Notice sur les principaux tableaux du musée impérial de l'ermitage à Saint-Pétersbourg

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Trautwein (Berlin). 1828. 155 p. ; 15 cm.
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Publié le : mardi 1 janvier 1828
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NOTICE
SUR LES PRINCIPAUX TABLEAUX
DU
MUSÉE IMPÉRIAL
DE
L'ERMITAGE
A SAINT-PÉTERSBOURG.
A ST - PÉTERSBOURG,
CHEZ J. BRIEFF,
LIBRAIRE ET iDITEUR DE MUSIQUE, COMMISSIONNAIRE
DES THÉATRES IMPERIAUX, AINSI QUE DE L'UNIVERSITÉ
DE KHARKOW, GRANDE MORSKOÏ, MAISON GONOROPOULO.
A BERLIN,
CHEZ T. TRAUTWEIN.
LIBRAIRE ET IDITEUR DE MUSIQUE.
1828.
PERMIS D'IMPRIMER,
A la charge de fournir ail Comité principal 4e
Censure sept exemplaires de cet ouvrage après l'im-
pressiou et avant de le pnblier.
St - Pétersbourg, ce 6. Août 1827.
BASILE SÉMÉNOFF,
Censeur.
AVERTISSEMENT.
L'Auteur de cette Notice n'est ni artiste,
ni grand connaisseur en peinture j à peine
s'il ose prendre le modeste nom d'amateur,
puisque celui-ci même n'est pas sans am-
bition dans la bouche de bien des gens qui,
en se Vattribuant en toute humilité, y ratta-
chent néanmoins des idées de savoir et de goût
qui flattent leur amour - propre. L'auteur
n'a aucune de ces prétentions: mais ses voya-
VI
trait etc. 2 vol. petit in fol., ouvrage d'un
vrai mérite qui s'attachait à satisfaire un
besoin réel long teins senti, en offrant au pu-
blic, dans des esquisses rapides et souvent
brillantes, l'explication de plus de 80 tableaux
des plus distingués, à laquelle il a ajouté
quelques données sur la vie des peintres qui les
ont produits. Cependant, lors même que cette
entremise utile et dispendieuse aurait été
poussée jusqu'au bout, elle n'eut point rem-
pli la lacune qui nous a fait entreprendre
ce travail. Uouvrage de M. de Labenshy pou-
vait briller dans les Bibliothèques, et donner
aussi aux artistes ou amateurs étrangers une
idée de ce que l'Ermitage récelait en princi-
paux tableaux ; mais son format, son but dif-
férent du notre, l'omission de toute indication
VII
relative à l'endroit ou à la salle occupée par
les productions décrites, comme aussi l'absence
de tout plan régulier que les vues de Védi-
teur rernlaient inwtile, enfin, le prix élevé au-
quel ses nombreuses gravures avaient dû le
faire vendre, toutes Des causes réunies rf*op-
posaient à ce que la Galerie de l'Ermi-
tage devint un Manuel du voyageur ou de
l'amateur national.
C'est cependant à la Galerie même que
le besoin d'un Guide se fait sentir davan-
tage; on serait charmé, sans doute,' d'y ren-
contrer un ami quel qu'il fût, mort ou vivant,
qui se chargeât de l'explication de ces innom-
brables tableaux, qui vint au secours de la
mémoire de l'un, de l'ignorance de l'autre ;
qui donnât en peu de mots, sur tous les- ta-
vrn
bleaux saillants, les renseignement nécessai-
res, relativement au maître, au mérite, au
sens, aux particularités de chacun, enfin,
qui ouvrit la bouche aux figures et fit par-
ler la toile. Sans un tel Guide, le connais.
seur ne sait ni où trouver ce qu'il cherche,
ni où chercher ce qu'il y a de vraiment cu-
rieux ; et celui que la seule curiosité attire
en ces lieux se perd dans un labyrinthe: son
jugement téméraire tranche sur tout sans rime
et sans raison ; il passe dédaigneusement de-
vant les tableaux les plus remarquables pour
s'appesantir sur ceux qui méritaient le moins
de fixer son attention. Son goût n'étant pas
formé, il se livre aux suggestions d'un senti-
ment vague qu'il croit infaillible, et excite,
à force d hérésies, la gaieté, peut - être la
IX
pitié du connaisseur à portée de l'entendre.
Ne sachant pas quel nom donner à la scène
qui l'arrête et dont il ne devine pas le sujet,
rien ne la fixe dans sa mémoire. Veut - il
cultiver son goût? il ne sait sur quels ta,.
bleaux l'exercer!
Ne rougissons pas d'avouer que plus d'une
fois nous nous sommes trouvés dans le même
cas, et qui sait si notre travail ne donnera
pas lieu à penser que nous sommes loin encore
et avoir franchi les barrières où nous étions
retenus, faute davoir étudié la partie.
On voit que l'auteur de la Notice ne se
dissimule nullement les nombreuses imperfec-
tions de son travailil ne revendique et au-
tre mérite que celui etavoir essayé de satis-
faire à un besoin véritable, et de n'avoir craint
X
ni la peine que sa tâche lui imposait, ni les
critiques auxquelles elle l'exposait. L'indul-
gence du public doit au reste lui être acquise,
puisque c'est pour lui qu'il a travaillé, sans
aucune considération personnelle.
Connaissant donc la réalité du, besoin
qu'il signale., tant par sa propre expérience,
que par les regrets que des personnes, amies
éclairées des arts et des lettres, lui ont plus
d'une fois exprimés, de ne point pouvoir visi-
ter avec fruit la précieuse Galerie, faute d'un
Guide; animé d'ailleurs du desir doffrir aux
habitans d'une ville qu'il va quitter après
deux ans de séjour, un faible gage dune
reconnaissance bien sentie, en échange de
l'accueil amical et souvent flatteur qu'il y a
trouvé, l'auteur de cette Notice a cru pouvoir
91
tenter lessai. Que so livre devienne bientôt
inutile, il s'en réjouirfZJ. et son but sera reTllt-
pli quand il aura mené à quelquechose de mieux.
L'éditeur après avoir placé les exemplaires
du premier tirage" £ entendra volontiers avec
qui voudra s'emparer de cette faible ébauche
pour en fçire la base dune Description plus
complète et plus digne du sanctuaire des Mu-
ses auquel elle est consacrée.
En attendant, l'auteur a profité du peu de
ressources dont il disposait : l'ouvrage de M. de
* Labensky a éte mis à contribution par lui, et
il a de même tiré parti de quelques données
qu'il a trouvées dans la Description de
St-Pétersbourg de M., de Svignine et qui
n'étaient pas empruntées à l'ouvrage précé-
dentt comme aussi de celles que présente Vou-
xrr
vrage allemand de M. de Reimers intitulé:
St-Pétersbourg à la fin du premier
siecle de son existenceT. 1. p.354 368.
Enfin, quand tout ce qui précède était déjà
couché sur le papier, il a reçu le premier vo-
lume d'un livre allemand bien recommandable,
qui apour titre : S ur les objets d'art et d'an-
tiquité conservés à St-Pétersbourg,
du professeur Ferd. Rand} et dont la préface
est datée de Jéna le 12. Mars 1827; ouvrage
auquel il doit un grand nombre de rensei-
gnemens, de corrections, de détails, et surtout,
par la confirmation qu'il y a trouvée d'un
prand nombre de ses vues, la confiance avec la-
quelle il livre maintenant au public la pré-
sente Notice.
St-Pétersbourg, ce 28. Juillet 1827.
J. H. SCHNITZLER.
1
INTRODUCTION.
Le Palais d'hiver, un des principaux monumens
du règne d'Elisabeth Petrovna, et depuis Pierre 111.,
en 1762, la résidence habituelle des souverains de
la Russie, forme un parallélogramme d'environ 450
pieds de long, sur 350 de large et 70 de haut.
