Notice sur M. l'abbé Monteillet, vicaire de Saint-Amans, décédé... le 6 juillet 1867

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Impr. de Vve Carrère (Rodez). 1867. Monteillet. In-8 °.
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Publié le : mardi 1 janvier 1867
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NOTICE
SCR
11. L'ABBÉ HIONTEILLET
VICAIRE DE SAINT-AMANS
/IM^HÉDÉ A RODEZ LE 6 JUILLET 1867
"S e vend an profit du Renier de saint Pierre
RODEZ, 1
IMPRIMERIE DE Ve E. CARRÈRE , LIBRAIRE.
1867.
NOTICE
sur
M. L ABBÉ IOXTEILLET.
En publiant cette courte notice sur M. l'abbé Monteillet,
vicaire de Saint-Amans de Rodez, nous n'avons en vue qu'une
seule chose : édifier les personnes dans les mains desquelles
elle pourra tomber. Elle n'a donc point été écrite pour les
lecteurs qui cherchent uniquement les grâces de la diction,
ni pour ceux qui sont étrangers au sens chrétien. Les pre-
miers ne la liraient qu'avec ennui ; les seconds ne la compren-
draient pas Elle s'adresse aux nombreux amis du saint prêtre
qui, après avoir subi l'influence de ses exemples et peut-être
de ses conseils, désirent conserver le souvenir de ses vertus.
Nous n'osons assurément pas nous flatter d'avoir repro-
duit tous les traits d'un ministère si bien rempli ; nous
espérons néanmoins que cette esquisse, faite à la hâte,
quelque pâles qu'en soient les couleurs , réalisera en partie
le but que nous nous sommes proposé.
Pour composer cette notice, nous aurions dû interroger
la paroisse de Saint-Amans tout entière, au service de la-
quelle M. l'abbé Monteillet a consacré les quarante années
de sa vie sacerdotale ; chacun de ses habitants aurait pu nous
fournir les renseignements les plus précieux. Mais nous
nous sommes contenté d'en appeler au souvenir de ceux
qui ont le plus vécu dans sa société habituelle; nous avons
surtout interrogé nos propres impressions, écoulé les échos
de notre cœur, et nous avorrs ainsi tressé la couronne qui
devait reposer sur la tombe à peine fermée d'un ami et d'un
père. Puissions-nous, par ce petit travail, avoir contribué
à entretenir dans cette ville, plus encore dans la paroisse
de Saint-Amans, le bien qu'il y a fait pendant sa vie !
NOTICE
SUR M. L'ABBÉ MONTEILLET.
1.
VIE DE M. L'ABBÉ MONTEILLET.
M. l'abbé Monteillet naquit à Rodez , le 23 octobre 1800.
Il fut baptisé le lendemain , par le vénérable abbé Mazars ,
alors curé de Saint-Amans, dans une chapelle particu-
lière (1). Il reçut au baptême le nom de Jean-Pierre. Son
père était un de ces chrétiens sincèrement attachés à leur
religion, quoiqu'ils n'en suivent pas toujours rigoureuse-
ment ses pratiques, et le fils était l'instrument dont Dieu
devait plus lard se servir pour le ramener dans la bonne
voie. Sa mère était une femme d'une grande piété ; c'est elle
surtout qui sema dans le cœur de son petit Pierre des ger-
mes de piété qui ne tardèrent pas à se développer. Dès l'âge
de trois ans, les petits camarades de l'enfant l'appelaient :
lou copélonou ( le petit prêtre)..
En 1812, il se prépara, à sa première communion avec
beaucoup de soin ; mais précisément parce qu'il comprenait
mieux l'importance de cette grande action , il ne se croyait
pas suffisamment préparé; la veille du jour où il devait la
faire, il n'alla pas se confesser avec les autres enfants. 11 le
dit à sa mère, et celle-ci devinant que sa délicatesse de
̃ conscience était le seul obstacle qui l'empêchât de s'appro-
(1) L'église de Saint-Amans, fermée à la révolution de 93, ne fut rendue
au culte qu'en 1802.
G
cher de la table sainte, eut soin, le lendemain, de le faire
demenrer à jeun, de le parer de ses plus beaux habits, etc.,
etc. ; ensuite elle le présenta à son confesseur. Le digne prê-
tre ne jugea pas des dispositions du pieux enfant aussi sé-
vèrement qu'il l'avait fait lui-même ; il lui donna l'absolution
et le détermina enfin à recevoir pour la première fois celui
qui disait sur la terre : Laissez venir à moi les petits enfants.
A partir de ce moment, le jeune Monteillet se fit remar-
quer par sa piété et son exactitude aux offices de la paroisse.
Il ne se souvenait pas, disait-il lui-même, d'avoir manqué
d'assister une seule fois dans sa vie à la grand'inesse du
dimanche.
M. Monteillet fit ses études au lycée de Rodez, où il se
distingua par sa bonne conduite et son application. Ses con-
disciples parlent encore dès brillants succès qu'il n'a pas
cessé d'obtenir dans cet établissement.
Toutefois, il n'entra pas au séminaire immédiatement
après avoir achevé le cours de ses classes; il voulut réfléchir,
afin de connaître surement sa vocation. Il travailla , en qua-
lité de commis, chez un homme d'affaires. Bien plus, sa
mère, à laquelle il n'avait pas encore parlé de son attrait
pour l'état ecclésiastique, faisait alors de tout autres pro-
jets ; elle espérait l'unir à une demoiselle de la maison où il
travaillait, et souvent elle communiquait ses rêves d'avenir
à la mère de la jeune personne, qui elle-même avait su ap-
précier les qualités de M. Monteillet. Certes, ces deux âmes
étaient bien dignes l'une de l'autre. Mais telles n'étaient pas
les vues de la divine Providence; Dieu voulait pour lui ces
deux grands cœurs qui ne se doutaient pas des projets que
leurs mères formaient pour eux. Mlle N. se consacra à Dieu
et fut un modèle d'édification dans la communauté où
elle entra. M. Monteillet ne demeura pas long-temps
dans le monde; il commença ses études, au séminaire
de Rodez , en 1823.
Il fut un très bon élève et surtout un fervent séminariste.
Lé bon-Dieu, qui le destinait à être un jour le. directeur
d'un grand nombre d'âmes, permit que la sienne fût en
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proie à de violentes peipes intérieures. Aussi, dans la suite,
compatissait-il avec la plus grande charité aux maux qu'il
avait soufferts. Après cette terrible épreuve, le calme lui fut
rendu, et ce calme, cette paix, cette entière confiance au
bon Dieu, l'ont accompagné pendant toute sa vie, jusqu'à
son dernier soupir.
