Notice biographique sur M. l'abbé Joseph Azaïs, curé doyen de La Salvetat, chanoine honoraire de la cathédrale de Montpellier ; par un de ses neveux

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Impr. de Clavel-Ballivet (Nîmes). 1867. Azaïs, Joseph. In-8 °. Pièce.
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Publié le : mardi 1 janvier 1867
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NOTICE BIOGRAPHIQUE
SUR
M. L'ABBÉ JOSEPH AZAÏS
CURÉ DOYEN DE LA SALVETAT
CHANOINE HONORAIRE DE LA CATHÉDRALE DE MONTPELLIER
PAR ri>; DE SES NEVEUX
NIMES
DE L'IMPRIMERIE CLAVEL-BALLIVET ET ce
l'.UF. FRADIER, 12
1867
NOTICE BIOGRAPHIQUE
SUR
M. L'ABBÉ JOSEPH AZAIS
CURÉ DOYEN DE LA SALVETAT
CHANOINE HONORAIRE DE LA CATHÉDRALE DE MONTPELLIER
JPA.Rytf'Jî^IJÏS J&ES NBVEUX.
NIMES
DE L'IMPRIMERIE CLAVEL-BALLIVET ET C*
RUE PRADIER, 12
1867
AUX HABITANTS DE LA SALVETAT
C'est pour vous que j'ai écrit ces pages, dans lesquelles
j'ai cherché à faire revivre une mémoire qui m'est bien
chère, et je vous les dédie comme un témoignage de mes
sympathies pour un pays qui fut ma patrie d'adoption.
Je viens vous parler de ce prêtre qui fut pendant qua-
rante-trois ans votre curé, qui vous aima comme un
père et qui n'eut qu'un désir, celui de vous faire du bien.
Je viens vous rappeler les longs travaux de son ministère,
ses courses nombreuses à travers vos montagnes, les
œuvres diverses qu'il a fondées et ses vertus douces et
attachantes qui lui gagnèrent l'affection de vos cœurs.
Pour raconter cette vie, quelques pages auraient suffi, je
— 4 —
le sais; mais j'ai écrit sous la dictée du cœur, et le récit a
pris des proportions plus grandes. Pardonnez à ma piété
filiale cette biographie devenue trop longue : le cœur
s arrête difficilement quand on parle d'un père.
La vie du curé de la Salvetat a été simple, modeste et
obscure, sans bruit et sans éclat. Elle s'est toute con-
centrée au sein de sa paroisse, sans aucun retentissement
au dehors. Cette existence calme et régulière, uniforme
et monotoiie comme le devoir, semble peu faite, je
l'avoue, pour le grand jour de la publicité: mais c'est un
souvenir de famille, qui vient parler du pasteur à ses
chers paroissiens. C'est assez, je l'espère, pour justifier
ce travail et pour lui concilier quelque peu d'intérêt et de
bienveillance.
NOTICE BIOGRAPHIQUE
su:
M. L'ABBÉ JOSEPH AZAÏS
CURÉ DOYEN DE LA SALVETAT
CHANOINE HONORAIRE DE LA CATHÉDRALE DE MONTPELLIER
Le 17 février 1867, la population entière de la
paroisse de la Salvetat se pressait autour de la dépouille
de son pasteur, et l'accompagnait de ses prières et de
ses larmes à sa dernière demeure. Elle l'avait vu à sa
tête pendant quarante-trois ans, et, dans cette foule
d'hommes silencieux et recueillis, il n'en était pas un
qui n'eût reçu de sa main le baptême ou dont il
n'eût béni le mariage. C'était la famille paroissiale qui
pleurait un père bien-aimé et qui lui rendait un der-
nier hommage. Regrets touchants, qui honorent à la
fois et la mémoire du pasteur et cette bonne et recon-
naissante population !
