Ô nuit, ô mes yeux. Le Caire / Beyrouth / Damas / Jérusalem

De
Publié par

Dans ce livre il y a les cabarets du Caire, les studios, villas, casinos du Caire, les maris, les amants, l'alcool, les somnifères, l'argent, les suicides, les brownings, les scandales, les palaces. Il y a le chant, la musique, la voix, les ovations, les triomphes, la gloire. Il y a l'audace, le génie, l'aventure, la tragédie. Il y a des poètes et des émirs, des danseuses, des banquiers, des officiers, des imams, des cheikhs, des actrices, des khawagates, des musiciens, des vamps, des noctambules, des révoltés, des sultans, des pachas, des beys, des espionnes, des prodiges, des rois d'Égypte et la cour. D'éminents journalistes, de célèbres compositeurs, des patronnes de clubs, des grands chambellans, des joueurs de oud. Il y a la petite paysanne du delta et la princesse druze, le fils du muezzin et le chanteur solitaire, la star juive et le colonel héroïque. Il y a Asmahan, Oum Kalthoum, Abdelwahab, Farid el Atrache, Samia Gamal, Leïla Mourad, Nour el Hoda, Sabah, Fayrouz, il y a les astres de l'Orient. Il y a la classe, le glamour, la touche, le style. Il y a l'amour, la passion, la haine, la vengeance. Il y a des verres et des cigarettes, des cartes à jouer, des jetons, des dés, des bijoux, des drapeaux, des corans. Il y a les cinémas de Beyrouth, les palais de Damas, les quais d'Alexandrie, les rues de Jérusalem, la cour de Bagdad. Il y a la radio, les disques, les micros, les caméras, les génériques, les néons, le rideau, l'orchestre, le concert, le public, la transe. Il y a la voix des Arabes. Il y a les grands hôtels, le Saint-Georges, le King David, l'Orient Palace, le Mena House.
Il y a la chute de l'Empire ottoman et il y a la guerre en Palestine, il y a la prise du canal de Suez et la défaite de 1967, il y a un siècle au Proche-Orient.
Publié le : jeudi 1 octobre 2015
Lecture(s) : 30
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782818020685
Nombre de pages : 576
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
LAMI A ZI ADÉ
LECAIRE/ BEYROUTH/ DAMAS/ JÉRUSALEM
P.O.L e 33, rue Saint-André-des-Arts, Paris 6
© P.O.L éditeur, 2015 I SBN : 978-2-8180-2068-5 www.pol-editeur.com
Conception graphique : Patrick Tanguy / Nuit dcehine et Lamia Ziadé Photogravure : I .G.S. Sodis: 757906-6
Première édition
Je suis celui qui dans les songes à perdu sa vie
Al Gondol
Paroles Ali Mahmoud Taha M usique M ohamed Abdelwahab
Je bois seul une coupe vide que je me figure toujours être pleine
Befakkir filli N asini
Paroles Hussein el Sayyed M usique M ohamed Abdelwahab
Un steamer pénètre dans le port de Beyrouth.