Il fut ordonné prêtre en 1828. Il s'estima si heureux de
recevoir l'ordination, qu'il aurait voulu mourir au moment
même-où il se consacrait irrévocablement à Dieu. Après l'or-
dination, il hésita quelque temps entre le ministère des pa-
roisses et les missions étrangères. Son caractère ardent le
portait à tout quitter pour aller jusque dans les pays loin-
tains se dévouer à la conversion des âmes. L'idée de faire
briller la lumière de la foi aux nations encore assises à l'om-
bre de la mort, était un grand stimulant pour son cœur gé-
néreux. D'un autre côté, il était fils unique, et ses parents
n'auraient jamais consenti à son départ. La piété filiale l'em-
porta momentanément sur l'attrait qui le poussait vers les
missions, et, au lieu de se dévouer au salut des infidèles,
il se donna tout entier à ses compatriotes.
Il fut d'abord nommé vicaire à Sauveterre. M. Galibert,
alors curé de cette paroisse, connaissait particulièrement le
jeune abbé, et il se félicitait d'avoir auprès de lui un si
digne collaborateur. Mais Dieu en avait disposé autrement.
M. Monteillet se préparait à se rendre à son posLe, lors-
qu'une place de vicaire à Saint-Amans vint à vaquer. Elle lui
fut offerte et acceptée avec bonheur; car M. Monteillet avait
pour le séminaire et sa paroisse natale une affection qui
allait jusqu'à l'enthousiasme ; ne s'éloigner ni de l'un ni de
l'autre était le comble de ses vœux. Son extrême délicatesse
ne lui eût pas permis d'exprimer ce désir ; mais quand il le
vit réalisé, il en témoigna à Dieu sa très vive reconnais-
sance , et toujours il estima cette grâce comme une des plus
précieuses qu'il ait reçues de sa bonté.
Dès le début de son ministère, M. Monteillet eut pour
curé M. l'abbé Sadous, de si sainte mémoire, et pour guide
de sa conscience M. l'abbé Liotard, directeur du Grand-
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Séminaire. Sous de si habiles maîtres qui joignaient si bien
l'exemple à la parole, le jeune vicaire fit de grands progrès
dans la vertu. Son zèle, sa ferveur, sa eharité édifiaient
tous ceux qui le connaissaient. Pendant les douze premières
années de son ministère , ce fut presque toujours lui qui dit
la première messe; il avait pour règle d'aller au confes-
sionnal de très bonne heure. « Beaucoup de personnes, di-
» sait-il, sont obligées de travailler pour gagner leur vie,
» et elles ne sont pas libres de disposer de leur temps dans
» le cours de la journée. » Cependant les enfants étaient
l'objet plus spécial encore de sa prédilection ; à l'exemple
du divin Maître, il les aimait et se trouvait tout heureux
d'être au milieu d'eux. S'il allait administrer un malade à la
campagne et que ce fût un jeudi, une multitude d'enfants
l'accompagnaient et, au retour, il causait avec eux, les
instruisait en les amusant; ces petits protégés se faisaient
une .fête de ces pieuses promenades. Il avait aussi une tou-
chante sollicitude pour les malades qui s'adressaient à lui
et leur procurait toutes sortes de secours.
Il n'y avait point alors à St-Amans de congrégation en l'bon-
neurde la Ste-Yierge : M. l'abbé Monteillet crut qu'une telle
association pourrait faire un grand bien dans la paroisse. Que
de jeunes personnes seraient ainsi affermies dans ki bonne
voie ! Combien d'autres y trouveraient le moyen de soutenir
leur vertu encore chancelante ! Dès lors , M. Monteillet se
mit résolument à l'œuvre pour fonder l'association qui
existe aujourd'hui. De concert avec le vénérable curé de la
paroisse, il rédigea un règlement qui fut de tout point ap-
prouvé par Mgr de Lalande, alors évêque de Rodez. M. le
curé devint supérieur de la nouvelle congrégation, et M. Mon-
teillet, directeur. Depuis vingt-neuf ans que l'association a
été fondée, M." Monteillet n'a pas manqué une seule fois,
par sa faute, de se rendre aux réunions qui se font deux
fois par mois. Là, se mettant tout-à-fait à la portée de son
auditoire, il donnait aux jeunes associées des instructions
claires et solides, tantôt sur les devoirs qu'elles avaient à
r-emplir envers Dieu, tantôt sur la conduite qu'elles devaient
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tenir au sein de leur famille, voulant que les devoirs d'état
passassent toujours avant les pratiques de piété, conseillées
parle règlement de l'association. Dans un cours suivi d'in-
structions familières, il leur développait aussi la méthode
de saint François de Sales pour les former à la pratique de
l'oraison mentale. Mais c'était surtout à l'époque où l'on se
livre ordinairement aux plaisirs du monde, que le pieux di-
recteur redoublait de zèle pour prémunir les jeunes asso-
ciées contre les dangers du siècle et, les engageait à marcher
résolument sous la bannière des enfants de Marie. ̃« On
» n'est pas obligé, leur disait-il, d'être membre de 1 asso-
» dation pour aller au Ciel; mais lorsqu'on a été reçue-en-
» tant de Marie, lorsqu'on s'est consacrée à elle d'une ma-
» nière toute spéciale, il faut la prendre pour modèle, mar-
» cher sur ses traces et éviter avec le plus grandi soin tout
̃ » ce qui peut lui déplaire. S'il vous en coûte un peu pour
» résister à la tentation de prendre part aux fêtes du monde,
» soyez assurées que si vous avez le courage d'y résister,
» vous éprouverez , même dès cette vie, une paix , une joie
» qui seront pour vous une récompense de la victoire que
» vous aurez remportée sur vous-mêmes, etc., etc. »
M. Monleillet avait une sollicitude spirituellement pater-
nelle pour toutes les associées , et chacune d'elles a donné
.a sa mort les regrets les plus sincères. Combien lui ont dû
le bonheur de la vocation religieuse ! Combien d'autres ont
appris auprès de lui la manière de se sauver dans le monde,
et d'y faire du bien par leurs exemples !
Lorsque M. Monteillet eut exercé un certain temps le mi-
nistère en qualité de vicaire, Msr Giraud lui demanda s'il
désirait être curé. « Je suis prêt à obéir, répondit le modeste
» abbé. Non , répondit Monseigneur ; je ne mets pas à l'é-
» preirve l'obéissance des bons prêtres ; que préférez-vous ?
» - Puisque Votre Grandeur me laisse le choix, je désire
» que la paroisse de Saint-Amans qui a été mon berceau
» soit aussi mon tombeau. - Eh bien ! vous y demeurerez. »
Dès-lors, les supérieurs ecclésiastiques ne songèrent plus à
changer M. l'abbé Monteillet; et lui-même sembla redoubler
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encore d'amour et de dévouement pour sa chère paroisse.
