Notice historique sur le roi Hérode,... par Hébert-Desrocquettes,...

De
Publié par

impr. de Delahaye (Louviers). 1868. In-8° , VI-168 p..
Les Documents issus des collections de la BnF ne peuvent faire l’objet que d’une utilisation privée, toute autre réutilisation des Documents doit faire l’objet d’une licence contractée avec la BnF.
Publié le : mercredi 1 janvier 1868
Lecture(s) : 7
Source : BnF/Gallica
Licence : En savoir +
Paternité, pas d'utilisation commerciale, partage des conditions initiales à l'identique
Nombre de pages : 174
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

NOTICE HISTORIQUE
SUR
LE ROI HERODE
Chef de la dernière dynastie dn peuple
Juif, et sa descendance,
PAR .
HÉBERT-DESROCQUETTES,
Avocat et juge svippléant au tribunal civil de l'arrondissement
de Louviers (Eure).
1868.
Louviers, Typ. Delahayo fr. — 909
NOTICE HISTORIQUE
SUR
LIE ROI HÉRODE
CJbudtLde la dernière dynastie do peuple
Juif, et sa descendance,
PAR
HÉBZRT-DESROCQUETTES,
Avouai et juge suppléant au tribunal civil de i'arrondisseiïient
de Louviers ( Eure ).
1868.
PRÉFACE.
On sait peu, en général, ce qui concerne la famille
Hérode, dont le règne sur le peuple juif, d'ailleurs assez
court (un siècle), date aujourd'hui de dix-neuf cents ans
environ.
Tout au plus, les chrétiens, spécialement les catholi-
ques (on parle même des fidèles moyennement zélés), en
connaissent quelques traits saillants de moeurs et de ca-
ractère d'un ou deux de ses membres, par ce que leUr en
ont appris les lectures privées, ou. publiques faites en
chaire, des passages succincts assez rares des évangiles, où
il en est mention.
Pour ce qu'en disent les actes des apôtres, fort peu
consultés" à présent, quoi que dignes de l'être pour la
doctrine et les détails pleins de charmes qu'ils renfer-
ment, on l'ignore entièrement.
Cependant il y va ici des plus grands intérêts sociaux et
religieux qu'il n'est décemment et sagement pas permis
de négliger; car, à défaut de s'instruire à cet égard, on
est incapable d'apprécier d'une manière saine et exacte,
les faits les plus importants de l'histoire.
Comment en effet, sans une notion approfondie, ou
au moins superficielle de ces choses, se rendre compte
des événements graves qui, opérèrent, à l'époque de la
II
transformation de l'ancienne société, en la nouvelle, la
régénération du genre humain, lors de l'avènement du
christianisme, autrement dit, à l'origine de l'ère ac-
tuelle?
La dynastie Eérodienne plus qu'aucune autre, a été
mêlée à cette révolution bienfaisante et extraordinaire
qui, a changé favorablement le monde et a laissé partout
l'empreinte ineffaçable de son passage.
En observant attentivement la marche suivie par ses
rois, il est manifeste, qu'ils se proposèrent d'empêcher,
d'entraver, ou d'affaiblir déplorablement, l'acte d'une
portée immense sur le point de s'accomplir, la réparation
ou rédemption promises à nos premiers parents aussitôt
après leur chute, et leur expulsion expiatoire du Paradis
terrestre.
Le prince des ténèbres, par un excès démesuré d'orgueil,
s'attaquant une première fois au Très-Haut, lui avait témé-
rairement déclaré la guerre dans les cieux, d'où, en pu-
nition de sa révolte impie, il était honteusement tombé
aux enfers, avec les autres mauvais anges déchus, ses
compagnons.
Ce misérable artisan de désordre, n'avait pu voir de là,
sans une insupportable jalousie, Adam, le chef-d'oeuvre
de la création et en avait juré la perte, de même, qu'en
lui, celle de sa descendance.
Ses artifices malins auprès d'Eve, et la faiblesse d'un
époux trop complaisant pour elle, n'avaient que trop
bien servi les desseins de l'odieux tentateur.
- Mais Dieu, dans son infinie miséricorde, avait aussitôt
promis un médiateur, son propre fils, pour à la fois don-
111
ner satisfaction à sa justice, et procurer le salut des
hommes.
Des siècles écoulés au milieu des plus grands maux,
avaient fait sentir et apprécier l'immense besoin de ce
secours.
L'humanité croupissant dans la fange des passions
criminelles en tout genre, et accablée de fléaux inouis,
allait périr, lorsque les temps marqués pour sa réhabi-
litation venus, l'univers fut saisi d'un ébranlement gé-
néral.
La lutte homicide et incessante du génie du mal, contre
le bien, allait, plus violente que jamais, recommencer
sur la terre, de la part de l'audacieux agresseur avec
l'Etre suprême, afin d'essayer de rendre vains ses desseins
providentiels.
Satan, dans sa pénétrante clairvoyance habituelle, ne
tarda pas à discerner, entre les suppôts dévoués à son
empire, ceux qui pourraient le plus efficacement com-
battre sous ses drapeaux.
Son choix se porta aussitôt sur le roi Hérode, sur-
nommé le Grand, et sa postérité, Hérode le plus cruel
et le plus pervers des hommes, trop fidèlement imité par
ses fils et petits-fils.
L'oeuvre de destruction à laquelle ils furent préposés,
avait pour but d'éteindre le flambeau du christianisme
à son apparition, et d'assurer le triomphe du paganisme,
afin de retenir l'univers dans l'esclavage, sous la lourde
et humiliante servitude qu'il subissait depuis longtemps.
La rage de l'enfer ne garda plus de mesure, à la vue du
nouvel arbre de vie, que Dieu, pour la sauver par ses
IV
fruits délectables, allait donner à la terre, dans le sol de
laquelle il devait jeter les profondes racines qui l'y ont
inébranlablement fixé et l'y maintiennent à toujours, de-
puis dix-huit siècles, malgré le déchaînement des plus
violentes tempêtes soufflées par l'impiété.
Il lui fallait pour auxiliaires les monstres les plus dé-
terminés à s'adonner à sa. cause, ■ et nuls sur la surface
du globe, plus que ceux dont on vient de parler, surtout
leur chef, n'étaient capables de lui venir en aide.
Alors commencèrent, de leur part, les sanglantes per-
sécutions, d'abord contre le Messie et la sainte famille,
obligée de fuire en Egypte (I) les sicaires d'Hérode le
Grand, et à son retour d'exil, alors qu'elle dirigeait ses
pas vers le pays d'Israël, de se réfugier (par suite de
l'effroi, à elle causé, à la mort de celui-ci, par son fils
et successeur), dans l'humble demeure de la petite ville
de Nazareth, en Galilée.
Suivirent ensuite le martyre du saint Précurseur; les
pièges tendus, par un autre fils du vieil Hérode, au Christ,
pour le perdre ; les indignités de ce nouveau roi et ses
mépris envers la personne adorable du Sauveur, contem-
porains de sa passion ; les meurtres de plusieurs apôtres
et disciples sous les règnes suivants, ainsi que d'un grand
nombre de nouveaux convertis à l'évangile.
De là aussi, la fin tragique et misérable de chacun des
infâmes tyrans, auteurs de tant d'énormités, en punition
visible de leurs forfaits.
• (1) Le sanctuaire vénérable où stationnèrent Joseph, Marie et l'en-
fant Jésus, dans l'isthme de Suez, et qu'avait érigé la piété des pre-
miers chrétiens, vient d'être restauré (annoncent les journaux), par
les soins de M. de Lesseps.
Puis, les progrès rapides du catholicisme au milieu de
si rudes épreuves.
Tel est le sujet du tableau, que dans un juste senti-
ment d'indignation, après avoir approfondi la matière, on
a tenté d'esquisser rapidement et trop imparfaitement ici^
avec la confiance ou du moins l'espoir, que la vue en
pourrait intéresser et produire quelque bien.
La perspective où l'on s'est placé pour le faire, eut
exigé, par son étendue, plus de développements.
Mais on a trouvé, que c'était déjà beaucoup, eu égard à
des considérations d'insuffisance personnelle, qu'une sim-
ple et modeste notice, dans l'ordre et selon le plan obser-
vés dans celle-ci.
Il ne s'agissait pas uniquement de parler des six sou-
verains de la dynastie hérodienne ; le récit devait, dans le
but proposé, s'étendre à l'examen de leur influence né-
faste, et de leur funeste concours prêté aux enfers, contre
l'église.
Les choses ainsi envisagées, l'horizon s'élargissait et
avec lui les proportions de l'opuscule.
Une foule d'incidents venaient naturellement et comme
nécessairement y prendre place.
On se plaît à croire, qu'ils ne seront pas envisagés
comme de superflus hors d'oeuvres.
Jusqu'à certain point, les jugea-t-on avec cette sévérité
outrée, ils pourraient encore sans doute trouver leur
excuse, dans l'attrait qu'ils offrent par eux-mêmes, et les
fruits utiles ou édifiants dont ils sont susceptibles.
A tout prendre, on le sait, la brochure n'est qu'une
VI
pure compilation ; qu'importe, si elle doit attacher et
instruire ?
C'est le motif déterminant qui a présidé à sa rédaction,
faite par une plume trop peu exercée.
Au reste, point de méprise ; à l'écart l'idée d'une oeuvre
littéraire, ou d'un drame.
Tout ici est présenté sans art et sans fictions ; le vrai
seul y domine.
On s'y est attaché notamment, à puiser aux sources
les plus authentiques et les plus certaines, des documents
irréfragables rassemblés en faisceau et qu'appuient les
autorités les plus recommandables.
NOTICE HISTORIQUE
SUR
LE ROI HÉRODE
m
Chef de la dernière dynastie du peuple
Juif, et sa descendance.
.AVANT-PROPOS.
Le nom Hérode est en quelque sorte synonyme de cruauté.
Il devint surtout fameux^ sous ce rapport, à la suite de la
mémorable persécution exercée par le roi des Juifs, qui le porta
le premier, contre le Christ à sa naissance.
Des centaines d'enfants mâles, âgés de deux ans et au-des-
sous, de la petite ville de Bethléem et des environs, dont le
seul tort, aux yeux de ce tyran barbare, avait été de voir for-
tuitement le jour en même temps que celui qu'il poursuivait de
sa haine implacable, périrent misérablement dans cet affreux
carnage, au désespoir indescriptible de leurs malheureux pa-
rents et à la consternation générale du pays, de Jérusalem la
capitale^ et des autres villes du royaume.
, _ 4 _
C'est le massacre, on le voit, des SAINTS INNOCENTS, dont l'E-
glise'catholique a pieusement conservé'la mémoire depuis son
origine, en célébrant chaque année au 28 décembre, la fêle do
leur martyrg!,
Furieux de la chute imminente de son empire sur l'ancien
monde, qu'il avait subjugué, nécessairement liée à la rume
inévitable du paganisme, qu!allait chasser à tout jamais l'Evan-
gile, en éclairant et régénérant la terre, le prince des ténèbres
essaya alors, par un effort suprême, d'en étouffer le divin au-
leur au berceau, n'épargnant, pour l'atteindre plus sûrement,
s'il eût été possible, ni supplices, ni victimes, si étrangères
qu'elles fussent, à l'objet de son aveugle vengeance. - .