Son style a quelquechose d'imposant, et sa façade
est ornée de colonnes d'ordre ionien, à l'étage infé-
rieur, et d'ordre corinthien à celui qui est audessus,
ainsi que de statues et de divers emblèmes. C'est en
1754 que l'Impératrice Elisabeth adopta les plans du
comte Rastrelli, architecte italien, et huit ans après
ce vaste bâtiment dont l'intérieur surtout n'est pas
audessous de sa haute destination, fut en état d'être
habite'. L'Ermitage en est, en quelque sorte, la
continuation: ils communiquent ensemble par plu-
sieurs galeries, couvertes, et, du côté de la grande
2
Millionne, l'Ermitage est adossé au palais qui portg
le nom du Grand-duc Constantin. Il forme égaleJ
ment un parallélogramme, et sa façade principale ei'
sur le quai de la Néva, en face de la nouvelle Bonne,
qui est sur l'autre rhje de ce fleuve majestueux. Il
n'a point été construit sur un plan général et uni-
forme, ni d'une seule fois: plusieurs architectes, à di-
verses époques, ont concouru à son élévation. Il se
compose de trois grands corps de bâtimens, jointe
entre eux par des galeries ou des arcades. Le pre-
mier touche au Palais d'hiver du côté de la magni-
fique salle de St- Georges; destiné à faire partie de
cette résidence des Empereurs, il est bâtj dans le
même style, et l'architecte Lamotte qui l'éleva en 1765,
n'a pas senti qu' en appliquant trop servilement à
un édifice d'une longueur bornée, des proportions et
des ornemens qu'il admirait dans un grand palais,
il lui donnait un air lourd et comprimé. La façade
n'est pas assez longue pour les statues, colonnes et
emblèmes dont elle est surchargée. Plus long et plus
simple, le bâtiment attenant plait bien plus; il a été
construit en 1775 par l'architecte impérial Velten. Sa
façade à trois étages, de 24 croisées chacune, est pres-
que sans ornemells; mais elle a pourtant beaucoup
d'élégance. Le Théatre forme la troisième partie de
l'Ermitage, et en est la plus belle. Orné de colon-
nes, de statues et de bustes d'auteurs grecs, romains
et laisses, il est encorë recommandable par la justesse
3
de ses proportions. On prétend que les trois croisées
qui sont vers le canal de communication de la Moïka
à la Néva, canal qui sépare le Théâtre du corps prin-
cipal de l'Ermitage, et vers la grande rue Millionne,
ont remplacé celles qui jadis éclairaient la chambre
à coucher de Pierre le grand, dans laquelle ce héros-
réformateur a rendu le dernier soupir. Ce Théâtre,
chef- d'oeuvre de l'architecte impérial Guarenghi, dont
tant d'autres beaux momimeus attestent le- talent, est
mis en rapport avec le reste du vaste ensemble qui
nous occupe, par une voûte hardie et élégante, qui,
jetée audessus du bras de la Moïka, soutient la salle
décorée de tableaux, qui sert en quelque sorte d'anti-
chambre à la salle de spectacle. La construction de
cette belle arcade ayant occasionné de nouveaux chan-
gemens, Guarenghi reçut l'ordre de l'Impératrice
Catherine la grande de donner une nouvelle distri-
bution à l'intérieur de l'édifice du milieu, et d'y
ajouter la galerie qu'elle destinait à recevoir les pein-
tures faites à Rome, par les plus distingués de sea
artistes, sur les célèbres Loges de Raphaël au Va-
tican. Enfin on mit la dernière main à l'ensemble
de l'Ermitage en 1804, lorsque l'Empereur Alexandre
chargea le même architecte de couvrir la Descente
de Catherine II., et de ménager ainsi une nouvelle
salle, où l'on a réuni depuis les nombreuses produc-
tions de peintres français, qui, avec les tableaux de
Rubens, de Van Dyck et de Rembrandt, forment le
4
principal ornement de ce Temple des Muses, dignal
en tout de sa grande fondatrice.
C'est de son goût pour la retraite an sein dev
prestiges des eciences et des arts, auquel il avait déjà,
dû son origine, que l'Ermitage tient son nom. Dès,
son avènement au trône Catherine II. avait songé t
créer tin établissement qui, en donnant un nouvaL
ornement à sa capitale, pût rivaliser avec les temples des..
arts qui font l'orgueil de tant de villes d'Italie, ainsi que
de Paris, de Dresde, de Munie etc. Elle y réunit à
grands frais des curiosités de toute espèce, et se re-
tirait volontiers dans ce sanctuaire, pour se reposer.
un instant du poids de la grandeur, pour y goûter
parfois les douceurs de la vie privée, et pour puiser
dans le commerce avec d'immortels génies et dans
la contemplation de lenrs chefs. d'oeuvres, ces nobles
inspirations dont son règne offre les grands résultats.
C'est là que cette illustre souveraine se rendoit pour
échapper aux re-gards percans de ses courtisans, toutes
les fois qu'elle voulait recevoir en audienoe secrète
quelque ministre étranger, ou les ngeas de ses pro-
pres volontés ; c'est là qu'elle causait avec les savans
nationaux et étrangers, dont le génie leur avait italu
son intimité; c'est là enfin qu'elle méditait dans le
silence les mesures qu'elle jugeait utiles à son pays,
et qui demandaient à être mûries dans la retraite.
Catherine II. donnait d'ailleurs à l'Ermitage de
brillantes sociétés, où, déposant la pourpre pour se
5
rapprocher du coeur de ses sujets, on pour se per-
mettre un moment d'abandon avec les hommes qu'elle
honorait de son estime, l'Impératrice n'était plus
qu'une femme grâcieuse et spirituelle, qui faisait les
honneurs de sa maison avec affabilité et prévenance.
Ces assemblées étaient de trois espèces, et réunissaient
tout ce que Pétersbourg avait de plus illustre et tout
ce que la gloire de la princesse avait attiré d'hommes
de distinction de tous les pays; l'accès du cercle le
plus étroit était réservé aux personnages les plus mar-
quans et à ceux de ses serviteurs dont elle appréciait
le plus les efforts. Les lois qui réglaient l'ordre à
observer dans ces occasions nous ont heureusement
été conservées ; elles déposent pour la liberté parfaite
qui y régnait; l'étiquette des cours en était bannie;
on la fuyait dans des cercles qui devaient être consi-
dérés comme des réunions de famille, où chacun
était appelé à contribuer de son mieux à l'amusement
de tous, et où l'on aurait voulu interdire tout accès
aux intrigues, aux vanités et aux passions haineuses.
On y donnait des bals et des concerts; on s'amusait
à des jeux iuuocens, surtout nationaux; et l' abandon
de la gaieté n'en était point exclu.
Telles sont les notions générales que l'auteur a
jugées nécessaires à ses lecteurs. Passant aux détails, il
croit devoir faire connaître, avant d'entamer le sujet spé-
cial qu'il a choisi, les parties dont cet ensemble se
compose. Il donnera en conséquence un aperçu général
6
de l'intérieur de l'Ermitage, et présentera, dans un
Tableau succinct, les objets les plus remarquables qui
appellent particulièrement sur eux l'attention des
curieux.
1. LE THÉÂTRE DE L'ERMITAGE, après avoir subi
quelques changemens sous le règne de Paul I., fut
remis dans son premier état par l'Empereur Alexandre.
L'enceinte de la salle est petite, mais très - élégante :
les banquettes, recouvertes de coussins en maroquin
vert, s'élèvent en amphithéâtre jusqu'à la loge im-
périale, à laquelle on arrive par la porte qui est der-
rière le paravent de la grande salle de l'arcade. De
cette loge, un large couloir descend, entre les gra-
dins des deux côtés, jusqu'au parterre garni de chaises
rangées derrière l'orchestre. De belles colonnes en stuc
imitant le marbre yègnent autour de la salle, et un lus-
tre élégant descend." de sa voub*. La scène, d'un espace
rétréci, est convenablement élevée ; les décorations sont
belles, la garde-robe est d'une grande richesse. Dans
les premières années du règne d'Alexandre on y donnait
de fréquentes représentations: aujourd'hui, ce noble
,amusement paraît devoir rentrer en vogue, et déjà
S. M. l'Impératrice actuellement régnante y a fait
donner pendant l'hiver de 1826 à 1827 quelques re-
présentations. Tout semble présager le retour des
beaux tems, où de grands acteurs ont paru sur cette
scène, et où les talens les plus éminens ont figuré à
son orchestre.
7
2. LA GALERIE DES LOGES DE RAPHAËL qui est
à peu de distance de la grande salle qui précède celle
du spectacle, n'est pas le moindre ornement de ce
riche dépôt; mais nous en renvoyons la description
à l'énumération des pièces qui composent la Galerie
des tableaux dont elle fait partie et qui est l'objet
spécial de cette Notice.
3. LES BIBLIOTHÈQUES sont au nombre de deux,
dont chacune est digne de fixer l'attention. Celle
qu'on nomme Bibliothèque russe, placée au rez-de-
chaussée du bâtiment construit par Lamotte, se com-
pose de plus de 10,000 volumes, tous en langue russe.
