Notice sur M. Lequesne, maire de Beauvais ; par M. Danjou,...

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impr. de A. Desjardins (Beauvais). 1861. Lequesne. In-8° , 15 p..
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Publié le : mardi 1 janvier 1861
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SUR
M. LEQUESNE,
Maire de Beauvais,
PAR
M. DANJOU,
Président de la Société Académique de l'Oise.
BEAUVAIS,
IMPRIMERIE D'ACHILLE DESJARDINS, RUE SAINT-JEAN.
1861.
NOTICE
SUR
M. LEQUESNE,
Maire de Beauvais,
lue dans la séance du 17 juin 1861.
Messieurs,
Vous avez désiré qu'une notice faite par un des membres de
la Société académique conservât dans nos bulletins le souvenir
des regrets qu'a excités dans nos rangs, comme dans toutes les
classes de la population de Beauvais, la mort de l'excellent ad-
ministrateur que cette ville vient de perdre. C'est pour répondre
à votre voeu que j'ai entrepris de réunir dans un résumé, simple
comme la vérité, modeste comme l'homme de bien à qui il est
consacré, des souvenirs qui se recommandent par eux-mêmes,
et n'ont nul besoin d'être relevés par le talent de l'écrivain.
M. Lequesne, quoique n'appartenant point à notre ville par sa
naissance, y avait si bien attaché son coeur et toutes ses pensées,
qu'on ne pouvait voir en lui qu'un véritable citoyen de Beauvais.
Né à Paris, le 12 juillet 1784, il avait embrassé, à son début
dans la vie active, l'honorable carrière du notariat, et quel-
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ques-uns de nos contemporains se rappellent l'avoir connu
à Paris dans l'exercice de ses fonctions. Ceux qui se sont trouvés
en rapport avec lui à cette époque ont conservé le meilleur sou-
venir de la sagesse précoce et des formes agréables du jeune
notaire, ainsi que de l'heureuse influence qu'il devait à sa droi-
ture et à un caractère tout à la fois ferme et conciliant. Cet en-
semble de qualités contribua sans nul doute aux relations que
la confiance d'un respectable père de famille, le savant docteur
Sue, établit entre M. Lequesne et le célèbre romancier, qui a
ajouté plus d'éclat que de considération au nom révéré de son
père. Dès ses premières années, Eugène Sue, par des écarts qu'on
pouvait attribuer à son extrême jeunesse, avait vivement alarmé
la tendresse paternelle. Plein d'esprit et d'imagination, mais in-
capable d'imprimer à ses brillantes qualités une sage direction,
qui l'aurait placé aux premiers rangs de la société, il déconcerta
tous les soins de son père pour l'amener à une vie sérieuse et
honorée. Au lieu de consacrer ses puissantes facultés aux fortes
études qui recommandent le nom de sa famille à la reconnais-
sance publique,.il s'était jeté, avec toute la fougue de son ima-
gination , dans une vie de dissipation qui avait compromis tout
au moins sa fortune, et avait mis son père dans la triste néces-
sité de demander à la justice de le placer sous la surveillance
d'un conseil judiciaire. C'est sur M. Lequesne que le docteur
Sue jeta les yeux pour cette mission délicate. Nous n'avons
pas besoin de dire que M. Lequesne s'en acquitta avec autant
de sagesse que de fermeté, et que, par suite, il devint aussi cher
au père qu'insupportable au spirituel prodigue dont il était
chargé d'arrêter les écarts. Pour occuper la nature par trop
active d'Eugène Sue, on ne trouva pas de meilleur moyen que
de l'embarquer dans l'escadre de l'amiral de Rigny. Il y entra
en qualité de pharmacien de la marine, et c'est avec ce titre
qu'il assista au combat de Navarin. Les personnes qui ont lu
les premiers ouvrages d'Eugène Sue savent combien son court
passage dans la marine avait laissé de vives traces dans son
imagination, et l'a heureusement inspiré dans quelques-unes
de ses créations les plus originales.