Déjà vieux et sur le bord de sa tombe entr'ouverle (il mou-
rut dans la même année), Hërodè avait 72 ans révolus quand,
dans la frayeur suscitée par la crainte de perdre sa couronne,
il eut l'audace et l'infamie de commettre ce forfait inouï, dépas-
sant les atrocités des Néron, des Caligula, des Domitius, presque
ses contemporains, tous monstres comme lui, vomis, on peut
le dire, par l'enfer, et voués au mépris, ainsi qu'à l'exécration
de la postérité.
Des instincts naturellement féroces, joints à une ambition
sans bornes, instincts développés graduellement, par une lon-
gue habitude de crimes, avaient achevé d'endurcir le coeur, de ;
ce redoutable monarque, d'y éteindre tout sentiment d'huma-;
nité,T et d'étouffer.; en son âme la voix des remords, les cris
de la conscience. ; .,
C'est ainsi, qu'il se trouva préparé, à la fin d'un règne de
plus de 40 ans, à l'épouvantable scène, (a dernière, comme la
plus horrible de toutes celles de sa vie, et qu'ail enregistrées
l'histoire.
On verra cependant, que quelques jours avant son décès,
il en projetait une nouvelle du même genre, qui, l'eût égalée,
surpassée même peut-être, laquelle suivie d'un commencement
d'exécution, ne manqua son effet, que par des circonstances
indépendantes de la volonté de son auteur.
A l'école d'un tel père, ses fils et petits-fils en devinrent la
plus part, les fidèles imitateurs, dans de moindres proportions
toutefois.
Héritiers, notamment de son animosité furieuse contre le
Sauveur des hommes ; par suite, contre les Apôtres et les
Disciples qui, bravant les supplices, prêchaient courageuse-
ment au peuple émerveillé, la sublime doctrine de leur Maître;
on les \it aussi, en dignes descendants de leur auteur, cruel-
lement sévir envers les uns et les antres.
Le détail exact et sommaire des faiis justifiera bientôt tout
ce qu'on vient d'énoncer en substance.
Ce récit doit, si Ton ne s'abuse, à la fois intéresser et ins-
truire.
La matière en est généralement, ce semble, trop peu connue,
trop peu enseignée.
Plusieurs leçons salutaires découlent cependant avec abon-
dance de cette source féconde, quand on médite attentivement
sur le sujet d'où elle jaillit.
Quels enseignements précieux n'offre pas réellement le ta-
bleau des déportements de presque tous les membres de cette
famille abhorrée?
Sa seule vue est un triomphe pour la religion, dont l'une des
plus grandes gloires est d'avoir eu, à son début, pour adversai-
res acharnés, de tels scélérats, et de les avoir vaincus, comme
elle a réduit tous ses persécuteurs depuis dix-huit siècles et
terrassera ses ennemis jusqu'à la fin des temps, selon la pro-
messe infaillible de son auguste fondateur.
La même peinture de moeurs est également bien propre à
exciter la reconnaissance des hommes géuéreux, et vraiment
— 6; —
inspirés de sentiments de patriotisme, en faveur du Christia-
nisme et de son indispensable maintien dans l'intérêt social.
Elle offre en effet, la triste et rebutante image de l'état affli-
geant où gémissait fatalement l'humanité sous le plus dur escla-
vage matériel et moral, avant la transformation merveilleuse
qu'en a opérée son avènement, à l'époque de notre ère nou-
velle (1).
Il est manifeste, qu'il l'a seul affranchie et dotée cte mille
bienfaits sortis de son sein; bref, qu'on lui doit le don pré-
cieux de la civilisation moderne, que chacun, avec raison, se
montre fier de posséder.
Les réflexions préliminaires qui précèdent, une fois expo-,
sées, abordons immédiatement, d'une manière simple et
rapide, le sujet de ce modeste opuscule.
(1) On ne citera comme preuves, que les passages suivants, de
deux auteurs bien connus,- parmi plusieurs autres non moins véridi-
ques, et célèbres, qu'on pourrait invoquer ; le premier, est Jules-
César, dans son traité de la guerre des Gaules, livre 6e, chapitre 13
et suivants.
« Dans toute la Gaule il n'y a que deux classes d'hommes aux-
quels appartiennent les honneurs et la considération ; car pour le bas
peuple il n'a guère que le rang d'esclave, ne faisant rien par lui-
même, et n'étant admis à aucun conseil. La pluspart, accablés de -
dettes, écrasés d'impôts ou en butte aux violences des grands, se
mettent au service des nobles, qui exercent sur eux les mêmes droits
que les maîtres sur leurs esclaves. De ces deux classes, l'une est
celle des Druides, l'autre celle des chevaliers. Les premiers, minis-
tres des choses divines, président aux sacrifices publics et particu-
liers, et conservent le dépôt des doctrines religieuses. Le désir de
l'instruction attire auprès d'eux une nombreuse jeunesse. Leur nom
est environné de respect : ils connaissent de presque toutes les con-
testations publiques et privées. S'il s'est commis un crime, s'il s'est.
fait un meurtre, s'il s'élève quelque débat sur un héritage ou sur des
limites, ce sont eux qui en décident : ils dispensent les peines et les
récompenses. Si un particulier ou un magistrat ne défèrent point à
leur-décision, ils lui interdisent les sacrifices. Cette peine est chez
eux la plus sévère de toutes : ceux qui l'encourent sont mis au rang
des impies et des criminels ; on les évite ; on fuit leur abord et leur
entretien comme si cet approche avait quelque chose de funeste ;
s'ils demandent justice, elle leur est refusée ; ils n'ont part à aucun
_ 7 —
SUJET.
DYNASTIE HÉHODIUI\I\E.
Elle dura l'espace d'environ un siècle, dont approximative-
ment, moitié avant et moitié après, l'ère chrétienne.
En firent partie, dans l'ordre que voici :
HÉRODE, surnommé le Grand;
SES TROIS FILS,
HÉRODE ARCHÉLAUS,
HÉRODE PHILIPPE,
HÉRODE ANTIPAS;
SON PETIT-FILS,
HÉRODE AGRIPPA I-;
ET SON ARRIÊRE-PETIT-FILS,
HÉRODE AGRIPPA 11%
Issu du précédent.
Cette dynastie remplaça celle des Asmonéens, qui, avait com-
mencé par l'illustre et pieux guerrier Judas Macchabée et finit
avec son dernier roi, l'infortuné Antigone.
honneur. Le corps entier des Druides n.'a qu'un seul chef, dont l'au-
torité est absolue. A sa mort, le premier en dignité lui succède ; si
plusieurs ont des titres égaux, les suffrages des Druides, ou quelques
l'ois les armes, en décident. A une époque: marquée" de ranné.ej les.
Druides s'assemblent dans un Heu consacré, sur la frontière du pays
— 8 —
11 perdit le trône, comme il est arrivé souvent, à la suite de
déplorables divisions de famille.
Hyrcan II, son oncle, l'occupait avec indolence, s'en remet-
tant d'une façon exclusive, pour la direction des affaires, à
des Carnutes (pays Chartrain, ville principale Chartres), qui passe
pour le point central de la Gaule. Là, se rendent de toutes parts,
ceux qui ont des différents, et ils se soumettent au jugement des
Druides. On croit que leur doctrine a pris naissance dans la Bretagne
et aujourd'hui, ceux qui désirent en avoir une connaissance plus ap-
profondie, se rendent encore dans cette île pour s'y instruire.
XIV. — « Les Druides ne vont point à la guerre ; ils ne contribuent
pas aux impôts comme le reste des citoyens ; ils sont dispensés du
service militaire et exempts de toute espèce de charges. De si grands
privilèges, et le goût des jeunes gens, leur amène beaucoup de dis-
ciples; d'autres y sont envoyés par leurs familles.
« Leur dogme principal, c'est que les âmes ne périssent pas, et
qu'après la mort elles passent d'un corps dans un autre. Cette
croyance leur paraît singulièrement propre à exciter le courage, en
inspirant le mépris de la mort. Ils traitent aussi du mouvement des
astres, de la grandeur de l'univers, de la nature des choses, du pou-
voir et de l'influence des dieux immortels, et transmettent ces doc-
trines à la jeunesse.
XV. — « La seconde classe est celle des chevaliers. S'il survient
quelque guerre (et avant l'arrivée de César il ne se passait pas d'année
sans quelque guerre offensive ou défensive), ils prennent tous les
armes.. L'éclat de leur naissance et de leur fortune se marque au
dehors par le nombre des serviteurs et des clients dont ils s'entou-
rent. C'est chez eux le signe du crédit et de la puissance.
XVI. — « La nation Gauloise est en général superstitieuse. Aussi
ceux qui sont attaqués de maladies graves, ou qui vivent dans les
hasards des combats, immolent des victimes humaines, ou font voeu
d'en sacrifier. Les Druides sont les ministres de ces sacrifices. Ils
pensent que la vie d'un homme ne peut être rachetée auprès des
dieux immortels, que par la vie d'un autre homme : ces sortes de sa-
crifices sont même d'institution publique. Quelques fois on remplit
d'hommes vivants des espèces de mannequins tissus en osier et d'une
hauteur colossale ; l'on y met le feu et les victimes périssent étouf-
fées par les flammes. Ils jugent plus agréable aux dieux le supplice
de ceux qui sont convaincus de vol, de brigandage ou de quelqu'au-
tre crime; mais, lorsque les coupables manquent, ils y dévouent des
innocents.
« Les hommes ont le droit de vie et de mort sur leurs femmes et
sur leurs enfants : lorsqu'un père de famille d'une haute naissance
vient à mourir, ses proches s'assemblent; s'ils ont quelque soupçon
sur sa mort, ses femmes sont mises à la question comme les escla-
ves ; si le crime est prouvé, elles sont livrées au feu et aux plus
— 9 —
Antipatèr, ministre dirigeant, le père de Hérode, dont il va être
parlé.
Antigone avait essayé de supplanter ce faible monarque, et
môme pour le rendre à toujours incapable de régner, il lui
avait fait couper les oreilles, mutilation privant de la dignité
■suprême de grand sacrificateur, à laquelle, d'après la loi ju-
cruels tourments. Les funérailles, relativement à la civilisation des
Gaulois, sont magnifiques et somptueuses. Tout ce que le défunt a
chéri pendant.sa vie, on le brûle après sa mort, même les animaux : •
il y a peu de temps encore, pour lui rendre des honneurs complets,
on brûlait ensemble les esclaves et les clients qu'il avait aimés. »
Le second auteur, est Tertullien, né au 2e siècle, en Afrique, dans
son apologétique adressée au sénat Romain, en faveur des chrétiens.
Edition de Lyon, traduction nouvelle, page 55, n° 9. « Pendant des
années, jusqu'au proconsulat de Tibère, on immolait publiquement
en Afrique des enfants à Saturne. Tibère fit attacher ces prêtres aux
arbres même du temple qui couvraient ces affreux sacrifices, comme
à autant de croix vautives. Je prends à témoin les soldats de mon
pays qui exécutèrent les ordresdu proconsul. Cependant ces détes-
tables sacrifices continuent encore en secret... Les Gaulois sacri-
fient des hommes à Mercure. » . -
Page 57. — «Combien je vois ici de gens altérés de notre sang!