Sa première destination était éminemment bienfai-
sante: Catherine II. avait donné ordre au comte Orloff,
alors président de l'Académie des scienees, de la for-
mer, afin de fournir aux nombreux domestiques du
palais de quoi remplir utilement des loisirs, souvent
pernicieux pour les moeurs et toujours nuisibles an
caractère. Depuis elle s'est agrandie et enrichie même
de quelques manuscrits, ainsi que d'imprimés précieux.
Une somme de 600 roubles par an a été assignée
par YEmpereur Alexandre pour son entretien et pour
l'achat de nouveaux livres. Les salles où les rayons
sont disposes, sont ornées de bustes en marbre, entre
autres de celui du célèbre amiral Betzky, l'un des
Mécènes de la Russie.
Mais la Bibliothèque de l'Ermitage proprement
dite est au-dessous des Loges de Raphaël, dans le
8
corps de bâtiment construit sur les plans de Velten ;
celle-ci est bien autrement remarquable - er compte
plus de 100,000 volumes, plus précieux encore par
la certitude où l'on est qu'ils ont appartenu à des
personnages d'une haute célébrité, que par l'excel-
lence de leur contenu et le luxe avec lequel sont
imprimes un grand nombre de ces ouvrages. Com-
posée des collections de Voltaire, de Diderot, du
marquis' de Galliani, du libraire Nicolaï, du philosophe
Zrmmermann, du géographe Biisching, dont elle pos- -
.sêde aussi la collection de cartes géographiques, du
prince Chtcherbatof, l'un des historiens de la Russie,
elle a eu pour noyau la bibliothèque particulière de
l'Impératrice. Ses successeurs n'ont point négligé ce
trésor littéraire; il a, au contraire, été considéra-ble-
ment augmenté par eux. -On sent bien qu'on n'a pii
fondre l'un dans l'autre ces nombreux élémens dont
il se compose, et une collection de livres fotmdè -de
cette manière ne peut être ni complète, ni systémati-
que; mais celle-ci reçoit un nouveau prix d'tin grand
nombre de livres de Voltaire annotes en marge de
sa main, de manuscrits inédits dont il est l'auteur,
de plusieurs anciens manuscrits russes très - important,
et d'autres curiosités littéraires, qui y sont déposées.
Son local est d'ailleurs d'une grande élégance: les
belles salles qui le forment sont décorées de bustes)
de bronzes, de statues et de deux pyramides en marbre.
Le célèbre antiquaire, M. de Koeler, en est le con-
(9
servateur et il a pour adjoints MM. de Krug, sa-
vant connaisseur de l'histoire de Russie, et Paoulsoll.
4. LA COLLECTION DE MÉDAILLES, D'ANTIQUES ET
DE CAMÍES est également confiée à ces estimables sa-
vants. Plus que d'autres du même genre, elle atti-
rera l'attention du connaisseur. Les médailles et les
camées rangés dans des armoires vitrées, inclinées
et d'un travail parfait, sont très - nombreux ; on
arrive aux salles de l'attique, ou de l'ilage su-
périeur, qui les renferme, par l'escalier qui est à
gauche du portrait de Catherine II. dans la salle
ovale. Plus riche que tout ce qui existe ailleurs, et
complète dans son genre, la collection des mon-
naies et médailles russes, depuis les tems les plus
reculés jusquà nos jours, atteste particulièrement
- l'activité et le vaste savoir de M. de Koeler, et doit
• êtrp, considérée comme éminemment précieuse. On
y trouve des exemplaires de toutes les pièces frappées
en Russie, soit par les princes nationaux, soit par
les Khans tartares, auxquels le pays était assujetti;
de plus, on peut y voir des morceaux d'ar-
gent qui, avant l'introduction des monnaies, en
tenaient lieu, des monnaies thrangères employées aux
besoins de la Russie dont on y a apposé le timbre etc.
Les pièces d'argent que les princes apanages ont
fait frapper sur leurs territoires respectifs y sont égale-
ment. Enfin on s'arrêtera volontiers quelques momens
devant les armoires qui renferment des médailles de
10
1
différera pays de l'Orient, ou devant celles où CÙIF
pièces rares et curieuses représentent la niniiii iniilfo|iif :
des anciens.
La collection des camées, autrefois la propriété
du duc d'Orléans, est aussi inestimable. Elle monte
a plus de 10,000 pièces, depuis qu'on a réuni avec
la collection du Palais-royal celles de Natter, de
St- Maurice, de Tassié, du prince Strozzi, du général
Bitroff, du chevalier Mallia, de Vienne etc. Montés,
tous en or, ces campes appartiennent ou à l'Egypte,
Ou à la Grèce, ou 'à Rome, ou à la Perse, ou
enfin à d'autres états de l'antiquité et des âges plus
écens. Parmi eux on remarque avant tout celui
qui représente Ptolémée Philadelpbe avec Arsinoé,
qui fut en même tems sa soeur et son épouse;
un autre eu diamant dans lequel est gravée la tête
d'un roi Parthe etc. Il serait trop long d'entrer
dans plus de détails, d'énumérer les sculpteurs aux-
quels en sont dus les plus distingués: nous nous borne-
rons à dire qu'il y en a de toutes les matières, en
onyx, sardoines, rubis, saphirs, émeraudes, topazes etc.
Moins précieux, quoique non moins intéressans, les
moules ou empreintes en plâtre, et les pâtes, au
nombre de 30,000, forment un supplémeht nécessaire
de ces pierres taillées, et ajoutent, en la complétant,
un nouveau prix à l'ensemble de la collection.
Les antiques sont disséminées par toutes les salles:
on en trouve surtout de fort curieuses dans celle qui
11
est consacrée à la prcieus. Galerie espagnole, et les
marbres antiques de Reifenstein et du comte Schou-
valoff n'en forment pas peut-être la partie la moina
intéressante.
5. LE CABINET D'HISTOIRE NATURELLE est confié
aux soins de M. Orloffsky. On sait la généreuse dé-
licatesse de Catherine II. à l'égard du célèbre. Pallas,
dont elle acheta les minéraux, qui forment le noyau
de cette partie des trésors de l'Ermitage. On y a
joint un grand nombre d'objets rares recueillis sur
différens points du sol de la Russie. Elle se trouve
surtout dans la Galerie des Loges de Raphaël, où une
vingtaine de tables vitrées placées sous les fenêtres,
renferment cette nouvelle sorte de curiosités.
6. LES OBJETS PRÉCUWX:, OUVRAGES REMARQUA-
BLES etc. sont réunis en grande quantité dans une
pièce attenante à la Galerie espagnole; mais beaucoup
d'autres se trouvent épars dans ce temple des Muses.
C'est encore Catherine II. qui les a fait recueillir dans
les gardes-meubles de la couronne, à l'Oroujeinaïa
Palata c. à. d. au dépôt d'armes de Moscou etc. Les or-
nemens des anciens Tsars, les armes, les instrllmens, les
bocaux, les aiguières, les miroirs, les cassettes, boites etc.
dont ils se sont servis, de brillants bijoux en perles, en
diamans, en pierres précieuses de toute espèce, y
frappent particulièrement. Il faut voir de plus les
toilettes en filigrane de la Tsarevne Sophie Alèxéïevna
et de la Tsariste Eudoxie Féodorovna, une tasse en
12-
or garnie en email jadis à l'usage d'Alexis Mikhaïlo-
1 vitch, une conpe en cristal avec un médaillon portant
le chiffre d'Anne Ioannovna, les prdaens faits par le
grand - Seigneur à Catherine II., la collection des
idoles dorées du Tibet, l'horloge du paon dont l'ad.
mirable mécanisme est malheureusement dérangé, êt
mille autres objets plus ou'moins remarquables. Des
richesses immenses sont entassées dans cette seule
pièce. Dans une autre, qui est derrière la salle de
Wouwermann sur la cour,' on verra avec plaisir de
beaux ouvrages en ivoire, parmi lesquels il y en-a
de Pierre le grand et de Catherine II.; d'autres
Tenus d'Archangel sont dignes d'être considérés pour
l'extrême - fini du travail. On y conserve aussi nu
porte—Veuille renfermant des écrits et dessins que
Catherine II. avait faits dans son enfance etc. etc.