Vers 1802, parmi les nombreux élèves qui fré-
quentaient l'école cantonale de la Salvetat, il y avait
un jeune enfant, venu d'une commune voisine, qui
suivait, perdu dans la foule, les leçons de l'unique
— 6 —
instituteur des montagnes. Rien ne le distinguait des
autres, si ce n'est une grande docilité et une sim-
plicité pleine de candeur. Qui' aurait pu soupçonner
alors que cet écolier de douze ans serait, un jour, le
pasteur de cette grande paroisse !
Vingt ans plus tard, ce jeune enfant, devenu prêtre,
était envoyé par son évêque à la cure de la Salvetat et
avait la joie de retrouver parmi ses paroissiens ses
condisciples d'autrefois.
Joseph Azaïs naquit le 31 janvier 1791 , au village
de Fraïsse , non loin de la Salvetat, dans cette étroite
et fraîche vallée qu'arrose l'Agout. Il était le dernier
d'une famille composée de huit enfants, qui suivirent
des carrières diverses et qui surent conquérir sinon
la fortune, du moins l'estime et les sympathies les plus
honorables. Ses parents, aux habitudes simples et
patriarcales, conservaient dans toute sa sève généreuse
cette foi des anciens temps, qui était alors l'unique
trésor de nos montagnes, et ce fut le plus précieux
héritage qu'ils transmirent à leurs enfants. Ce fut un
prêtre de cette contrée, l'abbé Cavalier, ancien curé
de Cambon, qui lui enseigna les premiers éléments
de la langue latine. Le domaine d'Usclats servait de
résidence à cet ecclésiastique : cette paisible retraite
devint une école, et quelques jeunes gens suivirent avec
Joseph Azaïs les leçons de ce prêtre qui s'était fait
l'instituteur de la jeunesse de nos montagnes. C'est
auprès de ce maître que le jeune Azaïs puisa les pre-
miers germes de sa vocation à l'état ecclésiastique.
Ses yeux commencèrent alors à se tourner vers le
sanctuaire, et, pour seconder sa vocation naissante, ses
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parents l'envoyèrent, en 1806, continuer ses études au
petit séminaire de Castres.
Il y avait alors à la tête de cet établissement un
jeune ecclésiastique d'un grand dévouement, d'un
esprit vif et brillant, d'une activité infatigable, qui
réunissait aux fonctions laborieuses de directeur l'en-
seignement de la rhétorique. Le nom de M. l'abbé
Guibaud, devenu plus tard si populaire dans le diocèse
de Montpellier, rappelle tous les charmes de la piété,
en même temps que les dons d'une belle intelligence.
Le régime de la maison était austère, la table frugale,
mais les récréations joyeuses, la gaieté franche, les
amitiés sincères et les études fortes. Il est vrai, le
cercle des connaissances qu'on enseignait était res-
treint : la langue grecque, l'histoire et les sciences
n'avaient point de place dans le programme de cette
maison. Mais aussi, au sortir du petit séminaire, on
ne croyait pas tout savoir, sous prétexte qu'on avait
entendu parler un peu de tout ; on ne fermait pas ses
livres avec ce dégoût qu'engendre la lassitude d'une
intelligence à laquelle on a trop demandé de bonne
heure et qui s'est épuisée dans un labeur stérile, mais
on passait de l'enseignement secondaire à un ensei-
gnement supérieur avec un grand désir de s'instruire
et une véritable ardeur pour le travail : on apprenait à
apprendre, et j'ai connu un ancien condisciple de
Joseph Azaïs au séminaire de Castres, qui, devenu
plus tard modeste curé de campagne, avait charmé
sa solitude par son amour pour l'étude, s'était adonné
à la culture des langues anciennes et avait poussé ses
travaux philologiques jusqu'à apprendre, sans le
— 8 —
secours d'aucun maître, le grec et l'hébreu, et à lire
dans le texte la Bible et Homère.
