Nouveau chansonnier du tour de France / par Emmanuel Collomp,...

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impr. Aurel (Toulon). 1867. 1 vol. (III-170 p.) ; in-12.
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Publié le : mardi 1 janvier 1867
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NOUVEAU CHANSONNIER
AVERTISSEMENT
Voilà vingt-un ans, mes braves amis, que nous n'a-
vons pensé ensemble, je dois avouer pourtant' que de-
puis, j'ai, avec plusieurs d'entre vous, entretenu une
correspondance suivie ; mais cette correspondance ne
pouvait en aucune manière être établie avec vous tous.
Cependant, si de part et d'autre nous sommes restés
dans l'inaction, je ne doute pas que des deux côtés
le souvenir du serment qui nous lie, ainsi que notre
réciproque amitié, ne nous aient poussés à pensera
tous nos anciens amis, mais là a été tout notr epouvoir,
car pour moi j'ignore encore le lieu que la plupart
d'entre vous habitez, et puis aussi beaucoup d'entre
nos braves amis, et frères de voyage, ont depuis payé
leur tribut au destin.
Les autres, et c'est vous/verront avec plaisir, je le
sais, le chansonnier promis depuis tant d'années; avec
lui le souvenir de nos anciennes amitiés deviendra plus
vivace, et s'il ne nous.est pas donné de nous serrer la
main, du moins cela nous rappellera l'harmonie qui
existait entre nous, partout sur le tour de France, et
que je sais se continuer.
II
Pour l'homme placé en dehors du compagnonage
le contenu de ce livre sera tout à fait étranger 1
peut-être même indifférent, mais ponr vous qui, depuis
bien des années, n'avez cessé d'en demander la pu-
blication, pour vous qu'un lien indissoluble de fra"
ternité, attache invinciblement à ces chants, pour vous
enfin qui comprenez le sens, et la portée d'une chan-
son compagnonique, pour faible qu'en soit le sujet,
ce livre aura quelques charmes.
Toutefois, et je dois le dire, ce n'est que pour sa-
tisfaire au désir de mes amis, que je livre à la publi-
cité, ce nouveau chansonnier, car mieux que personne,
je connais ma faiblesse et mon incapacité ; mais
n'est-ce pas pour des ouvriers comme moi que j'ai
écrit, et si dans ma publication de 1846, je disais; je
ne suis ni Virgile, ni Homère, pour créer, aujourd'hui,
je vous dis, je ne suis ni Victor Hugo, ni Lamartine,
pour rimer; mais n'importe, je supporterai volontiers
la critique, et si j'ai le courage de publier ce bien
maigre travail, ce n'est, je l'avoue, que dans l'espoir
que vous pourrez y trouver quelque peu de bon. .
Je dois avertir le lecteur, de ne pas prendre au sé-
rieux, les allusions, que je fais à l'amour et au vin.
La chanson, comme chacun sait, permet quelques li-
cences, et si j'en use ce n'est que superficiellement.
Quelques adversaires du progrès continu, pourront
me faire un crime d'avoir, sur la même estrade, placé
Salomon, Jacques et Soubise, à ceux-là je reponds :
Informez-vous des actes de toute ma vie d'homme,
c'est-à-dire depuis 1840, époque de ma première chan-
III
son (j'étais alors dans ma dix-neuvième année), lisez
toutes celles que j'ai publiées, ou données à des amis,
partout vous remarquerez le cachet de la fraternité,
c'est chez moi, un but sacré, je n'y faillirai pas.
Si cette déclaration les indisposait, ils n'ont qu'à
fermer le livre, et le laisser se reposer dans un rayon,
l'écrit ne s'en formalisera pas, et son auteur non
plus.
Mais à vous qui m'avez toujours témoigné amitié
et confiance, je dis :
Pendant vos heures de récréation, lisez, apprenez
des chansons, si d'un côté cet exercice vous instruit,
d'un autre il vous enrichit, et vous éviterez en même
temps de voir le fruit de votre travail, absorbé par des
jeux qui dégénèrent toujours en regrets amers.
Je termine en vous promettant d'autres chants, si
ceux-ci sont accueillis favorablement par tous les
corps d'états.
■NOUVEAU
DU TOUR DE FRANCE.
PAR
EMMANUEL COLOMP
Dît l'Estimable Provençal, Compagnon Cordier.
L'ORDRE DU GOMPAGNONHAGE
AIR : Admirons lamode du temps.
Premier Couplet.
Parmi nous pas de vanité,
Pas, le désir de l'opulence,
Pas la noire inégalité,
Pas faiblesse d'intempérance,
Pas lâcheté, faux jugement,
Pas de mollesse à son ouvrage,
Pas trahir amis ni serment, I ,.
C'est l'ordre du compagnonnage. j
2e Couplet.
Parmi nous, pas d'adulateurs,
Pas de mépris, pas de vengeance,
Pas de fourbes, pas de menteurs,
Pas de ces esprits en balance,
— 6 —
Pas de fanfarons sans talent,
Pas de sans amour, sans courage,
Pas de ces hommes nonchalants, ) , .
• (ns-
C'est l'ordre du compagnonnage. )
3e Couplet.
Parmi nous, pas d'avidité,
Pas de trame, de turpitude,
Pas la froide morosité,
Pas le -vice d'ingratitude,
Pas de brouillons ni de flatteurs,
Pas de trompeurs, pas d'esclavage,
Repousser loin les détracteurs, ) ?.
C'est l'ordre du compagnonnage. )
• i' Couplet.
Chez nous, pas d'atrabilité,
Pas de vouloir, pas d'arrogance,
Surtout pas d'infidélité
Envers les lois du tour de France.
Pas de cuistres, pas de frondeurs,
Pas de traîtres, pas de volage,
Econduire les délateurs, ) ,.
C'est l'ordre du compagnonnage. |
5e Couplet.
Voilà les lois de mon devoir
Vous dit l'auteur rempli de zèle,
Et si vous désirez savoir
S'il est inconstant ou fidèle,
Suivez L'ESTIMABLE en tout temps,
LE PROVENÇAL dans son voyage,
Et vous le verrez devoirant r ,.
Aux ordres du compagnonnage. }
LES CHÏE D'Un ESPKOUTÉ
Ain du Sauvage.
Premier Couplet.