7. LA COLLECTION DE GRAVURES ET D'ESTAMPES
compte 30,000 feuilles renfermées, avec beaucoup d'oT-
dre, dans des porte- feuilles de toutes les dimensions,
qu'on conserve dans des armoires basses, qui scnrt
tout autour et au milieu de deux salles de l'attique
ou étage supérieur dont nous avons déjà parle. Partie
d'un faible commencement, augmentée depuis des col-
lections de Herrmann, de Carlo Mequetti, du comte
Tolstoï, comme aussi de celle que l'Empereur Alexandre
avait formée dans sa jeunesse, la collection de l'Er-
mitage, riche surtout en dessins originaux, n'est pas
des moins complètes. On y trouve des gravures de
13
Marc-Antoine, l'un des créateurs de l'art, d'Albert
Durer, de Rembrandt, de Michel-Ange; des dessins
originaux de Raphaël, des plans et esquisses d'archi-
tectes et d'autres artistes russes. Une longue suite
de porte-feuilles offre les portraits des souverains
de la Russie, avec tous les membres de leurs familles,
,éeux des saints, de presque tous les princes de la
chrétienté, d'une grande partie de ceux de l'Orient,
des papes et de tous les grands dignitaires ou savants
des églises orthodoxe et catholique. D'autres repro-
duisent les brillantes qualités d'un grand nombre de
tableaux de Raphaël, du Poussin et d'autres grands
maîtres. Parmi les estampes on ne doit pas négliger
de voir celles qui sont relatives à l'ethnographie : les
nuances de l'espècç humaine, les costumes des con-
.trées les plus diverses, les vues de villes et de paysages,
les plans et cartes géographiques, feuilles auxquelles
on a ajonté les explications nécessaires. En général
ce cabinet est très-bien entretenu: le grand catalogue
Systématique, il est vrai, n'a pu encore être achevé,
mais des parties entières déjà décrites et classées avec
ordre et méthode déposent pour le zèle avec lequel
M. Noth, secondé par M. Outkine, graveur russe,
s'acquitte de ses fonctions de conservateur.
8. LA GALERIE DES GÉNÉRAUX faisant partie,
non de l'Ermitage, mais du Palais d'hiver, nous
pourrions nous dispenser d'en faire mention dans cette
Notice. Cependant ce Panthéon national n'en étant
14
sépaie que par la salle de St-Georges, nous avons
cru pouvoir nous permettre une exception en sa fa-
veur. Inauguré au commencement de cette année,
il n'est pourtant pas entièrement termine. C'est une
salle longue mais de peu de largeur, au haut bout
de laquelle brille le portrait en pied de l'Empereur
Alexandre sous les auspices duquel ont eu lieu les
hauts-faits dont la mémoire est ici éternisée; les murs
portent en caractères dorés les noms des principales
batailles où les Russes ont signalé leur courage, et plus
de 200 cadres destinés à recevoir les portraits d'un égal
nombre de guerriers qui ont servi durant les campagnes
de 1812, 13, et 14, avec le rang d'officier géuéral. Un
grand nombre de ces cadres sont déjà remplis; les
portraits, dont chacun est payé 1000 roubles à M. Dow,
artiste anglais, sont d'une parfaite ressemblance.
9, LA GALERIE DES TABLEAUX.
Nous arrivons à la division de l'Ermitage qui
forme le sujet spécial de ce travail, et que nous nous
proposons de traiter avec autant de détails que les bor-
nes qui nous sont prescrites en comportent.
Catherine, occupée de la formation de ce Musée,
trouva chez elle fort peu de tableaux dignes d'y figu-
rer; elle y eu réunit cependant quelques uns qui
avaient appartenu soit à Pierre le grand, soit aux
successeurs de ce grand monarque. Pour se mettre
en possession d'une collection plus considérable, elle
15
donna ordre au célèbre Grimm à Paris, à Reifenstein
à Rome, à Mengs, et à plusieurs autres littérateurs
et artistes qui servirent ses intérêts, d'avoir l'oeil à
toutes les ventes qui se feraient, et de lui acheter
tout ce qui mériterait d'entrer dans un Musée impé-
rial. Elle n'épargna ni argent, ni démarches, et ses
courriers portaient avec autant de diligence sa déci-
sion relativement à un achat de cette nature, que ses
notes diplomatiques. C'est ainsi qu'elle fit d'abord
l'acquisition d'une collection de 400 tableaux de Jo-
seph-Antoine Crozat à Paris, puis celle de l'excellent
cabinet du ministre saxon, comte de Brühl à Dresde,
riche en beaux tableaux des écoles belges, et que
les héritiers de ce connaisseur des arts exposaient en
vente. Apres l'avoir payé 80,000 écus, elle y réunit
..un grand nombre de tableaux qui avaient appartenu
à Tranchini de Genève, au comte Baudouin de Paris,
à Gotskofski, riche marchand de Berlin etc. La pré-
cieuse collection de Houghton-Hall ne tarda pas à y
être jointe : la magnifique souveraine ne crut pas
l'acheter trop cher à raison de 35,000 livres sterling,
qu'elle fit compter à Robert Walpole, comte d'Oxford,
et compléta ainsi celle du comte de Briihl par une
foule de productions des mêmes écoles. Elle y ajouta
ensuite celles du prince de Condé, de Bramkamp à
Amsterdam etc. Alexandre qui a tant fait pour les
arts et les sciences, a aussi considérablement augmenté
le Musée de l'Ermitage. Ce fut lui qui acquit en 1807
16
une grande partie de la galerie des princes Grasti-
niani, en 1814 la collection de tableaux espagnols de
.Hope à Amsterdam, collection peut-être unique en
son genre, tant pour le nombre que pour l'excellence
du travail, et pour la rareté de plusieurs de ces pro-
ductions. Elle lui fut vendue au prix de 200,000 roubles.
La Galerie de Malmaïson coûta plus du quadruple:
mais ces Claude Lorrain, ces Berghem, ces Potter etc.,
répandirent un nouvel éclat sur un dépôt déjà si
précieux. Elle fut achetée en 1815, un au après celle
de Hope. Antérieurement déjà l'Empereur avait fait
l'acquisition de plusieurs belles productions du pin-
ceau français qui s'étaient trouvées dispersées dans
ceati francais qui s'étaient trouvées dis p erséeg d an 3-
des maisons particulières ) pendant son séjour en Italie,
lors du. congrès de Vérone, il se procura encore' quel-,
ques pièces remarquables de peintres italiens et en
enrichit pareillement son Ermitage. De cette manière,
et grâce à la munificence des souverains russes, le
nombre des tableaux y alla toujours croissant; on
put en écarter beaucoup qui semblaient moins dignes
d'y figurer et qui cependant ne seraient pas sans va-
leur dans une collection moins brillante. Elle se
compose en conséquence de 1800 peintures choisies,
au nombre desquelles sont des chefs- d'oeuvres d'un
prix inestimable. On y recherche surtout les nom-
breux ouvrages de Rubens, de Van Dyck et de Rem-
brandt duquel il n'existe peut-être nulle part tant de
belles productions; après celles-ci la série d'ouvrages
17
du Poussin, les magnifiques paysages de Claude Lor-
rain et d'autres chefs - d'oeuvres de l'école française
sont du plus haut intérêt, et nous avons déjà dit que
la Galerie espagnole en est aussi un des principaux
ornemens. Les écoles italiennes sont à leur tour très-
Lien représentées, mais ces tableaux forment un en-
semble moins parfait, et parmi eux il s'en trouve
plusieurs qui ne semblent point être des originaux,
ou qui même pourraient bien appartenir à quelque
autre maître que celui à qui l'étiquette les attribue.
Les premiers conservateurs de ce trésor furent
le Hollandais Van Zelu et Hoff; leurs places sont
occupées aujourd'hui par M M. de Labensky et Plouat.
Un grand nombre d'employés sont attachés à l'Ermi-
tage: tous sont sous la direction du conseiller-
H état-actuel Labensky dont le logement, où les cartes
sont distribuées, est d'un escalier plus haut que l'en-
trée de ce sanctuaire des beaux-arts.
NOTICE
SUR LES PRINCIPAUX TABLEAUX.
L entrée pirncipale de l'Ermitage est sur le quai du
Palais d'hiver, a peu de pas du pont voûté jeté sur
le canal de communication entre la Moika et la grande
Néva; le grand escalier qui se présente à gauche,
conduit à la Galerie des tableaux et au logement du
Directeur, qui est à l'étage supérieur. Arrivé à l'an-
tichambre , on laisse sa carte d'entrie entre les mains
d'un laquais, à moins qu'elle n'accorde expressément
une permission illimitée. Ici trois portes s'ouvrent
devant vous: celle de droite vous permet de jeter à.
la hâte un coup-d'oeil sur la magnifique galerie des
Loges de Raphaël, qui longe le canal; celle qui est
en face mène au salon mentionné ci-d essus, qui,
placé sur la superbe arcade de Guarenghi, précède
19
le Théâtre de l'Ermitage ; celle de gauche enfin donne
accès à la Galerie des tableaux, où un valet se trou-
vera prêt à vous suivre.
