Nullité des censures portées par Mgr Antoine-Joseph-Henri Jourdany, évêque de Fréjus, contre M. Marius-Roch Reynoard, curé de Varages,...

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Impr. administrative (Nice). 1866. Reynoard. In-8° , XVI-191 p..
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Publié le : lundi 1 janvier 1866
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NULLITÉ
DES CENSURES
PORTÉES PAR
MONSEIGNEUR ANTOINE-JOSEPH-HENRI JOURDANY
ËVÊQUEDEFRËJUS
-
■ ;\
,
( 1
; CONTRE
M' MARIUS-ROCH JJgWTOARD, CURÉ DE V ARAGES ( VAR )
NICE,
Imprimerie Administrative* rue du Pont-Neuf, 9.
1866.
■À
TABLE DES MATIÈRES
Avant-propos VII
Nullité des censures portées contre nous par Mr A. J. H. Jordany 1
Livre premier. — Preuves intrinsèques de la nullité des censures 2
Première partie.— Si eam inferens non habeat potestatem suffi-
cientem 3
Deuxième partie. - Si ferat ob causam non legitimam 4
Section première. — De la faute 4
Chapitre premier. — Inobedientiae 7
Article premier .., 7
Article deuxième. — Inobedientiae 14
1° L'amovibilité des curés-desservants n'a pas été en usage avant
1801 y 14
1° l'amovibilité des curés-desserrants n'a pas été créée en 1801,
époque de la réérection des paroisses. 16
Effets du concordat en 1801 17
Suite des effets du concordat en 1801 ., 18
Suite des effets du concordat 19
30 l'amovibilité des curés-desservants n'a pas pu être introduite
par la coutume abusive de changer et de révoquer les des-
servants depuis 1801 20
Demande de l'évêque de Liège pour savoir si on pouvait révoquer
ad libitum les curés-desservants: — Réponse à cette de-
mande exorbitante 22
Sages restrictions mises à la première demande — et réponse 22
Droit commun après 1801 23
IV
Le pape Grégoire XVI BENIGNE ANNUIT de pouvoir changer les
curés desservants, mais à quelles conditions ? 23
I. Juslis de eau sis 23
H. 25
IH. 26
I V • 29
V 29
VI. 30
VI I 31
2* Haud freqqdnter — l. 32
II. 33
3° Non nisi prudenter — 1 33
II. 35
IH. 36
4° Paterne. — I. 38
II. 40
5° Coup-d'œil rétrospectif sur les quatre articles qui précèdent 42
6° Dernier mot sur l'obéissance 44
Article premier. — Du promitto sacerdotus — sa nature — son
étendue - ses restrictions 45
Distinction au sujet du promitto sacerdotus 47
4 F' preuve 47
2me preuve 48
3me preuve 48
4me preuve 49
épreuve 50
6we preuve 64
Article 2me - Du promitto épiscopal - 1 52
II. — Son étendue — sa nature — son obligation , 52
III. — Loi qui dispenserait du promitlo épiscopal 54
IV. - Les articles organiques ne sont pas une loi. 55
V. - Les articles organiques ne peuvent pas être une loi 56
VI. - Les articles organiques eussent ils été une loi vraie dans
le principe, ils devraient cesser de l'être aujourd'hui 57
VU. - Les articles organiques n'étaient pas dans l'esprit du lé-
gislateur ce qu'ils sont dans l'esprit de certains évêques 58
VUI. - C'est à tort qu'on rend le législateur responsable des
mauvais effets des articles organiques. - Il n'était pas
canonisé 59
IX. — Les articles organiques n'imposaient pas aux évêques au-
cune obligation 60
X. - Ils étaient Mre$d'avoir une olBoialUé 61
XI. — Le législateur a expliqué le sens que doivent avoir les ar-
ticles organiques. — Il les a modifiés en ce qui regarde
l'amovibilité 62
XII. — Il voulait les abolir enlicrement 62
y
XIII. - Qui a donné force de loi aux articles organiques ? 63
1re preuve - - - - 64
2®* preuve .•••••• 65
3me preuve 65
XIV. — pourquoi certains évoques ont-ils donné force de loi aux
articles organiques? 67
Article 1 er - § Ier — Il est plus facile de gouverner. — Les af-
faires s'expédient plus vite 67
§ 2rae. — Personne ne se plaint. , 68
§ 3'Pe. ceux qui se plaignent sont des prêtres mécontents -
des prêtres tarés 69
Art 2me.— Affreuses conséquences de l'amovibilité 70
§ 1er.— Pour la papauté 71
§ 2rae. — Pour l'épiscopat 75
§ 3""®. — Pour le clergé de second ordre 77
Il. — Rareté des vocations à l'état ecclésiastique 80
III. — 1° Dangers pour la foi — Dangers présents 81
2° Dangers à venir 81
XV. — Condamnation des articles organiques par l'autorité des
souverains pontifes 83
XVI. Pourquoi les souverains pontifes souffrent-ils les articles or-
ganiques qu'ils condamnent ? 85
Conclusion de cet article. XII 88
Chapitre second. — Rebellionis cum pertinacia. 89
Chapitre troisième. - Injuriœ erga auctoritatem episcopalem 95
Chapitre quatrième.— Violationis censuroe
Section 2me. — De la peine 113
3me partie. - L'intention 116
4me partie.— Si non servato ordine judiciario. 121
Formalités à faire 122
Chapitre premier.— Formalités essentielles. - 1. De la monition - 123
Il. - Nombre de monitions 124
Quelles monitions nous ont été faites 124
Chapitre second. — De la citation 125
Sa nécessité et comment elles doivent être faites ? 126
Nous n'avons jamais été cités 128
Chapitre troisième. — Du jugement 129
I. - II. doit être conforme au droit et secundum allegata et
probata 130
II. - Il faut des juges - un tribunal 130
2° Des formalités accidentelles 133
Chapitre quatrième — De judicio ex informata conscientia I.. 136
II. - Sa dérinition 137
III. - Peut-on avoir recours à cette forme de jugement dans
toutes les occasions ? 137
n
IV. — Quand est-ce qu'un évoque peut porter un jugement ex
informata conscienlia ? 138
V. — Application des principes posés ci-dessus 140
VI. — Pourquoi n'a-t-on pas suivi, dans notre cause, la marche
ordinaire 141
VII. — Le jugement ex informala conscientia peut-il avoir, de
sa nature, les effets qu'on leur attribue en France ? 142
VIII. — La France peut-elle faire exception à la rèo-le ? 144
Deuxième livre. — Des preuves extrinsèques ou des causes qui
excusent des censures 145
Chapitre premier. - De l'ignorance invincible.. 145
Chapitre deuxième. - De sa crainte 147
Chapitre troisième. — De l'impuissance. — Impuissance — 1.. 148
Impuissance. - II. 149
Impuissance. - III. • 150
Chapitre quatrième. — De l'inadvertance 154
Chapitre 5me. — De l'appel i 152
Chapitre 6me. — Du défaut d'intention 153
Chapitre 7me. — Consentement des personnes. 153
Conclusion 157
Épilogue 1a9
Notes à l'appui 164
1.
i.
Monseigneur de Fréjus nous a frappés de ses censures, sans raison
légitime, sans formalité aucune, et nulli dicunt animae meae : non est
salus ipsi ( Ps. III. ).
Pourquoi? « parceque, répond monseigneur l'évêque de Fréjus, le
« droit canon n'est pas reçu en France; parce que les officialités n'ayant
« pas été rétablies avec leurs anciennes attributions, les évêques demeu-
« rent réduits à la jurisdiclion volontaire et nul doute qu'ils ne puissent
« seuls appliquer les peines canoniques et user de tous les moyens que
« l'église met en leur pouvoir. » ( préambule du jugement rendu le 10
juillet 1865. ) Donc, conclue monseigneur l'évêque, je puis tout ce que je
veux, mon plaisir sera ma loi, « et quis eripiet vos de manu mea » (Daniel
chap. 3. v. 15).
En droit, l'indépendance des évêques en France, est donc complète il
n'y a plus de lois positives qui obligent les évêques, plus de décrets de
conciles; sous le vain prétexte d'une parfaite discipline, chaque évêque
peut faire ce qu'il veut et comme il veut dans son diocèse ; chaque évêque
est indépendant de la hiérarchie supérieure, c'est-à-dire des Souverains
Pontifes, et des conciles qui avaient posé des règles formelles pour l'admi-
nistration ecclésiastique ; chaque évêque est Pape et plus que Pape ; car à
Rome toujours on a tenu, et on tient rigoureusement à l'observation des
décrets et des canons des conciles.
Or, ces droits exorbitants pour lesquels l'évêque n'aurait pas de supé-
rieur, de directeur, de règle de conduite, de règles vivantes ou écrites, et
dans lesquels l'évêque serait inamovible, ne sont-ils pas la prétention, et
la pensée épiscopale à l'ordre du jour ? Qui connaît un évêque de France
s'attachant librement à l'observation des canons, s'y astreignant hum-
blement, et croyant que son autorité est limitée ou déterminée par eux ?
où en trouver un seul qui ne se croie tout permis en matière de discipline
diocésaine, et quelquefois, de discipline générale ? ( de Vinamovibilité
canonique, par un vicaire général.)
VIII
Les évêques de France n'auraient donc respué les funestes maximes du
concile de Bâle que pour s'attribuer une puissance, une infaillibilité qu'ils
refusaient jadis à l'église mère et maîtresse de toutes les églises, au pasteur
des pasteurs, pontife suprême de l'église universelle ?
Tous ceux qui ont examiné de près le gouvernement pontifical s'accor-
dent à dire que chaque évêque de France est plus que pape dans son dio-
cèse, et qu'il exerce sur son clergé un pouvoir dont Tusage est interdit
au St-Père par les saints canons. Ainsi par exemple un évêque frappera
ses prêtres de suspense, d'interdit, sans jugement, et le souverain pontife
ne se permettra jamais de lier ou de délier, sans examiner l'affaire, sans
entendre les parties contendantes, sans jugement rendu avec connaissance
de cause, pourquoi ? parceque les lois de l'église le demandent ainsi.
Donc un évêque de nos jours est maître souverain, roi absolu du clergé
inférieur, dictateur dans toute la force du terme. Ordonnances, statuts,
règlements, destitution de presque tous les titulaires du corps à la tête
duquel il est placé, l'évêque peut tout faire et défaire tout créer et tout
casser; il exerce une domination qui n'est tempérée par aucun autre pou-
voir puisqu'il ne reconnaît plus ni chapitre, ni officialité diocésaine, ou
métropolitaine, ni concile de la province, nij concile national. Il est à lui-
même son métropolitain, son patriarche, son pape par rapport au clergé
de son diocèse. (De l'inamovibilité des curés, par un grand vicaire,
page: 34. )
Sur ce, le jugement rendu contre nous, le <0 juillet 1865, par mon-
seigneur Jordany, évêque de Fréjus, juste ou injuste, valide ou iwvalide
est-il irréformable ?
II.
Avant de répondre, posons une question. Ce pouvoir exorbitant d'un
évêque de France d'où vient-il ?
Est-ce de Jésus-Christ, l'auteur et le consommateur de notre foi qui
disait à tous les chrétiens, mais surtout aux évêques : omnis qui crascitur
fratri suo reus erit judicio. si autem peccaverit in te frater tims,
vade et corripe eum, inter te et ipsum solum. Si autem te non audie-
rit, adhibe adhuc unum vel duos, ut in ore duorum vel trium testium
stet omne verbum. Quodsinonaudierit, die ecclesiae. Si autem eccle-
siam nonaudierit, sit tibi sicut ethnicus et publicanus. ( S. mat. cap.
XVIII. v. 45. 16.)
D'après le fils de l'homme, il y a donc des formalités à faire avant de
rejeter un chrétien du sein de l'église, et d'expulser un prêtre des rangs
du sacerdoce, et eussiez-vous reçu, comme les enfants deZébédée, le nom
de Boanerges, c'est-à-dire d'enfant du tonnerre, ( S. Marc. oap. III.
v. 17.) si vous aviez demandé de faire descendre le feu du ciel, de frapper
des foudres de l'église ceux qui ne vous écoutent pas, qui ne veulent pas
vous recevoir, le sauveur vous eutrépondu : « nescitis cujus spiritus estis.»
(S. Jlarcus cap. IX. v. 54. 55.)
IX
Non, non celui qui vous a dit: Sicnt misit me vivens pater., et ego
mittovos non nentendit neque cfamabit, neque audiet quis inpla-
teis voctm ejus : arundinem quassatam non confringet, et ligum fu-
migans non extinguet, donec ejiciat ad victoriam jiulicium. (Si Mat.
rap. XII v. 49. 20./ �
III.
Est-ce Pierre le prince des apôtres, qui a donné à ses frères dans l'a-
postolat et aux évêques, le pouvoir exorbitant de frapper arbitrairement
et sans règles de pauvres prêtres innocents ? mais nous ne saurions le
efoire. Car c'est lui qui disait au contraire, en s'adressant aux évêques
pascite qui in vobis est gregem dei, providentes non coactè, sed spon-
tanèè secundumDeum ; neque turpis lucri gratiâ, sed voluntarié, ne-
que dominantes in cleris-, sed forma facti gregis ex animo. Et cum
apparuerit princeps pastorum percipietis immarcessibilem gloriae
coronam. (1 Petri. cap. V. v. 2. 3. 4. )
Est-ce St-Léon le grand écrivant à Dorus évêque de Bénévent? S'-Gré-
goire, le serviteur des serviteurs de Dieu : « servus servorum Dei ? >
Est-ce le grand pape Piè VI ? mais quand et où ? à quelle occasion ?
Pie VI ne pouvait pas s'élever contre les articles organiques qui n'exis-
taient pas encore, mais voyez avec quelle force apostolique il réprime les
tentatives de l'évêque de Pistoie, et autres, qui, au fond, ne faisaient que
tracer par écrit les maximes que quelques évêques en France ont mis trop
souvent en pratique.
Rici et son synode déclarent « 1° être persuadés que l'évêque a reçu de
- « Jésus-Christ tous les droits nécessaires pour la bonne administration de
« son diocèse. » (Prop. 6 J
Et Pie VI prononce solemnellemenl ( bulle Autorem fidei. ) « Jura
« épisGopis praeter fas attributas. h que « cette proposition est schis-
c matica, ad minus erronea ; comme si, pour la bonne administration -
« de chaque diocèse, des ordres supérieurs n'étaient pas nécessaires dans
« ce qui concerne la foi et les mœurs, soit la discipline générale. Ordres
« qui dépendent des souverains pontifes et des conciles généraux pour
« l'église universelle. »
Ricci « 20 exhorte l'évêque à établir courageusement une constitution
« plus parfaite de la discipline ecclésiastique, et cela nonobstant toutes
« coutumes contraires, exemptions, réserves qui s'opposent au bon ordre
« de son diocèse, à la plus grande gloire de Dieu, et à la plus grande édi-
« fication des fidèles. » ( Prop. 7. )
Et Pie VI. déclare « qu'une telle. proposition conduit au schisme et
< la subversion du régime hiérarchique, quelle est erronée, en ce quelle
« suppose qu'il est permis à nn évêque, en suivant son propre jugement
« et sa seule volonté de faire des statuts et des décrets contre les coutumes
« les exemptions, les réserves, soit celles qui sont établies dans l'église
« universelle, soit même celles qui le sont seulement dans chaque pro-
x
« vince, à moins de permission et intervention de la puissance supérieure
« hiérarchique par laquelle ces coutumes et exemptions ont été introduites
« ou approuvées, et par qui elles ont force de loi. » ■ -
Ricci dit encore qu'il est persuadé « 3° que les droits que l'évèque a r,)çu
« de Jésus:-Christ pour gouverner l'église, ne peuvent être arrêtés, uiem-
« péchés, et que si l'exercice de ces droits avait été interrompu par
« une cause quelconque, l'évêque peut toujours et doit rentrer dans ses -
- « droits originaires, toutes les fois que cela est exigé pour le plus grand
« bien de son église. » (Prop. 8.)
Et Pie VI déclare que cette proposition « conduit au schisme et au
« renversement de la hiérarchie administrative ; quelle est erronée, en
« ce quelle donne à entendre que l'exercice des droits épiscopaux na
« peut-être empêché, ni restreint par aucune puissance supérieure, toutes
« les fois que l'é\êque pensera, d'après son propre jugement, que cela
« est ainsi moins expédient au plus grand bien de son église. »
Jésus-Christ n'a donc pas accordé un pouvoir souverain, absolu aux
évêques, ce pouvoir sans limites ne peut venir ni de l'église, ni des papes.
D'où vient-il donc? du pouvoir civil? la chose ne peut pas être, elle
n'est pas.
Non elle ne peut pas être ; car voici ce que le saint pape pie VI écri-
vait à résèque de Freisingue, relativement à une circulaire de l'empereur
Joseph Il. « C'est pourquoi, dans la supposition que la lettre circulaire
« aurait force de loi, et d'édit obligatoire et coactif, il est hors de doute
« que, provenant d'une puissance laïque, elle ne peut préjudiciel' à lob-
« senance des lois ecclésiastiques, ni servir de prétexte aux catholiques,
« beaucoup moins aux éxcques, pour se soustraire aux obligations qui
« leur sont imposées. Ils devraient, au contraire, à cause de l'harmonie
« qui doit régner entr'eux et nous, comme membres et chef d'un même
« corps, et à cause de la portion de sollicitude pastorale à laquelle ils sont
« appelés, réunir leurs soins, leurs efforts et leur zèle, pour conserver
« intacte et dans son intégrité l'utorité de l'église. » (Bref de Pie VI. 48
octobre 1786.)
Pie VII a tenu le même langage, tous les évêques ont répété la même
chose en 1819, comme en comme en 1817, comme en 1790. El que disait:
Le glorieux Pie IX, en consistoire secret, le 25 septembre 1865 ?