A côté du petit séminaire, où se pressait la jeunesse
du Tarn et de l'Hérault, s'élevait alors le grand sémi-
naire destiné à former de nouvelles recrues pour
remplir les vides nombreux du sanctuaire. Il était
dirigé par un prêtre d'une foi antique, d'une simpli-
cité primitive, d'une expérience consommée, qui avait
traversé les douloureuses épreuves de la révolution et
qui excerçait autour de lui l'ascendant d'une vertu
austère, tempérée par une débonnaireté attachante :
c'était le vénéré M. Gabaude, le père de ses nombreux
élèves, qui étendait son action vigilante jusque sur le
petit séminaire et qui embrassât dans sa sollicitude
les deux maisons.
Après avoir achevé ses études classiques, le jeune
Joseph Azaïs entra au grand séminaire et se livra à
l'étude de la théologie jusqu'au jour où un ordre de
Mgr Fournier, évêque de Montpellier, rappela au grand
séminaire de sa ville épiscopale tous ceux qui étaient
originaires de son diocèse. Ce fut pour ceux-ci un vrai
sacrifice, et ils ne purent retenir leurs larmes, lorsqu'il
leur fallut dire adieu à ces maîtres bien-aimés et à cette
chère maison qui avait abrité leur jeunesse. Le sou-
venir du petit et du grand séminaire de Castres resta
toujours vivant au cœur de notre jeune séminariste.
C'est sur les bancs de ces établissements qu'il contracta
ces amitiés durables qui furent la joie de sa vie. Je ne
puis résister au mouvement du cœur qui vient placer
sous ma plume le nom de M. l'abbé Théron, le curé
si populaire, si aimé de Villemagne, dont les allures
— 9 —
franches et le caractère ouvert et loyal lui ont conquis
tant de sympathies, et le nom vénéré de ce pieux curé
de Murat, cette perle du clergé de nos montagnes, le
bon, le doux, le saint abbé Rascol, qui réunit à la
mansuétude de saint François de Sales quelque chose
de la charité de saint Vincent de Paul : deux noms,
bien chers, que j'associe à celui de leur ancien condis-
ciple, le curé de la Salvetat, dans un même sentiment
d'affection et de piété filiale !
La colonie de jeunes lévites venue de Castres
trouva au grand séminaire de Montpellier le même
accueil bienveillant auprès des maîtres, la même affec-
tion fraternelle parmi les élèves qu'au séminaire
qu'elle venait de quitter. Cet établissement avait alors
pour supérieur un prêtre pieux, qui venait de recueillir
la succession du vénérable abbé Carrière, M. l'abbé
Bastet, auteur d'un ouvrage estimé sur la théologie
pratique, le Manuel d'un jeune prêtre. Ce fut sous la
direction de ce maître judicieux et prudent, dont le
nom vit encore entouré de respect dans le diocèse de
Montpellier, que l'abbé Joseph Azaïs se forma aux
vertus du sacerdoce. Le séminaire renfermait alors de
nombreux élèves qui promettaient une ample moisson
pour le sanctuaire : les uns apportaient au Seigneur
les prémices de leur jeunesse ; d'autres, déjà mûrs,
avaient plus tard quitté le monde pour obéir à l'ilppel
de la grâce. Mais tous étaient avides de s'instruire,
dévoués à l'Eglise, observateurs de la règle et heureux
de se consacrer au ministère des âmes. Là se trou-
vaient avec l'abbé Azaïs, suivant les mêmes leçons,
son compatriote, l'abbé Jeay de Lignières, mort curé
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de Cambon; le digne abbé Senaux, son ami de prédi-
lection , mort curé de Riolz, où il a laissé la mémoire
d'un saint pasteur; l'excellent abbé Séguier, archiprê-
tre de la cathédrale de Montpellier, qui n'a pas
oublié sa douceur et sa charité; le bon abbé Cullier,
ancien secrétaire de Mur Fournier et curé de Saint-
Denis, dont la mort prématurée laissa un deuil
profond au cœur de ses amis, et toute cette phalange
de prêtres de vieille trempe, les aînés du sacerdoce,
dont le curé de la Salvetat était un des derniers survi-
vants. Avec eux, l'abbé Azaïs parcourut les-diverses
épreuves par lesquelles l'Eglise cherche à former
l'esprit et le cœur de ceux qui sont appelés à devenir
ses ministres. En 1815, il reçut, pendant le carême,
des mains de :Mur Fournier, la consécration sacer-
dotale.
