Notice sur l'état des Bourbons actuellement en France. Thermidor an III

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1795. France (1792-1795). In-8 °. Pièce.
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Publié le : jeudi 1 janvier 1795
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A
JOTICE
ï,Q #. J
të t é L'ÉTAT 1
1% 1,' -.
tW/'l OURBONS
ACTUELLEMENT EN FRANCE.
Thermidor, an III.
PouR perpétuer le désordre qui emmè-
neroit infailliblement notre dissolution
les ennemis du bien public , les étran-
gers , jaloux de notre grandeur et de
nos moyens, ne cessent de prêter à la
Convention nationale des principes et
des vues qui, en déshonorant la Nation
Française, nous donneroient des regrets
d'être nés dans ce siècle.
Mais qu'ils désespèrent de parvenir à
leurs fins , ces ennemis de l'humanité,
qui abusent si souvent de ce nom sacré,
po,ur lui devenir encore plus funestes que
tous ceux qu'ils accusent !
Sans doute la Convention, si long-
temps exposée à tant d'orages , succès-
( 2 )
sivement dupe et victime des scélérats
qui ? sous le masque de l'intérêt public
qui , sous le maso e e
ne se sont occupés que de leurs intérêts
particulierS'; sans doute qu'elle aura
beaucoup d'erreurs à réparer , beaucoup
de torts à redresser. Mais est-ce dans
le moment où elle s'en occupe , qu'on
doit lui en faire des reproches ? Et pour-
on lui_faire un crime de. certaines len-
teurs , de certaines indécisions 9 de
certaines mesures, lorsqu'on la voit
environnée de tant de pièges ?
Pourquoi , par exemple, l'accuscr
d'injustice ? de bar b arie dans ses déter-
minations relatives aux Bourbons , lors-
que ses décrets sont les résultats des
circonstances qui l'ont entraînée, et
lorsque ces mêmes décrets ne la mettent
v pas dans l'impuissance de se rapprocher
encore davantage en cette partie des
principes d'équité dont la poliiique la
plus om bra geuse n'exigea jamais l'entier
sacrifice ?
Les Bourbons qui sont actuellement
en France doivent-ils craindre que la
justice due à tous les hommes leur sera
refusée ? La Convention s'est-elle mise
dans l'impuissance de la leur rendre ?
Le doute sur la négative , eu réponse
1
à la première question, seroit une inj ure
(3)
A 2
trop grave pour qu'on puisse la faire à
ceux qui sont chargés d'organiser notre -
-Gouvernement 3 et il est bien facile de
démontrer que dans les temps même les
plus critiques , ils se sont ménagé les
moyens de faire ce que la société entière
réclame pour des infortunés qui ont-si
constamment mérité son affection et
son estime.
A l'époque où Louis XVI , précipité
du trône , fut conduit avec les siens dans
la tour du Temple , Conty , citoyen
assermenté , malgré que la Constitution
de 1789 lui laissât la qualité de Prince
Français 5 Conty rentré dans ses foyers
dès le premier instant où la Patrie invita
ses enfans à revenir dans son sein, plus
étranger que jamais à la Cour , qui -
qualifioit sa simplicité , sa franchise de
rudesse , passoit sa vie dans la soli-
tude , d;ms laquelle les vœux, l'affec-
tion et l'estime de ses concitoyens n'ont -
cessé de le sui vre.
Le vertueux Penthièvre , plus étran-
ger encore à toute espèce d'intrigue ,
ne connoissant de bonheur que celui
de la bienfaisance , soulageoit, loin de
la ville et du tumul te, les douleurs qui
l'ont conduit au tombeau, par les con-
solations que lui prodiguoit sa vertueuse
1
(4)
fille. Il consoloit à son tour ce modèle
de la piété filiale, de la fidélité conju-
gale et de la tendresse maternelle.
, La sœur de Philippe , depuis long-
temps séparée de son mari dès avant
1789 ayant à peine la permission de
voir quelquefois son fils, livrée aux
charmes de la vie contemplative ; ne
tenoit plus à sa. fortune , que pour en
faire jouir tous les infortunés qui l'envi-
ronnoient.
Le seul d'Orléans, constamment dupe
de ceux qui se servoient de son nom et
de sa fortune pour leurs projets; le seul
d'Orléans resté dans le tourbillon par
lequel il ne se doutoit pas qu'il seroit
un jour englouti, affectée comme il
l'avoit été , lorsque sous le ministère de
l'Archevêque de Sens il encourut les
disgraces et l'exil, lorsqu'au commen-
cement de l'Assemblée Constituante il
se rendit avec la minorité de la Noblesse
dans la chambre du Tiers-État, etc.;
le seul d'Orléans, devenu l'associé de
Marat et de Robespierre, jouet des am-
bitieux caprices de la Circé Genlis ;
sacrifiant sa femme, ses enfans, au Jaco-
binisme dont il n'étoit que le caissier.
le seul d'Orléans faisoit tourner avec
les Montagnards la roue qui devoit tous
les écraser. ,
(5)
A 3
Les membres de la Convention quî^'
au défaut de connoissance des localités,
joignoient l'inaptitude aux intrigues ré-
volutionnaires, furent d'autant plus fa-
cilement trompés sur les projets des fac-
tieux, que ceux-là même qui avoient
vu de plus près leurs manœuvres, en
demandant avec tant de véhémence que
C Il - A l' s, d'
Collatin sortît du Sénat, persua d èrent
à leurs Collègues moins instruits, que
l'élévation de d'Orléans étoit Pobjet de
tous les mouvemens qui mettoient la
Nation dans une aussi grande crise, et
soulevèrent contre lui la pure majorité
de l'Assemblée.
