Œ è ,
op. cit., t. 1, p.186. Sur ce point, voir Georges Poulet, Etudes sur le temps
humain, tome I, é du Rocher, coll. « Agora Pocket » 1952, « Baudelaire »
chap. XVI, pp 364-385.
15 Voir la è é de Musset, I, 1, p. 37.
16 ï Chotard le rappelle : « ’ -propos des volumes en prose de Un
Spectacle dans un fauteuil exprime le refus de poser les principes ’ art
dramatique. Musset ne propose aucun programme é en ê de son
13 ’ pas parce que Musset ne é pas sa pratique de la
é ’ ne la « pense » pas, ’ ne la « ç » pas.
Et ’ peut-ê é é parce ’ ne é é rien
’ ’ è aussi inventif.
Ne ê pas pour autant au é de Lorenzaccio une
ï é ou une inconscience qui ne furent jamais siennes, ainsi
’ atteste un savoureux extrait de la correspondance de
Musset, é par Sylvain Ledda : « En juin 1836, quand il
compose Il ne faut jurer de rien, ’ teur] é à la é
Caroline Jaubert et conclut ’ de ses lettres en ces termes :
‘ è proverbisant ’ La formule de politesse, si
elle é son sens de ’ renseigne aussi sur la posture
de Musset dramaturge qui ’ un genre en inventant le
verbe ’ ‘ ’ Ce malicieux é est une
signature artistique à valeur ’ è Musset est
incontesta17blement le é du proverbe moderne . »
’ ê son attention sur le genre é du proverbe
é un è auparavant par Carmontelle dont ’œ
offre le parangon du genre à ’é libertine, Musset semble
le faire pour des raisons apparemment futiles : sa è é fille
’ avocat é fort é avec Carmontelle, mais la filiation
entre les deux auteurs est plus complexe ’ ’ î et il
faut reprendre ici ’ de ce micro-genre qui se é
edans les salons du XVIII è ç
éâ En revanche, il existe un ensemble de textes critiques ô que
é dont la é ’é de 1831 à 1839 et qui offrent, dans
leur progression, une sorte de panorama de ’ dramatique selon Musset dans
è la 1 é de la monarchie de Juillet. » ’ à leur examen que Loï
Chotard consacre son é Voir Jeanne Bem, Patrick Berthier, ï Chotard
[et al.], Musset, Lorenzaccio, On ne badine pas avec ’ , SEDES, coll.
e
« XIX è » 1991 : ï Chotard, « Le éâ à ’ » p. 25.
17 Musset, Il ne faut jurer de rien, é Sylvain Ledda, Gallimard, coll. « Folio
éâ » 2011, p. 8. Le critique cite la Correspondance ’ de Musset
(1826-1839), t. 1, é ï Chotard, Marie ’ et Roger Pierrot, PUF,
ecoll. « Centre des correspondances du XIX è » 1985, p. 186.
14Histoire é ’ petit genre badin
Pour comprendre ’é et le è du proverbe
dramaetique au XVIII è il faut é rapidement le contexte
é et social de ’é Les é critiques é ont
é ’ sur ’ de la é dans la
formation de ’ é classique. Une bonne partie de la
production é et dramatique a pour origine les salons
aristocratiques parisiens ou provinciaux. Elle est ’ ui
é et ne visait pas ’ la é é mais é une
composante, comme ’ de la conversation, de la « politesse »
’ é social.
En 1699 sont é en appendice au Voyage de
cammepagne de la comtesse de Murat, les proverbes de M Du-rand.
meÀ cette é M de Maintenon é des proverbes pour les
demoiselles de Saint-Cyr, qui ne î qu'en 1829. Elle
donne donc au genre une fonction didactique, ’ retrouvera
echez la Comtesse de é à la fin du XIX è Il faut
eattendre la seconde é du XVIII è avec le é -
ment des è é pour que le proverbe dramatique
devienne à la mode.
Les premiers è sont dus à Charles é chansonnier
en vogue et lecteur du duc é avec son éâ de
é é . Dans son art, l'allusion, le sous-entendu, placent
é au premier plan de ’ Mais il ne ’
’à un public restreint : l'entourage du prince, et son propos est
donc assez é Il est é par Carmontelle, ordonnateur
des ê de la cour du ê duc. Cet auteur fait î de
1768 à 1781, dix volumes de proverbes.
Carmontelle (1717-1806) est connu pour son esprit et pour
son habile coup de crayon dans ’ du portrait, qui lui permet
de croquer petits et grands personnages de la cour. Il est le
concepteur du parc Monceau à Paris. Son principal emploi
consiste à orchestrer les ê et les divertissements de la
noblesse. À l'aide d'une machine qu'il a lui- ê mise au point
et qui é la lanterne magique, il fait é des paysages
transparents devant un public enthousiaste.
15Mais c'est surtout par ses proverbes que Carmontelle
18conquiert ses lettres de noblesse . Il improvise des è
dont les acteurs sont choisis parmi l'assistance, tandis que les
spectateurs sont é à deviner les proverbes qui en forment
la trame (un peu comme dans le jeu des é Ces proverbes
é é dans les salons par les nobles, dont certains é
acteurs amateurs (ils é tous les ô depuis
’ istocratie à la è Carmontelle lui- ê y prend
part en se é souvent le ô du mari avare et jaloux.
Certaines de ses è é mises en musique et é é
dans les éâ é des grandes courtisanes, et ce fut ê
eune mode qui fit fureur dans la seconde é du XVIII è
Le divertissement é à travers les proverbes de
Carmontelle ’ des plus é é é é :
Carmontelle cite è comme une é indiscutable. De
ê que Diderot, il insiste sur les avantages de la pantomime.
Carmontelle, mieux que tout autre, a su é ce qu'est le
proverbe dramatique : « le proverbe dramatique est donc une
è de é que l'on fait en inventant un sujet, ou en se
servant de quelques traits de quelque historiette, etc. Le mot du
proverbe doit ê é dans l'action, de è que si les
spectateurs ne le devinent pas, il faut, lorsqu'on le leur dit, qu'ils
é : "Ah ! c'est vrai", comme dit le mot d'une
é que l'on n'a pu trouver. » Le proverbe, tel ’ est
é par Carmontelle, cultive ’é Ainsi dans La è ,
le proverbe à trouver est : « Il faut savoir hurler avec les
loups » Dans Les Voisins et les voisines : « Qui trop embrasse
mal é » Sous la Restauration, le proverbe perdra son
è ’é au point de fournir souvent le titre ou le
sous-titre, ce qui ’é jamais le cas avec Carmontelle.
18 ’é é de ’œ de Carmontelle a é é é à bien par
Jean- é Donnard, Le éâ de Carmontelle, A. Colin, Paris, 1967. Plus
é é sur la filiation é entre Carmontelle et Musset, voir Gilles
Cast è « Des Proverbes dramatiques de aux Proverbes de
Musset : ’ de jouer avec les masques » in Sylvain Ledda dir, Lectures de
Musset, op. cit., p. 63-72.
16