Mgr Affre, archevêque de Paris, lui avait proposé de le
prendre avec lui et de lui confier un poste dans quelque
paroisse de la capitale. Mgr Lacroix, évêque de Bayonne,
autrefois supérieur du séminaire, et qui avait intimement
connu le jeune abbé, lui fit aussi des offres avantageuses;
mais rien ne fut capable de tenter celui qui n'avait d'autre
ambition que la gloire de Dieu et le bien des âmes que la
divine Providence lui avait confiées.
Ce fut en 1838, le 8 avril, que la paroisse de Saiut-
Amans eut la douleur de perdre son vénérable curé; pen-
dant sa maladie, ses vicaires lui prodiguèrent leurs soins
et leur dévouement; mais M. Monteillet se distingua entre
tous. Il faisait alors un froid excessif; M. le curé, dans
le délire de la fièvre, voulait se lever; on ne savait
comment l'arrêter. M, Monteillet eut l'idée d'aller prendre
un crucifix et de le présenter au malade. « Pour l'amour
» de Dieu, M. le curé, lui dit-il, demeurez dans votre lit. »
Cette image du Sauveur mourant ne fut pas en vain présen-
tée à celui qui l'avait si souvent vénérée. M. Sadous, fut
immédiatement calmé. Le jour de ses funérailles, on
remarquait avec un étonnement approbateur que ses vicaires
étaient beaucoup plus pâles, plus défaits que lui ; une pro-
fonde tristesse était peinte sur leur figure, tandis qu'une
joie céleste brillait sur celle du défunt.
M. l'abbé Combes devint le remplaçant de M. Sadous.
La paroisse de Saint-Amans avait beaucoup perdu : elle
retrouvait beaucoup. M. Monteillet surtout, qui avait eu
l'avantage d'être l'élève de M. Combes au lycée de Rodez,
fut tout heureux de travailler sous sa direction. Et le nou-
veau curé, à son tour, s'applaudissait d'avoir pour premier
vicaire un homme dont le zèle, l'expérience, devaient lui
être d'un si grand secours. Le plus parfait accord régna
entre eux : le bien de la paroisse, tel était leur unique
ambition.
Cependant, en 1841, après la mort de son père et de
sa mère, qu'il eut la douloureuse consolation d'assister à
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leurs derniers moments, M. Monteillet sentit se réveiller
plus fortement dans son âme J'altrait qu'il avait ressenti
pour les missions, au sortir même du séminaire ; ou plutôt,
libre de tout obstacle, il voulut tenter de nouveau la réali-
sation de son premier projet en faisant à Dieu le sacrifice
de sa chère paroisse, de sa congrégation, de ses nombreux
amis, etc., si telle était vraiment la volonté de Dieu. Pour
s'en assurer, il alla faire une retraite chez les missionnaires
Lazaristes à Paris, et leur déclara son dessein bien arrêté
d'entrer dans leur société s'ils croyaient qu'il pût s'y rendre
utile, sans leur cacher cependant tout l'attachement qu'il
éprouvait pour sa paroisse.
MM. les Lazaristes le, trouvèrent un peu âgé, pour ap-
prendre les langues étrangères; ils comprirent ausi qu'il
faisait le bien à Saint-Amans, et l'engagèrent à y retourner.
Il y revint, en effet, avec bonheur; car, en quittant pour
toujours sa ville natale, il aurait fait un immense sacrifice.
Mais la nouvelle de son retour fut surtout accueillie avec
joie par le petit nombre de personnes à qui il avait commu-
niqué son pieux projet : elles avaient déjà uni leur sacrifice
au sien; mais elles bénirent sincèrement le Seigneur de ne
les avoir pas soumises à une trop rude épreuve.
M. l'abbé Monteillet, une fois revenu à Saint-Amans pour
ne plus s'en séparer, se livra avec une ardeur nouvelle aux
diverses œuvres du ministère; bientôt même l'occasion
allait se présenter pour lui de prendre en main le gouver-
nement de la paroisse. C'était en 1850. M. l'abbé Combes
avait été nommé représentant à la Chambre, et, avant
son départ, confiant la paroisse à celui qui en était de-
venu le premier vicaire, il disait : « Je m'en vais tranquille,
» parce que je laisse après moi un digne remplaçant;
» M. Monteillet fait ici le bien depuis longues années; il
» saura l'y continuer. »
En effet, aidé de ses dignes collègues, le premier vicaire
fit tout ce qui dépendait de lui pour combler le vide causé
par l'absence de M. le curé. Il eut avec lui une correspon-
dance suivie, et il le tenait au courant de tout ce qui pouvait
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l'intéresser. M. Monteillet conçut d'abord l'idée de fixer
l'heure pour toutes les messes du dimanche; cette me-
sure, vivement approuvée par M. le curé, fut bientôt réa-
lisée, et depuis elle s'est constamment maintenue au grand
bien, comme à la grande satisfaction des fidèles. Ce fut lui
aussi qui fit terminer l'orgue de Saint-Amans, commencé
depuis plus de vingt ans. Il fit encore réparer la sacristie;
enfin il fonda le catéchisme de persévérance : en un mot, il
employa son activité naturelle pour le bien, et M. le curé, à
son retour, n'eut qu'à se louer de ses vicaires, heureux, aussi
de le revoir au milieu d'eux.
De tels services demandaient une récompense. Après le
retour de M. Combes, Mgr Croizier nomma M. Monteillet
chanoine honoraire de sa cathédrale. Cet hommage rendu
à son zèle fit beaucoup plus de plaisir à ses nombreux amis
qu'à lui-même : l'humble vicaire n'ambitionnait pas plus les
honneurs que la fortune; mais les supérieurs ecclésiastiques
avaient reconnu son mérite, et ils prévinrent les vœux, les
désirs de toute la paroisse, en conférant les insignes du ca-
nonicat à celui qui l'avait si dignement administrée.
Nous devons encore à l'heureuse initiative de M. l'abbé
Monteillet l'établissement du couvent de la Mouline. Ce fut
en 1853 ; et depuis cette époque, ces bonnes religieuses ont
travaillé, avec tant de zèle et de succès, à l'éducation des
jeunes filles de la campagne, que pas une seule de leurs
élèves n'a donné de désagrément à sa famille : toutes, ren-
trées chez elles, continuent à fréquenter les sacrements, au
moins une fois par mois, et font honneur à leurs pieuses
maîtresses en suivant les conseils et les exemples qu'elles en
ont reçus.
