Notice sur la famille Chapus Du Bost / par M. Loisel d'Orange,...

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M. Bellet (Clermont-Ferrand). 1868. In-16, 70 p..
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Publié le : mercredi 1 janvier 1868
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NOTICE
SUR LA
FAMILLE CHAPUS DU BOST
NOTICE
SUR LA
FAMILLE CHAPUS DU BOST
PAR
M. LOISEL D'ORANGE, Avocat
C'est la première fois que nous
rencontrons une famille entière
jetée-à l'échafaud.
(L. VEUILLOT.)
CLERMONT-FERRAND
LIBRAIRIE CATHOLIQUE
M. BELLET, directeur, rue Barbançon
1868
NOTICE
SUR LA
FAMILLE CHAPUS DU BOST
I.
Dans un article de M. Louis Veuillot que publiait
récemment la Revue catholique et qui était intitulé :
« Quelques pages d'un vieux journal,» l'auteur passait
en revue une des listes des victimes de la révolution
(Moniteur du 16 messidor an 11), et rencontrant le nom
de Chapus du Bost, sa femme et ses deux fils, se
bornait à dire : « C'est la première lois que nous
rencontrons (du moins dans cette liste) une famille
entière jetée à l'échafaud. » Ce commentaire est trop
bref et par là même insuffisant pour l'édification du
lecteur. Il sera permis à un compatriotes à un allié
de la famille du Bost, d'y ajouter les renseignements
et les réflexions que comporte un telsujet. C'est pres-
— 6 —
que un devoir ; c'est,- dans tous les cas, une étude-
intéressante par les souvenirs qu'elle consacre et par-
les conséquences que de tels prémisses révolution-
naires permettent de prévoir dans le développement
ultérieur de la révolution française et cosmopolite.
Il y a certes assez longtemps qu'on a sollicité l'opi-
nion au profit de l'infortuné Lesurques et, en tenant
son innocence pour avérée, on a fait assez souvent
appel à la sensibilité publique, pour en obtenir une
réhabilitation morale sinon judiciaire ! Pourquoi un
même sentiment de piété filiale ne se ferait-il pas-
jour à propos d'un malheur bien plus grand et pour
le moins aussi immérité? Ou plutôt combien n'est
pas plus fondé un appel à la conscience universelle-
à propos d'une exécution qui n'a certes rien de com-
mun avec les crimes ordinaires, pas même avec les-
crimes politiques proprement dits, mais bien plutôt
avec ce crime impardonnable de la vertu, qui con-
siste, en temps de désordre, à être honnête, à être-
chrétien, à être enfin digne du martyre?
Depuis plusieurs siècles déjà et notamment depuis
le XVe siècle, la famille Chapus ou Chaput du Bost
grandissait dans cette condition moyenne célébrée au
XVIIe siècle par Bourdaloue et qui faisait quelque-
peu honte à la noblesse de cour, autant ou plus qu'à
présent l'obscurité de la vie des, provinces était
grande, les horizons limités et la vaine gloire circons-
crite ; mais le recueillement était profond, la correc-
tion et la pureté des moeurs, l'honneur et la sainteté
de vie avaient des sauvegardes aujourd'hui peu
connues. Chacun-vivait, contenu et réglé, sous l'oeil
de ses concitoyens et, mieux encore, sous le regard
de Dieu ; chacun servait, non une patrie abstraite,
à la façon païenne, mais la vraie patrie, la patrie du
clocher, et s'endormait dans la terre de ses pères
{patria, patrum terra) que Dieu donne par surcroît à
qui cherche premièrement le règne de Dieu ; car,
pour fonder un capital, pour fonder une famille,
pour fonder un nom et surtout pour les conserver,
les transmettre et vivre encore par l'éducation donnée
en ses descendants qui les conservent, il faut dé-
ployer plus de vertus vraies qu'il n'en faut avoir de
fausses pour conquérir un moment l'univers ; toutes
choses ne vivant et ne durant qu'en proportion de
la quantité de Dieu et de vertus qui sont en elles.
