Notice sur sainte Germaine, vierge-bergère de Pibrac, canonisée le 29 juin 1867, suivie de réflexions, pratiques et prières pour une neuvaine en son honneur, de la messe, des vêpres, du bref de canonisation, de cantiques et litanies, par Mlle Eugénie Dedieu

De
Publié par

impr. de I. Viguier (Toulouse). 1867. Cousin, Germaine. In-32, 286 p..
Les Documents issus des collections de la BnF ne peuvent faire l’objet que d’une utilisation privée, toute autre réutilisation des Documents doit faire l’objet d’une licence contractée avec la BnF.
Publié le : mardi 1 janvier 1867
Lecture(s) : 13
Source : BnF/Gallica
Licence : En savoir +
Paternité, pas d'utilisation commerciale, partage des conditions initiales à l'identique
Nombre de pages : 287
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

! .;;Ii ,AI" ,x ( ,
NOTICE
ET
NEUVAIN/E
EN L'HONNEUR 1
DE SAINTE GERMAINE
Vierge, bergère de Pibrac,
CANONISÉE LE 29 JUIN 1867
SUIVIES
De Prières, des Litanies, de la Messe et des Vêpres
de sainte Germaine,
des Miracles qui ont servi à sa Béatification et à sa Canonisation,
du Décret de Béatification,
de Cantiques et d'une relation des fêtes du 29 juin à Rome ;
PAR
M11" Eugénie DEDIEU.
AVEC APPROBATION.
TOULOUSE
IMPRIMERIE VIGUIER. RLE DES CHATELIERS, 13.
1807
NOTICE
SUR
SAINTE GERMAINE.
Permis d'imprimer.
CAUSSETTE, Yic.-Gén.
NOTICE
SLR
SAINTE GERMAINE
VIERGE
BERGÈRE DE PIBRAC
Canonisée le 29 juin 1867
Suivie de Réflexions, Pratiques et Prières pour une
Neuvaine en son honneur,
de la Messe, des Vêpres. du Bref de canonisation, de
Cantiques et Litanies,
PAU
Mlle Eugénie DEDIEU.
lté ad Germanam.
Allez à Germaine.
(Paroles de S. S. PIE IX. le 7 mai 1854.)
TOULOUSE
IMPRIMERIE DE I. VIGUIER
RUE DES CHAPELIERS, 13.
1867
A L;\ ?.;?;:;OIRE DE I.:A SCEUB.
À Germaine Cousin nous devions ta naissance.
A ton dernier soupir, tu murmurais son nom ! !
AVERTIS 8ESIEi\T
La vie des Saints est un champ si vas
et si fécond que, même après le moisson
neur le plus habile et le plus laborieux, i
reste toujours quelques épis à glaner po
celui qui médite profondément les diverse: 1
phases de ces existences surhumaines.
La vie et les vertus de la douce ber- j
gère dont je viens entretenir le lecteur, ]
ont eu à coup sûr des apologistes d'un
mérite incontestable ; mais il fallait bieru
qu'une femme payât un tribut de pieux
hommages à l'humble fille qui, méconnue
pendant sa courte existence, voit en Cel
jour grands et petits, savants et ignorants.
prosternés à ses pieds, implorant son sa-
cours et son puissant crédit auprès de
Dieu.
Puissent les quelques pensées renfer-
mées dans cet ouvrage étendre la dévo-
tion à sainte Germaine, et augmenter la
reconnaissance - de ceux qu'elle comble
tous les jours de ses faveurs !
EUGÉNIE DEDIEU.
AVANT-PROPOS.
Il est une foule de faits et d'événe-
ments qui, par l'éloignement des temps
et des lieux où ils se sont accomplis nous
paraissent incroyables. Les miracles et
les prodiges des Saints eux-mêmes, nous
laisseraient parfois dans le doute, si Dieu
ne conservait avec soin tout ce qui se
rattache aux actes héroïques de ces âmes
d'élite qui, comme de brillants météores,
— 6 —
apparaissent sur notre pauvre terre au
moment des grandes calamités.
Qui eût dit, en effet, que du seizième
au dix-neuvième siècle le souvenir d'une
pauvre petite enfant se fût conservé par-
mi nous, après les scènes déchirantes de
la Réforme , après les actes odieux et
sanglants de la Révolution? Qui eût pu
croire que rien eût été respecté; que
notre beau pays verrait se rouvrir ses
temples et reparaître sur ses autels la
Victime adorable, le Pain de l'Exilé 1.
Pourtant, au milieu de cette grande
terreur, un pontife vénéré recouvre sa
liberté par l'intercession d'une simple ber-
gère : Germaine est invoquée, et Pie VII
voit tomber ses chaînes. Un grand nom-
bre de miracles avaient été déjà opérés;
mais les temps marqués par la Provi-
dence semblaient ne pas être accomplis ,
et le nom de Germaine, en si grande vé-
- 7 -
nération dans les contrées du Midi, pa-
raissait ne devoir attendre d'autre culte
que celui des malheureux venus à son
tombeau pour implorer sa protection. Le
peuple lui donnait bien déjà le nom de
Sainte; mais l'Eglise, conduite toujours
par les lumières d'en haut, et d'une sa-
- gesse admirable, ne livre jamais un nom
béni aux hommages pieux de ceux qui
l'invoquent sans avoir reconnu que rien
ne peut faire douter de l'authenticité des
vertus et des miracles dus à l'interces-
sion de celui qu'elle place sur les autels.