Depuis longtemps que le compagnonnage-
Me tient ici, Hélas ! comme isolé,
Depuis longtemps qu'un pénible esclavage
Loin du devoir me traite en exilé,
Quoique proscrit et malheureux sur terre •
Je ne désire en tout que vous revoir.
Ah ! rendez-moi dans votre beau mystère, 3,.
,. ., . . ^ . , . J l bis.
Mystère, vrai mystère du devoir. 5
2e Couplet.
Si le destin protège mon envie,
Si votre loi pardonne mon méfait,
Si le devoir que jamais je n'oublie
Brise mes fers, je serai satisfait
Car je ne puis, dans ce lieu solitaire,
Bien loin de vous vivre sans nul espoir.
Ah ! rendez-moi dans votre beau mystère, i,.
™ ^ • ,-,-,■ ibîS-
Mystère, vrai mystère du devoir. 5
— 8 —
3« Couplet.
Mais à mes cris tout reste inaccessible.
Hélas! pourquoi me laisser tant souffrir I
La liberté serait-elle impossible ?
Impossible, dis-je ? mieux vaut mourir.
Car détaché du lien qui vous enserre
Puis-je jamais vivre sans nul espoir.?
Ah ! rendez-moi dans votre beau mystère, 1 , .
Mystère, vrai mystère du devoir. *
4e Couplet.
Le jour, la nuit, mon trop faible courage
Appelle en vain votre protection,
$u:'ai-je donc fait pour du compagnonnage
Être un objet de réprobation ?
Lancez sur moi la loi la plus sévère
Mais qu'hélas 1 vain ne soit pas mon espoir.
Ahl rendez-moi dans votre beau mystère, ) , ,
Mystère, vrai mystère du devoir. j
5« Couplet.
Mon grand projet devient donc inutile
Et vainement je tente un grand effort>;
Loin des amis,.dans cet^bsour asile
Il me faudra rester jusqu'4 la ;mort,
Ah ! par pitié, calmez votre colère
En commuant l'arrêt du Grand Pouvoir.
Ah! rendez^moidans votre beaumystère, )
Mystère, vrai mystère du devoir. |
— 9 —
6e Couplet.
Ainsi parlait d'une voix lamentable
Un réprouvé jadis vrai devôiraïit ;
Et ce récit qu'ilfit à L'ESTIMABLE
'Prouve qu'il fut fidèle à son serinent.
Car, digait41, un moment de. colère
Me fit proscrit pour ne plus ypa^s revoir.
Ah ! rendez-moi dans votre ;beau mystère, /
Mystère, vrai mystère du devoir. \
il nmms
AIH : Bon, bon, vigneron. "
Premier Couplet.
Gais compagnons, le printemps vient de naître
Et de Phoebus les reflets radieux
Vont éclairer notre marché champêtre;
Sans hésiter, amis, quittons ces lieux.
REFRAIN.
Partons compagnons
Que le refrain de nos chansons
Plane sur les champs,
Vive le doux printemps.
3" Couplet
Après avoir, pendant six mois de glaces,
' ■"■"''' '%
— 10 —
Souffert, langui, vrais martyrs des frimas,
Serions-nous sourds lorsque la voix des Grâces
Dit : Compagnons au loin portez vos pas.
. REFRAIN.
Partons compagnons
Que le refrain de nos chansons
Plane sur les champs,
Vive le doux printemps.
i" Couplet
Givre inconstant et toi, neige cruelle,
Pourquoi sur nous pesez-vous si longtemps?
Car chaque jour d'une fureur nouvelle
Vous nous traquez, mais voici le printemps.
REFRAIN.
Partons, compagnons,
Que le refrain de nos chansons
Plane sur les champs,
Vive le doux printemps.
5= Couplet,
Joyeux printemps, agréable verdure,
Bosquets charmants, coteaux couverts de fleurs,
Champs parsemés des dons de la nature
Nous adorons vos insignes faveurs.
REFRAIN.
Partons compagnons
Que le refrain de nos chansons >
Plane sur les champs,
Vive le doux printemps.
— ll-
Ge Couplet
Pour savourer ton parfum délectable,
Printemps chéri, l'auteur, dessus le tour,
Part à l'instant, car enfin L'ESTIMABLE
LE PROVENÇAL répète chaque jour :
REFRAIN
Partons compagnons
Que le refrain de nos chansons
Plane sur les champs,
Vive le doux printemps.
PAÎTRE MERE
Am de Lucie de Lammermooi\
Premier Couplet.
Depuis deux ans j'attends encor,
Disait un jour la jeune Hortense ;
Hélas 1 pour prix de ma constance
Je n'aurai de lui que la mort.
Déjà mon sang se glace dans mes veines
Et je ne puis, sous le poids de mes peines,
Vivre sans lui, sans lui c'est trop souffrir.
Pauvre mère que de soupirs, (bis.)
2" Couplet
Le jour, la nuit, à chaque instant,.
Je crois le voir en ma présence
— 42 —
Me parler et me dire, Hortense,
Que je suis Jiejirftw^wia^eAant.
Mais tout à coup son;fMs.me di]t : $aa,.mèi;ef .
Quand près de nous nour,r,ais.-?je yoir,mon/!pfif,ej
Vivre sans lui, sans lui c',e^t .trop souffrir.
Pauvre mère que de soupirs (Ms).
, 3' Couplet.
Le temps se passe et chaque jour
Chez moi, la misère augmente,
Malgré mon espoir, mon attente,
L'inhumain suspend son retour.
Il reste sourd à ma voix qui l'appelle,
Je nieurs de faim; et liii restant fidèle,
Je dis toujours sans lui c'est trop souffrir.
Pauvre mère que de soupirs (bis).
■i' Couplet.
Deux ans se sont passés ainsi
Dans la douleur, dans la souffrance,
Le coeur bercé par l'espérance
De revoir un jour cet ami.
Ah ! si le Ciel à ma voix lamentable
L'attendrissait et qu'un jour L'ESTIMABLE
Vienne me dire, en comblant mes désirs,
Bonne mère, plus de soupirs.
■ — 13 —
nrs ?o«-
Am des Chaudronniers.
Premier couplet.
Enfant'de la Provence,
Compagnon du devoir,
Je dois au tour de France
Mon bien faible savoir;
Car pendant dix années
Dessus le tour passées,
J'ai, comme mes amis,,
Eu bien des ennemis.