Si cet ordre logique est interrompu violemment,
comme il va être raconté plus loin, c'est que l'ordre
surnaturel vient s'ajouter à la logique naturelle des
choses, moins pour la violer que pour la perfec-
tionner en l'étendant; c'est, qu'en un mot, les
familles s'éteignent parla sainteté, comme le remar-
que M. Blanc-Saint-Bonnet, aussi bien que par la
corruption et l'épuisement. Or c'est ce qui est arrivé
de la famille Chapus du Bost, cantonnée dans la
petite ville de Cusset, sur les limites de l'ancienne
province d'Auvergne, actuellement département de
l'Allier. Elle y occupait l'une des premières places et
y avait acquis lentement, laborieusement, chrétien-
nement, les charges publiques, les richesses,
l'honneur dont elle y était investie. Chaque généra-
tion avait apporté à cet édifice d'une famille honorée-
sa pierre, son concours, ses vertus constatées, et il
reste à celui qui écrit ces lignes assez de vestiges;
de la vie intérieure de cette famille pendant"
plusieurs générations, pour qu'il puisse affir-
mer, comme le fait encore la voix populaire, qu'il
y avait là une lignée d'hommes, craignant Dieu et de
véritables saints ; il suffira de dire au lecteur qui
connaît la pratique de la vie, que les bibliothèques-
de cette famille, conservées intactes, indiquent assez"
de quelle nourriture intellectuelle et morale elle vi-
vait ; comme aussi, dans un autre ordre d'idées, il
est inutile de dire que, pour vivre saintement, il n'est
pas toujours indispensable de fuir dans le désert et
de s'endurcir aux plus grandes mortifications, mais
que la vie dans le monde, pratiquée chrétiennement,
permet l'accomplissement de vertus quelquefois
héroïques. Ainsi, quoique successivement médecin,
notaire, intendant des eaux de Vichy, magistrat
enfin, mais ne vivant dans le monde que pour y
remplir les devoirs de leurs charges, sanctifier leur
travail et remplir leur vie d'actes de vraie charité,
les du Bost avaient couvert de leurs bienfaits le
petit pays qu'ils habitaient et mérité l'honneur dont
ils jouissaient, lorsque la révolution vint les surpren-
dre dans la sécurité où vivaient alors tant de familles
sans peur parce qu'elles étaient sans reproche. Le
chef de la famille du Bost était alors procureur du roi
au bailliage de Cusset ; il avait épousé demoiselle
Jeanne-Damienne Teyras de Grandval et en avait
quatre enfants, trois fils et une fille.
Donc, la révolution depuis longtemps préparée par
le philosophisme, le jansénisme, la prétendue re-
naissance, le protestantisme surtout, la révolution
commençait son cours néfaste ; la fabrique de consti-
tutions, fermes et stables à jamais, commençait de
fonctionner, sans que les familles du fond des pro-
vinces, assises à l'image de Dieu qui est assis, se
doutassent du Dieu in fieri, pour lequel il s'agissait
d'apostasier, et de l'oeuvre de prétendu progrès qu'il
s'agissait d'accomplir.
Il y avait alors au tribunal de Cusset un jeune
avocat, appelé Givois, âgé, il est vrai, d'à peine vingt-
cinq ans, mais dont l'orgueil, l'ambition et toutes
les convoitises n'avaient pas attendu le nombre des
années pour grandir outre mesure. Élevé dans les
idées de cette époque demi-païenne, nourri des odieux
sophismes de Jean-Jacques Rousseau, livré à des
passions qu'aucune règle ne contenait, il était prêt
à tout pour constituer le monde à nouveau, ouvrir
une nouvelle ère dans l'histoire et consommer le
bonheur de l'humanité, à commencer par le sien.
Il existe encore de nos jours de ces bienfaiteurs du
genre humain, à qui il ne manque que la possession
du globe terrestre pour le régénérer tout entier, et
malgré les soixante-quinze ans d'expérience que
nous venons de faire, la race de ces orgueilleux
constituants n'est pas près de finir. Mais avant que
notre expérience fût faite, l'ardeur des mauvaises
passions, se combinant avec les ardeurs de la nou-
veauté politique, colorait bien plus qu'aujourd'hui
les perspectives de l'avenir et menaçait d'incendier
1*
— 10 —
la France, pour la purifier, croyaient les niais, pour
l'exploiter, pensaient les habites, pour la dévorer,
disaient les bêtes féroces. Givois était de ces derniers.
L'une des formes les plus terribles de l'ambition, la
passion du jeu, le possédait tout entier, et comme c'est
par une querelle de jeu qu'il a commencé à devenir
sanguinaire, c'est aussi par cette passion principale-
ment qu'il a dévoré les dépouilles de ses victimes..
Qu'il me soit permis, en passant, de remarquer que
cette passion est surtout diabolique par ce qu'elle
emprunte, de la religion pour le contrefaire. Comme
elle, elle est pleine de mystères et c'est par l'inconnu
et dans le mystère qu'elle se complaît et s'exalte
diaboliquement, comme l'âme chrétienne s'exalte
dans les mystérieuses beautés du divin. Le jeu (lisez
aussi la spéculation), la passion de l'inconnu, l'élan
vers un avenir magique, pseudo - prophétique,
démoniaque, sont la religion de ceux qui n'ont pas
de religion, et c'est pour cela qu'ils emploient tant.
dans la langue de leur fausse philosophie, ce hasard.
qui n'est qu'un mot, dit Bossuet, dont nous cou-
vrons notre ignorance. C'est donc à propos d'une
misérable querelle de jeu (1) que commença chez
Givois le désir de la vengeance contre la famille
du Bost.
M. du Bost était homme de bon goût. On sait que
l'urbanité, la politesse élégante, qui sont des formes
(.1) Je tiens ce fait du célèbre jurisconsulte M. Duranton, professeur
à l'école de droit de Paris, qui est contemporain des événements.que
je raconte et compatriote de la famille du Bost.
