Notice biographique sur l'abbé F.-M.-Alphonse Thévenet, clerc tonsuré de l'église de Poitiers et tertiaire de Saint-François d'Assise, par M. l'abbé L.-J. Bernard,...

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H. Oudin (Poitiers). 1868. Thévenet. In-18, XVI-231 p..
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Publié le : mercredi 1 janvier 1868
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NOTICE BIOGKAPHIOUE
SUR L'ABBÉ
F.-M.-ALI'IIONSE TIIÉVENET.
POITIERS. — TYPOGRAPHIE Ol'III:\.
NOTICE BIOGRAPHIQUE
SUR L'ABBÉ
F.-M.-ALPHONSE THÉYENET
CLERC TONSURÉ
DE L'ÉGLISE DE POIWERS
W fE DE SAINT-FRANÇOIS D'ASSISE
PAR-
jlcvt/BBÉ L.-J. BERNARD,
M^fiEttr SAINT-JEAN DE MONT1ERNEUF , A POITIERS.
POITIERS
HENRI OUDIN, LIBRAIRE-ÉDITEUR,
RUE DE L'ÉPERON, 4.
1868
PERMIS D'IMI'KIMEH.
le 26 jitiii 1868.
«
t L -E., éi'cijiie de Poitiers.
LETTRE DE MONSEIGNEUR DE SÉGUR
A LA UT EL'H.
CI/ER Monsieur l'Abijk,
Je vous félicite de l'heureuse idée que vous
venez de réaliser en reclleillunt les souvenirs
de douce et profonde piété qui se rattachent à
notre cher enfant, Alphonse Thévenet. Celle
petite notice fera tjrand bien, je n'en doute pas,
dans les ruut/s de la jeunesse ecclésiastique
du diocèse, et les jeunes qens y trouveront un
modèle de simplicité, de résignation, de paix,
de docilité, de douceur au milieu des épreuves
ci (I(S Soîtlfi,(Iilci"ç. Je souhaite à votre travail
le seul succès que vous ambitionnez, el je de-
— N'i -
mande à la sainte Vierge de le rendre pro-
ina,)i( l e it 1(i saiiite 17'ierge ( l i, le pi-o-
fitable à tontes les personnes pieuses qui le
liront.
Croyez-moi, cher Monsieur, votre tout dévoué
serviteur, en l'amour de Nôtre-Seigneur Jésus-
Christ.
.¡. L.-G. DE SÉGUR,
Chanoine 'le St-Dcnis.
Paris, le 'i"> a\ril 18G8.
PRÉFACE.
Ce tout petit livre que j'offre à mon lec-
teur est le simple récit d'une vie douce,
pure et ignorée, que je crois cependant avoir
été assez connue du Ciel pour qu'il ne soit
pas inopportun d'en révéler quelque chose
à la terre. -
Rien de miraculeux, point de ces actions
héroïques dontle prestige ravit l'admiration
des hommes et les fait tomber-à genoux;
mais une perfection presque infinie de dé-
'taiLs avec une inviolable pureté de cœur et
une délicieuse dévotion à-la Bienheureuse
Vierge Marie, le tout pour lejalus tendre
— VIII —
et le plus humble amour de Notre-Seigneur
Jésus-Christ; et, sur les derniers jours, de
grandes souffrances, mais semées de tant
de larmes, de tant d'amertumes, qu'il est
besoin d'un effort de la foi pour qu'on y
puisse chercher Dieu qui s'y trouve et y
maintient, malgré tout, la douceur et la
puissance de sa grâce et de son amour.
Voilà ce que Dieu seul a fait dans l'âme
d'Alphonse.
Je n'ai qu'un but, c'est de montrer dans
un jour qui puisse la rendre aimable,
cette vérité si simple et pourtant si mé-
connue : que la perfection doit consister
d'abord dans l'accomplissement, pour
l'amour de Dieu, de toutes les pratiques les
plus ordinaires de la vie.
Cette vérité regarde tout le monde, car
— IX —
tous nous avons besoin d'être parfaits.
Si quelques âmes se sentent appelées à
de plus grandes choses, qu'elles suivent
l'attrait de la grâce, elles le doivent. Mais
qu'elles n'oublient pas néanmoins que la
base nécessaire de toute grandeur morale
et surnaturelle doit toujours être la perfec-
tion des détails et la fidélité aux petites
choses.
Les âmes délaissées, les âmes que la dou-
leur et l'amertume visitent après qu'elles
ont connu la sérénité du bonheur de servir
Dieu, apprendront aussi, je l'espère, à
l'école d'Alphonse, qu'il faut absolument
passer par la souffrance ici-bas pour obte-
nir l'entrée définitive dans la gloire éter-
nelle.
Le vieillard trouvera enfin, je le désire,
- x -
dans ce petit livre, la vérité de cette
maxime : que la longueur de la vie et le
nombre des années seules sans la vertu et
le souvenir d'une jeunesse chrétiennement
passée font la vieillesse pleine de regrets
amers et vide de bonnes œuvres; tandis
que la vertu seule a permis au juste qui
meurt au printemps de ses jours de- fournir
en peu de temps même le mérite d'une
longue carrière.
Mais j'ai hâte de le dire, c'est à vous
principalement que j'offre mon travail,
jeunesse chrétienne, enfants pieux, portion
chérie du troupeau de la sainte Église ; à
vous dont l'avenir et l'éternité dépendent
de votre première éducation ; à vous qui
épargneriez au cœur de votre petit frère
l'Enfant Jésus la douleur de tant de chutes
— XI-
et de tant d'ingratitudes, si vos mères vous
apprenaient à chérir dès vos plus tendres
années Celui que l'on aime toujours, ou
vers lequel au moins l'on revient toujours
quand on a su l'aimer alors qu'on avait un
ur d'ange, je veux dire un cœur d'en-
fant.
0 enfants, s'il suffisait de vous aimer pou r
vou,s faire du bien, comme mon petit livre
vous serait profitable !
Me permettrez-vous de vous donner un
souvenir plus spécial encore, vous qui avez
été les amis d'Alphonse, vous qui, jusque
dans le silence et la solitude, trouvez des
difficultés et des dangers aussi grands que
sont grandes et nobles les destinées qui vous
attendent.
Vous avez besoin de voir, de toucher pour
— XII —
ainsi dire la perfection et surtout cette per-
fection dans tous les détails de la vie, sans
laquelle, mes chers amis, vous ne pourrez
jamais devenir des prêtres selon le cœur de
Dieu.