Cependant les miracles se multipliaient
au tombeau de la petite Bergère; et
après bien des recherches, un éminent
prélat, Mgr d'AsTROs, envoya à Gré-
goire XVI la demande d'introduire la
cause de la béatification. C'était en 4843.
L'avocat qui présenta au Pape les pre-
mières pièces du procès ne fut pas gra-
— 8 —
cieusement accueilli : on né sait pour-
quoi? Ce pontife, grand à tant de titres,
éprouva ou sembla éprouver une espèce
de répulsion pour cette causé, et la ré-
ponse qu'il donna plus tard au postula-
teur nous prouve combien elle était loin
d'avoir sa sympathie. « Je ne vous cache
« pas, dit Grégoire XVI, que je vous
« vis porter cette affairé avec un grand
« regret ; je crus que c'était là une dé
« ces insignifiantes causes que l'on re-
« tire quelquefois de la poussière sans
« raison et pour un intérêt déplacé. Je
« vous avoue aussi que, quand vous
« m'en avez remis l'exposition, je l'ai
« gardée un mois et demi sur mon bu-
« reau. »
Pourquoi Dieu permit-il ce doute? Lui
seul le sait. — Cependant le souverain
Pontife se sentit, un jour, le vif désir
de parcourir les pièces du procès, et
— 9 —
après avoir lu et profondément médité le
long martyre de notre sainte et les mi-
racles éclatants qui se sont succédé pen-
dant sa vie et après sa mort, Gré-
goire XVI vit sa répulsion se changer en
une grande sympathie, et dit au postu-
lateur : « J'ai étudié cette cause, je la
« connais, et je la trouve admirable. »
Une telle réponse de la part d'un homme
d'un jugement si exquis, d'un coup d'œil
si sûr, d'une science si profonde, ne con-
tribue pas peu à l'éclat qui couronne no-
tre bergère. Ce qui attira surtout l'at-
tention de Grégoire XVI, c'est l'héroïque
constance et la résignation de la pauvre
enfant; et lorsqu'on lui dit que Germaine
avait produit tant d'étonnantes merveilles,
il répondit : « Ce n'est pas sous ce point
« de vue que je l'envisage, mais c'est
« quand je songe que cette pauvre fille
« a passé toute sa vie en butte h la
-10 -
« haine et aux continuelles persécutions
« de sa marâtre, qu'elle a supporté ses
« mauvais traitements avec une patience
« qui ne s'est jamais démentie. » -
« Que Mgr d'Astros vienne, dit le Pon-
« tife, et nous ferons ensemble la béati-
« flcation de cette sainte bergère. »
Le 23 mai 1845, Grégoire XVI signa
le décret qui approuvait les travaux de
la Commission apostolique. Il ne devait
point avoir la gloire de la placer sur les
autels; mais une large part lui en était
réservée, car le dernier acte de sa vie
fut celui qui introduisait la cause de n £ t_
tre sainte.
Mgr d'Astros, qui mieux qu'un autre
appréciait les grandes vertus et le pro-
fond discernement du Pontife qui venait
de dire adieu à son troupeau bien-aimé,
disait dans une gracieuse allusion, en par-
lant de Grégoire XVI, à ses diocésains :
-11-
« C'est par un trait sensible de la divine
« Providence que le dernier acte de son
« pontificat a été précisément le décret
« solennel 'qui rend un hommage écla-
« tant à la réputation de sainteté héroï-
« que et de miracles dont jouit sur la
« terre notre humble bergère. Ce décret
« est pour nous comme le testament
cc apostolique de l'auguste pontife , le
4L dernier gage de sa tendre sollicitude
« pour le diocèse et un nouveau titre à
« notre amour. »
Pie IX n'a pas montré moins de dé-
vouement à la cause de notre bergère :
il a accordé plusieurs dispenses dans le
cours du procès de béatification pour
abréger le temps qu'on emploie ordinai-
rement à ses rigoureuses perquisitions;
et lorsqu'il fut arraché de l'exil par
l'intercession de notre sainte et par les
armes de la France, le premier acte
-12 -
qui marqua son retour dans sa patrie fut
en faveur d'une enfant de cette même
France, à tant de titres chère à son
cœur.