« est-ce que le souverain pouvoir de paître et de diriger le troupeau uni-
« versel que les pontifes romains ont reçu de Jésus-Christ en la personne
« de Pierre peut dépendre du pouvoir civil, et celui-ci peut-il l'arrêter
- « ou le restreindre en quoi que ce soit ? »
Jamais! non, jamais! « les puissances de la terre, disait M. de Boisjelin,
« archevêque d'Aix, peuvent protéger les lois de l'église ; elles peuvent
« leur retirer la protection et la force, elles ne peuvent pas les proscrire.
« L'église n'en a pas moins la même doctrine, les mêmes rites, la même
« discipline et la même autorité. »
« Chaque église est formée sur le modèle de l'église entière. Chaque
« église a ses fidèles, ses prêtres, son premier pasteur qui tient en ws
XI
« mains la conduite de tous les autres. Lui-même il est soumis. Dans ses
« jugements, par des formes sagement établies, au jugement d'un mé-
« tropolitain, elle gouvernement de toutes les églises s'élève, par une
« gradation que le temps n'a point interrompu, jusque cette première
-« chaire apostolique, l'église de Rome, le chef de l'église universelle, qui
« tient, de droit divin, la primauté d'honneur et de juridiction, dont la
« vigilance maintient dans l'univers catholique l'unité de la discipline et
« de la foi, et donlla communion est le centre de l'unité. »
« Nous opposons à la nouveauté ( constitution civile du clergé. ) La
« pierre angulaire sur laquelle nous sommes fondés, et l'autorité de nos
« traditions, où tous les siècles passés sont renfermés, et l'antiquité qui
« qui nous réunit à l'origine des choses. Nous marchons dans les sentiers
« de nos pères ; mais nous marchons dans les anciennes mœurs, comme
« dans 1 ancienne foi. On peut rétablir l'ancienne discipline dans son
- « intègrité, on ne peut pas en détruire les principes; on ne peut pas ré-
« tablir l'ancienne discipline dans une partie et la détruire dans toutes les
« autres; on ne peut pas en renouveler les règles éparses et désunies sans
« l'intervention de l'église. » ( Exposition de principes sur la consti-
tution civile du clergé. )
IV.
Seul le pouvoir séculier ne peut donc pas changer à son gré la discipline
de l'érlise, par la raison toute simple que « nemo dat quod non habet. »
Mais a-t-il voulu la changer? mettons en parallèle les paroles ,qui ont
servi de considérant au jugement canonique qui a été prononéé contre
nous le 10 juillet 1865, et les paroles de monsieur Porlalis, qui con-
naissait mieux que personne l'esprit et la lettre des nos 60 et 31 des articles
organiques, et nous serons convaincus que, si le ministre des cultes en
France parle en souverain pontife, en quelque sorte, monseigneur Jordany
est loin de parler en successeur des apôtres.
Voici donc ce que dit monseigneur de Fréjus, tronquant la lettre de
« M. Porlalis : « ledroit canon n'est pas reçu, n'est pas en usage en France.
« D'ailleurs les officialités n'ayant pas été rétablies avec leurs anciennes
« attributions, les é\êques demeurent réduits à la jurisdiction volontaire, -
« et nul doute qu'ils ne puissent appliquer les peines canoniques, et user
« de tous les moyens que les lois de l'église mettent en leur pouvoir »
Maintenant voici ce qu'éctivait M. Porlalis ; « les officialités n'étant
« point rétablies avec leurs anciennes attributions, les évêques demeuraient
« réduits à la jurisdiclion volontaire, qui était plutôt celle d'un père que
« d'un magistrat, ou d'un juge proprement dit : que, dans l'exercice de *
« cette jurisdiclion, nul doute qu'ils ne puissent appliquer les peines ca-
« noniques, et user de tous les moyens que les lois de l'église mettaient
« en leur pouvoir pour conserver la hiérarchie/la discipline et la foi ; mais
« qu'ils ne ponvaienl le faire arbitrairement; qu'ils étaient tenus d'ob-
xn
« server tout ce qui était-de la substance des jugements ; que leur
« devoir était d'entendre la partie intéressée, sans éclat, et en prenant
« les voies douces et charitables d'une administration paternelle. »
( Lettre à monseigneur Varchevêque d'Aix, mémoire pour servir à
fhist. eccies. janv. 1806.) même réponse fat adressée à monseigneur
Belmas, évêque de Cambrais.
V,
Monseigneur de Fréjus n'entend donc pas les articles organiques com-
me les entendait M. Porlalis ? et ces mêmes articles qui étaient suppor-
tables dans l'esprit du ministre de France, deviennent détestables en pas-
sant par les mains de monseigneur Jordany.
On peut donc raisonnablement conclure de là que ce n'est pas le pou-
voir civil, mais les évêques qui ont forgé AD NUTUM ces lourdes entraves
dans lesquelles gémit le bas clergé de France.
En effet, le n° 31 des articles organiques dit : « les évêques nommeront
- les desservants et les vicaires et seront révocables par lui. » Oui, mais
quand et comment seront-ils révocables ? c'est ce que la loi ne dit pas.
Dans le doute, monseigneur Belmas à qui s'adresse-t-il pour évincer un
curé? à qui s'adresse-t-il? est-ce au métropolitain, comme il devait le
faire? est-ce au droit canon, au Pape? mais non, c'est au ministre des
cultes. Et celui-ci prenant l'évêque consulteur dans le piège qu'il tendait
à un malheureux curé, répond tout naturellement dans un sens favorable
aux vues du gouvernement. Si l'évêque de Cambrais s'était adressé au
souverain pontife, c'était son devoir ; il aurait reçu cette réponse d'un
autre pape, sur un point de discipline : « nihil novandum, nisi quod
traditum est. » (S. Vincentius lirin. common ) et, par ce seul fait, les
articles organiques étaient à jamais ensevelis dans l'oubli, le clergé aurait
repris- sa marche sous l'abri des lois séculaires de l'église, et le prêtre
fuisset tanquam lignumquod plantatum est secùs decursùs aquàrum,
quod fructum dabit suum in tempore suo, et follium ejus non deflui-
setl et omnia quaecumque faciet prospèrabuntur. ( Ps. 1.)
VI.
Quoiqu'il en soit, peut-il se'faire que trois mots écrits, par une main
laïque à la suite d'un concordat, détruisent de fond en comble la discipline
de l'église en France? déplacent le principe d'autorité que Jésus-Christ a
établi sur la pierre ferme, et violent impunément les premiers principes,
dç la loi naturelle, de la loi divine et humaine ?
Non, car, « quoique réduit à la jurisdiction volontaire, l'évêque ne peut
« néanmoins ni juger, ni punir arbitrairement, dit Dieulin .» (guide
des curés. ) « On peut, on doit même raisonnablement exiger d'un or-
« dinaire, même sous les lois organiques, ce qui est de l'essence des ju-
XIII
« gemënts, dit monseigneur Sibour. » inst. diocès. ) « Il y a donc en-
« core lieu d'exiger aujourd'hui d'observer, dans l'application des peines
« canoniques, tout ce qui tient à l'essence des jugements des anciennes
officialités, sauf la solemnité et la publicité des jugements. » (Dieutin,
guide des curés. )
,< Or, quest-ce qui constitue l'essence des jugements, se demande
« monseigneur Sibour? et il répond c'est LA RUSE EN ACCUSATION, LA
« MONITION, LA CITATION, LA LIBERTÉ DE LA DÉFENSE LE JUGEMENT eufln qui
« clot la procédure. » M. Porlalis ne dit pas autre chose dans sa fameu-
se lettre à monseigneur de Cambrais, et Napoléon Ier, dans son décret du
M novembre 1811, suppose toutes les formalités dans un jugement.
« Parmi les peines canoniques, dit Dieulin. les unes sont discrétion-
« naires, et portées sous forme de jugement ; telle que l'admonition, la
« réprimande etc., les autres sont contentieuses; c'est-à-dire qu'elles ne
« peuvent être prononcées qu'après un jugement préalable, et pour des
« faits graves, dit Portais.
« Ces décisions pénales, continue Portalis, sont exécutoires par pro-
« vision, nonobstant toat appel et tout reconrs. Il y a même des cas grâ-
« ves, par exemple : un flagrant délit, ou l'évêque pourrait prononcer
« une suspension, un interdit extra tribunal, ou, comme dit le droit
« canon ; (ex informa tâ conscientiâ. ) Mais, hoES lé cas d'urgence
« prévu aussi par le très-saint concile de Trente, avant de rendre une sen-
« tence,' l'é\êque doit faire procéder à une enquête, par un commissaire
« délégué à cet effet; envoyer sur les lieux, faire les informations nécessai-
« res, entendre les témoins, et recueillir les -renseignements propres à
« jeter le jour sur la conduite du prêtre inculpé.
« Celui-ci est ensuite cité et entendu,. les preuves et les documents pro-
« duits, les délits constatés, et enfin rendre une sentence motivée et justi-
« ficative de l'interdiction prononcée. »
« On comprend assez que les motifs d'interdiction, de disposition
-« doivent être graves, très-graves même, et ils sont spécifiés par le droit,
« et les faits, sur lesquels elle est fondée, être vérifiés et prouvés. »
« En effet l'interdit à Divinis, comme la suspense-, est la plus grave
« des peines qu'on puisse infliger à un prêtre puisqu'elle le dépuille de la
« plus sacrée, et de la plus chère de toutes les prérogatives de son état. »
« Pour autoriser la prononciation d'une telle peine, il faut dit Portalis,
« des délits très-graves et bien constatés ( lettre du 23 avril an XI.)
« Le recours au pape, continue Portalis, (rapport. sur lesartc.
« organ. ) n'avait pas besoin d'être exprimé dans la loi du 18 germinal
« an X ; le recours appartient à la discipline générale de réglise. *
« Ainsi, si l'évêque peut prononcer contre les desservants l'interdit, la
« suspense ab officia, au tribunal de sa conscience ; il ne pourrait pro-
« noncer ces mêmes peines ab ordine, qui nécessitent un jugement cano-
« nique. Autrement le prêtre frappé d'interdit aurait le droit, d'après les
« lois organiques, art. 5, d'en appeler au métropolitain contre la décision
« de l'évêque, POUR VIOLATION DES CANONS. » ( Dieutin guide des cU't'és.f
xiv
VII.
En résumé, monseigneur de Fréjus ne pouvait ni d'après les lois divines,
et de l'église, ni d'après les lois humaines, nous frapper d'interdit,
ni de suspense, sans un jugement préalable, et quand le 10 juillet 1865,
il a prononcé un jugement sans observer aucune formalité, quand il a
prononcé même un jugement ex informatâ conscientiâ, il a fait abus de
pouvoir contre lequel nous ne cesserons jamais de protester.
Mais à qui nous adresserons-nous pour recevoir notre appel, et juger
notre cause? est-ce au conseil d'état? non, car il est incompétent, et que
d'ailleurs tous les conciles défendent aux clers, sous peine de déposition,
de s'adresser au pouvoir civil dans les causes purement ecclésiastiques.
Est-ce au métropolitain qui n'exerce plus aucune jurisdiction sur les
évêques en France ? est-ce aux conciles particuliers ou généraux qui ne
se tiennent plus ? non.
D'ailleurs le jugement qui nous a frappés est nn jugement en informatâ
concientiâ. Or « a juclicio ex informatâ conscientiâ appellalio non fiL ad
« metropolitanum, sed ad SANCTAM SEDEM, ex concitiotridentino. » (Sess.
14 cap. 1. de reform. et ex decrelo sacr. cong. concil. 22 mai 1848. J
Pourquoi? parceque « ad romanum pontificem pertinet principaliter,
« et generalissime constitutiones aliorumetjudicia relraclare, sua verô in-
« concussa tenere » (jves de Chartres. epist 8. 35.)
CI Quisquis vestrum se viderit prsegravari hanc sedem appellet, hùc re-
« currat, utsemper fuit insliluta consuetudo. » ( S. Melchiades papa.
epist. L)
l « Praxi ad sedem aposlolicam res graviores et disciplina référé ndi ple-
« na est historia ecclesiee. » — Et hoc est de jure naturali et divino ut
« quilibet gravatus ab inferiori judice ad superiorem supremum et mo-
e narcham super omnes a Chrislo înstitulum. » (Maupied).
« Appellatio, ait St-Bernardus, de toto mundo ad te; id quidem in
.« testimonium singularis primalûs lui. Deducit ( hoc jus) ex primatu,
« proindè ex jure divino, non ex aliquo concilio. » ( de considerat.)
VIII.
Mais ici on nous arrête pour crier au scandale, à la révolte. Ces sor-
tes de débats, nous dit-on, devraient être passés sous silence, dans l'in-
térèt de l'autorité qui pourrait se trouver compromise, s'il résulte de la
discussion, que l'inférieur n'a pas tort.
Cette raison n'est pas admissible sous le régime intolérable qui livre à
la volonté d'un seul homme tout le clergé d'un diocèse, détruit toute ga-
rantie canonique, et ne laisse à l'opprimé que l'appel, seul moyen de se
justifier. Otez à un prêtre celle ressource unique, il tombe victime de la
violence, sans pouvoir se relever jamais ; vous le vouez à un éternel oppro-
XV
bre devant les hommes, quand le supérieur est seul coupable devant Dieu.
D'ailleurs si l'on veut à tout prix voir un scandale dans notre démarche;
à qui sera-t-il imputable, si non à ceux qui abusent de leur pouvoir, et
nous forcent d'appeler d'une injuste sentence?
Nous soumettons donc notre cause au jugement du SCSiège, nous
exposerons avec simplicité, et sans arrière pensée toutes les pièces du
procès sous les yeux de l'autorité seule compétente, et, par avance, nous
nous soumettonsavec une obéissance filiale au jugement qui sera prononcé.
Plaise à Dieu que nous ne disions rien qui puisse dépasser les bornes
de la modération et d'une juste défense ; les bornes du respect que nous
devons à ceux que la providence a placés au dessus de nous pour nous
gouverner.
On nous fait une guerre atroce autant par sa durée que par son intensi-
té; on emprunte les armes de la calomnie pour nous nuire ; on exhume
le chapitre cum honestius du concile de Trente, le seul qu'on reconnaît
qu'on admet pour nous flétrir !
Quœ est fortitudo mea ut sustineam, dirons nous avec Job, aut quis
est finis meus ut patienter agam? nec fortitudo lapidum fortitudo
mea, nec caro mea aema est, quapropter et ejo non parcam ori meo;
loquar in tribulatione spiritus mei, confabulabor cum amariudinc
animee meœ. (Cap. V. et VII. v. 11. 12. r. II. III.)
Quand quelque chose va mal en Angleterre, la première parole est
celle-ci : quelle honte 1 (Stuart Mlill. ) En France notre premier nlot,
en pareil cas, c'est : il faut de la patience 1 seulement quand ce peuple-
de France, ce peuple obéissant a donné son cœur; quand il a espéré, et
qu'il voit que son espérance ne se réalise pas, il se redresse,, et fait jus-
tice ( dit Philippe de Commines).
Nous le savons, s'est en voulant se mettre en défense contre un parti,
qu'on l'irrite d'avantage, et qu'on précipite la catastrophe, dit un grand
orateur ; mais quand la lutte est inévitable, faut-il laisser périr le droit?
non, disait M. Berrier, car celui qui a de fortes convictions et une con-
science nette ne calcule pas la lutte, dans les jours difficiles : qui diligit
veritatem in corde suo non commovebitur, dit l'écriture ( au Barreau du
Besanson) le 4 mars 1866.
Nous prendrons pour nous défendre les armes que la vérité et le droit
nous fournissent ; nous invoquerons à notre secours les décrets des sou-
verains pontifes ; les canons des conciles. Nous voudrions pouvoir trouver
des adoucissements dans les termes, et voiler la mâle énergie des pères de
tous les temps, des conciles de tous les siècles ; mais pouvons-nous chan-
ger ce qui est écrit depuis des siècles, et ne faut-il pas d'ailleurs appeler
les choses par leur nom? quoiqu'il en soit, nous le répétons, nous désa-
vouons, par avance, toute pensée, toute expression qui pourraient blesser
la susceptibilité de qui que ce soit, celle surtout de nos supérieurs immé-
diats.
rn
IX.
Nous aurions désiré de tout notre cœur abandonner cette triste affaire ;
mais pouvions-nous, et devions nous à notre âge nous laisser dépouiller
du sacerdoce d'une manière aussi injuste et aussi outrageante ?
Dieu nous est témoin que nous avons fait tout ce qui était en notre
pouvoir pour échappera cette dure nécessité; pour éviter un scandale.
