Notice sur le chevalier Amédée Jaubert : ntroduction aux "Journal et mémoires du Marquis d'Argenson / par M. L.-J.-D. Féraud-Giraud

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A. Makaire (Aix). 1864. 20 p. ; In-8°.
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Publié le : vendredi 1 janvier 1864
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NOTICE
SUR LE CHEVALIER
AMÉDÉE JAUBERT
NOTICE
SUR LE CHEVALIER
AMÉDÉE JAUBERT
LUE LE 24 MAI 1864
A LA SÉANCE PUBLIQUE
DE
L'ACADEMIE DES SCIENCES, AGRICULTURE, ARTS
ET BELLES-LETTRES D'AIX
PAR
M. L.-J.-D. FERAUD-GIRAUD
AIX
ACHILLE MAKAIRE , IMPRIMEUR - LIBRAIRE
2 , rue Pont-Moreau , 2
1864
MESSIEURS,
Je ne puis mieux correspondre aux désirs de l'Académie, à
laquelle je dois le périlleux honneur de prendre aujourd'hui la
parole devant cette assemblée d'élite, qu'en retraçant devant
vous la vie d'un ancien membre de notre Compagnie, né dans
notre ville, dont l'existence entière fut consacrée à la science et
au pays. C'est une coutume à la fois pieuse et utile de rappeler
dans nos solennités académiques de pareils souvenirs, et si j'ai
juste sujet de craindre de rester au-dessous de ma tâche, je suis
sûr que vos sympathies excitées par les actes dont je vous entre-
tiendrai m'aideront à l'accomplir.
Antoine-Pierre JAUBERT , né à Pélissanne le 17 janvier 1748,
successivement avocat au Parlement de Provence et après 1789
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premier procureur général syndic du département des Bouches-
du-Rhône, membre du Corps législatif, puis magistrat à la Cour
de Paris 1 , avait eu six enfants ; l'un d'eux François-Louis-
Charles-Maxime, né à Aix le 29 janvier 1781, suivit comme
son père la carrière du barreau et de la magistrature et siégea
successivement avec distinction au Tribunal de première instance
de la Seine, à la Cour de Paris et à la Cour de cassation.
C'est de son frère aîné, le chevalier JAUBERT PIERRE-
AMÉDÉE-ÉMILIEN-PROBE , dont je viens vous entretenir.
Né à Aix le 3 juin 1779, dans la maison Gautier-la-Molle
voisine de celle qu'occupait alors sur le Cours le jurisconsulte
Jullien, il commença ses études dans le collége des doctrinaires
à Aix. Les déplorables événements de 1793 ayant forcé son père
à quitter la Provence et à se réfugier à Paris, il fut l'y rejoindre
avec sa famille. Il ne serait pas sans intérêt de raconter les inci-
dents de ce premier voyage qui ne dura pas moins de vingt-huit
jours à travers un pays victime des haines et des fureurs révolu-
tionnaires. Nous verrions ce jeune homme, âgé de 13 ans à peine,
donner déjà des marques nombreuses de résolution et de cou-
rage; mais ces qualités apparaîtront plus tard avec tant d'éclat et
1 M. Jaubert père, comme avocat au Parlement, avait été chargé par
Mirabeau de la défense de ses intérêts dans son procès contre sa femme
défendue par Portalis. Nommé procureur général syndic des Bouches-
du-Rhône en 4789, il dut quitter son pays pour échapper aux fureurs
des révolutionnaires. Arrivé à Paris, il fut sous le Directoire successive-
ment commissaire, juge et président au Tribunal de la Seine; remplacé
au moment de la révolution du 48 fructidor, il fut ensuite élu membre
du Corps législatif en 1802 , secrétaire de ce corps en 4803 et vice-prési-
dent en 4804. En 4840 il fut nommé conseiller à la Cour de Paris et
mourut à Vaugirard le 42 juin 4822.
tant d'énergie que c'est à peine si je m'arrête ici pour les in-
diquer.
