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Ni sols ni ciels

De
138 pages
Les trous de mémoire, comme le silence, peuvent être tonitruants. De quoi veut-on se protéger en refusant de se souvenir ? La douleur appelle l’amnésie, mais le vide n’est-il pas lui-même source de douleur ? Sous peine de sombrer définitivement, les personnages de ce recueil de nouvelles doivent ramener à la surface ce qui avait été célé, enfoui, sous l’eau, la vase, le silence, la souffrance. La parole est salvatrice. Les mots : comme des perches tendues à des noyés.
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Les chasseurs d’eaux, récit, avec deux encres de Céline Le May, Estérel, 1978.
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PASCALE QUIVIGER
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nouvelles
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Maquette de la couverture : Anne-Marie Guérineau Illustration de la couverture : Pascale Quiviger,Autoportrait(détail), 1997 Acrylique sur aggloméré, 50 cm × 105 cm.
Photocomposition : CompoMagny enr. Distribution pour le Québec : Diffusion Dimedia 539, boulevard Lebeau Saint-Laurent (Québec) H4N 1S2 Pour la France : D.E.Q. 30, rue Gay-Lussac 75005 Paris Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation réservés. © Les éditions de L’instant même2001 L'instant même 865, avenue Moncton Québec (Québec) G1S 2Y4 www.instantmeme.comISBN PDF : 978-2-89502-802-4 Données de catalogage disponibles sur le site de Bibliothèque et Archives nationales du Québec. L'instant même remercie le Conseil des Arts du Canada, le gouvernement du Canada (Fonds du livre du Canada), le gouvernement du Québec (Programme de crédit d'impôt pour l'édition de livres - Gestion SODEC) et la Société de développement des entreprises culturelles du Québec.
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Cinq histoires courtes pour apprendre à parler
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L’histoire de Pina
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l n’y avait plus de fromage cottage dans la section des ElIle prit le temps de replacer sur les tablettes les aliments de produits laitiers, aussi Pina décida-t-elle de changer son menu. Plutôt que de la lasagne, elle ferait un pâté chinois. son panier destinés à la lasagne : les pâtes, les tomates, les cham-pignons. Elle chercha un moment le blé d’Inde en crème, choi-sit du steak haché maigre après avoir tâté tous les paquets, et pensa involontairement à deux ou trois événements de sa vie récente en essayant de calculer le nombre de patates nécessaire. Tout cela demanda plusieurs minutes, peut-être six, sept, ou même huit. Si elle s’en était tenue à la lasagne, elle n’aurait pas perdu son temps à l’épicerie. Elle serait rentrée chez elle rapidement, aurait pris une bonne douche, et mis de la musique. Peut-être aurait-elle ouvert une bouteille de vin rouge en cuisinant, peut-être une bière. Avec Virgile elle aurait passé une soirée ordi-naire et se serait couchée tôt, après avoir réglé le réveil. Le même scénario aurait pu se produire avec le pâté chi-nois, si Pina avait pu se rendre plus tôt à l’épicerie. Lorsqu’elle repense au détail de cette journée-là, des dizaines de secondes perdues lui reviennent en tête. Si, par exemple, elle n’avait pas
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pris le dernier appel pour le docteur Brock – et elle aurait très bien pu ne pas le prendre puisque, grâce à l’affichage, elle savait parfaitement qu’au bout de la ligne il y aurait madame Ombrois qui demanderait pour la dixième fois des nouvelles du test d’urine de son fils, et qu’elle savait que les résultats n’étaient pas arrivés du laboratoire –, si elle n’avait pas répondu au télé-phone – et il était cinq heures deux, elle aurait très bien pu ne pas répondre –, elle aurait quitté le bureau immédiatement, n’aurait pas raté son métro et serait arrivée à l’épicerie au moins cinq minutes plus tôt. Peut-être y aurait-il même eu encore du fromage cottage sur les tablettes. Mais Pina répondit au téléphone, rassura patiemment ma-dame Ombrois, rata son métro et arriva à l’épicerie après la disparition du dernier pot de fromage cottage. Elle décida de changer de menu. Elle opta pour le pâté chinois, si bien qu’il lui fallut parcourir trois rangées différentes. À cause de tout cela, à cause, sans doute, de bien d’autres choses et, notam-ment, de son éducation chrétienne, elle vit l’enfant aux che-veux noirs et décida de l’aider. Pourtant, malgré son calcul obsessif des facteurs qui favorisèrent la rencontre, Pina sait très bien, au fond d’elle-même, que la rencontre était inévitable. Elle la vit d’abord de dos. Une toute petite bonne femme qui lui arrivait à la poitrine, avec des cheveux anormalement longs et noirs, lustrés comme le poil des chats de mauvais augure. Pina la vit dès qu’elle sortit de l’épicerie. L’enfant penchée vers le sol tentait maladroitement d’attacher deux sacs pleins aux poignées de sa bicyclette. Elle avait les ongles peints en rouge, et le cutex s’écaillait. Pina s’arrêta près d’elle et lui demanda doucement si elle avait besoin d’aide. L’enfant se retourna d’un coup, avec un mouvement brusque, et lui décocha un regard aussi noir que ses cheveux. Pina sursauta en voyant ce visage. La peau était
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