Eh bien ! laissez-moi vous l'offrir, cette
perfection, dans votre Alphonse, car il a été
l'un de vous ; vous l'avez connu, vous l'avez
aimé ; il a travaillé en classe avec vous, il a
prié à la chapelle avec vous, il a communié
peut-être à côté de vous. Ce qu'il a-fait,
vous le pouvez donc faire. Oui, en lisant
mon petit livre qui est aussi le vôtre, que
je n'aurais pas osé entreprendre si je n'avais
étépoussé par le désir de vous faire dubien,
vous retrouverez Alphonse, vous l'aimerez
encore, et, si vous l'aimez, vous savez la loi,
vous l'imiterez.
— XIII —
Est-il besoin de dire maintenant à quelles
sources j'ai puisé le récit qui va naître sous
ma plume?
J'en tiens les principaux détails de la
mère elle-même d'Alphonse, ce tendre et
infatigable témoin de tQutes ses joies comme
de toutes ses souffrances.
J'ai consulté bon nombre d'autres per-
sonnes qui ont connu Alphonse tout en-
fant, qui l'ont vu grandir et l'ont voulu
suivre jusqu'à sa mort.
J'ai cherché, j'ai fouillé dans ses écrits,
ses lettres, ses notes, pour y prendre tout
ce qui m'était nécessaire, afin que je pusse
tracer de son enfance et de sa jeunesse lé-
.vitiq ue un portrait fidèle en tout point à
la vérité.
Et pour ce qui est du temps qu'il a passé
— XIV —
à l'école cléricale ou bien au petit-sémi-
naire, je dois à plusieurs de ses plus intimes
amis des notes fort intéressantes qui
m'ont été d'un grand secours. Je ne puis nom-
mer ces bons et pieux séminaristes, ils ne
le veulent absolument pas. Je les remercie
de tout mon cœur. Que le bon'Dieu leur
rende au centuple ce qu'ils ont ainsi fait
avec tant de modestie pour l'accroissement
de sa plus grande gloire.
J'ai été moi-même le confident et le té-
moin des dernières années du cher enfant;
je dois à l'affection qu'il avait pour moi
et que j'avais pour lui de ne pas taire ee
que j'ai vu et entendu.
Je n'ai pas à remercier seulement les
amis d'Alphonse qui m'ont aidé par leurs
notes et par leurs souvenirs. J'ai à re-
— xv-
mercier encore tous ceux qui ont bien
voulu me donner leurs conseils et leur
jugement, par rapport à mon livre. J'en ai
tenu compte, de telle sorte, mon cher lec-
teur, que, si votre bienveillance veut
trouver dans ces pages quelque peu d'onc-
tion et de mérite littéraire, c'est à ces bons
et vrais amis et surtout à Jésus-Christ seuls
qu'il en faudra rapporter tout l'honneur.
Mais je manquerais à mon devoir si je
n'adressais ici spécialement l'hommage de
ma vive gratitude au bien-aimé Prélat
dont la bonté a voulu enrichir mon petit
livre de sa noble et trop bienveillante ap-
probation. J'avais offert mon modeste ou-
vrage à Mgr de Ségur : il en devait être
ainsi; vous en jugerez vous-même, cher
lecteur. Que n'ai-je pu traduire dans un
- XVI —
langage plus digne la sainte vie d'Alphonse
à la perfection de laquelle Sa Grandeur »
si efficacement travaillé ! *
Et maintenant, ô Marie, c'est à vous que
je confie le succès de ce petit livre. Je ne
vous demande qu'une seule chose pour lui :
c'est qu'il puisse faire un peu de bien aux
âmes enles poussant à vous aimer, vous et
votre Fils Jésus.
m
Ce doit être là toute l'ambition d'un
prêtre ; c'est aussi la mienne seule, ô ma
bonne Mère, ô mon très-doux Seigneur
Jésus-Christ.
21 juin, fêle de S. Louis de Gonzague.
L.-J. BERNARD.
M
1
NOTICE BIOGRAPHIQUE.
SUR L'ABBÉ -
FRANÇOIS-ALPHONSE THÉVENET.
PREMIÈRE PARTIE.
PREMIÈRES ANNÉES D'ALPHONSE JUSQU'A SON
PETIT-SÉMINAIRE.
CHAPITRE PREMIER.
ALPHONSE JUSQU'A SA PREMIÈRE COMMUNION. -
SON AMOUR POUR LA SAINTE VIERGE.
François-Marie-Alphonse Thévenet naquit à
Poitiers, dans la paroisse de Montierneuf, le'
29 janvier 1846. Il eut pour parents François
Thévenet, aubergiste, et Éléonore Goudeau.
Il fut l'aîné de trois enfants.
Il commença par être dévot serviteur de
Marie.
Dans l'ordre surnaturel, Dieu veut" que nous
ayons tout pour Marie : non pas que Marie ait
tout par elle-même, non ; mais Dieu qui a créé
--2 —
le monde, Dieu qui a racheté le monde, Dieu
qui sanctifie le monde, n'a opéré et n'opère ces
grandes merveilles que'par son Fils. Or, ce n'est
que par Marie qu'il nous a donné son Fils. Il a
mis son Fils sous l'autorité de Marie qui en dis-
pose comme il lui plaît. Marie a voulu être sa
mère, elle l'a. donné au monde. Mais, une fois
donné au monde par Marie, Jésus n'en demeure
pas moins le fils de Marie, Marie n'en demeure
pas moins cellequi nous donne Jésus; et comme
toutes les grâces, toutes les faveurs, toutes les
guérisons spirituelles partent de Jésus en qui
elles se résument, et comme d'autre part c'est
en Marie que Jésus se met à notre disposition,
il suit qu'en nous donnant Jésus, Marie nous
donne absolument tout : de là cette grande pa-
role de saint Bernard : « Deus nos omnia habere
voluit perMariam : Dieu a voulu que nous ayons
tout par Marie. »
Donc la grâce et la gloire, nous les avons par
Marie. Or Marie ne donne son patrimoine qu'à
ses enfants; et ses enfants ne peuvent être que
ceux qui la servent : d'où il me paraît aisé de
conclure que la dévotion à Marie est la marque
la plus infaillible de la prédestination à la grâce
et à la gloire.
— 3 —
Et cette doctrine est absolument vraie, même
quand ce n'est que sur un front vieilli par les
années, peut-être par le péché, que vient se poser
comme un libérateur le signe de Marie.
