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Nos ancêtres

De
174 pages

Une clairière sur un coteau.A droite, dolmens ; l’entrée d’une grotte masquée par des ronces.Un vieux chêne à gauche, des taillis.Au loin, dans la brume, la silhouette d’un château.

Au lever du rideau, Denise est assise au pied du chêne, la tête entre les mains ; arrive Madelon portant une gerbe sur la tête.

MADELON.

Viens, Denise, il esttemps, rassemblons nos troupeaux ;
N’avons-nous pas gagné les douceurs du repos ?

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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À propos de Collection XIX

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Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…

Édités dans la meilleure qualité possible, eu égard au caractère patrimonial de ces fonds publiés au XIXe, les ebooks de Collection XIX sont proposés dans le format ePub3 pour rendre ces ouvrages accessibles au plus grand nombre, sur tous les supports de lecture.

Amédée Rolland

Nos ancêtres

Tragédie nationale en partie inédite avec chœurs et danses

EXEMPLAIRE DE M. AUGUSTE OLLIVIER

N° 457

Tous les exemplaires sont numérotés et chacun d’eux porte le nom du destinataire.

Nous sommes ici à l’origine du monde social des temps modernes.

AUG. THIERRY, Hist. du Tiers État.

AVERTISSEMENT

En tête du premier manuscrit de cet ouvrage on lit : Les Communes, tragédie nationale. 20 juin 1867. A la fin de ce livre on trouvera : Fêtes du Centenaire. Représentation populaire, 20 juin 1889.

Établir ce parallèle, faire le rapprochement de ces deux anniversaires du Serment du Jeu de Paume, c’est indiquer la pensée intime du poète qui écrivait Nos Ancêtres et montrer la nécessité de ce volume.

Nos Ancêtres, c’est le culte de la patrie par le théâtre.

J.R.

Janvier 1889.

ÉVOLUTION DE LA TRAGÉDIE

La Patrie.

 

GAULOIS. — GALLO-FRANKS.

GALLO-ROMAINS.

LE PEUPLE. — L’HÉCATOMBE.

 

La Nature.

 

LE SOL. — LA CITÉ.

LA NATION.

 

Le Drapeau.

PERSONNAGES

LA PATRIE.

CYBÈLE.

 

MARCUS FABER.

JEAN SYLVAIN, BERGER.

LE COMTE HÉLIZAND.

EUSÈBE, PRIEUR.

SIDOINE.

FRANCION, TROUVÈRE.

FOULQUES, CHARPENTIER.

HUGUES, CABARETIER.

JACQUES FABER.

GUY-LE-BRENN.

LE LOUP.

DAVE.

JEAN-PIERRE.

OTTO DE PISE, CONDOTTIÈRE.

BERHART, SÉNÉCHAL DU COMTE.

GIRARD, TAPISSIER.

BOZON.

Illustration

PAUL MANCEL.

LE SANGLIER.

L’OURS.

Illustration

 

GUERSANDE, COMTESSE D’AROMANGE.

LA MENDIANTE.

MARCIA, MÈRE DE FABER.

GUILLEMETTE.

ROSE.

DENISE.

MARIE.

MADELON.

LÉÏLÉ, ÉTHIOPIENNE.

LOŸS, PERSONNAGE MUET.

CHEVALIERS, SOLDATS, PAGES, BOURGEOIS, OUVRIERS, MOINES, PAYSANS, PAYSANNES.

 

Sous Philippe-Auguste.

1213-1214.

Illustration

PROLOGUE

LA PATRIE

Peuple, tu m’acclamais quand, triomphante et fière,
Encombrant de lauriers notre France guerrière,
J’humiliais des rois l’incorrigible orgueil ;
Tu me baignais de pleurs en ces heures de deuil
Où je gisais à terre épuisée et meurtrie,
Car je suis ton épouse et j’ai nom La Patrie !
Et quelqu’un de ces jours, grands pour l’humanité,
De nos amours féconds naîtra la liberté.

 

Le poète aujourd’hui veut retracer la gloire
De ces héros sans nom, aînés de notre histoire,
Qui les premiers chez nous affirmèrent le Droit.
Certe, ils ont combattu dans un champ trop étroit ;
Mais ils ont répandu leur sang et leurs entrailles,
Et de la liberté fait de grandes semailles !