JW 1.
Un beau salon ouvre la série de pièces de toutes
les formes et dimensions, qui paraît sans fin. Il
est orne, au milieu, d'un beau vase en jaspe violet,
travaillé par Stryjekoff à Kholivann en Sibérie, et qui
a deux archiues et quatre verchocs *) de haut. Ici
on ne voit que des tableaux de genre, au nombre
de 39, particulièrement des paysages, dont quelques 1
uns de CLAUDE LORRAIN, de GASPARD LE POUSSIN
ou DUGHET, de SALVATOR ROSA, de RUBENS, de PAUL
POTTER et des deux MOUCHERONS méritent d'attirer
et de fixer les regards, puisqu'ils se distinguent soit
par des sites pittoresques, soit par la vie que le peintre
a su leur imprimer, soit par la touche délicate du
feuille et l'ingénieuse distribution de la lumière. Les
arbres du Poussin et de Potter sont également animés,
mais leur feuillage paraît trop verd. Dans les paysa-
ges de Frédéric Moucheron un cours d'eau en divise
assez communément le plan. Dans deux Nuits de
*) Une sagène ou toise russe se subdivise en 3
archines ou aunes, de 15 pouces environ chacune,
ou, en mesure du pays, de 16 Verchocs. Cette me-
sure liDéaire est la plus commune en Russie.
20
l'ingénieux VAN der NEER, où la lune éclaire d'uni
lumière incertaine et poétique de charmans paysages
on admire surtout, indépendamment d'une grande 10
riété, l'art extrême avec lequel la lumière y est nuancée
M 2. d
Cette chambre forme l'angle, où, de la larg
du bâtiment, on passe à sa longueur du côté de H
Neva, sur laquelle, ainsi que sur les îles qui l'e
vironnent, on a ici une vue magnifique, telle qu
- n'en trouve pas fréquemment ailleurs. L'enfilade
pièces y commence et forme aussi un joli coup-d'oei]
Les tableaux de celle où nous entrons, également de ge
et à peu-près des mêmes maîtres , sont au nombre 4
trente ; ceux de SALVATOR Rosa, de RUBENS, de PA
Potter, d'IsAAc MOUCHERON, y sont encore dm
plus distingués, mais il faut y ajouter: Une contr A
sauvage de REMBRANDT, au milieu de laquelle as
voit Jésus-Christ avec ses deux disciples allant à
Emmaiis, tableau remarquable et conforme en to-
à la manière connue de peindre de ce génie bizarra
les belles vues d'après nature :de l'habile Ruisdaaît;
les agréables paysages du savant et ingénieux WoUa
WERMANN; un tableau de genre de Bourdon: plu-
sieurs chevaux de roulage, de la race qui est parti-
culière au sud de la Franee, -se sont arrêtés dev
une maison ou une hôtellerie, à la porte de laquelle
21
une femme et plusieurs hommes sont en conversation ;
ce joli tableau mériterait bien d'être placé moins
haut pour pouvoir être examiné à l'aise; enfin une
contrée champêtre et romantique, où Jacob, assis
près de son habitation, reçoit, des mains de ses fils,
la dépouille sanglante de son bien-aimé, tableau
d'ANNIBAL CARRACHE qui, comme Salvator Rosa,
fut aussi grand paysagiste que peintre d'histoire.
Jfcf 3.
Ici commence la Galerie italienne, qui, conti-
nuée dans les deux pièces suivantes, renferme plu-
sieurs chefs - d'oeuvres du premier rang. La salle est
ornée d'un grand vase en porcelaine, de la fabrique
ade St. Petersbourg, et peint par Adams, en 1809;
il est d'une rare beauté, et les scènes historiques
qu'on y a représentées en couleurs ont beaucoup de
vie. Parmi les 42 productions des écoles romaine,
florentine, bolonaise, lombarde , vénitienne et napo-
litaine, étalées en cet endroit, nous signalerons surtout
les suivantes, en observant l'ordre chronologique des
maîtres.
L'enfant Jésus adoré par St- Pierre et St-An-
toine, de JEAN BELLIN (X*) haut 15 pouces, large
*) Les dimensions marquées d'une croix renversée
ne sont indiquées qu'approximativement, celles qui ne
22
t
2 pieds). C'est un tableau très - remarquable, où la
Madonne présente l'enfant du salut, placé sur une
espèce de table, aux hommages de St-Pierre et de
St-Antoine. Un livre est sur cette table. Les traits
de la Vierge respirent une entière bonté: plus on les ;
regarde et plus on les trouve admirables; Jles drape-
ries et les couleurs sont parfaites.
Le portrait de la maîtresse du TITIEN (haut
2', 1011. large 2', 3", 7/11). Une femme charmante
dont la gorge qui semble palpiter d'amour, n'est pas
bien cachée par un gaze aérien que le peintre a jeté
négligemment sur son épaule, et dont le petit air
coquet ne saurait déplaire, se tient debout et se mon-
tre jusqu'aux deux tiers. Cet ouvrage, quoiqu' al-
téré un peu par le tems, n'est pas indigne du grand
maître vénitien, infatigable dans ses travaux et toujours
heureux dans l'imitation de la nature.
Grand portrait d' homme, du GIORGIONE *) (haut
la portent pas, sont données telles qu'elles ont été
mesurées par M. de Labensky; le tems nous ayant
manqué pour compléter son travail relatif seulement
à 80 tableaux, nous avons dû nous contenter d'une
simple estimation, qui ne fait aucune prétention à une
rigoureuse exactitude. La peinture est sur toile toutes
les fois que nous n'indiquerons pas expressément la
matière.
*) M. Hand pense que ce tableau porterait à plus
juste titre le nom de Dominique Fbi; ce qui paraît
1
23
3', 6", 10w. large 4/, 10ti, l"'). Il est distingué
par la perfection du dessin, autant que par la vigueur
du coloris. On ne sait à qui ont appartenu les for-
mes qu'il retrace, mais le mérite de la ressemblance
n'ajouterait rien à ce beau tableau. Une toque couvre
la tête du personnage, de grosses boucles descendent
sur ses épaules, et il tient à la main un porte - feuille.
La sainte famille, de GAROFALO (X haut 2 pieds).
Voici de quelle manière ces charmantes petites figures
sont groupées.: Joseph et Marie sont assis sur une
colonne; celle-ci tient son enfant qui, se tournant avec
impatience vers un agneau que lui porte le jeune
Précurseur, tend les bras pour le recevoir.
Judith vainqueur d' Holopherne, de RAPHAËL (sur
bois, haut 4/, 5//r, 5111. large 2', 7//, 11111). Ce ta-
bleau ne compte pas parmi les meilleurs du divin
maître, mais il est toujours beau. Echappée du camp
de sa victime et arrivée dans un endroit solitaire, la
guerrière de Jéhovah, foulant aux pieds la tête de
son ennemi et tenant en main sa redoutable épée,
médite sur son action et jouit de sa victoire. Ses
traits expriment la candeur et la modestie, mais on
devine pourtant que ce n'est point une femme ordi-
avoir motivé son jugement c'est l'existance d'un tableau
semblable à Munie ou Schleissheim, qu'on croit être fondé
à rapporter à ce dernier ; sans vouloir prononcer, nous
dirons que la raison ne nous semble pas assez concluante.
24
naire. Sa robe, d'un ponceau clair, est peu sonnée, 3
et le fond trop aride. «
Po~tr,ait du car d ina l Po lus, de SI � 13ASTIEN »FL M
Portrait du cardinal Polus, de SÉBASTIEN DEL M
Piomlgo, (haut 3', 5/ large 2/, 10"). Quoique ce*
cardinal anglais du 16. sièele fût bien avancé en âge -
quand l'artiste fit son portrait, sa physionomie est.
animée et pleine d'expression; ses mains étendues sur s
l'appui du fauteuil où il repose, sont supérieurementt
peintes et l'ensemble, aussi vrai que hardi, a pu passer
lpngtems pour une production de Raphaël.
Le mariage de Ste-Catherine, du CORRÈGE (sur.,
bois, haut W. large 8U, h1"). Il règne une grâce,
infinie dans ce petit tableau. L'enfant Jésus, en pré-a
sentant un anneau à la Sainte, se tourne pour de-
mander d'un regard l'aveu de sa mère. Les draperiesii
sont harmonienses et le dessin très-correct. Le Co.
rège aurait-il traité ce sujet plus d'une fois? on sait
qu'un autre tableau qui le représente se voit au.