, C'est pour cette raison que nous avons différé si longtemps d'élever la
voix ; que nous n'avons pas voulu recourir à la voie de l'impression quel-
que restreinte qu'elle pût être ; que nous avons refusé le concours d'un
homme de loi, versé dans la matière pour dresser notre défense, que nous
avons refusé l'aide officieuse d'une main étrangère pour transcrire notre
mémoire, au risque de le rendre moins lisible. Nous avons fait se tra-
vail seul sans secours de livres nécessaires, a,ec notre seule inexpérience
des matières du droit canons, parce que nous avons pensé que la vérité,
sous quelque forme quelle se présente, est toujours elle-même et bien
reçue au tribunal incorruptible de l'église mère et maîtresse de toutes les
églises, aux yeux de celui qui est « via veritas et vita. »
Nous ne demandons qu'une seule chose; c'est une sentence en nullité
des censures portées contre nous par monseigneur de Fréjus, si nos raisons
sont trouvées justes et légitimes ; le pouvoir de nous remettre honora-
blement à l'œnvre du céleste père de famille avec une nouvelle ardeur,
de servir l'église, do travailler à son triomphe, dans notre humble sphère;
le bonheur enfin de pouvoir dire, en ces temps de tant de défections, et
jusqu'au bout de notre carrière : oLlivioni detur dextera mea, si norç
me minero lui Jerusalem ( Ps. 106. )
« Sed janc in nomine domini quod instat adgrediar, ut scilicet a ma-
« joribus tradita et apud nos deposila describam, relatoris potiusiide, quam
« aucloris prsesumptione, hâc tamen scribeudi servalâ lege, ut nequa-
« quamquam omnia, sed tantum necessaria quaeque perstringam, neque
« id ornato etexacto, sed facili sommunique sermone, ut pleraque siggni-
« ficata potius, quam explicata videantur. »
« Scribant ii lautè et accuratè qui ad hoc munus vel ingenii fiducia, vel
« olflcii ratione ducuntur. Meverô sublevandae recordationis mese gra-
« tiâ commonitorium hoc mihimet parasse suffecerit. Quod lamen pau-
« latim, recolendo quse didici emendare, et adimplere quotidiè, Domino
« prsestanle, conabor. Alqui hoc ipsum idcirco praemonui, ut si forte
« elapsum nobis, in manus sanctorum devenerit, nihil in co temère re-
« prehendant, quod adhuc videant promissâ emendatione limandum. »
(S. Vincentius Lirin. commonit. cap. J. )
NULLITÉ DES CENSURES
PORTÉES PAR
,
MONSEIGNEUR ANTOINE-JOSEPH-HENRI JOURDANY
V
ÈVÊQUE DE FRÉJUS
CONTRE
■ M' MARIUS-ROCH REYNOARD, CURÉ DE VAEACES (VAR)
- - Les évêques (en France) sont les seuls au monda
qui soient sûrs de l'impunité; dès lors, est-i
étonnant que tant abusent de leur dignité ?
(Fênéïon, lettres diverses, iv 114, Tome HV
Par un acte juridique du 20 juillet 1865, nous avons en recours au
Saint Siège pour demander une sentence en nullité des censures portées
contre nous par Monseigneur A.-J .H. Jourdany, évêque de Fréjus.
D'après le droit (Dévolus et alti omnes can. ) nous devons fournir les
preuves qui viennent à l'appui de notre demande, et c'est ce que nous
allons faire dans les pages qui suivent. Mais, avant d'entrer en matière,
définissons clairement quelle est la nature des censures portées contre
nous par Monseigneur de Fréjus.
Le droit canon ne parle nulle part de censures dont Monseigneur
Jourdany nous a frappés. Nous n'avons donc pas à nous occuper ici des
censures « a jure » que l'on encourt par le fait seul que l'on a posé tel
ou tel acte prévu par les saints canons, et auquel est attachée telle ou
telle censure. Il ne s'agit dans le cas présent que d'une censure « ab ho-
mine » c'est évident.
Mais cette censure « ab homine » est, dit le droit, ou « ferendae senten-
tise » c'est-à-dire comminatoire ; ou « latse sententiae » c'est-à-dire de
sentence prononcée.
Or nous ne voyons nulle part encore dans les statuts synodaux, dans
les'ordonnances diocésaines, qu'un prêtre qui refuse d'accepter la charge
d'une paroisse moindre que celle dont il a été anti-canoniquement spolié,
qui se trouve, par le fait de ce refus, et surtout par le fait de son évêque,
sans emploi détermine, et continue d'habiter ainsi forcément dans la
— 2 —
paroisse qu'il desservait, soit menacé ni frappé de censures. Il résulte de
là que les censures dont nous avons été frappés sont seulement des censures
« ferendae sententise », et cette conclusion ressort encore mieux, si on fait
attention à la teneur des lettres episoopales, qui sont toutes conditionnel-
les, et aux aveux de Monseigneur Jourdany lui-même, qui déclarait à M.
Sauvan, chanoine-curé, archiprêtre, de Brignoles, que & les censures
portées contre nous n'étaient que comminatoires » [visite pastorale du
29 et 30 mai 1865 ) ou « ferendœ senlentiae » c'est-à-dire, qui n'ont
d'effet que lorsque le jugement canonique est intervenu.
La censure « ferendæ sententiæ » peut être juste ou injuste, et cette
dernière peut être injuste, mais \alide, et injuste et invalide tontensemble.
La censure injuste mais valide est celle qui manque de quelque condition
acciùenLelle; la censure injuste et invalide tout ensemble est celle qui
manque seulement d'une condition essentielle soit de la part de celui qui
la porte, soit dé la part de celui contre qui elle est portée, soit enfin de la
part des formalités qui doivent précéder, accompagner et suivi e la fulmi-
nation d'une censure ( Maupied, comp. juris canon ici et omnes. canon. )
L'ommission volontaire des conditions accidentelles peut, dans certains
cas, rendre une censure imalide ; mais toujours elle la rend illicite, et
constitue une faute plus ou moins grave, prévue et punie IJar les saints
canons. (JJonacel).
D'après ces principes posés par les saints canons, et admis par tous les -
- canonistes, les censures dont nous a\ons élé frappés sont-elles justes et
valides? Sont-elles même licites? Non, sans doute, et nous allons
le prouver.
Pour être plus clairs et plus précis dans une matière aussi épineuse, •
nous diviserons notre matière en deux livres: nous parlerons dans le
premier des preuves intrinsèques de la nullité des censures poriées contre
nous par monseigneur de Fréj us. Dans le deuxième livre nous traiterons
des preuves intrinsèques, ou des causes qui excusent des censures.
LIVRE 1er
Des preuves intrinsèques de la nullité des censures
portées contre nous.
« Censura injusta et invalida ea est, quæ subslantia lem defectum habet
« videlicet : 1° si eam. inferens non habeat potèstatem sufficientem;
« 2° si ferai ab causam non legilimam; 3° si non servalo ordine judiciario.»
( Devotus comp. inst. canon. Maupied. de censuris.)
Or, monseigneur de Fréjus qui nous a frappé d'abord de cessatione
a divinis, puis d'interdit, puis de suspense, etc. s'est-il résené assez de
jurisdictionpour fulminer contre nous toutes les censures del'église? A-t-il
trouvé en nous une faute, un délit, un crime enfin digne de toutes les
— 3 —
censures? A-t-il observé toutes les formalités que le droit prescrit, avait-il
même l'intention de nous soumettre à une peine aussi grave ? parlons
d'abord de la j urisdiction. �
pe PARTIE.
Si cam, inferens non habeat potestatem sufficientem.
Monseigneur de Fréjus nous menace, si nous restons à Varages, après
notre déplacement, si nous n'allons pas au poste qui nous est assigné, de
nous retirer tout pouvoir, même celui de célébrer 1a sainte messe, dès que
aotre successeur y arrhera, et il ajouie : « ces pouvoirs ne vous seront
rendus que plus tard quand l'administration diocésaine vous aura désigné
un autre poste, après que vous aurez fait des excuses de convenables, et
témoigné le repentir de votre insoumission. ( Letlreu0 3 ).
Mais Monseigneur oublie-t-il que déjà sans préalable il nous a inique-
ment et honteusement dépossédé d'une paroisse? qu'avant que nous
eussions dépassé, pour la dernière fois, le seuil du presbytère de Varages,
sa grandeur avait disposé du poste qui nous avait été primitivement
destiné ? ( N° 3 )
Nous voilà donc sans paroisse, sans emploi, et littéralement sur le pavé,
pour un temps indéterminé, tout à fait étranger au diocèse. Nous le
demandons à tout homme de raison, par sa conduite et par ses écrits,
monseigneur ne semble-t-il pas nous dire en 1865 ce qu'il nous écrivait
en 1856, dans des circonstances aussi douloureuses et non moins injustes:
* dès ce moment, je ne vous regarde plus comme un prêtre-de mon
« diocèse » (Lettre du 8 novembre 485i ). Et pour joindre l'effet aux
paroles, notre nom n'est pas même porté sur l'ordo du diocèse en 1857-
1858, et tout nouvellement dans l'ordo do 1866. Notre nom ne ligure
pas même parmi les noms des prêtres sans emploi ; on a fait tout comme
si nous n'avions plus été de ce monde, in tenebrosis collocavit me quasi
mortuos sempiternos. ( lament. jere cap. 3. v. 6 ).
Mais dès ce moment aussi, monseigneur de Fréjus ne s'est-il pas lié
les bras? ne s'est-il pas en quelque sorte dépouiilé de la jurisdiction qu'il
avait sur nous? Sommes-nous encore son justiciable? Cependant in his
omnibus non est aversus furor ejus, sed adhuc manus'ejus extenta
( Isaie cap. 5, v. 25 ).
Nous laissons à des hommes plus expérimentés que nous le soin de
trancher la question; mais, par avance, ne pouvons-nous pis conclure
que monseigneur ne pouvait pas, sans injustice et validement, ajouter les
censures ecclésiastiques au jugement inique et anti-canonique qui nous
avait dépouillés d'une paraisse à laquelle nous étions canoniquement liés ?
— 4 —
11e PARTIE
2° Si ferat ob causam non légitimant.
Un supérieur ne doit pas ne peut pas même punir de censures une
faute, si elle n'est grave et mortelle. « ex omnium consensu, certum est
« excommunicalionem, suspensionem et interdictum, pro ut commûniter
« feruntur, ob culpam venialem inungi non posse, ut colligitur ex capite
« nemo. ( 4, sess. 24, cap. 3, de reform. concilii trid.) En effet, dit le
« droit conon : « puisque la censure est une peine grave et publique, qui
« prive celui qui en est frappé de très grands avantages spirituels, ( et
« en France, de tout avantage temporel, puisqu'elle prive en fait non
« non seulement ab officioi mais encore a beneficio ) il faut qu'il y ait
une juste proportion entre la peine et la faute, il faut donc, ajoute Maupied,
« (de censuris) hanc pœnamdebere esseproportionatam culpse, aliàscom-
« mitteretur injuslitia ». Aussi, dilDevotus: « in pœnis quas infligit (Ecclé-
« sia) modum quemdam, et ralionem adhibel, ut levioribus crJminibus;
« leviores, gravibus autem gra\iores constituai. Oui, ajoute-t-il: « non
« nisi au grande crimen irrogari debet ( censura ): bine cum ferenda est
« senlenlia, primum expendere oporlct genus criminis, ut noscalur num -
« illud tàm gravi pœnâ dignum sit. Nulla suspensio sine causa ferenda est,
« quamquam ea non ila gravem requirat culpam qualem excomunicatioi
« Que causa ferenda est in scriptis in quibus exprimitur. » of, a-t-on
« obsené, dans notre affaire, ces sages tempéraments prescrits par la
« sainte église ? »
Si nous examinons d'abord, et sans passion, le crime qu'on nous im-
pute, si nous considéronsu ensuite la grandeur de la peine qu'on prétend
nous infliger pour nous punir et nous guérir : « cauli provideat judex
« ecelesiasticus, ut in eâ ferenda oslendal se prosequi quod corrigentis
« fnerit el medcntis » ( Maupied, de cens. ) DTINAM ( ergo ) dirons-nous
avec Job : ÂPPENDEREKTUR PECCATA MEA QUIBUS IR4M MERUI; ET CALAMITAS
Q UAM PATIOR IN STATERA, QUASI ARENA MARIS HAEC GRAVIOR APPARERET; ONDÈ.
ET VERBA MEA DOLORE SUNT PLENA. ( Cap. VI, v. 1 et 2 ). Oui, si nOUS
examinons la chose de près, nous verrons sans peine qu'il n'y a nulle pro-
portion entre la peine el la faute ; que l'une est d'autant plus grande, que
'autre est plus légère, plus nulle; la chose est facile à démontrer.
SECTION Ire.
De la faute.
Un châtiment grave demande une faute grave: c'est de toute justice,
or « les fautes graves, dit monseigneur Sibour, ( instit. dioces.) sont celles
« qui renferment-une grave infraction aux lois de l'église, soit contre le
— 5 —
- « dogme, soit contre la morale, soit enfin contre la discipline, et que le
« droit qualifie de délit, de crime. »
Quel est donc le crime qu'on nous impute? monseigneur de Fréjus va
nous l'apprendre par le jugement canonique qu'il a formulé contre nous,
le 10 juillet 4865 : « cum nobis constet prsesbyterum Marium-Rochum-
Reynoard reum esse plurium delictorum, praeserlim, inobedientioe, rebel-
lionis cum pertinacia, et -tnjuriœ erga autorilatem. episcopalem, nec non
liolationis censurae, propter ea et alia quse animum nostrum moment et de
quibus Deo et sanclœ sedis apostolicae redituri sumus, cum in mandatis
habuerimus, virlutê facullalis sacrosancti concilii Tridenlini decreto (cum
honesliùs) (cap. 1, sess. 14, de reform.) nobis attributae, ex informatâ
conscientiâ, a celebratione missse et ordinum exercitio pracsbylerum suprâ
nominatum suspendimuskper très menses, et insuper usque dùm resipiscat
pœnitentia ductus, et suspensum declaramus, etc. etc.» (N° 7.)
POST-SCRIPTUM. « Ce qui me peigne le plus, dans cette affaire, c'est que
l'abbé Reynoard ait dit la messe contre ma défense, et ait manqué la
messe le dimanche, depuis qu'il a été déclaré suspens, etc. (Lettre au
curé dé Varages 2 décembre 1865 ). -
Nous ferons d'abord observer à monseigneur de Fréjus qu'avant de
prononcer un jugement aussi rigoureux contre nous, il aurait dû remonter
à la cause de notre désobéissance, et sans nul doute que sa grandeur
n'aurait pas été dans la dure nécessité de nous dire : sic respondes Ponti-
fici? Non, la désobéissance n'aurait pas eu lieu, et le jugement serait
encore dans les futurs contingents. Mais avançons.
D'après le droit canon, et la bulle auclorem fidei « l'évêque seul peut
prononcer une sentence ex in formataconscienliâ. » Monseigneur, du moins,
nous le pensons, s'est soumis à cette injonction du droit, et en nous si-
gnifiant ce jugement, le trop bon doyen de Barjols s'extasiait devant
cette pièce, et nous disait: « ce jugement est parfait de rédaction 1 »
Nous verrons plus loin ce que nous avons à penser de cette appréciation..
Pour le moment nous nous contenterons de renvoyer à qui de droit le
mérite de cette formule ; mais nous n'en ferons pas hommage à ceux qui
n'ont que la gloire de l'avoir mal copiée. Ensuite nous serait-il permis de
demander à M. le doyen de Barjols, et même à monseigneur s'ils ont lu
cette pièce? S'ils l'ont lue, comment font-ils l'analyse de cette phrase: «de
quibus deo et sanctae sedi apostolicae reddituri sumus?Que rendrez-vous,
cum in mandatis habueritis ? RATIONEM ? Impossible ! puisque vous T'avez
laissée au fond de l'encrier. Cependant avant de signer sa commission,
le bon curé de Barjols ajoutait : « CONCORDAT GUM ORIGINALI.3 Passons au
post-scriptum. -
Nous ne nous arrêterons pas ici au reproche que monseigneur nous fait
d'avoir célébré contre sa défense, puisque nous aurons occasion plus bas
de répondre à monseigneur sur le crime « violationis censurm ». Non,
mais pouvons-nous laisser passer sans réponse le reproche grave même
très-grave que monseigneur nous fait d'avoir manqué la messe, le
dimanche, depuis que nous avons été déclarés "suspens ? 1
— 6 —
En quel terme repousserons-nous une pareille flétrissure? Nous n'avons
dans notre langue qu'un seul mot qui puisse bien rendre notre pensée,
et puissions-nous être entendu de tous ceux qui après monseigneur
"ont répété la même accusation : calomnie 1 calomnie !
Est-il possible qu'un évêque puisse formuler des plaintes aussi graves
contre un prêtre malheureux, les écrire même et les propager, avant -
d'avoir élé certain du fait? Comment qualifier une pareille conduite? Ah!
monseigneur montre bien par sa légèreté, que l'esprit saint, l'esprit de
vérité ne l'inspire pas toujours ! PRÆBElE AURAM, ET VIDETE AU MENTIOR.
[ Lettre de Mgr. Jourdany au curé de Varages, 2 décembre 1865). ET
NON 1NVENIETIS INLINGUAMEA INIQUITATEM, NEC IN FAUCIBUS MEIS STULTlTlA
PERSONABIT. [Job. vi 28, v 30 ): Mais revenons au jugement canonique.
Nous ne pouvons en aucune manière réfuter les « plurium delictorum »
qu'on n'articule pas, qu'on ne définit pas, ni les « alia » qu'on laisse
aussi dans l'ombre, et pour cause; nous n'avons à nous arrêter qu'aux
quatre grands chefs d'accusation, qui forment comme le corps du délit.
« piaesertim » ce sont là les quatre points capitaux auxquels nous devons
répondre, que nous devous discuter et réfuter.
Et d'abord, et sauf le respect que nous devons à monseigneur de Fréjus,
et à une chose déjà jugée, nous supprimerons des quatre grands chefs
d'accusation, le crime de « violationis censurœ ». Oui, c'est un anachro-
nisme volontaire que Monseigneur a fait, le crime « violationis censurae »
'e peut figurer, logiquement parlant, dans le jugement prononcé contre
tous le 10 juillet 1865 ; je le passe donc sous silence sauf à y revenir plus
tard.
Ensuite nous devons réunir en un seul faisceau les trois grands chefs
d'accusation qui restent par la-raison toute simple que ce ne sont que trois
mots distincts pour qualifier un même acte indivisible, et alors que res-
te-t-il de tant d'accusations diverses ? la désobéissance !
Mais si nous parvenons à démontrer que cet acte de désobéissance
« inobedientiae » dont on nous fait une faute très-grave, un crime qua-
druple a sa raison d'être, ses motifs irrécusables ; que cet acte est permis
par le droit, commandé par la justice, imposé par l'honneur, le devoir et
nos plus précieux intérêts ; si nous parvenons à prouver que nous som-
mes moins coupables que ceux qui nous ont condamnés ; que nous SOffi-:
mes plus dignes d'intérêt que du châtiment, que deviennent tous ces
grands mots que monseigneur a groupés dans le jugement prononcé con-
tre nous? où est le crime de désobéissance « inobedientioe ? » où est la
faute grave qui requiert les censures de l'église?
