Notice sur la vie et les travaux de Jules Pelouze, membre de l'Académie des Sciences

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Impr. de Lahure (Paris). 1868. Pelouze, J.. In-8 °. Pièce.
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Publié le : mercredi 1 janvier 1868
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NOTICE
SUR LA VIE ET LES TRAVAUX
DE JULES PELOUZE
MEMBRE DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES.
L'Académie des sciences a fait des pertes bien
cruelles dans le cours de l'année qui vient de s'é-
couler, et celle qui commence a déjà vu s'ouvrir
bien des tombes. C'est ainsi que la mort a frappé
successivement et presque coup sur coup Jobert
de Lamballe, Pelouze, Civiale, Velpeau, Rayer,
Faraday, Poncelet, Serres, Foucault et Brewster.
Qui de nous aurait pu croire, il y a.quinze mois
à peine, que Pelouze nous serait si promptement
ravi. Hélas ! c'est au moment où plus libre de son
temps il s'occupait avec une ardeur juvénile des appli-
cations de la science vers lesquelles il se sentait plus
particulièrement attiré que la mort est venue le
prendre. Une affection grave dont on ne soupçon-
nait pas l'existence, et que la douleur de la perle
- C) -
d'une compagne aimée vint aggraver subitement,
l'emportait dans la tombe trois mois après elle, sans
que les ressources de l'art et les soins d'une famille
qui le chérissait tendrement aient pu conjurer un
événement que vers la fin d'avril on ne pressentait
déjà que trop.
Le 31 mai, Pelouze s'éteignit à Bellevue dans la
maison qu'il avait louée pour le rétablissement de
la santé de sa femme, le jour même où il s'y était
fait transporter.
Le 3 juin, un nombre considérable de parents,
d'amis, d'anciens élèves, les divers employés de la
Monnaie, des députations de l'Institut et du conseil
municipal, l'accompagnaient à sa dernière demeure
dans le plus profond recueillement et dans une at-
titude pleine de tristesse, juste tribut rendu plus
à la mémoire de l'homme- de bien, qu'à celle du
savant éminent, et de l'habile administrateur.
Aussi le passant comprenait-il instinctivement en
voyant s'écouler cette foule silencieuse et recueillie
que celui qu'elle conduisait au lieu du repos était
moins encore un des privilégiés de la terre qu'un
de ces hommes qui par la bonté native de leur cœur
savent se conquérir de vives sympathies.
Jules-Théophile Pelouze, dont je me propose de
vous retracer ici sommairement la vie et les tra-
vaux, naquit à Valognes (Manche), le 26 février
1807. à Valo g nes (~lanche ) ,
Son père, Paul-François Pelouze, dirigeait à cette
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époque une manufacture de porcelaines qu'il avait
fondée dans cette ville.
Ce dernier, dont la vie fut très-aventureuse et
qui montra plus d'activité que de prévoyance dans
les différentes phases de sa carrière, était né à
Sainte-Lucie (Martinique). Fait prisonnier par les
Anglais durant les guerres de la Révolution, il fut
amené sur les pontons d'où il parvint bientôt à s'é-
chapper. A son arrivée en France, dénué de toutes
ressources, n'ayant aucune protection, il mit à profit
les connaissances variées qu'il possédait. Il vécut
d'abord de traductions, puis, d'une modeste place
de commis aux constructions maritimes dans le
port de Cherbourg.
Doué d'une âme honnête et d'un caractère éner-
que, mais d'un esprit excessivement original, le
père de Pelouze ne sut se fixer nulle part. C'est ainsi
que nous le voyons successivement fonder une ma-
nufacture de porcelaines à Yalognes, remplir les
fonctions d'officier de fabrique à la manufacture de
glaces de Saint-Gobain, diriger la grande usine du
-Creusot et les forges de Charenton et que nous le
retrouvons enfin dans la première compagnie an-
glaise qui s'établit à Paris pour l'éclairage au gaz.
On lui doit différents manuels technologiques très-
estimés, tels que l'Art du maître de forges, deux
traités l'un concernant l'éclairage au gaz, l'autre
relatif à la fabrication du coke, enfin un ouvrage
sur le blanchiment par les procédés de Berthollet.
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Mais sa nature inquiète ne pouvant s'accommoder
d'une existence tranquille le poussait au bout de
peu de temps à donner sa démission des emplois
qui le faisaient vivre et rendaient très-pénible et
très-précaire l'existence de sa famille qui se com-
posait de plusieurs enfants.
Pelouze se trouva donc au début de sa carrière
en présence de difficultés sérieuses et dut vivre de
privations de toutes sortes.
Placé chez un professeur particulier, M. Brisset,
à Chevrigny près Laon, il y commença des études
qu"il dut bientôt abandonner.
Durant le séjour de son père à Saint-Gobairr, il
travailla comme élève en pharmacie chez M. Du-
puis, à la Fère. Il y demeura dix-huit mois, puis il
vint à Paris en 1825 et entra pareillement en qua-
lité d'élève dans la pharmacie que dirigeait alors
M. Chevalier, membre- de l'Académie de médecine.
Nommé bientôt après interne en pharmacie des
hôpitaux de Paris, il fut attaché à la Salpêtrière,
au service de M. Magendie; c'est de cette époque
que data sa liaison avec Jobert de Lamballe qui
remplissait les fonctions d'interne en médecine dans
le même service.