Louvre.
La crèche, du BAROCHE. Le céleste enfant y re-.
pose sur la paille, et sa mère le veille pleine de sol.,
licitude. En attendant, St-Joseph pénétré d'admi-
ration, ouvre la porte de l'étable à deux homme!
qu'il invite à venir voir l'enfant né d'une manière s.
miraculeuse.
PAUL YÉRONÈSE :
Le repos en Egypte (haut 3/, 511, gl/S, large 20
.S11 ) est bien certainement un beau tableau: tout y es.
siropll
25
2
simple et sublime à la fois. Les voyageurs, en se
reposant des fatigues d'une fuite pénible, prennent
pour toute nourriture un peu de pain placé devant
eux à terre. Cependant un auge vient offrir à la
Tierge assise sur le devant, les fruits qu'un rameau
de dattier balance sur sa tête, et Joseph, détourné
du spectateur, tourne la tête de ce cote - là. — La
péché copieuse de St-Pierre (x large 4 pieds) pré-
sente le lac de Génethsarelh entouré d'un superbe
paysage ; sur le lac on voit des pêcheurs occupés des
filets qui renferment tant de richesses, à la suite du
conseil qne Jésus avait donné à l'Apôtre Pierre. Les
autres disciples du Seigneur sont déjà accourus à lui
et lui offrent un frugal repas du produit de leur
.pêche.— Moïse retiré du Nil par les femmes de la fille
du Pharaon d'Egypte, laquelle vient de le remarquer,
est un joli petit tableau, ainsi que la sainte --famille
qu'on voit encore dans cette pièce.
LE CARAVAGE:
La Jardinière jouant du luth ( haut 2', 10^, 8/F.
large 31, 8//f.) est d'un coloris très-brillant et d'une
belle exécution; mais c'est à tort, ce nous semble, qu'on
lui a donné ce nom: la figure entourée de livres de
musique, d'instrumens et de fruits, représente au con-
traire, un jeune voluptueux propre à personnifier l'a-
mour mondain que le peintre a en vue, comme on
peut le voir à sa pose pleine de mollesse, à son re-
gard languissant, à l'ennui qui le dévore. Deux au-
26
tres tableaux qui achèvent l'allégorie satirique imaginée
par l'artiste, sont au Musée de Berlin et donnent une
haute idée de l'invention de ce peintre énergique,
imitateur rigoureux de la nature. — Jésus - Christ
soupant à Emmaus avec ses disciples, (grandeur
moyenne ), lui fait également honneur. Déjà ces der-
niers ont reconnu leur maître qui, en baissant les
yeux, semble leur dire: "Puisque je me trahis moi-
même, il faut bien vous avouer que c'est moi!"
L'étonnement des deux disciples et de l'hôte qui les
sert contraste admirablement avec là f candeur des
traits du Sauveur.
La sainte-famille D'AN. CARRACHE, (haut 1/,
9". large 1/, 411). Marie est assise près du berceau
de son enfant et le tient d'une main, taudis que de
l'autre elle prépare sa couche. Le Christ reçoit en
attendant les fruits que le petit Jean-Baptiste lui pré-,
sente. St-Joseph, appuyé contre une porte au fond
du tableau, semble absorbé par sa lecture. La dra-
perie de la Vierge est d'un bel effet et le dessin des
contours a beaucoup de correction ; l'ensemble est
admirable.
LE GUIDE :
L'enlévement cFEurope (haut 3^ 611. larg-e 2y, 7",
8'"). Ce tableau a toute la grâce qu'on connaît à
son auteur. Jupiter-taureau est déjà en possession (ie -
8a donce proie, qui commence à se consoler du rapt;
qui l'arrache à la patrie que ses yeux cherchent encore.
27
; Ceux de l'animal trahissent le plaisir qu'il éprouve,
et sa légèreté assure son triomphe. Les deux figures
sont presque également admirables, et la beauté des
draperies ne restera pas inaperçue. — UAmour sur-
pris dans son sommeil par Psyché, ( grandeur
moyenne). Ce tableau qu'on suppose être du Guide,
Í moins parfait, ne captive pas au même degrj mais
pour avoir quelques défauts il n'en est pas moins
d'un bel effet, surtout vu à distance. L'Amour tout
nu sommeille sous une tente couleur de pourpre, et
! Psyclié qui s'en approche, l'éclaire de sa lampe.
L'Annonciation, de l'ALBANE ( sur cuivre, haut
1', 11" large 1', 5", Ç>N/). Gabriel vêtu d'une robe
éblouissante de blancheur, sur laquelle flotte un large
manteau d'or, annonce à Marie la grandeur de sa
destinée; à genoux, elle reçoit la céleste mission et
sa modestie lutte avec la sainte ardeur qui s'empare
d'elle. Le ciel s'ouvre sur sa tête et l'on voit le
Très- Haut entouré de ses Anges et de ses Chérubins,
d'entre lesquels s'est échappée une colombe qui plane
sur la Vierge.
LE DOMINIQUIN:
La sainte-famille devant le père éternel, (haut
1', 8'', 3' large 11, 7", 9W). A genoux devant
l'Eternel qui leur apparaît dans sa gloire, le couple
heureux lui présente son fils que le souffle divin
semble animer; une colombe descendue du ciel s'ap-
proche du Messie. Les figures de Marie et de son
28
enfant sont surtout remarquables. Vis-à-vis de cette
sublime production se présente un tableau en plus
grandes dimensions, Ste - Madeleine portée audela des
mers par les anges. Celui - ci est surtout d'un beau
dessin, mais en faisant attention à la composition et
à l'expression des figures, surtout de la Sainte, on a
quelque peine, à croire qu'il soit de la même main
que le précédent. Madeleine est suivie de deux autres
liabitans des cieux, portant l'un le fouet et l'autre
le cilice.
LE GUERCHIN*:
La Madonne et Venfant, (X haut 3 pieds, large
2', 6/1). Marie tient son enfant debout devant elle;
sur une table- Les figures sont sublimes, mais le
bras droit de la Vierge qui tient l'enfant semble un
peu trop long. Rien de plus beau que le dessin et
les draperies. — On n'accordera pas les mêmes élo-
ges à la Madonne avec l'enfant apparaissant à
St-Laurent (X haut 1/, 6". large 101/.): le cadre
est trop resserré, le coloris pourrait être plus soigné.
La reine des cieux, tenant l'enfant sur ses bras, des-
cend sur un nuage vers le Saint que l'instrument dé
son martyre fait reconnaître. — L'adoration des
bergers, (X haut 3 pieds, large 2/, 6"). Ce tableau
à quelqiiechopu du lugubre de la nuit: la lumière
tombe toute entière sur le .céle'ste enfant qui vient
d'être donné à la terre, et tout ce qui l'entoure est-
dans l'obscurité.
29
La Vierge, l'enfant et Ste-Catherine, de PIERRE
DE CORTONE, (X large 2 pieds). Le Christ repose
étendu sur le sein de sa mère, sa main tient un
fruit, et de l'autre il saisit une branche de lis que
lui présente, en lui rendant hommage, celle que la
légende- lui a donnée pour épouse.
La Madonne et les deux enfans, de SAssO FER-
RATO (X haut 4 pieds), tableau d'un effet ravissant-
Jésus-Christ est debout sur les genoux de sa mère
dont la tête est enveloppée d'un mouchoir; il tourne
vers le petit St-Jean, qui s'attache à son pied, un
regard de bienveillance et d'amitié qui captive. Les
traits de la Madonne sont aussi beaux que gracieux ;
on ne peut se lasser d'admirer ce groupe aimable.
£'entente des couleurs est parfaite et le dessin sans
reproche.
£ 'enfant prodigue, de SALVATOR ROSA, (haut 6',
101L large 6', 611). Le malheureux jeune homme,
'rongé par la misère et plus encore par ses regrets,
est à genoux en prières au milieu d'un troupeau do
bétail; tous ses traits, qni ont cependant conservé
quelque noblesse, marquent un repentir si profond
qu'il arrache la compassion. Le dessin et le coloris
sont, également beaux, et ce tableau d'un grand effet
et d'une impression pénible) est sans doute un des
meilleurs de la collection.
La Madonne avec les deux enfans, de MARATTE,
(haut 3/, 2", 9111. large 2', 811, 3W.) est une char-
30
mante esquisse qui plaît au premier coup - d'oeil. L'en-
fant étendu sur les genoux de sa mère s'amuse avec
le petit St-Jean-Baptiste.
