Niellures

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Ce recueil reprend une trentaine de récits écrits et publiés entre 1980 et 2000 en des occasions très diverses, ici regroupés selon quatre rubriques : Médines, sur des lieux islamiques (Maroc, Égypte, Jordanie, Syrie, Palestine) ; Médianes, textes de fiction composés principalement pour des peintres et des musiciens ; Modules, articles sur le cinéma, la radio et Victor Segalen ; Médailles, préfaces et hommage à des amis peintres et écrivains. Niellures, troisième recueil de textes brefs de l’auteur, fait suite à Navettes et à Nébules.
Publié le : mercredi 28 septembre 2011
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782818009680
Nombre de pages : 189
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Niellures
DU MÊME AUTEUR
Le Jeu d’enfant LAMISE EN SCÈNE(GF Flammarion). LEMAINTIEN DE LORDRE(Flammarion). ÉTÉ INDIEN(Flammarion). L’ÉCHEC DENOLAN(épuisé). LAVIE SUREPSILON(Flammarion). ENIGMA(P.O.L). OUR OU VINGT ANS APRÈS(P.O.L). FUZZY SETS(P.O.L).
MARRAKCHMEDINE(Flammarion). MON DOUBLE ÀMALACCA(Flammarion). UNE HISTOIRE ILLISIBLE(Flammarion).
OBSCURATION(DÉCONNECTION) (P.O.L). FEUILLETON(Julliard). TRUQUAGE EN AMONT(Flammarion).
OUTBACK OU L’ARRIÈRE-MONDE(P.O.L). ABERRATION(P.O.L). MISSING(P.O.L). WANDERLUST ET LESOXYCÈDRES(P.O.L). PRÉHISTOIRE(P.O.L). NAVETTES(P.O.L). NÉBULES(Flammarion). NIELLURES(P.O.L). SOUVENIRS ÉCRAN(Cahiers du Cinéma-Gallimard). CITÉ DE MÉMOIRE, entretiens avec Alexis Pelletier (P.O.L).
CAHIERS DÉCOLIER(1950-1960) (Flammarion). FABLES SOUS RÊVE(1960-1970) (Flammarion). LESLIENS DESPACE(1970-1980) (Flammarion).
LARELÈVE, dessins de Matta (Insolationsn° 2, Fata Morgana). RÉSEAU DE BLETS RHIZOMES, gravures de Bernard Dufour (Fata Morgana). LUBERON, gravures de Claude Garanjoud (Manus Presse). LESPREUVES ÉCRITES, estampes de René Bonargent (Indifférences). L’AILLEURS LE SOIR, bois de Catherine Marchadour (Colorature). MESURES DENUIT, empreintes de Claude Garanjoud (La Sétérée). DU FOND DES ÂGES, eaux-fortes de François Fiedler (Maeght). EPSILON, encres de Claude Garanjoud. LESYCOMORE, collages de Claude Garanjoud. CAHIER AUSTRAL, encres de Claude Garanjoud. QUARTZ, gravures d’Éliane Kirscher. LAPIDAIRE, peinture et collages de Jean-Pierre Thomas.
Claude Ollier
Niellures
P.O.L e 33, rue Saint-André-des-Arts, Paris 6
© P.O.L éditeur, 2002 ISBN : 2-86744-866-2
www.pol-editeur.fr
I
MÉDINES
DAMAS,ENTREVUE
Nous avons aperçu un chemin raviné escaladant en lacets la montagne à gauche et nous sommes dit que, de là-haut, nous aurions une vue d’ampleur sur la ville, de très haut, ce serait superbe en fin d’après-midi, déjà de longues ombres sur la grand-route témoignaient du déclin spectaculaire de lumière. Alors, nous avons quitté la route asphaltée – la route de Beyrouth, il y a quinze ans, avant la guerre, les affrontements organisés, entretenus, la grande précarité des murs et des rues – et grimpé sur ce chemin en forte pente entre trous et ornières dans le dernier pli de l’Anti-Liban avant la plaine damascène, ce pli de terre bistre desséchée, de pierres brûlantes, c’était en août, un soldat harassé sous le soleil nous a fait signe et nous l’avons hissé jusqu’au sommet, découvrant avec lui le poste de défense aérienne et ses canons, puis nous avons tourné la tête et aperçu la vastitude en bas vers l’est, l’immensité de poussière rose dans le couchant. Les murailles de la ville ancienne se distinguaient mal des faubourgs et d’une campagne totalement aride, d’un environ-nement aride plutôt, tellement « campagne » est déplacé l’été, hors toute verdure, sous ce climat. À la touffeur humide de la
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côte s’était substituée, sans transition sensible, la chaleur sèche de ce versant-ci, et le panorama sans grands contrastes encore que nous avions sous les yeux semblait représenter des lieux bien plus lointains et flous qu’ils ne l’étaient en réalité. Mais l’effet d’éloignement, comme de grand intervalle et de report, était là, instituant cette vision estompée, insituable, fabuleuse dans le lent miroitement du soir, que perturbait à peine une large étendue vert pâle sur le pourtour, qui devait être une oli-veraie, et nous remémorait, sous cet aspect, telle ville rose du Moghreb entrevue depuis ses collines lunaires dans le plein été. Mais nous étions au Levant et c’était Damas, là, dans l’impression mouvante de clarté, ses fumées charriées vers le sud voilant les toits, les minarets, nous nous sommes avancés tout au bord de la falaise pour observer les jeux de la lumière et les reflets brefs sur une tour, une mosquée, un palais ou une bâtisse quelconque étincelant ici ou là dans les faubourgs, un lieu banal, hors fable, hors bibliothèque ou livre d’art. Premier aperçu diffus, distant dans sa généralisation puis soudain proche par un détail, l’œil déchiffrant par réflexion et miroitement comme une carte à nos pieds, un plan animé fai-blement, muet, troublé seulement par les bruits du fortin der-rière nous et des soldats en permanente alerte sous le soleil. Une façon classique de voir les choses : la ville rose au Machreq perdant par quartiers entiers sa couleur diurne et se ramassant dans l’ombre, jusqu’à ce que toute la cité et ses abords, oliveraies, portes et remparts, vieilles murailles et châ-teaux forts s’accordent enfin dans le gris sous la perte infime de touffeur. Des déserts factices apparaissaient au nord, au sud, illu-sions d’optique en ce mois de l’année. Mais un vrai désert à l’est, contre la ville, sur quatre cents milles jusqu’à l’Euphrate, que l’on atteindra plus tard, que l’on franchira, plongeant sur les palmiers soudains le soir et les bras du fleuve où baignent les buffles, les yeux au ras de l’eau jaunie, la voiture couverte de
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