Peut-être dans le principe, ceux qui
s'étoient emparés de Philippe, et qui ,
après avoir dirigé ses premières actions,
se ftattoient de les diriger toujours, ten-
doient-ils vers ce but : mais la demande
de son expulsion de l'Assemblée n'ayant
pas produit le mauvais effet que les Jaco-
bins avoient d'abord redouté, et aucun
d'eux n'ayant à craindre pour lui-même
un pareil sort, les factieux abandon-
nèrent celui qui , sans être leur Chef 9
en avoit les apparences, et bientôt ils
portèrent la scé l ératesse jusqu'à le con-
fondre avec ceux qui l'auroient réelle-
ment poursuivi, et à le ranger dans la
( 6 )
classe des victimes prises dans le Rolan-
dislne, le Girondisme , le Brissotisme y
le Fédéralisme ; en un mot, jusqu'à le
com prendre dans l'honorable décret de
proscription du 3 octobre 1793.
Dans l'intervalle des motions pour
éloigner Collatin du Senat, ce qu'on
croyait ne pouvoir faire qu'en frap-
pant toute sa famille dont il n'avoit
été fait aucune mention pendant le
cours du procès de Louis -XFI, M-a'-7
ribon - Mantaut , l'un des principaux
assassins de Custine, fait décréter, au
nom du Comité de Sûreté générale ,
que la femme et les enfans du général
Valence et la dame Montesson seroient
mis en _état d'arrestation, et que les
sce l les seroient apposés sur leurs papier
A la même séance, un flutre membre
annonça qu'il existoit au Comilé de
Sûreté généra l e, une lettre d'Egalité
fils à son père, dans laquelle il attri-
buoit à la Convention nationale tous les
malheurs de la France : l'orateur de-
manda que celte lettre fût lue à l'Assem-
blée; et quoique la femme de Philippe
fût depuis long-temps séparée de fait
de son mari , qu'elle le fût juridique-
ment depuis le m- préc é -
dent quoiqu'il fût notoire à toute
(7)
I~-r - f * "'1.
l'Europe, que ses en fans avoient été élor
x rujo d'elle, même avant sa separation;
et qu'au mois d'avril 1793, elle n'eût-
qu'à pleurer la mort de son vénérable
père; sous prétexté d'une- lettre écrite
à Philippe à Paris , sa femme est mise
en arrestation dans le département de
1 Eure. On eut dit que la Montagne,
• en oursuivant la fille de Penthièvre,
vouloit se venger des poursuites dirigées
par la Plainé contre d'Orléans
Deux jours après, là Convention dé--
créta que les Bourbons seront ôtages
pour les Commissaires arrêtés et em-
menés par Dumouriez Que le cadet
Égalité , ci-devant Montpensier , qu'on
distinguoit sous Biron dans l'armée du
Var , seroit amené à Paris pour y être
auss i gar dé-comnie oL.
La Croix d'Eure et Loire, qui avoit
été à portée de juger, entr'autres, du degré
de vénération dans lequel la voix pu-
Laïque plaçoit si justement la digne Elle
du Lon Penthièvre, demanda que les?
femmes et les enfans fussent compris dans
le décret; et la Convention chargea son
Comité de Salut public d'indiquer le
lieu où les Bourbons seroicnt déposés.
I^^J^ndemain, Guy ton-Morveau yau
z V-~- ~-i
~~m .., e Comité, observa qu'il falloit
A 4
(8)
mûrement réfléchir sur le lieu de la déten.
tion des Bourbons , et proposa de les
transférer provisoirement à Vincennes.
L'Assemblée, partagée entre Bordeaux
et Marseille , décréta , a près plusieurs
epreuves douteuses, que tous les indi-
vidus de la famille des Bourbons , hors
ceux qui étoient détenus au Temple ,
seroient en état d'arrestation dans les
forts et châteaux de Marseille , sous la
garde des citoyens et la responsabilité
des Corps administratifs.
Les deux partis de la Convention cher-
chant réciproquement à diriger dans
leur sens l'opinion publique , les membres
que Marat avoit désignés sous la quali-
fication d'hommes d'état, poursuivirent
toujours d'Orléans comme le chef caché
de la Montagne. Les hommes de proie,
de leur côté, pour se mettre à couvert
de tout reproche de royalisme, outroient
les mesures même contre d'Orléans qu'ils
défendoient, moins pour l'intérêt de l'in-
dividu, que par la crainte de voir leur
parti entamé; et lorsque d'Orléans excipa
le 7 avril de sa qualité de Député pour
être excepté du décret qui mcttoit les
Bourbons en arrestation comme ôtages,
les Montagnards , dans la crainte de-se
dépopulariser, abandonnèrent leur Am-

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