Combien même de vos magistrats les plus intègres pour vous, lés
plus rigoureux contre nous, je pourrais confondre par des reproches
trop mérités d'avoir eux-mêmes ôté la vie à leurs enfants aussitôt
après leur naissance ! Vous ajoutez encore à la cruauté par le genre
de mort. Vous les noyez, vous les faites mourir de faim et de froid;
vous les exposez aux chiens ; ça serait une mort trop douce de périr
par le fer. Pour nous à qui tout homicide est défendu, il nous est éga-
lement interdit de faire périr le fruit d'une mère dans son sein, avant
même que l'homme sojjt formé. C'est un homicide prématuré d'em-
pêcher la naissance ; et dans le fond, n'est-ce pas la même chose
' d'arracher l'âme du corps, ou de l'empêcher de l'animer ? Vous avez
détruit un homme, en détruisant ce qui allait le devenir : Vous avez
étouffé le fruit dans le germe. »
Page 65. — « Parmi vous, jouets éternels d'une passion désor-
donnée, voyez combien les méprises sont propres à multiplier lès
incestes. Vous exposez vos enfants, vous les abandonnez à la compas-
sion des étrangers qui passent, ou vous les émancipez pour les faire
adopter à de meilleurs pères.. Insensiblement le souvenir d'une fa-
mille à laquelle on ne tient plus s'efface, et avec l'erreur, le crime
d'inceste se répand et se perpétue... »
Page 239. — « Les philosophes prétendraient-ils nous le disputer
pour la chasteté? Je lis dans l'arrêt de mort de Socrate, qu'il fut
condamné comme corrupteur de la jeunesse. »
— 10 —
daïque, était attachée le plus ordinairement l'autorité souve-
raine.
Leurs dissentions ayant attiré l'attention de Rome., toujours
prête à exploiter les conflits intérieurs des peuples voisins ,
pour s'enrichir à leurs dépens^celle^âvaiten conséquence expé-
dié un corps de troupes dans ce royaume, sous la conduite
d'un éminent général.
C'était le grand Pompée : après avoir mis le siège devant
. Jérusalem, pris cette ville et les deux compétiteurs dans les
lieux où ils s'étaient retirés, il les avait ramenés ensemble à
Rome, qui les retenait prisonniers sur parole.
Mais au bout d'un temps assez long, fatigués l'un et l'autre
de cette captivité, ils s'étaient enfuis.
. Les partisans de Hyrcan II, enlr'autres, Antipater et Hérode
son fils, avaient recommencé à ourdir des intrigues contre
Antigone, placé sur le trône par Pachorus roi des Parthes, l'an
40 avant Jésus-Christ, Antigone étant coupable à leurs yeux
d'usurpation et de félonie.
De là, nouvelles agitations, nouveaux troubles, et aussi,
pour la seconde fois, prétexte aux Romains, fidèles à leur po-
litique de calcul et d'envahissement, de mettre, comme la pre-
mière, une autre armée sur pied, afin de les comprimer.
Marc-Antoine en eut le commandement; ce farouche trium-
vir, connu par les proscriptions et les meurtres nombreux dont,
il avait désolé sa patrie.
Hérode capta ses faveurs dans une arrière pensée d'ambi-
tion, et pour mieux le disposer à lui être utile, il se rangea
avec les siens sous son drapeau.
Antigone crut pouvoir braver leur puissance.
Jérusalem offrait, par ses fortifications redoutables, de gran-
des ressources à.la défense et des chances sérieuses de résister
à tous les assauts.
— 11 —
Marc-Antoine se fiant à sa haute expérience, à son courage
el à celui des troupes aguerries qu'il commandait, n'hésita pas
à commencer le siège.
Conduit plus spécialement* sous sa direction , par Sosius r
autre général romain à ses ordres, il dura plusieurs mois, avec
une égale énergie des deux parts. . . .
Antigone y fit des prodiges de valeur pour repousser les
assiégeants ; en cela, merveilleusement aidé par le peuple avec
lequel il combattait et dont il était l'idole.
Efforts inutiles ; Jes Romains surmontant par leur habileté,
et leur invincible entraînement tous les obstacles, l'emportè-
rent enfin.
Jérusalem enlevée dans un dernier et suprême assaut, tomba
entre leurs mains; et avec elle, Antigone et ses compagnon»
d'armes
Au pouvoir du féroce triumvir, sa vie ne fut pas épargnée.
Trop de motifs devaient exciter le vainqueur, à faire mourip
le roi vaincu.
D'abord, les suggestions de ses adversaires et des partisans
de Hyrcan II, notamment Hérode, qui, convoitait la. place
vacante. >
Ensuite, la soif de vengeance et -l'irritation profonde du. gé-
néral romain furieux de la lutte acharnée soutenue par Antiâ
gone;
Enfin, la conviction de Marc-Antoine qu'il ne terrasserait les
séditions et les soulèvements répétés des Juifs, portés d'un atta-
chement fanatique, selon lui, vers leur roi, qu'en l'immolant et
d'une manière avilissante, par un supplice ignominieux (I).
Ainsi périt, au bout de 3 ans de règne, ce malheureux sou-
(1) Strabon de Cappadoce en parle en ces termes :
« Antoine fit trancher la tête, dans Antioche,, à- Antigone,. roi des
Juifs, et fut le premier des Romains qui fit mourir un roi de la sorte-,
parce qu'il.crut qu'il n'y avait point d'autre moyen de porter les Juifs
— 12 —
yerain déchu et dégradé de la main du bourreau, qui lui trancha
la tête, après l'avoir fouetté de verges, sur la principale place
publique de la ville d'Anlioche, en présence d'une multitude
de peuple immense, stupéfaite et frémissante d'indignation.
On avait vu des rois vaincus et prisonniers marcher à pied, à
la suite du char de généraux romains victorieux, pour rehaus-
ser la pompe de leur triomphe; mais jamais la majesté royale
ravalée à ce point.
Marc-Antoine était seul capable d'un aussi grand sacrilège,
envers elle.
N'avail-il pas commis quelques années avant, une profana-
tion semblable, ou du moins analogue, sur la personne du
prince des orateurs, de l'immortel Cicéron, dont il avait fait
clouer la tête et les mains au haut de la tribune aux harangues
du Forum, là, même, où ce grand homme avait tant de fois
subjugué et charmé par son éloquence incomparable, la foule
du peuple ravie de l'entendre?
Hérode profitant de ce sanglant sacrifice, hérita de la cou-
ronne, dont le triumvir épris d'affection pour lui, et reconnais-
sant de ses services, tout intéressés et calculés qu'ils eussent
été, lui ceignit le front.
Ainsi commença la dynastie nouvelle, la dernière de la na-
tion juive.
HERODE, surnommé le Grand (2).
Hérode, né 72 ans avant Jésus-Christ et de simple parlicu
à obéir à Hérode, qui avait été établi en sa place : car ils étaient s'
animés contre lui et si affectionnés à Antigone, que la violence de
tourments ne pouvait même les obliger à donner à Hérode le nom d
roi. C'est ce qui porta Antoine à se servir d'un supplice si honteux
un souverain pour obscurcir la mémoire de l'un et adoucir l'aversio
qu'on avait pour l'autre. »
(2) Ou Vascolonite de la ville d'Asealon, lieu de sa naissance, e
Idumée, ville de Syrie (depuis Damas), à 50 kilomètres sud-oues
de Jaffa.
— 13 —
lier, élevé au trône par Marc-Antoine, le combla, lui et ses
compagnons, de dons immenses avec les dépouilles des grands
de la Judée qui lui avaient été hostiles et qu'il poursuivit de
mille vexations quand il daigna leur laisser la vie sauve.
A ce moyen, il acheta l'appui, et si l'on veut, l'amitié de
l'avide triumvir et de ses courtisans cupides.
Dans la suite, les mêmes moyens lui servirent quand il eAt
à craindre de perdre sa protection.
C'est encore ainsi, que pour se concilier les bonnes grâces
de la reine d'Egypte, la fameuse Cléopâtre, dont la beauté et
les charmes avaient enchaîné celui-ci, devenu son amant, au-
près de laquelle de secrètes intrigues avaient desservi Hérode,
il fit de grandes largesses à cette princesse et parvint à se la
rendre favorable.
Semblablement, après la victoire d'Actium, (I) rempor-
tée par Auguste sur Marc-Antoine, Hérode parvint à force d'or
et de présents, à gagner l'entourage du vainqueur et lui-même,
qu'il s'attacha pour toujours, ayant soin d'entretenir leurs
relations intimes par de riches cadeaux et toutes les séduc-
tions de la flatterie la plus raffinée.
Il est vrai, qu'il en possédait l'art au plus haut degré, joint à
beaucoup d'esprit, surtout chaque fois qu'il s'agissait de son
ambition et de sauvegarder son pouvoir, dont il était d'autant
plus jaloux, qu'il avait eu moins sujet d'y compter.
L'adulation enfin, lui fit dépenser des sommes fabuleuses
en érections de temples dédiés à Auguste, devenu César (non
en Judée, car les Juifs, avec leur croyance religieuse, ne l'eus-
(1): Ville à l'entrée .du golfe d'Ambracie, célèbre par la bataille na-
vale dans laquelle Octave-Auguste, aussi triumvir, défit Marc-An-
toine le 2 septembre de l'an 31 avant Jésus-Christ, et qui mit fin à la
république romaine. Marc-Antoine et la Reine d'Egypte Cléopâtre, as-
sociée à son infortune, mirent fin alors, à leurs jours, dans Alexandrie,
pour éviter de tomber vifs aux mains du vainqueur.
— 14 —
sent jamais souffert, mais dans les lieux circonvoisins), de;
même qu'en constructions de villes, en son honneur, telle
Césarée (l'ancienne Sébaste), avec ses rues larges et spacieu-
ses, son amphithéâtre et son port remarquables.
Il consacra pareillement des sommes considérables aux jeux
qu'il institua à l'intention d'Auguste, dont il cultivait par là
l'amitié précieuse.
Ce fut également, bien plus dans un esprit de magnificence
que de piété, qu'il exhaussa d'une manière notable et orna bril-
lamment le temple de Jérusalem, rebâti au retour de la capti-
vité de Babylone, mais dans des. proportions beaucoup moins
vastes et sur un plan beaucoup moins historié que le premier;
ce qui faisait verser des larmes aux vieillards assistant à cette
reconstruction, sur l'état comparatif du nouvel édifice avec
l'ancien qu'ils avaient vu ; disant, hélas! quelle différence!...
Combien le temple détruit était infiniment plus beau! Ils ne
savaient pas, comme le leur prédisait le prophète Aggée, que
la gloire du dernier devait un. jour dépasser celle du précédent,
à cause de- l'insigne honneur d'être visité par le Christ, dans
l'attente duquel vivait la nation entière, tel qu'il le fut environ
S00 ans plus lard (1).
(1) Prophétie d'Aggée, chap. 2.
Verset 7. — « Car voici ce que dit le Seigneur des armées : ehcore
vn peu de temps, et j'ébranlerai le ciel et la terre, la mer et tout
l'univers.