Mais elle a des puissances intimes, des délica-
tesses inouïes, des sûretés inamissibles quand
-c'est du berceau que part cette éclosion du culte
de Marie,
La douce et forte empreinte de Marie sur un
enfant ne s'efface jamais. Or, c'est, pour ainsi
dire, au berceau que notre Alphonse commence
à produire sa dévotion à la sainte Vierge.
Heureux enfant! son premier berceau fut le
sein d'une mère chrétienne ; et quand la volonté
de Dieu l'en fit sortir, ce fut pour le déposer
entre les bras de Celle qui est la meilleure de
toutes les mères, parce qu'elle a le meilleur de
tous les fils.
Dès l'âge de deux ans, Alphonse montra pour ce
qui regarde le culte de la sainte Vierge une in-
telligence précoce, un amour et un entrain irré-
sistibles.
Je ne fais que rendre les détails que m'a donnés
sa mère.
Alphonse, qui aimait beaucoup sa mère selon
la chair, aimait profondément aussi sa Mère
— 4 —
selon la grâce, la douce Vierge Marie. Chez lui
ces deux amours se demandaient, se complé-
taient l'un l'autre. Et ici, que les rnères trop
exclusives, qui veulent à tout. prix pour elles
seules les caresses, les sourires et lecœurdeleurs
enfants, me permettent de leur dire : Ne soyez
pas égoïstes aux dépens de Dieu ; laissez se dé-
velopper, développez vous-mêmes en vos en-
fants l'amour de Jésus et de sa très-sainte Mère.
Votre cœur si exigeant ne fera qu'y gagner; vos
enfants vous rendront au centuple tout l'amour
que par vos soins ils auront appris à avoir pour
Dieu et la Vierge Marie.
La mère d'Alphonse avaitcompris cette grande
et nécessaire vérité. Aussi développa-t-elle elle-
même en son fils, avec un désintéressement que
le ciel a béni en lui donnant un saint, l'amour
du bon Dieu et de la sainte Vierge Marie. Elle prit
son fils comme on prend une fleur, elle en tourna
le calice du côté de l'aurore, et la rosée du ciel
vint tout entière la rafraîchir et la pénétrer.
Aussi quelle merveilleuse efflorescence, quels
fruits abondants ne donna pas notre charmante
petite fleur !
Les premières années, l'éducation du berceau
sont choses décisives pour l'enfant. Le chêne est
— 5 —
tout entier dans le gland. Tel le petit enfant est
sur les genoux de sa mère, tel il sera plus tard.
Et quand c'est Marie elle-même qui prend visi-
blement en main la conduite de l'enfant, en lui
inspirant de ces goûts pieux, de ces réponses
célestes, de ces attraits surnaturels qui ne sont
pas ordinaires, oh ! alors la petite fleur grandit
bien vite, elle ne connaît pas le vent malsain des
passions; toujours mystérieusement et provi-
dentiellement à l'ombre du cœur de sa double
mère , elle donne des fruits qui la rendent
promptement mûre pour le ciel, et Dieu vient la
cueillir.
Ainsi est né, a vécu et est mort saint Louis
de Gonzague ; et vraiment, je ne sais pourquoi,
malgré nous, en voyant de près notre Alphonse,
la pensée et le souvenir de l'angélique Louis de
Gonzague nous revenaient involontairement à
la mémoire.
Alphonse tout enfant avait le goût de l'église.
A peine marchait-il seul que ses petits pieds
le menaient à la maison du Seigneur.
Quelquefois, ses parents inquiets le cher-
chaient. Où pouvait-il être, à l'âge de deux et
trois ans? Un jour, après bien des perquisitions
inutiles, on eut la pensée d'aller à l'église. Mais
— 6 —
à l'église, quelle place occupaitril ? Quelle place
avait-il choisie, et presque invariablement choi-
sie? Quelquefois, on le trouvait assis à l'entrée
du saint lieu, ou bien encore sur la première
marche du sanctuaire. Toujours il avait un air
pieux et recueilli. Mais le plus souvent son bon
Ange le menait à la chapelle du Calvaire, làoii
Marie est représentée au pied de la Croix dans
l'attitude d'une douleur pleine de larmes : Stabat
Mater dolorosa ; là où se dresse une croix sim-
ple et majestueuse, des bras de laquelle un
blanc linceul tombe en deux ou trois spirales ;
là où tout rappelle si éloquemment les dernières
scènes de la Passion de Notre-Seigneur Jésus-
Christ. C'est là que se trouvait l'enfant assis sur
la première pierre (sa mère montre encore l'en-
droit). On eût dit qu'il priait.
Et si Alphonse, dès lors, n'avait pas l'intelli-
gence de la prière et de la piété dont il donnait
pourtant si naturellement les marques exté-
rieures, au moins en avait-il comme ce délicieux
instinct qui en est le prélude et l'aurore. C'est
là, enfin, au pied du Calvaire, qu'il venait déjà
apprendre à souffrir et à mourir.
Ces premières et fortes impressions conservées
devaient plus tard réagir sur toute sa vie, et,
— 7 —
quand, au soir sitôt venu, hélas ! de ses jours, la
maladie l'eut étendu sur un lit de douleurs, il
aimait à se souvenir de ces premières et douces
heures de son enfance, et ce souvenir apportait
toujours un réel allégement à ses souffrances et
à ses amertumes. Non, rien ne le faisait tres-
saillir et ne lui faisait du bien comme la voix de
sa mère, lui rappelant au milieu de ses crises
et de ses tortures ce qu'il avait accoutumé de
faire quand il ne commençait que de naître à
la vie.
Il est donc bien vrai de dire que la tombe a
comme sa naissance dans le berceau : car du
berceau à la tombe, des larmes et des larmes
toujours, et les larmes sont le commencement
de la mort. Bienheureux sommes-nous quand
c'est la main de Jésus et de Marie qui vient les
essuyer en leur promettant, en leur préparant
pour récompense les sourires de la joie éternelle.
Oui, Alphonse allait souvent à l'autel du Cal-
vaire. C'était là sa pieuse pratique. Cette prati-
que, il savait y demeurer fidèle, toutes les fois
-que l'œil de sa mère le laissait un peu libre ; et
quand sa mère, pourtant si attentive, ne le voyait
plus, elle disait simplement et sans inquiétude :
« Mon fils est à l'église », et c'est à la chapelle
— 8 —
du Calvaire que le plus souvent elle allait le
chercher.
Telles furent les premières tendances de cet
enfant prédestiné.
