Notice historique et littéraire sur Malfilâtre

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1805. Malfilâtre. In-12. Pièce.
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Publié le : mardi 1 janvier 1805
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NOTICE
ISTORIQUE ET LITTÉRAIRE
SUR MALFILATRE.
NOTICE
HISTORIQUE ET LITTÉRAIRE
SUR M A L FIL AT R E.
LE siècle dernier a vu périr, à la fleur de
leur âge, deux poètes dont le talent, déjà
prouvé par d'heureux essais , auroit sans
doute un jour illustré Leur patrie. Je parle
de Malfilâtre et de Gilbert. Tous deux
étoient nés , ont vécu et sont morts dans
l'indigence; tous deux ont laissé de vifs
reerets et une mémoire chère aux amis
des lettres ; mais ce sont-là les seuls rap-
ports qu'ils aient eus entre eux. Gilbert
étoit d'un caractère ardent et ombra-
geux; irrité du peu de succès de ses pre-
miers ouvrages , il s'en étoit vengé par
des satires pleines de verve, d'amertume
et d'injustice ; par ce moyen , il avoit
obtenu un peu de cette célébrité dont
la soif le dévoroit, mais en môme temps
Jl s'étoit fait beaucoup d'ennemis ; son
a ij
iv NOTICE
amour - propre en exagéra le nombre
et Fanimosité ; il crut que tous les auteurs
s'étoient ligués pour le perdre. A des
dangers sans doute imaginaires se joi-
gnit une infortune trop réelle ; sa santé
dépérit, sa tête s'égara ; et celui qui,
doué d'un beau talent, pouvoit fournir
une carrière longue et heureuse , mou-
rut à vingt-neuf ans dans les horreurs du
délire et de la misère. Malfilâtre, au con-
traire, avoit une âme douce et confiante;
aimant tous ceux qui l'enlouroient , il
s'en faisoit aimer sans peine ; plus sen-
sible peut-être aux charmes de la com-
position qu'à ceux de la gloire, moins
empressé d'être connu que jaloux delemé-
riter, il jetoit, dans le silence et dans l'obs-
curité, les fondemens de plusieurs grands
ouvrages. Il fut très - malheureux sans
doute, mais son humeur n'en éprouva
jamais la moindre altération : la détresse
et le travail , détruisant sa santé déjà foi-
ble , lui causèrent une mort douloureuse
et prématurée \ mais, au milieu des maux
sous lesquels son corps succomboit, il
SUR. MALFILATRE. y
conserva tout le calme de sa raison, toute
la sérénité de son âme.
La vie courte et obscure de Malfilâtre
n'offre des événemens ni bien nombreux,
ni bien importans ; et d'ailleurs ce que
le public désire , c'est moins un détail
circonstancié de .ses actions , qu'un re-
cueil complet de ses écrits. Cependant,
comme son caractère aimable , son exis-
tence malheureuse et sa fin plus déplo-
rable encore ne peuvent manquer d'ins-
pirer quelque intérêt pour sa personne ,
je hasarderai de transcrire ici les parti-:
cularités que j'ai recueillies auprès de
plusieurs de ses amis et de ses compa-
triotes , qui ne parlent jamais de lui qu'a-
vec attendrissement.
Jacques-Charles-Louis Malfilâtre na-
quit à Caen le 8 octobre 1783. La ville
de Caen est, si j'ose ainsi m'exprimer,
une des villes les plus littéraires de France.
Elle a produit une foule de savans et d'é-
crivains célèbres , entre autres le restau-
rateur de noire poésie , Malherbe , dont
le nom y est toujours en vénération ,
a iii
même, dit-on , parmi les gens de la classe
la moins éclairée. Elle possédoit et pos-
sède encore tous les établissemens qui
ont pour objet l'enseignement et la cul-
ture des lettres. Les moyens gratuits d'ins-
truction qu'elle offroit, la considération
dont y jouissoit le savoir, et la fortune
qu'il y procuroit quelquefois, engageoient
beaucoup de parens pauvres à faire
faire des études à leurs enfans. Ce fut
ainsi que Malfilâtre , destiné par sa nais-
sance à n'être qu'un obscur artisan , mais
appelé par la nature à devenir un poète
distingué, put développer par l'éducation
le germe d'un talent qui n'auroit point
existé sans elle. Il étudia au collège du
Mont, où les Jésuites enseignoient alors.