Pie IX témoigna plus fortement encore
sa vive sympathie et son affectueuse dé-
votion pour Germaine dans les paroles
qu'il adressa au prévôt du Chapitre mé-
tropolitain de Toulouse, le jour de la
béatification , en réponse au discours de
ce pieux ecclésiastique : « Je reçois, dit
« Pie IX , les remerciments que vous
« m'adressez, et j'éprouve moi-même
« une grande joie de voir le triomphe
a de cette humble bergère. Ce qui aug-
« mente ma satisfaction, c'est de penser
« que Dieu n'exalte point ainsi sans des
« desseins de miséricorde une faible et
« pauvre enfant. Il veut donner à notre
« siècle un enseignement dont il a le
« plus de besoin. En effet, dans un
— 13 -
« temps où tout le monde court après
« la fortune, le plaisir et l'élévation,
# rien n'est plus nécessaire que de pro-
« poser à votre culte et à notre imita-
« tion une vie sanctifiante dans la pau-
« vreté, dans la souffrance et dans
ç l'abjection. A un siècle égaré par de
« vains systèmes de philosophie et de
« science, il fallait opposer la vraie sa-
« gesse et la vraie science que Germaine
« Cousin avait apprises au pied de la
« Croix, et dont les leçons l'avaient
« conduite à la plus sublime perfection
« et au triomphe le plus éclatant. Mal-
« gré les maux de toute sorte dont ce
« pauvre siècle est accablé, il y a pour-
« tant des symptômes consolants d'un
« retour vers le bien : on remarque des
« efforts pour trouver la vérité partout,
« en France, en Allemagne, et dans les
« pays séparés de l'Eglise. Dieu propose
-14 -
« il ces efforts la vie de l'humble ber-
« gère de Pibrac comme un phare lumi-
« neux destiné à manifester au monde
« entier en quoi consistent et où se
« trouvent la vérité, la sagesse et le
« bonheur. Ce n'est pas sans un dessein
« particulier de la Providence que la
« béatification de votre chère bergère
« a été célébrée le jour où l'Eglise ho-
« nore le patronage de saint Joseph.
« Comme l'Eglise dit à ses enfants :
« Allez à Joseph, Ite ad Joseph, de même
« elle semble leur dire aujourd'hui : Ite
« ad Geiwianam, Allez à Germaine. »
Deux papes éminents à bien des titres
ont approuvé la cause de notre sainte,
l'un en l'introduisant, l'autre en élevant
d'abord sur les autels l'humble bergère
et aujourd'hui en lui donnant une place
glorieuse dans la grande hiérarchie cé-
leste.
-15 -
0 Jésus, divin prisonnier d'amour,
vous pour qui elle n'a cessé de brûler
d'un feu si ardent et si saint ; et vous,
ô Reine du Ciel, qu'elle aimait comme sa
tendre mère, qu'elle révérait comme la
Mère de son Dieu, jetez sur notre pau-
vre terre un regard doux et compatis-
sant; calmez le courroux de votre divin
Fils, et retenez encore son bras irrité !
Demandez-lui la paix et la concorde entre
les princes de la terre; sauvez surtout
l'Eglise, notre mère, et que ces paroles
de votre Fils aient un parfait accom-
plissement : « Tu es Pierre, et sur cette
pierre je bâtirai mon Eglise, et les portes
de l'enfer ne prévaudront jamais contre
elle, »
Et vous , ô grande Sainte, souvenez-
vous de ceux qui vous invoquent ! Ré-
pandez vos bienfaits sur tous ceux qui
nous sont chers; sur ceux qui, agenouillés
-16 -
devant vos reliques, viennent vous de-
mander quelque faveur; sur ceux qui
gémissent et pleurent 1 Souvenez-vous
surtout de nos ennemis et de ceux qui
souffrent dans les flammes expiatoires.
Oh ! pour ces derniers, redoublez vos
prières: plus que tous les autres, ils ont
besoin de vos faveurs 1
2
NOTICE.
L'histoire conserve avec soin le nom et
les hauts faits des hommes illustres et des
rois dont la vie est marquée par quelque
brillante action; tandis que la tradition
seule, et bien souvent une tradition dou-
teuse, nous transmet les vertus héroïques
de ces âmes dont Dieu se plaît à orner
notre pauvre terre : fleurs embaumées
que l'aquilon ne peut flétrir, et aux-
quelles le froid mortel des passions ne
peut enlever leurs enivrantes senteurs.
Dieu, dont la mémoire est fidèle et le té-
-18 -
moignage toujours infaillible, fait, q|^j^
il lui plaît, sortir des ténèbres de l'oubli
ces flambeaux éclatants -dont la vive lu.:.
mière doit éblouir tous les yeux.
Au seizième siècle, alors que la France,
cette fille aînée de l'Eglise, était déchirée
par de cruelles dissensions et humiliée par
la Réforme, deux femmes dont l'histoire
parle bien longuement traversaient la
France. Leur présence, dit-on, apaisa un
instant la révolte, mais ne l'éteignit pas,
puisque de nos jours l'orage gronde en-
core, sourdement il est vrai, mais pour
devenir plus terrible peut-être.
A quelques milles de Toulouse et dans
un petit bourg à peine connu, Catherine
de Médicis et Marguerite de Navarre, sa
fille, venaient chez un noble seigneur de
leur cour attendre une entrevue avec le
fameux roi de Navarre, l'époux de l'une
d'elles. La présence des deux reines fit
- 19 -
une bien vive sensation au chàteau de Pi-
brac; mais avec le luxe tout princier dis-
paru de cette antique maison s'est aussi
effacé le souvenir des deux illustres visi-
teuses Le vieux manoir démantelé et
tombant en ruine nous dit encore le nom
de ses maîtres et seigneurs, mais Pibrac
et le monde entier proclament le nom et
les vertus d'une pauvre petite enfant ve-
nue au monde au moment où ces per-
sonnages fameux étaient dans toutes les
bouches et dont le souvenir ne s'est con-
servé que par l'enchaînement des faits
qui remontent jusqu'à eux.
