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Nova Genesis Khera 1

De
334 pages

Au sein du cosmos, les Aa se décident enfin à parler. Vizar, l’Observateur, se réveille sur une lune déserte, la mémoire altérée. Les Eschkaloniens plongent dans le Chaos. La Guerre des Anciens Dieux pour la domination du Multiverse fait rage. Les Aa interviennent. Le Destin d’une Planète est en jeu...


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175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

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www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-334-17895-2

 

© Edilivre, 2016

 

Nova Genesis Khera 1

De partout, les vaisseaux spatiaux étaient venus. Ils avaient porté en eux des milliards d’individus provenant de divers mondes. Et leurs vitesses avaient transcendé les limites des Dimensions.

Les pilotes avaient la fièvre. Ils s’activaient plus que d’accoutumée sur les terminaux ; leurs gestes étaient plus ponctuels, plus sensés et plus coordonnés. L’esprit de tout(e)-un(e)-chacun(e) était focalisé sur l’évènement sans pareil qui allait se produire. On sentait, dans chaque communauté humaine et non-humaine qui se dirigeait droit sur l’OBJECTIF, une même vibration, une seule volonté. Tous avaient attendu avec impatience que ce Temps fût venu.

Les Ambassadeurs, à l’instar de leurs subordonnés, ne tenaient guère en place. Ils ne pouvaient donc donner l’exemple de la sérénité, ni du calme. Et c’était bien naturel. Car, qui pourrait se contenir devant une telle finalité ? Qui pourrait maîtriser les émotions, les tensions que Seule la Connaissance était en mesure de balayer ? Qui ?

Les placides Hüssnnss, dont l’apparence flasque de pieuvre était parcourue d’un réseau de nerfs impressionnant et sensible à toute émission cérébrale ?

Les Iz, dont les grandes ailes frémissantes de papillon faisaient palpiter le cœur de leurs corps bien humains ?

Les Doull’Padd, qui avaient besoin de liquide pour faire vivre leurs formes d’algues mouvantes et qui nécessitaient maints chocs électrostatiques pour penser ?

Que nenni.

Il était vain de penser qu’une seule race multiverselle eût pu endiguer les flots de ce besoin irrépressible de connaître. C’était impossible. Pas devant CA. Enfin, après LEUR Découverte et Celle de LEUR Histoire, après tant de dures et âpres négociations, après tant de pressions subies, tant de patience et d’espoir, C’était arrivé.

Les Aa, enfin, se décidaient à parler.

Et cette nouvelle se répandit au-travers du Multiverse Connu tel un virus incurable. Ce virus mobilisa toutes les ressources de tous les mondes. Et chacun de ces mondes dépêcha un corps représentatif, obéissant aux Conventions établies par les Concepteurs. Ces Derniers avaient fini par prendre en mains les Rênes de la Destinée générale du Multiverse. Et, tout en laissant le libre-choix aux Mondes, distribuèrent les Livres des Règles.

Mais les fiers héros du Multiverse, ce n’avaient pas été les Concepteurs. C’avaient été les Aa. Il était donc juste de leur rendre hommage et normal de se sentir redevables de leurs actions passées. Et quelle meilleure marque de gratitude pouvait-on bien leur donner ? Si ce n’était que de les pousser à acquérir ce qu’Ils méritaient, de les supporter dans la résolution qu’Ils avaient prise de porter la Voix aux Mondes ? Si ce n’était que de les combler d’aise et de satisfaction en faisant preuve d’attention pour leur humble condition ; même si cette condition avait été cruciale pour le Multiverse entier ?

Il fallait les écouter ; et leur rendre justice. Eux qui secrètement s’étaient confrontés à la pire des Calamités ; Eux qui, dans l’ombre, avec leur Savoir qu’Ils ne pouvaient communiquer à quiconque (parce qu’insoutenable), voulaient triompher ; Eux, disait-on partout, qui s’étaient presque sacrifiés pour que vivent les Quintilliards et les Quintilliards d’Individualités Psychénergétiques.

Les milliards et les milliards de vaisseaux avaient alors convergé, dans ce même état d’esprit quasi mystique/pré-religieux, vers la plus volumineuse des Planètes du Multiverse.

KAD’LL.