P R E M I È R E P A R T I E
1
Naissance d'une légende / Retour au Liban
Dn steamer pénètre dans la brume du port de Beyrouth. Il porte à son bord un passager particulier : un bébé né pendant le voyage, une fille. C'est l'aube, nous sommesen un p u novembre 1917. Le père, la mère et les deux frères de l'enfant ont embarqué à Izmir pour fuir l'armée Ce sont des druzes. L'émir Fahd el Atrache vient de Jabal el ruze, en Syrie, sa femme, ottomane. Alia, de Hasbaya, au Liban. Ils vivaient en Anatolie depuis quelques années. Fahd y l'amira dansl'administration ottomane. Mais en quelques années la situation a beaucoup avait un poste Proche-Orient. epuis la prise d'Aqaba, les druzes, le clan Atrache en tête, soutiennent changé au arabe menée par l'émir Fayçal et le major T.E. Lawrence contre les Turcs. ésormais la révolte Turquie, Fahd el Atrache et sa famille regagnent le Liban précipitamment. On donne au menacés en prénom d'Amal, ce qui signifie « espoir » en arabe. bébé le
Le Sannine enneigé, majestueux, surplombe le port. Tandis que le bateau accoste, garçons, Fouad et Farid, s'agitent sur le pont, impatients de découvrir les rues de les deux derrière les baraquements des quais. Le nouveau-né, serré dans les bras de sa mère, B yrouth santé. Les toits de tuiles entourés d'ifs brillent sous la rosée. Alia est heureuse, elle a est en bonne l'odeur des orangers, des frangipaniers, du jasmin des jardins de Beyrouth. l'agitation hât de sentir lui fait du bien. Plus loin, les vergers, puis les collines et enfin les montagnes… Alia est des quais mais soulagée, enfin de retour chez elle. Elle voit un avenir doux et heureux s'annoncer, épuisée paradis, le Liban. Pourtant, depuis deux ans déjà, le Liban n'est pas le paradis, mais d ns ce 1 famine, entretenue par les Turcs, décime la population. Sur la place du Borj , les l'enfer. La nationalistes qui luttent pour l'indépendance sont devenues monnaie courante. Alia ne pendaisons d songer. Le voyage a été si rude que l'avenir ne peut être que plein d'espoir. Comme elle, veut pas y passagers fantasment sur ce qui les attend à Beyrouth, ils redoutent l'avenir autant qu'ils les autre le rêvent. Ce que nous savons aujourd'hui et que nul sur la passerelle de ce bateau ne peut c'est que ce bébé serré dans les bras de sa mère, la petite amira Amal el Atrache, alors imaginer la fameuse Asmahan. Nous connaissons aussi la prédiction qu'un géomancien lui fera deviendra un jour dequinze ans : « Tu es née sur l'eau et dans l'eau tu périras. » Et nous n'ignorons pas v rs l'âge mourra à vingt-sept ans, tragiquement noyée dans le Nil. qu'Asmaha
1. Place des Canons, future place des Martyrs.
9
Grâce à Alia, la passion de la musique est au centre de la vie familiale. Farid s'entraîne inlassablement au oud et Amal chante de mieux en mieux.
31
La nouvel le ri val e
e nouvelles chanteuses continuent d'arriver au Caire. Imitant pour la plupart le style Kalthoum devenue la seule référence, elles ne sont pas une menace, au pire une pâle d'Oum habillée en bédouine, telle constamment accompagnée de son père, toutes singeant sa cop e. Telle chanter. Celles à qui on prédit un avenir prometteur sont confrontées à la puissance façon d Kalthoum dans les institutions. Elle ne leur fait pas de cadeaux. On a trop dit à la jolie d'Oum Mouhammad qu'elle a une voix très expressive et un grand avenir dans la chanson. Le alak 1 où elle doit enregistrer de nouvellesoughniasavec l'orchestre de Gramophon, qui jour Muhammad el Aqqad, leqanund'Oum Kalthoum, celle-ci prétend à la dernière minute comprend besoinde lui dans une autre ville. L'enregistrement de Malak se fait alors avec un joueur qu'elle a de moins grande réputation… eqanun
Mais le soir où Asmahan chante à l'Opéra, le public, le milieu et Oum Kalthoum savent qu'une étoile est née. Elle est très jeune, elle est très belle et elle a une voix ! Elle a une déchirante, la voix qui fait monter les larmes aux yeux… Cette fois Oum Kalthoum n'a pas voix à une énième imitatrice. Comment va-t-il falloir prendre cette nouvelle rivale ? affaire
Oum Kalthoum n'aura rien à faire. D'autres vont se charger de briser l'envol pris ce par la jeune fille à l'Opéra Royal. Il y aura la famille druze, dans le Jabal, où elle passera soir-là ans,et Fouad, le frère intolérant. Il y aura la famille royale d'Égypte : le roi Farouk, mais quatr la reine Nazli. Il y aura les officiers anglais, français, et peut-être même allemands. Il y surtout l'administration égyptienne, il y aura la presse. Il y aura les maris et il y aura les amants… aura pire ennemie d'Asmahan, c'est Asmahan elle-même. Mais la
1. Chansons.
140
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.