« J'ébranlerai tous les peuples, et le désiré de toutes les nations
viendra, et je remplirai de gloire cette maison, dit le Seigneur des ar-
mées. ' ' ■ •
Verset 10. — « La gloire de cette dernière maison sera encore plus
grand", que celle de la première, dit le Seigneur des armées, et je don-
nerai la paix en ce lieu, dit le Seigneur des armées. »
On lit ce passage dans la Biographie universelle, éditée chez .Mi-
chaut frères, à Paris, en 1811 :
c La prophétie d'Aggée date de 516 ans avant Jésus-Christ, 16 ans
s'étaient écoulés depuis le retour de la captivité de Babylone, sans
que les Juifs eussent fait les moindres efforts pour reprendre la cons-
truction du temple de Jérusalem, que la jalousie de leurs voisins les
— 13 —
Ces charges multiples et extraordinaires avaient souvent
obéré les finances de l'état, au point que le roi Hérode, pour y
remédier, avait lourdement pesé sur ses sujets, par de forts im-
pôts, toujours croissants : de là une grande misère dans ses
états, à laquelle s'ajouta le fléau de la désolante et rigoureuse
famine qui vint les ravager. ' .
Au milieu de ces calamités publiques, Hérode fut d'un dé-
vouement admirable et inattendu de la part d'un être aussi
profondément cruel qu'ombrageux, quand il soupçonnait quel-
qu'alteinte à porter à son autorité absolue. Ses propres trésors
furent ouverts alors et épuisés en achats de masses de blés
venus d'Egypte , qu'il distribua avec un ordre parfait aux
malheureux. Il soulagea de la sorte leur détresse excessivej
ce qui lui valut pour un temps, quelques sympathies de
leur part.
Sa conduite, sous les divers rapports qu'on vient simplement
d'effleurer, (pour ne pas sortir, par plus de détails, du seul
sujet qu'on veuille traiter ici), son faste et ses talents militai-
res, le firent surnommer le Grand, mais il n'en resta pas moins
l'objet de la réprobation universelle, par les actes sanguinaires
de toute sa vie, auxquels nous arrivons.
avaipfet contraints de suspendre^ lorsqu'Aggée vint leur reprocher
leur négligence pour un si saint ouvrage, tandis qu'ils se bâtissaient
des maisons commodes et agréables. Ce reproche, accompagné de
menaces et de promesses, eut tout l'effet qu'on pouvait en attendre.
Cependant la médiocrité du nouvel édifice, arrachant des larmes à
ceux qui avaient vu la magnificence du temple bâti par Salomon, com-
mençait à les décourager, lorsqu'Aggée, pour les rassurer, leur an-
nonça que la gloire de cette dernière maison serait plus grande que
celle de la première, parce que c'était dans son enceinte que devait
se montrer le Désiré des nations, pour y accomplir les promesses
faites à leurs pères. Le nom de ce prophète signifie gai, joyeux, homme
de fête, ce qui fait allusion aux deux événements favorables qui
étaient l'objet de sa mission, celui de la construction du temple et ce-
lui de la venue du Messie. »
— 16 —
Série des nombreux meurtres imputables au
roi Hérode, et des noms des victimes.
I.
Diveis et principaux partisans de l'ex-roi ANTIGONE.
Quand Hérode se vit maître de la Judée, il montra la plus
vive reconnaissance envers ceux qui lui avaient témoigné de
l'affection et avaient pris ses intérêts, lorsqu'il n'était que sim-
ple particulier. Mais il déploya, en même temps, une rigueur
extrême à l'égard des anciens partisans de l'ex-roi. Il prit aux
plus riches d'entr'eux tout ce qu'ils avaient en meubles pré-
cieux, en or et en argent, dont il lira une valeur considérable,
et s'en servit pour offrir à Marc-Antoine et à ses amis les plus
affectionnés, de grands présents.
II ne se passait point de jour, qu'il n'en fit mourir quelques-
autres. Quarante-cinq des principaux subirent le dernier sup-
plice, sans formes de procès, et pour mieux s'assurer de l'exé-
cution de ses ordres, il avait préposé des gardes aux portes de
la capitale, dans le principal palais de laquelle il résidait, char-
gés de compter les cercueils, et d'en visiter l'intérieur pour
constater l'identité des condamnés (1).
II.
Le jeune ÂRISTOBULE, beau-frère de Hérode.
Attiré par les charmes de Mariamne, d'une beauté ravis
santé, et supposant qu'en la plaçant avec lui sur le trône, i
(1) Voir Antiquités judaïques par Flavius-Joseph, livre 15e, cha
pitre 1er, « historien célèbre (porte la biographie universelle déj'
— 17 —
l'affermirait dans sa maison, le roi Hérode la demanda et l'ob-
tint en mariage.
Elle était fille de Ahoeandra, ayant eu pour père Hircan II,
dont il vient d'être parlé, et sera encore question ; de plus,
veuve d'Alexandre fils d'Aristobule II, précédent roi de la
dynastie Asmonéenne.
Marianne fort jeune, avait un frère âgé de 17 ans, issu du
même mariage, appelé Aristobule, du nom de son aïeul, l'idole
de sa mère et de sa soeur, et vraiment remarquable, comme
celle-ci, par les traits du visage, sa haute stature et l'élégance
des formes de toute sa personne.
Le peuple toujours attaché à la famille de ses anciens maî-
tres, l'aimait passionnément.
Or, il arriva, que Hérode trouvant de sa politique de mettre
la charge religieuse et éminente de grand sacrificateur vacante
par l'infirmité accidentelle de Hircan II, ainsi qu'on l'a vu plus
haut (sans amoindrir, bien entendu, son pouvoir temporel, dont
il était si jaloux), dans les mains d'un de ses partisans, d'ailleurs
de condition infime, piulôt que d'un personnage d'un rang
élevé, fil venir des bords de l'Euphrale, Ananel, son ami, de
race sacerdotale, mais d'une famille obscure et déchue (de
ces Juifs, qui, lors de la captivité de Babylone, étaient restés
en grand nombre dansle pays.environnant, après le retour de
leur nation, à Jérusalem), et lui confia cette souveraine magis-
trature.
citée), né à Jérusalem l'an 37 de Jésus-Christ, d'une famille sacerdo-
tale de la race Royale des Asmonéens. L'élégance de son style la fait
nommer le Tite-Live des Grecs. Un grand nombre de critiques an-
ciens et modernes louent son amour pour la vérité. Flavius-Joseph
portait le prénom de Flavius, qui était celui de l'empereur Vespasien,
en reconnaissance de ses bontés et de l'amitié dont il en était comblé,
ainsi que de Titus son fils. Ces souverains, dans le palais desquels il
avait été reçu comme leur hôte après avoir été le prisonnier du père,
appréciaient les talents guerriers et littéraires et le caractère de cet
homme distingué. » .,....,:.-. ■: ' >
— 18 —
Aleoeandra et Mariamne ressentirent le plus vif déplaisir de la
préférence accordée à ce candidat, au mépris des droits de
naissance d'Aristobule, leur fils et frère.
Le peuple vit aussi avec peine, qu'elle eut eu lieu en faveur
d'un individu qu'il considérait, comme un étranger.
Hérode en butte aux reproches des siens, aux vives et pres-
sentes sollicitations dé sa belle-mère et de sa femme, même de
la reine Cléopâtre (à laquelle Aleoeandra avait écrit par l'entre-
mise d'un musicien, et qui avait usé de son crédit auprès de
Marc-Antoine pour qu'il recommandât Aristobule dans la cir-
constance, ce qui avait eu lieu) ; eu égard au mécontentement
public enfin, céda, non sans peine., mais avec l'arrière pensée
de s'en venger, car les nombreux témoignages d'intérêt et d'af-
fection donnés alors, avec éclat, à son beau-frère, lui fai-
saient craindre qu'on ne travaillât sourdement à la perte de sa
propre autorité, afin de le supplanter, par lui.
Joignant donc la dissimulation au calcul, il feignit, en der-
nier lieu, de s'exécuter de bonne grâce, et sembla vouloir
racheter, par un redoublement de prévenances et de faveurs,
envers ses parents, ce que d'abord, sa résolution et sa résis-
tance ensuite, pendant quelques jours, avaient eu de rigoureux
ou de désobligeant.
En conséquence, Aristobule fut substitué à Ananel, à la satis-
faction générale.
La reconciliation de famille si peu sjncère de la part de Hé-
rode, fut de courte durée, même extérieurement : il s'éloign
bientôt insensiblement, puis ouvertement, de sa belle-mère
n'allant plus, comme tout d'abord, au-devant de ce qui lui étai
agréable, la consignant en quelque sorte dans son palais, et I
faisant surveiller avec soin, dans la persuasion où il était
qu'elle ne manquerait pas l'occasion de remuer et de suscite
des troubles, s'il lui était possible.
■a- 19 —
Aleoeandra naturellement fiere, comme parfois les personnes
de son sexe et toujours celles d'un si haut rang, supportait im-
patiemment le joug d'un tel espionnage, d'une semblable espèce
de réclusion.
Elle en écrivit à Cléopâtre, pour se plaindre et invoquer sa
protection, envers elle-même et son fils.
La reine lui répondit dans le% termes les plus affectueux, en-
gageant l'un et l'autre à venir à sa cour, où elle se proposait de
leur être plus efficacement utile, par l'appui de Marc-Antoine,
qui y avait établi sa demeure.
« Aleoeandra approuva fort ce conseil, et commanda pour
l'exécuter, à deux de ses serviteurs les plus considérés, de :
faire confectionner deux coffres en forme de bières, dans l'un
desquels on l'enfermerait, et son fils dans l'autre, pour les. em-
porter la nuit, dans un vaisseau qui était tout préparé pour
. passer en Egypte » (1).
Le secret fut mal gardé par un de ces agents subalternes,
quoique fort attachés l'un et l'autre à leur maîtresse. Il s'en
ouvrit imprudemment à une personne qu'il croyait savoir la
chose, parce qu'elle passait pour être très-dévouée à la belle-
mère de Hérode et ennemie de ce dernier : mais le confident,
ravi de la communication, et y trouvant une occasion des plus
favorables pour gagner l'affection du roi, lui découvrit aussitôt
le dessein conçu et sur le point d'être réalisé.
Ce prince, non moins adroit que vindicatif, laissa la mère et
le fils se mettre en devoir de l'exécuter, et ne les fit arrêter, que
lorsqu'on les emportait dans les boîtes apparemment funèbres,
où ils s'étaient cachés.
Quelle ne fut pas leur surprise et leur confusion, à l'ouver-
ture qu'il en ordonna en sa présence !...
(1) Voir Flavius-Joseph, déjà cité, même ouvrage, livre 15, cha-
pitre 3.
—- 20 —•
Hérode eut pu les accabler de reproches mérités et sévir
contre eux, il n'en fit rien et dissimula au contraire son indigna-
tion contenue, craignant le ressentiment de Cléopâtre s'il leur
faisait quelque mal. Il se montra même généreux et clément, au
point de leur pardonner et de n'user que de douces paroles,
les excusant et les encourageant à oublier, ce qu'il qualifiait de
simple extravagance. »
Il avait cependant résolu, en lui même, de perdre à tout prix
Aristobule, et pour en mieux exécuter le projet, d'en différer
quelque temps l'accomplissement. .
Une circonstance accidentelle accéléra sa ruine, en détermi-
nant Hérode à le sacrifier sans retard.
On devait célébrer bientôt la fête des tabernacles, la plus
solennelle de toutes, chez les Juifs.
