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Nouve11es

De
240 pages

ONZE NOUVELLES DÉTONANTES, ENTRE FRISSON, RIRE, STUPEUR ET ÉMOTION

Kidnappeurs improbables, voyages intersidéraux, fantômes attachants, zombies incongrus, monstres lovecraftiens et extraterrestres roublards vous attendent dans ce recueil de nouvelles horrifiques, futuristes ou tout simplement angoissantes signées David Forrest, auteur déjà culte qui a défrayé la chronique en devenant l’un des tout premiers succès en auto-publication en France avec En Série - Journal d'un tueur.

Retrouvez au sein de ce recueil onze nouvelles étonnantes et effrayantes :

  • Promise
  • Nouveau départ
  • Petit ange
  • Lune à vendre
  • Mon Byakhee à moi
  • B.U.G.
  • Le Tunnel
  • Par la fenêtre
  • Lucie (sélection Prix du livre numérique 2014)
  • Zoombies
  • Projet d'avenir.

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Nouve11es © 2011-2015 Davip Forrest ISBN : 979-10-91605-43-4
Préface On a trop souvent tendance à enfermer les écrivains dans un genre : le policier, la science-fiction, la romance… Pourtant, la plupart d es auteurs vous le diront : entrer dans une case, ce n'est pas vraiment leur truc. Et c'est bien compréhensible : l'important, c'est l'histoire, celle qu'on débarasse de ses artifices de thématique, d'univers, de personna ges, bref, de tout ce qui peut la ranger dans une catégorie bien définie, de préféren ce par d'autres. Retirez tout ça et s'il ne vous reste rien à raconter, c'est que vous n'ave z pas vraiment d'histoire. Reste que chacun a forcément ses petites préférence s. En ce qui me concerne, je vous l'avoue sans honte, c'est la science-fiction e t l'horreur. Un peu de fantasy et de thriller, aussi, mais pas trop, je fais attention à ma ligne. Aussi ne vous étonnez pas si les onze histoires qui vous attendent ci-après piochent dans ces différents thèmes – pas forcément incompat ibles, d'ailleurs. Elles ont d'ailleurs un gros dénominateur commun, je crois, à savoir une sorte d'espièglerie, un humour (souvent noir, je vous le concède… voire trè s très noir, parfois) qui, comme il se doit, abolit ces frontières. Tout n'est pas drôle, dans ce qui suit, bien sûr et n'espérez pas vous poiler à chaque chapitre. Non : j'espère bien vous faire frémir, aussi. Et pe ut-être vous donner également quelques petites idées auxquelles réfléchir. Mais l'important, c'est que vous passiez un bon mom ent. La nouvelle est un exercice moins évident qu'il n'y paraît. En quelques pages et une poignée de milliers de mots, il faut embarquer le l ecteur dans un monde et une histoire, avec des personnages juste brossés, des contextes r apidement posés... et pourtant réussir à donner suffisamment de consistance à ces fragments pour lui offrir ce qu'il est venu chercher : une parenthèse d'émotion. Je vous retrouve après chaque histoire, pour de pet ites interventions. N'hésitez pas à les zapper, si elles vous gonflent, j'ai cette sa le habitude de m'incruster entre deux textes, mais je ne vous oblige pas à la subir. Mais tant que vous êtes là, ce serait dommage qu'on n'en profite pas pour papoter un peu, vous et moi. Vous êtes bien installé ? Bien. Allons-y. David Forrest, le 10 août 2015
PrOmise
1 Elle s'était toujours gardée de s'habiller trop sex y, avait toujours évité les quartiers mal famés ou même de sortir la nuit. Elle avait tou jours été prudente afin de ne pas s'attirer de problème. Et pourtant, un problème, elle en avait un, là. Un putain de problème, même. Elle tremblait. Elle essaya de calmer les incontrôl ables frémissements, horrifiée de sentir son corps lui échapper. C'était la première fois qu'elle ressentait vraiment la peur. Et à vrai dire, elle aurait préféré ne jamais conna ître cette terrible émotion. Le pire, c'est qu'elle se souvenaitexactementde ce qui lui était arrivé. Peut-être aurait-il mieux valu qu'elle subisse un t raumatisme, du genre qui crée des trous de mémoire. Un bon grosétat de choc qui lui aurait effacé tout ça de la tête à jamais. C'était allé vite. Elle avait dû se