En 1579, Laurent Cousin et Marie
Laroche, dont les destinées étaient unies
par des liens légitimes et purs, vivaient
[ d'une manière très-modeste du produit de
[ leurs champs que la rosée du Ciel ren-
dait tous les jours plus fertiles. Le bon-
heur de ce ménage sembla un instant
— 20 —
s'augmenter par la naissance d'une petite
fille, en qui la mère voyait déjà l'ange
consolateur du foyer. Mais, hélas! leur
joie fut de courte durée. Germaine naquit
percluse d'une main et couverte de scro-
fules qui devaient, aux yeux du monde,
la rendre repoussante. Toutefois pour une
mère à qui la Providence a bien fait
comprendre son rôle, l'enfant disgracié
de la nature est son Benjamin, celui qui
a la plus grande part à sa tendresse.
Telle fut pour Marie Laroche la petite
Germaine. Néanmoins la tendresse mater-
nelle ne devait pas longtemps adoucir les
horribles souffrances dont la pauvre en-
fant fut affligée dès le berceau.
A l'âge de cinq ans elle perdit sa mère.
Perte cruelle pour un enfant, mais bien
plus cruelle encore pour Germaine !
Laurent Cousin, qui chérissait sa fille
de toute l'affection d'un bon père, crut,
- 21 -
en lui donnant une seconde mère, lui
rendre la vie plus douce. Il voyait bien
que la pauvre petite demandait des soins
tendres et affectueux et il comprenait
qu'un homme ne connaît pas ces mille
riens, ces soins ingénieux que réclame
la première enfance. C'est ainsi qu'il crut
donner à Germaine une protectrice. Mais,
hélas 1 il la mit entre les mains d'un bour-
reau. Nul autre que Dieu ne pourra
comprendre tout ce que la pauvre enfant
a souffert. Ses infirmités, loin de la ren-
dre intéressante auprès de l'inhumaine
marâtre, la montrèrent à ses yeux com-
me un objet de haine et de répulsion;
elle éloigna ses propres enfants de la
petite pestiférée, et craignant pour eux
la contagion, elle la relégua dans le coin
le plus obscur et le plus délaissé de la
maison, lui donnant pour couche quel-
ques branches de vigne, et pour toute
— 22 —
nourriture un morceau de pain noir avec
un verre d'eau. Cette femme, ingénieuse
pour le mal, aurait, si elle eût osé, in,.
toute espèce de tortures pour tourmenter
cet ange de douceur. Laurent Cousin ai-
mait sa fille : aussi représentait-il quel-
quefois à cette cruelle marâtre sombioa
ses traitements étaient odieux et injustes ;
mais ses remontrances l'aigrissaient en-
core plus vivement, et la pauvre victime
n'en était que plus rudement traitée.
Elevée à l'école de l'adversité, Germaine
ne proféra jamais une plainte, ne laissa
jamais s'exhaler de sa poitrine un doulou-
reux soupir. Ceux qu'elle répandit devant
Dieu furent provoqués par de légères im-
perfections qu'elle regardait comme de
graves fautes, et par la compassion que -
lui inspiraient les malheureux. Comme
pour leur rendre la tâche plus difficile,
Dieu a mis dans le cœur des saints une j
-23 -
plus grande part d affection. On se trompe
quand on reproche à ces grandes âmes
leur égoïsme et la dureté de cœur; ils
voudraient, au contraire, donner mille
vies pour leurs frères. Mais leurs regards
s'élèvent plus haut que la terre : leurs
premiers soins sont pour les âmes éga-
rées; et comptant pour peu les souffran-
ces du corps, ils ne s'occupent de ces der-
nières qu'après que leur charité a adouci
les souffrances de l'âme.
Telle fut Germaine; sa vie bien cour-
te, mais toute remplie de bonnes œuvres,
nous montre en elle, à côté des plus gran-
des vertus, une charité inépuisable pour
tous, «t, à l'exemple de son divin Maître,
pour ceux même qui la persécutaient le
plus cruellement.
Les sentiments de haine et de jalousie
qui animaient la cruelle marâtre devaient
lui faire souhaiter avec ardeur le moment
— 24-
où elle pourrait donner à la naïve enfant
une occupation qui l'éloignât du foyer pa-
ternel. Quelle joie infernale dùt faire bon-
dir son cœur le jour où Laurent Cousin
confia à sa fille la garde de son troupeau !
Blanche brebis, plus douce que les plus
jeunes agneaux confiés à sa garde, la
voilà seule livrée dans la sombre forêt.
Ce n'est pas pour elle qu'est redoutée la
dent du loup ravisseur, mais elle doit, le
soir, reconduire au logis le troupeau sain
et sauf. Un chien fidèle l'accompagne :
c'est là son unique ami sur la terre. Au
milieu de cette vaste solitude, si dange-
reuse aux âmes faibles ou perverses,
l'âme de Germaine s'élève à la contem-
plation de l'infini; la vue de la nature
lui révèle des secrets inconnus au vul-
gaire, et la beauté du ifrmament plonge
son âme dans la plus douce rêverie.
Quelle fête au Ciel et sur la terre le
- 25 -
jour où, pour la première fois, l'angéli-
4ue enfant vint au banquet eucharistique
recevoir dans son cœur, sanctuaire enri-
chi des dons célestes, le divin époux des
Vierges, l'agneau sans tache qui donne la
force aux faibles, la santé aux malades !