— 11—
de la charité, étaient alors dominantes dans la no-
blesse française, et quand celle-ci n'aurait pu justi-
fier que par ce mérite sa prééminence sociale, c'en
aurait été peut-être assez pour que la supériorité dût
être respectée. M. du Bost ouvrait volontiers ses
salons aux réunions de la petite ville et, comme
magistrat, il avait cru devoir accueillir et recevoir
Givois, avocat au barreau de Cusset. Il recevait aussi
à cette époque, une vieille, demoiselle noble, mais
de très-médiocre fortune, qui prenait plaisir à faire
une petite partie de cartes. Or, un certain jour, une
querelle s'étant élevée, sur un coup douteux, entre
Mlle X... et Givois, l'aigreur et la.colère furent assez
vives.entre les joueurs pour que M. du Bost crût
devoir intervenir, et, soit qu'il donnât raison à
Mlle X..., soit qu'il crût devoir faire observer à Givois
qu'un jeune homme comme lui devait des égards
à une personne âgée, Givois quitta le jeu et sortit
en jurant de se venger de M. du Bost et de sa
famille.
Je dois dire, à sa décharge peut-être, qu'il était
servi dans ses passions par un oncle nommé Forestier,
lequel avait un pied dans le pays et un pied à Paris,
où il s'était lié avec les plus forcenés révolutionnaires
de l'époque et qui autorisait par son exemple et
encourageait chez son neveu toutes les passions qui
ne fermentent que trop chez un jeune homme ; tout
concourait ainsi à l'exaltation de Givois, tout favori-
sait ses vices. Mais si l'exemple de son oncle Fores-
tier lui a fait un milieu qui l'explique, disons aussi qu'il
ne s'est que trop prêté à de telles influencés: et que,
— 12 —
quoique jeune, il avait assez de discernement pour
que nous ne puissions le dégager de l'affreuse respon-
sabilité qui pèse sur lui.
II.
Cependant les événements politiques se déroulaient
à Paris et leur contre-coup se faisant sentir dans les
provinces, la.petite ville de Cusset subissait, comme
un microcosme, les émotions, les fureurs qui com-
mençaient à agiter le monde entier. Nous ne voulons
pas, à propos d'un malheur particulier, refaire toute
l'histoire générale : il nous suffira de dire que M. du
Bost, procureur du roi au bailliage de Cusset, avait
été nommé, par le roi, commissaire près le tribunal
de ce district. Il fallait bien que les noms et les titres
et la langue changeassent comme toute chose! Cette
nouvelle investiture résulte des lettres patentes du
1er octobre 1790. Dirigé dans ses nouvelles fonctions
par l'esprit qui animait l'ancienne magistrature
française, il défendit les droits de la monarchie avec
une constance sans égale, comme c'était son devoir,
et même dans un temps où il n'y avait guère plus
d'espoir de la conserver. Ce devoir, soutenu jusqu'à
la fin, il l'accomplit notamment à l'occasion des
événements du 20 juin 1792, et ça été là que ses enne-
mis sont allés chercher le seul grief précis, je ne dis-
pas sérieux, qui ait été relevé contre cette malheu-
— 13 —
reuse famille. « Fais ce que dois, advienne que
pourra, » c'est la devise de l'héroïsme, et il n'a rien
été inventé depuis cette époque qui relève autant la
dignité de l'homme. « Périssent les colonies plutôt
qu'un principe » peut cacher un intérêt, fût-ce un
intérêt national et légitime, un intérêt enfin; mais le
devoir pris dans son acception la plus large et la plus
désintéressée, le devoir sanctifié surtout, n'est-il pas
un titre de grandeur cent fois supérieur à la Décla-
ration des droits, et la vieille maxime dé la cheva-
lerie ne prime-t-elle pas infiniment l'esprit révolution-
naire de toute la distance qu'il y a de Dieu à l'homme,
puisque Dieu est la raison des devoirs, comme l'é-
goïsme la raison des faux droits?
M. du Bost pouvait émigrer et peut-être la famille
en a-t-elle eu la pensée. Ce n'aurait pas été fuir,
ç'aurait été quitter le sol matériel pour le sol moral;
c'aurait été, comme dans un divorce, quitter le père
pour la mère, et où n'est pas la patrie, où n'est pas
la famille dans un tel choix? Emigrer n'était pas fuir
et cependant c'était mettre à l'abri sa femme , ses
enfants et lui même; si M. du Bost y a songé, il ne
l'a pas voulu : son devoir de magistrat l'a retenu.