Bijou parmi les Bijoux. Merveilles d’entre les Merveilles. Beauté d’entre les Beautés. Créée spécialement pour réunir sans gène aucune toutes les conditions de vie multiverselles.

Elle occupe à elle seule le Vecteur Dimensionnel :

10442ogum-9,44oméga-0,41

Elle a la taille d’une Galaxie de niveau 76 sur l’échelle d’évolution des Aa ; la dite échelle se terminant à 99. Son volume spatial, exorbitant est-il, est d’environ 3,1 quadrillards au cube. C’est la seule Géante sans soleil qui possède son atmosphère et qui s’adapte localement à chaque élément de forme de vie. Sa luminosité est produite en surface par le reflet des innombrables groupes moléculaires d’Exa-Galaxies qui l’entourent et d’une émission (encore non-répertoriée) interne de lumière.

KAD’LL est LA Planète par excellence. Elle EST. KAD’LL VIT.

Or donc, tout autour d’elle, de toutes les directions, vint une indénombrable masse de vaisseaux, tous les uns différents des autres.

L’on aurait pu construire et aménager un immense hémicycle destiné à CE-QUI-ALLAIT-ARRIVER. Mais l’on décela très tôt les désavantages d’une telle entreprise. L’on érigea donc une immense Arène capable d’accueillir les milliards d’Ambassadeurs et leurs subordonnés.

Chacun se munit de son propre moyen de communication et s’installa, telles les entités pédestres, sur les gradins adaptés ; ou s’éleva dans les airs, comme chaque être volant ou déplaçant savait le faire ; ou bien encore s’enfonça dans les cavités sous-marines, à l’instar des individus aquatiques ou amphibies.

La matière de KAD’LL opérait une légère transformation dans sa composition et chacun se retrouvait doté de son environnement naturel, sans pour autant que cela ennuyât les autres. Si bien que parfois l’on remarquait une poche d’eau à proximité d’une sphère de feu ; ou bien jouxtant un globe venteux ; et bien d’autres choses encore.

Ce qui n’empêchait personne d’échanger avec son voisin les commentaires normaux de gens sensées ayant coutume de participer à des conférences.

C’était un brouhaha indéchiffrable pour qui n’avait pas d’instruments trans-communicateurs. On entendait comme des jurons, des borgorygmes, des grognements, des cliquetis, des vibrations, des cris, des froissements, des tintements, des… (oui !) des rôts. On se pâmait allègrement ; on se refilait de grandes baffes amicales (pour autant qu’on le pût !). Bref, c’était là l’humeur d’une conférence normale.

Néanmoins, l’ambiance était réellement supérieure à tout ce qu’on pouvait espérer d’une conférence normale. Car, bien que les sentiments fussent « bon-enfant », tous étaient tendus. Et, chacun, à un moment donné, jetait un regard anxieux vers l’Estrade au centre de l’Arène.

C’était si dur à supporter qu’un Dolphin, d’ordinaire très calme, déclara dans son trans-communicateur :

– Mais qu’est-ce qu’ils fichent, ces Swizz ! (Juron intraduisible pour le moment !) d’Aa ! »

Ce qui tordit de rire ce qui avait l’air d’un long bambou polypode.

Tout à coup, une lueur intense illumina l’Estrade. Et, quand elle eut disparu, l’on vit deux êtres de formes humanoïdes poser des objets.

L’un d’eux était un homme élancé et robuste aux cheveux flamboyants. Il était torse nu, avait un short moulant de couleur chair et de fines bottines de la même teinte lui montaient jusqu’à mi-mollet.

Le second était chauve et sa taille était à peu près identique à celle du premier. Une toge verte le recouvrait entièrement. Il avait à chaque doigt des anneaux de textures dissemblables mais de même épaisseur et de diamètre similaire ; ses pieds ne touchaient pas le sol.

Et leurs auras, parcourues de multiples tons chauds, s’interpénétraient.

Il y eut un instant de flottement durant lequel chacun passa par les stades de l’indécision inhérents à sa propre race. Et puis…

Ce fut l’explosion vocale !