Aristobule y présida comme grand sacrificateur, en habits
pontificaux.
J Chacun alors, d'admirer avec enthousiasme la magnificence
de sa tenue, sa stature aussi noble qu'élevée, l'élégance de ses
manières, la beauté et les grâces de sa personne.
Il semblait qu'il rappelât Aristobule If, son aïeul paternel, si
chéri du peuple.
Hérode ne put voir cette ovation touchante, sans un retlou
blemenl de secrète jalousie, et de ce moment, décida de u
plus différer l'exécution de l'odieux projet qu'il avait conçu, d
s'en débarrasser.
A quelques jours delà, il se rend à la résidence royale
Jéricho, où Aleoeandra, sa belle-mère, l'avait invité d'un fesli
qui devait être suivi d'exercices récréatifs.
Son abord ne trahit rien de ses projets homicides.
Jamais il ne s'était montré, en apparence, plus libre d'espr
plus bienveillant envers les siens.
-21 —
Après le repas, les jeunes gens se retirent dans les jardins,
près des viviers, et s'y livrent à des jeux de gymnastique de
leur âge.
Hérode les suit, et paraît goûter un vif plaisir à ce spectacle.
La chaleur, ce jour-là, était extrême. Plusieurs des compa-
gnons d'Arislobule se mettent au bain et s'exercent à nager.
Hérode l'engage à faire de même.
L'exemple, et sa propre inclination, portent facilement le
prince à imiter ses camarades.
Des affidés initiés au complot, lui conseillent de plonger. La
profondeur du volume d'eau était grande ; il répèle la manoeu-
vre, aidé par eux, mais on apprend en peu de temps qu'il s'est
noyé.
Le crime ne pouvait qu'être soupçonné, tant il avait été
bien couvert. Personne ne douta de son existence.
On fut consterné, on se tut, il eût été périlleux de se porter
accusateur.
Aleoeandra et Mariamne, mère et soeur de la victime, tombè-
rent dans une inexprimable désolation, à la vue du cadavre,
immédiatement retiré des étangs.
Elles poussaient des cris plaintifs et ne pouvaient se lasser-
de couvrir de pleurs et de baisers ce corps inanimé.
La foule s'associait à leur douleur, à leurs larmes.
Hérode, par un raffinement indicible d'hypocrisie, en versait.
aussi, qu'on eût pu croire sincères, tant il savait se composer et
jouer son rôle, mais qui n'imposèrent néanmoins à personue.
Non content de ces marques extérieures, d'une apparente
affliction de circonstance, il fit faire, pour essayer de mieux
tromper, de pompeuses funérailles au défunt et brûler sur son
tombeau une grande quantité de parfums d'un prix considé-*
rable.
Ainsi finit, à 18 ans, le malheureux Aristobule, au milieu de
— 22 —
fêtes subitement changées en un deuil générai, des suites d'un
crime affreux et prémédité.
Un peu plus tard, Hérode fit revenir Ananel et lui rendit la
grande sacrificature.
m.
JOSEPH, mari de la soeur de Hérode.
Aleoeandra au désespoir de la mort de son jeune fils sub-
mergé par les ordres et les artifices de Hérode, son propre
gendre, contenait prudemment sa douleur, afin de ne pas
s'exposer à un semblable sort, et ne respirait que vengeance.
Pour essayer de l'assouvir, elle écrivit en termes pressants,
à Cléopâtre, dont elle avait précédemment reçu des marques
non équivoques de vive sympathie, et qu'elle savait régner en
souveraine, comme on l'a déjà observé, sur l'esprit et le coeur
de MaroAntoine.
Partageant l'indignation et la peine d'une mère si justement
ulcérée, la reine, pour lui subvenir, n'épargna rien auprès de
son amant.
Elle représenta au terrible triumvir l'horreur d'un si grand
crime, et l'odieux qui en rejaillirait sur lui-même, si pouvant
le punir, il y restait indifférent.
Ses sollicitations pressantes, et ses efforts eurent d'abord
un plein effet.
.Marc-Antoine prévenu défavorablement contre Hérode, lui
écrivit sur le Champ, pour lui donner avis qu'il se transpor-
tait à Laodicée, afin de l'entendre dans ses explications sur
cette affaire et qu'il eut à s"y rendre promptement.
, Hérode eut voulu s'en abstenir, mais le moyen de ne pas
— 23 —
obéir à un général tout puissant, qui l'avait fait roi, et auquel il
lui était impossible de résister !
Il prend donc bravement le parti de l'aller trouver sans
retard.
Craignant beaucoup de ne point en revenir, il arrête diver-
ses dispositions, pour ce cas.
Notamment, il charge Joseph mari de Salomé, sa soeur, de
veiller auprès de Mariamne, d'une grande beauté, qu'il pré-
férait singulièrement à ses autres femmes et dont il était éper-
dûment épris (1).
Il ajoute très-confidentiellement à cette mission particulière
et toute de confiance, l'ordre exprès, confirmé par une pro-
messe solennelle, de la mettre à mort aussitôt la nouvelle de la
sienne, s'il devait succomber dans son lointain voyage, ne
voulant pas, dans sa jalousie frénétique , qu'elle put jamais
passer dans les bras d'un autre.
Puis, il part, et rejoint enfin au rendez-vous, Marc-Antoine.
La première entrevue fut plus que froide et presque découra-
geante, mais à force de protestations d'innocence, d'intérêt et
d'affection, aidant les très-riches dons dont il s'était fait précé-
der, Hérode parvient à le désarmer.
Marc-Antoine lui rend son; amitié, et ne voulant plus rien
entendre des accusations dont il avait été l'objet, répond à
Cléopâtre, qu'au reste il ne convenait point de s'ingérer dans
les actes d'administration d'un roi dans ses états, par cela seul
qu'il en était le souverain absolu, ce qui autrement ne serait
pas.
Cependant les bruits les plus sinistres circulaient dans Jéru-
salem sur le compte de Hérode.
Joseph alliant autant que possible, les convenances au de-
(1) Il en épousa neuf, ce que ne défendait pas la loi jtfdaïque.
_ u —
voir, dans l'exercice de ses délicates fonctions, s'efforçait, en
veillant sur Aleoeandra et Mariamne qui parlaient déjà de fuir,
de les dissuader, tant sous ce rapport, que quant aux mauvai-
ses nouvelles répandues.
Il les visitait souvent, et combattait leurs préventions, cher-
chait même à persuader à Mariamne que son mari avait pour
elle une extrême tendresse.
Un jour, pour l'en convaincre, il eut l'imprudence, dans un
moment d'abandon, de lui confier son secret, et l'ordre ci-
dessus rapporté que lui avait donné son mari.
La communication produisit l'effet inverse.
Aleoeandra et Mariamne se récrièrent bien haut et furent scan-
dalisées de la manifestation de pareils sentiments.
Bientôt d'autres bruits prévalent, on annonce le succès ines-
péré de la mission de Hérode, et son prochain retour.
Peu après, il rentre dans sa capitale et son palais, et vole
auprès de sa chère Mariamne.
Elle l'accueille avec froideur, il s'en étonne, lui raconte en
grands détails les circonstances de son expédition , sa féli-
cité, surtout de se retrouver auprès d'elle, qu'il affectionne
tant. Ces paroles, accompagnées des plus vives démonstra-
tions d'amitié et de joie, subjuguant enfin la froidp Mariamne,
qui se rappelle la réciprocité d'amour qu'elle avait eue pour lui
dans les commencements de leur assez récente union. Une ré-
conciliation franche et sincère s'en suit ; Hérode est au comble
du bonheur. Dans un instant d'épanchement et de mutuelle
confiance, Mariamne se surprend à dire, que pourtant s'il l'eût,
tant aimée, il n'eût pas dû donner, à Joseph, Tordre qu'elle ré-
pète. Cette parole frappe Hérode comme un coup de foudre ;
elle est pour lui un trait de lumière ; il y voit la preuve que son
beau-frère l'a trahi, ne pouvant autrement s'expliquer la vio-
lation .d'un tel secret, que par la familiarité de rapports intimes
25 —
et criminels. Puis, fou de jalousie, il pleure, se désole, s'em-
porte jusqu'à la fureur, s'arrache les cheveux, ne veut rien
écouter et donne aussitôt l'ordre de faire mourir Joseph, quoi-
qu'innocent, ce qui esta l'instant exécuté.
IV.
âlRCAN II, ex-grand sacrificateur, aïeul maternel de Hariamne,
femme de Hérode, et bienfaiteur de celui-ci.
La destinée de Hircan II ne fut qu'une longue suite de tristes
vicissitudes, qu'acheva, à un âge fort avancé, une mort violente.
Il avait été promu- aux fonctions de grand sacrificateur par
Alexandra sa mère, sous le règne de Celle-ci, et les avait exer-
cées pendant neuf ans; lui avait succédé au trône; en avait
été chassé au bout de trois mois par Aristobule II, son frère 5
Pompée l'y avait rétabli, et il en avait joui, cette fois, paisible-
ment pendant quarante ans ; Antigone son neveuy fils d'Aristo-
bule II, l'en avait à son tour expulsé, même l'avait traité d'une
manière outrageuse par la mutilation dont on a parlé, pour le
priver à tout jamais de l'a grande sacrificaturej et en le décon-
sidérant ainsi, aux yeux du peuple, rendre plus difficile son
retour à la royautés Enfin, dans leurs démêlés, il était tombé au
pouvoir des généraux du roi des Parlhes (I), qui le lui avaient
livré, à Babylone, capitale de ses états.
Ce monarque, en considération de la noblesse de la race de
Hircan II, lui avait fait enlever ses fers, et l'avait accueilli avec
des égards particuliers et beaucoup de bonté.
Près de lui, celui-ci vivait tranquille ettrès-considéré, non-seu*
lement des Juifs, ses anciens sujets habitant cette grande ville,
(1) Phraate. •
— 26 —
où ils étaient restés en grand nombre au retour du corps de la
nation à Jérusalem, après les 70 ans de captivité, mais encore
de leurs autres compatriotes résidant aussi en quantité considé-
rable au-delà du fleuve de TEuphrate, baignant Babylone et ses
vastes plaines voisines.
Tous le révéraient comme leur souverain, et leur grand sacri-
ficateur, malgré l'incapacité physique, fruit de la violence, dont
il était atteint.
A la nouvelle de la fortune de Hérode, Hircan II conçut un
vif désir de retourner dans sa patrie, et de l'aller trouver, ne
doutant pas, qu'il en dût être favorablement accueilli, en sou-
venir de ses anciens bons offices envers Antipater son père, et
lui-même.
Antipater avait été pendant tout le temps que Hircan II occu-
pait le trône, son ministre absolu, aux conseils et aux volontés
duquel ce faible souverain s'était aveuglement abandonné.
Dans une circonstance critique, il avait sauvé la vie à Hérode,
appelé en jugement, et absous, grâce à sa royale interces-
sion.
Tous ces motifs lui inspiraient une pleine confiance en lui, et
l'excitaient à tenter les effets de sa gratitude.
D'ailleurs l'exil lui était insupportable.
Ses confidents et amis intimes qu'il avait consultés à cet
égard, étaient loin de partager le même avis.