Entrons maintenant, entrons plus avant daqs la matière, et, pour ne
laisser aucun retranchement à nos accusateurs, passons en revue les
quatre grands chefs d'accusation qu'on nous impute dans le jugement, et
d'abord parlons du crime « inobedientim. »
- 7 -
CHAPITRE V
InobedLientiae.
« C'est la 2e fois, nous fait observer monseigneur, que vous vous met-
tez en état de révolte vis-à-vis de l'autorité.» ( No 5.)
Nous sommes véritablement étonnés que monseigneur de Fréjus évoque,
en cette circonstance, des souvenirs d'une autre époque, et nous force à
revenir sur un passé depuis longtemps oublié 1 Ce coup d'oeil rétrospec-
ctif que Mgr. nous oblige à faire, ne saurait nuire à notre cause. Au con-
traire, il prouvera aux moins clairvoyants deux choses : la première que
nous n'étions pas pius coupables de désobéissance en 1856, que nous ne
le sommes en 4865; la seconde, que la source des calamités qui nous
innonde de ses flots, remonte jusqu'au moment de l'armée de rnonsei-
gneur JOidany dans le diocèse en 1856. Revenons donc sur nos pas, et
suivons monseigneur de Fréjus LToulon.
ARTICLE PREMIER.
Pour nous récompenser de six ans et plus de servitude et de labeur
comme pro-curé à Grimaud, sous un curé un peu plus qu'hypocondriaque,
- monseigneur Wicart nous place en qualité de premier vicaire à la paroisse
Saint-Pierre, à Toulon.
Nous saurons toujours bon gré à ce vénérable É\ êqne et de ce change-
ment, et des peroles aussi encourageantes que flatteuses que ce digne
prélat nous adressait, en cette circonstance. Si nous étions mort à cette
époque, victime du choléra, comme le curé de Carcès, feu Louis-Calixte
Reynoard, notre frère,. notre dernière parole aurait été un cri de recon-
naissance et de remerciment pour notre é\êque, ( N° 12 ) et nous n'au-
rions pas connu depuis cette chaîne de tribulations que nous réservait
l'administration nouvelle, et qui devait enfin aboutir à une suspense aussi
indéfinie que peu méritée.
A la nouvelle de notre nomination un jeune prêtre intriguant el brouil-
lon. que nous avions connu, pour notre malheur autre part, s'agite,
intrigue pour faire révoquer notre nomination, et surprend la bonne foi
de notre futur et excellent curé à ce poillt, que le curé chanoine de
St-Pierre, se permet d'écrire à monseigneur Wicart en ces termes assez
peu parlementaires, il faut l'avouer: « El quoi, Monseigneur, est-ce au
momens de mettre le pied à l'étrier, que vous cherchez à vous venger
d'un curé qui s'rst montré votre adversaire? que vous envoyez un vicaire
qui n'est bon à rien ? qui N'A PAS les qualités nécessaires? etc. » « Noî1,
— 8 —
répond le digne prélat, non, monsieur le curé, ce n'esl pis au moment
de mettre le pied à l'étrier que je cherche à me venger d'un curé qui
s'est montré mon adversaire. J'ai fait ce choix devant Dieu, et je le
maintiens. Attendez, pour juger les gens, attendez de les voir I'oeti-
vre, etc.»
Le respectable monsieur Richard, encore en ce moment curé de SL-
Pierre à Toulon, peut dire en son âme et conscience, s'il a été fâché pour
le bien de sa paroisse, de nous avoir pour collaborateur pendant l'année
que nous avons passée auprès de lui.
Cependant monseigneur Wicart quitte le diocèse, et bientôt fuit homo
missus a deo, mi nomen erat Joannes. hic venit in testimonium, ut
testimoûinm perhiberet de lumine, ut omnes crederent per illum, non
erat ille lux, sed ut testimonium perhiberet de lumine (S. Joan., cap.
J. v. G et seq ) il disait: ego vox clamantis in deserto : parate viam
domini. rectas facite semilas ejus., omnis vallis implebitur.
et omnis mons et collis humiliabitur, et erunt prava in directa, et
aepera in vias planas. et videbit omnis caro salutare dei-( S. Luc,
cap. III, v. 4, 56.) -
Pendant que la voix criait, sa main dirigeait des Alpes sur le diocèse
une nuée en grand format illustré, avec accompagnement de piano,
d'exemplaires d'un noèl populaire en provence :
« N'aoutreis sians treis bouïmians,
« Qué dounans la bouano fortuno, etc. »
- Comment ne pas croire à des prophètes qui avaient tout moyen de ré-
aliser leur prophéties?. enfin monseigneur Jordany arrive, et comme
la cabale poursuivait contre nous son œuvre de ténèbres, nous croyons
devoir informer le nouvel évoque de tout ce qui s'était passé contre nous.
( lettre de 28 avril 1856. )
Qui le croirait? pour toute réponse, monsieur Barnieu, nommé vicai-
re général du nouvel évêque, écrit confidentiellement à monsieur le curé
de St-Pierre que « monseigneur, dans le court séjour qu'il a fait à Tou-
« Ion, a reconnu que monsieur Reynoard n'avait pas les qualités néces-
« saires. qu'il serait changé, et envoyé à Pourrières » ( N° 8. )
Qu dites-vous monsieur le vicaire général ? quelles sont, s'il vousplait
les qualités nécessaires à un 1er vicaire de St-Pierre de Toulon ? faut-il
être étranger au diocèse ? avoir maille à partir avec la police ? désirer de
gagner mille écus? etc. etc.
Tout doux ! nous écrit, deux mois plus tard, monsieur Vincent, vicaire
général : « monseigneur juge à propos-d'utiliser, pour la direction d'une
paroisse, votre zèle et votre aptitude- et confie à votre zèle la paroisse de
« Pourrière. Vous faites échange avec le curé actuel qui viendra vous
« remplacer à St-Pierre. » ( lettre du 4 novembre 1856 ). A la bonne
heure, ces formes polies ne respirent ni l'injure ni l'esprit de parti.
Quit mais malheureusement monseigneur vient se mettre à la traverse
— 9 —
3
r
pour jeter de l'huile dans le feu : « franchement, disait sa grandeur à une -
personne honorable, qui défendait notre cause, franchement, si je change
l'abbé Reynoard, c'est que je veux pour 1er vicaire à St-Pierre un ora-
teur!!! ( lettre du 6 novembre 1856. )
Il parait même que monseigneur tenait fortement à réaliser le projet
qu'il avait conçu, car sa grandeur à mis presque immédiatement à notre
place et maintient depuis dix ans, un prêtre excellent, un très bon et très
digne sujet: mais on pourrait bien dire de lui : « canes muti non va-
« lentes latrare » Nous avions remplacé nous même un ancien vicaire, qui
avait fait beaucoup de bien dans la paroisse, et cependant ce digne prêtre
n'était rien moins qu'orateur.
Ce n'est pas tout, monseigneur avait à peine dévoilé toute sa pensée,
que monsieur Vincent vicaire général accourt pour nous consoler et nous
dire : « Reynoard, vous devriez accepter le poste d'aumônier des sœurs
« de la Trinité de la Seyne près Toulon. Vous auriez du temps à vous pour
« évangéliser dans les environs. » 1
Las enfin de tant de contradictions, nous abordons enfin monseigneur
qui nous dit naïvement: « Si je vous ai changé de St-Pierre de Toulon,
« c'est quilfaut pour 1 er vicaire à St-Pierre un prêtre qui ait de la santé
« et qui puisse représenter. » -
L'argument était'péremptoire, et partant sans réplique, oui, il ne nous
restait qu'un seul parti à prendre devant un pareil motif, c'était de nous
incliner devant la volonté du pontife, la raison en est toute simple, depuis
45 ans, au vu, et au su de tout le monde, nous n'avons jamais été maladif
ni malade, dieu merci ! non jamais !
Avouons-le, n'est-ce pas une comédie? jamais sur aucun théâtre, s'est-
on joué du prêtre avec plus de ridicule et de déraison ? l'évêché, dit mon-
seigneur, ne fait qu'un tout, une personne morale et la chose doit
être; mais convenons que cette personne morale est souvent peu d'accord
avec elle même, que souvent elle ne sait pas trop ce qu'elle veut, ni ce
qu'elle fait.
Dès lors est-il étonnant qu'un pauvre prêtre ainsi bafoué, par ceux qui
devraient le faire respecter, ne sache plus à quel saint se vouer ? que doit-
il faire dans ces circonstances critiques ?
« De juré, ditMaupied, [devicariis] ad parochum pertinet suorum
« vicariorum nominatio et ratio est naturalis ; quia nimis discrepantia
« interutrum in destructionem vergeat potiùs quàm ad aedincationem. »
« Decrevit sancta congregatio concilii ( 6 august. 1691 ) parochum
« non posse absque justâcausa rationabili vicarium suum dimittere, tamen
« vicarius ad nulum parochi amovibilis est, de jure communi ; sed
« justâ de causa. »
« Probatum est eodem capite 17, quod nequeat episcopus parochi vica-
« riosamovere, nisiin casibus a jure determinatis pro beneficiis perpe-
« tuis. »
( Nunc ) « verô quoad Gallias; in prsesenti rerum statu, quid juris fit ?
« ex concordati faclâ necessitate, consequilur, dit Maupied, ut penès
— 10 —
« episeopos esse debeal vicarios illos nominare et revocare, nec non ad alia
,
« munia, pro opportuniste transferre quod quidem, etsi per se contra
« jus commune fit, vi tamen dictas necessitatis, ad jus commune reduci
« videtur; siquidem summum jus necessitas » et quelque fois «summa
',( iniquilas » comme dit un axiome du droit..
Et il ajoute : « nobis quidem videtur ( hdc in re ) medium magis jus-
« titise naturali, divino et canonico juri accomodatum sequi. Dicemus
« igitur de vicariorium revocatione vel4ranslatione, id quod de recto-
« ribus succursalium decrevit Gregorius XVIia maii 1845, in respon-
« sione sacr. conc. cong. ad episcopum Leoiiensem : « episcopi hâc
« vicarios parochorum revocandi vel transferendi aucloritate juslisilecau-
« is, haud frequenler, nin nici prudenter ac paternè uti debent et pos-
« sint ideo que episcopus jura parochi et vicarii; considerare débet ul non
« parochoconstituat vicarium non acceptum, nec amoveat vicarium parocho
« convenienlem, sed permutare simul, et sine ralionabili causa, viginti,
« triginla vel quadraginta vicarios in spatio unius mensis, quemadmodum
« magno populjrum scandalo, et vicariorum damno, jul hoc non raro
« videtur in quibusdam galliarum diœcesibus, non est certo certiùsTe-
« revocandi et transferendi justis de causis, haud frequenler, non nisi
« prudenter, ac paterne uti aucloritate Hinc videtur quod in his casibus
« et similibus parochi et corum vicarii jus habeant ad metropolitanum
« appellandi, aut ad sacras sive episcoporum, sive conciliorum congre.
« recurrendi. » ( Maupied de vicariis. )
Donc nous n'avions qu'une seule chose à faire, dans la position qui nous
était faite ; c'était de rappeler à la personne morale de l'évêché que dans
la comédie qu'on nous faisait jouer « parochi et corum \icarii jus habeant
« appellandi ad metropolilanum, aut ad sacras episcoporum et concil.
« congreg. recorrendi. » et tout était dit.
Mais alors quelle tempête ! quel scandale !
Nous avons cru mieux faire ; nous nous sommes retirés à l'écart, pour
laisser à la personne morale de l'évêché le temps de se remettre et de
s'entendre, et on crie à la désobéissance à la révolte? et dix ans après,
monseigneur de Fréjus vient nous rappeler que « c'est la deuxième fois
« que nous nous mettons en révolte vis-à-vis de l'autorité! » ( N. 5..)
Pourquoi demandions quelque temps de répit? c'était, nous l'avons
écrit dans le temps à monseigneur, c'était pour pleurer un frère que nous
avions perdu, prêtre comme nous, notre conseil, notre asile; pour nous
reposer des fatigues du choléra dont nous avions par dévouement fraternel
affronté les horreurs à Cai-cès; pour nous délasser des fatigues du choléra
que nous avons retrouvé à Toulon à notre arrivée ; pour nous refaire des
dépenses que nous avait imposées notre placement à Toulon et qu'un
deuxième déplacement, en moins d'une année, allait doubler. Toutes ces
raisons que'nous exposons à Monseigneur ne servent à rien, l'é\êque est
inexorable, et ne nous laisse que la triste alternati\c d'obéir à ses ordres
ou d'être puni ( lettre du 8 novembre 1856.)
Nous réclamons au moins un peu de repos, après vingt ans dira service
— 11 -
sans nul rclachc, on nous le refuse, et quand, vaincus par tant de peines
physiques et morales, nous prenons un repos devenu nécessaire, on nous
menace d'interdit! est-ce que quelqu'un est tenu à l'impossible? non,
ditia loi de Dieu, Deus impossibilia nonjubel, à Fréjus il en est autrement.,
Un homme très haut placé dans l'estime de ses semblables ; un homme
qui par sa fortune, ses lumières et un exquis bon sens tenait les hauts
bouts de la société, jugeait bien autrement les événements, dans une lettre
confidentielle à un de ses proches : « pauvre abbé Reynoard ! il a
« excité ici ( Toulon ) des regrets unanimes j'ai vu son ancien curé, qui
« a été frappé lui aussi d'une grande disgrâce, et qui nous déclarait hau-
« tement que son ancien vicaire ne serait pas remplacé dans sa place, et
« dans son-eoour. Cette justice monsieur Reynoard est certain de la trou-
« ver chez tous ceux qui l'ont connu. »
« Son successeur est arrivé ; puisque ce ne sont plus les vertus apos-
< toliques que l'on recherche dans les prêtres, on sera bien vite à trouver
« à celui-ci quelque nouveau sujet d'accusation, ou le nez trop long, ou
« le menton trop pointu, la voix trop forte ou trop grèle. tout cela,
« tombe vraiment dans le ridicule et le puéril 1 Qu'il est triste de songer
« que la première autorité du diocèse soit accessible à de pareilles raisons !
« ou est la sainteté du ministère et la grandeur de sa grandeur ? »
« Il y aurait énormément à dire sur ce chapitre, toujours est-il que,
« dans l'affaire de ce bon monsieur Reynoard, l'on est à se demander quel
« est celui qui est plus à plaindre de celui qui a porté le coup, ou de celui
(f qui l'a reçu. » ( lettre du 29 novembre 1866. )
Des quelques lignes d'un sage du monde nous ont donné la clé des paroles
que monseigneur nous adressait, et dont nous ne comprimes pas tout d'a-
bord la portée. « il faut pour premier vicaire à St-Pierre un prêtre
qui ait BONNE SANTÉ, et qui puisse représenter ! »
Donc, d'après monseigneur, tout prêtre qui n'aura pas un port plus que
majestueux, une large écharpe an tour de ses reins, des souliers vernis au
pieds ; tout prêtre qui n'aura pas une chevelure luisante ou à la Ninon ; qui
ne saura pas se plier en deux pour saluer madame ou mademoiselle;
qui ne saura pas distinguer au. bouquet, les mille vins d'une table somptue-
use etc. etc., n'aura pas les qualités nécessaires. Arrière donc les Miolis,
les Yiennay, les "Vincent-de-Paul! arrière donc tous les hommes véné-
rables du sacerdoce plus occupés du salut des ames que des intérêts de
ce monde, et du soin de leur personne ! - 1
Ali 1 que Sl-François. da Sales a bien fait de prendre le devant, et
surtout de naitre en Savoie ! etSt-Bernard s'il avait vécu de notre temps,
et dans notre diocèse, aurait du prendre garde à lui, il ne se serait pas
avisé sans doute de boire de l'huile pour du vin, ou on lui aurait dit joli-
ment: « il faut à St-Pierre, pour premier vicaire, un prêtre qui puisse
« représenter. » et tout aurait été dit. Et si l'abbé deClarveaux, qui avait
d'ailleurs tantde bonnes qualités, avait refusé d'obtempérer aux ordres de
l'ordinaire, on l'aurait ménacé d'interdit, ni plus ni moins.
Quelques précieuses de Yarages, ne nous ont-elles pas fait le reproche
— 12 —
de ne pas assez nous empomader ? à leurs yeux c'était un crime de ne pas
avoir les cheveux aussi rangés ni aussi luissants que
Monseigneur ignore-t-il ce que disait le grand, l'immortel Fénelon
(lettre sur les occupations de l'académie) que rien ne gate plus une
galion ( a fortiori un clergé ) que ce luxe dédaigneux qui rejette la fru-
galité des antiens, et qui renversa Rome? « insueril ( dit Salluste de
« bello gallico ) amare, potare, vasa caelata mirari. divitse bonori esse
* ceperunt. vescendi causa terrâ marique omnia exquirere »
oui, mais après? Rome tomba sous les coups des barbares, et fat ruinée
de fond en comble ! qu'on lise les lettres de St-Jérôme, et l'on verra la
vraie cause qui perdit la capitale du monde chrétien.
Depuis que monseigneur pourchasse Ips prêtres qui n'ont pas les qua-
lités nécessaires, et donne toute sa confiance à ceux qui ont toutes les -
qualités nécessaires, que de scandales ne sont pas arrivés 1 ces nouveaux
Joseph, qui ont désolé les âmes, avaient apparemment toutes les qualités
nécessaires, savaient représenter. Non, non, dit Fénelon, c'est notre
cruelle et sotte vanité, et non pas la-simpliclté des anciens qu'il faut cor-
riger, et c'est alors, mais alors seulement, dirons-nous, que l'on verra le
clergé travailler efficacement au salut des âmes, à la régénération d'un
monde perverti jusqu'à la moelle des os.