Le martyre de St - Sébastien, de BAL'EsTRA, est
aussi digne d'être contemplé. Le saint guerrier se
trouve encore au lieu de son supplice et les liens-
dont il est garotté attachent encore ses mains à l'arbre
fatal; -mais il ne reste plus dans son corps qu'une
seule flèche, qu'une jeune chi étienne, la sensible
Irène, en retire avec pl caution j une,vieille, comme
elle compatissante, la seconde et tient un petit vase
renfermant le baume qui doit guérir les places.
Parmi plusieurs autres tableaux intéressans sus-
pendus dans la même salle, nous ne nommerons
plus que la Madonne et Penfant, de BARTHÉLÉMY
DE ST - MARC et la création de la femme, esquisse
remarquable de JULES ROMAIN.
JW 4.
Tout concourt dans cette pièce, une des plus 1
grandes de la galerie, à charmer le spectateur: la I
beauté du local comme le mérite des tableaux. ]
Cette salle superbe s'élève jusqu'au plafond du se- i
cond étage, et sa frise, décorée, tout à l'entour, de 1
peintures à fresque du peintre italien della Giacoma, 1
est d'un très-bel effet. On y voit au milieu un 1
grand vase en jaspe violet, à ses côtés deux cande- ■
31
Sabres de la même pierre, très-hauts et d'un grand
ix; sur un meuble adossé au mur une pendule
Rp bronze doré représentant le monument élevé à
pf oscou aux libérateurs Minine et Pojarskoï etc. Les
'108 tableaux forment la suite des écoles italiennes.
Les saintes femmes et l'enfant Jésus, de JEAN
■RELLIN, (x haut 2 pieds, large 4'). Ce tableau d'un
des premiers peintres à l'huile, acheté en 1805 au
prix de 8000 roubles, est infiniment précieux, quoi-
qu'il manque de cette touche délicate et de la son-
plesse des productions de tant de grands maîtres
postérieurs. Marie, qu'on distinguerait d'abord, tant
1 ses' traits approchent du divin, tient devant elle sur
une table son enfant qui caresse un oiseau: à ses
88tés' sont quatre vierges que rien ne caractérise,
mais qui sont venues rendre hommage à l'envoyé
de Dieu.
LÉONARD DE VINCI:
La sainte-famille (sur boig, haut 21, 8". large
2f, 1".) est un chef-d'oeuvre du premier ordre, où
tout est admirable et d'un effet magique. L'enfant
assis sut les genoux de sa mère, cherche dans sa
gaieté à lui découvrir le sein, et son sourire en chan-
teur contraste singulièrement avec la douce satisfaction
de la mère dont les traits, qui expriment le bonheur
et la modestie, sont audessus de tout éloge. A sa
droite est Ste-Catherine, et St-Joseph debout à sa
gauche rit avec abandon de l'innocente malice du
32
jeune enfant. — Il y a ici encore deux autres tableaux
attribués au même maître, mais dans des cadres bien
plus petits: la Vierge donnant le sein à l'enfant
Jésus, charmante représentation où l'enfant, dont le
besoin physique vient d'être satisfait, se tapit entre les,
genoux de sa mère; le portrait de St-Jean-Evan-
géliste, (sur bois, en petit), que M. Hand admire
comme nous, mais dans lequel il voit une jeune
:fille pieuse sur laquelle est répandue une grâce infinie
et qui porte le cachet d'une ame pure.
, LE PÉRUGIN:
Jésus adoré par St-Jérôme et St-François de
Sales (sur bois, haut 3/, 4//, 8111. large 51, 4//, 8/11.)
est é galement d'un haut intérêt. La Vierge est à
genoux et, les mains jointes, elle contemple son en-
fant couché à terre sur des langes et qui lui tend
les bras avec tendresse. St-Joseph est derrière elle;
presque étranger à ce qui se passe, il regarde aussi!
l'enfant en s'appuyant sur son bâton. Frauçois de
Sales, en habit de moine, se tient près de lui et le
pieux anachorète St-Jérome est vis-à-vis. — Un
autre beau travail de ce grand peintre est l'Adora-
tion des Mages.
BARTHÉLÉMY DE ST-MÀRC:
La Vierge écoutant un concert d'anges (sur
bois, haut 3/, W, 9//7. large 3/, 11//, 3111.) n'est!
pas un des moindres ornemens de cette salle. Marie,
tenant sur son sein l'enfant du salut qui s'agite de
33
aisir, écoute avec de doux transports les sons mé-
� � dieux d'un choeur d'anges rangés autour d'elle, et
ui accompagnent d'un luth leurs cantiques. On re-
rétte seulement que le peintre ait trop peu varié
pression des tètes. — Une sainte -famille, (sur
os, X 4 pieds de haut) , porte le nom du même
aître, mais rappelle davantage l'école du Pérugin.
a" Vierge à genoux se rapproche de son enfant
fétendu à terre, en joignant les deux mains. St-Jo-
seph assis à droite sous le même temple, se livre à
de profondes méditations.
GAROFALO:
Le Christ au tombeau (haut 1', 711, 5111, large
-21, 3//, S/) est- d'un grand effet. Rien de plus
Beau que cette mère éplorée, mais tranquille, pres-
sant une dernière fois.la main de son fils; que cette
Marie-Madeleine se livrant à toute l'immensîté de sa
douleur; que cette autre Marie qui souffre comme
elle, mais qu'une douce piété préserve du déséspoir;
que ce disciple bien-aimé qui ne supporte pas un
spectacle si accablant; que tant de figures sublimes
enfin. groupées, dans un si petit cadre, autour
de la tombe du juste. — On attribue aussi à Garofalo
Jésus-Christ assis avec la Samaritaine au bord du
puits T joli petit tableau un peu maniéré.
ANDRÉ DEL SARTE:
La Visitation (sur bois, haut 4', 4U, 81/1.
large 3/j 3", 6/11.), doit fixer l'attention. Ste-Elisa-
*
34
beth présente son jeune fils à Marie qui agenouillée
tient devant elle son enfant; celui-ci, tau, en con-
tant le frécurseur, tourne vers Elisabeth des regards
qui semblent lui dire de se féliciter d'avoir un pareili
fils. L'expression dans la figure des enfans est ïavis-"
sante et une grâce divine repose sur les traits de
la mère du Sauveur. — La Madonne avec les deux
enfans (sur bois, haut 3/, 211, 6/11. large 21, 4/1, 91/1.)
se distingue par la correction du dessin, comme pai;
la fraîcheur du coloris. Marie tient l'enfant Jésus à
califourchon sur ses genoux et le petit Précurm.
est debout devant elle; les yeux pleins d'expression
de ce dernier sont détournés du Christ qu'un objeli
étranger semble aussi occuper, et dont le regard a
quelquechose de louche.
La sainte-famille (grandeur moyenne) quth
l'étiquette rapporte à JULES ROMAIN, est d'une rare
beauté et d'un coloris vraiment éblouissant. L'enfan;
Jésus, avec son jeune ami, est debout sur son ber-
ceau auprès de sa mère, à laquelle il sourit avec un
charme inexprimable. Marie le soutient et sembltL
s'applaudir de sa gaieté. Joseph qui est derrière.
s'appuie sur des débris de colonnes.
LE BAROCHE:
La Vierge et l'enfant (sur bois, haut 1', 3''E
4/11. large 1/.) ne laissent point, peut-être, de i-r
ner assez des êtres audessus du commun; main,
cette esquise n'est pas sans mérite; les figures, quoiquil
35
un pen maniérées,' sont également bien peintes et
dessinées. Ce peintre correct a traité plus d'une fois
le même sujet que l'on voit encore dans un second
tableau de cette salle, qui renferme en outre de lui
une sainte - famille, (x haut 4 pieds, large 6/).
Jésus- Christ à douze ans environ et d'une rare beauté,
est placé entre sa mère et Joseph auxquels il' révèle
les mystères de l'Ecriture et des cieux.