Ils lui observaient, que la reconnaissance est rare en gé
néral, surtout chez ceux que la fortune élève d'une situatio
infime et obscure au rang suprême; qu'il n'y avait point à s
fier à Hérode, auquel sa présence, comme seul membre restan
de la précédente dynastie, pouvait porter ombrage ; qu'il n
serait que peu considéré à sa cour, surtout avec l'infirmité ac
cidéntelle qu'il avait éprouvée et qui l'amoindrirait extrême
ment dans l'opinion publique ; tandis qu'à Babylone il était e
— 27 —
sécurité parfaite, honoré de tous les Juifs sous le double rapport
de sa dignité de roi et de pontife.
Au milieu de ces représentations, Hircan II hésitait. Mais
des lettres pressantes de Hérode, un ambassadeur même par
lui envoyé au roi des Parthes, avec de magnifiques présents,
pour le réclamer, le déterminèrent à suivre son premier senti-
ment.
Il partit donc, et revint en grande pompe à Jérusalem, les
Juifs de Babylone et des pays limitrophes ayant pourvu, par
une large contribution volontaire, aux frais de son voyage.
A son arrivée, Hérode le reçut avec toutes les démons-
trations d'une grande joie qu'il éprouvait en effet, non
comme il le disait, et comme on eût pu le supposer, à cause du
plaisir de le revoir, mais parce qu'il obtenait le but de ses dé-
sirs, c'est-à-dire l'avantage de l'avoir en sa possession, et la
tranquillité désormais, quelque chose qui arrivât, de ne pas
avoir à craindre un opposant, ou concurrent.
Afin de mieux dissimuler encore, Hérode redoublait de soins
et de prévenances auprès, on peut dire, de son prisonnier, et
de la victime qu'il couvrait de fleurs pour mieux cacher le des-
sein formé en lui-même de l'immoler, à la première occasion,
où l'intérêt de son ambition le lui conseillerait.
Ainsi, il lui faisait toujours rendre les mêmes honneurs qu'à
lui, le comblait d'égards, et ne manquait jamais de lui céder le
pas, dans les fêtes et cérémonies publiques..
Hircan II, avec son naturel excellent et confiant, s'y laissa
prendre.
Près d'Alexandra sa fille, de Mariamne sa petite-fille, femme
de Hérode, il goûtait le calme, le repos, et les douceurs de la
famille, affranchi des terribles agitations qui l'avaient balotté
si longtemps.
Le réveil n'en devait être que plus douloureux.
"W
— 28 —
Or, bientôt tout changea d'aspect pour lui, et il se vit frappé
à l'improviste d'une manière fatale.
Marc-Antoine venait d'être défait à la journée d'Aclium (1),
par Octave-Auguste, la 31me année avant Jésus-Christ et la
dernière de la république Romaine.
A cette nouvelle, Hérode se croit perdu, lui qui s'était dé*-
voué sans réserve au vaincu, alors que tout puissant, celui-ci
l'avait assis sur le trône et depuis n'avait cessé de le couvrir de
sa protection.
Comment espérer que le vainqueur l'épargnerait, et s'abs-
tiendrait de le punir de sa fidélité, envers un ennemi abattu?
Amis et adversaires de Hérode ne doutaient pas plus que lui
de sa chute, les uns l'envisageant avec peine, les autres avec
joie, au gré de leurs sympathies ou de leurs ressentiments.
Hérode troublé, ne désespéra cependant point de la fortune,
et voulut tenter, épuiser même, les quelques chances qu'il pou-
vait avoir d'appaiser l'irritation du vainqueur.
Sa résolution fut aussitôt prise de l'aller trouver en suppliant,
les mains pleines de dons précieux, pour essayer de le fléchir,
sinon de le séduire de toutes façons.
Il comptait aussi sur sa rare facilité à s'exprimer et la grande
habitude qu'il avait contractée de représenter d'une manière
digne et solennelle, ou humble et soumise, selon l'opportunité
des circonstances.
Mais avant son départ, il voulut se débarrasser de Hircan II,
pour ne pas être exposé à ce que l'ancien parti de la dynastie
Asmonéenne, dont celui-ci était Je seul rameau subsistant,
tentât de le faire remonter sur le trône, au cas où Hérode
échouerait dans sa démarche auprès d'Auguste ; ou à ce que
(1) Capitale de l'Acarnanie, à l'entrée du golfe d'Ambracie, ville
célèbre par cette victoire navale qu'Octave y remporta sur Antoine,
le 2 septembre de ladite année. "
— 29 —
le même Hircan II, en cas que Hérode vint à décéder, prit sa
place, idée pour lui insupportable.
Dans ces conjonctures, il donna donc ordre de le faire mou-
rir ; ce qui eut lieu de suite.
Telle fut la récompense et-la reconnaissance de Hérode en-
vers ce vieillard octogénaire, à l'égard duquel il se rendit cou-
pable, en abrégeant de quelques jours son existence si près de
sa fin, de la plus noire ingratitude.
Heureux au-delà de ses mérites, et contre ses espérances, il
obtint d'Auguste l'amnistie du passé, conquit pour l'avenir ses
bonnes grâces et son amitié, qu'il sut cultiver par la suite avec
le plus grand succès, et dont il jouit constamment pendant le
reste de sa vie, sur le même trône un moment chancelant, mais
désormais raffermi plus que jamais sur sa base.
V.
MARIAMNE femme du roi Hérode.
Hérode, de son mariage avec cette princesse accomplie et
beaucoup au-dessus de toutes les femmes de son siècle, par l'il-
lustraliou de sa naissance, son incomparable beauté, sa chas-
teté, sa vertu, son esprit et son éducation, avait eu deux en-
fants, alors encore jeunes, Aleoeandre et Aristobule.
Ce titre vénérable de mère de famille, joint aux autres excel-
lentes qualités qu'elle possédait, ne put la sauvegarder.
L'amour prodigieux de Hérode pour elle, qu'il portait plus
loin que jamais mari, envers une légitime épouse, même amant,
dans les transports de la plus ardente passion, envers une maî-
tresse, loin de la sauver, hâta sa perte dans les circonstances
que voici :
Partant pour aller trouver Auguste et tâcher d'obtenir grâce
devant lui, il avait confié la conduite des affaires à Phéroras
— 30 —
son frère, et a Salomé leur soeur, recommandant à l'un et à
l'autre Cypros leur mère, et. autres parents, tous renfermés,
pour causé dé sûreté, dans la forteresse inexpugnable de Mas-
sada, ayant donné pouvoir aux premiers de prendre le gou-
vernement du royaume, s'il lui arrivait mal.
Pour Alexandra et Mariamne, sous prétexte de leur rendre
honneur, il les confina dans le château non moins sûr d'Aleoean-
drion, sous la garde de Soeme Hétéen, de ses amis dévoués et
en qui, depuis son élévation, il avait placé toute sa confiance.
La vérité est, qu'il craignait que Alexandra sa belle-mère ne
remuât, pendant son absence. En outre, l'extrême antipathie
qu'elle et Mariamne avaient contre ses proches, Cypros et Salomé,
notamment, qu'elles avaient souvent blessées en leur rappelant
l'obscurité de leur origine, lui faisait juger à propos de les
séparer ainsi, pour mutuelle et insurmontable incompatibilité
d'humeurs.
Ordre avait été secrètement donné de sa part, celte seconde
fois, à Soeme, comme la première fois, à Joseph, quand il était
allé trouver Antoine, de les sacrifier, à la nouvelle de l'in-
succès de son voyage ou de sa mort.
L'issue de celte périlleuse entreprise fui plus favorable qu'il
n'avait osé l'espérer.
Auguste touché de ses protestations de dévouement à son
service, et d'une inaltérable fidélité pareille à celle qu'il avait
gardée à Marc-Antoine; d'ailleurs, ébloui par l'or qu'il lui offrit
en telle abondance qu'il épuisa les trésors de son royaume,
bien au-delà de ses moyens ; l'admit dans son amitié, et fit con-
firmer la couronne sur sa tête, par un décret du sénat romain.
Hérode plein de joie de ce côté, rentra donc dans ses états.
Mais, les agitations dans son palais et dans sa famille, dont
il avait été déjà si fort en peine, vinrent de nouveau l'assiéger,,
etaboutirent après certain temps, à la plus effrayante catastrophe.
— 31 —
Se jetant daDs les bras de Mariamne, au-devant de laquelle
il était accouru, et lui jurant qu'il n'avait jamais éprouvé plus de
bonheur qu'à la revoir, celle-ci le reçut avec indifférence, et
un abord glacé, excitée en cela par sa mère ; puis ulcérée de la
sorte de captivité qu'on leur avait fait subir, quoique déguisée
sous une apparente sollicitude; enfin, de la confidence, qu'à
force de prévenances et d'adresse, elle avait arrachée à Soemé,
touchant l'ordre homicide qui tenait si fort au coeur de cette
princesse.
Hérode combattu entre son amour porté presque jusqu'à la
folie et la fureur que lui inspiraient intérieurement ces dédains;
ne gardant plus de mesure dans ses démonstrations de ten-r
dresse, de vengeapce ou de haine, passait de l'une à l'autre
émotion, avec la rapidité de l'éclair.
Sa mère et sa soeur épiaient ses démarches et ne laissaient
échapper aucune occasion favorable de l'indisposer contre
Alexandra et Mariamne et d'allumer son ressentiment envers
elles.
Il leur permettait d'en parler mal devant lui, autant qu'elles
voulaient, et néanmoins ne pouvait se déterminer à prendre le
parti désespéré, qu'une circonstance ultérieure et prochaine lui
fit fatalement adopter.
Un jour, emporté par le souvenir de son ancienne amitié pour
Mariamne et emflammé du feu de son amour pour elle, il l'in-
vite à s'asseoir à ses côtés et à le traiter avec bienveillance; mais
elle s'y refuse et non-seulement laisse percer que sa présence lui
est insupportable, mais va même jusqu'à lui reprocher la mort
de Aristobule son frère et de Hircan son aïeul. A ces mots, Hérode
ne se contient plus et ressentant une indignation d'autant plus
vive, que la cause en était plus réelle, s'emporte jusqu'à lever
le bras, menaçant la reine de la frapper.
Aux aguets pour exploiter leurs moindres sujets de brouille,
— 32 —
la mère et la soeur de Hérode saisissent avec empressement ce
dernier, et précipitent le dénouement, en suscitant un affidé
qui vient accuser Mariamne de lui avoir proposé d'empoisonner
le roi.
A cette nouvelle, Hérode hors de lui, fait mettre à la ques-
tion un eunuque au service de sa femme , lequel nie au mi-
lieu des tortures ce qu'on veut lui faire dire contre elle, mais
laisse échapper qu'elle avait su de Soeme l'ordre d'assassinat
qu'il avait reçu.
Alors, Hérode s'emporte, devient furieux, et ne doute plus
que la confidence n'ait été le prix de l'abandon, par la reine;
de sa personne, à ce surveillant mis auprès d'elle, comme il en
avait soupçonné Joseph. Le même sort lui est réservé qu'à
celui-ci. Hérode donne l'ordre, aussitôt accompli, de le mettre
à mort.
Pour Mariamne, il feint de vouloir apporter quelque semblant
de justice dans la manière de la traiter.
Un conseil de famille et d'amis est convoqué pour prononcer
Sur son sort.