A cet amour inné de l'église, Alphonse en joi-
gnait un autre qui n'est d'ailleurs que la consé-
quence rigoureuse du premier : l'amour des céré-
monies. Et ce fut là encore, chez lui, une des
marques de sa vocation au sacerdoce auquel il
aspira toute sa vie, mais dont Dieu ne jugea
pas à propos de le couronner sur la terre.
Les cérémonies sont l'expression sensible du
culte; et le culte, c'est l'expression sensible de
l'amour de Dieu. L'enfant pieux doit donc
trouver et pratiquer lui-même dès ses plus jeu-
nes années ce naïf apprentissage qui se fait par
l'exercice, ou, si l'on veut me permettre cette
façon de dire, par l'imitation enfantine des plus
saintes cérémonies qui accompagnent nos mys-
tères sacrés.
Et ici encore je ne fais que traduire le récit de
la mère d'Alphonse et aussi les impressions re-
cueillies de la bouche même de ses compagnons
d'enfance qui sont devenus jeunes gens aujour-
d'hui et qui aiment toujours à se rappeler les
— 9 —
V
souvenirs de leurs premières relations avec leur
jeune ami.
Alphonse n'avait d'autre bonheur que celui
d'avoir une statue de ta sainte Vierge qu'il pro-
menait dans un procession organisée par lui-
même. Il prenait avec lui ses deux sœurs (il
avait alors quatre ans et demi) et quelques
autres enfants du voisinage ; et ce tout petit ange,
fier de son rôle, faisant le grave et le sérieux
avec un naturel qui frappait tout le monde,
alignait merveilleusement sa procession. Il en-
tendait qu'on y fût sage, qu'on y chantât des
cantiques; et, lorsqu'il était arrivé à un emplace-
ment par lui indiqué, il y déposait sa chère petite
statue. Et là les Anges savent quel trône de fleurs
- et de verdure les mains et le cœur de l'enfant
avaient dressé à la Reine des Cieux. Puis ayant
demandé et obtenu le silence, il adressait sérieu-
sement à son auditoire quelques paroles écou-
tées avec le plus religieux respect.
Le sermon fini, la procession reprenait sa
marche et se dirigeait vers le point de départ, et
là, notre Alphonse congédiait son monde, ayant
scrupuleusement soin de le convoquer pour une
autre prochaine circonstance.
— 10 -
D'autres fois, Alphonse voulait, disait-il
célébrer la sainte messe.
Alors tout lui servait d'ornements; l'autel im-
provisé se parait comme-aux jours de fête; les
fleurs les plus tôt cueillies donnaient leurs par-
fums. Alphonse officiait, ses sœurs servaient à
l'autel, et toujours la statue de Marie occupait
la place d'honneur.
Hélas 1 que de statues n'a-t-il pas brisées 1 Sa
mère elle-même nous a avoué qu'elle ne pourrait
déterminer le nombre des statues qu'elle ache-
tait pour lui, tant le petit néophyte les rendait
promptement inserviablesen leur brisant la tête
et les bras. Alphonse ne pouvait faire un pas
sans être armé d'une statue de la sainte Vierge.
Naïf enfant! âme prédestinée 1 le bon Dieu
vous pardonnait toutes ces profanations maté-
rielles; Marie voyait avec une vraie joie mater-
nelle toutes ces ruines innocentes, tous ces bri-
sements involontaires que vous faisiez de ses
images. Le Ciel savait que chacune des statues
ou images nouvelles que votre mère vous don-
nait était un accroissement de plùs en vous de
la dévotion à la bonne Vierge Marie et à Jésus,
dévotion dont tous ces gracieux et éphémères
stratagèmes étaient, pour ceux qui vous suivaient
- il -
de près, la preuve la plus consolanté et la plus
infaillible.
Alphonse avait alors sept ans. On le mit en
classe chez les bons Frères des Écoles chrétien-
nes dont l'enseignement si pur et si bien dirigé
contribua dans une large mesure à développer
tous les germes féconds que Dieu avait déposés
dans cette petite nature d'élite.
On commençait déjà à surprendre en lui cette
parole grave et cet air sérieux qui sont comme
le prélude et l'aurore de l'âge mûr.
Aussi n'aimait-il pas ordinairement la compa-
gnie et les jeux de ses camarades. Ses parents
lui recommandaient de ne pas être si sérieux.
Lorsque ses petits amis venaient le chercher
pour aller- en classe avec eux, il ne le voulait
pas; il répondait tranquillement alors à sa mère
qui lui en faisait un reproche : « Que veux-tu,
maman, je n'aime pas leur légèreté ». Et il s'en
allait seul.
Ce qui ne l'empêcha pas d'être toujours le
modèle de la classe, et de ravir- l'estime et le
respect des autres enfants, qui ne pouvaient dès
ce temps ne pas reconnaître en lui quelque chose'
de vraiment supérieur. Les enfants savent si bien
s'apprécier entre eux 1
— 12 -
Ce fut à cette époque que commença pour
ainsi dire son culte raisonné et suivi de la sainte
Vierge; et si nous n'avons pas de raisons posi-
tives pour conclure rigoureusement que, dès cet
âge de 8 ans, il formula et traduisit son amour
pour Marie dans une pratique régulière, au
moins la circonstance que nous allons raconter
nous donne-t-elle le droit d'affirmer que dès lors
Alphonse avait comme une tendance invincible,
comme un attrait particulier pour tout ce qui
regardait le culte de Celle qu'il appelait si bien
sa bonne Mère.
Il était d'usage que les bons Frères fissent
plusieurs fois par an aux enfants les plus labo-
rieux et les plus sages de leur école des distribu-
tions de chapelets, médailles, livres et autres
diverses récompenses qui étaient dues au chojx
intelligent et à la charité plus grande encore de
Madame Sauvestre.
Cettecoutume se continue, et c'est un gracieux
et touchant spectacle de voir, aux jours de solen-
nelle distribution, en présence de Messieurs les
Ecclésiastiques des paroisses-, quelques centaines j
'd'enfants, tous attentifs, recueillis, et croyant, j
par ce silence d'un moment, avoir acquis des
droits sérieux à quelques-unes des belles récom-
— 13 -
ienses que la charité a mises sous leurs yeux,
[iais aussi qu'elle ne donne qu'aux efforts d'une
agesse éprouvée et d'un travail persévérant.
