Napoléon Bonaparte, lieutenant d'artillerie, documens inédits sur ses premiers faits d'armes en 1793. [Signé : M. D. V. (Moureau de Vaucluse).]

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Corréard (Paris). 1821. In-8° , 17 p..
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Publié le : lundi 1 janvier 1821
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NAPOLÉON
BONAPARTE
LIEUTENANT D'ARTILLERIE ;
DOCUMENS INÉDITS
SUR SES PREMIERS FAITS D'ARMES
EN 1793.
PARIS.
CORÉARD, LIBRAIRE, AU PALAIS-ROYAL.
BAUDOUIN FRÈRES, IMPRIMEURS-LIBRAIRES,
RUE DE VAUGIRARD, N° 36.
1821.
NAPOLEON BONAPARTE
LIEUTENANT D'ARTILLERIE.
IL a paru jusqu'à ce jour une foule d'ouvrages
historiques sur Napoléon Bonaparte : ces ouvrages
se multiplient depuis sa mort. On nous fait con-
naître, avec détail, ce qu'il faisait, ce qu'il disait
à l'école militaire de Brienne; et du collège, après
l'avoir fait figurer un instant au siège de Toulon,
on le place et on le suit à la tête de l'armée
d'Italie.
Je n'ai vu nulle part des circonstances particu-
lières à cet homme de l'histoire, relatives à sa pre-
mière marche dans la carrière militaire. Je les
connais ces circonstances, parce que j'en ai été té-
moin; et comme tous les faits de Napoléon Bona-
parte sont recueillis avec intérêt par les uns et
avidité par tous, je vais les raconter.
Lorsque Bonaparte a été chef du gouverne-
ment , et même dès qu'il a paru à la tête de l'armée
d'Italie, les événemens ont marché pour ainsi dire
à sa suite. Mais il n'en est pas de même ici : il
commençait, il était inconnu, il s'est trouvé à la
suite des événemens, en attendant de les faire naî-
tre et d'y présider. Il faut donc que je les raconte
pour pouvoir parler de lui; mais je n'en donnerai
qu'un sommaire rapide.
(2)
Au mois de juin 1790, la ville de Lyon déclara
ne plus reconnaître les pouvoirs de la Convention
nationale.
Quelques jours après, la ville de Marseille se mit
également en insurrection contre le gouvernement.
Le département du Gard suivit cet exemple. Il se
forma une association ou ligue entre Nîmes, Mar-
seille et Lyon. Le conseil général du département
du Gard ordonna une levée d'hommes, et l'organisa.
A Marseille, il se forma un comité central des
trente-deux sections de la ville, qui s'empara du
pouvoir, et chassa ou emprisonna les administra-
teurs du département qui ne voulurent pas recon-
naître son autorité. Ce comité, avant de lever des
bataillons, commença par établir un tribunal ré-
volutionnaire, qui se couvrit de sang et d'opprobre.
Le prétexte de cette insurrection était de donner
force à la représentation nationale, opprimée par
les sections de Paris, dans la journée du 31 mai ;
aussi l'étendard tricolor ne cessa pas d'être celui des
insurgés.
Les légions marseillaises et celles du Gard de-
vaient se joindre à Lyon, et, réunies à celles de cette
cité populeuse, elles auraient formé l'armée répu-
blicaine qui devait marcher sur Paris.
Le comité de salut public n'ignorait pas ce
projet; il n'était point dupe de la profession de
foi politique des meneurs de cette insurrection.
Sur sa proposition, la Convention nationale som-
ma, par un décret, les insurgés de se soumettre
( 3 )
dans un délai qu'elle leur fixa; mais ils n'en tinrent
compte, et continuèrent leurs opérations.