Il le préside avec une partialité trop visible, et s'y porte
accusateur avec une animation telle, qu'elle ne laisse aucun
doute sur ses intentions malveillantes et sinistres; l'assemblée,
dès lors, avec obéissance, la condamne tout d'une voix.
La mort s'en suit, sans qu'à ses approches, la malheureuse
reine laisse échapper la moindre parole de faiblesse et de dé-
couragement. Elle se résigne héroïquement, fatiguée d'ailleurs
d'une existence dont elle supportait difficilement, depuis long-
temps, le poids des ennuis et des tribulations.
Alexandra sa mère, par la plus grande des lâchetés, si elle
ne dissimulait pas (comme on crut par la suite, qu'elle l'avait
fait, voulant apparemment sauver sa propre vie), ne rougit pas
— 33 —
de joindre ses reproches à ceux de Hérode, contre sa fille, et
d'ajouter ce dernier trait déchirant, à ceux qui viennent percer
son âme dans ce moment suprême.
Mariamne avec noblesse; fierté même, n'y répond que par un
éloquent silence, et couronne ainsi dignement sa vie par un
acte sublime.
Un cri d'horreur se fait entendre de toutes parts*, le deuil esi
général ; quoi ! le monstre a immolé sans pitié sa femme inno-
cente, la mère de leurs deux jeunes enfants ! !
Elle n'a pas plutôt cessé de vivre, que l'amour de Hérode,
pour elle, se réveille avec plus de violence encore.
Il exhale sa douleur et ses regrets, fond en larmes, appelle
Mariamne en tous lieux, exige de ses serviteurs qu'ils fassent
de même comme si elle eût été encore existante, refuse de
prendre de la nourriture pendant plusieurs jours, perd tout
repos, tout sommeil, tombe gravement malade, et assez long-
temps laisse de sérieuses inquiétudes aux médecins, à sa fa-
mille et à ses amis.
La violence du mal qui le consume* et l'invasion, sur ces
entrefaites, d'une peste dans le royaume, sont universellement
considérées comme un juste et céleste châtiment d*un si grand
crime.
. VI;
ALEXANDRA belle-mère dé Hérode.
Cette princesse dévorait en secret là hâiné profonde dont
elle était ariiiùéë contre le roi son gèndrèi .-. ■ : ■•■>
Si un instant elle avait paru se ranger de son parti, contré
Mariamne sa propre fille, épouse dé celui-ci, comme oh: vient
dé le dire, il n'y avait eu alors de sa part -qu'une' féihtôdissitnu*
lation dictée, moins encore par la crainte: dfesùbh 4 lé même SÛ|M
— 34 — -,....,•
plice, que par l'arrière pensée de la vengeance, et du salut des
deux jeunes enfants issus de leur mariage, ses petits-fils, dans
l'intérêt desquels principalement elle avait voulu se conserver.
Personne n'osait croire qu'elle se fut sincèrement élevée con-
tre son sang, contre une fille chérie, tant aimée jusque-là de sa
part, et si digne de l'être. La nature n'avait pu se démentir tout
à coup, et abdiquer à ce point.
L'événement prouva bientôt la vérité de ces appréciations.
Informée du danger couru par Hérode, pour sa vie, Aleoeandra
considérant la circonstance comme très-favorable à reconquérir
l'autorité royale dans sa famille, au profit des descendants de
sa race, issus de celui-ci et de Mariamne et à la soustraire
elle-même à la tyrannie insupportable qui l'écrasait, s'agita
aussitôt, dans ce double but.
Elle fit donc tous ses efforts pour s'emparer des deux forte-
resses se trouvant, l'une dans Jérusalem, et l'autre près du
temple, commandant ensemble à la ville et à tout le pays, non-
seulement par la solidité à toute épreuve de leurs remparts,
mais encore, la dernière, surtout, parce qu'elle rendait maître
3e cet édifice sacré dans lequel seul il était permis aux Juifs
d'offrir des sacrifices à Dieu, devoir religieux, qu'ils préfé-
raient à la vie même.
Pour réussir à se les faire livrer, il fallait en corrompre les'
gardes, c'est-à-dire les généraux auxquels elles avaient été
confiées, et qui étaient extrêmement attachés à Hérode.
Alexandra l'essaya de toutes manières, mais en vain; elle
eut beau leur représenter de quelle justice il était de préférer
les enfants nés du roi et de Mariamne, à cause des droits de
leurs ancêtres maternels, aux autres enfanls de celui-ci, s'il
venait à mourir ; et qu'au cas contraire, ils étaient comme ses
dépositaires, plus propres que personne, à les leur conserver;
— 35 —
ces représentations appuyées par des offres séduisantes de
présents et autres faveurs, échouèrent absolument.
La fidélité de ces hommes de guerre à leur souverain, fut
inébranlable.
Ils ne voulurent pas désespérer de son existence.
De plus, ils étaient de longue date les ennemis personnels et
irréconciliables de la princesse.
Enfin, parmi eux se trouvait Achiab neveu de Hérode, qui,
soutint énergiquement, auprès de ses compagnons d'armes,
les intérêts et les droits de son oncle.
Hérode averti en diligence par ses bons offices, de ce qui se
passait, commanda aussitôt qu'on la fit mourir, et cela fut fait
sans retard.
VII.
CASTOBURE mari de Salomè, soeur de Hérode et veuve de Joseph.
Castobure était d'une des principales maisons de l'Idumée,
lieu de naissance d'Antipater et de Hérode son fils. Ce pays
avait été conquis par Hyrcan II, et réuni à la Judée ; les habi-
tants qui l'occupaient, quittant leurs faux dieux, s'étaient con-
vertis par suite à la religion de leur nouvelle patrie. Une fois
moulé sur le trône, Hérode avait confié à Castobure le gouver-
nement de l'Idumée en considération de l'illustration de son ori-
gine et de l'amitié qu'il lui portail. Depuis, il lui avait fait même
épouser Salpmé sa soeur, veuve de Joseph, duquel oh sait la
fin tragique.
Celle-ci dégoûtée de son convoi, ou mue par un excès
d'affection envers son frère, qu'aurait desservi Castobure, en
négociant avec Cléopâtre, afin de lui mettre en main l'Idumée,
— 36 —
ay,ec l'espoir de l'en retirer plus lard et de rendre à cet état sa
primitive indépendance, voulut s,e divorcer.
La loi juive donnait le droit de répudiation au mari seul.
Salomé ne craignit pas le scandale d'une notification de di-
vorce, à sa propre requête.
Pour la rendre efficace, elle accusa son époux auprès de
Hérode, d'une double trahison.
D'abord, pelle précitée,; ensuite, la conduite qu'il avait tenue
après le siège de lérusajeni et l'élévatiop de Hérode au souve-
rain pouvoir.
On 5 y,u que celui-ci ayait fait soigneusement rechercher les
principaux partisans de l'ex-roi Antigone et que quarante-
cinq d'entr'eux avaient été tués dans ce temps par ses ordres,
et transportés hors de Jérusalem, dans des coffres minutieu-
sement vérifiés pour constater ne varicfur l'identité des person-r
nages.
A cette occasion, il avait particulièrement recommandé à
Castobure chargé de la garde de la ville et de n'en laisser échap-
per personne qu'à bon escient, de rechercher les fils de Babas,
de la famille de Hircan II, très-influents sur Je peuple, et qui,
dans l'intérêt ,d'Antigone, avaient empêché la multitude fati-
guée de la longueur et-de la rigueur du siège de Jérusalem
par les Romains et leurs alliés, de rendre la place.
Celui-ci avait eu garde d'agir de la sorte, jugeant à propos
d'épargner ces hommes considérables par leur crédit auprès
des Juifs, pour s'en servir au besoin, dans son propre intérêt.
■ Jl avait donp favorisé leur évasion, et les avait même recueils
lis dans ses terres en Jdumée, où ils résidaient depuis 12 ans, à
l'insu de Hérode,
A diverses reprises, ce monarque avait parlé d'eux à Cas-*
tobure, qui, toujours avait répondu en homme complètement
ignorant de ce qu'ils étaient devenus,
— 37 —
Engagé une première fois dans cette voie, la révélation du
secret lui était devenue impossible. Hérode soupçonneux au
dernier point, eut bien vite pénétré et puni la ruse.
Le temps lui avait fait perdre de vue cette importante affaire,
lorsqu'elle se trouva réveillée par sa soeur.
Quand il sut d'elle, le lieu de résidence des exilés, il les en-
voya immédiatement massacrer, et Castobure avec eux.
Par ce moyen, le frère et la soeur eurent une satisfaction
complète ; l'un, étant débarrassé d'adversaires qui lui por-r
taient ombrage et de leur protecteur hostile à ses intérêts ;
l'autre, d'un conjoint qu'elle n'aimait plus et dont elle était
lasse; touchant accord de famille, entre proches, vraiment
dignes de leur commune origine, et si semblables, par la bas-
sesse et la barbarie de leurs sentiments !...
VIII.
ALEXANDRE et ARISTOBULE fils légitimes de Hérode et de Mariamne.
Ces deux enfants venaient d'atteindre l'âge de puberté ?
quand périt Mariamne.
Nul, dans tout le royaume ne les égalait e,n noblesse, en
grâces et en beauté.
Ils rappelaient, sous tous ces rapports, leurs aïeu^ <de Ja
précédente dynastie, si aimés du peuple, et par cela même, lui
étaient très-chers.
Hérode glorieux de leurs formes distinguées et de leurs mér
rites, les voyait aussi avec faveur, malgré la disgrâce et l'im-
molation, à sa vengeance, de leur malheureuse, mère, qu'il
avait tant aimée.
Il crut devoir, selon l'usage, les envoyer à Rome pour ache-
ver leurs études.
— 38 —
Pollion alors consul, l'un de ses plus intimes amis, y habi-
tait. Sur la demande du père, il se chargea de les recevoir chez
Jui pendant tout le temps de leur séjour et de les présenter à
Auguste.
A leur arrivée, ils furent gracieusement reçus et installés
dans les appartements qu'il leur avait fait préparer dans son
hôtel.
Mais l'empereur, auquel il les conduisit pour lui offrir leurs
hommages et ceux de leur père, après l'accueil le plus affable,
réclama la préférence, et les retint dans son palais.
Hérode était l'oÊjet, de sa part, et de celle d'Agrippa, son
gendre, le premier général de l'empire initié à tous les secrets
d'Auguste, d'une prédilection particulière, à laquelle n'étaient
sans doute pas étrangers les riches présents dont ce roi habile
et magnifique les avait, dans la circonstance et plusieurs autres
antérieures, comblés l'un et l'autre (1).
Plus tard, encore chargé de dons précieux pour eux et leurs
principaux courtisans, il vint aussi faire sa cour en personne à
l'empereur et en ob tipt la réception la plus amicale et la plus
brillante:
Auguste augmenta ses états, en y annexant la Traconile, la
Bactanée et l'Auranite. Avec ce qu'ils contenaient déjà, leur
étendue offrait un vaste ensemble de territoires soumis à sa do-r
mination, renfermant, outre celui de la Judée proprement dite
avec Jérusalem pour capitale, la Galilée, la Samarie, YIdumée,
une notable portion de VArabie et de la Syrie jusqu'aux confins
de l'Egypte.