M. Monteillet s'absentait rarement; dévoué à sa paroisse
comme aux œuvres qu'il y avait fondées, il aurait cru man-
quer à son devoir en entreprenant des voyages longs et dis-
pendieux : « Je n'aime pas, disait-il, à perdre mon clocher
de vue, » et, retenu par ce sentiment, il se contentait de
simples excursions à la campagne et dans les environs de
Rodez, -
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Cependant, en 1858, il se décida à faire le pèlerinage de la
ville éternelle. En passant à Marseille, il alla se mettre sons
la protection de Notre-Dame-de-Ia-Garde ; il avait toujours
eu pour la Très-Sainte Vierge une grande dévotion : il lu
pria, avec plus d'ardeur encore que de coutume. Se trouvant
dans un de ses sanctuaires privilégiés, pouvait-il ne pas la
conjurer de bénir, et sa chère paroisse dont il emportait le
souvenir au fond de son cœur, et son voyage qu'il entrepre-
nait dans l'unique but de satisfaire sa foi et sa piété ? Il
s'arrêta à Gênes, où il fut heureux de vénérer les reliques de
sainte Catherine, en même temps qu'il admirait la beauté et
la richesse de l'église qui lui est dédiée.
Mais ce fut surtout à Rome que le cœur de l'abbé Mon-
teiHet surabonda de pieuses jouissances, il oubliait de man-
ger et de dormir, pour voir et prier davantage : il variait tous
lesjours ses pieuses pérégrinations. Ses premiers homma-
ges furent pour la basilique de Saint-Pierre, où il eut le
bonheur de célébrer les saints mystères sur le tombeau
même des apôtres saint Pierre el saint Paul. Un autre jour,
c'était la prison Mamertine qui lui prêtait son autel; d'autres
fois,.Ia chapelle de Saint Français-Xavier, celle de Saint
Ignace de Loyola, de Saint StanisJas-Kostka, de SaiqtLau-
rent, de Suinte Agnès, des Saint Jean et Paul, de Saint Au-
gustin. Partout de précieux souvenirs l'appelaient partout
aussi d'ardentes supplications s'élevaient de son cœur pour
sa chère paroisse et pour les nombreux amis qui s'étaient
recommandés. à ses prières. Lorsque à Saint-Jean-de-Latran,
il lui fut donne de voir la précieuse relique de la table même
sur laquelle notre divin Maître a institué le sacrement de
l'Eucharistie, il ne se possédait plus. Ce fut là qu'il fut le
plus délicieusement ému. Quelqu'un voulut lui faire remar-
quer que la table, parfaitement conservée, avait cependant un
endroit vermoulu (au témoignage de la tradition , c'était la
place même de Judas) : « Oh 1 ne me parlez pas du traître, s'é-
» cria l'abbé Monteilletavec une sainte indignation ; laissez-
» moi penser à l'amour ! » Ce jour-là il était encore à jeun à
deux heures du soir et il ne s'en apercevait pas : l'amour lui
H
tenait lieu de tout. Le jour où il fut visiter le dôme de Saint-
Pierre, il monta tout à fait au haut de cette magnifique cou-
pole, et là, il se donna le plaisir de chanter toutes ]es prières
que l'Eglise récite le Vendredi-Saint, en suivant l'ordre pres-
crit par les règles de la liturgie , priant pour la sainte
Eglise-, notre saint Père le Pape, etc. Enfin, il lermilla
par un Credo qui partait de son cœur plus encore que-de ses
lèvres. Avec quelle touchante ferveur M. Monteillet monta
la Scala Santa! avec quelle respectueuse douleur il baisa la
colonne de la Flagellation et un des clous qui ont attaché
à la croix notre divin Maître ! Avec quelle dévotion il fit le
chemin de la Croix, au Colysée, sur cette terre arrosée du
sang de tant de martyrs ! Partout, l'âme ardente de l'abbé
Monteillet éprouvait d'ineffables jouissances. Il alla aussi
visiter le palais du Quirinal, résidence du Saint Père pen-
dant l'été. Les belles salles de réception, les magnifiques
tableaux, les objets rares et précieux qui avaient été offerts
au Saint-Père par divers souverains, fixèrent peu les regards
du pieux visiteur; mais, lorsqu'il fut entré dans la chambre
même habitée par Sa Sainteté, lorsqu'il lui fut donné de
s'agenouiller sur ce prie-Dieu d'où de si ardentes supplica-
tions partent du cœur du Père des fidèles pour tous ses en-
fants, il lui fut difficile de s'en arracher; on avait beau lui
dire qu'il ne pouvaitpas demeurer davantage : il restait sourd
à toutes les instances, et une sorte d'extase semblait le re-
tenir. Il lui fallut cependant abandonner enfin cette place où
il lui eut été si doux de prier, et de prier longtemps.
Si l'abbé Monteillet avait éprouvé une si douce émotion
en approchant des lieux que le Saint-Père habite une partie
de l'année, avec quel amour et quel respect se présenta-t-il
devant le Souverain-Pontife lui-même ! Le jour où il eut
son audience est resté gravé dans sa mémoire comme un
des plus heureux de sa vie; il y reportait ses souvenirs
avec bonheur et reconnaissance. Il ne demanda d'autre
faveur à Pie IX. que celle de pouvoir dire la sainte messe
chez lui : il n'a jamais usé de ce privilège; il ne s'en serait
servi que dans le cas où il lui aurait été absolument impos-
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sible- d'aller à l'église. Il reçut la bénédiction du Saint-
Père avec tant de bonheur que de douces larmes s'échap-
pèrent de ses yeux; il baisa ses pieds avec le plus filial
respect.
M. "Monteillet se disposait à partir pour Lorette lorsqu'une
circonstance tout-à-fait indépendante de sa volonté l'obligea
de renoncer à un projet qu'il avait tant à cœur; ce lui fut
un grand sacrifice. Il dut retourner en France; il était
allé, avant son départ, mettre son voyage sous la protec-
tion de Notre-Dame-de-la-Garde; il fut à son retour déposer
à ses pieds les sentiments de sa pieuse gratitude.
Il eut aussi le bonheur d'aller à Lyon faire le pèlerinage de
Notre-Dame de Fourvières ; des affaires de paroisse l'avaient
appelé dans cette ville; il y séjourna peu, et les quelques
heures dont il pouvait disposer furent presque exclusivement
-consacrées à son pèlerinage, et à célébrer les saints mystères
dans cette chapelle, où Marie est si spécialement honorée et
où de si nombreux ex-voto attestent sa puissante protection.
M. l'abbé Monteillet, de retour à Rodez, reprit ses œuvres
de zèle et de charité. Il serait bien difficile d'énumérer tout
ce que ces deux vertus favorites lui ont inspiré; et puis,
combien d'actions qui n'ont été connues que de Dieu seul 1
Car ce ne fut jamais par ostentation que M. Monteillet fit
le bien : une douce conviction l'y portait; l'amour de Dieu
était chez lui le mobile de l'amour du prochain, et pourvu
qu'il eût le témoignage de sa conscience, il était fort peu
soucieux de l'approbation des hommes. « Je fais ce que je
» crois devoir faire, disait-il souvent; pourvu que le bon
» Maître soit content, c'est tout ce qu'il me faut. Sans
» doute, je ne voudrais faire de la peine à personne;
» mais si parfois mon devoir m'y oblige, je ne suis .pas
» homme à tergiverser ; le bon Dieu m'a donné assez de
» fermeté dans le caractère pour cela. »
Après la mort de M. l'abbé Liotard, M. Monteillet avait
cherché encore au séminaire le directeur de sa conscience.