Mais aujourd'hui le voile tombe,
L'apôtre des devoirs sort de sa tombe
En s'écriant : Arrête, compagnon,
Voici ton fondateur, ton père Salomon.
REFRAIN.
Désormais plus de guerre •
Plus de rivalité ;
Qu'entre vous, sur la terre, 1 ,.
,, > ois.
Règne 1 égalité. )
2° Couplet.
Jamais dans la Judée
Même au sein du Liban,
L'ouvrier n'eut la pensée
De se faire tjrran.
Vous vous aimiez en frères
Et soumis aux mystères
— 14 — •
Tour à tour vous chantiez
■ Le travail, l'amitié.
Témoin de tant de bienveillance
Au temple en vous je mis ma confiance,
Et là, comblant mes voeux de toute part,
Vous eûtes mon appui jusqu'au jour du départ*
REFRAIN.
Désormais plus de guerre,
Plus de rivalité ;
Qu'entre vous, sur la terre | .
Règne l'égalité. )
3" Couplet.
Réunis sous la voûte
Du temple de Sion
Là je traçais la route
A chaque compagnon
Vous montrant le Bosphore,
Je vous donnais encore
Un baiser paternel.
Aux pieds du grand autel
Bénissant votre noble cause,
Je vous vis, mes enfants, fuir vers Tortose ;
Et prosterné, j'implorai le Très-Haut
De veiller sur vous tous, de bénir vos travaux.
REFRAIN.
Désormais plus de guerre,
Plus de rivalité,
Qu'entre vous, sur la terre ) , .
> ois.
Règne l'égalité. I
— 15 —
4e Couplet.
Depuis, votre science parcourant l'univers
Vous avez vu Florence,
Rouen, Strasbourg, Anvers,
Rome, Milan, Cologne,
Chartres, Sens en Bourgogne,
Paris, Rheims, Orléans,
Berceau des devoirants.
C'est là qu'un chef, de templeville
Jacques Molah, le grand, le pur, l'habile,
Sous ses drapeaux, aux tours de saintes croix
Plaça les nouveaux nés, recommandant mes lois.
REFRAIN
Désormais plus de guerre,
Plus de rivalité,
Qu'entre vous sur la terre > ,.
,., ,,, ,. . •■ > ois.
Règne 1 égalité. )
5= Couplet,
Loyal, plein de franchise.
Vous vites, sur le tour,
Le bon père Soubise
Se produire à son tour.
Ces deux fervents adeptes,
Imbus de mes préceptes, -
Prêchèrent le devoir,
L'union, le savoir.
Malgré la voix de ces apôtres,
Le désordre, ô mes fils, est chez vous autres;
— 16 —
Mais pour l'éteindre en l'honneur qui m'est dû,,
Ecoutez, mes enfants, PERDIGUIER LA VERTU.
REFRAIN.
Désormais, plus de guerre,
Plus de rivalité,
Qu'entre vous, sur la terre, (
Règne l'égalité. \
0" Couplet.
L'auteur, au tour, de France,
Répercutant les sons,
Jouit déjà d'avance
Du fruit de ses leçons.
Egalité sublime,
Noble et sainte maxime,
Je veux jusqu'au tombeau
T'avoir sur mon drapeau.
Oh ! rivalité détestable.
Honte à tes préjugés, car L'ESTIMABLE
En abhorrant tes faibles sectateurs
Chante avec les enfants des trois grands fondateurs
REFRAIN.
Désormais plus de guerre,
Plus de rivalité,
Qu'entre nous, sur la tenv, / , .
„, ,,, ,. , ) OIS:
Règne 1 egahte. f
— 17 —
LE BOH m
Am : Ah! qu'ils sont fous sur Um.
Premier Couplet-
Amis, pour bannir le chagrin
Et la mélancolie,
Il faut, dans cette vie,
Chérir l'amour et le bon vin.
Comme Grégoire,
Il nous faut boire
Du jus divin afin qu'ici, la gloire
Obtienne nos chants jour et nuit,
Chassons avec elle l'ennui
Et tous ensemble chantons aujourd?hui :
REFRAIN.
Puisque le vin abonde )
Buvons-en à la ronde, (
Car nous n'en boirons pas da,ns l'autre monde.
2* Couplet.
Honneur et gloire soient rendus
Au doux jus de la treille,
La liqueur sans pareille
Comme la surnomma Bacchus.
Chagrin, souffrance,
Que le tour de France
Fait endurer malgré notre constance
Tout est dissipé par le vin.
Avec lui l'homme ne craint rien ;
Bravant le sort, il chante ce refrain :
— .18 —
■ REFRAIN. .
Puisque le vin abonde, )
Buvons-en à la ronde, )
Car nous n'en boirons pas dans l'autre monde.
3e Couplet.
Si vous désirez être heureux,
Habitants de la terre,
Apprenez la manière
Dont vous devez vivre en tous lieux.
D'un air affable,
Le ventre à table,
Buvant toujours de ce vert jus aimable, '
Tous, lorsque nous sommes ici
Soit compagnon, frère ou ami
Doivent chez nous boire et chanter aussi :
REFRAIN.
Puisque le vin abonde, )
Buvons-en à la ronde, )
Car nous n'en boirons plus dans l'autre monde.
4» Couplet. .
Enfin puisque tout est fini,
Lorsque dans les lieux sombres
Ensemble avec les ombres
La mort nous aura réunis.
Sous cette voûte
Et sur la route
Le verre en main, que chaque frère écoute
— 19 -
Ou chante en l'honneur du bon vin
Depuis le soir jusqu'au matin
Quelques couplets suivis de ce refrain :
REFRAIN.
Puisque le vin abonde, i , .
Buvons-en à la ronde, ..(■
Car nous n'en boirons point dans l'autre monde.
5e Couplet. j.
Le vin dont je loue la bonté
Chaque jour est utile,
De nous chasse la bile
Car,- vous-même vous le savez.
Voyez la trogne
D'un bon ivrogne
Alimentant son gosier de Bourgogne,
Alors, honnêtes compagnons,
'Qu'une main tienne deux flacons,
L'autre un grand verre, et tous d'accord chantons
REFRAIN.
Puisque le vin abonde, \ .
Buvons-en à la ronde, j
Car nous n'en boirons plus dans l'autre monde.
— 20 —
LE RBPϻTIR
Aia du Sauvage. ,
Premier Couplet.
Le repentir d'avoir été perfide
Brise mon coeur et me rend soucieux.