Tous les traducteurs, alignés sur le Langage Multiversel, émirent une éruption de – Aaaahhh ! » de joie, de gratitude et de congratulation. Chaque – Aaah ! » pris à part ne signifiait rien. Mais, réunis en une masse de milliards de voix, C’était UNE Ovation comme on n’en avait jamais ouïe. Et chacun applaudissait à sa manière, laissant échapper une « larme » de contentement ou « souriant » de toutes ses dents.

Ce fut le triomphe pour les deux premiers représentants des Aa.

Puis, celui qui s’appelait VIZAR éleva une main fermée, très dignement. Il l’ouvrit et une fine poussière argentée chut sur l’Estrade. Aussitôt, une vibration chargée de Sur-Ondes envahit l’Arène. Chacun sut alors que le moment était venu de se taire.

Tous ceux qui étaient restés dans les vaisseaux pour enregistrer CE-QUI-ALLAIT-ARRIVER se concentrèrent de plus belle sur leur travail.

C’est alors que débuta la Conférence.

L’athlète roux parla :

– Je suis un Aa, un Contrôleur. Mon nom est TARKIAN et, si je voulais prendre une apparence afin de remplir un Plan dans les Plans, vous me verriez sous les traits d’un coureur roux, élégant dans sa simplicité, dont la musculature serait honnête et harmonieuse ; ce qui constitue la dernière apparence existentielle que j’ai employé. Et ce qui est, présentement.

« Mais ce que vous remarqueriez le plus, dans cette apparence, c’est le feu qui semble entièrement la recouvrir. Pourtant, cette radiance ne brûle pas, ne fait pas mal aux yeux et n’influence pas réellement les centres réceptifs de chaque Individualité à proximité. Cette modulation d’énergie, par ses mouvements, ne dépasse pas l’unité métrique (prise arbitrairement comme unité de mesure basique) au-delà de la masse corporelle ; de manière inconsciente, bien entendu. Toutefois, si on le désire, on peut utiliser cette aura à son gré ; mais il va de soi qu’il faut accomplir cela de façon cohérente et volontaire. C’est ainsi depuis toujours.

« Sachez que, par nos qualités et les paramètres de notre logique de pensée, nous sommes devenus en quelque sorte les Gardiens du Multiverse connu. Nous avons la charge de prévenir bien des destructions et de ré-équilibrer bien des chaos. »

Tarkian se tut un instant afin que chacun prenne conscience de l’importance de ses mots ; puis, reprit :

– Il existe, d’après nos recensements, mille huit cents Quadrillards d’Univers et environ trois cent seize fois autant de Dimensions.

« Les Univers et les Dimensions interagissent les uns par les autres, ou les uns dans les autres ; et inversement. Et certains de ces Univers, de par l’importance de leur existence, possèdent le Nœud Dimensionnel Protecteur. Tout simplement parce qu’un Univers n’est jamais, à proprement parler, séparé des autres. Par le phénomène des Dimensions (et à cause de leurs routes spatio-temporelles) et sachant que chaque Univers ne peut vibrer de la même manière que ses « congénères », il arrive (et je prends l’exemple du Vecteur 149um-1,15kappa) que quatre cent vingt-cinq Univers s’entrecroisent.

« Or, tous ces Univers, toutes ces Dimensions (tout le Multiverse, s’entend !) ont été créés chacun et chacune dans l’Espace d’un mouvement de Temps Sidéral. Depuis toujours, le Multiverse crée, oblitère, améliore, régénère des Univers et des Dimensions. Et cela sans fin. Le Multiverse a toujours existé et il continuera à toujours exister.

« Le Multiverse a connu de longues et d’immenses périodes de Chaos ponctuées d’accalmies avant de devenir ce qu’il est. L’Energie-Pensée qui baigne toutes les Dimensions est inépuisable et crée toujours. CELA, vous tous l’appelez, de différentes manières : DIEU. Nous, les Aa, qui comprenons en partie CELA, préférons en parler sous le nom de PUISSANT ou bien LA SOURCE. Le PUISSANT a donc toujours été et nous, les entités individuelles qui vivons et pensons, sommes Ses Créations.