Il aimait cet établissement avec le filial amour qu'un enfant
bien né a pour la maison paternelle; il y allait avec joie
10
renouveler, chaque année, ses promesses cléricales, le 21
novembre, fête de la Présentation de la très Sainte-Vierge ;
il s'était meme fait une règle de passer le jour entier dans
la maison, assistant aux vêpres et au salut du soir. Pendant
toute l'année, ses plus doux délassements étaient d'aller
au séminaire, tantôt à Rodez, tantôt à Saint-Joseph, maison
de campagne du séminaire. M. Monteillet avaitpour tous les
directeurs de cet établissement une affectueuse estime; ces
messieurs, de leur côté, le recevaient avec la plus grande
bonté dans cet asile de la jeunesse cléricale. Là, M- Mon-
teillet renouvelait sa première ferveur, et on pouvait dire
de lui qu'il était resté pieux comme un sérninaristlJ. Il a con-
servé toute sa vie cette ardeur au service de Dieu , et l'Age,
au lieu de l'avoir amoindrie, semblait l'avoir activée. Oh
oui! l'abbé Monteillet était ardent au service de Dieu et il
s'y dévouait tout entier!
Les sermons de M. l'abbé Monteillet étaient, en général,
très bien composés; il avait la réputation d'un esprit solide
et éclairé ; il la méritait ; mais son débit laissait beaucoup à
désirer; son organe était peu sympathique; il avait même
parfois un défaut de langue qui l'empêchait de rendre ses
idées aussi bien qu'il les sentait. Cependant, lorsqu'on
était habitué à son genre et qu'on faisait plus d'attention au
fond de ses sermons qu'à la forme et au débit, on ne
laissait pas d'en tirer beaucoup de fruit. Le prédicateur
était si pénétré de son sujet, il parlait avec tant de convic-
tion qu'il finissait par convaincre son auditoire, surtout
lorsqu'il parlait de l'amour de Dieu pour les hommes et
de celui que les hommes doivent avoir pour leur Dieu. Oh !
alors il ne mettait plus de bornes à son ardeur. Une enfant
de 7 ans l'ayant un jour entendu, disait naïvement à sa
mère en entrant chez elle : «J'ai peur que M. Monteillet
ne devienne fou de la manière dont il dit : Aimez bien le
bon Dieu. » Belle folie que celle-là !.
S'il s'agissait ici du procès de la canonisation de M. l'abbé
Monteillet, l'avocat du diable ne manquerait pas de dire qu'il
était trop attaché à son sentiment, et il dirait vrai, M. Mon-
-17 -
teillet avait beaucoup d'excellentes qualités; mais il avait
aussi des défauts qui étaient comme une ombre au Lableau
de ses vertus. Une personne qui le connaissait et l'estimait
singulièrement disait en parlant de lui : « Que voulez-vous,
» j'aime l'imperfection dans les saints; ce n'est pas aussi dé-
» courageant pour ma faiblesse. » Eh bien! oui, il y avait de
l'imperfection chez l'abbé Monteillet. En général, son esprit
droit faisait qu'il jugeait bien des personnes et des choses :
pour les premières, s'il avait des motifs de les juger défavo-
rablement, il gardait pour lui ses jugements, et la charité lui
imposait un rigoureux silence; mais, pour les secondes,
il disait parfois sa manière de penser avec un peu trop de
franchise, avec une certaine crudité et sans y mettre ces mé-
nagements, dont une exquise charité possède le secret, et
qui font plus facilement accepter une observation.
M. Monteillet se rendait lui-même justice; il disait : « Je
» crois que le bon Dieu m'a doué d'un bon cœur ; mais
» je n'ai pas assez de douceur dans mes manières; que
» voulez-vous? il faut qu'on pardonne à la bonté de mes
» intentions la rudesse de mon caractère. Noire-Seigneur
» appelait les fils de Zébédée les enfants du tonnerre, et
» pourtant il les aimait et les gardait au nombre de ses
» disciples; j'espère qu'il me fera la même grâce. »
M. Monteillet, malgré ses défauts de caractère, avait beau.
coup d'amis, et tous lui rendent le témoignage qu'il était
l'ami le plus sincère et le plus dévoué. A la vie, à la mort,
après la mort même, ceux qu'il avait spécialement aimés
vivaient toujours dans son cœur, et ses prières les accom-
pagnaient au-delà de la tombe Il avait des amis dans toutes
les classes de la société , et il était si dévoué pour tous,
que tous pouvaient se croire l'objet d'une spéciale prédi-
lection de sa part.
Les intérêts spirituels de ses pénitents et leurs intérêts
même matériels étaient l'objet incessant de ses préoccupa-
tions; leur bonheur était une bonne partie du sien. Pro-
curer leur salut, les consp^^ss^ urs peines, les forti-
fier dans leurs faiblesse^V^Ia^jj^ans leurs misères,
2
-18 -
attendre avec une paternelle patience ceux qui tout d'abord
semblaient sourds à sa voix , les recevoir ensuite avec une
tendre compassion , c'était sa vie. 11 savait se réjouir avec
ceux qui étaient dans la joie; surtout pleurer avec ceux qui
pleurent. En un mot, M. l'abbé Monteillet, suivant le con-
seil de l'apôtre saint Paul, se faisait tout à tous pour les
gagner tous à Jésus-Christ. En prenant au hasard une de
ses lettres, parmi celles qu'il nous a été donné de recueillir,
nous trouvons le passage suivant, qui vient parfaitement à
l'appui de ce qui est dit de la condescendance de M, l'abbé
Monteillet :
« Rodez, le Il avril 1856.
» Je regrette vivement les ennuis de votre voyage; j'aurais
» tant désiré pour vous ces jouissances de cœur que vous y
» aviez si souvent trouvées; j'espère même qu'elles ne vous
» feront pas défaut jusqu'au bout. Je vais le demander de
» toute mon âme au bon Maître. Je vois cependant avec
plaisir que vos dispositions sont ce qu'elles doivent être
» et que vous vous appliquez à tirer bon profit, pour votre
» avancement spirituel, des contrariétés que vous rencon-
» trez sur votre chemin. Nous serions bien à plaindre,
)" n'est-ce pas? si parmi les peines et les'misères de la vie,
» nous ne savions pas les utiliser pour le Ciel et nous sou-
» mettre, sinon avec joie et amour, du moins avec patience
» et résignation à tous les desseins de la toute misérieor-
» dieuse Providence !