Hélas 1 tout le monde, chezlepeuple enfant, n'a
as le bonheur d'amener le numéro de lasagesse :
le là, chez beaucoup, tant de mécomptes et de
armes 1
Or, Alphonse, qui savait toujours se mainte-
tir au premier rang des sages et des laborieux,
iut le bonheur de gagner un des plus beaux
n'ix. Il eut en partage un charmant petit
)ffice de la sainte Vierge. Or, comme nous
lemandions à sa mère si dès cet âge il n'avait
as déjà commencé à réciter son petit Office, ce
[u'il devait faire plus tard avec une .persévé-
rance qui ne se démentit jamais, sa mère nous
'épondit : « Je ne sais si Alphonse a commencé
lès ce temps à réciter son Office; mais ce que je
,)uis affirmer, c'est que jamais il ne voulut se
iessaisir de son petit livre, que toujours il porta
sur lui. )
Il le rendit même inserviable, tant il l'usa
[complètement, et la trace des doigts imprimés à
chacune des pages disait assez que le petit en-
fant de 8 , 9 et 10 ans, s'il ne récitait pas régu-
lièrement son Office comme le fait un sémina-
-14 -
riste, au moins feuilletait son petit trésor aved
assez d'intelligence pour y puiser un nouvel]
aliment à cette dévotion si tendre à la sainte
Vierge dont ses premiers jours avaient donn4
de si belles espérances et qu'il devait plus tari
porter jusqu'à une vraie perfection. Ce quii
prouve encore une fois combien l'amour daj
Marie était naturel à cette âme 1
Mais ce qu'il y a de certain, c'est que, dès lors,
Alphonse enfant aimait à faire son Mois de Marie;
dans sa chambre. Il dressait lui-même un auteli
qu'il ornait de chandeliers et de cierges; il allait]
au jardin de sa mère choisir les fleurs les
plus belles et les plus parfumées. Et quandi
l'heure était venue, il convoquait aux pieds de ;
Marie son auditoire ordinaire d'enfants comme !
lui; et là on priait, on chantait; lui-même, ili
prêchait et parlait de la sainte Vierge dans un
langage que je ne reproduirai pas, mais que,
bien sûr, les Anges venaient entendre.
Heureux enfant 1 sans nul doute les règles de ■
l'art ne présidaient ni à votre chant, ni à votre
parole ; mais vous n'aviez que faire des éloges
de ce monde, vous qui receviez sûrement les
applaudissements et le sourire de Celle qui est
la source de l'harmonie et de l'éloquence, parce
— 15 -
'elle est la Mère du Verbe mélodieux : musicus
ristus.
Ce n'étaient pas là toutes les heureuses dispo-
ions d'Alphonse enfant.
Il avait le bonheur d'appartenir à une
nille chrétienne, dans le sein de laquelle
tie puisa par conséquent que de bons exem-
s.
n avait déjà toutes les habitudes qui annon-
t l'enfant chrétien. Il ai m ait ardemment le tra-
tl ; il ne voulait jamaismanquer laclasse. Sujet
de fréquentes migraines, sa mère ordonnait'
,rs qu'il gardât la maison. Mais lui, il deman-
it gravement un bain de pieds, et, quand il
vait pris, il se mettait gaîment en route pour
classe. Mais si, cependant, le mal de tête con-
uait et le retenait forcément chez lui, il fai-
t malgré tou t son devoir, et le lendemain
le se présentait au bon Frère qu'avec un billet
sa mère, attestant la cause légitime de son
sence de la veille.
Il est une autre qualité d'Alphonse que je ne
is passer sous silence, qualité qui eut en lui
s racines plus profondes et des épanouisse-
înts plus merveilleux.
Alphonse aimait et respectait les choses sain-
— 16 —
tes; il voulait qu'on les aimât et qn'on les res
pectàt devant lui.
Aussi jamais on ne l'entendit mentir ni preij
dre le saint nom de Dieu en vain ; jamais on ni
l'entendit prononcer , murmurer même un
parole inconvenante ; jamais on ne put le surl
prendre à parler mal de la religion, des prêtre;
et de tout ce qui a rapport aux cérémonies. Il ni
pouvait souffrir qu'on en parlât mal en s?
présence ; et quand une bouche imprudent
s'avisait de fronder les convictions de ce peti
'enfant en jetant l'insulte aux choses saintes (e
ceci arrivait fréquemment par la force des cir,
constances qui amenaient beaucoup de voyan
geurs à l'auberge de son père), quand, dis-jei
l'oreille délicate d'Alphonse avait pu saisir ai
vol le moindre cri blasphématoire, alors l'enfa
entrait dans une sainte colère. Il faisait so
observation; ne Fécoutait-on pas, il se jetait a
cou de sa mère, allait supplier son père c
mettre un terme à tant de vilaines choses, et
petit guerrier ne se retirait de la lutte que lors
qu'il avait remporté la victoire; et la victoii
pour lui, il n'en voulait pas d'autre, c'était
cessation du blasphème, ou le renvoi du bla
phémateur.
— 17 —
Quelle intelligence des choses de Dieu 1 Quelle
ergié morale dans un enfant 1 Quelle leçon
onde pour nous ! Quelle terre privilégiée, déjà
éparée par une grâce abondante à recevoir
us abondamment encore la rosée du Ciel pour
rmcr le Sauveur Jésus dans la première Com-
llnion UI 1
CHAPITRE II.
SLPREMIÈRE COMMUNION. - SA PURETÉ.
La première communion est l'acte le plus
iportant de la vie, parce qu'elle est la prise
lennelle de possession que Jésus-Christ fait
,ns le cœur de l'enfant par l'amour de sa
ésence sacramentelle, sous les apparences du
in et du vin. Aussi avec quels soins les en-
nts ne doivent-ils pas s'y préparer 1 ou plutôt
ec quelle vigilance inquiète les parents ne
vraient-ils pas y préparer leurs enfants !
Les premières années de la vie sont comme
nitiatlon lointaine et de plus en plus sensible
?e grand mystère de la première communion.
L'enfant doit être parfait lorsqu'il a le bon-
lur de communier pour la première fois, ou
moins parfait d'une perfection relative, le
— 18 -
soleil de la première communion ne voulanl
pas d'ombres qui le voilent et l'empêchent d<
briller dans tout l'éclat de sa pureté.
La mère commence l'éducation de l'enfant
le catéchisme la continue; mais la premiè
communion l'achève en lui donnant ce cac
de grave et de sérieux qui fait perdre les goûl
de l'enfance pour incliner le cœur à suivre un
voie plus ferme et plus remplie de fortes c
généreuses résolutions.
C'est à la première communion que les gra
des résolutions se prennent, que les saints coia
mencent. C'est pourquoi je dis encore que i
première communion a une influence profond
et décisive sur le reste de la vie : de là vien
selon le langage du catéchisme, qu'elle contie
en germe notre bonheur ou notre malh
éternel.