rendre aux toilettes du centre com mercial, à cause de sa vessie qui menaçait de lâcher à tout moment (Mamie avait raison : deux tasses de thé le matin c'est une de trop). Elle s'y était rendue avec réticence. Elle détestai t ces lieux publics, de véritables nids à germes. D'un glauque, en plus. Enfin, celles-là, pas trop. Elle les avait trouvées étonnamment correctes. Bien éclairées, apparemment propres, elles sentaient jus te un peu trop le désinfectant. Valait mieux ça qu'un parfum d'urine fraîche ou des relent s de caca. Au moins, l'odeur de propre, ça ne lui retournait pas l'estomac. Elle avait tapissé la lunette des toilettes de papi er hygiénique avant d'uriner à moitié debout, se gardant de toucher le siège. Elle se souvenait du plic-plic de son urine éclabou ssant la cuvette. Ça l'avait dégoutée au point de gâcher son soulagement. Dommage : pisser quand on a la vessie sur le point d'exploser, ça vaut parfois presque un petit orgasme. Du bout des doigts, elle avait repoussé dans la cuv ette son anneau de papier, avant de tirer la chasse. Elle s'était quand même forcée à vérifier que tout s'évacuait bien avant de se rhabiller. Puis elle avait déverrouillé la porte. Quand elle avait poussé le battant, il lui était re venu violemment au visage. Le choc l'avait sonnée. C'était étonnant, comme sensation. Pas douloureux – pas encore. Très déstabilisant. Comme une sorte d'ivresse immédiate. Sa vision s'était embuée, elle avait complètement p erdu l'équilibre et était tombée en arrière. Elle s'était cognée contre la cuvette, avait rebond i en glissant vers l'avant et s'était retrouvée à quatre pattes. Elle avait pensée à ses pauvres mains. Le sol était sûrement infesté de microbes. Puis ses membres s'étaient dérobés sous elle. Sa jo ue s'était retrouvée contre le carrelage froid. L'odeur d'urine était plus forte à cet endroit. Le bruit de la chasse d'eau qui se remplissait juste à côté était bizarre, cotonneux. Elle était encore sonnée quand elle avait senti une grosse main lui recouvrir la bouche et le nez. Un bras s'était ensuite enroulé a utour de son cou pour l'étouffer. Elle avait pensé qu'elle allait mourir là. A quatre pattes dans les chiottes d'un centre
commercial.Plus glauque, tu meurs. Enfin, non : c'était elle qui mourrait, en fait. Elle avait tenté de se dégager, mais l'emprise de s on agresseur était trop forte. Elle avait voulu crier, mais le manque d'air l'en avait empêchée. Elle avait essayé de mordre son assaillant, en vain . Puis plus rien. Quoique, pas encore tout à fait. Avant de basculer dans le néant, elle avait passé quelques instants dans un état second. Elle avait f lotté. Ça lui avait rappelé la fois où, adolescente, une amie l'avait poussée à goûter des champignons hallucinogènes (bien arrosés d'alcool, en plus). Oui, c'était le même ge nre de sensation. La même euphorie, la même légèreté. Dans ce contexte chiottes-étranglement, elle avait trouvé ça plutôt déplacé. Mais pas désagréable.
2 Impossible de savoir si elle avait ainsi flotté lon gtemps, mais en tout cas, son environnement avait radicalement changé lorsqu'elle émergea de sonblackout. Il lui fallut un certain temps pour se persuader qu e ce qui l'entourait était bien réel. Son environnement était... surréaliste. Elle s'était réveillée sur un grand lit à baldaquin . Un ciel de lit en dentelle glissait sur de robustes colonnes du châlit finement ouvragées. De complexes enchevêtrements de lianes y avaient été gravés avec talent et précisio n. C'était du bien bel ouvrage. Le matelas était moelleux, les draps de lin propres et agréables au toucher. Le lit était un modèle de confort et de raffinement. Par contre, le meuble luxueux jurait totalement ave c la pièce tout autour : des murs en grosses pierres brutes, un plafond bas et un sol grossièrement taillé à même la roche. Pas de fenêtre. Un unique plafonnier rectang ulaire, d'une insipide simplicité toute moderne, diffusait une lumière tamisée. Au milieu du mur qui faisait face au lit se découpa it une grosse porte métallique rivetée. Massive, carcérale