» Oh! que de belles occasions pour augmenter nos mé-
» rites, et nous apprendre à nous détacher de plus en plus
» de tout ce qui n'est pas Dieu, ou de tout ce qui ne doit pas
» contribuer puissamment à nous conduire solidement à lui!
» N'allez pas croire cependant que je veuille faire allusion
» ici à Mlle N., ni aux observations qu'elle vous adresse. Oh!
» non, ma bien chère fille; cette excellente amie marche
» dans une voie si différente de la vôtre que je ne suis pas
» du tout étonné de ses réflexions; mais je ne pense pas
» que vous deviez en tout vous régler sur elle. Prenez à la
-19 -
» bonne heure, de ses entretiens et de ses conversations,
» tout ce qui pourra vous édifier sans vous troubler ni vous
» décourager; mais tenez-vous attentivement en garde con-
» tre tout ce qui, dans cette pieuse amie, pourrait porter
» atteinte au calme de votre esprit el à la sainte joie de vo-
» tre cœur. Elle va à Dieu, vous le savez, avec crainte et
» sans dilatation, et vous ne pourrez jamais la suivre dans
» cette voie, parce que le bon Maître vous appelle à lui
» par la voie de la confiance et du saint abandon. Ainsi
» donc, à chacun son chemin. Prions seulement les uns
» pour les autres, pour que nous n'abandonnions jamais
» celui qui nous est marqué et qui nous est propre; c'est 115
» seul où nous marcherons sûrement. A Dieu , ma bien
» chère fille.
» A Dieu et à Marie, toujours, sans réserve et avec un
» entier abandon.
» Votre tout dévoué en N. S. J.-C. M. »
Voilà comment ce sage et zélé directeur savait s'identifier
aux peines et aux joies des âmes qui lui étaient confiées , et
en même temps les prémunir contre ce qui aurait peut-être
retardé leur avancement spirituel. L'abbé Monteillet avait
de la difficulté à s'exprimer en chaire; mais cette diffi-
culté disparaissait lorsqu'il parlait en confession. Là, il
avait une facilité étonnante et des grâces de direction vrai-
ment remarquables. Il avait soin de demander les lumières
de l'Esprit-Saint : il les obtenait. On pouvait dire de lui
qu'il savait rendre doux le joug du Seigneur et son fardeau
léger, en procurant aux âmes qu'il dirigeait celte paix
dont parle l'Apôtre, qui surpasse tout sentiment (1). In-
dépendamment de cette direction paternelle que M. Mon-
teillet donnait à quelques personnes, sincèrement dési-
reuses de leur perfection , il avait aussi un don merveilleux
pour tranquilliser les âmes dans les moments d'ennui,
(1) Afin de mieux montrer M. Monteillel comme directeur, nous renver-
rons à la fin de cette notice les conseils qu'il donna lui-même à une de ses
pénitentes qui les lui avait demandés.
20 -
d'abattement où elles se trouvaient. Ses décisions étaient
si claires et accentuées d'un ton si ferme qu'il était im-
possible de n'être pas tranquille , lorsqu'on voulait liii
obéir. S'il voyait qu'on craignît qu'il fût ou trop sévère ou
trop indulgent, il disait : « Ce que je vous conseille de la
» part du bon Dieu , je le crois si utile à votre âme que si je
» devais aujourd'hui aller paraître devant mon souverain
» Juge, je vous donnerais la même décision. »
Bien. que M. Monteillet ne fût point curé, il fut cependant
nommé provicaire forain, et dut, pendant quelque temps,
visiter les églises de son district. Il savait donner les éloges
mérités; mais aussi il se faisait un devoir d'exiger que tout
fût dans l'ordre. Oh! l'ordre, il en avait la passion, et
lorsqu'il avait dit : ce n'est pas dans l'ordre, il n'y avait pas
moyen de transiger avec lui.
La confiance que M. Monteillet inspirait à ses supérieurs
le fit aussi nommer membre du tribunal établi à Rodez pour
la cause de Mme de Lestonnac , fondatrice des religieuses de
Notre-Dame. Les séances furent longues et nombreuses;
l'abbé Monteillet s'y rendit toujours avec la plus grande
exactitude et garda le plus profond secret sur les délibé-
rations.
Il était aussi membre du conseil de la Caisse diocésaine
et de la Propagation de la Foi.
M. Monteillet était rempli d'un respectueuse affection pour
Mgr Delalle,.notre digne évêque. Il savait apprécier son mé-
rite et parlait avec bonheur de sa science, de sa bonté et sur-
tout de sa haute piété. Mais aussi le vénérable prélat estimait
ce simple vicaire, lui donnait souvent des marques de la con-
fiance qu'il avait su lui inspirer, et, à sa mort, Sa Grandeur
lui a accordé de très sympathiques et très honorables regrets.
En 1864, la santé de l'abbé Monteillet s'altéra sensible-
ment et préoccupa beaucoup ses amis ; de ce nombre était
son médecin qui lui conseilla d'aller prendre les eaux d'An-
dabre. Il y fut, en effet, eL sa santé parut se rétablir; mais,
soit que M. Monteillet souffrît encore intérieurement, soit
que, par une grâce de Dieu, il eût un pressentiment de sa
21
fiu prochaine, il parlait très souvent de la mort et y pen-
sait plus souvent encore. ,
« Je m'en vais, nous disait-il ; je n'ai plus de force, je
» me fatigue facilement; tout cela me dit de me préparer
» h mourir; mais, à la volonté de Dieu! cette pensée ne
» m'alarme nullement. Si le bon Maître me juge encore
» capable de travailler à sa vigne, j'y consens; mais s'il
» veut me retirer de ce monde, je ne lui demande pas de
» prolonger ma pauvre existence. Combien de mes condis-
» ciples m'ont devancé! Il est bien temps que mon tour
» vienne. Prions le bon Dieu de nous faire la grâce de nous
» détacher de tout ce qui n'est pas lui, afin d'être prêts
» lorsque notre dernière heure sonnera. » Quelques per-
sonnes avaient cru s'apercevoir que le moral de M. Monteillet
avait baissé; d'autres, qui le voyaient très souvent, ne
s'en étaient nullement aperçues. Mais tout le monde remar-
quait que la pensée de la mort lui était habituelle et faisait
souvent le sujet de sa conversation. Une personne, le
voyant si préoccupé de la pensée de la mort, lui témoigna
la crainte qu'elle avait d'être devancée par lui dans le che-
min de l'éternité, et le désir qu'elle aurait cependant de re-
cevoir son assistance à sa dernière heure. « Soyez tran-
» quille, lui dit-il ; j'espère que le bon Dieu me fera misé-
» ricorde, et dès lors je vous serai bien plus utile que je
» 11e l'aurais été , si je vous eusse survécu. »
La pensée de la mort, loin d'attrister le bon abbé Mon-
teillet, le réjouissait ; il regardait la terre comme un exil, ét
soupirait sincèrement vers sa patrie. « Au Ciel, disait-il,
» nous verrons Dieu, nous l'aimerons, nous serons dans
» l'heureuse impossibilité de l'offenser, et nous ne serons
» plus témoins des scandales qui affligent si douloureuse-
» ment nos cœurs. Oh! qu'il y fera bon, lorsque nous y
» serons arrivés, et qu'alors ce que nous aurons souffert
» pour y parvenir nous paraîtra peu de chose! Espérons-le,
» ce bonheur, des mérites de Notre-Seigneur Jésus-Christ
» et de la grande miséricorde de notre Père qui est aux
» Cieux. » Voilà les sentiments qui avaient toujours animé
22
M. Monteillet et qui l'animèrent surtout les dernières au,
nées de sa vie.
