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Nouvelles tendances du roman africain francophone contemporain (1990-2010)

De
214 pages
L'auteur souligne les nouvelles tendances du roman africain francophone contemporain. A travers un corpus fourni (11 oeuvres), divers (auteurs issus de sept nationalités africaines) et très actuel (1990-2010), il révèle comment les cohabitations conflictuelles ayant secoué l'Afrique subsaharienne sont représentées dans les fictions. Il montre comment la narration de la violence dans le roman africain contemporain aboutit à une violence de la narration.
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MAMADOU KALIDOU BA
MAMADOU KALIDOU BA
Nouvelles tendances du roman africain 2010)francophone contemporain (1990 De la narration de la violence à la violence narrative
Nouvelles tendances du roman africain francophone contemporain (1990-2010)
Critiques Littéraires Collection dirigée par Maguy Albet Dernières parutions S. SEZA-YILANCIOGLU (dir.),Nedim Gürsel. Fascination nomade, 2012.My riam TSIMBIDY et Aurélie REZZOUK (sous la dir. de),La jeunesse au miroir. Les pouvoirs du personnage, 2012. Richard Laurent OMGBA et Désiré ATANGANA KOUNA (dir.), Utopies littéraires et création d’un monde nouveau, 2012. Jean-Louis CORNILLE,Les récits de Georges Bataille. Empreinte de Raymond Roussel, 2012. Samia SELMANI,Romans francophones et représentations du féminin, 2012. Laurence OLIVIER-MESSONNIER,Guerre et littérature de jeunesse (1913-1919). Analyse des dérives patriotiques dans les périodiques pour enfants, 2012. Ali CHIBANI,Tahar Djaout et Lounis Aït Menguellet. Temps clos et ruptures spatiales, 2012. Alexandru MATEI,Jean Echenoz et la distance intérieure, 2012. Mohammed-Salah ZELICHE,Mohammed Dib, L’homme épris de lumière, 2012. Claude Herzfeld, Stendhal, La Chartreuse de Parme. Héroïsme et intimité, 2012. Titaua Porcher-Wiart,Pierre Jean Jouve, Mystère et sens dans l’œuvre romanesque,2012. Georice Berthin MADEBE, Sylvère MBONDOBARI, Steeve Robert RENOMBO,Les chemins de la critique africaine, Actes du colloque international de Libreville, 2012. N’guettia Martin KOUADIO,Poétique africaine, rythme et oralité, L’exemple de la poésie ivoirienne, 2012. Nassurdine Ali MHOUMADI,Littérature comorienne, Mohamed Toihiri : fiction d’un témoignage et témoignage d’une fiction, 2012. Adama COULIBALY, Philip Amangoua ATCHA, Roger TRO DEHO,Le postmodernisme dans le roman africain. Formes, enjeux et perspectives, 2012. Denise BRAHIMI,Quelques idées reçues sur Maupassant, 2012.
Mamadou KALIDOU BA Nouvelles tendances du roman africain francophone contemporain (1990-2010) De la narration de la violence à la violence narrative
© L'Harmattan, 2012 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Parishttp://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-99365-5 EAN : 9782296993655
Sommaire
Introduction ................................................................................7 PREMIERE PARTIE REALISME ET IDEOLOGIE PANAFRICANISTE ...............11 CHAPITREIRéalisme du roman africain......................................................13 CHAPITREIIDu panafricanisme au nationalisme africain ............................35 DEUXIEME PARTIE COHABITATIONS CONFLICTUELLES ET VIOLENCES ......................................................................63 CHAPITREICohabitations conflictuelles .....................................................65 CHAPITREIIFormes de la violence ...............................................................93 TROISIEME PARTIE DE LA NARRATION DE LA VIOLENCE A LA VIOLENCE NARRATIVE ..........................................119 CHAPITREIFormes de narration ................................................................121 CHAPITREIIViolence de la narration..........................................................149 Conclusion..............................................................................197 Références bibliographiques ..................................................201
Introduction
Le genre romanesque africain francophone, à l’instar de toute la littérature africaine francophone, a été largement influencé par le contexte historique qui l’a vu naître. La colonisation française qui s’étendait du Maghreb à l’Afrique centrale se traduisait, pour les peuples africains, par des conditions d’existence telles que les premières expressions d’indignation sont venues des membres de l’administration coloniale ellemême. René Maran choisit alors de dénoncer les abus du colonialisme (appauvrissement, esclavage, voire déni d’humanité) qui étaient aux antipodes de la mission civilisatrice au nom de laquelle l’Afrique fut soumise à une domination implacable.Batouala, puisqu’il s’agit de cette œuvre parue en 1921, fit l’effet d’une bombe : non seulement il mettait pour la première fois des Nègres en personnages, mais aussi parce que la condamnation des « errements » du colonialisme y était sans appel. Les élites africaines s’engouffrèrent dans cette brèche, s’insurgeant intellectuellement contre la situation de sous homme que leur réservait le système colonial. Mouvement de contestation qui atteindra son apogée avec la négritude dont le trio A. Césaire, L. S. Senghor et L. G. Damas ont été les principaux poètes animateurs… C’est seulement dans les années 1950 que l’on assistera à une véritable renaissance du genre romanesque qui conservera et même amplifiera la dynamique de contestation du fait colonial déjà impulsée par la poésie. De Camara Laye (L’Enfant 1 2 noir) à Mongo Béti (Ville cruelle), tous ont implicitement ou 1 Camara Laye,L’Enfant noir, Paris, Plon, 1953.
