Nom de code : le dada de Vinci

De
Publié par

Daniel Brun était l’homme du moment, celui que s’arrachaient les télés et les magazines du monde entier. Persona grata et poila grata, tout le monde voulait connaître l’auteur qui avait écrit Le-livre-dont-on-ne-dit-plus-le-titre, le plus gros best-seller de tous les temps bibliques ! Quel homme se cachait donc derrière le masque du succès ? Un nouveau génie ? Un opportuniste ? Une secte ? En quelques mois, il était devenu l’idole d’une moitié du monde et l’homme à abattre pour l’autre partie.


Publié le : lundi 24 avril 2006
Lecture(s) : 1
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782313001882
Nombre de pages : 250
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

Couverture

Image couverture

4e de couverture

Image couverture

Copyright

 

 

 

Toute diffusion de son contenu, sans l’autorisation expresse de l’éditeur,

sous quelque format que ce soit, viole les lois relatives au droit d’auteur
et expose le contrevenant à des poursuites judiciaires.

© Éditions Chemins de tr@verse, Paris, 2013

 

Isbn Epub : 978-2-313-00189-9

 

Éditions Léopard Masqué – 90, rue Daguerre – 75014 Paris

Éditions Chemins de tr@verse – 2, rue Pierre Sémard – 75009 PARIS

Photo de couverture : © Léopard Masqué

– Photomontage : Anne Dancer

Conception de la couverturee :
Anne Dancer, à partir de la charte graphique de Claire Sidoli

Préface de l'éditeur

 

Préface de l’éditeur

Oui, le rire a pleinement sa place dans la littérature. Et je suis heureux d’accueillir ce roman à l’humour ravageur signé par un maître du genre, Gordon Zola.

Yves Morvan

L'auteur

 

L’auteur

Gordon Zola

Ce franco-normand, qui maîtrise mieux la langue de Molière que celle du bocage, est un ethnologue distingué... de qui ? Il l’ignore encore, mais ses travaux à travers les populations du monde lui font écrire qu’il existe deux sortes d’individus : lhomo serius et lhomo deconnus... Il appartient incontestablement à la seconde ethnie. Il vit à Paris avec sa chatte et ses trois piranhas domestiques. Amateur de sévices textuels, il a déjà publié huit livres policiers au Léopard Masqué dans la collection des Guillaume Suitaume, ainsi que deux romans historico-déconnants. Il est également le concepteur et l’auteur principal de la série Saint-Tin et son ami Lou qui lui vaut la reconnaissance des tribunaux (qu’il trouve un peu trop physionomistes). Il est accessoirement, scénariste, éditeur, compositeur, réalisateur...

Titre

GORDONZOLA

 

 

 

Nom de code :

 

Le dada de Vinci

 

ROMAN

 

 

 


 

et les

ÉDITIONS CHEMINS DE TR@VERSE

ATTENTION

Ce livre est un roman !

Certaines scènes pouvant choquer la sensibilité des plus jeunes,

cet ouvrage est interdit aux enfants de moins de neuf mois.

Sauf autorisation des parents.

à l’attention de nos amis lecteurs américains,

ce livre n’est pas un plan de Paris.

Avertissement

Je tiens à annoncer que toutes les âneries proférées dans ce livre iconoclaste sont totalement avérées et surtout assumées par l’auteur qui ne nourrit aucun scrupule, ses revenus servant à peine à nourrir ses vaches maigres. Le souhait de l’écrivain en question n’est pas de s’engraisser du talent des autres ni de dévorer la laine sur le dos de l’opportunité, encore moins de manger à tous les râteliers… Seul un simple souci d’équilibrage le meut, un désir de donner une autre tinte au son de la cloche. Mensonges et désintégrité intellectuelle faisant le lit d’une certaine littérature au détriment du consommateur béat, il semble utile de redéfinir les bornes pour mieux les dépasser.

Tous les lieux visités existent et font chaque année l’objet de véritables pèlerinages, les énigmes abordées sont réelles et le commissaire Guillaume Suitaume sera bientôt au musée Grévin. Je considère l’existence de Léonard de Vinci comme un fait authentique, mais tiens le prieuré de Sion pour un a priori de fion.

À la lecture de ce livre, le lecteur apprendra un tas de choses et des choses en tas, qui lui permettront de briller dans tous les salons, même littéraires, et de s’opposer aux ésotéristes de tout acabit.