Quelle joie pour le ministre du Seigneur
qui, pour la première fois, imposa ses
- mains sur l'innocente tête de la jeune fille,
pour appeler sur elle moins le pardon de
ses fautes que de plus abondantes béné-
dictions du Ciel! Quelles fautes graves
pouvait, en effet, commettre Germaine?
Lorsque l'aurore matinale apportait avec
- les premiers feux du jour le chant mélo-
dieux des oiseaux et les senteurs embau-
mées des arbres ou des fleurs, Germaine,
au-devant de son troupeau, accourait vers
la solitaire forêt de BouGonne ou vers la
riante prairie du Cavé. Munie de sa que-
nouille et d'un morceau de pain noir ,
— 26 —
Germaine, sous l'œil de Dieu et isolée de
tout être humain, ne connaîtra point l'en-
nui. Une tâche lui est d'ailleurs imposée :
la quenouille chargée dès la veille doit
être dégarnie avant le soir; et si les for-
ces trahissent la pauvre enfant et que ses
doigts débiles ne puissent plus la soutenir,
les coups ne lui manqueront pas, et la
besogne sera doublée le lendemain. Mais
ce qui est pour elle une tâche bien plus
sacrée, c'est lorsque la cloche du saint
lieu annonce aux fidèles le sacrifice non
sanglant de l'autel : alors Germaine, dont
la foi est sublime, confie à son bon ange
la garde de ses brebis : elle plante sa
houlette au milieu du troupeau, et d'un
pas vif et léger marche, ou plutôt vole
vers le temple saint, où une conversation -,
plus intime va s'établir entre cet ange de
la terre et son divin créateur. Sa prière j
à l'autel n'est pas plus fervente qu'au
-27 -
milieu des champs;, ici seulement elle
monte vers le créateur mêlée au parfum
des fleurs et au murmure du ruisseau, là
elle s'élève avec l'encens et la voix du
prêtre.
Nul sentiment humain ne l'eût arra-
chée à ces doux entretiens ; mais les
grandes âmes comprennent mieux que les
autres les exigences du rôle que Dieu leur
a départi. Germaine, ignorante des choses
de la terre, savait que la contemplation
et la prière sont un encens bien agréable
à Dieu; mais elle savait aussi que l'ac-
complissement des devoirs de notre état
est à ses yeux un hommage bien plus
agréable. Combien de chrétiens qui croient
que leur salut est impossible si, du matin
au soir, ils ne désertent le foyer de la
famille ou le centre de leurs occupations
pour aller passer de longues heures dans
le temple saint 1 Ils viennent là prosterner
— 28 -
leur corps, en effet ; mais leur cœur, trop
attaché à la terre, reprend son vol vers
les choses créées et ne laisse devant son
Dieu qu'une statue froide et inerte, dont
la présence en ce lieu est bien plutôt un
sujet de scandale qu'un sujet d'édification.
Telle n'était pas notre bergère : lorsque,
après la célébration du divin mystère, sa
voix mêlée à celle des anges avait dit le
cantique d'action de gràces et répeté en
son cœur l'éternel Hosanna, elle retour- 1
nait, l'àme enivrée des plus pures délices,
vers ses agneaux ; et, si rapprochés qu'ils
fussent de la sombre forêt, pas un ne
manquait au troupeau, qui paraissait béni
du Ciel puisqu'il était à l'abri de la dent
meurtrière du loup.
On voyait souvent notre Sainte pros-
ternée au pied du signe rédempteur, et
là, sondant la profondeur du mystère,
et goûtant les suaves délices qui décou-
- 29 -
lent des plaies de l'homme-Dieu, elle
apprenait dans ce livre ouvert à toutes
les intelligences cette science mystérieuse
que le savant de la terre ignore et que
l'orgueilleux ne comprendra jamais. Elle
y puisait aussi cette résignation parfaite,
qui est peut-être le plus beau fleuron de
sa couronne, et qui la place si haut dans
la hiérarchie des saints.
La dévotion à Marie , qui, selon un
savant et religieux écrivain, est une
marque de prédestination et une grâce
que Dieu n'accorde qu'à ceux qu'il veut
sauver, était portée au plus haut point
par notre pieuse bergère. Elle avait tou-
jours sur elle quelque signe de dévotion
à la reine du Ciel. Une médaille, un
chapelet, étaient pour elle des trésors
plus précieux à son cœur que les plus
beaux diadèmes du monde; rien n'était
capable d'arrêter l'élan de son amour ;
-30-
et lorsque l'airain sacré répétait avec les
anges le doux Ave Maria, que la terre
fut parée de neige ou couverte d'un li-
mon fangeux, que la pluie tombât à tor-
rents ou que la douce enfant traversât
le ruisseau, au premier son de la cloche
argentine elle se prosternait à deux ge-
noux et faisait monter vers le ciel ses
séraphiques accents. Les dimanches et
les jours de fête étaient pour Germaine
des jours d'ineffable bonheur. Nul ne
remarquait son absence au logis ; elle
prenait dès le matin un pain cuit sous
la cendre, et disant adieu pour la jour-
née au foyer paternel, elle se rendait à
l'Eglise. Là, inondée de joie et de bon-
heur, elle savourait à longs traits la
manne des élus, et après s'être rassa-
siée au divin banquet, elle sortait de
l'Eglise pour manger son petit morceau
de pain noir; elle rendait grâces à Dieu
- 31 -
pour cette pauvre nourriture comme elle
eût fait pour un abondant festin ; puis
elle rentrait dans la maison du Seigneur,
où les ténèbres venaient parfois l'avertir
qu'elle devait regagner la ferme. Som-
bre forêt, vallons déserts et silencieux,
dites-nous les élans d'amour de notre
Sainte lorsque, seule et méditative, elle
contemplait la voûte scintillante de votre
ciel, et voyait au-dessus de ces mondes
suspendus sur sa tête ce brillant séjour
où son âme vivait déjà et vers lequel
aspirait sans cesse son jeune cœur ! Que
de fois une voix, à vous inconnue, a
dû faire retentir les échos de votre so-
litude et plonger son âme dans de ra-
vissantes extases! Ohl dites-nous encore
les enivrants concerts que les Anges, sur
les harpes saintes, ont chanté pour gui-
der ses pas, et qui ont rempli vos sen-
tiers de suaves harmonies !.