Gloire à cet héroïque sentiment du devoir ! Hélas !
de tous ceux que la révolution à atteints dans ce
petit coin de la France, beaucoup pensèrent comme
M. du Bost et voulurent rester à leurs postes ; d'autres
crurent, au contraire, devoir rejoindre l'armée des
princes; d'autres enfin, comme M. de Bourbon-Busset,
alors âgé de 16 ans, furent arrachés à leurs demeures,
enchaînés et conduits de force aux armées, ou inter-
— 14—
nés en divers lieux. Car, si. j'écris surtout pour la
famille du Bost, il ne faut pas croire qu'elle ait été
seule victime de la révolution, dans ce verre d'eau
plein de tempêtes. Certains esprits défiants à l'endroit
de toute apologie, pourraient ne voir dans cet évé-.
nement que le résultat d'une vengeance privée,
comme celle dont j'ai indiqué l'origine à propos d'une
querelle de jeu. Non, cette petite scène, mentionnée
en passant, ne fut qu'un incident peu important,
tout au plus la dernière goutte qui fait déborder le
vase, une occasion enfin sans laquelle pareils mal-
heurs n'en auraient pas moins eu lieu, parce que
l'esprit qui les causa avait des motifs plus profonds,
plus systématiques et qui ne s'appliquaient pas
seulement à la famille du Bost et à la ville-de Cusset,
mais à toute la province et à toute la France. Combien
de malheureuses familles furent l'objet de mesures
vexatoires, arbitraires, sanguinaires, dont personne
ne viendra, comme je le fais, déplorer les malheurs
et prolonger un peu la mémoire ! Il me suffira de dire
que les documents que je possède mentionnent les
noms de vingt-sept personnes guillotinées dans la
petite ville de Cusset, qui n'avait pas alors: trois
mille âmes, de beaucoup d'autres des campagnes
voisines et d'un bien plus grand nombre encore de
personnes'internées, c'est-à-dire arrachées à leur
pays, à leurs familles, et transportées à des distances
et dans des pays inconnus. Aussi quelle n'était pas
la terreur qui pesait sur ce malheureux pays tant que
durèrent la domination et la rage révolutionnaires !
et quel ne fut pas, en.particulier, le mérite de M. du
— 15 —
Bost, qui fit tête à l'orage et qui, quoique chargé du
poids de la plus haute magistrature locale, objet par
ses richesses des plus furieuses convoitises, ne re-
cula d'un pas ni dans l'exercice des devoirs de sa
charge, ni dans l'indépendance de sa position privée!
Peut-être, il est vrai, pensa-t-il être soutenu dans la
lutte par la partie saine de la population dont il
était honoré et aimé plus que personne; mais déjà
le sol était miné sous lui, l'esprit de révolte et de
désordre avait soufflé sur ce pays, et à ces passions
furieuses, Givois avait trouvé moyen d'associer l'es-
prit de convoitise: et de cupidité forcenées. Voici
comment et à quelle occasion :
Il existait alors dans ce pays un grand nombre de
baux à métairie perpétuelle, appelés baux à comp-
tant, en. vertu desquels le bailleur donnait à un colon
le droit de planter de la vigne, à certaines conditions
de partage de fruits et aussi à condition que le colon
ne pourrait être congédié que dans certains cas pré-
vus, moyennant une indemnité. C'était une espèce
de démembrement du droit de propriété, concédé aux
cultivateurs pour favoriser la culture de la vigne et
qui les investissait, par la perpétuité de leur colonage,
d'un droit presque rival de celui du bailleur. Cette
convention, innommée en droit, mais si favorable aux
vignerons, n'avait rien, comme, on l'a prétendu, de
féodal : elle fait tous les jours encore l'objet de baux
même moins avantageux pour le colon que ceux à
la locaterie perpétuelle, puisqu'elle ne leur concède
qu'un droit plus: ou moins long, mais, temporaire; et
il ne s'est rien trouvé,, que nous sachions, depuis la
— 16 —
révolution, ni dans les stipulations relatives à la terre,
ni dans les combinaisons des économistes relatives à
l'industrie, ni enfin dans les visées des diverses écoles
socialistes, rien qui soit plus avantageux aux classes
laborieuses. On remarquera même que dans le par-
tage des fruits la quote-part du colon était supérieure
à celle du bailleur, qui ne percevait que le cinquième
et encore grevé de l'impôt, tandis que le colon avait
droit aux quatre cinquièmes, à la charge, il est vrai,
des frais de culture, mais celle-ci était souvent fort
négligée comme l'est, dit le proverbe, tout cheval de
communauté. La propriété première était donc dé-
membrée, en ce sens que le propriétaire originaire
conservait le domaine éminent, presqu'uniquement
honorifique, et le colon avait pour lot le domaine
utile, très-utile, en effet, et qu'il avait jugé tel en
acceptant librement de telles conditions.