Je désire ajouter qu’aucune minorité, quel qu’en soit son poil, n’a été martyrisée dans ce récit. Que les associations vengeresses, racoleuses et stipendiées se le tiennent pour dit… Aucune plainte ne sera recevable par mes avocats-vinaigrette !

Toute ressemblance avec un livre ayant connu un vif succès peut être prise en compte à condition de ne pas en abuser. Quant aux personnages, ils sont aussi fictifs que certains emplois.

L’Hauteur

  • IV - Quand on parle du Louvre…
  • V - Paulette Polette
  • VI - Jacquou de Lattes
  • VII - Milène Deverre
  • VIII - Ci-Gisors
  • IX - Le berger d’Arcadie qu’a dit
  • X - Les laids de Saint-Germain-en-Laye
  • XI - Le spectre a mauvais esprit
  • XII - Le maire aux vingt chiens
  • XIII - Lesbien ou Mâle ?
  • XIV - À dada sur mon vinci
  • Épilogue
  • Index Majeur

I
Joconde jusqu’à trois !

Florence, 1491

Florence nocturne, paillarde et élégante. Malgré l’heure tardive, les rues étaient en fête, une fête hommage en l’honneur du mariage de Ludovic le More, duc de Milan. Cette ville qui avait vu naître René Sens, jubilait de sa modernité, flamboyait de son indépendance, exultait de sa liberté par tous ses ports. Maîtresse de l’Arno qui coulait en son sein, elle était joyau d’Italie, ouverte aux quatre vents de la création, de l’invention, de l’ambition et du pognon ! La piazza della signoria, que nous pourrions habilement traduire par « la place de la dame », et qui montre combien la femme était vénérée en ces temps d’émancipation intellectuelle, était pleine à craquer. Costumes chatoyants, foule hilare, fous hilares, saltimbancos, cracheurs de sabres, danseurs de feu, avaleurs de cordes, joies lubriques dans les coins d’ombre et magnificence des sens dans la capitale du grand Laurent, du beau Laurent ! Laurent de Médicis, grande famille italienne avec ancêtres blasonnés1 et descendants à venir, du beau descendant, de la descente d’élite… Il était quand même le grand-père de la grosse Catherine, l’étouffeuse de Valois, la régente musclée, la mère de la reine Margot et d’Henri III… Un beau pedigree ! Celui qu’on nommait le Magnifique était en vérité assez moche (si l’on tient compte des tableaux de l’époque). Son surnom, tout de même plus sympa que Charles le Chauve, Chlodion le Chevelu ou Louis V le Fainéant, lui venait de sa munificence à l’égard des talents de tous poils. Il était l’ami des artistes, ce grand beau, et leur prodiguait des soins financiers mal vus par sa famille de banquiers… Mais comme l’homme, poète à ses heures, avait les clefs du coffre, tout le monde se taisait et le laissait jouer au Prince éclairé, tâche dont il s’acquittait avec un certain brio, d’ailleurs.

Du haut de son balcon à frises florentines du palais Vecchio, aux côtés d’une courtisane frisée à balconnet florentin, l’homme d’État contemplait le faste de son heureuse population tout à sa liesse. Il ignorait, ce bon dictateur, cet actionnaire des joies de la Renaissance, cet amoureux des arts, des lettres et des pinceaux, ce défenseur du beau, il ignorait le laid et le sordide, l’abject et le sale, car il était naïf comme beaucoup de dirigeants qui vivent sur les balcons, trop loin du sol pour voir ce qu’il s’y passe.

Toutefois, pour l’heure et dans le cadre de ce qui nous intéresse, à quelques mètres de ce balcon royal, une silhouette menue au balancement féminin frôlait les murs avec une certaine fébrilité. Gestes furtifs, nerveux et regards-rétroviseur. À la lueur soudaine d’un flambeau indiscret, on put voir deux grands yeux en amandes pilées qui orbitaient avec une expression de terreur. Le reste du visage était dissimulé sous une voilette en lin qui descendait jusqu’à un couple d’épaules graciles et dénudées. La silhouette tremblante s’écarta de la place festive et se fondit dans les petites ruelles étroites, pavées et sombres de la capitale toscane, gagna rapidement l’entrée du Ponte Vecchio, le pont couvert des orfèvres florentins. À l’intérieur, quelques échoppes de bière étaient encore allumées et le bruit des burins travaillant les métaux précieux rassura l’inconnue. Sur l’autre rive de l’Arno, se trouvait une maison de la famille Sforza… Le refuge. Mais les Cagoules Noires n’étaient pas loin… Nouvelle fouille de l’obscurité avec des yeux de nyctalope à faire bisquer une horde de chats vénitiens… Rien ! La foule lui avait été salutaire et lui avait permis de se fondre. Le pont traversé, la silhouette accéléra encore le pas jusqu’à une grande demeure qui s’élevait en fond de cour au bout d’une allée bordée de cyprès.

