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Napoléon Ier à Grenoble - Histoire du 7 mars 1815

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Il est des journées que les historiens se sont attachés à raconter dans leurs moindres circonstances, à cause de leur influence sur les destinées des peuples. Telles sont les journées qui firent passer l’empire romain des mains de Pompée en celles de César, des mains d’Antoine en celles d’Auguste.

Cet exemple nous a paru mériter d’être suivi pour le 7 mars 1815 : si, par les événements dont elle fut remplie, cette journée ne peut être comparée à la bataille de Pharsale ou à celle d’Actium, elle n’en eut pas moins, pendant quelque temps, le même résultat pour l’Empire français.

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Jacques Berriat-Saint-Prix

Napoléon Ier à Grenoble

Histoire du 7 mars 1815

NAPOLÉON IER A GRENOBLE

Il est des journées que les historiens se sont attachés à raconter dans leurs moindres circonstances, à cause de leur influence sur les destinées des peuples. Telles sont les journées qui firent passer l’empire romain des mains de Pompée en celles de César, des mains d’Antoine en celles d’Auguste.

 

Cet exemple nous a paru mériter d’être suivi pour le 7 mars 1815 : si, par les événements dont elle fut remplie, cette journée ne peut être comparée à la bataille de Pharsale ou à celle d’Actium, elle n’en eut pas moins, pendant quelque temps, le même résultat pour l’Empire français.

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I

L’arrondissement de Grenoble, théâtre des événements que nous allons raconter, est, dans sa partie méridionale, couvert de montagnes des principales chaînes des Alpes, séparées par des vallées étroites et profondes. Au point où cet arrondissement touche à celui de Gap, se trouve situé le bourg de Corps, à quarante lieues, à vol d’oiseau, du golfe Juan près d’Antibes.

 

A peu près au centre de l’arrondissement est la ville de Grenoble, chef-lieu du département, capitale de l’ancien Dauphiné. Sa population, en 1815, était d’environ vingt-deux mille âmes, outre la garnison. Cette ville, siége de toutes les autorités supérieures du département de l’Isère, renferme des établissements aussi nombreux qu’importants. A cette époque, plus qu’aujourd’hui, elle était le lieu de réunion des hommes marquants de la province. Traversé par l’Isère, rivière déjà navigable en Savoie, Grenoble est le point de jonction de plusieurs grandes routes qui mettent en rapport Lyon et Marseille, la Savoie, le Dauphiné et la Provence, la Suisse, la France et l’Italie.

 

 

Il résulte de cette position que la plupart des contrées limitrophes du département de l’Isère sont obligées, pour communiquer entre elles, de passer par Grenoble, et que c’est le chemin le plus court pour arriver d’Antibes à Lyon, par Digne, Sisteron et Gap, et tout à la fois le moins fréquenté à cette époque, à cause des montagnes et de l’inachèvement de la grande route dans la traversée du département du Var.

 

Considérée au point de vue militaire, il n’était, en 1815, aucune ville de la France sud-est aussi importante que Grenoble. Comme place de guerre, elle n’était pas alors en état de supporter un siége véritable. Elevées sous Louis XIII, par le chevalier de Ville, dans l’enfance de l’art, ses fortifications étaient bien loin de celles qui, de nos jours, en ont fait une place de premier ordre.

 

Mais, outre que les approches de la ville offraient des positions susceptibles de défense, en 1815 ses fortifications suffisaient pour la mettre à l’abri d’un coup de main (Le 6 juillet 1815, Grenoble, défendu par sa seule garde nationale, résista à l’armée austro-sarde et obtint une capitulation honorable). On y avait établi avec confiance tous les magasins destinés à l’approvisionnement militaire de la frontière sud-est.

 

Une école d’artillerie, depuis transférée à Valence (rétablie à Grenoble, sous Napoléon III) ; une de génie ; un arsenal renfermant deux cents pièces de canon et quatre-vingt mille fusils, offraient, en cas de guerre intérieure, d’immenses ressources à celui qui parviendrait à s’en assurer.