Malgré ma fuite et ma course rapide,
Ton souvenir me poursuit en tous lieux.
Le jour, pour moi, perd sa clarté céleste ;
La nuit, sans toi, je ne fais que souffrir.
De nos amours, sais-tu ce qu'il me reste, s
Le repentir, hélas ! le repentir. - )
2e Couplet..
Quand tu quittas la maison paternelle
Je promis bien de t'aimer constamment ;
Pardonne-moi si mon âme infidèle
Te délaissa malgré ce beau serment.
Depuis le. jour que par maintes promesses
Je pus t'aimer, t'adorer, te flétrir,
Depuis ce jour, sais-tu ce qui m'oppresse,' 1 .
Le repentir, hélas ! le repentir. )
3°Coup!et.
Le doux printemps me cache sa verdure,
L'été s'enfuit, l'automne disparaît ;
L'hiver me tue et toute la nature
Bien loin de moi répand son doux bienfait.
Le bonheur fuit, hélas ! tout espoir passe,
— 21 — . '
Et rien né peut contenter -mon désir.
En tous les temps sais-tù ce qui me glace, ) .
Le repentir, hélas ! le repentir; )
4e Couplet.
Ah!... c'en est fait! loin de toi, mon amie ,
Doivent cesser mon ennui et mes jours;
Puis, je le sens, lentement je t'oublie
Et je t'ai fait mes adieux pour toujours.
Mais quoique étant loin du beau tour de France
Et sans espoir d'accomplir mon désir,
Je sens au coeur, privé de ta présence', j .
Le repentir, hélas! le repentir. ;
5e Ccmplel.
Puisque le sort trahit notre espérance
Et tranche, hélas ! le fil de nos amours,
A L'ESTIMABLE aujourd'hui, chère Hortense,
Daigne accorder ton pardon pour toujours.
Et quand l'arrêt des Parques trop sévères
Me privera d'un si doux souvenir,
Sais-tu ce qui fermera mes paupières, ) , .
Le repentir, hélas ! le repentir. \
FARS 1C0H FILS
AIR du Ménétrier Tliomas.
Tu veux, me dis-tu, sur le tour
Aller faire un voyage,
Pars, mon fils, car c'est un beau jour
Pour l'enfant de ton âge :
— 22 —
Vois les fleurs naître dans les champs , \
Leur doux parfum invite I .
A se mettre en route au printemps, l
Tiens, voici ta conduite. ).
•2° Couplet.
Comme moi tu pars, mon enfant
Au printemps de ton âge,
Comme moi tu pars aspirant
Et rempli de courage :
Mais souviens-toi que sur le tour \
On trouve de faux frères /
Et qu'il faut garder son amour l
Pour les amis sincères. ;
3« Couplet.
Du temps que l'ouvrier errait,
Temps d'horreur, temps barbare,
Que presque chacun se battait,
Un autre nous sépare.
Aujourd'hui, grâce à PERDIGUIER \
La fraternité sainte / ,.
,,.,,,. > bis.
A pénètre chez 1 ouvrier t
Sans la moindre contrainte. )
4° Couplel.
Sois toujours humain, généreux,
Discret, prudent et sage,
Ouvre ta bourse aux malheureux
Repousse le servage,
— 23 —
Parle toujours ouvertement, \
Agis toujours en'face, /
Ne marche jamais sottement, (
Crains la moindre disgrâce. }
5« Couplet.
Avant de donner un conseil
Connais bien la matière
Et chaque jour à ton réveil
Adore la lumière.
Crois... mon fils, et soit désormais \
Sur la foi très rigide ; / .
De la morale, pour jamais, V
Couvre-toi de l'égide. y
6o Couplet.
Sois toujours soumis à la loi
Qui régit la patrie,
En politique, que ta foi
Soit une, je t'en prie.
Ne te précipite jamais \
Dans les flots politiques, /
Respecte mon fils, à jamais, l
Les libertés publiques. /
'7» Couplet.
Evite l'homme mielleux,
Douceur, cache 'amertume,
Ne sois jamais présomptueux
L'orgueil n'est qu'une écume.
— 24 —
A la paresse, à ses atours -j
Présente un front sévère. /
Les paresseux seront toujours l
Courbés sous la misère. /
8e Couplet.
Lorsque l'hiver et ses frimats
Tomberont sur ta tête,
De grâce, mon fils, ne perds pas
Ton temps à la guinguette.
Que ta chambre soit ton palais,, \
Un bon livre ta tasse, I ,.
Lis Volney, Rousseau, Lamennais, (
Dupuis, Voltaire, Tasse. /
i)e Couplet.
Pour être digne des couleurs
Il ne faut pas médire,
D'un frère, calmer les douleurs,
A tout bienfait souscrire ;
Alors mon enfant tu verras, \
En suivant cet exemple,^ / .
La vertu conduire tes pas i
Sous les voûtes du temple. /
io° Couplet.
Aime toujours la liberté,
Abhorre la contrainte,
Au pauvre fais la charité,
OEuvre mille tois sainte,
— 25 —
Car soulager un malheureux, \
L'aider'dans sa- misère /
V fais*
Fut le plus grand de tous les voeux (
Du martyr du Calvaire. )
u» Couplet.
De quelque côté que ce soit,
Qu'un bon conseil t'arrive,
Avec plaisir mon fils reçois
Cette -sainte missive.
Ne crois jamais connaître tout, \
Par contre, sois modeste, / • ■.
Fais le bien à chacun partout (
Le temps fera le reste. !
12' Couplet
Lorsque, par le devoir instruit
Tu pbrteras l'emblème
Qui fait mon bonheur aujourd'hui,
.Reste toujours le même,
Alors tu diras sans détour : \
0 bonheur ineffable, f .
Mon père fut dessus le tour A ;
. Surnommé I'ESTIMABLE. /
2
— 26 —
. POÎÏR ET CCHTRE.
Air : Car on ne peut faire un pas dans Véglise.
Premier Couplet.
Chers compagnons, si sur le tour de France
Vous vous trouvez à quelques grands repas,
De vos chansons, pesez la conséquence, z?
Sans cela, mes amis, ne chantez pas»
Mais si vos chants sont faits sur un voyage.
Sur la vertu, les arts ou les amours,
Ou bien encore, sur le compagnonage, )
Chantez, chantez toujours, chantez, chantez toujours.^
2a Couplet.