En Italie, une allée qui ne serait pas bordée de cyprès ne serait pas une allée… un pis-allée, tout au plus.

La villa Sforza était étrangement calme et faisait contraste avec l’agitation du centre-ville. Cette demeure, secrètement garçonnière de Ludovic le More, était généralement un nid à débauches, un lieu de libations où l’autocrate venait cuisiner les salopes milanaises. L’homme était un cordon-bleu de l’amour, mais en ce jour, il avait levé le pied et la prise de pied car il se mariait à Milan (un bel âge pour convoler).

Au premier étage de la bâtisse, une lumière dansante jaillissait d’une fenêtre. La silhouette entra. Personne. Elle gravit les marches de bois qui grincèrent comme toutes marches de bois qui se respectent dans un livre où le suspens est en vedette, et parvint à l’étage. Elle avisa une porte entrouverte qu’elle poussa… Un homme de dos… assez grand, portant une longue tunique blanche… peignait. Il se retourna pour laisser apparaître une belle cinquantaine... Front plus dégarni qu’un meublé d’esclave, avec rides taillées au burin ; quelques cheveux longs, filasses et épars caressant des épaules assez larges. Le visage, beau et gracieux, reflétait la surprise…

– Giovanni ? Toi… ici ?

Oui, lui, ici. Car à la lueur des bougies, le elle s’était matérialisée en lui. Un beau lui, d’ailleurs, un lui de finesse, un lui tout muscle. Il laissa choir son voile qui découvrit son côté vapeur. C’était un beau brun bouclé avec l’œil noir du ténébreux Italien, ce type de beau qui fait succomber les femmes et qui énerve les hommes. Ce jeune garçon qui venait de traverser nuitamment tout Florence déguisé en madone s’appelait Giovanni Batista la Pipetta… Il était peintre en jachère mais servait de modèle aux maîtres étalons florentins pour arrondir ses fins de semaines difficiles. Il était jeune, beau et pauvre, autant de raisons qui faisaient de lui un modèle idéal pour les huiles.

– Léo, il se trame des choses !

Voix fluette, pas du tout celle de son physique.

– Des choses graves ! J’ai… j’ai surpris une conversation…

Le peintre, qui répondait au nom de Léo, posa son pinceau sur son chevalet et s’essuya les mains.

– Quelle conversation ?

– Au cercle des Illuminénanti… Une conversation des Cagoules Noires. Ils n’ont plus confiance en toi… Ils ont peur que tu parles…

– Parler de quoi ?

– Du secret…

– Quel intérêt aurais-je ?

Toujours tremblant, Giovanni Batista la Pipetta vint se lover sous l’épaule tutélaire de son mentor.

– Tu es tellement… imprévisible. Tu les inquiètes…

– J’ai l’âme sereine.

– Sereine, sereine… Ne vois-tu rien venir ?

Il hocha, laconique.

– Et puis, j’ai entendu aussi que tu voulais quitter le Cercle, c’est vrai ?

Le peintre prit le visage du beau garçon entre ses mains puissantes et noueuses, ses belles mains d’artiste pleines de doigts magiques, lui déposa un baiser sur le front et le regarda de cet œil noir, pénétrant et italien qui faisait son charme.

– Que peuvent ces misérables Cagoules Noires contre le grand Leonardo da Vinci ?!

Car c’était Léonard de Vinci.

Le coquet se blottit encore plus.

– Léo, Léo, Léo, ils me font si peur !

Léonard souriait.

– Oui, je vais quitter les Illuminénanti… mais j’ai une surprise !

Regard pétillant de l’enfant qui aime les surprises.

– J’ai enfin découvert la formule !

– La…

– Oui, la formule. Viens.

Léonard de Vinci entraîna son jeune disciple dans une pièce annexe et referma une lourde tenture damasquine derrière lui.