« Passons en faisant le bien, disait-il. Quand même nous
» devrions atteindre un âge très avancé, qu'est-ce que cent
» ans, comparés à l'éternité? La maladie ne précède pas
» toujours la mort; et puis, on n'est guère propre à travailler
» sérieusement à son salut, lorsqu'on est accablé par la dou-
» leur. Oh ! croyez-moi, faisons le bien pendant que le bon
» Dieu nous en donne le temps. Que CHtte pensée : que vou-
» drais-je avoir fait à l'heure de la mort? nous soit fami-
» liére; .songeons que tout passe et que Dieu seul ne passe
» pas. »
Enfin, l'heure dernière de cette belle vie était prêle à
sonner sans que personne parût s'en douter. L'abbé Mon-
teillet, le 30 juin 1867, ressentit les premières atteintes
d'une paralysie. Il voulut se roidir contre elle; il alla au
confessionnal, célébra la grand'messe et voulait faire la
procession le soir même. Il dut cependant y renoncer, mais
il se donna le plaisir de la voi.. passer et dit : « Ce sera bien-
» tôt celle de mon enterrement. » En effet, le mal fil de ra-
pides progrès : les soins les plus intelligents et les plus
affectueux lui furent inutilement prodigués. Le malade
obéissait aux prescriptions des médecins; cependant, tout
abandonné à la volonté de Dieu, il était dans une sainte
indifférence sur le succès des remèdes.
Le 2 juillet au soir, on lui proposa de recevoir les der-
niers sacrements ; les médecins venaient de dire qu'on pou-
vait attendre au lendemain : M. Monteillet préférait cette
décision. « N'importe, ajoutait-il aussitôt; je suis content,
» très content d'être administré mainlenanl. » Et se tour-
nant vers une image du Sacré Cœur de Jésus, placée contre
son lit, il ajouta : « Voilà mon espérance pour le temps et
» pour l'éternité ! »
L'abbé Monteillet avait précieusement conservé les cier-
ges qui avaient servi à la cérémonie, lorsqu'il avait lui-
même administré son père et sa mère. Il aurait désiré qu'ils
servissent aussi pour lui et les demandait instamment;
23 -
malheureusement on ne les trouva point. Quelqu'un s'ap-
procha du malade et lui dit : «Monsieur l'abbé, on ne trouve
» pas les cierges que vous désirez ; cela vous est bien égal ? »
« Oh ! non, répondit-il , cela ne m'est pas égal, mais j'en
» fais le sacrifice. » Le clerc lui apporta sa plus belle étole;
il en fut tout heureux, se souvenant que c'était celle qu'il
avait la dernière fois qu'il était allé en procession à Notre-
Dame de Ceignac. Au moment de réciter le Credo, avant de
recevoir le saint Viatique , les sanglots étouffèrent sa voix,
et tandis que ses collègues récitaient cette profession de
foi à plusieurs reprises il interrompit ses larmes pour leur
faire entendre ces belles paroles: Credo! Credo! Après la
cérémonie, il indiqua la place de sa bibliothèque où on
trouverait Le Rituel, se le fit apporter et chercha lui-même
les prières qu'il faudrait réciter, quand le moment serait
venu fie lui appliquer l'indulgence plénière , in articula
rnortis. Il entra ensuite dans un profond recueiUcment,
tout absorbé par la présence de son Dieu et lui donnant in-
térieurement les témoignages de sa reconnaissance et de
son amour. Les médecins n'avaient plus d'espoir; cepen-
dant les fidèles espéraient encore; ils adressaient à Dieu de
si ardentes prières, qu'il leur semblait que le Père céleste se
laisserait touchee. Mais c'était un fruit mûr pour le Ciel;
Dieu a voulu le cueillir. Ce fut le vendredi matin, 6 juillet,
que M. Monteillet s'endormit dans le Seigneur. La douceur,
le calme de ce dernier sommeil n'étaient troublés que par
les regrets et les larmes de ses confrères et de toute la pa-
roisse.
Après sa mort, pendant toute la journée, on accourut de
toute part pour voir une dernière fois celui qui avait fait
tant de bien : on priait et on pleurait devant ce lit fu-
nèbre!. En l'absence de M. le curé, M. l'abbé Costes, vi-
caire-général , a bien voulu faire la touchante cérémonie de
ses obsèques, à laquelle toute la paroisse a assisté. On y a
vu tout le clergé de Rodez , MM. les directeurs des sémi-
naires et plusieurs prêtres des environs. Presque toutes les
communautés de la ville avaient tenu à cœur de s'y faire re-
24
présenter. La compagnie des sapeurs-pompiers, ceHe des
anciens militaires, étaient venues rendre leurs derniers de-
voirs à ce membre honoraire, et se faire les échos fidèles des
sentiments d'estime et d'affection que tout le monde expri-
mait, et qui semblaient se mieux résumer dans les deux or-
phelinats de l'Hôtel-Dieu et de ]a Providence.
Il est impossible de réunir de plus sympathiques et de
plus unanimes regrets que M. l'abbé Monteillet. Vraiment
s'il n'y avait pas eu tant de larmes versées à bes obsèques,
elles auraient ressemblé à un triomphe. Toutes les classes
de la société s'étaient fait un devoir de l'accompagner à sa
dernière demeure. On l'a vu, le peuple a su rendre hom-
mage an prêtre qui pouvait dire, avec vérité, comme l'apô-
tre saint Paul : «Je sacrifierai tout et me sacrifierai moi-même
» pour les âmes : Omnia impendam, et superinipendar ipse
» pro animabus vestris. » M. Monteillet a toute sa vie pra-
tiqué cette devise; il l'a répétée avec enthousiasme et avec
joie, à son lit de mort.