Vous qui voulez, du beau compagnonage
Anéantir le charme et les appas,
Vous que l'amour retient dans l'esclavage,
Tout un chacun vous dit... ne chantez pas.
Mais vous, enfant de l'antique science,
Vous qui savez si bien remplir vos jours,
Chacun vous dit... dessus le tour de France, j,.
j ' V OIS.
Chantez, chantez toujours, chantez, chantez toujours.)
3e Couplet.
Quand de l'hiver la saison rigoureuse
Lance sur nous la neige et les frimas,
Quand de l'ouvrier la famille nombreuse
Souffre et gémit, riche ne chantez pas ;
— 27 —
Mais quand oh peut marcher sur la verdure
Et que l'on voit renaître les beaux jours,
Chers compagnons, tant que ce temps-là dure, 1 ,.
Chantez, chantez toujours, chantez, chantez toujours.)
4» Couplet.
Vous que le jeu, le vin et la rapine
Depuis longtemps attirent dans leurs bras ;
Vous que la vraie indolence domine,
Devant le sage, hélas! ne chantez pas.
Mais vous à qui la vertu sert de guide,
Qu'à l'ouvrier prêté mille secours, .
Vous qui frappez l'injuste, le perfide, i
Chantez, chantez toujours^, chantez, chantez toujours.\l
' 5e Couple!.
Vous, aspirants, qui parcourez la France,
Si l'ignorance arrête enfin vos pas,
Ou si vos coeurs vivent sans espérance,
Pauvres amis, hélas ! ne chantez pas.
Mais à ces mots votre coeur frémit, tremble,
Ne craignez pas, poursuivez votre tour,
Un jour viendra que nous dirons ensemble, >
Chantez, chantez toujours, chantez, chantez toujours.)
G* Couplet.
De ces couplets, le trop faible poète,
Chers compagnons, vient'étvbus'dit'toutbas :
Si vous trouviez la rimé peu parfaite;->i; :; ■•■ -•
■ — 28 —
Pardonnez-lui mais. ne. le-chantez pas. -
Et si l'auteur, pour toujours L'ESTIMABLE
LE PROVENÇAL, par ce simple discours,
•-A sjd.vous plaire et-vous être agréable, 1 _.
Chantez, chantez toujours, chantez, chantez toujours.)
L'ORPHELIN
Air de la Mendiante.
Premier Couplet.
Pan , pan... qui donc frappeà la porte ?
Compagnons, c'est un aspirant
Qu'un, sincère désir transporte ,
C'est celui d'être devoirant.
Sans nul appui sur cette terre,
Que faut-il que je fasse, hélas !
Je n'ai plus ni père, ni mère,
De vivre ainsi, mon coeur est las.
REFRAIN.
Recevez-moi dans vos mystères,
Compagnons, tendèz-moi la main,
 mes cris montrez-vous sincères,
Prenez pitié de l'orphelin.
a» Couplet.
Souvent courbé sous la misère
J'allais implorer à genoux., -
— 29 —
Le riche qui, d'un air-sévère >
Sur lui fermait porte et verrous.
Mais l'ouvrier plus charitable-,
Prenait pitié de mes malheurs •. , '
Et me voyant si misérable, ,
Calmait ma faim, séchait mes pleurs.
Recevez-moi, etc. .
3° Couplet.
Ayant toujours de ce bas monde
Evité les corruptions
Et haï la secte féconde
Des traîtres et faux compagnons,
J'ai méprisé l'homme infidèle ;
J'ai chéri le coeur bienfaisant,
Enfin , mon désir et mon zèle
Sont ceux d'un honnête aspirant.
Recevez-moi, etc.
*e Couplet. :-.'■'
Hélas !... tout garde le silence,
Tout est muet et rien ne m'entend.
Dii bruit... Grand Dieu ! quelqu'un .sâvafîce
Et l'un me transporte à l'instant.. ■.
Là-de ma foi donnant des preuves,
Motivant mes intentions,
Après de pénibles épreuves
Je dis à tous les compagnons.:
Recevez-moi-, etc.
-r 30 —
5e Couplet.
Bientôt admis sous la bannière . .
Du vrai fondateur du devoir,
Mon âme alors joyeuse et fi ère
Vit votre loi, votre pouvoir ;
C'est par cette loi mémorable
Que l'auteur fut fait compagnon,
Et l'orphelin de FESTIMABLE
Le provençal cite le nom.
REFRAIN.
Puisque je suis dans vos mystères
Compagnons tendez-moi la main,
A mes cris montrez-vous sincères,
Prenez pitié de l'orphelin.
LE TOUR DE FRAHCS.
Air : Vrai momusien, j'éparpille ma vie.
Premier Couplet,
.Quand je partis de mon lieu de naissance,
Chers compagnons, j'avais l'espoir flatteur,
De parvenir fesant mon tour de France
Au rang brillant des compagnons d'honneur.
Fesant mes adieux
A mes aïeux -
Puis à mon père,
— 31 —
Je pris un bâton,
Sac et flacon ;
Pour vers Toulon
Diriger mes pas,
Disant tout-bas :
Que vais-je faire.
Je vais sur les champs
Pour être un jour des devoirants.
Tra, la, la, la, la,.la.
2e Couplet.
Dans ce pays je commence à connaître,
Qu'il me fallait pour porter un tel nom :
Etre discret et toujours me soumettre
Aux sages lois de tout vrai compagnon.
Dans ce sentiment
Je fis serment
D'être fidèle,
Et de cet aveu
Toujours je veux
Faire le voeu,
Puis sur le pourtour
1 Qu'on nomme tour,
De l'infidèle,
Il faut en tout temps,
Eviter les affreux penchants.
Tra, la, la, la, la, la.
3" Couplet.
Enfin vidant la dernière bouteille,;;
Mes adieux faits, je partis à l'instant
—m— .
Et dirigeant.ma marche sur Marseille,
Je m'estimais d'être ferme et constant.
Marseille au lointain
Montre soudain
Sa tête antique.
Aix et Tarascon .
Sous l'horizon,
Montrent leur front.
Nîmes beau séjour,
Offre à son tour
D'objets druidiques.
Lunel. Montpellier,
Pézénas ensuite Béziers •
Tra, la, la. la, la, la.
4- Couplet.
Enfin, je vois la ville de.Narbonne,
Son beau climat, son ciel et son séjour.