Mais alors pourquoi molester un pauvre prêtre, un vicaire surtout sous
le ridicule prétexte que peut-être il ne pourra pas bien représenter, que
peut-être il ne saura pas bien officier. à table, ou dans un salon de
compagnie, si d'ailleurs il a toutes les qualités nécessaires pour faire un
bon vicaire voire même de St-Pierre, si d'ailleurs il accomplit ses devoir
de bon citoyen et de prêtre?
De chez monseigneur nous passons chez M. le précurseur dévenu cha-
noine et vicaire général honoraire, sans doute parce qu'il n'avait pas dit
comme son devancier : oportet illum crescere, me autem minui.
(S. Joan cap. III. v. 30 ) nous lui exposons ingénument, notre em-
barras, et celui-ci nous répond sérieusement : « voyez, vous ne serez ja-
« mais bien avec l'évêque, et, à votre place, je changerais de diocèse. »
Changer de diocèse! mais pourquoi? St-Mathieu ( Cap. X. v. 14.)
nous dit: « quicumque non receperit vos, neque audierit ssrmones ves-
« tros, exeuntes foras, dedomo, vel civitale.Execulite pulverem de pedi-
« bus vestris. Et au verset 23 : cum autem vos persequentur in civitale
« istâ, fugitein aliam. »
Le conseil est bon ; il est divin, comme on voit, et on ferait bien de
le suivre, dit St-Athanase ( m apologia de fugâ suâ ) mais nous ajou-
terons : non est hic locus. Car, enfin, auelle est la paroisse qui nous ait
mit dans la nécessité de suivre le conseil donné par l'évangile? où sont
les vrais et seuls persécuteurs ? àl'évêché ! qui nous donne le conseil de
fuir ? l'évêché !. or, peut-on sensément penser que Jésus-Christ ait vou-
1r1 parler de ces sortes de persécutions ? mille fois non !
Et puis qui nous donne ce conseil ? un homme,, il est vrai, qui nous
— 13 -
a prêché d'exemple, et dont on pourrait dire, avec toute vérilé : cœpit
facere et docere, mais le cas est tien différent. .,..
Nous concevons facilement qu'un homme qui, chez-soi mal à laisse, qui
se trouve au milieu des montagnes et des neiges des Alpes, emploie tous
les moyens, même ceux qui frisent la simonie « à Linguâ » pour venir
respirer l'air pur d'un climat tempéré ; mais les efforts qu'à fait notre
conseiller pour venir habiter notre diocèse, nous inspirent aussi§le désir
de tout tenter pour ne pas en venir à un exil forcé.
D'ailleurs nous ne voyons pas la nécessité qu'il y a pour les prêtres du
diocèse de suivre un tel avis, quand le conseil n'est suggéré que pour
procurer à une avalanche de prêtres étrangers, la facilité de tomber sur le
diocèse et de s'y installer, et, quand on nous chasserait par la porte, nous
entrerions par la fénêtre, comme le regretable monsieur Vincent, et nous
ne cesserions de répéter après lui :
« Laissez-leur prendre un pied chez vous,
Ils en auront bientôt pris « QUATRE »
( Lafontaine. )
Est-ce assez sur ce chapitre ? avons-nous assez démontré que notre
conduite ne méritait pas que l'on vint, après dix ans, nous jeter à la face
« que c'est la deuxième fois que nous nous mettons en état de révolte
« vis-à-vis de l'autorité ? » si d'ésobéissance il y a, ne pourrions-nous
pas dire à nos détracteurs ce que l'apôtre St-Paul disait à ses accusateurs:
Vos me rœgistis. L'évêché, au reste, l'a assez prouvé, quand il a retiré le
lendemain la menace d'interdit qu'il nous avait fait la veille, quand il nous
a -rendu tous nos pouvoirs : quand il a concédé toutes les permissions que
le droit accorde et n'accorde pas aux chapelles privées. Tous ces pouvoirs
ont été accordés à nous et à la chapelle du château des Garcinières, où
nous nous étions momentanément retirés.
Maintenant abordons la question brûlante du moment. Elle est si grave
qu'elle s'élève à la hauteur d'un principe. Oui, il sagit de savoir si l'auto-
rité du pape est réelle, comme l'affirme l'église universelle, ou si elle est
purement nominale comme le voulait l'assemblée du clergé de France
en 1682, la constitution civile du clergé, les conciles de Bâle de Florence
de Pistoie, comme le demandaient les évêques de France à Pie VU à Sa-
vone; oui, ils demandaient que le clergé de France fut indépendant à l'é-
gard du St-Siège. (Bibliot. sacrée, art. Pie VII. ) Si nous avons une
loi, un droit canon qui régit l'ordre du clergé, et auquel nous sommes
obligés de nous soumettre ; ou bien si chacun peut se faire une loi ; dans
le dernier cas, on n'avait pas le droit de nous frapper de censures, et dans
-le premier cas nous devons être absous.
La question présente se divise naturellement en deux actes ; le refus
d'aller à Montferrat, pairoisse qui nous était^donnee en échange de Vara-
— 14 —
ges, et la résolution prise par nous de rester à Varages; deux actes qui
dépendent l'un'de l'autre, et que nous ne séparons pas dans les dévelop-
pements^dans lesquels nous allons entrer.
Passons donc pourra deuxième fois la question inobedientiae.
ATICLE 2me. - INOBEDIENTrE.,
Le refus d'accepter la paroisse de Montferrat qu'on nous destinait, h
résolution de rester à Varages constituent-ils un acte de désobéissance
proprement dit, une faute très grave, comme dit monseigneur de Fréjus,
un crime enfin passible d'un châtiment exemplaire, digne de toutes les.
censures de l'église ? pourrions-nous le croire, quand le droit canonique
nous Hit expressément qu'un évêque ne peut ni révoquer, ni transférer un
curé? « sacerdotes quando proticientur regendis excelsiis, in totâ vitâ
« deserviant, nisi canonico degradentur judicio. » Dit un concile de
Nimes. Où trou\era-t-on les preuves de la maxime contraire ? quand
est-ce que l'amovibilité des curés a été en usage? Est-ceavan14801? est-ce:
à la réorganisation des paroisses en 1801 ? est-ce après? non.
à la réoi-oanisatioii I. est-ce après ? non.
Inamovibilité des curés n'a pas été eft usager
une loi avant 18©1. -.
En effet, dit Dévolus. (De parocho) « inter eos qui episcopo opem
« ferunt in procuralione dioeceseos, nobile imprimis est omctum" paro-
« chorum,qui semel ab episcopo coristituli, proprio jure, concrediti sibi
« populi curam exercent. »
« Unaqnaque parœchialis ecclesia proprium habeat sacerdotem, nec
« ab ejusregimine, nisi canonicojudicio depellatur ». (Concile de Nimes),
« Volumuset distinciè prsecipinjis ut qualibet parochialis ecclesia pro.
« prium habeat sacerdotem et perpetuiim/ .» ( Concile de Beziers ).
« Ecclesia idoneum et proprium et perpetuum studeat habere vicariuia
« canonice inslitutum. » ( Conseil Lateran. 4.) -
« Dixit de ecclesiis, non per merunarios, sed pastores, sem stem vi-
* carios perpetuos regendis. » ( Concile de Mayence.)
« Nullos amat ecclesia vicarios non perpelnos, quippe mercenarios.
« Multis ralionibus probatur parochias non régi nisi a perpetuis ( pasto-
« ribus ) jubenlur a conciliis episcopi, capituli sede vacante, et momachi
« qui parochias habentsuae mensae unitas vicarios in eis instituere perpe-
« tuas. » (Thomass. dise. Eccles. pan. 2. lib. II. cap.XVIII. §. VI.}
« Quod si episcopis eflicere neglexeriut, per mensem ab ingressu ecele-
« sise noverint se suspensos. Si v^rô.tales ecclesias habuerint et vicarios
— 15 —
« perpeluos non instituent, dictas ecclesias reservamus. » concil. de
Beziers.
« Concilia particularia prœserlim galliarum -camdem perpelnilalem pa-
« rochornm sepiùs dccreierunt » { Thomass. verb. inamovi. edit.
Migne 1856. )
« Placuil etiam ne couducliliis probyterïâ ecclesiœ commiLantur, et
« unaquaque ecclesia propriumhabeat sacerdotem » ( Concil. de Reims )
* Quoniam enormis quœdam consueludo, in quibusdam locis, contra
« sancloram patrum conslituliones invaluil) ut sub annuo pretio sacer-
« dotes ad eçclesiariim regimen inslituerentur; id nefas modis omnibus
« probibemus » ( Conc. de Tours. )
« Ecclesia vicariis annuis ne commiltantur. » ( Conc. d',Arranchy.)
4c Cum vicarius poni debefet poiest, perpetuô instiluatur. » (Conc, de
MayenceJ
Probat Thomassinus « beneficiarios prceserlim pancliiales nunquam
« fuisse acnovibiles ad nulum episcoporum, et addit ut lirmiùs ecclesise
« regimen esset, statulum est parochos kernel institutos verum habituros
« e§se tiiulum, a quo excédere non possunt nisi secundum régulas sat
« difficiles,hine sunlinamovibilesdicti. » (Disc. Eccl. p. 2, cap. I.)
Undè exBraschi, « ecclesiae parochiales de naturâ sua conferri debent
« et non amovibiliter, non obslante quâcumque consueludine, clamant
< que sacricanones, ne paroclius sit conductitius sicut annui et amo-
« vibiles, sed perpetui. » - (Promptuarium synodal, cap. 13. v. 12.)
Ex cardin. Soglia « parochi sunt prosbyteri, quibus inter certos limites
« diocesis assidua et perpetua animarum cura tradita est, et liane paro-
-
« chorum germanam indolem exhibet tridentina synodus (sess. 14. cap. -
-1 3. de refor. )
Ergo indubitatum est, ait. Howen « tempore concilii tridentinii, sicut
« antea, parochos perpetuos, ex mente ecclesise, idque in maximum bo-
« numfidelium ubique constilulos fuisse. [De paroch. statu cap. ut.
3. §.-2. pag. 112.)
« Tam episcopi quam curati sunt de jure divino, nec aliquis purus
homo potest illud jus lollere, illas polestates ab ecclesiâ oppositum in-
« fidehaeresim censuitfacultas nostra, » ( Thomass. pas. 2. )
Par le fait la justice fait un devoir rigoureux aux pasteurs des âmes de
ne pas abandonner leur troupeau, même dans les plus grands dangers
bonus pastor etc. Et celui que la peste, le choléra, la persécution ne peu-
vent arracher du milieu de ses ouailles, pourrait être ravi a son troupeau
ad nutum episcopi ? au caprice d'un évêque? d'un vicaire général, le
plus souvent, et cela sans motif plausible, et peut-être pour les criailleries
de quelques àmes perdues qui se trouvent béias ! dans tous les pays du
monde? quoi donc? chaque fois qu'un curé rencontrera sur sa route quel-
ques méchantes personnes, quelques enfants de perdition, il sera forcé de
partir et d'aller modifier ailleurs sa manière d'agir ? un curé ne sera donc
Acceptable, et partant un peu stable dans une paroisse, qu'à la honteuse
- 16 —
condition de se rendre agréable et conforme à ceux qu'il a mission de.
chancer, de convertir ?
Est-ce donc au prêtre ou au monde que le Seigneur a dit : « fili homi-
« nis, spectaculum dedi te domui israël: et audies de ore meo verbum,
« etannuntiabis eis ex me ( ezech. cap. III. v. 18 et seq. ) et ego con-
« stitui te hodiè. ut evellas, et destruas et disperdas, et mdifices et
« plantes. ( Jérem. I. v. 9. 10.) » non, ce n'est pas au monde que s'a-
dresse le Seigneur ; la chose ne peut-être. Cependant la chose est, il n'est
pas rare de voir revoquer ou transférer pour le mécontentement de quel-
ques enfants de perdition dix vingt et trente curés à la fois, surtout à l'é-
poque des retraites pastorales, au grand scandale des peuples, et au grand
détriment du sacerdoce, dit Maupied, et l'expérience de tous les jours le
confirme.
Mais revenons à notre thèse « Perpetuitas sem inamovibilitas parochi
« est jus tam perpetuo agnitum et receptum ab omnibus, ut non revoce-
« tur in dubium; et de eo non fiât quastio, nisi a quibusdam modernis. »
Depuis 1802, dit Maupied. Donc jusqu'au concile de Trente et jusqu'en
4801 les curés ont été inamovibles. Voyons maintenant si la movibilité a
été crée en 1801, à l'époque de la reconstitution des paroisses.
II.
L'amovibilité des curés et des desservante n'a pas été créé
en 1801, époque de la reconstitution des porolsses.
Le torrent révolutionnaire qui avait couvert la France de sang et de
ruines, un momentarrêté par ses fureurs, trouve enfin une.digue capable
de l'arrêter ou de le diriger, et, comme après un cataclysme dévastateur,
les éléments bouleversés tendent à se remettre en équilibre, et à rentrer,
dans leur situation la plus naturelle, veritas de terra ortaest et justitia
de cœlo prospexit (Ps. 84. 11. ) oui, misericordia et veritas obliaverunt
sibi justitia et pan osculata sunt [ps. 84. 10.) Le St-Pape Pie VII et
Napoléon Bonaparte, devenu 1er consul firent un concordat qui devait
donner la paix à la France, et tirer son église des ruines sous lesquelles
elle avait été écrasée, comme le raisin dans le pressoir.
L'église de France fut donc rétablie. « A la condition que tous les
-privilèges anciens seraient abolis, quetous les anciens évêchés, les anciennes
cures seraient, supprimés ; qu'on établirait un évêché dans chaque nou-
velle circonscription départementale, des cures partout ou besoin serait.
Le gouvernement ne se réservait que le droit de nommer les évêques, d'a-
gréer les curés de cantons, et de consentir à l'érection des nouvelles pa-
roisses. Ce concordat fut agréé et signé par les parties contractantes, puis
solemnellement promulgué le jourjde paque 1802.
Nous ne croyons pas que ce concordat ait rien changé relativement à la
— 17 —
4
discipline de l'église sur l'inamovililc des pasteurs des âmes. Tout le mon-
de est forcé de convenir de cette vérité, cependant c'était le cas où jamais
d'introduire une nouveauté inconnue de toute l'antiquité, de distinguer
entre paroisse et paroisse, les cures amovibles et les cures inamovibles.
L'a-t-on fait?
« Per concordatum limitata fuit facultas episcoporum efformandi pa-
« rochias in suis diaecesibus ( art. 9.) ut statuitur in bullà confirmationis
« dicti concordati ( ecclesia Chrsti ) et decreto cardinalis Caprara, cui per
« bullam (qlÚ Christi Domini ) potestates ampiissimae dalae fuerunt in
« concordati executione. »
« Ex. his juribus, episcopi autoritate apostolicâ munili, potuerunt suas -
« diœceses dividere, et parochias noyas erigere) tenefeantur \ero hanc
« divisionem et erectiones secundum jus commune exsequi; nullaenim
•t huiejuri communi derogandi datur ipsis episcopis facultas, solus nam-
« que papa huic juri communi derogare potest, igitur omnes parochiae
« novae in juri communi erectae fuerunt absque ullâ exceptions ant diffe-
« rentiâ parochias inter cantonales dictas, et parochias ( dictas succur-
« salistas) omnes ergo pleno jure fuerunt perpetuaeel illamovibiles; nam
« episcopi, non potuerunt clausulam revocabilitatis ad nutum introducere
« in limine fundationis, cum tale jus ad solos patronos fundatores com-
« petat; episcopi vero non fuerunt fundatores, sed tantum delegati sanctæ
« sedis ad erigendas, secundum jus universale, novas parochias. Atqui
« probavimus omnes parochiales ecctesias esse de jure tam antiquo quàm
« novo perpetuas, et per rectores inamovibiles esse regendas. »
1 nui
Effet du Concordat de 1801. *
« Sequitur etiam, ex novâ ereclione, omnes parochias esse ad liberam
« episcopi collatiooem, una tantum juri communi derogatio per concor-
« datum introducta fuit, videlicet consensus gubernii ad parochiarum erec-
« tionem, atqui gubernium per articulos organicos, seu legem ISgerminal
; « (l'an X) sic decrevit, art. 60 : » « il y aura au moins une paroisse dans
« chaque justice de paix. Il sera en outre établi autant de succursales
« que le besoin pourra l'exiger. — Art. 61 : chaque évêque, de concert
« avec le préfet, réglera le nombre et l'étendue de ces succursales ; des
« plans seront arrêtés et soumis au gouvernement, et ne pourront être
« mis en exécution sans son autorisation. — Art. 61 : aucune partie du
« territoire français ne pourra être érigée en cure ou succursale sans
« l'autorisation expresse du gouvernement. »
« Ergo, ex bis articulis, parochiae succursales, sicut cantonales assen-
« sum gubernii obtinuerunt ex eodem concordati titulo. »
» « Igitur sunt omnes vere parochiae in stricto juris sensu. Poterat enim
« gubernium succursalibus assensum suum denegare; non vero earum-
« dera essentiam immutare. Eo ipso quod ipsarum erectioni consensit,
« fiunt propriae diclœ parochiae juxta jus commune ecclesiae; nulla enim
* conditio alia apposita fuit in concordato, i
- 18 -
Suîito dM effets 'du concordat de 180..
« Ju bulla erectionis parochiarum pii vii (ecclesia christi) et juxta
t concordatum. Art. 10, jus nominandi parochos ad episcopos pertinebil
« qui tamen personas non eligent nisi his dotibus instructos, quos eccle-
« siae canones requirnnt, f atque ut tranquillita-s in eo magis in tuto
« sit) gubernio acceptos. »
« Eadem asseruntur in titulo ereclionis cathedralium a legato Caprara
« dalo.