Mais il y avait là trace de hiérarchie entre deux
droits, entre deux personnes, dont l'une régnait et
l'autre gouvernait, dont l'une était dignité et l'autre
fonction, dont l'une enfin était comme la substance
à l'égard de l'accident, et il ne fut pas difficile à
Givois de faire appel à l'esprit de désordre et de
nivellement révolutionnaire, pour ameuter contre
M. du Bost des colons, qui rougissaient de leur ingrati-
tude, assez me l'ont raconté, mais qui, dirigés par un
légiste, par un homme passionné et puissant pour le
mal, se laissèrent facilement investir du premier
rang à l'égard de leur bailleur. Cette spoliation fut
consommée par Givois, à l'aide d'une réponse dû
comité de législation de la Convention, réponse qui
avait force de loi et qui régit encore aujourd'hui la
commune de Cusset, seule commune privilégiée à
rebours dans toute la France. Il résulte de cette loi
révolutionnaire que le domaine éminent est trans-
porté au côlon, qui peut toujours, quoique le bail
dût être perpétuel, congédier son propriétaire en lui
payant son cinquième, et que le bailleur, mis à la
porte de son ancien droit, ne peut plus divorcer d'avec
son colon, quelle que soit la négligence de celui-ci
dans sa culture. C'est le monde retourné, et on com-
prend du reste comment l'astucieux légiste, Givois,
put se glisser dans ces conventions délicates, semer la
discorde entre bailleurs et vignerons et entraîner ces
derniers à commettre ou à laisser accomplir contre
M. du Bost les crimes dont nous allons faire le récit.
Il est si bien dans la mauvaise nature humaine d'a-
baisser ce qui est élevé et de jouir de la chute
d'autrui !
C'est, en effet, en revenant de ses vignobles appelés
Champcourt que M. du Bost fut arrêté, sans que
personne tentât de s'y opposer, sans que les cultiva-
teurs le défendissent. Je vois d'ici le heu même.
M. du Bost allait traverser le ruisseau appelé Geolant
ou Pleurant,lorsqu'il aperçut à l'extrémité de la passe-
relie un lieutenant de gendarmerie, qui l'y attendait.
M. du Bost franchit la passerelle, fut appréhendéau
corps et conduit en sa maison où on le garda prison-
nier, avec toute sa famille, puis traîné à Moulins
avec sa femme et ses deux fils aînés. La chronique
raconte que son troisième fils était si jeune et sa fille
si gracieuse et si charmante, que la main militaire
— 18 —
s'adoucit pour eux. On avait au surplus le projet de
revenir à eux plus tard et « quand les louveteaux,.
disait-on, auraient grandi, leur tour viendrait aussi.»
Givois, du reste, n'avait pas exécuté cet audacieux
coup de main aidé seulement par la passivité des
vignerons, mais soutenu et poussé peut-être par une
tourbe d'hommes sans nom, auxquels il fallait bien
qu'il obéît ayant été acclamé par eux. « Ils m'ont
choisi pour capitaine, il faut bien que je leur obéisse, »
dit un grotesque. C'est ce qui arrive de tous les am-
bitieux servis, parce qu'ils sont dominateurs. Ainsi,.
les hommes tarés, perclus de dettes et de crimes,
larves de Catilina et de Mirabeau, les turbulents, les
envieux, les philosophes de cabaret et aussi, hélas !
les mauvais prêtres, dont quelques-uns avaient apos-
tasié publiquement à la tribune du club local ; puis les
apostats de l'honneur dont l'un alla jusqu'à déshonorer
sa femme en alléguant faussement que, l'ayant sé-
duite, il était excusable dé l'avoir épousé, quoique
noble: Cùm inprofundum venerit, contemnit (l). Et
les infâmes de toute sorte et les peureux qui entraient
dans le mouvement pour n'en être pas victimes, tout
cela formait, non un parti, ce mot peut faire suppo-
ser une certaine communauté de principes, mais
une émeute en permanence, une saturnale de cauda-
taires en délire! Je ne veux citer qu'en passant la
lettre suivante d'une variété de Pilate qui se ren-
contre dans toutes les révolutions et que la littérature
a dramatisée plus d'une fois.
(1) Prov. 18, 13.
— 19 —
Minard, aux administrateurs du district de Cusset
et à ses concitoyens (1).
« Dans la correspondance de Givois, ex-agent
" national du district de Cusset avec Fouquier-
» Tinville, il s'est trouvé une lettre que je lui écri-
» vais relativement à Grassin,mes ennemis (car quel
» est celui qui n'en a pas?) ne manqueraient pas d'en
» conclure que je me suis rendu le dénonciateur
"bénévole de Grassin et que j'ai trempé dans les
» horreurs commises sous la tyrannie. Ah ! pourquoi
» faut-il qu'elle ait été, cette tyrannie, que jusqu'au
» 9 thermi dor aucun Français n'ait osé s'élever contre
» elle? Pourquoi faut-il que l'honnête homme, celui
» qui nourrissait dans son âme des principes de
» justice et d'humanité, ait été forcé de les concen-
» trer ; bien plus, de se prêter à des démarches dont
» l'inexécution eût entraîné sa perte, sans aucune
» utilité pour ses concitoyens et pour la patrie? Je
» vais, avec toute la franchise de mon coeur, dévoiler
» la source de cette lettre. Ce que je dirai suffira pour
» me justifier aux yeux de ceux qui me connaissent,
» aux yeux de ceux qui, comme moi, ont courbé for-
» cément la tête sous le joug du décemvirat. Puissé-
» je ne jamais perdre l'estime des honnêtes gens!
» c'est le seul bien auquel je m'attache et m'atta-
» cherai constamment.
» Quelque temps avant l'arrestation de Grassin et
» après son arrestation, Givois me demanda des ren-
(1) Imprimé aux notes de la publication dés Lettres de Givois.