explicitement souligné le mensonge historique dit de la « table rase » au nom duquel les peuples africains furent envahis par 3 l’Occident . Ces publications se poursuivront d’ailleurs jusqu’en 1963 toujours plus diverses et nombreuses. Mais l’accession à la souveraineté internationale de la majorité des pays africains en 1960 présentera un contexte nouveau. En effet, les indépendances jusquelà attendues avec espoir s’avéreront une véritable illusion. Le bonheur espéré n’est pas au rendezvous et les Africains redécouvrent la misère et l’oppression qui, cette fois, ne sont pas l’œuvre de l’étranger, mais bien celle de leurs propres enfants. Aussi, le silence qui commençait à s’installer chez les écrivains – sans doute n’avaientils rien à dire après l’accession à l’indépendance – s’estompa brusquement par les publications deDevoir de 4 violenceYambo Ouologuem en 1966 et surtout de de Les 5 Soleils des indépendancesd’Ahmadou Kourouma en 1968. Ces deux écrivains ont en commun cette volonté de s’extraire de la langue de bois et des sentiers battus : le premier prend le contrepied de l’acquis de l’heure selon lequel l’Afrique précoloniale était un îlot de bonheur que l’intrusion occidentale a détruit (il la montre minée par la violence) et le second s’attaque à ces indépendances qui n’ont apporté qu’une misère plus grande et la clochardisation des masses laborieuses à l’image de son héros Fama. A partir de 1970, on assiste à une avalanche de publications romanesques qui, tout en proposant une écriture renouvelée, 2 Eza Boto [Mongo Béti],Ville cruelle, Paris, Présence Africaine, 1954. 3  Nous citons ces deux auteurs parce qu’ils ont été à l’origine de ce débat historique qui a opposé deux camps : les tenants d’une ligne radicale incarnée par Mongo Béti qui voulait qu’au moment où l’Afrique fut sous domination étrangère, toute expression littéraire se prononçât clairement contre la colonisation, alors que les modérés, dont Senghor, pensaient que dépeindre les us et coutumes authentiques de l’Afrique précoloniale était déjà en soit un contre argument de la théorie de la « table rase » et donc une forme de contestation. Et que de toutes les façons, l’artiste africain ne devait pas être prisonnier d’une forme d’expression. 4 Yambo Ouologuem,Devoir de violence, Paris, Seuil, 1968 5 A. Kourouma,Les Soleils des indépendances[1968 au Canada], Paris, Seuil, 1970.
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dénoncent avec une mordante ironie ces nouveaux dirigeants africains mégalomanes, obsédés par le pouvoir et surtout très 6 loin des préoccupations élémentaires de leurs peuples . La valeur littéraire de ces œuvres n’égale que l’enthousiasme de la critique qui les accueillit. Locha Mateso saluait l’avènement du 7 « Nouveau roman africain » , pendant que Séwanou Dabla les 8 baptisait « Nouvelles écritures africaines » ou encore « litté rature de la métamorphose ». Dans ces œuvres, le dictateur recourait déjà à une exacerbation des identités ethniques pour consolider et maintenir son pouvoir contre vents et marées. 9 Bwakamabé Na sakkadé, le tyran deLe Pleurerrired’Henri Lopes s’appuyait sur sa tribu « Djabotama », la rébellion qui 10 combattait le régime du « ministre » dansLe bel immondede VY Mudimbé n’avait d’autre choix que de mobiliser le clan 11 « M’phumu » alors que dansToiles d’Araignées d’Ibrahima Ly, le « Béléya » était dirigé par un pouvoir de type clanique… Dans le roman postcolonial, le problème de la cohabitation conflictuelle apparaissait déjà en filigrane, et parfois de manière visible. Mais il va falloir attendre le début des années 1990 pour qu’il s’impose comme l’un des sujets principaux, si ce n’est le sujet principal du roman africain. Cette nouvelle préoccupation s’explique certainement par l’éclatement presque partout en Afrique de foyers de tension à caractère ethnique, tribal ou racial dont les conséquences mettront en danger l’existence même des Etats africains. La guerre des Grands Lacs (Congo Brazza, Kinshasa, Rwanda, Burundi), celle du Libéria, de la Sierra Léone et du Nigéria, les conflits en Guinée, au Sénégal et en Mauritanie, pour ne citer que ces exemples, ont incité les romanciers africains à appréhender la cohabitation conflictuelle
6  Voir notre publication précédente :Le Roman africain francophone post colonial, radioscopie de la dictature à travers une narration hybride, Pars, L’Harmattan, 2009, 252p. 7  Locha Mateso,Dix ans de littératures, Notre Librairie, N°103, Octobre décembre 1990, p. 82. 8 S. Dabla,Nouvelles écritures africaines, Paris, L’Harmattan, 1986. 9 H Lopes,Le Pleurerrire, Paris, Présence Africaine, 1982. 10 VY Mudimbé,Le Bel immonde, Paris Présence Africaine, 1976. 11 I Ly,Toiles d’Araignées, Paris, L’Harmattan, 1982.
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