« Ad episcopos igiiur, ex apostolica auclorilate pertinet omnesparochos,
« rectores succursalium nominare, insliluere, etc. Cum vero hœc potestas
« non ad eorùm jurisdieiionem ordinariam attineat, sed eâdem gaudeant
« tanquam in partem sollicitudinis vocali a summo pontefièè, cui jure
« divino pertinet omnia omninà bénéficia ecclesiaslica adminislrare et
« conferre, episcopi nequeunt nataram beneficiorum mutare, nec a semet
« ipsis provisos beneficiatos tonditionibus juri contrariis aut derogantibus
« subjicere ; nec in bullo (ecclesia christi) nec in decretis cardinalis
« Caprara admittitur alia distinctio, nulla differentia inter parochos
« (cantonales et succursalistas) imô episcopi seligere non possunt
« nisi parochos iis dotibus instructes, quos ecclesise canones, requirunt.
* Ergo debent promotiones et instiluliolles facere juxta ecclesise canones,
« et leges, et texta expresso, juxta formas, relati ad gallias ante regi-
« minis immutationem Slalulas, ac salvis reservationibus, et limitalio-
c nibus tune temporis vigentibus.
« Atqui ex sacris ecclesise canonibus, et praxi galliarum generali ante
< regiminis immulationem omnes parochi erant et sunl inamovibiles. »
« Exconcordatonecesarius eratgubernii consensus ad parochiarum erec-
« tionem, et ejusdem gubernii acceptio parochorum nominatorum. Haec
« gubernii prerogativa omnibus indubie parochiis etetiam pœrochis qui-
« buscumque applicanda venit. Sed cum eamdem pensionem omnibus
« parochis solvere noluit, distinctiunem inter parochias et parochos suo
« marte invenit gubernium: decrevit in prœtensa lege organica, tit. iv.
« sect. 2. parochias alias futuras esse proprie dictas parochias, alias
« succursales ; et parochos alios futuros esse proprie parochos ,et alios
« succursa listas.»
« Haec distinctio quoad pensionem et sustentationem solvendam facere
« potuit quia nihil, ea dere, Statutum fuerat in concordato. Ista vero
« distinclio nihil potuit.immutare in jure communi parochiarum etparo-
« chorum defectu potestatis ex parte civilis gubernii. «
« Attamen gubernium sic statuit, art. org. 63 : les prêtres desservants
« les succursales seront nommés par les èvêques, et art. 31, les vicaires
« et desservants exerceront leur ministère sous la surveillance et la direc-
- « lion des curés ; ils seront approuvés par l'évêque, et révocables par lui. »
« SancLa sedes reclamavit, per litteras card. Caprara ( 18 aug. 1803),
- 19 -
« contra hancdispositionem, quœ deservitores parochis subjaciebat, epis-
« copi etiam reclamarunt, et de facto memoralum articulum, sensu quo
« deservitores subjicerentur parochis lanquaoi vicarii inlellectum,nouc ac-
< cJplaruntj sed e contra regererunt; siquidem deservitoribus curam
c animarum proprio nomine escerundum commisere pita nèmpe ut paro-
« chiae prœcipuœ rector curam aclualem in succursali nullam haberet,
« nec posset in ea sese immiscere et ita ut ne quidem curam habitualem
« haheret.) 1 - -
« Ipsummet gtibernium suum articulum intellectum voluit eo sensu t
« quo modo agendi episcoporum consonaret, nam in sua quadam ad epis-
« copos epislola, (25 thermidor. au X) prœmonebat D. Portalis, non
« in aliud intendisse articulum organicum quam ut praecipuae parochia&
e Rectori commilti ab episcopo inspectioin succursalem, nec nonvisitatio
« aliaquè jura archipraesbytens eL decanis competentia. »
« Unde certum est omnino deservitori committi animarum curam non
« tanquam "icario atterius, sed proprio nomine exercendam (Bouix, de
« parocho.) et ita deservitor est proprie dictus parochus. »
Cerlum est etiam gubernium per art. org. 63 et 31. renuntiasse suse
« ex cooGordato prærogativæ quoad acceptationem deservitorum, quos
« ideo absque ulla recognitione gubernii nominare possunl episcopi.
« Nullo modo autem potuit per dictos arliculos, nec per quamcumque
c legem reddere parochos succursales amovibiles ad nutum episcopi; nec
« ipsimet episcopi hoc statuere potuerant defectu potestalis et delegationis
* ad hoc.»
Sutte des effets du concordat.
« Parochi praecipuarum parochiarum non sunt perpetui ex articulis
« organicis, qui nihil de hac perpetuitate statuerunt nec statuere potue-
« runt : non sunt etiam perpelui, ex statuto aliquo episcoporum quibus taie
« statutum ferendi potestas deest. Isti vero sunt parochi ex j'ure com-
« muni ecclesiæ-, perpetui, et non revocabiles ad nutum, atqui parochi
c succursalistæ sunt ex eodem jure communi, veri proprie que dicti
« parochi, proindeque perpetui, et non ad nutum episcopi revocabiles.
« Nec gubernium, nec- episcopi potuerunt jus immutere ecclesiae, nec
« immutarunt, nec quoad parochos praecipuos, nec quoad- succursalislas ;
« solus Romanus pontifex talem habet potestatem. Ideoque. nullo modo
c potuit gubernium civile cognoscere causas revocabilitalis parochorum
« quorumcumque; cum islae causas ad solam tribunalium ecclesiasticorum
t cogniiionem pertineant.»
« Concludendum igitur est omnes galliarum parochias et parochos
t quoscunque sive (cantonales, sive (succursales) pleno juri ecclesiae
« communi et tridentinœ synodo subjacere, prsster duas derogationes
« scilicet. 40 quod requiratur consensus gubernii ad novam parochiarum
« creclionem: 20 quod parochi prsecipui, sen dicti cantonales debeanl
- M —
« esse guheroio accepti; in nullo oamino alio derogatun fuit juri com-
« muni, quod igitur remanet in suo plene ,igorc.JJ erg.
« Ratio estevidens; parochus est locum tenens episcopi primi et prm-
« cipalis parochi ideoque- omnra jura episcopo tanquam parocho eonw-
..#. nientia applicanda, veniunt prsesbylero parocho..»
« (Aliunde) quemadmodum episcopus est pastor et pater et sponsus
« ecclesiae principalis, parochus est quasi pater et pastor et spofisus eccle-
« siae parochialis ( cap. sicut 4 cuas. quæst. 2) propriusque sacerdos
eamdemquteurat proprio nomine. (Fagnan. ) -
« Tandem praxis ecclesiae universalis perpellla, ex. quo existant paro-
« ehiaB, voluit-easdem esse perpetuas ; ergo parochi sunt inamovibles
« -giiaao tempore concordati. »
Il était juste que tous les curés ayant latmême charge, les mêmes
fonctions, aient droit aux mêmes avantages, aux mêmes garanties, le
bon sens, la raison, Dieu l'église le veulent ainsi, « qui sentit onussentire
debet et commodum (re. J. ) »
« Ex hoc (fagnan. et alii Doctores) eertum est 40 beneficium eccle-
« siastiasticum et parochiam consequenler esse de natura sua perpeetnum y -
« 28 beneficii et ecclesiae jus habere acqnisitum per collationem ; 30 bene-
« ficiatum et parochum non posse amoveri, aut transferri absque eorom
« culpa, aut Fationabiii causa ; 4° amotionem seu translationera parochi
« absque eorum culpa, aut rationabili causa, et jure probata, esse eontra
« aequitatem naturalem, injustitiam, \liolationem juris, acquisiti paeli el
« perturbationem status ecclesiastici, nedum praesentis, sed etiam futuri ;
« 50 contrajus naturale, contra jus ecclesiae divinum et canonicum.
-:.e L'amovibiitlé des desservants n'a pas
pu êu-e introduitepar- la euntume abusive de changer et de
révoquer les desservante.
« Restat igitur sola praxis galîica ad legitimandum consuetudinem
« removendi ad nulum parochos succursalisias » Nos seigneurs les évê-
ques ne peuvent donc invoquer en leur faveur que la loi de la prescrip-
tion, la coutume. Mais ne faut-il pas un certain laps de temps pour donner
à une coutume force de loi? Ne faut-il pas certaines conditions? Or ces
^conditions existent-elles ?
Lors de la Promulgation du concordat, on joignit frauduleusement à
l'acte consenti par les parties contractantes, quelques articles dits organi-
ques qui détruisaient eu plusieurs points les articles du concordat. Malgré
les réclamations réitérées des souverains pontifes, des évêques, cet acte
illégal sert de base au nouveau droit; disons mieux, à l'abus qui s'est
introduit en France de changer ad nutum episcopi les recteurs ou curés
dits desservants. -
Nous examinerons plus bas la valeur de ces articles arganiques, et pour
suivre rapidement notre thèse, nous dirons avec M. Bouix (traité de
— 21 —
grincipiis page 95. « S ta tut a kujuS modi vim legis seu juris canonici
non habent me per se, nec per consenèum ponttficis et episcoporum. »
4 0 Non pers: « ex ipsa enim juris ecclesiastici definitione, certum
« est ipsam constare legibus seu consueludinihius auctoritate ecclesias-
« lica formatis. nec orthodoxe sentiret qui potestati civili tribueret jus
a leges ecclesiasticas ferendi, hoc ipse enim a'gnosceretur jurisdictio eC-
« clesise in principe civili sseculari, et negaretur ecelesiae christi prseesse,
« ex fhstitutione divina, potestatem proprie dictam omnes tideles con-
« grais legibus ad finem spirilualem, nempe salulem animarum promo-
« vendi et dirigendi.»
20 « Sed neque valent, in jure canonico, ob consensum summi ponti-
« ficis aut episcoporum. (Bouix)
« Elenim summus pontifex et cpiscopi reclamarunt contra talia legis
« slatuta, quoties opportnnam occasionem adepti sunt.
« Quando autem tacent, idem dicendum de summo ponlifice et episco-
« porum silentio; cum enim ipsis liberum non sit praefatos actus impe-
« dire, ex eo quod taceant, non censendi sunt consentire (sed vim
« pati. »
« Prœlerea etiamsi expresse consentirent- cpiscopi, non transirent
« praedisti potestatis ch ilis actus, omnes simul ecclesias attingenles, iii
« vim juris canonici; hoc enim ipso quod agatur de ordinatione rerum
« ecclesiasticorum pro omnibus alicujus regionis ecclesiis, causa evadit
« major: causa vero majoresad sanctam sedem sunt referendse, et ab ipsa
« sola, aut consilio œcumenico definiri possunt. » (Bouix.)
Or, quel est le concile œcuménique? quel est le pape qui ait décrété
qu'à dater de 1802, il faudrait distinguer entre pasleur d'âmes, et pasleur
d'âmes; qui ait arrêté que parmi les curés, les uns seront inamovibles, et
les autres amovibles ? Donc 'i de jure communi desservitores sunt parochi
« sicut parochi prsecipui ; » Donc ils sont inamovibles, même depuis 1802,
de part le concordat, malgré la coutume.
Mais la prescription ?
Nous l'avons déjà dit; nous reviendrons sur cet argument, pour le
moment nous dirons avec Maupied que « hsec queslio non venit discu-
« tiendaj cum sit nuper a sancla sede judicala contra consuetudinem in
favorem juris communis. »
« Cet acte légal, cette réclame par le pouvoir légitime est plus que -
suffisant pour arrêter la prescription, si on pouvait l'invoquer encore.
« Etenim illust. Van-Bommel episcopus Diœcesis Leodiensis snmmo
« pontifici Gregorio xvi sua dubia de rectorum amovibilitate ad nutum
« submisil, anno 1845. Consullatio remissa fuit sacrse concilii congrega-
« tioni. Sed illus. Van-Bommel bis debuit postulare. his verbis. »
Sanctissime pater :
« An attentis praesentium rerum circumstantiis, in regionibus in
« quibus, utinBelgio, sufficiens legum civilium fieri non potest immu-
« tatio, valeat et in conscientia obliget, usque ad aliam sanctse sedis dis-
« positioncm, disciplina inducta post concordatum anni 1801 ( dicendum
-- 22 —
« foret post. art. ôrganicos anni 1502) ex qua episcopi rectôribos-
« ecclesiarum quae vocarilur succursales jurisdictiotiem pro cura animarum
« conferre soient ad nutum revocabilem, et ilii teneantur obedire, si
« revocentur, vel alio milLantur'? »
Demande de l'évêque de Liège:pour savoir si on pouvait
révoquer ad lîbit um les curés dits des servants, et réponte &.
cette demande exorbitante.
« Hœc tam absolula facullas revocandi, vel transferendi parochos deser-
« vitores die-tos,commovit animos palrutn in sacra congregatioae, ideoque-
« sacra congregalio intelligerë fecit episcopos Leodiensi, ut, si tamexor-
- « bitanti potestati limites non poneret, ejus dubium absque responsionfr
« manerel. »
« Tum postulans addidit ultimam clausulam, his verbis : »
« Cœterum episcopi hac rectores revocandi, vel transferendi auctoritale
« haud frequenter, non nisi prudenter. ac paterne Uti soient; adeo ut
« sacri ministerii stabiliiali quantum fieri potuit, ex his-ce rerum adjun-
« clis, satis consultum videanlur. »
t Cornelius, epis. Leodiensis..
Sages restrictions mises à la première demande, et réponse-
« Pro hac secunda vice, responsum fuit: «ex audientia sanctissimi,.
« die, 1° maii 1845. Sanclissimus Dominus noster, universse vei, de qua
« in praecibus, ratione maturi perpensa, gravibusquê ex causis animum
« suummoventibus, referente, infra-scripto cardinalisacrœcongregationis
« praefecto, benigne annuit ut in regimine ecclesiarum succursalium,
« de quibus agilur, nulla immutalio fiât, donec a sancta sede slatutum
« fueril. »
(Sign.) f Cardinalis de Polidosus proe-f. - Romacetti subscrip.,
« Jus illud commune de inamovibililate omnium parochorum implicite-
« renovatum fuit per decreta plurium conciliorum gallicanorum ex de-
« claratione Gregorii xvi, cum ista decreta innitantur tantum in dispen-
« satione pontificis temporaria, ut episcopi possint justis de causis, haud
« frequenter, et non nisi prudenter arc paterne revocare vel transfert
« Reclores succursalium, ideoque praxis galliarum nullam per se vim
« legitimae consuetudinis nec habet, nec habuit : sed status prsesens rec-
« torum succursalium ad normam juris antiqui revocatùs fuit per decre-
« tum Gregorianum, 1° maii 1845. Ab isto temporis momento, rectores
«. succursalium canonice, licet dispensative exîstunt ; ideoque tenent juris-
« diclionera ordinariam, et ejusdem- gaudent coasectariis ( ac proinde
« inamovibilitate ) ita volente legislalore. »
- 23 -
ft Mis (ergo) el aBiis altendere debent episcopi in revocaLione, vel
a translationereclorum succursalium, quia cum eorum potestas limitata
« fuit a legislatore, in qua conressione benigne annuit, si forte limites
-« transgredirentur, redores non jus lis de causis, non prudenter, frequen-
* ter, ac non paterne revocali, vel translati, seu quorum ecclesiae pati-
- ne tentur ex ipsorum translaLione vel revocatione, jus haberent appelandi
« ad superiorem, et reccurendi ad sanctam sedem, seu ad sacram congre-
* gationem episcoporum et regularium. in casibus ex informata con-
« sciencia, seu extra-judicialibus. (Quœ omnia sumuntur ex comp.
« inst. canonicarum Maupied.)
DI"Oit. comntun après lsôli.
La prescription n'est donc pis possible ; donc en thèse générale un
évêq-ue n'a pas le droit, même d'après le concordat de 1801, ni d'après
les articles organiques, ni d'après une prescription qui n'existe pas, de
revoqner ou de transférer les recleurs ad nulum.
Mais si d'après le droit commun, un é\êqüe ne peut pas révoquer, ni
transférer les recteurs ad nutum; ceux-ci sont-ils tenus d'obéir ? ces
changements obligent-ils, en conscience? le prêtre qui n'obéirait pas,
commettrait-il une faute grave, une très-grande faute, un crime enfin
digne de toutes les censures de l'église ?
6a Sainteté Grégoire XVI, benigne annuit, de pouvoir changer
les desservant, mais à quelles èondidons?
SaSaintétéGrégoireXvi^.d'heureuse mémoire,a permis: Benigne annuit,
aux é%êques de France et de Belgique de changer les recteurs justis de
causis, haud frequenter, non nisi prudenter, ac paterne: Voyons si Mon-
seigneur de Fréjus a obser\é, relativement a notre changement, les sages
prescriptions d'un judicieux et prudent pontife, et nous saurons alors si
nous avons dû obéir ou non. -
Et d'abord Monseigneur de Fréjus a-t-il agi justis de causis ?
1° Justis et causis.
I.
Le droit canon dit que les biens des églises sont sacrés (Devotus) « quae
« sine légitima venia distrahi nequeant, et quibus nemo tanquam profa-
ne nis bonis uti autabuli potest suo arbitratu — vetus est régula ecclesiae
« res alienari non posse, quam regulam et sacri canones et civiles leges
ratam firmamque haberi voluerunl. » (inst. cano.)
Chaque fois que le conseil de fabrique de la paroisse de Varages a dû
— 21 -
s'assembler pour délibérer sur un conffiit survenu entre lui el l'autorité
locale, M.Vincent, vicaire général, répétait, en donnant l'autorisation de
se réunir extraordinairement : « que la fabrique de Varages défende ses
intérêts, si elle se croit lesée. » (No 10) et Monseigneur lui même, en
irons transmettant la lettre d'un fabricant de vitraux, qui menaçait, pour
avoir son argent, d'attaquer à la fois la fabrique et la commune, nous
disait : « tenez-vous à l'écart ; mais si la fabrique est actionnée, que le
trésorier défende les intérêts de l'église. » (V 11.)
