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Mvett Ekang : forme et sens

De
213 pages
L'Unesco a fait du Mvett un Patrimoine Immatériel de l'Humanité, conscient de sa fonction et de sa richesse. L'ambition de cet ouvrage est de partager au monde le Mvett. Pour que l'Humanité s'approprie son Patrimoine. Afin de comprendre sa spécificité, le Mvett est comparé à deux grandes épopées africaines : Soundjata ou l'épopée mandingue et Ngura Ngurane le Fils du Crocodile.
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Angèle Christine Ondo
MVETT EKANG : FORME ET SENS
L’épique dévoile le sens
Préface de Bonaventure Mve-Ondo
MVETT EKANG : FORME ET SENS
© L’Harmattan, 2014 5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1 wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-01970-3 EAN : 9782343019703
Angèle Christine ONDO
MVETT EKANG : FORME ET SENS
L’épique dévoile le sens
Préface de Bonaventure Mvé-Ondo
L’Harmattan
Études africaines Collection dirigée par Denis Pryen
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PREFACE
S’il est en tout temps et en tout lieu une donnée commune, c’est que l’homme est un être qui sait faire beaucoup de choses : il imagine, il rêve, il croit, il espère, il désespère, il désire, il veut, il refuse, il aime, il hait, il agit, il s’engage et il se désengage. Mais, en plus de toutes ces activités, il pense. En effet, tout homme pense, organise ses idées, les projette sur le monde, et parfois les corrige. La pensée consiste à saisir des rapports d’identité ou de différence dans les choses ou dans ses propres idées. Et ce faisant, elle juge, elle affirme ou elle nie. Dans tous les cas, elle énonce une vision ou une conception du monde. Le livre que nous donne à lire Mme Angèle Christine Ondo sur les récits épiques du Mvett s’inscrit dans cette logique. Le Mvett, récits des aventures imaginaires de ce peuple d’Afrique équatoriale que sont les Fang, c’est aussi l’aventure même des hommes, de tous les hommes, quand la pensée veut bien en éclai-rer le sens. Le spectacle des choses et des êtres qui s’y fixe en images et en symboles, en héros mythiques et en exemples fami-liers, en allégories et en métaphores, donne véritablement à voir et à penser la pensée traditionnelle fang en acte. Ses héros, que sont par exemple Zong Midzi et Engouang Ondo, Nkoudang Medza, Nsoure Afane et Ndoutoumou Mfoule, n’ont cessé d’ha-biter le monde fang et de nourrir sa mémoire. Dans cette éton-nante épopée de la réflexion, tout se passe comme si c’est le récit qui explique l’homme et lui donne sa substance et sa raison d’être. Le Mvett, c’est donc aussi le grand livre imaginaire du monde où se raconte la vie de la conscience, scandée par ses décou-vertes. D’Oyono Ada, son génial inventeur, aux rappeurs d’au-jourd’hui, de Zwè Nguéma à Etougou Ndong, de Tsira Ndong Ndoutoume à Okot Essila, il s’est agi de donner à une telle inspi-ration sa force et son sens en recueillant le meilleur de la tradition fang, mais aussi en inventant, littéralement, les épisodes les plus suggestifs. C’est cela « dire » le Mvett. A l’instar d’Homère pour
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les Grecs, ces maîtres du Mvett peuvent, si l’on veut bien conti-nuer à en assurer la diffusion, devenir, eux aussi les « instituteurs de l’humanité ». Le livre de Mme Angèle Christine Ondo a pour ambition de nous aider à lire ces récits épiques et plus particulièrement le texte majeur que nous laissa à la postérité Zwé Nguéma.Un Mvet de Zwè Nguéma, voilà un texte difficile, un texte fort auquel Mme Angèle Christine Ondo nous invite non simplement à com-prendre, mais plus fondamentalement à décortiquer et à savourer. Il s’agit, pour elle, de rendre hommage à ce grand poète, mais aussi à tous ceux qui nous ont permis d’en conserver la trace. Mais plus que cela, Mme Ondo montre avec pertinence, à l’aide des outils de l’ethnolinguistique, la richesse de l’imaginaire et de la pensée