Le jeune prêtre fut nommé à la succursale de Saint-
George, voisine de Montpellier. Il y apporta avec joie
la grâce de son ordination et les prémices de son apos-
tolat. A cette époque, les vides nombreux qu'avait
faits la tourmente révolutionnaire n'étaient pas
encore comblés , et souvent deux paroisses étaient
réunies sous la direction du même pasteur. C'est ainsi
que le nouveau curé de Saint-George fut chargé en
même temps du servies de la paroisse de Murviel. Il
passa trois ans dans ce poste, qui fut le berceau de son
ministère et le premier théâtre de ses travaux; aussi
l'église de Saint-George lui fut toujours chère, et il se
plaisait, sur ses vieux jours, à reporter, avec une
affectueuse prédilection, sa pensée sur cette paroisse
aimée. En 1818, il fut appelé à la cure de Laurens,
— 11 -
plus rapprochée de son pays natal. Il trouva à la tête
de cette commune un administrateur dévouée l'hono-
rable M. Gept, ce type achevé de probité, de droiture
et de vertu chrétienne. Le nouveau pasteur et le
maire, unis par une amitié sincère, se prêtèrent un
concours qui ne fut pas sans résultat pour le bien. Les
soins du ministère ne suffirent pas au zèle du jeune
curé : il transforma son presbytère en école, et il réunit
quelques élèves qu'il initia aux premiers éléments de la
langue latine et qu'il prépara pour le sanctuaire. Celui
qui écrit ces pages se souvient avec émotion que cette
maison curiale, qui abrita son enfance, fut pour lui
comme une seconde maison paternelle, et que, bien
jeune encore, venant de quitter le giron de la famille,
il rencontra sous ce toit hospitalier des soins assidus,
une sollicitude pleine de dévouement et les premières
leçons qui formèrent son intelligence. A cette époque,
où il y avait encore tant d'Eglises veuves de leur pas-
teur, les prêtres, surtout dans les campagnes, joignaient
aux fonctions du saint ministère l'enseignement de
la jeunesse, et cultivaient laborieusement quelques
vocations destinées à rajeunir un clergé qui avait été
décimé par le glaive et l'exil. Ces petites écoles latines,
établies dans plusieurs presbytères de village comme
autant de modestes succursales du petit séminaire,
offraient un recrutement précieux pour 1 Eglise et
préparaient de nouveaux ouvriers pour les besoins du
diocèse. ■#*
Vers la fin de l'année 1823, la cure de la Salvetat
était devenue vacante; l'évêque de Montpellier jeta les
yeux sur le curé de Laurens et le nomma à ce poste
— 12 —
important. Il en coûta au jeune curé de briser les
liens qui l'attachaient à une paroisse à laquelle il avait
consacré cinq années de sa yie sacerdotale, et en
s'acheminant vers sa nouvelle cure, qui le rapprochait
des montagnes où il avait reçu le jour, il dut ressentir
dans son âme des émotions profondes et des regrets
qui furent partagés.
La nouvelle paroisse qui lui fut confiée, chef-lieu
de canton de son pays natal, offrait un vaste théâtre
à son ministère. Il y avait près de quatre mille habi-
tants dispersés sur un vaste territoire mesurant près
de neuf lieues de circonférence. Qu'on se représente
plus de cent cinquante hameaux ou fermes semés dans
les vallons, groupés sur le flancdes montagnes , isolés
sur les plus hauts plateaux ou perdus dans la profon-
deur des forêts, à la distance moyenne de plus de
six kilomètres du centre de la paroisse. C'est le poste
le plus difficile et le plus laborieux de tout le diocèse.