PAUL VÉRONÈSE:
Jésus - Christ descendu -de la croix ( haut 4/, 411,
10/ large 21, 11", 8W. ) se distingue par une com-
position sublime, un dessin correct, un excellent co-
loris, et par cette empreinte du génie qu'on ne peut
déânir. Le Sauveur est sans vie: pàle et défait, mais
toujours lui-même, il repose sur un linceuil, sou-
tenu par un ange qui semble devoir bientôt l'appeler
dans sa gloire. Sa mère éplorée se tenant auprès,
le regarde avec tendresse ; elle paraît cependant ré-
signée, et l'espérance de le voir revivre est ce qui la
console. — L'adoration des Mages, petit tableau
sur cuivre, mérite aussi d'être considérée. On y
voit deux rois agenouillés devant Marie qui, assise
sous un portique, tient Jésus sur ses genoux, deux
Maures, deux serviteurs armés, un garçon tenant une
couronne et une figure qui semble d'autant pins
étrangère à la scène que son accoutrement rappelle
un tems plus rapproché de nous. — Cagliari a traité
ce sujet en grand également, et là de même on est
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étonné de voir parmi les autres un homme dont le
costume appartient à la chevalerie. C'est peut-être
le donateur du tableau.
PALME LE VIEUX:
La mère et l'enfant (X haut 2/, 611,) composenti
un tableau digne de l'élève du Titien. La mère est:-.
surtout admirable : c'est une femme d'ailleurs incon-
nue, représentée en grandeur naturelle; elle porter
sur sa tête une espèce de turban, et tout son costume,'
qui a quelque chose de particulier, se présente avan-
tageusement. Ses traits ont autant de beauté que de-
candeur. Un jeune garçon est à son côté. — La
sainte-famille (sur bois, haut 2', 7//, y. large 4/j
511.) de ce peintre a moins de mérite, quoiqu'elle
soit toujours remarquable. Les :figures en sont nom-
breuses ; il y a, outre la Vierge avec son enfant, E1Ï-.L
sabeth et le sien, Stë-Catherine, Ste-Madeleine, et
l'époux de Marie coiffé d'une sorte de tiare et lisant
avec attention. — L'adoration des bergers, (haut 21,
6". large 3/, 101/.), est d'un ensemble parfait; il j
règne autant de vérité que de simplicité. Marie vienl
de sortir l'enfant de son berceau près duquel Jo-.
seph est assis, pour le présenter aux bergers age.,
nouillés devant elle ; Jésus est debout et se retourner
vers sa mère comme pour lui exprimer son étonnement
La circoncision de Jésus-Christ, de CIGOLI, est!
un très-gTand tableau suspendu au milieu de la lon-j.
gueur de cette magnifique salle; il y règne beaucoup
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d'intelligence; le dessin en est fort correct et l'en-
semble n'est pas sans beauté. Le peintre a su habi-
lement surmonter les difficultés d'un sujet qui semble
résister aux efforts de l'art.
Annibal CARRACHE:
La sainte-famille (X haut 11, 211. large 811.)
qu'on lui attribue a beaucoup de grâce. La Madonne,
assise sous des arbres, tient l'enfant contre son sein;
derrière elle sont debout deux anges et d'autres plus
petits sont au ciel, sur sa tête. Joseph la comtemple
vis- à -vis, appuyé sur son bâton. — Une autre
sainte-famille de ce grand maître est plus petite en-
Jore (X haut 1 pied, large 9 pouces); ici le petit
St-Jean est près du berceau de Jésus - Christ et tire
le manteau de la Madonne pour voir son jeune ami
qu'elle présente à St-Joseph. — Le nom du Carrache
se trouve de plus sur un portrait de St-Jean-Bap-
tiste de la même salle, ainsi que sur un joli petit
tableau représentant Jésus - Christ assis sur le puits
avec la Samaritaine et répondant a ses questions; on,
pourrait reprocher à ce dernier un peu trop de manière.
LE GUIDE:
La consultation sur l'immaculée conception (haut
7', 411, h111, large 51, l'1. ) est un véritable -chef-
d'oeuvre où le dessin est bien plus correct que dans
plusieurs autres tableaux du même peintre. St-Âm-
broise, St- J érôme et quatre autres vieillards véné-
rables discutent la question, et les rides de leur front,
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l'immobilité de leur regard, indiquent la profonde j
méditation qui les absorbe. Cependant St-Jérôme
ayant par hasard levé les yeux, il aperçoit la Vierge *
elle-même, qui, descendue de-sa gloire avec deux ;
anges qui l'accompagnent, vient elle-même lui dé- 1
voiler le mystère et trancher la question. — L'ado-
ration des rois (haut 1/, 311, 3111. large W11 6"1." -
est aussi un excellent tableau. Les trois personnages
venus de l'Orient, dont l'un nègre, se prosternent
devant l'enfant dont l'humble berceau ne semblait'
pas présager de si grandes destinées ; Jésus se,
penche vers le roi agenouillé devant lui et reroit
ses présens. Parmi tant de figures bien faites celles
de la Vierge et de l'enfant frappent particulièrement. —
La Madonne avec les - deux enfans (sur bois, haut
9", 4111. large 7//, 4/) est le même tableau que
celui qui se trouve au Louvre et n'en diffère que par
un faible accessoire. Charmant comme celui-là, il
ravit au premier coup- d'oeil. Saiut-Jean-Baptiste
portant une petite croix et couvert d'une peau, baiM
le pied du Christ assis sur les genoux de sa mère.
Celui-ci, à son tour, lève la main pour le bénir, et -
Marie se plaît à les contempler dans cette noble
attitude.
L'ALBANE:
Le baptême du Sauveur est un tableau en grandes
dimensions qui, sans être un chef- d'oeuvre, se re-
commande pourtant par plusieurs qualités. — L'ado-
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ration des rois (X haut 10 pouces, large 8".) de
ce peintre mérite aussi d'arrêter quelques instans.
LE DOMINIQUIN :
Ste-Thérèse en prières fait le sujet d'un très- grand
tableau d'autel suspendu au mur latéral qui est à la
gauche de l'entrée, mais que l'étiquette suppose peut-
être à tort appartenir à ce grand maître. La Sainte,
en -costume de religieuse, coiffée d'un capuchon, et
toute décharnée, est à genoux devant un crucifix
placé sur un prie-Dieu, et se livre à sa pieuse ferveur,
quand la reine des cieux tenant son enfant lui appa-
raît dans un nuage et descend vers elle; deux anges
soutiennent la couronne au- dessus de sa tête. -
ièsus - Christ portant sa croix est un petit tableau
%val d'une très-belle expression. Le Sauveur suc-
< combe sous le poids de l'instrument de son martyre;
6a mère, accablée de douleur et baignée de larmes,
s'ebt jetée à genoux près de lui; St-Jean souffle avec
elle de l'état où il voit son maître, et le guerrier
romain qui les accompagne ne paraît pas tout-à-fait
insensible à cet aspect. — Un grand et beau tableau
représente un Père de l'église, peut-être St-Jérôme ;
son costume est celui d'un cardinal et le lion placé à
sa gauche rappellerait St-Marc. Dans tous les cas,
les traits du saint vieillard sont pleins d'expression
et cette tête blanchie par les années a encore de la
vigueur. Il a devant lui le commentaire des livres des
Rois, sur la tranche duquel on lit ces mots : in lib. regum.
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Jésus-Christ descendu de la croix, d.ALE"A-,
DRE ViaoNÈsE qui, appelé proprement l'urchi n'a de
commun avec Cngliari que le lieu de naissance. L'or-
donnance de ce tableau est très-bien entendue, et le
clair obscur produit par la lueur du flambeau, qui
tombe sur le corps du Christ, est d'un grand effet.
L'adoration des bergers, de FÉTr, (sur bois,
haut V, 611, l/(/. large V, 2/ ) n'est pas sans mérite,
quoique ce maître jouisse d'une faible réputation. Un
ange, après avoir introduit les bergers dans l'étable
où le Christ repose sur une crèche, lève le voile qui
le couvrait. La Vierge s'est agenouillée près de,l'en-
fant; deri icre elle est Joseph en prières.
LE GUERCIII.V :
Moïse écrivant la loi de Dieu, en grand. Presque
à genoux devant un rocher, entoure de gros volumes,
le législateur (les Hébreux écoule les poroles que le
Très-Haut lui fait entendre aux sons d'une trompette;
sa main tient la plume; elle n'attend pour écrire que
le moment où la voix aura cessé de se faire enten-
dre. Cette figure a quelquechuse (l'imposant; un
enthousiasme qui agite tous ses membres se peint sur
tout le corps de Moïse. — Le jeune homme dans
un réseau est un tableau allégorique dont nous n'a-
vons point deviné la signification, mais qui, dans
tous les cas, n'est pas sans mérite. Pendant qu'une.
femme, dont le corps n'est couvert que d'un voile "i
jeté négligemment autour des côtes, dégage le jeune

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