fang où l’épique croise non seulement les mythes, mais encore le vécu, l’histoire, le religieux et le philosophique. Mais cet ouvrage nous interpelle aussi sur comment lire et comprendre aujourd’hui le Mvett. Deux tentations existent : celle d’une relativisation historique, prompte à réduire le Mvett à de vulgaires légendes dépassées et qui doivent désormais être mis entre parenthèses ; et celle d’une vénération idéologique, aveugle aux contextes qui les a vus naître. Aucune de ces voies ne semble recevable, car dans un cas comme dans l’autre, c’est une ap-proche unilatérale, et finalement qui prend le texte pour prétexte qui prévaut. Les récits du Mvett sont là. D’hier à aujourd’hui, ils racontent tous la même histoire, celle des combats incessants et inouïs qui opposent les peuples Mortels d’Oküpeuples Immortels aux d’Engong. Mais au-delà de récits guerriers, ils tentent plutôt d’expliquer tout à la fois ce qu’est la vraie vie, ce qu’est l’homme et ce qu’il y a d’immortel ou de divin en lui. Dans ces récits, le monde se vit à la lumière de ses repères quotidiens (la famille, le groupe, le village, mais aussi ses senti-ments. L’art en figure les formes et la généalogie y joue un rôle fonda-mental en ce qu’elle contient en elle l’explication première. Etre, ce n’est pas être seul, c’est faire partie d’un monde, d’une famille, d’un clan, c’est accepter ce qui distingue, c’est être avec, c’est reconnaître que l’on fait partie d’une chaine qui va du monde des
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morts à celui des vivants. Ce qui compte ici, c’est le souci du divin ou plutôt de ce qui fait la grandeur de l’homme et qui lui permet de mesurer la portée de toute vie et son sens. Mais ce que Mme Angèle Christine Ondo montre le mieux, c’est que, dans le Mvett, l’esprit s’élève et s’ouvre à des visites indéfinies. D’ailleurs, le joueur du Mvett, à l’instar d’Oyono Ada, se tient « quelque part » comme en dehors du monde. C’est dire que les récits du Mvett sont toujours à relire et à réécouter car, au-delà des histoires qu’ils racontent, ils expriment une vi-sion de l’homme qui l’élève. Car, ce que nous disent ces récits, c’est que l’homme a beau être un être précaire, mortel, il ne pos-sède pas moins une force inédite, presque surnaturelle. Il y a de la noblesse dans ce genre d’être. Et cette noblesse tient à la fonc-tion remplie, au rôle assumé, plus qu’à l’origine supposée. Aris-tote disait : « l’homme est né pour deux choses : pour penser et pour agir en dieu mortel qu’il est ». On ne peut comprendre l’am-bition de Zong Midzi sans la relier à la sérénité d’Engwang Ondo. Pas de compréhension donc de ce qu’est un Mortel sans prendre en compte de ce qu’est l’Immortel. Ainsi évoquer le contexte, le langage, mais aussi les croyances et les usages qui entourent l’univers du Mvett, ce n’est pas seulement décrire la forme et la couleur d’un monde oublié, c’est revivre, comme tout joueur de Mvett, le geste d’Oyono Ada, non en l’habitant des mêmes sentiments, mais en éprouvant de l’intérieur cette présence à soi de l’humanité qui souffre, qui pense et qui jouit, et dont les créations spirituelles disent à tout jamais la condition vécue devenue désormais consciente d’elle-même. Ce qui compte finalement, ce n’est pas le simple récit, sa performance, mais ce à quoi il fait sens. Angèle Christine Ondo nous invite à savoir distinguer dans ces récits ce qui mérite de l’être en ce que son analyse va de pair avec l’esprit critique. Ni vénération aveugle, ni dénigrement sys-tématique, sa lecture est culture. Elle porte en elle l’exigence de comprendre le sens des récits épiques du Mvett, comme d’en éprouver la portée, voire la gran-deur. De cette manière, elle nous invite à les relire, à faire retour à l’histoire, aux conditions qui virent naître et vivre ces œuvres, leurs auteurs et leur peuple. Mais ce geste de la redécouverte, de
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