même. Et ça sentait la poussière humide. Mais elle avait mieux à faire que de se plaindre de l'odeur de moisi ou de la déco mal pensée. Le plus important, sur le moment, c'était la peur e t la panique. Elle avait été enlevée et ça la terrorisait. Ça l'horrifia plus encore quand elle s'aperçut qu'e lle ne portait plus les mêmes vêtements. On l'avait vêtue d'une simple chemise longue, de li n blanc. Elle sentit son estomac se révulser. On l'avait déshabillée et rhabillée comme une poupé e et elle ne s'était rendu compte de rien. Et quoi d'autre encore ? Inquiète, elle glissa sa m ain sous la chemise et la passa entre ses jambes, en appuyant. Pas de douleur, pas d'humidité suspecte. Au moins, on ne l'avait pas violée. Pas encore, précisa-t-elle dans un frisson. Si elle ne s'en sortait pas rapidement, ça allait d e toute façon finir comme ça. Au mieux. Elle n'avait pas suffisamment d'argent pour avoir é té kidnappée pour une rançon. Restaient les réseaux d'esclaves sexuels, les viole urs frappadingues et les tueurs en série. Forcément, ça n'était pas très rassurant. Les risqu es de finir violée ou assassinée lui semblaient malheureusement plutôt élevés. Il eut du mal à se maîtriser. Elle resta pas mal de temps prostrée, gémissante. Elle réussit finalement à se calmer assez pour oser se lever et explorer sa chambre. La porte métallique, tout d'abord. Evidemment, elle était verrouillée. Pas de clef, bien sûr. Ses recherches tournèrent rapidement court. A part le lit, il n'y avait tout simplement rien. Elle s'agenouilla devant la porte métallique et col la son oreille contre le métal. Elle resta plusieurs minutes ainsi, immobile, n'entendan t rien d'autre que sa propre respiration. Même pas un écho lointain, un quelconq ue bruit de fond. Rien.
Elle se redressa et hésita quelques instants devant la porte avant de lancer ses poings fermés à son assaut, accompagnant ses coups de hurlements. Elle cessa assez vite. Ses mains et sa gorge lui fa isaient mal. Elle avait très soif. Et une grosse envie de faire pipi, aussi. Décidément...
3 Elleaurait été totalement incapable de dire combien de temps s'était écoulé depuis son kidnapping quand enfin, il se passa quelque cho se. Des sons étouffés derrière la porte. Puis de petits bruits métalliques. Le claque ment de la serrure. Elle s'était réfugiée contre le mur opposé, le ventre déchiré par une horrible envie de se soulager et la gorge brûlée par la soif. Elle s'était presque résolue à uriner par terre, mê me si ça la dégoûtait. Plus écœurante encore était l'idée qu'elle doive tô t ou tard envisager de boire son urine. La laper à même le sol après qu'elle ait refroidi (après tout, le goût ne pouvait pas être aussi atroce que cette soif cruelle) pour ne p as mourir de déshydratation. Elle se redressa tant bien que mal, mais pas complè tement, pour empêcher sa vessie de la faire trop souffrir. La porte s'ouvrait lentement en grinçant, dévoilant un rectangle noir. Elle scruta les ténèbres, sentit ses poils se héris ser. Ses muscles se mirent à trembler. La panique la gagna de nouveau. Pour autant, elle ne put bouger, émettre le moindre son. Impossible aussi de détourner les yeux de l'ombre opaque. La porte laissa échapper un dernier grincement avan t de s'immobiliser, grande ouverte. Puis, elle ne perçut plus aucun bruit. A p art sa respiration sifflante. Se sanglots rompirent le silence. Elle essaya de ba lbutier quelques mots (un, en fait :pitié), mais seuls des gémissements franchirent ses lèvres. Ses jambes tremblaient de plus belle et sa vessie s'apprêtait à tout lâcher. Elle faillit ne pas entendre la voix qui perça les ténèbres. Une voix pourtant puissante. Une voix d'homme. — Calmez-vous. N'ayez pas peur. Ça va être magnifiq ue. Soudain, une silhouette jaillit de l'ombre pour se ruer sur elle. Elle crut distinguer un visage flottant au-dessus du grand manteau noir ou de l'immense cape qui fondait dans sa direction. Pas longtemps, car elle ferma les yeu x en hurlant. Et en se pissant généreusement dessus, par-dessus le marché.