— 20 —
» seignements sur le compte de cette infortunée
" victime qu'il voulait ajouter à tant d'autres ; je re-
» fuse constamment de les lui donner : Givois per-
» siste, je lui écris une lettre insignifiante. Peu
» content de ma lettre, il exige que je lui dise plus ,
» que je me transporte chez des personnes indiquées
» et que je lui fasse part de ce que j'aurai recueilli.
» Ces ordres sont suivis de menaces si je ne les exé-
» cute pas. Placé entre la dure nécessité d'obéir ou
» d'être perdu, je vais chez les personnes indiquées-
» et lui mande ce que j'ai recueilli. Que ma plume
» ne se refusait-elle à tracer ce que mon coeur re-
» poussait! Quoi qu'il en soit, je lui écrivis la lettre
» du ; mais que les hommes impartiaux veuil-
» lent en prendre lecture, ils y verront la promesse
» faite à ce tigre altéré de sang de lui dire quelque
» chose d'une municipalité ; pour l'endormir il fallait
» lui promettre des dénonciations; mais je m'en
» suis tenu à la promesse. Je déclare avec vérité ne
» lui avoir rien dit sur aucune municipalité. Ils y
» verront que les renseignements donnés sur Grassin
» se réduisent à la déclaration d'un seul individu,
» qu'elle n'en renferme aucune de ma part; et certes
» je puis le dire aujourd'hui, s'il fût entré dans mon
» intention de perdre Grassin, je pouvais me rendre
» accusateur direct. Que d'efforts, quelle résistance
" continuelle n'ai-je pas dû opposer, pour parer les
» poursuites de Givois à cet égard! Certes, loin de
» vouloir accuser, j'ai gémi, comme tous les bons ci-
» toyens, sur le sort de Grassin et de tous les inno-
» cents victimés. Je peux ici faire un appel au petit
— 21 —
» nombre d'amis auxquels je pouvais me confier
» alors. Combien de fois ils ont été témoins de ma
» douleur et de mes plaintes sur le sort de ceux que
» Givois et ses sectaires ont poussés sur l'échafaud!
» Combien de fois ils ont senti mon âme bouillonner
» d'indignation contre ces monstres oppresseurs de
» leur pays et contre le système d'horreur et de
« sang qui désolait la France! qu'elle était cruelle ma
" situation ! Je tenais à quelque fortune, je. le dis
» même avec orgueil, j'étais vertueux : et les bri-
» gands, jaloux des fortunes et des vertus, comme
» ils l'étaient des. talents, semblaient épier le mo-
» ment où ils pourraient me saisir et me perdre.
» Comme le chien faible et timide, qui caresse le
» lion prêt à le dévorer, je me suis vu contraint de
» les ménager. Quel est le Français éclairé, riche et
» vertueux, qui n'ait pas essuyé la même contrainte?
» Dans tout le règne des tyrans, il ne s'est trouvé
» qu'une Corday, qui, purgeant la France d'un mons-
» tre, se soit offerte en holocauste à la patrie. O Cor-
» day! reçois en ce moment des hommages que mon
» coeur, dans les temps de ton héroïsme, brû-
» lait de t'adresser, mais que les tyrans retinrent
» sur mes lèvres; tu donnas aux Français un sublime
» exemple que nul n'eut la force d'imiter. L'écha-
» faud est devenu le prix de ton courage, mais qu'il-
» était digne d'envie, cet échafaud! il était celui des
» Sidney et des Barneveldt; comme eux, tu vivras
» éternellement dans la mémoire des hommes ; tu
» vis dans la mienne. Si dans les temps affreux du
» décemvirat je n'ai pu partager ton héroïsme et ta
— 22 —
» destinée immortelle, ah ! du moins, je le jure sur
» ta tombe et par tes mânes sacrées, il ne m'arrivera
» plus de courber un front humilié sous la tyrannie:
» j'imiterai ton généreux dévouement plutôt que
» de supporter une seconde fois l'esclavage. —
» MINARD. »
Habemus confitentem reum ! voilà la confession
publique de gens qui repoussaient la confession se-
crète. Il s'avoue un chien timide, mais il se prétend
vertueux; il ne tient qu'à l'estime des honnêtes gens,
mais aussi à sa fortune; il invoque les mânes, mais
n'adjure pas Dieu; il chante enfin Charlotte Corday
qu'il se propose d'imiter dans la carrière de la vertu
et de l'assassinat! Voilà la moyenne des idées et des
sentiments de l'époque ; quant aux scélérats, dont les
noms se pressent au bout de ma plume, non-seule-
ment il est inutile à ce récit d'en faire le dénombre-
ment, mais il serait contraire à l'esprit qui m'anime
d'en perpétuer le souvenir. Tous sont morts ; quel-
ques-uns se sont continués dans des enfants meilleurs
qu'eux; quelques-uns, mal enrichis par leurs pères,
sont inviolables dans une expiation qui commence
pour eux. A mesure que se développeront les con-
séquences logiques de la révolution, nous les verrons
à leur tour dévorés comme aristocrates, ô Saturne !