Nobles et touchants hommages où la flatterie n'avait au-
cune part, mais que l'amour seul inspirait! Aussi peut-on
dire que si les obsèques de M. l'abbé Monteillet ont été
glorieuses pour sa mémoire, elles n'ont pas été moins ho-
norables pour les paroissiens de Saint-Amans, parce qu'ils
ont prouvé qu'ils ont l'intelligence de la vertu et la mémoire
du cœur.
Les collègues de M. Monteillet ont été admirables d'affec-
tueux dévouement, soit pendant sa maladie, soit pendant
sa mort : toute la paroisse a été touchée des soins assi-
dus qu'ils lui ont prodigués. Mais M. le curé de Saint-
Amans, le premier de tous , conservera long-temps le sou-
venir du bien qu'il a fait. Retenu alors dans son pays natal
par une assez grave maladie, il a beaucoup regretté de n'avoir
pu lui témoigner sa haute estime, en le visitant dans ses
derniers moments, en présidant à la cérémonie de ses
obsèques, en payant surtout à sa mémoire un juste tribut
de vénération et de gratitude. Mais à peine était-il de retour
à Rodez, qu'il voulut acquitter la dette dont il se croyait re-
25 -
devable. Le 8 septembre, il recommandait lui-même aux
prières des fidèles M. l'abbé Monteillet, et sa voix très
émue traduisait assez les sentiments qu'il éprouvait au fond
du cœur. Malgré sa fatigue, il adressa même quelques pa-
roles à son auditoire :
« Je suis heureux , disait-il, de me trouver enfin au mi-
» lieu de vous; mais ce qui m'afflige, ce qui me consterne,
» c'est le vide causé par la mort de celui qui était un saint
» prêtre, rempli de zèle, et qui vous a fait tant de bien.
h Dieu a appelé à lui M. l'abbé Monteillet; c'était un fruit
» mûr pour le Ciel, il a voulu lui donner sa récom-
» pense. Adorons ses desseins impénétrables ! » Ces quel-
ques mots, prononcés avec l'éloquence du cœur, émurent
vivement toute l'assistance. Plus d'une larme coula en ce
moment, et, malgré un intervalle de deux mois, il était fa-
cile de lire sur tous les visages les sentiments de regret qui
animaient tous les cœurs. C'est le grand privilège de la sain-
teté de se survivre à elle-même.
M. Monteillet est mort à l'âge de 67 ans; il était dans la
40e année de son ministère. Mais sa mémoire ne périra pas :
In memorid cetcrnd erit Justus.
2G -
II.
VERTUS DE M. L'ABBÉ MONTEILLET.
Comme nous l'avons vu, la vie de M. l'abbé Monteillet,
si pleine, si riche pour le ciel, si utilement dépensée au
service de ses frères, s'est passée toute entière dans l'obscu-
rité du même ministère paroissial , dans les humbles fonc-
tions de vicaire, qu'il ne voulut jamais abandonner. On y
chercherait donc vainement des actions éclatantes, de ces
choses que le monde appelle grandes et qui attachent la cé-
lébrité à un nom. Mais ce qui vaut mieux, ce que nous de-
vons surtout montrer à nos pieux lecteurs, c'est l'exemple
d'une vertu solide, qui ne connut pas une heure de dé-
faillance. Allons donc maintenant jusqu'au principe, jusqu'à
l'âme même de celle existence si bien remplie, et voyons ce
qui a fait de lui un saint prêtre d'abord , mais aussi un prê-
tre sincèrement et efficacement dévoué au salut des âmes.
Sa Foi
Le principe des vertus que nous aurons à admirer dans
M. l'abbé Monteillet était sa grande foi ; elle paraissait dans
ses actions même les plus indifférentes ; mais elle se mon-
trait plus vive encore à l'autel et chaque fois qu'il accom-
plissait une fonction du sacré ministère. Avec quelle reli-
gion profonde il offrait chaque matin les saints mystères!
Quelquefois l'ardeur de ses sentiments se trahissait par
des larmes qu'il cherchait à cacher, mais qu'il ne pouvait
entièrement dissimuler.
Un jour il voulut faire le Chemin de la Croix tout haut, le
Vendredi-Saint, en présence des associées qu'il avait enga-
gées à se réunir pour ce pieux exercice. Il fut si ému du
souvenir de la passion de notre divin Maître, qu'il lui fut
tout-à-fait impossible de continuer; il fallut qu'une per-
27 -
sonne moins impressionnée que lui continuât à sa place.
Il avait une grande prédilection pour le nombre trois, en
l'honneur de la Sainte-Trinité ; c'était pour ce motif qu'il met-
tait toujours trois points à la suite de sa signature; ce qui
paraissait indifférent aux personnes qui ne connaissaient pas
l'abbé Monteillet, était un acte de foi au premier, comme au
plus grand de nos mystères.
Il avait, le soir, une manière de saluer quelque peu ori-
ginale et qui ressemblait à une distraction. Si avancée que
fût l'heure à laquelle il quittait ou abordait quelqu'un, il
disait : Bonjour. Et lorsqu'on lui en faisait l'observation,
il répondait naïvement : « C'est que je pense au jour de
» l'éternité ! » Très souvent il chantait en montant son esca-
lier : Gloria in excelsis Dco !
C'était sa foi qui lui inspirait un attachement si profond à
l'Eglise : ses triomphes lui causaient la joie la plus vive, en
même temps qu'il ressentait de ses épreuves l'affliction la plus
sincère. C'étaitencore sa foi qui lui donnait un si grand amour
pour le représentant de Jésus-Christ, sur la terre, et qui lui
inspirait une si entière soumission à ses volontés. La jeune
imagination de l'abbé Monteillet, quelques années après sa
sortie du séminaire , avait beaucoup goûté M. l'abbé de La-
mennais : il était abonné au journal Y Avenir. Mais dès qu'il
vit que ce malheureux auteur se séparait du Saint-Siège, il se
sépara bien vile de lui, et déplora amèrement les erreurs
d'un homme que l'orgueil perdait, et qui, en se tenant dans
l'humilité, aurait pu employer si utilement ses talents pour
l'Eglise. Les ouvrages sortis d'une plume incrédule ou impie
révoltaient l'abbé Monteillet; il ne pouvait pas contenir sa
juste indignation ; il aurait volontiers consenti à laver de
son propre sang, ces lignes qui font tant de mal à la religion.
S'il ne put, selon ses désirs, aller faire briller le flambeau
de la foi chez les nations infidèles, du moins il fit bien tout
ce qui dépendait de lui pour éclairer, soutenir et fortifier la
foi des personnes qui lui donnaient leur confiance. Il leur
parlait avec une telle conviction, qu'il venait facilement à
bout de les persuader.

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