-32 -
A peine arrivée à sa seizième année,
alors que la Réforme répandait son flam-
beau incertain et blafard, et qu'elle lâ-
chait de jeter le voile du doute et de
l'erreur sur le culte le plus doux et le
plus consolant pour le cœur du chrétien,
Germaine, éclairée d'une vraie lumière ,
répandait des larmes sur la profanation
des temples et de tout ce qu'il y a de
plus sacré ; son cœur se révoltait m-
songeant au peu de respect professé pour
nos saints mystères et pour les reliques
des martyrs, en réfléchissant aux .outra-
ges que le bien-aimé de son cœur rece-
vait tous les jours de la part des infidè-
les et des impies. Elle aurait voulu souf-
frir mille morts pour réparer la plus
légère des injures faite à son divin Epoux.
Elle devint alors apôtre, et son zèle
s'étendit surtout sur les enfants. Ces na-
tures simples et candides étaient pour
-33 -
3
elle un vaste champ où son cœur, riche
des dons du ciel, pouvait répandre une
saine et fertile semence, et la tradition
nous dit encore avec quel soin elle le
cultivait.
Germaine n'avait point appris à l'école
du beau langage et du savoir la portée
d'un mot ou d'une comparaison ; mais
lorsqu'elle démontrait dans un brin de
mousse ou sur la blanche toison de ses
agneaux la grandeur, la magnificence et
la bonté du Créateur, tout son petit au-
ditoire était ému, et les intelligences les
plus rebelles étaient forcées, par la pa-
tience héroïque de notre sainte, de sortir
de leur torpeur et de s'élever à com-
prendre tout ce qu'elle leur enseignait.
Les petits enfants aimaient tant Germaine
, que, dès que les habitants de Pibrac les
voyaient réunis en petit nombre, ils se
disaient : « Germaine n'est pas loin sa
-34-
petite troupe avance.» Pauvre enfant, elle
avait, au milieu de sa misère, une pe-
tite cour dont chaque membre lui était à
coup sûr bien dévoué, car c'était à qui
porterait sa quenouille, sa houlette ou
sa pannetière ; c'était à qui écarterait la
ronce du chemin afin qu'elle n'y blessât
pas ses pieds. Dites-nous, princes de la
terre, si jamais vos courtisans ont em-
pêché vos pieds de heurter contre la
pierre, et si, loin de chasser le danger
qui vous menace , ils ne cherchent pas
tous les jours à vous tendre de nouveaux
piéges ! Mais les anges veillaient sur
l'enfant de la chaumière, tandis que Sa-
tan et ses suppôts assiègent la porte de
vos somptueux palais 1 Les enfants n'é-
taient pas les seuls objets de la sollici-
tude de notre Sainte : les pauvres pé-
cheurs avaient aussi une bien grande
part dans sa tendresse et dans sa charité.
- 35 -
Elle ne cessait de prier pour eux, de
les - exhorter à s'amender : tout cela,
avec une douceur et une prudence que
Dieu seul peut inspirer.
Mais ses plus éloquentes exhortations
venaient de ses exemples. Qui, en effet,
eût pu résister aux instances de cette
douce créature, lorsqu'on la-voyait s'im-
posant les plus rudes mortifications, sup-
portant avec un courage héroïque les in-
firmités les plus cruelles et les plus durs
traitements , ne demandant à nul être
créé ni le moindre secours, ni la plus
légère compassion. Oh! que les saints
ont, en cela comme en toutes choses ,
une grandeur d'àme qui nous confond et
nous montre notre faiblesse ! La plus
légère épreuve, la plus petite infirmité
nous arrachent des plaintes et des gé-
missements qui , nous rendant un objet
de dérision et de fausse pitié, nous en-
— 36 —
lèvent en même temps le peu de mérita
qu'une noble et généreuse résignation
supporter les maux de la vie nous-dt
tiendrait auprès du Sauveur. Oh! si nous
aimions à contempler Jésus couronné d-,
pines comme nous nous plaisons à r adnw7
rer couronné de gloire, nous trouverais
nos croix plus légères et le fardeau plIs
facile à porter. Et si, comme Germaine,
nous savions gravir les sommets escarpés
de la vie, porter plus haut nos cœursj
et, seul à seul avec Dieu, oublier tousb
ce qui passe et nous attache ici-bas, nous
sentirions moins les rigueurs tle l'exil, j
car la patrie céleste serait sans cesse pré- J
sente à nos yeux.