Bientôt après je trouve Carcassonne
Très agréable par son.alentour.
Castelnaudary
Çhaimantpays, *
Je t'abandonne
Sans aucun espoir
De te revoir,
Adieu, bon soir.
Toulouse à la fois,
Bientôt je vois,
Place et colonne:
Mais partant enfin,
Je guide mes pas vers Agen. •
Tra,, la, la, là, la, la.
— 33 -
5e Couplet.
Salut Bordeaux, sàlùt ville eharmante,
En te voyant mon esprit est troublé.
Car c'était'tôi qui doublais mon attente,
Mais aujourd'hui je ne peux la combler. '
Car trop jeune encor
J'ai nul transport
Qui m'encourage.
» Bien mieux vaut languir
Que de jouir,
Et puis souffrir.
Adieu beau pays,
Place Tourny,
Car le voyage
M'excite à partir
Afin de pouvoir parvenir.
TYâ, la, la, la, la, la.
■ 6« Coupiel.
Avee plaisir je m'élance sur l'onde ,
Bientôt après je ne vois plus de port;
La barque enfin sillonne la Gironde
Et tout joyeux j'entre dans Rochefort.
Loin de l'habiter,
Faut le quitter
Pour la Rochelle
Pays très-charmant,
Séjour brillant,
Sexe constant ;
Mais ton jours voulant
2.
— 34 —
A mon serment
Etre fidèle.
Bientôt de Luçon
Je guide mes pas vers Bourbon.
Tra, la, la, la, la, la.
7* Couplet.
Enfin je vois Nantes et son Théâtre,
Ses ponts, sa. Bourse et ses enfants Nantais,
Place Royale et le cours Henri-Quatre,
La cathédrale et les superbes quais.
Quittant ce séjour
Vers Saumur, Tours,
Mes pas je guide.
Blois et Orléans
Vos monuments
Sont très charmants.
Adieu beau pays ,,
Car de Paris
D'un oeil avide
Je vois l'Odéon, l'Obélisque et le Panthéon
Tra, la, la, la, la, la.
8«. Couplet. -
Adieu charmant rivage de la Seine,
Palais Royal, Jardin du Luxembourg.
Concorde, quais, colonne Magdeleine,
LeB boulevards ainsi que les faubourgs. ,
Loin d'un ciel si beau,
Je vois Montreau,
Sens et Auxerre,
— 35 —
Ensuite Avâlon,
Saulieu, Uhàlon,
Toumus, Maçon,
Lyon j'aperçois,
De là je vois
La Guillotière,
Valence, Avignon
Aix, Marseille ensuite Toulon.
Tra, la, la, la, la, la. .
9e Couplet.
Après avoir fini mon tour de France,
Chers compagnons, il faxit me retirer
Car tout m'attend dans monlieu de naissance
Héla6Î... amis, il faut nous séparer.
En nous séparant
Vrais devoirants,
De I'ESTIMABLE,
Recevez ici,
De cet ami,
Le doux merci;
Quittant en ce jour,
L'aimable tour,
Pour vivre stable;
Adieu devoirants,
Je vais rejoindre mes parents.
Tra, la, la, la, la, la.
— m —
MOST SB BORDELAIS LÀ GAÏTÉ.
COMPAGNON MAKÉCHAL*
AIR : Des Feuilles Mortes.
Premier couplet.
Paix... au lointain la voix d'un devoiran fidèle
Voudrait me faire entendre un éternel adieu,
Hélas!... hélas!... c'est lui, Bordelais, qui m'appelle
En me disant : amis, je vais quitter ce lieu,
Je vais sans plus tarder abandonner la terre,
Adieu... conserve moi ta générosité
Compagnons,-tour à tour, priez dessus la pierre '
Qui couvre pour toujours Bordelais la gaîté.
2e Couplet. ■ , .' . ; :
Comme un astre brillant au sein d'une nuit sombre
Guide par sa clarté les voyageurs errants,
Sur le cercle du tour tu guidas un grand nombre
D'ouvriers délaissés, d'honnêtes dévoirants
Mais hélas !... aujourd'hui ta parole sincère
Ne retentira plu» dans notre société,
Compagnons, tour à tour, etc.
3e Couplet.
0 mort, terrible mort, tu dépouilles notre ordre
D'un ouvrier parfait, d'un compagnon constant;
Tu nous ravis, hélàslmn défenseur de l'ordre
Qui fut l'ami du droit jusqu'au dernier instant.
Il fut humajin, prudent-charitable, sincère,
Probe, franc, généreux... pour sa fidélité
Compagnons, tour à tour, etc.
— 37 —
-•i" Couplet.
Frères,,prenons Iedeuil et-gémissons sans cesse
La perte d'un ami doit nous attrister tous
Conservant dans nos coeurs sa vertu, sa tendresse
Et n'oublions jamais l'amour qu'il eut pour nous.
Que ses vhants révérés nous servent de. lumière
Car pour nous chaque mot est une vérité
Compagnons, tour à tour, etc.
5" Couplet,
Chéri sera toujours celui qui dans sa course
Travaille pour la- paix et pour nous rendre heureux,
Béni sera toujours celui qui de sa bourse
Sait faire un noble usage envers les malheureux.
L'estimable à ces mots arrose la poussière
D'un disciple chéri par nous tous regretté,
Compagnons, comme lui, priez dessus la pierre,
Qui couvre pour toujours (ter)' Bordelais la gaîté.
L'HIWR
Ain : Fleuve du Tage.
Premier Couplet. -• :
Du dur hiver
'Je-suis tout attristé,'
Hélas!;■.•'.' je perds • • -
La joie et'la santé- -
_ 38 —
Un rhume me chagrine
Et brise ma poitrine J
Fleurs et beaux jours \ tis.
Hâtez votre retour. V
î* Couplet.
A tout moment
Faut quitter la maison
Pour instamment
Courir sur les glaçons.
Dans ma douleur extrême
Je redis en moi même
Fleurs, etc.
3e Couplet.
Le froid du corps
Pénètre dans nos sens
Et mes efforts
Sont vains et impuissants
Pour chasser la froidure,
Et revoir la verdure.
Fleurs, etc.
*• Couplet.
Lorsque le vent,
Déchaîné contre nous
Semble un moment
Nous anéantir tous,
Pour braver les tempêtes
Qui grondent sur nos têtes
Fleurs, etc.