Enfin, s'il y avait utilité et convenance à remuer la
cendre de ces morts, je m'abstiendrais encore de le
faire, parce que je me suis proposé d'écrire chré-
tiennement cette notice et non d'exercer une ven-
detta. «. Des dieux que nous servons connais la dif-
férence. » Vos pères ont été du parti de la haine, et
— 23 —
nous faisons effort pour être de celui de l'amour.
Certes, l'âme humaine a besoin de justice, puis-
qu'elle a besoin de Dieu, et pour qui l'attend depuis
trois quarts de siècle, elle est si lente à venir qu'elle
semble éclipsée à jamais ; mais le poète fait dire à
Dieu :
Tu n'as qu'un jour pour être juste :
J'ai l'éternité devant moi.
Puis, Dieu n'est pas justice seulement, il est aussi
miséricorde, et la fin de ce récit le montrera, où le
nom de Givois est exigé. J'ai donc nommé Givois à
peu près seul et je n'ai parlé de son oncle que par
forme d'atténuation pour lui. Ce sont en effet ces
deux noms qui s'entendent le plus au milieu des
gémissements des victimes de ce temps et de ce
pays ; c'est contre Givois que le sang versé crie le
plus haut; il a paru, dans le temps, non un pam-
phlet, oeuvre individuelle, mais un manifeste collectif
signé par cent soixante-huit notables de la ville de
Cusset, c'est-à-dire à peu près tout ce qui y restait
d'honnêtes gens lettrés. Cette brochure, imprimée
en exécution de l'arrêté du 20 nivôse an III de la
société populaire, contient un exposé de la vie de
Givois. Dire avec quelle passion, avec quelle fureur
un peu déclamatoire, comme tout ce qui sort de
cette époque, fille de Jean-Jacques, l'opinion réagit
contre les crimes trop prouvés de Givois; avec quel
fouet vengeur les signataires flagellent son immo-
ralité, sa cruauté, ses scélératesses ; avec quelle joie
ils se proclament délivrés de sa tyrannie proconsu-
— 24 —
laire; dire leur indignation, leurs élans, leur triom-
phe après le 9 thermidor, serait chose impossible et
d'ailleurs inutile. Hélas ! les victimes n'avaient plus
à profiler de cette victoire ; le sang écoulé de leurs
veines n'y devait plus rentrer et y reprendre vie, les
biens volés à leurs familles ne leur devaient même
plus être restitués. Pourquoi donc citerais-je in
extenso ce document? Je n'y veux prendre que ce
qui concerne la malheureuse famille du Bost et les
renseignements qui me permettent de continuer.
IV.
Nous avons laissé M. du Bost et sa famille sous le
coup d'une consternation qui les fit conduire à Mou-
lins, chef-lieu de leur département. C'est là que
commença une espèce d'instruction que je ne saurais
qualifier, puisqu'elle consistait à accuser les prison-
niers et à faire entendre contre eux des témoins à
charge, sans qu'ils pussent produire de témoins à
décharge et se défendre, ni verbalement, ni par
écrit. J'ai le dossier; il se compose d'expéditions en
bonne et due forme, dirai-je de témoignages ? non,
la pudeur des scribes à reculé devant ce mot, ils ont
intitulé les pièces et je dirai comme eux : dénoncia-
tions portées contre M. du Bost et ses enfants. Il n'en
est même aucune qui incrimine sa femme ; tout au
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plus l'une d'elles semblerait-elle atteindre M.. Rou-
ganne de Prinsat, son oncle, dont je n'ai pas parlé
comme membre de la famille du Bost, parce qu'il a
été compris dans une autre catégorie de victimes et
guillotiné le 21 prairial an II avec ses trois frères, et ce
sans jugement, sans même aucune accusation déter-
minée, si ce n'est d'être le conseil de M. du Bost, son
neveu, sur le seul arrêté de la société populaire diri-
gée par Givois, et après la célébration d'une farce
■ignoble, où l'un des bourreaux, grimé (1) en de
Prinsat, avait provoqué les huées publiques : contre
ce très-respectable vieillard. Que dire de cet aristo-
phane de cabaret ! Mais revenons aux dénonciations
portées contre M. du Bost : elles consistent en accu-
sations vagues d'attachement à l'horrible tyran
Louis XVI (ô démence!), en fréquentations de la fa-
mille de Pons, guillotinée à part, et où, prétendaient
les démocrates, on délibérait contre la liberté et la
sûreté du peuple, sans que rien de pareil ait été
prouvé et sans qu'il soit venu à l'esprit de ces sots,
gonflés d'orgueil, de se demander si les conversations
privées d'une famille de province pouvaient avoir la
moindre influence sur les destinées, la liberté et la
sûreté du peuple français. Il est vrai que leur fatuité
les faisait se, prendre pour le peuple entier! Mais
encore en quoi la liberté et la sûreté du peuple pou-
vaient-elles être compromises par les assemblées de
la famille de Pons, qui ne disposait pas des pouvoirs
publics, qui était à l'état de défensive à l'égard de
(l) Déguisé.