« Et c’est à cause d’un Concepteur que commença le plus impressionnant des Combats que des entités de tous niveaux se livrèrent dans l’Espace et dans le Temps. Un Concepteur, dans sa folie, sema le vent du Désastre et le feu du Chaos dans tout le Multiverse. Ce fut la démence, l’horreur et l’épouvante. Ce fut la négation de tout ce qui était vrai et bon. Un Concepteur avait fait cela ! Ce fut alors la mobilisation de tous les Aa. Il fallait assaillir pour défendre. L’Union était nécessaire pour maintenir la cohésion du Multiverse.

« Car Il était là, Lui, le Chaos absolu ! Et les Nœuds des Dimensions étaient en péril. »

Plusieurs membres de l’auditoire échangèrent quelques commentaires, murmurant quelquechose comme : – On a dû y échapper belle ! »

D’autres préférèrent ne rien dire.

Tarkian poursuivit :

– Notre première action fut de nous allier à Eon, le Grand Ainé des Concepteurs. Ensuite, commença la longue Guerre des Aa. Elle était pressante, obsédante, poignante, affreuse. Et surtout instructive.

« Laissez-nous vous conter ce que nous dûmes accomplir ensemble, Aa et Concepteurs. Laissez-nous vous entraîner, selon une certaine logique des récits, le long des trames dimensionnelles. Laissez-nous vous montrer nos erreurs et nos efforts.

« NOVA GENESIS est le Plan qui nous coûta le plus ; car il était d’une extrême complexité et d’une gravité quelque peu déroutante. La Phase 1 de ce Plan faillit bien ne pas aboutir. Or, ce Plan interagit avec deux autres Plans. Tout simplement parce que les Planètes concernées par ces Plans sont (et/ou ont été) sur le chemin de celui qui est re-devenu un des nôtres. J’ai nommé Vizar, qui fut (et demeure) l’Observateur Multiversel par excellence.

« Vizar est un de ceux qui firent l’expérience de la rudesse de ce fait conséquentiel appelé : GUERRE. Il eut à y être exposé trois fois majeures. Il en tira un extrême savoir dont nous profitâmes par la suite. Or, à cet instant où il fit l’expérience de la Guerre à tous les niveaux, Vizar ne se re-connaissait pas encore.

« Il était l’unique survivant d’une race éteinte par le Concepteur Fou, celui que tous connaissent sous la dénomination de Radion-Sans-Honneur. La mémoire de Vizar, donc, n’était pas homogène et, pour la lui faire recouvrer, nous dûmes avoir recours à un stratagème qui entrait dans son Plan ; nous lui fîmes reprendre la route de TITAN d’une manière progressive et logique. Et le seul vaisseau qui restait de la technologie des Titans était la meilleure protection qu’on pouvait lui assurer… »

Un geste attira l’attention de Tarkian. Un geste discret, mais néanmoins significatif. Celui de Vizar ; qui lui signifiait par-là que son introduction commençait à être un petit peu trop longue. Tarkian lui répondit par un signe d’attente ; il était nécessaire de donner des explications au début. Car un début, ça n’était pas facile. Tarkian poursuivit donc sur sa lancée.

– Mais Vizar vous racontera tout cela en détail. sachez qu’il a pleinement participé au Plan Nova Genesis, en partie au Plan CHEVALLIER (qui fut une semi-victoire) et au Plan ACRODESTA (qui fut une réussite exemplaire et réconfortante). Ce fut d’ailleurs le Plan Acrodesta qui nous amena à découvrir une foison d’alternatives et de choix possibles et probables afin de contrer le Chaos.

« Mais ne nous écartons pas de l’esprit de cette Première Conférence. Nous allons parler de la Phase 1 du Plan Nova Genesis. Cette Phase se décompose en deux parties qui semblent distinctes l’une de l’autre. Néanmoins, même si la seconde partie, que nous nommerons : Phase 1 bis, s’étale plus avant dans l’A-venir, il existe beaucoup de points de liaison entre les deux. Je vous invite donc à ne pas considérer 1 bis comme une complémentarité ; mais bien plutôt comme un éclaircissement et une certaine continuité. Bien entendu, puisque chaque partie est d’une longueur appréciable, il va de soi que nous vous proposerons un entr’acte nécessaire.