(1) « Ainsi, comme Auguste régnait presque sur toute la terre, et
qu'on pouvait dire qn'Agrippa gouvernait après lui ce puissant em-
pire, le bonheur de Hérode fut si grand, qu'Auguste n'aimait per-
sonne tant que lui après Agrippa, et qu'Agrippa n'aimait personne
tant que Hérode après Auguste. » (Voir Flavius Joseph des Antiquités
judaïques, livre 15, chap. 13.
— 39 —
En signe de confiance, l'empereur voulut bien même lui lais-
ser le choix de son successeur, entre Aleoeandre et Aristobule)
les seuls de ses enfants auxquels Hérode, pour le moment,
semblait destiner sa couronne.
Comme ils étaient assez instruits, le père les ramena avec lui
à Jérusalem, où leur arrivée fut un sujet de joie universelle et
de fêtes pompeuses.
Peu après, il les maria, l'aîné à la fille d'Archélaus, roi de
Cappadoce, l'autre à celle de Salomé sa soeur.
Cependant, les anciens ennemis de leur mère, principale-
ment cette même Salomé et Phéroras frère de Hérode, coulem-
plaient avec peine la perspective d'élévation au trône des deux
jeunes mortels à qui tout semblait sourire.
On craignait, qu'une fois investis du pouvoir souverain, ils
ne vengeassent, contre ses auteurs et complices, la mort tragi-
que de l'infortunée Mariamne.
Hérode fut donc secrètement et perfidement assiégé de nou*
veau dans le but de ruiner le crédit de plus en plus croissant
d'Aleoeandre et de Aristobule.
On savait, par expérience, l'art de le subjuguer, sa jalousie,
son esprit ombrageux et susceptible, les soucis, les frayeurs
même, auxquels il était enclin au sujet de son autorité quand on
la lui dépeignait comme menacée.
Tout fut donc mis en oeuvre"dans ce but hostile; nuls artifi-
ces ne furent épargnés pour l'atteindre.
Légers et frivoles, comme d'ordinaire à l'âge tendre qu'ils
avaient, leur conduite et leurs discoars ne donnaient que trop
souvent prise à la malveillance.
On les envenimait, ils étaient dénaturés et servaient de textes
à de fâcheux commentaires.
Des rivalités féminimes ajoutaient.au foye,r des dissentions'
intérieures dont la cour commençait à être pleine.
— 40 --
Hérode, au milieu de ces conflits, de tant de délations, se
recueillait et commençait à se laisser ébranler.
Il crut sage, à la réflexion, pour tempérer l'ardeur du parti
dominant, d'appeler auprès de lui, Antipater, son fils aîné,
issu d'un premier mariage/et tenu jusqu'alors loin de la cour,
dans la condition d'un simple particulier.
La nouvelle de ce changement inattendu, eët diversement
accueillie.
Celui-ci, plein de dissimulation et dé flatteuses espérances,
pour l'avenir, affecte dans sa conduite la plus grande mesure,
afin de mieux s'avancer dans l'esprit de son père.
Les autres, irréfléchis, bravent au contraire ses mesures et
laissent percer le dépit et le déplaisir qu'ils en ressentent.
Antipater habile à dresser des piégés; ne cherche qu'à les
compromettre.
Aleoeandre et Aristobule, en jeunes gens sans expérience f
gâtés par la fortune, agissent imprudemment autant que peut le
désirer leur frère pour achever de les perdre auprès de Hérode.
Déjà le roi commençait à se détacher d'eux, et à incliner for
tement de l'autre bord.
Salomé sa soeur, si puissante sur son esprit, l'y excitait vive
mentj dans l'aveugle et indomptable esprit de Vengeance dou
elle était animée, contre les fils de la malheureuse Mariamne
qu'elle avait contribué à perdre, ses propres neveux.
Nulle considération ne l'arrêta; pas même le nouveau lie
d'affinité qui l'unit, comme belle-mère, à Aristobule, tant l'or
gueil est facile à s'irriter et pardonne peu. Cette méchant
femme n'oublie ni le mal qu'elle a fait et qui l'entraîne à conli
nuer d'en faire encore, ni les dédains pour l'obscurité de so
origine, de la part de jeunes gens inconsidérés en paroles; plu
dignes d'indulgence et de pardon, que de rigueurs.
Tirée de l'isolement et de l'obscurité où elle vivait, la mèr
_ 41 —
de Antipater voit aussi les portes du palais s'ouvrir devant
elle.
La révolution qui vient de s'y passer, n'est désormais un se-
cret pour personne. :
En courtisans habiles, le plus grand nombre, changent avec
la fortune. ,...-.-,
Certains, restés fidèles, n'épargnent ni déclamations, ni
critiques.
Hérode soigfieusement informé des moindres réflexions de
ses fils en disgrâce et de leurs amis zélés à l'excès, n'en per-
siste que davantage dans la nouvelle voie qu'il a choisie.
Bientôt, une autre occasion le fait assez voir. '
Agrippa se trouvait en Asie, prêt à retourner à Rome.
Désireux de le visiter, pour entretenir leur mutuelle amitié,
Hérode se rend auprès de lui, accompagné d'Anlipater.
Bien plus, il sollicite du général romain de bien vouloir ac-
corder à ce fils privilégié l'honneur de l'escorter dans son
voyage jusqu'auprès d'Auguste.
Agrippa y consent volontiers, et les comble l'un et l'autre,
des marques les plus sensibles de sa bienveillance.
Antipater une fois à Rome est par lui présenté à l'empereur,
qui lui fait pour lui-même et en considération dé son père, un
accueil extrêmement affable.
Mais plus préoccupé de ce qui se passe en Judée, que des
égards, si grands qu'ils soient, qu'on lui prodigue en terre
étrangère, il ne voit pas assez tôt luire le jour de sa rentrée à
Jérusalem.
Antipater sollicite donc instamment auprès de Hérode, la per-
mission de revenir au plutôt et l'obtient sans peine.
De retour, on l'instruit des intrigues qu'ont fait jouer, mais
vainement, ses ennemis, pendant son absence, pour essayer
d'affaiblir son crédit.
— 42 — '
Alors, redoublement de luttes, de rivalités et d'efforts, des
deux parts.
Au milieu de ces déplorables conflits, le roi n'a pas un mo-
ment de repos.
On lui persuade que Aleoeandre et Aristobule en veulent à sa
couronne, à ses jours même.
Il tremble et se trouble, ne sachant à quel parti s'arrêter.
Enfin, la pensée lui vient de consulter l'empereur, et de le
rendre juge de la conduite de ses fils rebelles. *
Tous, y compris Antipater, se rendent à Rome.
Auguste les y reçoit on ne peut mieux.
Informé du sujet du voyage, il convoque une solennelle
assemblée.
Hérode appelé à s'y expliquer, accuse véhémentement Aleoean-
dre et Aristobule. Ils se défendent avec calme et convenance.
Rien de grave n'appuie le discours du père.
Auguste discerne bien vite qu'on l'a abusé.
L'assemblée, comme l'empereur, se prononce pour l'inno-
cence.
Hérode se rend sans difficulté a ce sentiment, heureux de
reconnaître qu'il s'est trompé.
• La réconciliation de famille s'en suit naturellement.
Chacun de s'en réjouir, Antipater plus que personne, en ap-
parence, mais au fond singulièrement désappointé, de l'issue
<ïe l'affaire, contrairement à son intérêt non avouable.
Tous reviennent ce semble, en parfait accord.
A la rentrée du roi dans ses états, en compagnie de ses en-
fants, le peuple les reçoit avec de grandes démonstrations de
sincère allégresse, d'autant plus heureux, qu'il avait plus craint
pour le sort de ses deux jeunes protégés.
Le calme succède quelque temps, à la tempête.
— 43 —
Cette trêve, de courte durée, ne tarde pas, hélas! à se
rompre.
Les mêmes passions, non disparues mais assoupies, se raiu-
ment avec une recrudescence de fureur.
Nouvelle conjuration des ennemis de Aleoeandre et de Aris-
tobule, plus acharnée que la précédente, en tête Antipater, tou-
jours soigneux de se cacher, Salomé et Phéroras, les mauvais
génies du roi, qui ne leur en cédait pourtant pas en toutes es-
pèces de méchancetés et de perfidies.
Ainsi assiégé et circonvenu, son indignation, première renait
subitement et de plus fort.
Elle manque toujours de cause légitime et fondée.
Des légèretés de propos et d'actes, fruit de rinconsidération,.
voilà en réalité les seules choses à reprocher à ces jeunes gens.
Tantôt ils se seraient pris à railler sur le compte de leur
père à propos des soins assez bizarres ou puérils qu'il prenait
de faire teindre ses cheveux et sa barbe, pour masquer sa
viellesse.
D'antres fois, discours aussi frivoles, mais tous commentés,
aggravés et réduits en chefs d'accusation par les meneurs du,
parti qui les poursuit,
, Les calomnies s'y mêlent et ne sont point épargnées.
Au milieu de ces agitations de guerre intestine, Hérode' au
paroxisme de la colère^ croyaut voir sa couronne et ses |ours
menacés, reprend l'altitude de la première fois, quand ilabeu-
sait Aleoeandre et Aristobule de tentatives de parricide, bien dé-
terminé celle-ci, à en finir avec eux.
Auparavant néanmoins, il Veut par circonspection, eomoe« il
l'a déjà fait, en référer à Auguste.
L'empereur lui répond, qu'il est meilleur juge que lui-même,
se trouvant sur les lieux, et qu'il le laisse libre de punir comoke
il le voudra ceux des membres de sa famille qui auraient com-
_ M —
mis l'énormité criminelle d'attenter à son autorité et à sa vie ;
qu'il lui conseille néanmoins de prendre l'avis d'une haute as-
semblée à laquelle pourraient être admis les fonctionnaires
romains du rang le plus élevé, en délégation dans le pays, les
gouverneurs de provinces , et les principaux habitants des
villes.
Hérode n'en voulait pas davantage, bien déterminé à user de
la latitude accordée, pour assouvir sa haine.
La réunion ainsi composée, a promptement lieu, à Berit :
cent cinquante membres, appelés à y donner voix consultatives
seulement, la composent.
Il évite d'y faire paraître les accusés détenus à faible dis-
tance, dans un village voisin de cette cité.
En leur absence donc, et sans les entendre en personne, ou
par des défenseurs, il s'emporte véhémentement contre eux,
et les charge d'jane foule d'indignités que rien ne justifie.
On recueille ensuite les suffrages.
L'ex-consul Saturnin, et ses trois fils, ses lieutenants, opi-
nent les premiers, et voyant l'emportement du roi, usent d'un
tempérament de circonstance, pour leur sauver au moins la vie,
dans l'espoir d'une réconciliation ultérieure, estimant en con-
séquence, qu'ils sont punissables, mais non de mort.
Volumnius abonde au contraire dans le sens opposé, par fai-
blesse, ou pour, flatter Hérode qui n'avait que trop manifesté
d'antipathies contre ses enfants.
Le reste de l'assistance se prononce, comme lui, entraînés
par les mêmes motifs et l'autorité de l'exemple.
De cet instant, nul espoir pour les princes, se dit-on silen-
cieusement, de toutes parts. ■
La stupeur glace les esprits et enchaîne les langues.
Un seul homme, Tyron, brave.et vieux chevalier, dont le fils
est j'intime ami, le familier d'Alexandre, ose élever courageu-

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.