Nouveaux Moyens de parvenir. Quelques préceptes généraux, suivis de quelques exemples particuliers . Par M. E. P.

Publié par

Delaunay (Paris). 1819. France (1814-1824, Louis XVIII). In-8 °. Pièce.
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Publié le : vendredi 1 janvier 1819
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QUELQUES PRECEPTES GENERAUX
suivi s
DE QUELQUES EXEMPLES PARTICULIERS;
PAR M. E. P.
Cazz
DELAUNAY, Libraire, Palàis-Royal, galeries de bois ;
PELISSIER, Libraire, Palais-Royal, cour des Offices.
MAI 1819.
QUELQUES PRÉCEPTES GÉNÉRAUX
SUIVIS
DE QUELQUES EXEMPLES PARTICULIERS.
«L
ES obstacles seméssur le chemin qui mène
aux grands postes sont des redoutes qu'il faut
enlever par escalade les unes après les autres.
La vie est trop courte pour perdre son temps
à les tourner. »
« Si l'ambitieux n'a pas l'intrépidité d'un
grenadier, il doit avoir la prudence d'un mineur
et faire sauter les remparts qu'il n'ose fran-
chir. »
« L'important est d'aller vite pouf n'être
pas surpris à moitié .chemin par la caducité
ou la mort »
PRÉCEPTES.
( 2 )
« Vous, visez à un but! des concurrens vous
barrent la route ! percez ces insolens pelotons. »
« N'épargnez ni les coups de coudes ni
même les coups de pieds à droite et à-gauche,
on criera : les coups que vous aurez donnés de
côté vous seront peut-être rendus dans le der-
rière , n'importe! cela vous poussera d'autant.
Un pas de pl us rachète bien cette petite dis-
grâce. »
« Il est bon, pour se faire valoir, de déni-
grer les autres y on a l'air de se grandir à me-
sure qu'on les rapetisse, et l'on vous suppose
ce que vous leur refusez, ». ..
« Si vous écrivez', piquez-vous moins d'être
vrai que mordant. La malignité dispense de
raison. »
« La modestie est une duperle; à q'uoi bon ,
'avec'dé l'esprit, prendre là livrée d'une bête,
et avec du sa Voir, celle d'un ignorant? Pour
vous faire croire capable, affirmez que voué
l'êtes; et, s'il le, faut, ayez l'air de régenter,•
lors même que vous!avez le plus besoin de le
dons. » ;
« On ne parvient que lentement en se Fai-
sait aimer 5 on va plus vite eh"se faisant crain-
çre. »
« L'amitié a la main trop douce'p'oiïr pous-
(3)
ser. La crainte est plus? expéditive; elle éclaircit
les voies, et l'on marche en avant. »
« Ce n'est pas une grande prouesse que de
se mesurer avec ses égaux; le public malin
tient plus de compte des attaques portées aux
supérieurs 1; plus ils sont élevés, plus l'agres-
seur se donne de relief. »
« Le scandale excité par l'ambitieux est un
vent qui enfle mieux les voiles de son vaisseau?
que la paisible considération qui satisfait le
mérite modeste. »
« Le ton magistral et tranchant est celui dont
il faut parler à la fortune; pour lui:en impo-
ser et la rendre souple. C'est une prude fan-
tasque. On réussit mieux à lai brusquer qu'à
la séduire. »,
«Voulez-vous entreprendre un livré sur
une matière grave, aride, comme', par exem*
pie, une dissertation fianeière ? lardez-le
de sarcasmes. La maigreur ou la fadeur du •
mets disparaît sous le piquant des épices. Ces
épices peuvent être du poison; mais ce poison
plaît : moquez-vous de ses suites. » !■
«-L'honneur d'être député vous séduit-il ?
faites entendre qu'un homme tel que vous man
que à la députation de votre département, et que, '
faute d'avoir vos yeux, la chambre ne voit pas
(4)
lès pièges tendus à sa crédulité. Elle est cha-
touilleuse sur les impôts! Affirmez qu'on lui
en demande plus qu'il n'en faut, et qu'une abon-
dance que l'on tait,dément la détresse que l'on
déclare. »
« Promettez aux propriétaires un dégrève-
ment immédiat. N'hésitez pas à le porter jus-
qu'à 50 millions. Ajoutez-y même 10 millions
pour décharger les employés de la retenue.»
« Voyez-vous le frémissement de joie que
donnent ces espérances? Profitez-en pour être
plusaffirmatif, au risque de tous les démentis,
et pour marcher vers votre but aux accla-
mations des gobe-mouches.»