M. Lequesne n'aurait pas pensé de longtemps à quitter une
profession qu'il aimait, et pour laquelle il a conservé jusqu'à ses
derniers jours une prédilection qui montre avec quels senti'
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ments élevés il en avait toujours rempli les devoirs. Mais une
maladie aiguë, dont la convalescence exigeait impérieusement
un repos absolu de plusieurs années et le séjour de la campa-
gne, le força, à son grand regret, à résigner un poste devenu
momentanément incompatible avec le rétablissement de sa
santé. L'amitié d'un oncle respectable, propriétaire dans le
canton de Méru, de la jolie terre du Ménillet, l'attira dans
notre arrondissement, où il ne tarda pas à se faire distinguer
par son aménité, la justesse de ses idées et son zèle, aussi vif
que désintéressé, pour le bien public. L'administration s'em-
pressa d'utiliser tant d'aptitude et de bonne volonté, en l'appe-
lant dans ces modestes commissions qui rendent de si impor-
tants services à l'enseignement primaire, aux voies de commu-
nication , aux personnes atteintes de malheurs permanents ou
isolés, et à une foule d'autres besoins de la société. Devenu
lui-même, après quelques années, propriétaire du Ménillet, il
fut, peu de temps après, nommé maire de Bornel, commune
dans l'étendue de laquelle se trouve ce domaine, et en exerça
les fonctions de 1828 à 1843, de manière à donner sur cet étroit
théâtre la mesure d'une aptitude administrative qui devait plus
tard se développer avantageusement sur une plus vaste échelle.
Heureux au sein de sa famille et dans la modeste commune à
laquelle il consacrait tous ses soins, M. Lequesne n'aurait sans
doute jamais pensé à quitter la douce retraite qu'il s'était faite;
mais de cruels malheurs domestiques vinrent lui rendre intolé-
rable ce séjour, où il avait goûté un bonheur trop tôt détruit.
Une épouse, jeune encore , et justement chérie, lui fut enlevée
par une mort prématurée; et, presque au même moment, un
funeste accident de chasse causait la mort du plus jeune de ses
fils. D'aussi poignantes douleurs rendaient odieux à M. Lequesne
les lieux où il avait été frappé si cruellement, coup sur coup. Le
Ménillet était devenu pour lui une affreuse solitude. Il vint à
Beauvais, où il trouva, auprès de son frère aîné, ingénieur en
chef des ponts-et-chaussées, l'asile d'une famille dévouée, en-
tourée de l'estime et de la considération générales. Lui-même
était déjà connu et apprécié à Beauvais par toutes les personnes
qu'avaient rapprochés de lui les rapports qui s'établissent
comme d'eux-mêmes entre les hommes influents d'un arron-
dissement.
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Un des hommes les plus capables, par sa sagacité personnelle
et par sa position, d'apprécier le mérite de M. Lequesne, M. Graves,
alors secrétaire général de la préfecture, le tenait en haute es-
time et le regardait, avec une perspicacité que l'expérience a
bien confirmée, comme l'un des hommes les plus propres à di-
riger une grande administration municipale. Les électeurs com-
munaux de la ville de Beauvais partagèrent, avec une convic-
tion arrêtée, cette prévision, et, lorsque après une crise muni-
cipale qui avait éclaté en 1841, il fallut procéder, en 1843, au
renouvellement partiel du conseil, prélude et préliminaire de la
reconstitution de l'administration elle-même, M. Lequesne fut
nommé conseiller municipal, et, peu de temps après, maire de
Beauvais.