Une grande compassion pour les pau-
vres et les malheureux était une -des
vertus dominantes de la petite berg'
Elle savait non-seulement partager le
morceau de pain noir, son unique DOur
-37-
riture, mais endurer même la faim la plus
cruelle pour venir en aide à ses frères
malheureux. Que de fois ne la vit-on pas,
dans la prairie du Cavé, donner à de
pauvres femmes et à des vieillards infir-
mes sa petite provision de la journée 1
Que de faux prétextes n'endurcissent pas
-souvent les heureux du siècle lorsque ,
vivant dans l'abondance, ils voient à
leur porte mourir de froid et de faim
ceux qui seront un jour la cause de leur
réprobation ! Quels chants d'allégresse
doivent faire entendre autour de leur
-protectrice ceux dont Germaine a adouci
les souffrances de l'àme et du corps !
Quelles brillantes couronnes doivent tres-
'ser pour elle tous ceux qui, au milieu
kles frimas, virent éclore sous le bàton
,de la marâtre les plus odorantes fleurs ,
symbole mystérieux et pur que Dieu
faisait apparaître comme le sublime té-
-38 -
moignage des vertus de l'enfant 1IIi.
destinée ! -
Dieu, qui compte toutes nos sou
ces, a prouvé combien lui étaient agréa-
bles les héroïques vertus de celle sur qui
veillait sa providence. Mais comme L
fleur qui se cache décèle toujours sa
présence par les suaves parfums qu'elle
exhale, telles les vertus de Germaine se
répandirent parmi le peuple et lui atti-
rèrent, même pendant sa vie, le titre
de sainte.
Nous nous plaignons bien souvent de
l'injustice du jugement des hommes à
notre égard; mais nous ne les trouvons
injustes que parce qu'ils savent, mieux
que nous , découvrir nos défauts, qu'un
trop grand orgueil cache touj ours à nos
propres yeux ou qu'il nous empêche d'a.::.
vouer. Les saints eux-mêmes sont, il est
vrai, l'objet de la plus affreuse calom-
-39 -
nie ; mais si vous lisiez au fond du cœur
de ceux-là mêmes qui les persécutent,
vous verriez que leur opinion n'est pour
rien dans les injures qu'ils prodiguent à
ces âmes d'élite, et que leur malice seule
les irrite contre tout ce qui est pur et
saint. On croirait, sans doute, qu'après
le prodige si éclatant qui venait de se
manifester en faveur de Germaine, les
mauvais traitements allaient cesser et
que la cruelle marâtre aurait abjuré son
erreur? Non, certainement. Quelques lé-
gers adoucissements semblèrent, il est
vrai, être apportés à sa position , mais
ils furent si faibles et de si courte durée,
qu'on peut bien dire que le martyre de
la pauvre bergère s'est continué jusqu'à
sa mort.
La nature seule lui rendait hommage.
Les eaux du Courbet, grossies bien sou-
vent par de fortes pluies qui en rendent
— 40 —
, le passage impossible, se divisaient tou-
jours à la seule présence de l'humble
bergère, qui ne cessait de témoigner sa
reconnaissance à l'Auteur de tout bien;
et plus elle en était favorisée , plus elle.
s'humiliait en son cœur. Jamais la pen-
sée des prodiges qu'elle recevait ne lui
faisait jeter le plus léger regard de com-
plaisance sur elle-même.
Au commencement de l'été 4601, deux
religieux se rendant à Pibrac furent for-
cés de passer la nuit dans la forêt de
Bouconne. On comprend combien peu ils
étaient en sûreté dans ce lieu désert ;
mais la pensée que Dieu veillait sur eux.,
leur faisait oublier et leur isolement et
les dangers auxquels ils pouvaient- être
exposés. A travers l'épais feuillage ils
contemplaient la voûte étoilée et adres-
saient au Seigneur de ferventes priè-
res lorsque tout-à-coup un étrange spec-
— 41 —
tacle apparut --à leurs yeux: une bril-
lante clarté inonda leurs visages, et -ils
virent une troupe de jeunes vierges, se
diriger vers le côteau voisin, s'arrêter
en un lieu qui leur était inconnu et dis-
paraître. Pendant qu'ils se demandaient
quelle pouvait être la cause de cette ma-
gnifique vision, la même troupe revint,
mais cette fois accrue d'une nouvelle
vierge couronnée de fleurs et brillant au
milieu de ses jeunes compagnes.
Les religieux avaient hâte d'arriver à
Pibrac pour raconter cette mystérieuse
vision ; mais ils trouvèrent le pauvre
village en deuil. Chacun disait : La sainte
n'est plus, Germaine vient de mourir !