Oui, la première communion est comme 9
point central d'où part et où revient toute
chrétienne.
Elle est l'onction qui consacre le passé c
l'enfance, elle est le baume qui en parfume 1
présent, elle est le gage de fidélité qui e;
garantit l'avenir.
Le souvenir d'une bonne première co
-19 -
inion, c'est le bon ange qui plane sur notre
entière, sur nos jours d'innocence pour les
Idre plus innocents encore, et sur nos jours
garemeuts pour nous rappeler qu'autrefois, à
e heure de notre vie, nous avons pleuré de
tiheur en jurant à Jésus que jamais rien au
mde ne nous séparerait de sa douce charité.
L. a mauvaise première communion, au con-
ire, oh 1 elle empoisonne toute une vie.
À est un ver qui ronge peu à peu vos plus
les heures et vos plus douces joies, si tant
qu'il puisse y avoir alors de vraies joies.
)ui, et quand vous revenez à Dieu parce que
isne pouvez plus porter le fardeau qui vous
ase, quand le prêtre vous absout et quand
u vous pardonne, même alors vous ne
issez pas de ce bonheur limpide, de cette inal-
ible sérénité d'âme qui sont le fruit exclusif
ne bonne première communion. Vous êtes"
e veux et je le crois, en paix avec Dieu qui
is a pardonné; — Dieu est si bon 1- mais vous
z toujours cette pensée qui vous humilie.
te pensée qui fera de vous peut-être un grand
it, mais qui malgré tout vous arrachera des
nés amères lorsque, la main sur le cœur,
is vous direz à vous-même : Ah ! Seigneur, il
— 20 -
est donc vrai que la première fois que vous êt
venu dans mon cœur d'enfant, je vous y ai m
reçu, je vous y ai crucifié ! ! !
Alphonse avait compris que ses premiêc
années devaient être une préparation lointaii
à sa première communion.
Nous avons vu comment il les avait passée
Enfin l'heure avait sonné pour ses parentsj
le mettre dans une pension où les qualités 1
son cœur et de son intelligence pourraient rea
voir un plus complet mais toujours chrétrt
développement.
Le choix du père se porta sur le collège de
Grand'Maison dont les garanties offertes p01
l'éducation chrétienne étaient aussi bonnes ql
possible. - - 1
Le Révérend Père Leriche était déjà supérie
de l'établissement. j
Alphonse y entra à l'âge de. dix ans et den
Il se lit promptement remarquer par la-gra
de sa tenue et sa grande réserve dans les jeu
Tout en 'prenant part aux récréations et aj
amusements avec ses autres condisciples,
savait n'y pas mettre cette ardeur bruyante
tenace qui ne peut avoir de bornes et qui, bit
souvent, hélas 1 se prolonge même après que
1
— 21 -
x de la cloche a sonné l'heure de l'étude et
silence. Alphonse était calme, modéré, et
lendant vrai en tout; on pouvait le regarder
nme un modèle..
sans doute il n'y a rien de bien saisissant ni
bien extraordinaire à chercher dans cette vie
nfant à la pension. La vie d'un écolier, avec
i lever, ses études et sablasse, ses récom-
îses et ses punitions, ses promenades et ses
ties, cela est par soi si monotone et en appa-
ice si ordinaire ! Cependant il faut bien le
e, c'est un grand et très-rare mérite, pour
ifant pieux, de trouver le secret et l'énergie
vouloir bien faire toutes les petites choses,
s les petits détails, tous les petits riens qui
imposent en, général une vie de collège.
'est un principe; l'amour aime les petites
)ses, il y tient absolument. On veut qu'il
soit ainsi dans le monde; mais, dans
monde, ce n'est qu'une contrefaçon de
vérité. Ce principe n'est pleinement et
Dureusemenl vrai tjue pour les choses de
lU. Donc, à bien regarder au fond, un enfant
it être un saint en obéissant à la cloche qui
)pelle, à son maître qui le commande, en un
t, en parcourant sans orgueil comme sans
— 22 -
trop d'insouciance, mais avec cette piété qt
rapporte tout à Dieu, le cercle éternellement ]
même de la vie, des mœurs et des pratiques d
l'écolier. 1
Telle est la conduite que suivit Alphonse. S
maîtres témoignent qu'il ne put jamais être pi
en défautl, et toutes ses cartes d'honneur, ql
sa mère a conservées, sont la preuve la plus
faillible qu'Alphonse accomplissait aussi parfa
tement que possible tous les détails et jusqu'al
moindres prescriptions de son règlement. j
Et son amabilité franche vis-à-vis de ses autri
condisciples, sa constante égalité d'humeur, î
piété évidente quand il priait, sa réserve pr(
fonde et son incomparable adresse à tourné
tout à Dieu dans les conversations, son estini
avouée pour ses maîtres, desquels il ne parla
jamais avec critique, sa tenue angélique au sair
lieu : tout. cela montre qu'Alphonse n'acco
plissait pas son règlement, seulement pour l
pas être puni, mais aussi qu'à ce motif c
charité inférieure, si j'ose ainsi parler, il
ajoutait un autre plus excellent, celui d'u
1. Le Père Leriche m'a donné lui-même cette affirmatri
positive. 1
— 23 -
ie charité parfaite qui consiste à tout faire
ir le seul amour et le bon plaisir de Notre-
gneur Jésus-Christ.
ît c'était là, dès ce temps, le mobile voulu
réfléchi de toutes les actions de notre cher
honse.
l'était là ce que nous appelons sa préparation
gnée à la première communion.
uis vint la préparation prochaine, c'est-à-
s un redoublement de surveillance pater-
le sur les enfants, des entretiens plus intimes,
instructions plus fréquentes et, j'oserais dire,
) soignées, l'audition de la sainte messe
; les jours, la confession à des intervalles
; rapprochés, enfin tout cet ensemble- d'exer-
s qui ne se trouvent qu'à une veille de pre-
re communion, et qui font sentir vivement
enfants qu'ils vont faire là l'œuvre la plus
ortante de leur vie.
r, tous ces avantages, Alphonse les trouva à
hère pension.
est vrai que toute pension bien tenue doit
"oir offrir ces mêmes avantages, et que tout
e bon, tiède ou mauvais, est extérieurement
elé à en jouir. Jusque-là rien de spécial pour
lonse. C'est pourquoi j'ai hâte d'ajouter qu'il
— 24 -
ne suivit pas les exercices dont je viens de par]
1er uniquement pour obéir à la règle qui 11
voulait et les ordonnait ainsi, mais qu'il sut i
apporter toujours cette pieuse attitude, cet
admirable ponctualité, ce doux rayonnement q
visage qui sont des preuves évidentes que sei
âme nourrissait l'ardent désir, que sa volonl
avait conçu la ferme résolution , et que p
conséquent son cœur goûtait déjà le bonheij
anticipé de bien faire sa première communia
Telles furent les dispositions du cher enfai
Son passé en avait fait concevoir l'espérant
le témoignage particulier que m'en a rend
bon Père Leriche 1 en fournit la certitude, elg
persévérance dans l'avenir en devait être la p
douce et la plus éclatante confirmation.
