Notice biographique sur Louis-Antoine Macarel, président de section au Conseil d'État, par M. Becquerel

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impr. de Vve Bouchard-Huzard (Paris). 1852. Macarel. In-8° , 11 p..
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Publié le : jeudi 1 janvier 1852
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SOCIÉTÉ NATIONALE ET CENTRALE
D'AGRICULTURE.
NOTICE BIOGRAPHIQUE
SUR
LOUIS-ANTOINE MACAREL,
PRÉSIDENT DE SECTION AC CONSEIL D'ÉTAT
ET MEMBRE DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE ET CENTRALE D' AGRICULTURE,
par M. Becquerel.
MESSIEURS,
La Société centrale, en me déléguant l'honneur de lui rap-
peler les services rendus au pays et à l'agriculture par un de
ses membres, M. Macarel, éminent jurisconsulte, et que la
mort lui a enlevé en mars 1851, a pensé que des souvenirs
d'enfance et l'amitié me viendraient en aide pour remplir
cette mission de justice et de reconnaissance ; mais je ne me
suis point fait illusion en l'acceptant : étranger, par ma posi-
sition, aux travaux qui ont acquis une si juste célébrité à no-
tre collègue, aussi distingué par la noblesse de son caractère
que par ses talents, je ne saurais répondre, en effet, digne-
ment à la confiance que la Société m'a témoignée ; puissent
cependant mes efforts mériter son indulgence !
Louis-Antoine MACAREL, né à Orléans, le 10 janvier 1790,
d'une famille honorable, mais sans fortune, se fit remarquer,
dès sa plus tendre enfance, par la douceur de son caractère,
son amabilité et son aptitude au travail. Son père, homme
instruit et magistrat distingué, dirigea d'abord son éducation
en s'appliquant surtout à développer dans cette jeune intelli-
gence les germes des qualités morales que la nature y avait
mises, et qui devaient contribuer un jour, avec ses talents, à
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lui faire occuper un rang honorable dans le gouvernement,
et à lui mériter l'estime publique.
' Après avoir terminé, avec beaucoup de succès, ses classes
au lycée d'Orléans, et ses cours de droit aux universités de
Paris et de Turin, il débuta, dans la carrière administrative,
en remplissant successivement, à la fin de l'empire et dans les
premières années de la restauration, les fonctions de chef de
cabinet des préfets de l'Eure et des Basses-Pyrénées, puis de
secrétaire particulier du ministre de la marine et du directeur
général des postes. Ces modestes fonctions le mirent bientôt
en rapport avec une foule de personnes distinguées qui ne
tardèrent pas à reconnaître tout ce qu'il y avait d'avenir dans
le jeune secrétaire. Ses succès, les encouragements qu'il re-
çut de toutes parts et ses relations intimes avec M. de Corme-
nin, lui donnèrent la mesure de ses forces et décidèrent de sa
vocation pour le droit administratif, qu'il devait illustrer par
ses travaux.
En 1818 parut son premier ouvrage, les Éléments de juris-
prudence administrative, dont les bases furent prises dans les
décisions du conseil d'État, et qui fut accueilli favorablement
par le public. L'année suivante, désirant unir la science qu'il
cultivait déjà avec succès à la pratique des affaires, il se pour-
vut d'une charge d'avocat au conseil d'État et à la cour de cas-
sation, qu'il remplit avec distinction durant dix ans, pendant
lesquels il vécut dans l'intimité des jurisconsultes les plus cé-
lèbres de l'époque. Jeune alors, spirituel, plein d'érudition,
d'une affabilité qui rappelait cette société fleurie, berceau de
la politesse française, Macarel était recherché dans le monde,
et il en devint naturellement un des ornements.
Enivré par tant de succès, il se livra au travail avec une ar-
deur extrême, et sa santé s'altéra au point de le forcer à se dé-
mettre de sa charge ; il contracta môme, à cette époque, le
germe de la cruelle maladie qui, vingt ans plus tard, devait le
conduire au tombeau.
Peu de temps après, sur la recommandation de M. Jomard,
honoré de la confiance de Méhémet-Ali, il fut chargé de l'in-
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struction politique et administrative d'une colonie de jeunes
Égyptiens envoyés en France, par ce grand réformateur, pour
y être initiés aux sciences abstraites et pratiques de l'Europe.