 

Enfin, cette ville était le chef-lieu de la 7e division militaire, laquelle comprenait alors les départements de l’Isère, des Hautes-Alpes, de la Drôme, et de la partie du Mont-Blanc distraite de la Savoie en 1814, puis rendue au roi de Sardaigne en 1815.

 

Les notions qui précèdent seraient suffisantes s’il ne s’agissait que de raconter la marche de l’Empereur sur Grenoble en 1815 ; mais, pour bien comprendre les circonstances qui l’accompagnèrent et pour tenir compte de l’influence de l’esprit du citoyen sur celui du soldat, il est essentiel de donner une idée du caractère et des opinions politiques des habitants du pays à cette époque.

II

Il faut distinguer, à cet égard, les Grenoblois des habitants des campagnes. Les premiers, en 1815, pouvaient se diviser en quatre classes principales : les prêtres, les nobles, la bourgeoisie, les artisans et ouvriers.

 

Les prêtres étaient presque tous dévoués aux Bourbons. Les anciens réfractaires ou inassermentés avaient repris naturellement les principes qui les avaient fait persécuter. Les constitutionnels, désespérés des humiliations dont on les avait abreuvés après le concordat de l’an X, s’étaient presque tous réunis aux réfractaires. Les uns et les autres étaient excités par l’appât de la restitution de leurs biens qu’on leur promettait presque ouvertement. Aux prêtres il faut joindre, comme leur appui, les dévots, surtout nombreux parmi les femmes. Mais le clergé avait peu d’influence sur les autres classes : les talents et l’instruction avaient presque entièrement disparu dans ce corps ; et à son ancien attachement aux libertés de l’église gallicane avaient succédé les doctrines ultramontaines.

 

Les nobles (et par cette expression on sait qu’on a toujours désigné la noblesse antérieure à la Révolution), les nobles suivaient activement la marche du clergé : émigrés ou non émigrés, illustres ou obscurs, anciens ou simples anoblis, les uns pour recouvrer leurs biens, les autres leurs priviléges, tous pour éviter d’être confondus avec les nouveaux nobles de l’Empire.

 

Les nobles avaient encore moins d’influence que le clergé sur les autres classes. La vanité leur avait bien attiré une petite partie de la bourgeoisie qu’ils daignaient fréquenter jusqu’à nouvel ordre ; mais leur hauteur et leurs prétentions, assez mal déguisées, leur avaient aliéné, et, par suite, au gouvernement, beaucoup de citoyens qui, jusque-là, s’étaient bornés à les regarder avec indifférence. D’ailleurs, le prestige attaché à la naissance avait disparu ; les roturiers au-dessous de quarante ans ne l’avaient pas éprouvé, et, sur ce point, les souvenirs des vieillards et des hommes faits s’effaçaient de jour en jour. Jadis, c’était une opinion générale que la naissance était nécessaire pour les emplois relevés de l’ordre civil et pour tous ceux de l’ordre militaire. Cette opinion, quant à l’ordre civil, s’était singulièrement affaiblie avant la Révolution. Depuis les édits qui avaient fermé aux avocats la haute magistrature, les cours souveraines, privées de ces guides éclairés, tombaient rapidement dans la décadence et menaçaient, au bout d’une génération, de se voir abandonnées à une jeunesse licencieuse et turbulente, étrangère à la science des lois.

 

A la même époque, il restait du moins à la noblesse sa réputation militaire ; mais cette réputation s’effaça durant les guerres de la République et de l’Empire, devant celle des généraux sortis du peuple, et, selon la réflexion judicieuse du général Carnot, la noblesse fut comme déshéritée de son patrimoine de gloire et de courage.

 

Dès lors, il ne lui restait presque plus rien de ce qui imposait jadis à la multitude ; elle ne sut point réparer ses pertes à l’aide de l’instruction ; elle dédaigna les études libérales qu’on avait introduites dans l’enseignement sorti des lois nouvelles ; elle se retrancha dans la fortune qu’elle avait conservée et n’eut plus qu’un vœu, celui de recouvrer ses droits et prérogatives, seul moyen, à ses yeux, de reprendre son ancienne position dans le pays.