« Mais, en atténuant la recette, gardez-vous
de touchera la dépense! vous auriez sur les
bras tous les salariés publics (t tous les entre-
preneurs de service. Proclamez quril y a
moyen de les satisfaire tous avec 60 millions
de moins. »
« Visez-vous au ministère? prouvez que
vous en savez plus que le ministre qui occupe
le poste que vous convoitez* Ne soyez retenu
ni par les égards, ni par la subordination, ni
par un attachement présent ou ancien. Ce sont
de vulgaires entraves qui ne doivent point
arrêter la course d'une ambition vigoureuse. »
(5) )
« Que cette ambition ait l'air d'un ardent
amour pour le bien public; tous les autres
sentimens pâlissent devant celui-là, comme
une bougie devant un grand brasier. Ayez pré-
sent à la pensée ces vers de Catilina :
Titres chers et sacrés et de père et d'époux !
Faiblesses des humains I évanouissez-vous. »
« L'ambitieux ne doit pas plus être arrêté
dans son essor par les vertus privées, qu'un
guerrier sur le champ de bataillé par le res-
pect pour la vie des hommes. »
« La victoire absout la cruauté, comme
l'ambition heureuse absout l'effronterie. »
« Si, à force de rudoyer les gens, vous en
recevez des gourmades qui vous balafrent, pré-
sentez-vous comme une victime : une victime,
quelque mérité que soit son sort, émeut tou-
jours la pitié. Le spadassin qui a trouvé son
maître, intéresse avec un bras en écharpe » -
L'auteur qui a rédigé ces maximes a dit
qu'elles lui avaient été suggérées par la lec-
ture de plusieurs: pamphlets et notamment
par celle d'une brochure sur la Situation des
finances au vrai.
Il a cru, disait-il, apercevoir dans cette
brochure le résultat d'une impulsion qui te-
EXEMPLES.
(6)
nait à des intérêts moins généraux que ceux
du bien public.
On peut, ajoutait-il, dire des vérités, sans
taxer personne de mensonges , servir l'état
sans accuser les autres de le tromper, cher-
cher à se faire un nom sans détruire ceux qui
sont faits.
Je trouve de l'esprit, de la finesse dans
le nouvel écrit. Mais je cherche le bon
esprit et la sincérité. Il s'en trouve pourtant;
ce sont des paillettes mêlées aux poignées
de sable que l'auteur jette aux yeux.
Je vois que cet auteur
Nourri dans le Sérail en connaît les détours.
lien donne la carte , et l'oppose à celle que
le ministère a publiée sous le nom de budget.
Il prétend là sienne plus exacte que l'autre.
Cependant c'est avec celle-ci qu'il compose
son ouvrage. Il accuse la carte ministérielle
d'être fausse et incomplète. Mais, s'il y a trouvé
tout ce qui, selon lui, rend la sienne vraie et
entière, il faut bien qu'il n'y ait ni lacunes, ni
défectuosité dans les pièces.
Il les arrange à sa fantaisie comme des
pions sur un damier,, afin de se donner beau
(7)
Jeu. Ce n'est pas faire de
gner la partie.
En général l'homme le plus sûr, de son fait
n'est pas affirmatif; ce ton décèle une con-
fiance qui produit en moi un sentiment opposé.
La haute opinion que l'auteur a de ses forces
se manifeste à chaque page de son pamplet.Il
fabrique une situation idéale du trésor avec la
même assurance qu'il établirait un résultat
d'inventaire. IL semble qu'il ait vu et compté
ce qu'il rêve.
Les assertions antérieures et contraires aux
siennes ne,l'intimident. pas. Elles ne sont pas
vraies, puisqu'elles appartiennent à d'autres
qu'à lui.
Lorsque, par exemple, je vois que le Roi a.,
dans son discours d'ouverture de la «session ,
exprimé le regret de ne pouvoir annoncer une
réduction d'impôt pour 1819; quand je vois
trois ministres successifs des finances s'accor-
der sur la nécessité d'ajourner une réduction
si désirable; quand les chambres elles-mêmes
ont jusqu'ici avoué au moins lacitement cette
nécéssité je dois être surpris qu'un particulier,
sans mission, s'avance et dise au public(qiie
le Roi,les ministres et les chambres sont dans
l'erreur , et qu'on peut très-bien affaiblir de
(8)
60 millions la superfétation des recettes, sans
effleurer la dépense.
J II y a du merveilleux à gratifier d'une large
remise les débiteurs de ses revenus, sans ôter
un iota à la dépense qui, jusqu'ici, l'es a absor-
- bés. Il est fort commode de pouvoir être aussi
libéral, sans s'imposer aucune des privations
de l'économie.
Voilà pourtant l'heureuse position' où se
plaît à nous voir, du haut de son tribunal,
le juge de nos finances , en dépit d'une dette
publique de 200 millions, suite des fléaux poli-
tiques et célestes qui sont fondus sur la France,
et dont les traces disparaissent sous les' cou-
leurs de son prisme.