« Naturellement, Vizar et moi-même avons été choisis parmi les Aa du fait que nous étions totalement engagés dans la réalisation de ce Plan. Aussi, je laisserai le soin à mon frère et ami de relater le Chaos du Début. Bien sûr, j’aurai à intervenir au moment de l’Histoire où j’ai pu agir. Aussi, ne nous tenez pas rigueur de ce que nous pratiquassions l’alternance.

« Et maintenant, amis auditeurs, amies auditrices, peuples du Multiverse, je cède la parole à mon collègue et ami : Vizar. »

Le dit Vizar d’en grimacer à l’attention de son collègue, lui disant de cette façon : – C’est pas trop tôt ! » Lequel collègue laissa un sourire en coin.

Le tonnerre d’applaudissements et d’acclamations qui s’ensuivit fut aussi tonitruant que le précédent.

Dans un des vaisseaux en orbite, un de ceux qui représentaient la race humaine bipédique terrienne, un jeune homme aux lunettes sombres, aux cheveux chatains courts et dont le visage suggérait une force de caractère et une flamme intérieure, ce jeune enquêteur, donc, n’en perdait pas une miette.

Il devait d’ailleurs faire attention au moindre détail de cette Conférence. Il avait pour mission de rédiger un rapport complet et objectif ; rapport qu’il devait remettre au plus tôt au Conseil. Qui prendrait les mesures nécessaires. L’enquêteur suait donc à la tâche, penché sur ses terminaux.

Et DIVER DENKINS, élément solitaire dans son vaisseau perdu au sein de cette multitude d’astronefs incomparables, connaissait assez bien Vizar (de réputation !) pour savoir que ce que celui-ci allait dire risquait fort de faire un tabac.

Vizar prit donc la parole, après avoir, comme tout à l’heure, apaisé la foule.

– Grand merci, ami fraternel… Le but de cette Conférence est de démontrer la futilité de l’esprit de la Guerre d’Attaque. Il est nécessaire, afin de bien commencer une Œuvre de longue haleine, de s’imposer un programme de logique pensée définie. Aussi, nous débuterons, parce que nous ne pouvons pas faire autrement, par mon intrusion au sein des Dimensions.

« Au fur et à mesure du récit de la Phase qui nous intéresse, beaucoup d’entre-vous aimeront à poser des questions. Qu’elles soient concises et sensées, cela est important. Nous nous efforcerons d’y répondre avec le maximum de soin et de clarté. »

Vizar baissa sa tête dénudée, s’aidant par-là à mettre de l’ordre dans l’enchainement de ses pensées. Le calme était prenant. Une Iz frémissante en profita pour poser une question :

– Vizar ! Veuillez m’excuser si je vous interromps ; mais mes confrères et mes consœurs se demandent quand et comment vous avez pris conscience de votre existence et de votre situation unique dans le Multiverse. Pourriez-vous préciser ce fait ? »

Celui qui fut (et est encore !) l’Observateur Multiversel releva la tête ; ses yeux semblaient exprimer un certain ressentiment. Pourtant, ce fut d’une voix détachée et contenue qu’il déclara :

– Le jour où je compris que j’étais du seul type racial appelé Ohm fut pour moi comme un éclair d’orage unique qui s’abat soudainement sur un arbre par temps clair. Ce moment-là arriva alors que je m’éloignais du Système où j’étais « né ». LE Système qui m’aurait rendu la mémoire et mes véritables fonctions.

« Dès mon entrée en Historia, que je décrirai tout à l’heure, je me mis à tenir ce que je nommai : mon Journal de Bord Multiversel ; que je préfère conserver à part, étant de nature privée et pouvant nuire au bon fonctionnement des Conférences. Lorsque vint le moment où se produisit LA Découverte Fondamentale, je me plongeai avidement dans mes premiers enregistrements.

« J’appris alors que j’étais seul et isolé. Et que l’existence que je menais dès lors était virtuellement unique. J’étais le seul à sillonner l’Espace et le Temps comme je le faisais. Et je le crus pendant longtemps. Jusqu’à ce que je rencontre SE-REYNA. Mais cela, vous le verrez plus tard.

« Ainsi s’abattit sur moi l’éclair de la compréhension. Je sus que, des Ohm, j’étais l’unique survivant mâle. Je savais que j’avais été généré par les Titans et que les Titans avaient disparu. J’étais bien leur fils, en un sens, et je savais où était passée ma famille. Mais cela aussi, vous le verrez plus tard.