 

La courtisane Histoire a dédaigné leurs noms ;
Il lui faut des Achille et des Agamemnons !
Des Romains et des Grecs la trop classique amante
Pour les gestes des rois seulement fut clémente,
Et, comme des exploits, recueillait chaque jour
Des intrigues d’alcôve et des bons mots de cour :
Les Dangeaux n’écrivaient que des récits de fêtes.
Quant à ce personnage aux millions de têtes,
Aux millions de bras, mais qui n’a qu’un seul cœur,
Le peuple, on lui faisait sans doute trop d’honneur
En lui laissant verser son sang pour la défense
Du sol qu’il n’avait pas : Versaille était la France.
La France prit Versaille, et ses exploits nouveaux
Ont leurs historiens, — et même leurs Dangeaux !
Oh ! que si tout à coup, dans une immense plaine,
La Victoire, sonnant sa fanfare hautaine,
A quelque Josaphat convoquait nos aïeux,
Quels triomphants éclairs allumeraient leurs yeux !
Non, non, ce n’était pas pour des chimères vaines
Qu’ils répandaient à flots le sang pur de leurs veines,
Non, ce n’est pas en vain qu’ils ont voulu, tenté,
Et des pieds et des mains, de tout le corps, lutté !
Héroïques porteurs de faulx et de faucilles,
Vos petits-fils ont fait la moisson des bastilles.
Ce sol, de votre sang si longtemps inondé,
Est libre ; mais c’est vous qui l’avez fécondé !

 

Humbles marchands, bourgeois, serfs, ouvriers. — Ancêtres !
O vous qui les premiers avez dit : Plus de maîtres !
Bourgeois de la commune, ô grands hommes obscurs,
De chaque vieille tour votre sang teint les murs.
Vous mouriez pour des droits mal définis encore,
Et nous avons le jour dont vous fîtes l’aurore !

 

Et ce sont ces travaux, ces luttes, ces combats,
Héroïques exploits que l’on ne connaît pas,
Dont l’auteur a voulu retracer la merveille.
Pour chanter l’héroïsme il faudrait un Corneille.
Son vers mâle, taillé dans le marbre ou l’airain,
De nos héros Français parlerait en Romain.
Le poète nouveau marchera loin du maître ;
Mais il croit que le temps est revenu, peut-être,
De te parler en vers, peuple, ainsi qu’au grand roi !
Le sujet est de ceux qui sont dignes de toi,
Puisque, bourgeois, marchands, ouvriers, prolétaires,
Délivrés pour jamais des jougs héréditaires,
Il a voulu ce soir, plein d’un respect pieux,
Devant les libres fils évoquer les aïeux !

ACTE PREMIER

LES LOUPS

Une clairière sur un coteau. — A droite, dolmens ; l’entrée d’une grotte masquée par des ronces. — Un vieux chêne à gauche, des taillis. — Au loin, dans la brume, la silhouette d’un château.

SCÈNE PREMIÈRE

DENISE, MADELON

Au lever du rideau, Denise est assise au pied du chêne, la tête entre les mains ; arrive Madelon portant une gerbe sur la tête.

MADELON.

Viens, Denise, il esttemps, rassemblons nos troupeaux ;
N’avons-nous pas gagné les douceurs du repos ?

DENISE, immobile.

Je possédais hier une vache superbe ;
Sur les pâtis communs elle allait paissant l’herbe

Et me donnait par jour quatre jarres de lait.

MADELON.

C’était, s’il m’en souvient, Bonne qu’on l’appelait ?

DENISE, soupirant.

Oui, Bonne était son nom, car elle était si douce !
Je ne la verrai plus, ma pauvre vache rousse !

MADELON.

On t’a volé Bonne ?

DENISE.

Oui, pour dix jours de retard

Au paiement de la dîme, hélas !

MADELON.

                               Ah ! c’est Berhart

Le voleur !... Un valet bouffi d’orgueil !

DENISE.

Et comme,

Mains jointes, je pleurais aux genoux de cet homme,
Avec son fouet il m’a menacée en disant :
« Ta personne et ton bien sont au comte Hélizand ;
Je commande en son nom : or donc, crains ma colère !
A moins que... »

MADELON.

Tu te tais ? parle !

DENISE.

J’ai su lui plaire !

MADELON.

L’orfraie a sur la tour pleuré toute la nuit,
Présage de malheur !

DENISE.

Et le malheur me suit :

Berhart de ses désirs menace l’humble serve.

MADELON.

De ses embrassements que le ciel te préserve !
Annah, qu’il convoitait, lui céda l’an passé,
On retrouva son corps dans les joncs du fossé.

Elle étend la main dans la direction du château.