Je né demanderais pas mieux que de croire
sur parole l'optimiste financier. Car il est bon
de payer moins à son percepteur et de penser
- que le trésor public: regorge d'abondance.
Mais la richesse que l'optimiste suppose dans
les caisses au i,er janvier. 1819, était-elle libre ?
Ne devait-elle rien aux années précédentes?
Si notre avoir n'est que l'équivalent de notre
, dette, s'il n'est encore sous notre main que
parceque notre créancier.ne s'est pas pressé de
le prendre, cet avoir, est le sien plus que le
nôtre. La somme qui doit me servir à payer
(9)
ce que j'ai mangé hier, ne m'aidera point à tac
faire vivre aujourd'hui, à moins que je ne laisse
de côté la dette de la veille pour acquitter celle
du jour. Mais tôt ou tard il faudra bien payer
la dette restée en arrière.
Il aurait fallu que le nouveau messie qui vient
d'apparaître, pour,nous annoncer la rédemption,
dé nos bourses , appuyât sa mission de la
preuve que nous n'avons pas endettes la même
somme que celle dont il nous gratifie en de-
niers comptans.
J'ai cherché, cette preuve dans soja écrit sans
la trouver.,
En admettant, cette dette, comment la
paiera-t-il , sil supprime le gage qui en répond ?
Y suppléera-t-il par un miracle? soufflera-
t-il sur le passif pour le faire évanouir comme
une bulle de savon.?.Malheureusement ce pas-
sif a plus de corps, qu'une bulle. Le changera-
:t-il en actif comme , autrefois; l'eau, en vin ?
Aura-t-il la puissance de multiplier ? Non, il
procède plus en humain; ce, n'est plus un
envoyé qui paraît descendre du ciel pour
nous révéler des trésors inconnus, c'est un
^ancien commis qui n'a plus que des souve-
nirs, et qui, pour sortir de l'embarras où le
jette une suppression subite de 60 millions,
- ( 19 )
cherche des éxpédiens dans les' exemples du
passé. Il ajourne les paiemens qu'il né peut pas
faire, dans l'espérance d'y pourvoir avec de
meilleurs produits sur Pindirect. Mais une
gelée, une grêle , peut tromper cette attente; il
s'en met peu en peine.Il lui faut 60 millions pour
remplacer ce qu'il retranche de l'impôt direct.
Que peuvent la grêle et là gêlée contre ses cal-
culs? Si ce prophête ne commande pas comme
Elie aux élémens, il a du moins le courage de
ne pas les craindre.
De ce que 1818 a produit sur l'indirect plus
qu'on n'en attendait, il en conclut- qu'on eût
dû évaluer 1819 comme 1818.
Où a-t-il vu qu'en fait d'aperçu de produits
variables, on s'en rapportât 'à une seule année
pour les établir ? Ne sait-il pas qu'on fait, des
résultats de plusieurs années, un taux: moyen
qui, comprenant le fort et le -fàïblé, et, modé-
rant l'un par l'autre ; ■ donne l'évaluation là
moins sujette aux mécomptes graves ?
A l'expérience que l'auteur à du métier 1, on
juge qu'il connaît-très bien ce procédé, mais',
en le suivant, il eut eu un prétexté de motos
pour accuser, et à cet égard Jlë malicieux écri-
vain ne veut rien perdre.
Nouveau doctrinaire, il met de côté la
(11)
prévoyance et pourvu qu'il allège son vais-
seau, il se soucie peu de jeter a la, mer jus-
qu'aux vivres, au risque d'exposer son équi-
page à mourir de faire si la contrariété des
vents retient trop longtemps le vaisseau loin
du port.
Annoncer aux contribuables la possibilité
présente d'une grande reduction dans l'impot
c'est se préparer de favorables auditeurs.
Une telle annonce faite prématurément,
ressemble un peu à l'artifice de ces prédica-
teurs de liberté devant un auditoire, avide -d'en
jouir avant d'y être préparé, et sans qu'il y
ait encore de lois pour en régler l'usage.
La moderation d'impot est une aussi bonne
chose que la liberté, mais telle doit, comme
elle, avoir son temps, pour etre sagement et
solidement établie.
Le gouvernement est bien autrement inté-
ressé qu'un écrivain spéculatif à faire opérer
cette modération . Cependant s'il la juge in-
tempestive il faut croire qu'il a des raisons
plus solides que celles qui rendent l'impatient
ecrivain si decisif.
Cet écrivain a discrédité lui-meme sa proposi-
tion de dégrèvement, en voulant la concilier avec
le maintien intégral de la dépense ; l'un est ex-

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