Quoi, le conseil de fabrique de la paroisse de Varages est dépouillé,
joué, conspiré, par un de ses membres. Il est exposé à toutes sortes de
violences. Un maire d'après la législation qui régit la France,, un maire
n'a que sa voix en conseil de fabrique, et le maire de Varages se dresse,
l'œil en feu, l'écume à la bouche, insultant les uns, outrageant les autres,
menaçant tout le monde de ses fureurs pour obtenir un vote de con
fiance. On conçoit facilement qu'un bandit calabrais puisse jouer cette
comédie ; mais la justice et le bon droit ne prennent pas ces allures.
Outré de ces violences, le conseil de fabrique défend ses droits avec
calma, mais avec énergie, suaviter et fortiter, et nous, comme membre
de la fabrique, nous adhérons à ce qui est fait légalement en conseil, et,
pour cela, nous sommes des criminels ?
Dans des cas semblables, pie v écrivait partout pour exhorter les évê-
ques à défendre les droits de l'église, ses libertés, même aux dépens des
avantages temporels. (Epist. 4.) Ailleurs il prend vigoureusement la
défense de St-Cbarles Borromée contre les eutreprises du duc d'Albu-
querque qui voulait régenter, réglementer les églises de la province de
Milan, et empiéter sur la juridiction du cardinal archevêque ; ailleurs
encore il menace de la colère divine ceux qui laissent opprimer l'église :
« qui vero eam opprimi patiuntur, sero poslea, quam id sibiet suis rébus
« perniciusum fuerit, sentiant. » — Cum libertas ecclesiae violatur, non
« tam nomines,. quam Deus ipse, qui ecclesise suae parci, et jura servare
« vult, violatur et graviter offenditur. » ( S. plus. v. epist. v. 77. »
« Que faites-vous ici, disait un grand pape à un pieux et persécuté
« pontife, que faites-vous ici? Allez et mourez, s'il faut ; mais défendez
« les droits et les franchises de votre égliseI » Thomas, docile à la voix
« du pontife de Rome, retourne en Angleterre, et bientôt après il meurt
« assassiné III Oui, mais le ciel se déclare en faveur du défenseur des
« droits de son église, et l'église de Cantorbery retrouve, dans le sang du
martyr, son indépendance et ses droits méconnus.
Et nous,pour avoir soutenu les droits de la justice, comme les Thomas ;
nous, pour avoir obéi aux règles de l'église, suivi les conseils de nos supé-
rieurs nous sommes punis par notre évêque, nous sommes ignominieu-
sement transférés dans une paroisse de défaveur ? Nous ne pouvons, nous
ne devons accepter le poste que l'on nous impose comme une disgrâce,
;et un châtiment, comme une flétrissure, et on nous traité de rebelles, on
pofis pqnit comme de grands criminels ? Qu'aurait donc fait monseigneur
Ce Fréjus, si nous avions laissé gaspiller les deniers de l'église dont on
— 25 —
nous avait confié la garde, si nous l'avions laissé déshonorer ? Quid est
quod fuit ? Ipsum quod futurum est; quid est quod faetum est ? Ip-
sum quod laciendum. (Ecoles, cap. 1 v. 9.) Nous aurions été récom-
penses 1 Pourquoi pas? quand l'expérience prouve, que plus on a démérité
d'une population, plus on gagne aux yeux de l'évêché. Pour nous, nous
pourrons dire avec un grand et saint pape : « Dilexi justitiam, et odivi
iniquitatem, propterea inexilio morior. (St-Grégoire vu mourant à Sa-
lernes.) mais est-ce justis de causis ?
II.
Poursuivi par des ouvriers qui réclament leur salaire, menacé de
paraître en justice, le conseil de fabrique, qui n'avait ni en fait ni en droit,
ni les travaux, ni le paiement à sa charge, expose sans détour sa situation
au premier magistrat du département (n° 14 ). Et, dans cette circon-
stance, nous ne croyons pas pouvoir nous dispenser de joindre notre si-
gnature à celle de tous les membres du conseil de fabrique. C'était notre
devoir, notre intérêt; d'ailleurs l'exposé, pour être insolite dans-sa forme
était vrai dans le fond, et était nécessaire pour arriver à la solution d'une
affaire depuis trop longtemps pendante ( N ).
L'autorité civile, nous devons lui rendre cette justice a gardé un profond
silence, et monseigneur crie à la:calomnie} à la diffamation ( N° 15 )? Oui,
et de plus, il faut une peine, un châtiment. Mais comment punir tout un
conseil de fabrique? la chose sera facile à faire à Fréj us ; le curé paiera
pour tous, sera le bouc émissaire et tout sera dit.
Avant de sévir contre nous, monseigneur aurait dû, selon toute justice,
s'enquérir si, parmi ses prêtres, ses curés surtout, il se trouvait un homme
capable de forfaire à l'honneur, de faire une noire calomnie. Oui, mais
il était plus facile et plus court de sacrifier un prêtre.
Deux mots suffisent pour cela, et toutes les difficultés disparaissent
comme par enchantement. Ces mots sacrementels les voici: « monsei-
« gneur espère qu'un changeant de lieu vous modifierez votre manière
« d'agir, allez à Montferat. »
Quoi ? porter plainte contre un potentat du village « quel crime abo-
« minable » aurait dit le bon Lafontaine; rien que la mort « n'est capa-
ble d'expier ce forfait. » « Nobis non licet inlerficere quemquam » mais
nous avons la mort civile, la mort sacerdotale :,vous avez mérité l'une et
l'autre peine; donc vous serez interdit, suspens, etc. etc.
Mais si ce magistrat use et abuse de son autorité, s'il opprime un conseil
de fabrique, s'il nuit aux intérêts de l'église, et veut gouverner l'église
comme la commune à la turque, ou le knout à la main, à la façon d'un
empereur de Russie, s'il veut régenter un curé, en faire son premier valei
de ville, s'il le poursuit à outrance devant les tribunaux sous l'inculpation
la plus fausse et la plus injurieuse, ne nous sera-t-il pas permis, nous ne
5
— 26 —
dirons pas d'user d'une légitime défense, mais d'élever une fois la voix
pour déjouer les attaques passionnés, et si souvent réitérées d'un injuste
agresseur ? A quoi tendait notre démarche? Qu'était-elle autre chose qu'un
avertissement à ceux qui auraient pu nous juger Fans nous entendre ?
-n'était-ce pas leur crier: « ante judicium para justiliamtibi, et antequam
« loquaris disce. » (Eccles. VII. 6. ).
Ce soin, nous le savons, incombaità nos supérieurs. Le 9e concile de To-
lède « avertit les é\ êques que Dieu les a fait les protecteurs des fidèles
a ( et des clers aussi, ajouterons-nous) ; qu'ils ne doivent pas souffrir
« que les magistrats et les autres personnes puissantes fassent des injus-
« tices et oppriment les pauvres : il faut qu'ils les réparent, et quand ils
« ne secorrigent pas, de s'en plaindre au roi. » ( Can. 39 ). -
Ce concile date de bien loin, il faut l'avouer, et n'est plus guère en
usage; mais le concilede Trente qui est d'une date bien postérieure ne
tiendra pas un autre langage. « Cupiens sancla synodus ecclesiaSticam
« disciplinam in christiano populo RESTITUI et SEBVARI. docuit et pra-
« cepit sacros canones, et concilia generalia omnia, nec non alias aposto-
« licassanctiones IN FAVOBEM ECCLESIASTICARUM PERSONARUM LIBERTATIS
- « eccfesiasticae, et contra ej us violatores éditas ;qu3eomnia præsenti etiam
« decreto innovât, exactiab omnibus servarldebere. » ( Sess. 25. chap.
XX.) .-
L'a-t-on fait à notre ég#fd ? Et si nous parvenons un jour à nous faire
entendre et à prouver par A-f- B que ce que monseigneur veut bien qua-
lifier de calomnie, n'est qu'nne grosse vérité, un fait irrécusable,. si nous
parvenons à démontrer que nous sommes in nocents,comment monseigneur
de Fréjus pourra-t-il laver l'opprobre, la flétrissure qu'une conduite par
trop précipitée de sa part a fait réjaillir sur tout le sacerdoce de son dio-
cèse? Mais avant ne nous sera-t-il pas peimis au moins de profitndis où
nous avons été précipités, ne nous sera-t-il pas permis d'élever notre voix
vers notre évêque, et de lui demander s'il nous a punis, justis de causis?
III.
L'homme remuant et astucieux, qui depuis six ans et plus (c'est-à-di-,
r'e depuis que wour sommes à Varages) tramait notre perle { monsei-
, gneur le sait bien. ) L'homme qui a essayé, mais en vain, de tous les
moyens, même des plus ignobles pour arriver à ses fins, se met en tête
un jour de nous attaquer sérieusement comme faussaires, devant les tri-
bunaux civils. Cette accusation dirigée autant contre nous que contre
d'autres membres honorables du conseil de fabrique, était aussi sérieuse
pour la forme que ridicule et burlesque même pour le fond. Aussi elle fut
bientôt écartée, après quelques mots d'explication. (lyo16). Instaucepar
devant M. le procureur général, et même déconfiture.
D'après le droit « regulariter accusari nemo potest de crimine dequo fuit
— 27 -
« semel absolutus. » ( Cap. de lit. 6. de accus.) « Mais dit un auteur
« feroxgens nullam esse vitam sine armis putat. » Aussi deux ans après
la première et la seconde accusation, l'inculpation de faux revient devant
le conseil de préfecture, à l'appui d'une demande de la somme de fr. 500,
que le conseil de fabrique avait volée en faveur de la commune de Tarages,
mais que celui-ci se refusait de solder, attendu que la commune n'avait
pas rempli ses engagements vis-à-vis de la fabrique. ( No 17 ).
Mis en demsure de demander l'autorisation d'ester en justice, le con-
seil de fabrique appuye sa demande d'un mémoire aussi précis, aussi
concluent, que celui de monsieur N. était nébuleux et mensonger, et la
fabrique obtient du conseil de préfecture l'autorisation d'ester en justice
et de répondre à l'affaire qui lui était intentée ( N° 18.)
Les pirtis étaient donc en présence, et le moment était venu de voir
cette longue et ténébreuse affaire toucher enfin à son terme.
L'épreuve était dure, non pas pour nous qui n'avions à figurer en rien
personnellement, mais pour la fabrique ; et cette épreave était devenue
nécessaire pour affranchir les curés présents et à venir de Varages des
étreintes de l'autorité locale, pour rendre à la fabrique son indépendance
légale et sa liberté d'action, pour délivrer un pays de la pression, pour
nous justifier, au moins, et nous laver des accusations qui depuis si long-
temps étaient si injustement dirigées contre nous. Le jour allait donc se
faire, et montrer la part qui revenait à chacun de cette odieuse affaire.
mais non, tout est de nouveaux remis en question 1
Oui, Monseigneur intervient, et décide, sans nous entendre, sans s'en-
quérir en rien de l'affaire; il nous juge, sans nous écouter, et nous
punit, nous flétrit sans nulle miséricorde ! A ses yeux nous sommes
seuls coupables !
« Non est sine culpa qui rei, quae ad eum non pertinet, se immiscet,
dit une règle de droit. (19") dès lors n'aurions-nous pas le droit de de-
mander à monseigneur pourquoi il intervient dans cette affaire? Pourquoi
il vient si maladroitement se substituer aux tribunaux compétents?
Si sa grandeur veut, à toute force faire l'office d'un juge de paix, ou
d'un procureur impérial, ne doit-elle pas, avant tout, si elle veut se
montrer juste, ne doit-elle pas consulter les personues désintéressées qui
pourraient écarter bien de nuages, éclaircir bien des doutes, dissiper
l'erreur et montrer la vérité? Que craignait monseigneur à suivre cette
marche tracée par la justice et la droite raison? Est-ce d'arriver à la
verité? on le dirait presque, à voir la conduite de l'évêché dans cette cir-
constance.
Mais si on veut à toute force nous trouver en défaut, pourquoi ne pas
nous demander raison de notre conduite? « Reynoard, nous disait un
« jour M. Vincent, vicaire général, n'écrivez pas toujours à l'évêché ;
« cela ennuie l'évêque, quand on voudra agir contre vous, vous serez
« prévenu, et vous pourrez alors fournir vos moyens de défense ( N" 19.)
Nous avons suivi fidèlement ce conseil ; mais une triste expérience
est vonue nous démontrer qu'au lieu de nous taire, nous aurions fait cent
28 —
fois mieux de crier tout haut, d'attaquer courageusement notre diffama-
teur, et l'évêché ne se serait pas prévalu de notre silence pour nous con-
damner sans nous entendre !
Si monseigneur avait daigné nous écouter, nous aurions appris à sa
grandeur que la pièce unique que nous avons signée, n'est pas celle qui -
est incriminée et que par conséquent, d'après le droit « ratus quis habere
non potest, quod ipsius nomine non est gestllffi. » que la pièce, bien mal
à propos incriminée n'avait pas été signée par nous ; que ni l'une ni l'autre
de ces pièces n'était notre ouvrage ; que la seule signature que nous
avons donnée nous la devions à la vérité, à la justice, à l'honneur, a a
devoir, à notre légitime défense ; que l'avocat de la partie adverse avait
écrit à son client, que s'il attaquait la fabrique de Varages il n'avait
aucune chance de succès, qu'il n'avait, pour réussir, qu'un moyen, celui
de faire refuser à la fabrique la permission d'ester en justice, et qu'aine.
elle serait condamnée par défaut; qu'un magistrat instruit de l'affaire
avait dit à M. N. archiprêtre ( nous pourrions le nommer au besoin j que
si la mairie de Varages attaque la fabrique, si l'affaire va devant les tri-
bunaux, M. N. Court risque de.,.; que cette affaire, comme tant
d'autres, n'était enfin qu'un cheval de bataille pour surprendre la religion
de monseigneur, et obtenir notre changement, seul but de six ans d'in-
trigues et, d'injustes menoeuvres.
La preuve de ce que nous avançons, c'est que, depuis un an et deux,
l'affaire est encore pendante, malgré que la fabrique de Varages ait
écrit à M, le Préfet de sommer M. le Maire d'attaquer enfin, et d'en finir
avec cette affaire ; malgré le vote du conseil municipal qui a forcé le maire
à attaquer ; malgré l'état des finances de la commune qui est toujours en
souffrance, et l'envie et le besoin de faire rentrer de fonds.
M. N. est trop rusé pour se jeter dan~ le piège qu'il avait tendu pour
d'autres. Le but de ses efforts atteint, il fait le mort, et il serait bien
attrapé, si quelque circonstence impérieuse le le lirait de son repos, et le
forçait enfin à attaquer la fabrique, ou du moins à éclaircir cette mysié-
affaire ( Note 44 ).
Cependant les accusations dirigées contre nous et nos coaccusés restent
debout, et seuls nous supportons la peine d'une condamnation deshono-
rante ! et dans ce cas, on veut que nous acceptions bénévolement un chan-
gement qui est une vraie disgrâce, un châtiment? on veut que nous
ayons de nous mêmes des sentiments assez bas, assez vils pour faire fi de
l'estime d'un tribunal, d'un procureur général, d'un conseil de préfecture,
de nos confrères dans le sacerdoce, de tout un public,? que nous assu-
mions sur nous la responsabilité, la culpabilité, disons mieux, de-toutes
les accusations injustes portées contre nous devant trois tribunaux diffé-
rents? Ne serait-ce pas reconnaître, par notre conduite, que nous sommes
coupables, et que nous avons mérité les châtiments réservés aux coupa-
bles. le bagne?
Et, parce que à la voix de notre évêque, nous ne voudrons pas sacrifier
notre position, notre honneur, nos intérêts, les droits de la justice et de
- 29 —
la vérité, nous serons coupables de désobéissance, d'une faute très grave,
d'un crime enfin digne des censures ecclésiastiques ? -
Non, nous crie l'ecclésiastique r « curam habe de bono nornine, hoc
« enim magis permanebit tibi quam mille tesauri pretiosi et inagui
« Lonce vitœ numerus dierum, bonum autem nomen permanebit in
« œternum. ( Cap. XIII vers. 15 et 16). Nous avons fait ce que nous
conseille le sage. Déjà, par avance, l'opinion publique, et le vœu de nos
confrères nous a absous, et si monseigneur de Fréjus nous laisse sous le
poids de ses censures, nous pourrons lui dire que ses peines ne sont pas
justis- de causis.
IV.
Monseigneur nous enlève une paroisse de 1,400 âmes pour nous en don-
ner une de 700. Or, dit le droit : « non potest juste episcopus de ma-
« jori parochia ad aliam inferiorem vicarium transferre; in jure prohibi-
« lum est. » ( Maupied de vicariis. ) Mais si un évêque ne peut sans
injustice faire passer un vicaire d'une paroisse plus grande à une moindre,
peut-il, à fortiori, transférer un curé d'une paroisse plus grande à une
plus petite? non, répond le droit canon, d'accord avec la raison, non « ne-
, « quit episcopus de jure nalurali divino et canonico absolute deponere
« rectores succursalistas, id est illos amovere, vel ad alliam ullam parochiam
« dare. Imo de jure communi, et eliam naturali, saltem inlerpretato, ne-
« quit eos transferre de parochia majori ad aliam inferiorem, absque
« gravissimis causis. » ( Jlaupied de parocho). Or, dans notre dépla-
cement où sont ces justis de causis
V.
Nous avons cédé à la force, et nous ovons abandonné notre presbytère;
mais nous sommes restés à Varages, et on peut dire que c'est là le plus
grand chef d'accusation que l'évêché puisse nous opposer ; du moins c'est
le seul qui pouvait le plus contrarier nos supérieurs, et les mettre dans
l'embarras, nous en convenons. Mais ici encore notre désobéissance est
elle plus criminelle que celle qui nous a fait refuser le poste de Montferrat ?
en d'autres termes : sommes-nous condamnés justis de causis ?