Oh ! l’infernal château plein de rumeurs étranges,
Où, tous les samedis, l’essaim des mauvais anges,
A cheval sur des boucs, des renards et des loups,
Pour y tenir sabbat accourt au rendez-vous !

DENISE.

Le sort d’Annah m’attend, que je résiste ou cède,
Si le grand saint Denis ne me vient pas en aide !

MADELON.

Las ! je suis serve aussi, mais les religieux
Du couvent d’Orbigny, bienfaisants et pieux,
Ne nous surchargent pas de travaux et de tailles ;
Si nous sommes leurs serfs, nous sommes leurs ouailles.

Musique voilée.

Viens, Denise, il est temps, nos travaux sont remplis,
Déjà du haut des monts l’ombre tombe à grands plis.

J’entends dans les rameaux des chansons étouffées.
Ne nous attardons pas sous le chêne des fées,
Car, suivant les récits, à la chute du jour,
Tous les esprits des bois hantent ce carrefour.

SCÈNE II

LES MÊMES, LA FÉE ARIL

LA FÉE, chantant dans les branches.

Ores, venez, la fée est douce,
N’ayez crainte, il n’est de péril ;
Dans les arbres rouillés de mousse
Je pends mon nid quand naît avril ;
Sous ma tant chaude et molle haleine,
Le bois est vert, jaune la plaine.

Je me nomme la fée Aril.

DENISE, avec terreur.

C’est elle ! c’est la Fée !

MADELON.

             Oh ! Madame la Vierge,

Daignez nous protéger, je vous promets un cierge !

Elles s’agenouillent.

MADELON et DENISE, ensemble et se signant.

Apostolorum clemens Regina,
Ora pro nobis, Sancta Maria !

Entre la fée.

MADELON.

Vite fuyons ! Je suis dans des transes mortelles !

DENISE.

Que nos anges gardiens nous couvrent de leurs ailes !

La musique cesse, elles fuient.

SCÈNE III

JEAN SYLVAIN, BERTHILDE

JEAN SYLVAIN, sortant de la grotte et regardant fuir Madelon et Denise.

Filles à l’esprit simple, aux jarrets diligents,
Allez semer l’effroi parmi les bonnes gens !

BERTHILDE.

Ah ! par tous les péchés lavés à mon baptême,
Si je répands l’effroi, je le ressens moi-même !
Un jour je me trouvais en danger de mourir,
Par un serpent mordue, et tu sus me guérir
Avec le suc amer d’une herbe que j’ignore ;
Mon confesseur prétend que c’est la mandragore,
La plante des gibets qui saigne et dont le sang
A l’aconit mêlé forme un philtre puissant.
Il ajoute tout bas que tu sais trop de choses,
Et. les enchantements qu’en secret tu composes
Lui dictent des sermons qui me font frissonner.

Tu m’as rendu la vie, et je puis la donner
Pour toi, mais envers Dieu dois-je être criminelle ?
J’engage le salut de ma vie éternelle,
Je deviens sacrilège à trop jouer un jeu
Que l’Église condamne et que réprouve Dieu.

JEAN SYLVAIN.

Ah ! le moine prétend que je sais trop de choses ?
Il ne s’est pas trompé, Berthitde ! — Et dans ses gloses,
Ainsi qu’un nécromant, il m’a considéré ?
La science est la soif dont l’homme est dévoré.
Eusèbe, le prieur, qui connaît mon histoire,
Est le premier savant qui m’ait appris à boire
Dans cette large coupe, où depuis cinq mille ans
Sont venus s’abreuver les hommes vraiment grands.
Fils de serf, par le cloître affranchi de la glèbe
Et devenu prieur pour sa science, Eusèbe,
Me prenant au berceau, voulut faire de moi
Ce qu’il fit de lui-même, un flambeau de la foi.
Sous ce maître éloquent, mais sous ce maître austère,
J’ai, vingt ans, sans souci des amours de la terre,
Lu tous les livres saints ; mon âme, en mal du ciel,
Pour les mondes futurs a quitté le réel.
J’ai, fatigué d’histoire et de théologie,
Appris la médecine et tenté la magie.
La Chaldée et l’Égypte et l’Inde ont à mes yeux
Déroulé lentement leurs mythes monstrueux,
Jusqu’au jour où, pliant sous le poids des études,
J’ai senti sourdre en moi, du fond des solitudes,
L’invincible besoin d’aller, à pleins poumons,
Respirer l’air vivant qui souffle sur les monts !

BERTHILDE.

En es-tu plus heureux d’avoir brisé la règle ?

JEAN SYLVAIN.