Au point central de cette vaste circonscription, sur un
mamelon isolé, s'élève l'église paroissiale, autour de
- laquelle sont groupées quelques centaines d'habitations
avec la mairie, les écoles et l'hôpital.
Il fallait alors pour administrer une paroisse aussi
étendue un prêtre jeune encore, actif et plein de
vigueur, qui parlât la langue du pays pour être
compris des habitants-de la campagne, qui pût être
debout à toute heure et qui ne redoutât ni la fa-
tigue ni les frimas. Le nouveau pasteur réunissait
les conditions nécessaires pour remplir cette tâche.
Enfant des montagnes , jeune encore — il n'avait
que. trente-trois ans - accoutumé aux rigueurs de
— 43 —
cet âpre climat, plein de bonne volonté et de force,
il paraissait répondre aux besoins de cette grande
paroisse.
Depuis près d'un siècle, l'Eglise de la Salvetat n'avait
compté que deux curés, M. l'abbé Delpech, qui l'avait
administrée pendant près de cinqante ans, et M. l'abbé
Gazel, qui était resté pendant quarante ans à sa tête.
Ce dernier pasteur avait traversé les plus mauvais
jours de la révolution, restant toujours à son poste.
Si, un moment, la fermeté de ses principes avait fléchi
et s'il avait prêté serment à la constitution civile du
clergé, ce moment de faiblesse fut rapide : le vertueux
pasteur se releva avec un courage qui fut l'honneur
de sa vie et qui fit de lui un généreux confesseur de la
foi. Il continua à demeurer au milieu de son troupeau,
apportant furtivement les secours de son ministère à
ses chères ouailles, et protégé par le dévouement de
quelques personnes fidèles qui surent le soustraire aux
recherches de ses persécuteurs. Lorsque le concordat
eut relevé les autels, il eut la joie de rentrer dans
cette église de la Salvetat d'où la persécution l'avait
chassé, et de faire entendre de nouveau sa voix dans
cette chaire où il avait laissé l'émouvant souvenir de la
rétractation solennelle de son serment. Le pasteur
dévoué possédait un vrai talent d'orateur : sa parole
vive, imagée, énergique, remuait les cœurs; la langue
du pays, le patois, avait sur ses lèvres une expression
singulière et un tour pittoresque dont nos anciens se
souviennent encore.
C'est ce prêtre éminent, qui, pendant près d'un
demi-siècle, avait donné à son troupeau ses veilles,
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ses prières, ses fatigues et son dévouement, que l'abbé
Azaïs était appelé à remplacer. Il y avait là pour lui
une succession difficile à recueillir ; mais sa charité et
les sentiments de foi de cette bonne population devaient
lui rendre cette tàche facile. Il n'avait qu'à regarder
autour de lui pour y trouver de beaux exemples et de
nobles modèles : c'était, à Saint-Pons, M. l'abbé de
Benne, qui portait dignement la double couronne de
ses cheveux blancs et de ses vertus ; à la Souque , sur
les limites des diocèses de Montpellier et d'Albi, l'abbé
Hortala, dont le savoir égalait la piété ; à Angles, le
spirituel abbé Limer, l'ancien condisciple du nouveau
curé de la Salvetat;àla Caune, le curé Castring,
l'oracle du clergé de la montagne, devenu bientôt
après vicaire général de son diocèse; à Villeiongue, le
simple et moleste abbé Gayraud, que les menaces de
la révolution n'avaient pu arracher à sa famille parois-
siale , et à Fraïsse, l'excellent abbé Peyronnet, ce
prêtre si bon et si régulier, au caractère franc et
ouvert, dont la mémoire est toujours vénérée au sein
de son ancienne paroisse qui n'a pas oublié ses larges-
ses. C'étaient les nobles et derniers restes de cet
ancien clergé, qui avaient vaillamment combattu le
bon combat et qui offraient aux nouvelles générations
sacerdotales les plus touchants exemples de zèle, de
fidélité et de dévouement. -f"
Ce fut le 21 décembre 1823 que l'abbé Azaïs prit
possession de la cure de la Salvetat. Il reçut de ses
nouveaux paroissiens l'accueil le plus sympathique. Il
célébra, au milieu d'une immense concours, la so-
lennité de Noël, et il put admirer la foi de cette popu-
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lation chrétienne qui parcourait à pied , à travers la
neige, de grandes distances pour assister à la messe
de minuit.