Macarel se dévoua avec ardeur et amour à cet enseignement,
pensant qu'il contribuerait ainsi à la civilisation de l'Egypte,
dont le nom seul" réveillait en lui de grands souvenirs histori-
ques ; il enseigna à ces jeunes gens, qui savaient à peine no-
tre langue, le droit naturel, le droit international, le droit pu-
blic général, l'économie politique, la statistique, enfin l'ad-
ministration générale en théorie jointe à la pratique fran-
çaise. Cet enseignement, conçu sur un vaste plan, indiquait
la haute portée d'esprit du professeur, qui, désirant rendre
l'instruction aussi fructueuse que possible, se chargea lui-
même de la rédaction des leçons, travail qui dura trois années
et dont l'ensemble ne forme pas moins de dix volumes. Ses
efforts furent couronnés de succès ; car, en moins de quatre
ans, plusieurs de ses élèves, en rentrant en Egypte, y occu-
pèrent les postes les plus importants, notamment Artim-Bey,
qui fut nommé conseiller d'État et ministre des affaires étran-
gères. Méhémet-Ali, convaincu, par les résultats obtenus, que
l'instruction donnée par Macarel était solide et répondait à son
attente, lui confia deux de ses fils et un fils d'Ibrahim-Pacha,
puis créa à Alexandrie une école d'administration civile à
l'instar de celle de Paris, sous la direction de MM. Artim-Bey
et Stephane-Bey, ses élèves. Ce dernier, qui a été chef de la
mission égyptienne, à Paris, est un des hommes les plus
distingués de l'Egypte.
Les événements politiques de 1830 mirent plus en évi-
dence encore les talents de Macarel ; nommé successivement
maître des requêtes et conseiller d'État, il vit sa renommée
grandir avec sa position. Jamais homme n'avait été plus sa-
tisfait de son sort et moins désireux de changer sa condition :
la députation et la préfecture de la Seine lui furent offertes ;
on fit briller à ses yeux le gouvernement civil de l'Algérie :
vains efforts, tant d'éclat ne le séduisit pas, et il ne voulut
point abandonner la science du droit à laquelle il devait sa
réputation, et le conseil d'État, qui le mettait à même, tous les
jours, d'en appliquer les principes aux affaires administratives.
Un ministre, en 1837, eut l'art, cependant, de le décider
à accepter la direction de l'administration départementale et
communale au ministère de l'intérieur, en lui laissant entre-
voir l'espoir du bien qu'il y avait à faire dans un poste où il
s'agissait de procéder à une réorganisation générale des ser-
vices de l'administration intérieure. Pendant deux ans que
dura cette mission de confiance, il concourut à la préparation
et à la mise en exécution des lois sur la garde nationale de la
Seine, sur les chemins vicinaux, sur l'administration dépar-
tementale et communale et sur les aliénés, en même temps
qu'il organisait la comptabilité des matières pour les établis-
sements de bienfaisance et qu'il préparait, non-seulement
par des discussions, mais encore par des mesures, d'essai, la
réforme du régime des établissements de répression. Tant de
créations nouvelles ne purent être faites en si peu de temps
qu'à l'aide d'un travail opiniâtre, qui forçait Macarel à pren-
dre sur son sommeil pour l'exécuter. M. de Montalivet dont il
acquit alors toute la confiance, et qui n'a jamais cessé de lui
en donner des témoignages les plus manifestes, était étonné
de cette ardeur infatigable à l'accomplissement de ses devoirs ;
« M. Macarel, disait-il, veille à tout pour moi et me dispense
« de penser. »
Après le 12 mai 1839, M. Macarel se démit de ses fonctions
et rentra, peu de jours après, au conseil d'État, où il resta
attaché jusqu'à la réorganisation de ce corps, en 1849. L'as-
semblée constituante, quoique composée d'éléments divers,
ne voulant point priver le pays des lumières d'un juriscon-
sulte aussi distingué, le nomma le second, à une immense
majorité, pour faire partie du nouveau conseil d'État. Soumis,
par le sort, à une réélection, en juin 1849, il fut nommé le
premier à une plus grande majorité encore, et ses collègues,
voulant s'associer à une manifestation aussi éclatante d'es-
time publique, s'empressèrent de l'élire président de la sec-
tion d'administration, hommage rendu à son savoir, à son

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