La Convention nationale envoya alors plusieurs
de ses membres, en qualité de représentant, à
l'armée des Alpes. L'adjudant-général Caraux en
fut détaché et dirigé à la rencontre des fédéralistes
du Gard et des bataillons de Marseille, à l'effet de
les arrêter dans leur marche, et de couper toute
communication entre Lyon d'une part, Marseille
et Nîmes de l'autre. Cette colonne, commandée
par cet adjudant-général, se composait du régiment
de Bourgogne, qui avait pour colonel le brave et
vertueux Pélaprat, mort général de division; la lé-
gion des Allobroges, composée d'un escadron de
chasseurs à cheval et de deux bataillons d'infan-
terie , commandée par le colonel Désaix et les lieu-
tenans colonels Doppet et Chastel ; d'un bataillon
du Mont-Blanc, d'un bataillon de la Côte-d'Or
et d'une compagnie d'artillerie. Le capitaine de
cette compagnie était M. Dammartin, mort gé-
néral de division en Egypte, et le lieutenant,
Napoléon Bonaparte. Les deux représentans du
peuple qui devaient présider à cette marche et
faire exécuter les dispositions du Gouvernement,
furent d'abord Albitte et Nioche, auxquels la
Convention adjoignit bientôt Rovère et Poultier, et
plus tard Barras et Servières.
Les départemens de l'Isère, de la Drôme et de
l'Ardèche restèrent fidèles à la, Convention, sans
cependant faire des levées pour grossir la petite
(4 )
armée commandée par Cartaux : seulement, d'après
un ordre des représentans attachés à cette armée,
la ville de Montélimary adjoignit deux compagnies
de sa garde nationale.
Les levées du département du Gard, d'abord
réunies à Nîmes, se mirent en mouvement dès
le 8 juillet, et vinrent occuper la ville, le pont et
la citadelle du Saint-Esprit, pour se réunir à la
colonne marseillaise, lorsqu'elle serait parvenue à
la Palud.
Le comité directeur de Marseille, à la tête du-
quel étaient à découvert MM. Castélanet et Peloux,
avait fait partir, quelques jours auparavant, l'armée
marseillaise. On lui donna, pour général, un tailleur
appelé Rousselet, homme insignifiant sous tous les
rapports. Elle se composait d'environ trois mille
hommes. Son artillerie était assez nombreuse : la
majorité des canonniers de la garde nationale de
Marseille avaient voulu marcher, et, en passant à
Aix, elle se grossit d'une compagnie de canonniers
de la garde nationale de cette ville.
Cette colonne se porta d'abord sur Arles : les
commissaires que le comité des trente-deux sec-
tions y avait joints pour diriger et propager l'insur-
rection, s'y conduisirent mal.
Les patriotes d'Arles étaient divisés : les uns,
pleins de confiance en Barbaroux qui venait d'être
mis hors la loi, étaient pour l'insurrection ; les
autres étaient contre. Quand l'armée marseillaise
approcha d'Arles, les premiers, à la tête desquels
(5)
était le maire, allèrent à sa rencontre ; ils accueillirent
les Marseillais comme des frères : mais l'intention
secrète qui animait les directeurs de cette insurrec-
tion se manifesta bientôt ; les girondins et les mon-
tagnards arlésiens, furent également persécutés,
proscrits, emprisonnés.
D'Arles, où cette armée perdit huit jours inuti-
lement , car elle n'y fit pas de recrues, elle marcha
sur Avignon. Cette ville, sommée de préparer des
vivres pour l'armée marseillaise, répondit aux
Marseillais que la Convention nationale venait de
distraire le district d'Avignon du département des
Bouches-du-Rhône, par la formation du départe-
ment de Vaucluse dont elle était le chef-lieu, et
que si les Marseillais voulaient pénétrer sur son ter-
ritoire, elle repousserait la force par la force.
Une colonne avignonaise, d'environ huit cents
hommes, se présenta en effet sur les bords de la
Durance pour lui en disputer le passage : ne pou-
vant opposer de l'artillerie à celle des Marseillais,
ceux-ci franchirent la rivière, et insultèrent indi-
gnement au cadavre d'un enfant qui était tombé en
héros sous leur mitraille, au moment où il coupait
à coup de hache la corde du bac. La France con-
naît le dévouement du jeune Viala.
Avignon avait aussi ses girondins et ses mon-
tagnards; ces derniers prirent la fuite à l'arrivée
des Marseillais; mais les girondins qui étaient res-
tés, ignorant ce qui s'était passé à Arles, furent
emprisonnés et assassinés dans les rues. Cette ville.

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