Nous ne voulons rappeler ici aucun fait qui puisse raviver des
souvenirs heureusement éteints. Nous ne pouvons cependant
éviter de faire remarquer que la position du nouveau maire n'é-
tait pas sans difficultés. Il arrivait après un de ces longs intérims
pendant lesquels le talent et le zèle ne suffisent pas pour ba-
lancer les inconvénients d'un pouvoir délégué et précaire, sans
traditions et sans avenir, et fatalement réduit au règlement des
affaires courantes. Aussi, quand un intérim a duré plus d'un an,
comme celui auquel a succédé M. Lequesne, l'administration,
indépendamment des circonstances spéciales du moment, pré-
sente des difficultés que l'intérimaire n'a pu prévenir, parce
qu'elles résultent de la nature même des choses.
M. Lequesne aborda courageusement cette tâche difficile, avec
la conscience du bien qu'il se sentait appelé à faire, et la ferme
volonté d'y consacrer toutes ses facultés. Il y fut soutenu par le
concours énergique du conseil municipal, le dévouement de ses
adjoints et l'affectueuse confiance d'un habile administrateur,
M. le baron Mercier, alors préfet du département de l'Oise. Cet
heureux accord du préfet avec le maire du chef-lieu du dépar-
tement fut une des forces de M. Lequesne aux premiers jours de
son administration, et l'aida puissamment à réaliser les sages
projets qu'il avait conçus dans l'intérêt de la ville de Beauvais.
Personne, au reste, ne justifiait mieux l'amitié et la haute
estime du premier magistrat du département par un caractère
loyal et ferme, une douceur sans faiblesse et un zèle ardent pour
l'accomplissement de tous les devoirs de l'édilité. Cette mission,
convenait si complètement à son esprit judicieux et pratique, à
son penchant pour les améliorations sérieuses et pour la sage
gestion des intérêts communaux, qu'il semblait avoir pour les
fonctions de maire une vocation innée, et qu'il n'est pas un seul
de ses administrés qui n'ait applaudi à l'heureuse pensée de
M. Randouin quand il a dit, sur la tombe de cet excellent maire,
qu'en rentrant dans ses fonctions, après l'interruption qu'y
avait amenée la révolution de février, il semblait rentrer dans
son patrimoine.
M. Lequesne s'était, en effet, tellement identifié svec la ville
de Beauvais, que, bien qu'éloigné de la gestion directe des
affaires depuis le 29 février 1848 jusqu'au 20 octobre 1855, il a
continué, en sa qualité de simple conseiller municipal, à exercer
sur la marche des affaires communales une telle influence, soit
dans les commissions, soit dans la discussion générale, qu'il est
difficile d'établir une distinction entre les deux périodes de sa
carrière administrative.
Dès son entrée aux affaires, on avait reconnu la main vigou-
reuse mais paternelle d'un maire à la hauteur de ses fonctions.
L'exécution ponctuelle des règlements sur la voirie urbaine, sur
la tenue des marchés, sur le commerce des subsistances, sur
l'octroi et sur tous les objets confiés à l'administration munici-
pale signala immédiatement sa vigilance et sa fermeté, et les
habitants se soumirent sans répugnance à des prescriptions
dont ils reconnaissaient la justice, et dont eux-mêmes recueil-
laient les fruits. C'est ainsi que, sans secousse et sans rigueur,
M. Lequesne parvint à améliorer par degrés les ressources finan-
cières de la ville, et, pour nous servir ici d'une heureuse
expression d'un de nos procès-verbaux, donner aux ressources
de la ville une sage direction qui lui permît de doter le présent
sans engager l'avenir.
Tout en s'occupant des détails de l'administration avec une
attention soutenue, qui ne s'explique que par une assiduité inces-
sante et une puissance de travail peu commune, M. Lequesne
ne cessait pas un seul instant d'embrasser dans sa pensée tout
l'ensemble des intérêts communaux, et chacune des propositions
qu'il présentait au conseil municipal faisait partie d'un vaste plan
d'ensemble mûrement médité et combiné avec les besoins et les
ressources présentes ou futures de la ville M. Lequesne avait

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