« Ce que je sais est que ce fut Tarkian qui avait agi sur un niveau de ma conscience. Ce niveau-là, déjà, avait dans l’idée de recouvrer le niveau de mémoire ensommeillé. Cette idée était si ancrée en moi que Tarkian ne fit que de la libérer. Cela me persuada de tourner bride et de repartir dans la direction d’où j’étais venu. Ce qui, par la suite, me fit rencontrer ceux que l’on nomme : les Anciens Dieux. C’est grâce à cette impulsion intellectuelle que j’entrai de pleins pieds dans la Phase 1 du Plan Nova Genesis.

« Chose à laquelle nous revenons, à présent. Veuillez, tous, je vous prie, consulter les dispositifs de vos trans-communicateurs. Nous allons entamer la Première Conférence. »

Une main de Vizar se saisit d’une boite cubique.

Et la pressa fortement.

Aussitôt, la clarté de l’Arène diminua d’intensité et tous les trans-communicateurs s’activèrent. Et chacun de se pencher sur l’élément visuel de l’appareil. Les premières images défilaient à peine que le commentateur caché prononçait ses premiers mots :

– Les images que vous voyez, les sons que vous entendez ne sont pas fictifs. Il s’agit de faits enregistrés, dont la fidélité est approchante des 96 %. Nous allons maintenant aborder la Phase 1 du Plan Nova Genesis… »

Stade primaire
Les INPASER

Le sable.

Il s’était accumulé à perte de vue sur l’horizon et sur la surface du satellite naturel. Et cette poudre dorée ne bougeait pas. Il y avait très peu de rides, pas une seule vague. Pas de dunes non plus. L’horizon était désespérément et uniformément plat.

Néanmoins, sous le sable, sous cette épaisse couche scintillante, il y avait de la vie. Et cette vie, qui s’était secouée d’un long sommeil, se débattait pour naître. La face interne de la vitre sombre de la capsule était copieusement martelée. ON voulait sortir. ON n’aimait pas être enfermé. ON était paniqué d’avoir du noir tout autour de soi. ON ne pouvait pas supporter. ON se tordit, se contorsionna ; ce qui enfonça un peu plus la capsule. ON fut terrrorisé. Et les mains de ON se mirent à palper les parois lisses, dures et froides à vitesse grand V.

C’est alors qu’un doigt effleura une touche invisible.

Aussitôt, il y eut un bruit assourdi, peu reconnaissable, et une secousse. Cela projeta la paroi vitrifiée dans l’espace, entraînant dans le même temps une masse considérable de sable. L’énorme nuage poussiéreux s’éparpilla sur des dizaines de mètres à la ronde et la plaque de verre poursuivit sa trajectoire. Jusqu’à ce qu’elle rencontre un obstacle ; qui la détourna en bougeant. Quelquechose comme un long bras métallique bleu avait pivoté, s’était déployé et avait frappé la plaque.

Et tout ceci (l’explosion libératrice, l’éparpillement du sable et l’éjection de la vitre oblongue) avait été accompli dans un mouvement de ralenti saisissant. Ce qui fit que la plaque ne fut pas brisée, qu’elle tournoya sur elle-même et qu’elle s’enfonça sur un quart de sa longueur et selon un angle oblique dans le sable immobile. Le sable éjecté, quant à lui, continuait de retomber lentement, comme une neige fine ; sans pour cela revenir à son point d’origine.

Et tout ceci donc, l’homme chauve, qui s’était dressé sur ses jambes, l’air ahuri, le contemplait.

Quelquechose n’allait pas dans ce spectacle ; instinctivement, il sentait que ce n’était pas ainsi que cela aurait dû se passer. Non, pas du tout. L’homme était tout nu, dépourvu de toute pilosité. Et ça, d’emblée, il sut que c’était très gênant. Et il n’y avait rien dans la boite d’où il était sorti pour se couvrir.

Très très gênante situation !

Il se tourna dans toutes les directions pour voir si personne n’était là, à le regarder. Il ne vit rien d’autre, sur cette nappe brillante, que de grandes plaques translucides et brillantes, dressées verticalement et entourant un enchevêtrement métallique de couleur bleutée. Oui, c’était bleu, il n’y avait pas à tortiller.