Et comme il est d'usage aussi d'
mer les enfants dans le secret d'une retrai
de les séparer non-seulement du mot
(car une pension bien tenue, c'est presq
un cloître), mais encore de les retrano i
de toute communication avec leurs autres c £ ]
disciples et de les livrer à eux-mêmes dura
1. Le Père Leriche m'a affirmé qu'il était notoire 1
phonse avait apporté à sa première communion des disfl
sitions tout à fait exceptionnelles. "fl
— 25 —
1"
quelques jours, afin qu'ils puissent, dans la
mesure de leur force morale, comprendre et
assumer seuls l'immense responsabilité qui dé-
coule de l'acte qu'ils vont faire, Alphonse fut
invité et admis à suivre les exercices d'une
retraite préparatoire à la première commu-
nion.
Ce fut la préparation immédiate.
Quelques jours encore, et le pieux élève
allait pouvoir enfermer pour la première fois
dans son cœur, substantiellement et sàcramen-
tellement, Notre-Seigneur Jésus-Christ, le Pain
vivant, la nourriture des anges et des hommes
et surtout des enfants, parce que les enfants
sont purs et que l'Eucharistie est le vin qui fait
germer les vierges; oui, quelques jours encore et
Alphonse allait recevoir Celui que le ciel et la
terre ne peuvent contenir ; Celui qui donne aux
fleurs leur parure, aux bois leur feuillage et aux
oiseaux leurs chants; Celui qui apporte avec sa
présence la joie et l'amour, l'espérance et le
courage ; Celui qu'il est si bon de tenir, et qu'il
est si amer de perdre une fois qu'on l'a goûté.
Alphonse avait pressenti et comme savouré
déjà toutes ces grandes et inénarrables mer-
veilles. Sa petite âme s'était épanouie, et, comme
— 26 —
la fleur du matin, elle attendait avec -une virgi-
.nale impatience.la rosée céleste qui fait naître
les bons désirs et fait éclore les fruits des bonnes
œuvres.
Nous n'avons rien d'écrit ni rien de positif,
comme fait particulier, qui nous instruise de ces
dispositions d'Alphonse. L'enfant était trop re-
cueilli et trop intérieur, il était surtout.trop
défiant de lui-même pour qu'il se crût permis de
confier au papier ou à ses parents quelque chose
de cette attente universelle de tout'son être qui
soupirait comme les anciens patriarches après
la venue substantielle en lui du Messie fait
homme.
Toutefois Dieu se charge lui-même de révéler,
par une circonstance souvent ordinaire et tou-
jours indépendante de leur volonté, les richesses
intimes, cachées au fond de l'âme de ses servi-
teurs, tellement que leur humilité n'ait rien à en
souffrir, mais tellement aussi que le précepte de
l'Évangile puisse s'accomplir à leur endroit :
Que vos bonnes œuvres brillent aux regards des
hommes : Luceat lux vestra coram hominibus 1.
Alphonse était tombé malade avant l'ouver-
1. Matthieu, v, 16.
— 27 -
turé de la retraite. Il devint assez souffrant pour
que le R. P. Leriche crût devoir le dispenser
d'en suivre les exercices, lui donnant l'assurance
qu'il pourrait, malgré ce contre-temps, faire sa
première communion. C'était le meilleur certi-
ficat donné à sa vertu ;» sa conscience était sauve,
et il pouvait parfaitement s'en tenir au conseil
et à la permission donnée par le Révérend Père.
Mais non ; le cœur d'Alphonse ne put se faire à
la pensée de s'approcher pour la première fois
de la sainte table sans avoir préalablementsuivi
les exercices d'uue retraite. Il remercia le Père
Leriche; et, avec un sang-froid et une fermeté
qui étonnèrent ses parents et auxquels il fallut
se remire, il déclara qu'il voulait suivre la re-
traite entière ; et son père fut obligé de prendre
une voiture dans laquelle il put le conduire
chaque jour au collége de la Grand'Mai-
son où se donnaient les exercices et où Alphonse
devait faire sa première communion.
Alphonse avait donc évidemment, l'intelli-
gence d'une retraite. Il en savait, il en sentait
'toute l'importance. Or, qui a l'intelligence
d'une retraite la fait bien, et qui la fait' bien
accomplit dignement l'acte de sa première
communion.
— 28 -
Aussi quelle joie dut faire tressaillir toute
son âme, lorsqu'au lendemain du dernier jour j
de sa retraite, au lendemain de l'absolution qui
l'avait purifié de toutes ses fautes, au milieu des J
fleurs et des cantiques, la main du prêtre déposa
l'adorable Hostie sur ses lèvres émues pour que
de ce vestibule sacré elle fît son entrée première
et solennelle dans son cœur 1 Quel rayonnement
sur son visage ! Quel sourire sur son front 1
Quelle ivresse dans tout son être 1 Quel moment
décisif pour lui 1 Oui, le moment était précieux,
car, entendez bien, chers lecteurs, et ce n'est
point ici de l'exagération, entendez bien ce
que la première communion fit naître ou dée
veloppa d'énergie pour le bien dans cette âme
de 12 ans.
La première communion transforma Alphonse,
ou, si elle ne le transforma pas en ce sens
qu'elle ne le fit point passer d'un état de crime
à la réconciliation avec Dieu, du moins elle
agrandit et confirma en lui son inébranlable
dessein de servir Dieu dans toutes les parties de
son être, dessein dont il avait entrevu et désiré
laréalisation dans les premiers jours de sa pieuse
enfance. y
Et ici, c'est particulièrement à vous, chers
— 29 -
1"
enfants des écoles cléricales et lévites bien-aimés
de nos séminaires, que j'offre la vie d'Alphonse
comme un modèle à suivre.