— 39 —
5« Couplet.
Pendant ce temps
De deuil et de douleur,
Que de tourments,
Que de cris, que de pleurs;
Rien daigne nous sourire
Tout contre nous conspire,
Fleurs, etc.
«• Couplet.
Riches, malgré
Vos jardins toujours verts,
Vous émigrez
Quand viennent les hivers.
Tous les ans je projette
Mais toujours je répète,
Fleurs, etc.
7» Couplet.
Un départ vers
Des climats bien plus doux
Vous fait braver
L'aquilon en courroux
A vous duvet, flanelle,
A moi douleur cruelle.
Fleurs, etc.
8* Couplet.
0 beau printemps
Tu rends tous ces lieux verts;
—■ 40 —
Mais maintenant
Les glaçons des hivers
Font de cette prairie
Une autre Sibérie.
Fleurs, etc.
0e Couplet.
Pour bien finir
L'auteur de la chanson,
Avec plaisir
Va vous citer son nom.
Un dur hiver tourmente
L'ESTIMABLE qnt chante
Fleurs et beaux jours
Hâtez votre retour.
L'BHIOH DES.CORPS.
Air : Du Bandoulier.
Premier. Couplet,.
Enfin, je ne puis-plus; dessus le tour de France,
Marcher sans.-voir régner un accord très parfait ;
Car, à quoi sert alors'notrë noble puissance
Si nous la ternissons par le moindre méfait ?
' REFRAIN.
De par notre mystère
' Terminons cette guerre
—■41" —
Que chaque compagnon I
Souscrive à l'union. , ( ■ •'
2" Couplet.
Hélas !..-. dé tout côté je ne vois que .discorde. :
Le père ne veut plus connaître ses enfants,
Ces derniers, à leur tour, veulent qu'on leur accorde
Leur légitime droit et place dans nos rangs.
De par notre mystère, etc.
3= Couplet.
Jadis si nos aïeux, que j'aime et que j'honore,
Ont voulu sur les champs avoir des ennemis,
Comme ces compagnons, frères, faut-il encore
Accroître lés méfaits hélas!... qu'ils ont commis.
De par notre mystère, etc> •
i° Couplet.
Àh!... par pitié, cessons nos querellés profanes,
Veillons sur l'ouvrier, tirons-le de l'erreur
Car, sans quoi, lès couleurs, les enseignés, les cannes
Seront aux yeux de tous : emblème dé terreur,
De par notre mystère, etc.
5= Couplet.
Enfin, si mes clameurs, par vous tous entendues,
Font pactiser les corps àThùmanitéj
Alors de ces lieux-bas jusqu'au séjour des nues
Les airs retentiront dumot fraternité,
De par notre mystère, etc.-
— 42 —
6e Couplet.
Voilà mon seul désir, voilà ma seule envie,
Je vous en fais serment, aux pieds du fondateur,
Et puis, dessus les champs, dites que pour la vie,
De ces nouveaux couplets L'ESTIMABLE .est l'auteur.
REFRAIN.
De par notre mystère,
Terminons cette guerre,
Que chaque compagnon \
Souscrive à l'union. (
H EÉPOÎTSS D'HORTEVSE . .
AIB : Depuis douze ans que repose ma lance.
Premier Couplet.
Dès ton départ, dès ta fuite subite,
Longtemps je fus la fille de la mort ;
Mais au moment que ma voix ressuscite
Ma plume alors, pour toi, prend son essort.
REFRAIN.
0 mon sincère amant,
Sois fidèle au serment
Que tu fis en partant
Dessus ton tour de France ;
Et souviens-toi toujours
De nos tendres amours,
— 43 —
Car, enfin, ton Hortense V,.
N'attend que ton retour. )
2o Couplet. ,
Quand tu partis, pour connaître ta flamme,
Bien loin de toi je fixais mes regards ;
Oh ! mais, crois-moi, dans le fond de mon âme,.
Pour toi coulait le plus doux des nectars.
0 mon sincère amant, etc.
3« Couplet.
Si je pouvais, moi, qui t'aime et t'adore,
Par un beau jour te presser sur mon coeur,
Quoique glacé, mon front se recolore
Et déjà croit jouir de ce bonheur.
0 mon sincère amant, etc.
i« Couplet.
Si tu trahis, hélas!... dans mon vieil âge,
Urne faudra, couverte de lambeaux,
Vivre et mourir; mais toujours ton image s
Me poursuivra jusqu'au sein du tombeau.
0 mon sincère amant, etc. t
, 5e Couplet.
Hâte tes pas, oh! viens, je t'en supplie,
Pour alléger mon ennui, ma douleur,
Puisque je suis et serai pour la vie
Celle qui t'aime, Hortense Letourneur. -
— 44 —
EEFKAÏN.
0 mon sincère amant,
Sois fidèle au serment
Que tu fis en partant, ..
Dessus ton.tour de France ;
Et souviens-toi toujours.
De nés tendres amours, .
Car, enfin, ton Hbrtense ih-
N'attend que ton retour. ■ $
LE IIZU HARROMIËR
AIR : Ainsi parlait un enfant dit, village.
Premier Couplet.
Tout près du lieu, témoin de mon jeune âge,
Un marronnier conserve sa fraîcheur,
Puis oflre encor, par son double feuillage,
Une ombre pure à l'homme voyageur;
Pour en jouir, ma mère la première,
Sous ses rameaux passait le jour entier.
Ha!... quand pourrai-je, auprès de mon vieux père,
M'asseoir èncor sous le vieux marronnier.
-2" Couplet.
Quand le printemps commençait'à renaître,
Le marronnier se couvrait de ses fleurs
Et tout alors d'ans ce pays champêtre
S'offrait à" rrioi'sous-des aspects flatteurs ; -
Mais,.animé.parle désir sincère
D'être avec vous, je partis ouvrier.
liai... quand pourrais-je, etc.
3* Couplet.
Combien de fcjis, depuis neuf ans d'absence,
J'a:. regretté ceVjour de plaisir, .
Car, trop souvent, dessus le tour de France,
L'homme imprudent affecte de jouir ;
Mais, dans ce iieu paisible et solitaire,
Le seul 4ésir est de s'affilier.
Ha !... quand pourrais-je, ^etc.
i" Couplet.