Il se trouvait, à la base de ce désordre de longs cylindres pivotants, un appareil de facture ancienne et de forme parallélépipédique. Sur les extrémités de certains de ces tubes, on voyait des réceptacles où gisait une matière que ne connaissait pas l’étranger.

Ce qui l’intrigua bougrement et lui fit se poser sa première question :

(Qu’est-ce que c’est ? A quoi cela sert-il ?)

Pour le savoir, il marcha vers la chose.

Aussitôt, un œil électronique se pointa sur la silhouette musculeuse qui approchait silencieusement et une foison de circuits analysa les composantes chimiques de l’individu. La chose reconnut là que c’était bien ce qu’elle attendait depuis longtemps. Immédiatement, elle mit en branle les programmations pour lesquelles elle était conçue.

L’étranger arrêta sa progression devant une plaque. Cette dernière s’effaça, coulissant dans les rainures qui s’enfonçaient dans le sol. Les deux mains de l’homme à peau rose se portèrent à ses yeux ; ce qui venait de se produire lui était familier, mais cela lui faisait un choc à encaisser. Parce qu’il le voyait pour la première fois. Dès qu’il eut maîtrisé les vibrations perturbatrices qui parcouraient ses réseaux et centres cybernéto-neurologiques, l’étranger ôta les mains de son visage. Et là, eut encore un choc.

La matière inconnue s’était trans-formée en habits et autres effets.

(Comment ?! Quoi, quoi ! Mais c’est impossible !)

La stupeur passée, il avança les doigts vers quelquechose de petit et de vert clair. Il le prit et le déplia. Un… slip vert clair à sa taille. Ce qui le fit pouffer. Il l’essaya et…

(Ma foi,…) pensa-t-il, en se regardant sous toutes les coutures et sur une surface réfléchissante. (ça me va bien. Et le reflet que j’ai de moi, ici… ?)

Il admettait que l’individu qu’il regardait dans la glace, hé bien, c’était lui. Et il se trouvait, hé-bien-hé-bien, beau. Aah si-si ! Tout content et ravi de ce que le Puissant l’eût doté d’un corps si parfait, il fut durant un certain temps à gonfler son thorax, à faire jouer ses pectoraux, à travailler ses abdominaux ; bref, à se sentir bien dans sa peau d’homme. Qu’il faisait bon vivre ! C’était là ce qu’il se disait. Il cessa de s’amuser et enfila les sandales qui, comble de la perfection, épousaient correctement la voûte plantaire de ses pieds. Ses poignets se ceignirent des bracelets découverts au fond d’un second réceptacle. Enfin, il se couvrit d’une longue toge verte.

Déjà, cela allait beaucoup mieux !

Il s’en retourna vers la capsule. Et il la regarda at-ten-ti-ve-ment. Il désirait se souvenir de ce qu’il faisait là. Et bien d’autres choses, d’ailleurs. Il était Vizar, ça, il le savait. Il savait même qu’il était un Observateur Multiversel ; qu’un certain Puissant, non, pas un certain, LE PUISSANT lui avait demandé de faire quelquechose. Oui, mais quel était ce quelquechose ? Il était aussi question de non-ingérance dans… et quoi donc, par-dessus le marché ! Cela le mit en colère ; parce qu’il se disait qu’après tout, il se fichait pas mal de savoir comment cela lui était venu en tête et qu’il n’en avait plus rien à faire de, de ce machin tout sombre, et puis, et puis au-revoir, à la fin !

– Mais pourquoi suis-je ici ? » dit-il, en secouant la tête et croisant les bras.

C’est en faisant cela qu’il constata que sa voix avait quelquechose d’assourdi, en écoutant bien, et que la portance des sons, qu’il avait pourtant estimé assez forte, n’était pas allée bien loin. Pour lui, cela semblait logique, mais pas tout à fait naturel. Pour l’instant, c’était incompréhensible, mais peut-être qu’en marchant un peu le raisonnement allait être facilité.

Comme il s’éloignait de la capsule et de la chose bleue, métallique et froide (et il y allait à grandes enjambées !), plusieurs détails remplirent quelques « trous de mémoire ».