Pour la plupart, vous avez connu mon mo-
deste héros; vous avez vécu avec lui, vous étiez
par conséquent initiés déjà à ce que j'ai à dire
encore. Je devrais m'arrêter et ne pas poursui-
vre le récit de tant de choses édifiantes que la
mémoirede vos cœurs a gardées plus fidèlement
et plus pieusement que ma plume ne pourrait
les écrire. Ou plutôt je me trompe : non , mes
amis, vous ne savez pas tout; il est un détail, il
est une fleur, un trésor, une perle de cette vie
que vous ignorez encore.
Un jour, quelques mois à peine après la pre-
mière communion d'Alphonse, sa mère eut la
curiosité de chercher dans le porte-mounaie de
son fils. Qu'y trouva-t-elle? de l'argent? Oh 1
non, les écoliers en ont peu; ils doivent du
reste en avoir peu, et surtout ils le gardent peu,
bien qu'Alphonse ait toujours été très-éco-
norne t. Qu'y trouva-t-elle, je le répète? Écoutez,
et c'est ici le secret de toute cette charmante
1. Ses condisciples lui reprochaient quelquefois d'être
trop économe ; il ne disait rien et se consolait en pensant à
l'emploi qu'il faisait de son argent.
— 30 -
petite vie. Elle y trouva un billet, écrit de la
main d'Alphonse, signé du nom d'Alphonse, et
ce billet portait ces quelques mots : « Moi, Marie-
Alphonse, je fais vœu de virginité à la sainte
Vierge, et, par elle à Dieu, pour toute ma vie. » Sa
mère replia fidèlement le billet et le remit à sa
place. Quelque temps après, Alphonse l'avait
brûlé.
L'amour de Jésus et de Marie appelle la vir-
ginité, et la raison en est que Jésus et Marie
étant la virginale pureté par excellence, ceux
qui les veulent aimer doivent imiter ce qui a le
plus brillé en eux. L'amour véritable imite
l'objet aimé. Et d'autre part, ce que Jésus et
Marie aiment le plus à semer et à faire fleurir
dans les âmes qui leur sont chères, c'est évi-
demment la blanche et virginale innocence par
laquelle on devient plus sensiblement leur
image. Les âmes vierges sont les miroirs limpides
dans lesquels Jésus et Marie seplaisent à se voir.
Or, Alphonse aimait déjà beaucoup Notre-Sei-
gneur. et sa très-sainte Mère. Il élaitdonc comme
naturel queson âme germât le lis de la virginité.
Et c'est là tout le secret de cette vie qui passa
parmi vous si calme et si limpide. Tels ces petits
ruisseaux que l'on voit traverser nos prairies sans -
— 31 -
rgueil et sans bruit, sur un lit que ne viennent
rtubler ni la fange ni les herbes mauvaises. On
6 plaît sur leurs rives, on y cueille les fleurs les
lus suaves; la fraîcheur s'y fait sentir; on y
fispire je ne sais quel parfum qui vient du ciel ;
n s'y désaltère volontiers. L'âme s'y sent à
aise, tant le doux murmure de leurs eaux
ivite au recueillement et à la prière. -
Yoilà ce qui explique l'inaltérable sourire de ce
isage etla limpidité sereine de ce regard que n'a
lmais pu voiler leDuage des passions dece monde.
La virginité ! qu'est-ce donc que la Vir-
inité? La nommer c'est la définir. Tout le
ionde ne peut la comprendre: nonomnescapiunt
rburn istud l. Et elle a cependant des relations,
es ententes et des harmonies telles, avec cer-
lines âmes, que, dès qu'elle se présente à elles,
lie est reçue, elle est embrassée et elle règne. Les
Pitiés savent ce que je veux dire : nôrunt initiati.
La virginité, elle illumine l'âme, elle embaume
s cœur.
L'âme, rien ne la gêne quand elle est pure.
rITe vole, elle plane, elle est près de Dieu. Ah !
niiit Paul dit que nous voyons ici-bas Dieu à
lavers un voile; oui, mais je crois que la virgi-
1. Matth., xix, il.
— 32 -
nité a des intelligences inconnues et des vue
bien perçantes; je crois que l'œil de la pure
est bien près d'être l'œil de la vision béatifiqud
Bienheureux ceux qui ont le cœur pur, parc
qu'ils verront Dieu : Beati mundo corde quonia
i¡.si Deum videbunt1. <
Et les joies, et les triomphes, et les tressaille
ments qui passent dans un cœur vierge, q
pourra les dire? Encore une fois, les initiés seu
les savent : nôrunt initiati. Alphonse les a con
nus, et je vous assure qu'elles étaient d
éblouissantes, les richesses, les splendeurs et 1
allégresses de ce cœur virginal. <
Oui, la virginité c'est le ciel sur la terre. 1
ceux qui, à l'exemple d'Alphonse, se laiss
emporter à ce troisième ciel de lawirginité q
Dieu habite, voent là des spectacles que l'œil d
l'homme n'a point vus, entendent des harma
nies que son oreille n'a jamais OUÏOP; goûte
savourent et boivent des ivresses que son cœu
n'a jamais pu contenir.
Mais aussi comme Alphonse a su garder to
jours intact le beau lis de sa virginité 1 Il sava
faire de tout son être un jardin fermé à tout «
1. Matth., v, 8.
— 33 -
ni ne portait pas la brise de l'Esprit-Saint ou
s souffle angélique de la pureté.
Sa grande arme était, dans les assauts que le
mon pouvait lui livrer, la prononciation calme
1 ferme de ces trois mots: « Jésus, Marie, Joseph,
ayez pitié de moi ». Il puisait là toute sa force
tout le secret de cette énergie qui le rendait
Jeinèment maître de lui-même. Ou bien encore,
cher enfant, il traçait avec son pouce le signe
i la croix sur son cœur. Sa vertu n'avait rien
f sauvage ; elle était simple mais prudente. En
Ii, rien de mou, rien d'efféminé, rien qui sentît
^mour du sans-gêne. Toujours grave, il n'était
mais familier même avec ses parents , encore
eins avec ses sœurs.
Toute sa personne exhalait comme un parfum
1 modeste gravité qu'il suffisait de respirer à
tance. Il avait fait un pacte avec ses yeux , et
ts témoins oculaires et habitués à le suivre et à
remarquer de près nous ont affirmé que
bais, à l'exemple de l'angélique Louis de
uizague, il n'avait regardé fixement une per-
l'le du sexe en face.
Il sortait peu, toujours dans un but de charité
de piété. Ses visites étaient aussi courtes que
issible, excepté toutefois celles où il pouvait,

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