Après avoir dit ce qu'ils avaient vu la
nuit précédente, les religieux apprirent
à leur tour que, la veille, Laurent
Cousin, ne voyant pas sa fille à l'heure
accoutumée, était allé visiter le pauvre
— 42 —
réduit qui lui servait d'abri, mais qu'il
n'y avait trouvé qu'un cadavre. L'âme
s'était envolée, et le divin Epoux avait
convié aux noces éternelles sa chaste t
son angélique fiancée. On demanda aux
religieux en quel lieu s'étaient arrêtées
les vierges ; et d'après l'exactitude de leur
rapport, il n'y eut aucun doute que ce
ne fut à la ferme de Laurent Cousin : la
jeune fille qui s'était jointe à ses com-
pagnes était bien Germaine. -
La mort n'avait laissé aucune trace sur
son corps, et son visage n'en paraissait
que plus beau. Il était déjà ceint de cette
auréole de gloire dont elle brille main-
tenant aux cieux. Puissent ses bienfai-
sants rayons inonder à tout jamais d'une
douce clarté le vénérable vieillard qui
vient de proclamer si hautement à l'uni-
vers la sainteté de l'humble bergère de
Pibrac ! Tout le village assista aux funé-
— 43 —
railles de notre sainte. En la mettant
dans le cercueil, on posa sur sa tête une
couronne d'œillets et d'épis de seigle ,
fleurs et fruits d'une simplicité admira-
ble, emblêmes mystérieux qui devaient,
jusqu'au tombeau, orner le front de l'en-
fant prédestinée. On mit dans ses mains
un cierge béni, et on ferma le cercueil
qui ne devait plus se rouvrir. Les jeunes
filles du village, les pauvres, les petits
enfants qu'elle avait tant aimés, voulu-
rent accompagner Germaine à sa der-
nière demeure. Nul ne devait plus la
revoir; mais Dieu gardait pour lui seul
le secret de ses desseins. Elle fut enterrée
dans l'église, en face la chaire, dans le
tombeau de Laurent Cousin. On se de-
mande à quel titre cette famille avait un
tombeau : son origine est des plus obs-
cures ; aucun des siens ne s'était distin-
gué. Mais la Providence vient de lui
-44-
donner des titres que les évènements ni
les siècles ne pourront lui enlever, en
faisant entrer le plus petit de ses mem-
bres dans la grande hiérarchie des Saints.
Délaissée pendant sa vie, elle devait
l'être aussi après sa mort. Seuls, peut-
être les petits enfants auraient payé un
tribut à sa mémoire, mais rien n'effraie
tant ces innocentes créatures que la vue
et le voisinage des tombeaux. Le monde
allait son cours et l'humble fille des
champs paraissait pour jamais oubliée;
la génération à laquelle elle appartenait
allait bientôt s'éteindre, et avec elle le
nom et les vertus de celle que nous in-
voquons. Mais Dieu veillait sur son
œuvre, lui seul pouvait lui donner tout
l'éclat dont elle est aujourd'hui entourée.
Quarante-trois ans après la mort de
Germaine, en 1644, mourut à la ferme
de Laurent Cousin une femme nommée
- 45 -
-Endoualle. Elle appartenait à la famille
de Germaine, et à ce titre elle eut le
droit d'être inhumée dans le tombeau de
Laurent Cousin. On devait procéder aux
funérailles. Le carillonneur, aidé d'un
habitant de Pibrac, avait à peine sou-
levé une des pierres qui formaient le
-pavé de l'Eglise et enfoncé la bêche dans
la terre, que l'instrument, trouvant de la
résistance, s'arrêta sans vouloir entrer
plus avant. Quels ne furent pas alors la
surprise et l'effroi du carillonneur lors-
que, regardant attentivement, il s'aperçut
qu'il venait de mettre à découvert le corps
d'une jeune fille parfaitement conservé ! Il
était même si rapproché de la surface du
801 que le coup de pioche avait enlevé un
petit fragment du nez. Ceux qui, en ce
moment, se trouvaient dans .l'Eglise sor-
tirent tout effrayés, en racontant ce
qu'ils venaient de voir. La tradition
— 46 —
et ceux qui ont pu écrire à une époque
plus rapprochée des événements, nous
disent même que les membres étaient
flexibles, les ongles adhérents à la chair,
la langue et les oreilles, quoique dessé-
chées , parfaitement conservées. La tête
de la jeune fille était ornée d'une couronne
d'œillets et d'épis de seigle dont les grains.
étaient très-frais ; ses mains portaient en-
core un cierge qui n'avait subi aucune
altération ; tout semblait bien prouver
que c'était le corps de Germaine morte
depuis quarante-trois ans. Mais un mi-
racle si éclatant demandait une plus haute
sanction. Le souvenir de la jeune fille
n'était plus vivant que dans quelques fa-
milles qui s'éteignaient tous les jours : on
examina plus attentivement le corps et on
s'aperçut que l'une des mains présentait
une grande difformité et que le cou por-
tait encore l'empreinte des cicatrices.
-47 -
Plusieurs témoins reconnurent parfaite-
ment le corps de Germaine et déclarèrent
qu'elle était enterrée là depuis environ
quarante-trois ans, qu'ils avaient gardé
le souvenir de quelques évènements de sa
vie, de ses funérailles, et de toutes les
circonstances qui s'y rattachaient. On leva
le corps de terre, on le placa auprès de
la chaire, dans un cercueil ouvert, de
manière qu'il pût être vu tout entier. On
aurait pu à cette époque interroger cette
génération qui avait été contemporaine
de notre sainte, et une foule de circons-
tances de sa vie qui sont complètement
inconnues n'auraient pas ainsi échappé
aux nombreuses recherches qu'a néces-
sitées la procédure de la canonisation.
Mais malgré le peu d'empressement de cha-
cun à recueillir les faits et à les conser-
ver, Dieu suscita néanmoins, parmi ceux
qui en 1644 avaient assisté à l'invention

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.