Quand un acte n'est opposé à aucune loi, il ne saurait être coupable ;
du moins il ne peut être puni. Or, nous le demanderons, quelle est la loi
qui nons défende d'habiter Varages plutôt que tel ou tel autre pays?
Allons plus loin encore, s'il n'y a pas de tloi qui nous défende d'ha-
biter Varages, n'y a-t-il pas des antécédents qui nous permettent de res-
ter où nous sommes?
En effet, « in causa Ariminensi, » ( 5 septembre 1574 « le concile
« de trente décida qu'un prêtre qui n'est attaché à aucune paroisse
— 30 —
« qui ne reçoit pas de secours de son évêque, peut même, invito epis-
« copo, changer de diocèse, et chercher ailleurs une paroisse. » Qui peut
le plus, peut-le moins, à ce que nous croyons. Nous pourrions, dans notre
position, changer de paroisse, etiam invito episcopo, malgré que les con-
ciles défendent à un prêtre de quitter son diocèse, et, parceque nous n'a-
vons pas voulu d'un exil volontaire, parceque nous préférons rester dans
notre diocèse, habiter même Varages, alors surtout que nous vivons en
vrais reclus, uniquement occupés de nos affaires privées, nous serons di-
gnes de censures ? La loi naturelle ne nous crie-t-elle pas de pourvoir à
notre conservation ? dès lors sommes-nous condamnés justis de causis ?
VI.
Pouvons-nous faire autrement que ce que nous avons fait moralemen
et physiquement parlant ?
Car enfin où veut-t-on quenousallions? Sansdoute dans un pays où nous
ne serons pas connus, où nous ne connaîtrons personne, où par consé-
quent, nous aurons tout à souffrir, sous tous les rapports? En nous voyant,
chacunse de mandera : où va ce prêtre? qui est-il? d'où vienl-il ? qu'a-t-il
fait? Comment? Pourquoi ne célèbre-t-il pas comme les autres? Dans
un siècle aussi peu favorable au sacerdoce, un prêtre changé sans avan-
cement est un prêtre disgracié, flétri : que sera donc, au milieu d'une
population, un prêtre interdit, suspens ? Quels tristes commentaires ne
suivront.pas notre arrivée? N'est-il pas [plus rationnel, plus décent, plus
avanlageux. même, sous tous les rapports, plus digne du sacerdoce que
nous habitions Varages, au milieu d'une population connue, au milieu dej
nos amis, de nos connaisssances, qui nous dédommageront par leur
dévouement des tracasseries d'une administration qui, pour faire de l'au-
torité, n'a jamais fait que la honte du sacerdoce ? *
Physiquement : La situation que l'évêché nous a fait est telle que
nous nous sommes vus un moment sans logement. Oui, qu'on lise nos
lettres à l'évêché, celles qui nous sont arrivées de Fréjus, celles de notre suc-
cesseur ; qu'on tienne compte des dates, des retards de la poste, et l'on verra
que nous sommes sortis du presbytère à 9 heures, le 16 fmai, que notre
successeur est arrivé à 9 heures, et que la lettre de monseigneur, qui
annonçait définitivement, irrévocablement notre changement, partie le 14
de Grasse, n'est arrivée à Varages que le 16 mai, à 10 heures, précisément
après le fait accompli. ( lettres n°. 1, 2, 3, 4, 5, 9 et 29 ) c'est alors que
- monseigneur nous disait: « Allez à Brignoles 1 » Avions-nous seulement
une heure pour courir dans les pays voisins, chercher un logement, le
trouver, faire un déménagement? mais ne voit-on pas que la chose était
impossible, et que nous ne pouvions pas, après avoir délogé le matin, re-
commencer à faire le soir un nouveau déménagement onéreux, inutile et
impossible.
— 31 —
Devions-nous rester sur une place publique, en attendant notre arrêt de
l'évêché? devions-nous attendre que monseigneur vint nous dire, ou non:
« allez àBrignoles, attendre, après votre soumission, la décision qui sera
prise à votre égard ? » laquelle décision ne sera rien autre qu'une nouvelle
feuille de route. -
Mais en attendant nous étions sur le pavé, à la rue, et quelle joie! quel
triomphe pour l'évêchél s'il avait pu dire: « Reynoard n'a pas de loue-
- ment! il est logé à la belle étoile 1 voilà ce que c'est que de désobéir à *
un évêque ou à son grand vicaire 1 Vulpes foveanl habent, volucres cœli-
nidos, et ce prêtre de 56 ans, après trente ans de service non habet ubi
caput reclinet (mat, cap. 8. v. 10.)
Nos supérieurs croient-il, donc que tout sentiment humain soit éteint
dans le cœur des hommes, comme il est éteint dans le leur? non, non,
tout le monde n'est pas sans entrailles, tout le monde ne se plaît pas à
voir le prêtre humilié, déshonoré! et,, en cette circonstances, à la vue de
notre embarras, on murmurait hautement contre l'autorité diocésaine,
et on répétait ce ver trop fameux de Boileau.
Tant de fiel, etc, etc.
Ce n'est pas tout, la charité d'un ami nous a offert un asile, et nous l'avons
accepté. Quel mal àcela ? nous avons faitce que l'animal privé de raison fait
tous les jours par instinct, ce que tout autre eût fait à notre place, et
pour cela sommes-nous des criminels de lèze majesté divine ou hu-
maine ? Nous le répétons donc": il nous était moralement et. physique-
ment impossible de faire autrement que ce que nous avons fait, et, parce
que nous n'avons pas pu l'impossible, nous seront punis justis de causis ?
VII.
Nous avons dit à monseigneur « que nous étions grandement contrariés
de ne pas pouvoir nous rendre aux désirs de sa grandeur, que-de graves
motifs nous retenaient à Yarages ( N" 3 et 4 ). Or, un de ces grâves mo-
tifs était le soin de notre réputation, l'honneur du sacerdoce gravement
compromis par les mesures toutes arbitraires que l'évêché avait prises, la
crainte justement fondée d'être exposés à des inconvénients plus graves
encore que ceux qui avaient occassionné notre digrâce. Ce motif n'était-
il pas assez raisonnable?
Par le fait, tant que l'affaire qui était la cause ou l'occasion de notre
changement demeurait pendante, tant que nous serions sous le coup de
la plus aveugle prévention, pourions-nous, et devions-nous nous éloigner
de Varages? devions-nous nous séparer de nos coaccusés, nous priver des
renseignements que nous ne pouvions trouver que sur les lieux, des lu-
mières qui pourraient nous éclairer et assurer le succès d'une cause dont
nous attendions les plus précieux avantages? ponvions-nous laisser, aux
chances du hasard, une affaire des plus graves ? pouvions-nous penser
— 32 —
que l'homme audacieux qui ne laisse rien aux circonstances de ce qu'il
peut leur enlever, qui nous avait attaqué avec tant d'audace alors .que
nous étions innocents, lacherait sa proie si l'intrigue, l'astuce ou notre
négligence lui donnait gain de cause dans une première affaire? nous
devions donc rester à Varages, là, sur le champ de bataille et attendre.
-- Et nous sommes grandement étonnés qu'un évêque, qui voit l'honngjir__
du sacerdoce engagé, insiste, menace et punisse cruellement un prêtre
qui voudrait, avant tout, pouvoir dire comme un roi France? tout est
perdu fors l'honneur ! »
Ce qui redouble notre surprise, c'est de voir qu'un évêque, qui avoue
naïvement n'avoir pas le temps de s'ocuper des différents qui s'élèvent
entre les prêtres, prenne feu si, facilement pour sauver un laïque aux
dépens de ses curés! mais, dans ce cas, ne serions-nous pas en droit de
demander à Monseigneur, pour la dixième et dernière fois, s'il nous
punit justis de causis?
1
8Q Haud frequenter-
I.
t
En octobre 1855, Monseigneur Wicart nous place à Toulon. En octobre
1856 Monseigneur Jardany nous change,.on sait comment et pourquoi, et
nous nous relirons au château des Garcinières. En 1857, toujours en
octobre, Monseigneur nous place au Château d'Esclan, Nous allons à ce
poste avec la qualitè de chapelain, et un traitement de 600 fr. à la charge
toute fois d'appliquer à peu près tous les jours ad intentionem testatoris.
En octobre encore 1858, nous sommes envoyés à Varages. En octobre,
toujours en octobre, 1865, nouveau déplacement pour Montferrat. Ce chan-
gement qui ne peut et ne doit s'éffectuer nous force a prendre un loge-
ment en ville, et 2 heures après qus ce déplacement est accompli, ordre
d'aller à Brignoles pour attendre, après un acte de soumission en règle,
la décision que l'administration prendra à notre égard, c'est-à-dire le
poste provisoire qui nous sera assigné (iV9 4.) Enfin en octobre 1865 arri-
vera le poste définitif qui doit être notre eldorado, et en arrivant dans ce
poste, nous pourrons respirer, et nous écrier avec le roi prophète: haec
requies mea etc. ! Oui, jusqu'à ce que monsieur le vicaire généra
vienne nous apprendre un beau matin que « Monseigneur espère qu'en
changeant de lieu, nous modifierons notre manière d'agir, qui sera plus
utile au bien des âmes. » (NO 1.)
Comptons bien sur nos doigts : en dix ans, de 1856 en 1865, d'octobre
en octobre, 8 déménagements effectués ou à effectuer par ordre !
Avouons que Monseigneur de Fréjus a tenu peu de compte des sages
prescriptions d'un sage pontife (Grégoire XVI.) D'heureuse mémoire,
prescriptions cependant qui sont les conditions sine qua non des change-
ments des recteurs succursalistes !
— y:3 -
G
IL
De bonne foi, sommes-nous prêtres pour travailler au salut des âmes
ou paur nous occuper sans cesse de uouveaux déménagements? Sommes-
nous prêtres pour engraisser des charretiers de notre substance? Si cela
est, pourquoi cette partialité révoltante qui laisse tant de prêtres tranquil- - »
lement assis dans leur presbytère, alors surtout que plusieurs auraient à
modifier leur manière d'agir, qui serait plus utile au salut des âmes, et
demander aux autres tant de sacrifices onéreux, tant de changements plus
qui inutiles sous tous les rapports?
N'est-ce pas demander à ces derniers l'impossible, l'absurde ? Oui, sans
doute. D'ailleurs quand le prêtre a voué son obéissance à son évêque, il
n'a pas promis de consentir à se promener inutilement et si souvent de
l'Orient à l'Occident, puis du Nord au Midi d'un diocèse. L'évêque ne pou-
vait imposer une pareille obéissance, et le prêtre ne pouvait ni ne devait
la promettre. Haud fréquenter.
, 3) N'on nisi prudenler,
I.
M. Barnieu, vicaire général, nous disait en nous écrivant: « (N° "f .)
« j'ai à vous annoncer, de la part de monseigneur, une nouvelle qui
« vous attristera peut-être, mais qui ne doit pas vous surprendre. »
Quel exorde ! n'est-ce pas mettre tout d'abord le feu aux poudres ?
N'est-ce pas faire naître le mécontentement s'il n'existe déjà ?
« Mais qui ne doit pas vous surprendre. » Et pourquoi.? M. le vicaire
général le sait bien, et nous aussi nous le savons, Aussi depuis longtemps
déjà, depuis que nous étions à Varages, où nous avons été envoyés contre
son gré, nous nous attendions à ce coup d'état de la part de M. le grand
vicaire. -
Mais poursuivons: « Les seuls motifs de votre changement, c'est de
« mettre le calme dans le pays. »
Les supérieurs ont le droit de nous commander, de nous admonester
même, de nous punir s'il faut; mais de nous inculper injustementja-
mais 1 Non jamais! Et, si les supérieurs usent des armes de la calomnie
'pour motiver un changement inique, déraisonnable, anti-canonique, ils ne
font que compromettre leur autorité,, et fournir des armes à la récrimi-
nation, et partant à la défense.
« Monseigneur espère qu'en changeant du lieu, vous modifierez votre
« manière d'agir, et qu'ainsi vous travaillerez plus efficacement au bien
des âmes. »
— 3J —
Dérision ! Dérision ! monsieur le vicaire général, et nous le démontre-
rons bientôt.
« Monseigneur trouve que. »
Monseigneur trouve souvent bien des choses au milieu de cette auréole
éblouissante que forme autour de lui la flatterie; mais nous pouvons bien
-- dire que Monseigneur s'est laissé séduire par-un mirage, quand il a trouvé
que nous avons eu peu d'égard, aux différentes observations qu'il nous a
faites, en différentes circonstances, depuis que nous sommes dans ce'
poste.
La raison en est toute simple; c'est que Monseigneur ne nous a jamais
rien observé. Nous ajouterons même que Monseigneur ne nous a jamais
fait l'aumône d'un bon conseil.
Monsieur le vicaire général ajoute : « Monseigneur aurait voulu vous
donner un poste moins éloigné. » -
Il eût très bien fait ; par là il aurait rendu la charge moins lourde.
« Dans un pays un peu plus populeux — « en cela, il n'eût fait qu'un
acte de justice, un acte canonique.
« Mais une circonstance imprévue.»
Nous y sommes. — Que cet aveu est honorable pour l'administration
diocésaine, et précieux pour nous! J'usqu'à ce moment, nous ne croyions
dépendre que de Dieu d'abord, puis de la volonté un peu arbitraire par-
fois de monseigneur l'évêque. ensuite de M. le vicaire général no-1 , puis
de M. Je vicaire général n° 2, puis de M', puis de Madame et Mademoi-
selle : Monsieur le vicaire général vient de nous apprendre aujourd'hui
que nous dépendons aussi de la volonté de chacun de nos bien-aimés
confrères.
Ainsi la raison souveraine de l'évêché a décidé en conseil, après mûre
délibération, que nous devons être changés ; il le faut nécessairement.
Nous irons à tel poste déterminé; mais le confrère dont nous devons
être le successeur se trouve bien dans sa paroisse, ou du moins il préfère
avec phèdre « minima de malis » et répond à la lettre qui lui notifie son
changement à peu près en ces termes : « Monseigneur, je me trouve bien
ici, je trouve des inconvénients à me rendre à l'endroit que vous me
désignez, je reste donc où je puis, voici les raisons, canoniques de ma
résolution que je vous prie d'agréer; dans le cas contraire, j'irais défendre
mes droits à Rome. » bien ! bien! répond l'évêché. Restez tranquille, et
aussitôt on nous écrit « qu'une circonstance imprévue n'a pas permis à
monseigneur de nous donner un poste un peu moins éloigné et plus
populeux, qu'il ne peut disposer pour le moment que de la paroisse de
Montferrat; malheur! et trois fois malheur à nous si nous refusons le
poste qui nous est offert! Oui, nous aurons commis une faute très-grave,
une révolte, un crime enfin. Tant d'autres qu'ont-ils fait? Pourquoi ne
sont-ils pas frappés aussi de censures! c'est le secret de l'évêché. Telle
est donc la justice que nous trouvons dans la balance du sanctuaire!..
de Fréjus,
« D'ailleurs Montferrat est une paroisse facile à gouverner. Ñ
— 25 -
Merci du compliment Il ne fallait rien moins qu'une paroisse où tout
VA sur des roulettes pour un homme dont monseigneur voulait utiliser,
il y a dix ans, le zèle et l'aptitude pour la direction d'une paroisse.
(Lettre, signé Vincent, 4 novembre 1856.)
11 faut avouer que d'après M. le vicaire général, nous ne sommes pas
de ces hommes dont Napoléon 1er disait qu'il n'avaient rien appris, ni
rien oublié; nous avons appris, nous, à désaprendre beaucoup, ce qui
est toujours un progrès.
« Et où vos prédécesseurs ont trouvé des consolations qui compensent
bien d'autres choses. »
Hélas 1 oui, mais, nous vous le demandons, quelque chose peut-elle
remplacer l'honneur, la considération perdus? pour nous, proposui illam
regnis et sedibus, et divitias nihil esse duxi in comparatione illius;
nec comparavi illi lapidem pretiosum; quoniam omue aurum et
argentum in comparatione illius arena ,est exigua, et tanquam
lutum œstimabilur argentum in conspectu illius. (sap. cap. VII. v.
1. 8. 9. 10)
C'est l'honneur sacerdotal que vous avez voulu humilier, avilir et
trainer dans la boue, en me changeant, en m'envoyant à Montferrat, et
c'est pour éviter cet approbre que nous avons refusé le postt de Mont-
ferrat qui nous était imposé.
Après une pareille lettre, nous ne sommes pas étonnés si M. Barnieu
réclamait sa lettre pour la mettre sous les yeux de sa grandeur (No 3 bis),
si l'évêché était très-soucieux de savoir comment tournerait l'affaire de
notre changement, si M. Barnieu, v. g., avouait à M. BOYelL, Notaire à
Roquebrune, « qu'on était allé un peu vite à l'évêché pour notre chan-
gement » mais, par là même, n'avouait-il pas qu'on avait agi sans discer-
nement, et d'une manière diamétralement opposée à celle que commande
la prudence : non nisi prudentcr l
n
Est-ce prudent aussi de laisser tripoter les prêtres, et cela pendant des
mois et des années, par un sexe essentiellement léger et bavard? par les
personnes qui demandent la place ou le changement d'un curé?
A noël (3 mois à l'avance ), nous savions que Monseigneur avait offert
à un de nos confrères de choisir entre le poste de Varages et celui de N.
Ce vénéré confrère a trouvé que ni l'un ni l'autre de ces postes lui allait,
et il est resté où il était. Plus tard un vénéré confrère nous écrit tout
alarmé pour savoir ce que nous devenons, et des conseils en cas qu'il
serait appelé à nous remplacer ( N° 21 )
Mademoiselle X. avait déjà annoncé que notre changement était irrévo-
cablement arrête dans le conseil de l'évêche, une autre Demoiselle de
Fréjus écrivait à une de ses commères," qui annonçait à son père, qui

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