Dès que l'hiver et sa rude froidure
Porte au lointain la neige et les glaçons,
Matin et soir, on voit sur la verdure
Des bons vieillards entonner des chansons ;
Non loin de là le pàtreJ et la bergère
Chantent en choeur les amours de Chéhièr.
Ha!... quand pourrais-je, etc.
5» Couple».
Mais le destin, toujours infatigable,
Rit de me voir errer loin du hameau
Qui fut toujours, sur foi de L'ESTIMABLE,
Mon seul désir, car il fut mon berceau ;
Dans ce séjour, tout fleurit, tout prospère,
Tout... car enfin je ne puis l'oublier.
Ha!... quand pourrais-je, auprès de mon vieux pfer»,
M'asseoir encor sous le .vieux marronnier. .
— 46 • -
Hcuun?,, Hcniï-'jr, m GOHFAMOHS CORDIEF.S
AIR : Allez cueillir des bluets dans les blés.
i
Premier Couplet.
Puisque Vendôme, sur le tour de France,
Nous a chanté les blanchets Ohamoiseurs,
Puisque la fidélité, l'espérance,
Du beau devoir chantèrent les grandeurs ;
Enfin, Guépin, l'aimable sans feintise,
Par ses chants honora les ferblantiers.
A mon tour, moi, permettez que je dise,
Honneur, honneur aux Compagnons Cordiers.
2e Couplet.
Vous les voyez, dessus le tour de France,
Ne s'accorder que ce qui leur est dû,
Dans beaucoup d'arts règne encor l'ignorance
Mais dans le sien elle n'existe plus ;
Dans l'univers mainte chose on admire;
Mais rien de beau comme ces ateliers;
Chers compagnons, permettez-moi de dire,
Honneur, honneur, etc.
3= Couplet.
Dans l'univers- qirel serait-le commerce
Si l'art de la corderiè n'était pas ;
On n'entendrait pas l'homme qui l'exerce, '
Parler de la Chine et dû Canada ; .
— 47 —
Bientôt Toulon, Rochefort, Brest et Nantes
Ne verraient plus de vaillants bateliers.
A ce sujet, permettez que je chante,
Honneur, honneur, etc.
4e Couplet.
Par nos travaux, le courageux' d'Urville
A pénétré dans des pays lointains ;
Par nos travaux, le prince de Joinville
A pu braver l'orgueil des Maroquins
Pour élever Luxor sur la Concorde,
De tous les arts lequel fut des premiers.
En vérité, c'est"au moyen de cordes,
Honneur, honneur, etc.
5° Couplet.
Si de Rhuyter on chante la mémoire,
Si de Jean-Bart,on chante les hauts faits,
Si deBrakkel on chante la victoire,
Chantez aussi Duquesne et Paul Riquet ;
Si Christophe-Colomb que l'on envie
A parcouru tout l'univers entier
Grâce à notre art, chantez toute la vie,
Honneur, honneur, etc.
6° Couplet.
D'un dévoirant, d'un ami véritable
Je vais ici terminer la chanson,
Chers compagnons,, son nom est L'ESTIMABLE.'
Le Provençal, cordier de profession.
— A8—
Il dit qu'à peine arrivé dans ce monde,
Son art est celui qui sert des premiers ;
Il sert enfin sur la terre-et sur l'onde,
Honneur, honneur, aux Compagnons Cordiers.
L'AMOUR
Ai» '■: De la Juive.
. Premier Couplcl.
Compagnons,quand de monivillage .
Je partis pour suivre vos pas,
Qu'à mes yeux le compagnonage
Étalait ses charmants appas ;
Je quittais mon père et ma mère
Pour aller commencer mon tour;
Mais ma douleur la plus amère I ' .'
Était d'abandonner l'amour. j
2" Couplet.
Bientôt foulant l'herbe fleurie
Que protège 5e doux printemps,
Or, j'oubliais ma douce amie
Pour mieux consacrer mes instants ;
Pour goûter du compagnonage
Les lois, je veillais nuit et jour ;
Mais ce qui glaçait mon courage,
Chers compagnons, c'était l'amour.
— 49 —
• 3e Couplet.
Toujours humain,, toujours sincère,
Envers l'ouvrier malheureux, •
Et quand je calmais sa misère,
J'étais l'homme le plus heureux;
Mon coeur soulageait l'indigence,
Ma main lui donnait du secours ;
Mais ce qui tarit ma constance,
Chers compagnons, ce fut l'amour.
4-e Couplet.
Quand l'ordre du compagnonage
Fut, par vous, placé sous mes yeux,
Volontiers je rendis hommage
A ce mystère précieux.
Au devoir j'ai resté fidèle
Tout le temps qu'a duré mon tour;.
Et si l'on me vit infidèle,
Amis,, ce ne fut qu'à l'amour. .
5e Couplet.
Si je fus parfois sans ouvrage,
Si je fus parfois malheureux,
Si je fus parfois sans courage,
Débile et parfois langoureux, ;
Et si ma voix parfois éteinte
Ne put s'exprimer chaque jour ;
C'est que ma verve était atteinte
De l'épidémie de l'amour.
6e Couplet.
Enfin, tout, pendant mon jeune âge,
3
— 50 —
Trop léger, hélas!... j'ai souffert,
Et tant qu'a duré mon voyage,
L'amour m'a tenu dans ses fers ,
Chers compagnons de L'ESTIMABLE,
Suivez les conseils sur le tour ;
Le vice le plus méprisable
Est de se livrer à l'amour.
Li SmC-slTAïRE
AIR : Faites l'aumône au dernier, de vos rois. .
Premier Couplet.
Soixante hivers sont gravés sur ma tête,
Soixante hivers ont affaibli ma voix,
Et loin du tour que toujours je regrette,
Je vis heureux à l'ombre de vos lois ;
Car, comme vous, ce sentier que j'honore
Pendant vingt ans, fit mon unique espoir,
Et quoique vieux pour vous, je chante encore,
Honneur, honneur {bis) aux enfants du devoir.
2<= Couplet. *
Matin et soir dans ce séjour tranquille,
Dans le bonheur s'écoulent mes loisirs,
Dessous mes yeux j'ai Homère ou Virgile
Pour augmenter ma joie et mes plaisirs ;
En ce moment, je ne connais de maître,
Que maître Jacques et son grand pouvoir,
Et contemplant le ciel qui m'a vu naître,
A chaque instant (bis) je chante le devoir.

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