A Paris, Jaubert fut bientôt soumis à ces épreuves pénibles
qu'ont dû subir plus tard en y arrivant bien des Provençaux de-
venus illustres : obstacles, difficultés, revers qui découragent les
hommes ordinaires mais qui ne font qu'activer l'énergie et gran-
dir l'intelligence des hommes supérieurs. Nous le voyons avec
son frère Maxime dans l'imprimerie des Didot, puis il songe à
entrer à l'école polytechnique et suit dans ce but pendant deux
ans le cours de mathématiques de Deparcieux.
Un décret de la Convention du 30 mars 1795 avait établi une
école des langues orientales vivantes : on devait y enseigner le
turc, l'arabe et le persan ; Venture, Langlès et Sylvestre de Sacy
avaient été chargés des cours. Jaubert en traversant la rue Riche-
lieu aperçut au coin de la rue.d'Amboise une affiche dont les
dimensions peu ordinaires à cette époque attirèrent son atten-
tion : on y annonçait l'ouverture de ces cours. Sa véritable voca-
tion se révéla tout-à-coup à lui, il suivit avec assiduité les leçons
de ses nouveaux professeurs et il se fit tellement distinguer par
l'intelligence spéciale, le zèle et l'aptitude qu'il apporta dans ses
nouvelles études que, peu de temps après, le jeune orientaliste à
peine âgé de 1 8 ans attendait déjà son ordre de départ pour
Constantinople comme jeune de langue. Les événements de l'é-
poque vinrent lui ouvrir de plus hautes destinées.
Leibnitz, en conviant en 1672 Louis XIV à faire la conquête
de l'Egypte qu'il appelait la Hollande de l'Orient, disait au grand
roi : « Vous assurerez ainsi l'éternelle domination de la France
» dans le Levant, vous réjouirez la chrétienté, vous remplirez le
» monde d'étonnement et d'admiration. »
Ces mêmes pensées vastes et fécondes, trop dédaignées un siè-
cle auparavant, avaient été inspirées par son propre génie à un
jeune général de la république qui ne connut que plus tard le
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consilium oegyptiacum du philosophe 1. C'était en Egypte qu'il
fallait s'établir pour s'emparer du commerce de l'Inde et de tout
l'Orient non pas au détriment de la Hollande, mais à l'encontre
de l'Angleterre. Maîtres de l'Egypte il nous était facile de domi-
ner dans la Méditerranée, d'en faire un lac français et de faire
aboutir chez nous toutes les voies commerciales. Cette idée, dont
la réalisation a été sans cesse poursuivie depuis d'une manière
lente et presque ignorée mais continue et incessante, avec des
manifestations successives et diverses à l'une desquelles préside
en ce moment M. de Lesseps, fut discutée au Directoire : les pro-
positions de Bonaparte furent enfin acceptées, l'expédition d'E-
gypte fut résolue.
Tandis qu'on se perdait en conjectures, en France et à l'étran-
1 Au moment où je corrige les épreuves je reçois la livraison de mai
4864 des Séances et travaux de l'Académie des sciences morales et po-
litiques, qui contient un article bien remarquable de notre cher et sa-
vant compatriote M. Mignet sur le travail de Leibnitz, au sujet de la
publication de ses oeuvres par A. Foucher du Careil. Il en résulte bien
certainement que Bonaparte ne connaissait pas les propositions de Leib-
nitz lorsqu'il projetait l'expédition d'Egypte, et cependant elle en est la
réalisation la plus exacte et la plus complète. Voici au surplus ce que dit
M. Mignet en terminant son travail : « Sans connaître les plans, les
» moyens, le but de l'ancienne entreprise projetée au XVIIe siècle, le
» général Bonaparte, à la fin du XVIIIe, fit cette grande expédition avec le
» même nombre d'hommes qu'avait fixé le philosophe Leibnitz, en sui-
» vant la route qu'il avait tracée, en débarquant à l'un des points qu'il
» avait désignés, en frappant le coup décisif dans les lieux qu'il avait en
» quelque sorte marqués comme le champ de bataille où se remporterait
» la victoire et s'acquerrait l'Egypte, et il aurait cherché à donner à sa
» conquête la solidité et l'extension que Leibnitz proposait avec autant
» de confiance que de hardiesse, si l'ambition et la destinée ne l'avaient
» pas rappelé en Europe où l'attendaient de plus vastes projets et un plus
» grand rôle. »

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