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l'émeute et du poignard démocratique, et qui
n'avait pas à donner l'assaut au pouvoir, aux ri-
chesses, aux avantages sociaux, que vous préten-
diez être monopolisés par l'aristocratie, même après
la fameuse nuit du 4 août? Ce sont là des raisons:
de loup féroce au bord du ruisseau, et s'il y avait
place pour le rire eh un si affreux sujet, on se rappel-
lerait le mot de cette fille à sa mère en querelle avec
une voisine : Ma mère, dépêche-toi de l'appeler
voleuse la première ! Plus brièvement on dit:
Mesurer autrui à son aulne.
Il se rencontre cependant au milieu de ces dénon-
ciations un fait précis : d'après un ou deux des
dénonciateurs, l'usage, au tribunal, pour la promul-
gation des lois et des manifestes royaux, était de
n'en donner lecture que par extraits. Or, M. du Bost
aurait fait donner lecture entière, par le greffier; de'
la proclamation du tyran sur l'événement du 20
juin 1792; il aurait fait plus, il aurait fait afficher
celle proclamation hors de la salle d'audience, et,;
ayant appris qu'un patriote l'avait déchirée, il me-
naça de le poursuivre et dénonça même ce fait au
ministre, sans que rien, du reste, s'en suivit.
D'abord le fait de la lecture de la proclamation
tout entière n'est pas prouvé et le contraire semble
l'être, car le sieur Antoine Leboeuf, alors greffier du
tribunal et dont les ennemis de M. du Bost croyaient
pouvoir invoquer le témoignage comme probant,
puisque c'était lui qui aurait fait cette lecture, et
comme indépendant, puisqu'il n'était plus greffier
et que la famille du Bost était incarcérée, le sieur Le'
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boeuf déclare sous la foi du serment : qu'il ne se rap-
pelle pas avoir lu dans son entier cette proclamation
et qu'il ne se rappelle pas non plus si Chapus du
Bost lui à dit de la lire en son entier. C'est la seule
manière dont on puisse prouver un fait négatif, et
si cette lecture avait été contraire à un usage établi,
le.greffier l'aurait bien sans doute remarqué; et
si M. du Bost lui avait fait la demande étrange d'une
dérogation à l'usage, ne l'aurait-il pas également
remarqué?
Reste le fait de l'affichage : voilà dans quels termes
il est dénoncé au Comité de surveillance de Cusset,
par François Villard, concierge de la société popu-
laire : « Au mois de juin 1792 il fut mandé par le
» nommé du.Bost, ci-devant procureur du roi et à
" cette époque commissaire, à l'effet de proclamer
" et d'afficher une proclamation du roi, avec plu-
» sieurs autres. Le dit Villard, en sa qualité de pré-
» coniseur, obéit aux ordres à lui donnés par ledit
" du Bost. Ladite proclamation étant affichée et pro-
» clamée, Dubost demanda à lui, déclarant, pourquoi
» il l'avait affichée hors de la salle du tribunal, ce
» qui était cause qu'un patriote l'avait déchirée et fait
» brûler, et que celui qui l'avait fait s'en repentirait ;
» et que Rouganne de Prinsat, son oncle, ci-devant
» subdélégué; étant avec lui, tint les mêmes propos
" au citoyen Villard, avec un air courroucé. »
D'abord cette dénonciation n'est pas la reproduc-
tion textuelle du témoignage du dénonciateur, elle
en est seulement l'analyse à la troisième personne,
et dans le cas présent, tout en nuances (eh! oui,
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l'accusation repose sur des vétilles), il a été facile à
une main ennemie d'altérer les faits et d'envenimer
les détails. Mais, à prendre ce texte tel quel, nous
voyons que les deux parties du témoignage se contre-
disent, que M. du Bost aurait ordonné d'afficher et
qu'ensuite, il se serait plaint de l'affichage. « Pour-
quoi avez-vous affiché? » dit-il. On ne voit donc pas
très-clair dans cette dénonciation. Il a pu y avoir un
malentendu entre M. du Bost et le sieur Villard;
chargé, dit-il, de poser en même temps d'autres
affiches, il a pu y avoir inadvertance, il a pu y avoir
aussi excès de zèle. Le pourquoi? de M. du Bost
autorise toutes les suppositions.
Mais enfin, quand le fait serait constant et aussi la
lecture en entier à l'audience du tribunal, il y aurait
là un motif de condamnation, et de condamnation
à mort et pour toute une famille! Demandez aux
magistrats de France qui ont la police de leurs au-
diences, demandez à tous les fonctionnaires qui ont
à remplir une formalité légale de leur compétence,
s'ils imaginent qu'une condamnation à mort pût les
atteindre et leur famille avec eux, pour une inobser-
vance, un malentendu, un excès de zèle de subor-
donné? Allons donc, scélérats hypocrites de léga-
lité! vous pouviez assassiner, cette famille, vous
pouviez, au coin d'un bois, la dépouiller de sa bourse
et menacer sa vie, elle se serait défendue et vous
vous seriez donné le mérite d'affronter un danger
réel; mais enlever, par surprise, des malheureux
qui ne peuvent se défendre, puisqu'ils ne savent
pas ce dont on les accuse et qui dédaigneraient de

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