Nous resterons de l’autre côté de la tenture, usant de nos mauvais esprits d’auteur et de lecteurs réunis pour essayer d’imaginer le pire (car c’est souvent le meilleur). Je peux vous dire néanmoins que les bruits fusèrent, du froufroutement, du soupir lascif, du en veux-tu, en voilà, du tu l’as vue, celle-là, du déroulage, du babillage, du débandage, du surmenage. J’ajouterai qu’aucune mouche ne s’était risquée dans les parages. La tenture n’ayant pas de serrure, il manquait également le trou idoine où souvent l’œil cochon peut se repaître… Ne restait que l’oreille. On entendit clairement hennir Giovanni Batista la Pipetta à quatre reprises et rater deux ou trois haies juste au moment où Léonard tentait de faire son célèbre coup du pinceau à rebrousse-poil.

Silence.

Les deux hommes revinrent une vingtaine de minutes plus tard, repus de désir. Nous leur poserions bien quelques questions d’ordre technique, mais…

– C’est merveilleux, Léo, tu es vraiment le meilleur… mais si les Cagoules Noires découvrent que tu as la formule, ils…

Léonard leva un doigt avec autorité.

– Nous allons nous amuser.

L’autre semblait partant. Léonard s’approcha du tableau qui trônait sur le chevalet. C’était un panneau de bois d’assez petites dimensions qui représentait l’encadrement d’une fenêtre sans volet, s’ouvrant sur un paysage côtier assez tumultueux, presque chimérique. Entre mer et montagnes, une route serpentait, diminuant son sillon jusqu’à l’entrée d’un viaduc.

– Quelle splendeur ! s’émerveilla Pipetta, où est-ce ?

– Tu ne reconnais pas ?

– Ce n’est pas le pont de Buriano ?

– Si fait.

Léonard désigna un siège devant la fenêtre.

– Assieds-toi ici.

Docile, le modèle s’exécuta. Léonard l’observa attentivement quelques minutes, prit des mesures avec son pouce, suçota son pinceau (signe d’une extrême concentration), plissa le front et commença son esquisse. Quelques traits vifs d’abord avec un déhanchement du poignet à faire rêver un célibataire timide et repoussant, et très vite apparut sur la toile le visage du bellâtre.

– Pourquoi gâches-tu ton paysage, Léo ?

– Je ne gâche pas, je cache !

L’autre, rieur.

– Tu caches quoi ?

Le maître ne répondit pas, trop concentré sur sa tâche. Moins d’une heure plus tard, le dessin avait déjà pris visage humain.

– Avec ce tableau, je vais toucher au sublime, nul visage ne sera jamais plus gracieux, plus absolu… mon sfumato va te rendre plus vrai que nature.

– Il me rend déjà contre-nature…

– Je ne parle pas de celui-là. Le secret, c’est le panneau en bois de peuplier… Je l’ai travaillé avec plusieurs couches d’enduit et maintenant, je vais pouvoir apposer autant de couches de couleurs transparentes qu’il me plaira…

Pipetta était toute admiration et toute émotion.

– Dans quel but ? marqua-t-il d’un sourire.

Léonard se figea.

– Ne bouge plus ! Garde ce sourire.

Le maître accentua le léger rictus sur le dessin.

– Là, comme ça… ça devrait plaire, ce petit sourire énigmatique... Dans quel but ? Dans le but de donner la vie au tableau, de l’âme, du vécu. La superposition des glacis va permettre de donner un velouté à la peau, du pigment, de l’éclat à l’œil, du brillant au cheveu…

– Je peux voir ?

Léonard hocha du pinceau. Giovanni Batista la Pipetta contourna le chevalet et poussa un cri qui pouvait ressembler à celui de la girafe qui se fait un torticolis et porta la main à sa bouche.

– Tu es fou ?!

Ne m’obligez pas à écrire ce que j’en pense vraiment.

– Léo, si tu montres ce tableau, nous serons mis à l’index !

Ce qui était bête, car il préférait le majeur.

– Mis au banc ! Nous serons la risée de tout Florence ! Tu signes ton crime, mon crime…

– Quel crime ?

On ne connut pas la réponse car des coups violents venaient d’être heurtés à la porte.

Voix off.

– Maître da Vinci, ouvrez !

Pipetta fit un bond de girafe qui vient de voir la lionne près du ruisseau où elle se désaltère.

– Les Cagoules Noires ! Je suis sûr que c’est eux !

Dans un réflexe, Léonard recouvrit la toile.

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi

De mes nouvelles

de chemins-de-tr-verse

Belle amie

de chemins-de-tr-verse

suivant