Le père de Pelouze qui dirigeait à ce moment
les forges de Charenton, se trouvait en relations
fréquentes avec Gay-Lussac, alors chimiste-conseil
de cet immense établissement. Ce savant eut l'oc-
casion de voir à plusieurs reprises le jeune Pelouze
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auquel il reconnut des aptitudes toutes spéciales
pour la chimie. Une circonstance fortuite qui les
mit plus directement en rapport décida définitive-
ment de la carrière de Pelouze.
Un jour que Gay-Lussac revenait de Charenton à
Paris par une pluie battante dans un coucou (véhi-
cule alors fort en vogue), qu'il avait loué pour lui
seul, Pelouze qui de son côté se rendait à la Salpê-
trière héla le cocher qui refusa de le prendre.
Vive insistance de la part de Pelouze. Refus nou-
veau de la part du cocher. Gay-Lussac resté quel-
ques instants silencieux, autorisa le jeune Pelouze
à monter près de lui. Ce dernier" qui ne l'avait pas
reconnu tout d'abord et se trouvait très-déconte-
nancé d'un pareil tête-à-tête, fut au bout de peu
d'instants rassuré par la bienveillance du maître.
Une conversation relative à différents sujets de chi-
mie-s'engagea bientôt entre eux, et Gay-Lussac, sa-
tisfait de l'entretien, reconnaissant en Pelouze un
des adeptes de la science, lui proposa d'entrer im-
médiatement à son laboratoire. Pelouze accepta
cette proposition avec la plus vive reconnaissance
et quitta définitivement l'internat en pharmacie
pour consacrer tout son temps à l'étude de la chi-
mie. Il avait alors à peine de quoi vivre, car son
père qui venait de donner sa démission des forges
de Charenton, laissait sa famille presque sans res- -
sources.
Pelouze habitait alors avec son frère, élève aide-
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major en pharmacie du Val-de-Grâce, une mansarde
de la rue Copeau.
Je ne saurais être taxé d'exagération par aucun
de ceux qui connurent intimement Pelouze, lorsque
je vous dirai qu'à cette époque il fut souvent obligé
de se contenter pour vivre d'un morceau de pain -
arrosé de l'eau de la fontaine.
La vie fut rude au début pour Pelouze, mais il
était à cet âge où les privations ne nous coûtent
pas, et où l'on accepte avec joie le labeur le plus
pénible alors qu'on voit s'ouvrir devant soi l'ave-
nir, qu'on sent germer en soi la pensée de con-
quérir de la gloire, n'ayant d'autre préoccupation
que l'étude. Le jeune chimiste apportait une ardeur
fiévreuse au travail du laboratoire, et il lui arriva
plus d'une fois de réveiller le concierge tant il avait
à cœur de se mettre à l'ouvrage; aussi ses premiers
essais qui datent de cette époque attirèrent-ils vive-
ment par leur importance l'attention sur le jeune
et intéressant travailleur. Son désir d'apprendre
était tel qu'il refusa toutes les leçons particulières
qui lui furent proposées et qui auraient pu lui
assurer un peu de bien-être, pour ne pas perdre
une minute d'un temps qu'il brûlait de consacrer
exclusivement au culte de la science.
Deux ou trois années après son entrée au labo-
ratoire de Gay-Lussac, en 1830, Pelouze alors âgé
de '23 ans, fut nommé professeur adjoint d'une
chaire que venait de créer la municipalité de Lille
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et dont M. Kuhlmann était le titulaire. Mais cette
position ne devait être que transitoire et bientôt il
revenait à Paris rappelé par Gay-Lussac qui le fit
nommer répétiteur de son cours et* le choisit plus
tard pour le suppléer.
En 1833 il obtenait, à la suite d'un brillant con-
cours, la place d'essayeur des monnaies, laissée va-
cante par la retraite de M. Chaudet. M. Thenard,
rapporteur de la commission chargée d'examiner
les candidats, s'exprimait de la manière suivante
relativement à Pelouze au sujet de ce concours":
cc M. Pclouze, répétiteur de chimie à l'École poly-
technique, l'a emporté de beaucoup sur ses trois
concurrents. 11 s'est mis véritablement hors ligne
pour la manière dont il a traité les questions qui
lui ont été posées ; aussi est-il l'auteur de mémoires
très-remarquables qui lui assignent un rang distin-
gué en chimie, et qui lui ouvriront bien sûrement
les portes de l'Académie.
« Si vous lui accordez la place dont il s'est mon-
tré publiquement si digne, il dépassera toutes vos
espérances pour les services qu'il pourra rendre à
la chose publique. »
Les prévisions du savant rapporteur devaient re-
cevoir une prompte réalisation; en effet, au mois de
juin de l'année 1837, l'Académie des sciences l'ad-
mettait dans son sein en rem p lacement de M. Deyeux.
Il suppléa successivéinent^Tk enard et M. Dumas
au Collège de France et-là ,lAÉo<$a polytechnique et

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