Le premier devoir du pasteur est de connaître ses
brebis : c'est celui que s'empressa de remplir le nou-
veau curé. Il voulut, lorsque les rigueurs de l'hiver
eurent fait place au printemps, parcourir sa paroisse,
visiter chaque hameau et entrer sous chaque toit. On
le vit s'acheminer vers les chaumières les plus éloi-
gnées, s'asseoir à chaque foyer, interroger tous les
membres de la famille, depuis l'aïeul jusqu'au plus
jeune enfant, recommander le bon exemple aux pa-
rents, aux fils l'obéissance, à tous la fidélité aux pra-
tiques religieuses et leur adresser d'affectueuses paroles
et de sages conseils. Bientôt il connut parfaitement
tout son troupeau, et il n'y eut pas une fam lie dont
un seul membre lui fût étranger, pas un paroissien
dont il ne sût le nom. Il reçut dans chaque maison
l'accueil le plus cordial : les hommes l'entouraient
avec empressement, les mères lui présentaient leurs
enfants et partout ses recommandations étaient reçues
avec une déférence respectueuse.
On voyait alors à la Salvetat plusieurs anciennes
familles non moins recommandables par leur foi que
par leur naissance : simples, obligeantes et charitables,
elles donnaient l'exemple de toutes les vertus chré-
tiennes et secondaient puissamment le ministère du
prêtre. Le maire de cette époque, vieux gentilhomme,
qui avait connu les épreuves de l'émigration, le
vicomte de Raynaud, était un vrai chevalier chrétien,
non moins fidèle à son Dieu qu'à son roi. Son nom,
— 16 -
toujours aimé, rappelle encore aujourd'hui dans celui
qui le porte si dignement l'honneur, la fidélité, le
dévouement, et réunit toutes les noblesses, celle de la"
religion, des armes et des aïeux, comme celle du
talent et des lettres. Il fut l'auxiliaire du curé pour le
bien et il donna à la population l'exemple constant des
pratiques chrétiennes. La Salvetat comptait encore
dans son sein d'autres hommes généreux dont le con-
cours et la sympathie ne firent jamais défaut au pas-
teur, et si je tais le nom des vivants, je ne puis oublier
ce médecin dévoué, cet homme d'intelligence et de
cœur, Hector Gavoy, l'ami des pauvres, qu'on vit au
chevet de tous les malades et qui ne compta jamais
avec la fatigue pour répondre à l'appel de la souffrance.
Avec de tels éléments, le bien était facile. Il fut
l'œuvre de tous, des familles chrétiennes aussi bien
que du prêtre, et, grâce à ce précieux concours, la
paroisse conserva sa physionomie religieuse des anciens
jours.
Une des premières occupations du nouveau curé,
fut de préparer à la confirmation la jeune génération
de sa paroisse qui n'avait pas encore reçu ce complé-
ment de la vie chrétienne. Il y avait déjà quelques
années que Mgr Fournier était venu administrer ce
sacrement aux chrétiens de nos montagnes. Ce fut un
évêque originaire de nos contrées, Mgr des Hons,
évêque de Troyes, né au château de Malbosc, dans
la paroisse du Soulié, qui vint, en 1824, conférer ce
sacrement à ses compatriotes. Ce pieux évêque, qui
avait encore plus de vertu que de naissance, appar-
tenait à cet ancien clergé de FEglisede France, à

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