On s'est long-temps souvenu dans cette
maison des succès qu'il y avoit obtenus,
et ses ouvrages sont en cela d'accord avec
la tradition : ils prouvent que le jeune
écolier faisoit une étude approfondie des
grands modèles de l'antiquité.
La patrie de Corneille rivalisoit avec
celle de Malherbe pour l'amour des lettres
SUa MALFILATRE. vij
qui y régnoit, et pour le grand nombre
d'écrivains fameux auxquels elle avoit
donné naissance. Il existoit dans chacune
de ces deux villes une société littéraire,
portant le nom d'Académie de l'imma-
culée Conception de la Sainte- Vierge,
mais plus connue sous celui de Palinod
que lui avoit fait donner le genre de
poème qui étoit, pour ainsi dire, l'objet
primitif de son institution (*). Ces socié-
tés mettaient, tous les ans, des sujets de
poésie au concours , et elles donnoient
pour prix à chacun des vainqueurs , la fi-
gure en argent de l'un des emblèmes sous
lesquels la Vierge est désignée dans ses
litanies, tels que le miroir , la tour , la
rose, l'étoile, etc. Pendant long-temps,
l'unique matière de ces différentes sortes
de poëmes avoit été l'éloge de la mère
(* ) Palinod, nom donné aux. poèmes qucl-
conques, ballades, sonnets, odes, elc, composés
en l'honneur de l'immaculée Conception de la
Sainte-Vierge, pour le concours ouvert parles
académies de Rouen , de Caen et de Dieppe.
a iv
yiij N0TICE
de Dieu ; mais ce sujet ayant paru épuisé,
on y en avoit substitué de profanes, sous
la condition cependant que les concur-
rens trouveroient moyen d'amener, en
finissant, le panégyrique de la Vierge :
ces fins de pièces s'intituloient allusions.
Malfilâtre , désirant essayer ou même
faire connoître le talent qu'il se sentoit
pour la poésie , n'eut garde de négliger
l'occasion que lui en offroient de pareils
concours. Mais, soit qu'il n'ait pas jugé
à propos de disputer les prix du Palinod
de Caen, soit qu'il les ait disputés sans
succès, des personnes , qui doivent être
bien informées , assurent qu'il n'existe
aucune pièce de lui dans les recueils de
cette académie. Celle de Rouen lui dé-
cerna quatre fois le prix de l'ode. Les
sïïjels qu'il traita sont : Elie enlevé aux
deux, la Prise du fort Saint-Philippe ,
Inouïs le bien-aimé sauvé de la mort, et
enfin le Soleil fixe ai l milieu des planètes.
Le succès de cette dernière pièce ne se
borna point aux suffrages de l'académie
de Rouen et aux applaudissemens de la
SUR MALFILATRE. ix
province ; on en eut connoissance à Paris,
et on l'y trouva fort belle. M. Marmon-
tel l'inséra dans le Mercure de France,
qu'il rédigeoit alors , et il présagea les
plus hautes destinées poétiques à celui
donf le début étoit si brillant (*). Cette
publication , ce pronostic furent pour
Malfilâtre unvéritable triomphe. Un jeune
poète-de province, vanté dans les jour-
naux de la capitale , se croiroit ingrat en-
vers la gloire, coupable envers son propre
génie , s'il ne se transportait aussitôt sur
ce théâtre des grands talens et de la cé-
lébrité. Quoique Malfilâtre fût de carac-
tère à se laisser plus aisément qu'un autre
séduire par les songes flatteurs de l'espé-
rance , il n'avoit pas un fonds de présomp-
tion assez riche pour penser que sa ré-
putation et sa fortune dussent être faites
(*) Marmontel dit dans ses Mémoires, tom. 2,
pag. 9 : Je publiai les brillans essais de Malfi-
» làlre, et je lis concevoir de lui des espérances
» qu'il auroit remplies , si une mort prématurée
» ne nous Fayoit pas enlevé >).
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